V. - LA RÉACTION DE DÉGÉNÉRESCENCE
On entend par réaction de dégénérescence (RD) un syndrome électrique constitué par les réactions élémentaires suivantes :
1" L’excitabilité du nerf est abolie (faradique et galvanique) ;
2“ L’excitabilité faradique du muscle est abolie ;
3'> L’excitabilité galvanique du muscle est soit augmentée, soit diminuée;
On observe sur le muscle, au courant galvanique, les modincations qualitatives suivantes :
a) La secousse lente ou la contraction galvanotonique.
b) L’inversion de la formule ; PF > NF, ou l’égalité polaire : NF = PF; ou la formule normale : NF > PF.
c) L’hyperexcitabilité longitudinale.
Quand on trouve simultanément ces modifications réunies et bien caractérisées, on dit que la réaciion de dégénérescence est complète.
Lorsque, chez l’animal, on sectionne un nerf moteur, il se produit, à partir du deuxième jour en général, des modifications des réactions électriques du nerf et du muscle, se poursuivant pendant plusieurs semaines, et présentant à un moment de leur évolution le tableau de la RD complète. Aussi quelques auteurs ontils proposé de distinguer la réaction de dégénérescence complète par la dénomination : syndrome de la section nerveuse.
58 LUS AKOMALlE.'i DES REACTIONS ELECTRIQUES
L expression de réaction de degenerescence provient de ce que ce syndrome électrique se présente lorsque le nerf est frappé par la dégénérescence wallérienne.
Le parallélisme n’est cependant pas admis par tous les auteurs. Ainsi Strümpell n’ayant pu, exception faite pour la multiplication des noyaux, trouver aucune lésion dégénérative dans des muscles excisés et présentant tous les caractères de la IID, conteste la
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Fig. 36. — Représentation schématique des réponses musculaires à l’excitation galvanique (secousses de fermeture).
A) Muscle normal. — En F, fermeture négative : la secousse est vive, et l'em¬
porte sur l’e.xcitation F (fermeture positive).
B) Muscle atteint de réaction do dégénérescence {avec inversion de la formule). En P, fermeture positive donnant une ^secousse lente, et qui l’emporte sur l'excitation F (fermeture négative).
signification dégénérative attribuée à la réaction de dégénérescence et l'explique simplement comme une réaction propre du muscle lorsqu’il est privé de son nerf. De même Babinski, considérant que les caractères de la RD peuvent apparaître d’une façon précoce, à une période où le muscle ne peut encore être altéré morphologiquement, au troisième ou quatrième jour après la section du facial, par exemple, estime que la réaction de dégénérescence est la réponse du muscle soustrait à l’influence du système nerveux L,
1. Pitres a montré que la lenteur de la contraction musculaire obtenue par
que disparaît l'excitabilité faradique des muscles. Aussi a-t-il pu conseiller aux cliniciens dépourvus d’appareiis électriques de recourir à la percussion pour remplacer l'électrodiagnostic. la lootour do la secousse par percussion suffisant Sl affirmer la RD. C’ost là une erreur que démontre nettement la lenteur de- la secousse obtenue par percussion dans les paralysies réflexes [Babinski, Hallion
sa signification oiinique. Émde par la méthode graphique, Soc. îicarol.,29 juinl916J.
LA niUCTION DE DEGENERESCENCE
Réaction partielle de dégénérescence. — La réaction de dégénérescence ne se présente pas toujours avec les caractères que nous venons d’indiquer. Très souvent, les modifications quantitatives se présentent à un degré moindre : le nerf n est pas privé de son excitabilité; il y a seulement diminution plus ou moins marquée de l’excitabilité faradique et galvanique; de même le muscle répond encore à des excitations faradiques plus ou moins énergiques. Mais les autres caractères de la RD sont identiques.
En somme, la réaction partielle de dégénérescence est constituée par les réactions élémentaires suivantes :
1» L’excitabilité du nerf est plus ou moins diminuée (faradique et galvanique) ;
2“ L'excitabilité faradiqüe du muscle est plus ou moins diminuée;
3“ L’excitabilité galvanique du muscle est soit augmentée, soit diminuée.
/i» On observe sur le muscle, a*u courant galvanique, les modilications qualitatives suivantes :
a) La secousse lente ou la contraction galvanotonique.
. b) L’inversion de la formule PF > NF ou l’égalité polaire NF = PF ou la formule normale : NF > PF.
c) L’iiyperexcitabilité longitudinale :
Dans certains cas la diminution de l’excitabilité faradique peut être très légère et même imperceptible, la secousse NF rester vive et la lenteur ne se montrer qu’à PF ou même seulement à l’excitation longitudinale. Quand le syndrome est ainsi simplement ébauché, OH dit qu’il y a traces de réaction de dégénérésceiice.
Valeur sémiologique de la secousse lente et de 1 inversion. — La réaction complète et la réaction partielle de dégénérescence consistent donc dans l’association de certaines réactions élémentaires et non pas dans l’inversion de la formule galvanique seule, -comme on l’entend encore dire parfois. De toutes les réactions élémentaires dont le groupement constitue le sjmdrome de dégénérescence, l’inversion de la formule est précisément la moins constante à condition toutefois de la rechercher te
seuil et non pour de,s intensités supérieures ; au seuil, l’mversion est relativement peu fréquente.
C’est au contraire la secousse lente ou son équivalent, ta
6ü les anomalies des réactions électriques contraction galvanotonique qui est en quelque sorte le signe pathognomonique de la BD. En l’absence de lenteur de la secousse ou de la contraction galvanotonique, la réaction de dégénérescence n’existe pas.
Il y a, il est vrai, une circonstance où la lenteur fait défaut, mais ne fait défaut qu’en apparence. Lorsqu’en effet, comme cela se produit dans certaines affections chroniques, le processus dégénératif, au lieu de frapper le neurone moteur périphérique en bloc, n’envahit les cellules motrices que cellule par cellule, ou les fibres nerveuses que fibre par fibre, les réactions des faisceaux musculaires altérés se trouvent masquées par celles des faisceaux restés sains. Aussi la secousse lente se trouve-t-elle dissimulée derrière la secousse vive produite par ces derniers, et l’on ne constate que de l’hypoexcilabililé simple plus ou moins marquée. Plus tard, lorsque les faisceaux d’abord indemnes sont frappés à leur tour, les faisceaux les premiers touchés sont devenus à peu près inexcitables : de là une très grande hypoexcitabilité dans l’ensemble du muscle ne permettant pas de constater d’une façon bien nette les altérations qualitatives caractérisant la RD (Huet). Ajoutons que c’est également dans les cas de ce genre qu’on pourra observer sur des muscles superficiellement placés une contraction lente, mais à départ vif qui s’explique aisément par le mélange de fibres saines et de fibres dégénérées.
La secousse lente ne se manifeste généralement que par l’excitation directe du muscle. Ainsi dans la réaction partielle de dégénérescence, dans laquelle le nerf reste excitable, l’excitation galvanique portée sur le muscle décèle la secousse lente tandis que l’excitation (faradique et galvanique) du nerf produit une secousse vive et sans inversion polaire.
Nous verrons cependant plus loin que la lenteur peut quelquefois se manifester par l’excitation du nerf (réaction faradique de dégénérescence de Remak).
Causes d’erreur. — Il n’est pas douteux, et l’on a beaucoup insisté ces temps derniers sur ce point, que la lenteur de la secousse peut se rencontrer en dehors de la réaction de dégénérescence.
Expérimentalement, chez la grenouille, on a pu obtenir des modifications dans la forme de la secousse normale par des substances diverses : caféipe, quinine, vératrine, sels de potassium ou d’ammonium. Cluzet
Ll RÉACTION DE DEGENERESCENCE <>1
a constaté le ralentissement de la secousse après injection de spartéine I e curare asit de la même manière : il paralyse momentanément les mets nerveux moteurs : le muscle devient très peu sensible aux chocs d’induction (Brncke); son excitabilité galvanique intacte mais la secousse est ralentie (Gluzet). Quand 1 effet curare se dissipe, les réactions électriques redeviennent normales.
Gliniauement, chez l’homme, dans certaines affections générales cachectisantes comme le diabète, rictère*, la cachexie cancéreuse, la tuberculose ^ on peut parfois constater un certain allonqement de la secousse^. . „
D’autre part l’épuisement par une excitation faradique excessive (Dubois), l’intoxication par 00% le froid peuvent produire la lenteur.
L’influence du refroidissement sur la contraction musculaire a été reconnue depuis longtemps chez la grenouille et les animaux a sang froid par Helmholtz, Pflüger, Marey, etc. Chez les homœothermes, l’allongement de la secousse à la suite du refroidissement parait avoir été par contre beaucoup plus rarement observé. Cependant Bernbardt et Hi J^ont auiré l’attention sur l’allongement de la secousse faradique et d’autres après eux ont nettement constate qu une secousse lente provoquée par le froid recouvrait sa rapidité lorsqu on réchauffait le muscle.
Grand* est le premier qui ail parlé d’une « réaction de refroidissement » et qui ait cherché à la distinguer de la réaction de dégénérescence. ...'
Du fait de la conservation de l’excitabilité faradique, la reaction de refroidissement simulerait la réaction partielle de dégénérescence et ainsi s’expliquerait que des auteurs aient pu trouver de la RD dans des affections qui ne la comportent pas. C’est ainsi que Bernhardt s’est figuré avoir observé de la RD dans un cas de maladie de Raynaud.
La fausse réaction de dégénérescence a frigore s accompagne quelquefois d’égalité polaire, quelquefois d’inversion. Parlois aussi la lenteur de la secousse est aussi marquée que dans la RD la plus accentuée. L’allongement de la secousse se laisse particulièrement observer sur les muscles grêles, les petits muscles des extrémités en particulier. Mais sous l’action d’un refroidissement
62 LES ANOMALIES DES DEACTIONS ELECTRIQUES
énergique, le phénomène peut atteindre des muscles plus importants.
D’après Reinecke l’excitabilité présenterait quelques modifications légères : elle serait légèrement accrue sur le muscle et le nerf pour le courant galvanique et le faradique tétanisant, diminuée au contraire pour les ondes espacées. Ces modifications apparaîtraient plus nettement à l’excitation du nerf.
Le caractère distinctif d’avec la réaction de dégénérescence partielle est la possibilité de faire disparaître immédiatement la lenteur par le réchauffement ou l’exercice.
La secousse lente peut être déterminée aussi bien par l’action du froid extérieur que par Vhypothermie du membre sous l’action de troubles vaso-moteurs. 11 nous semble même probable que le phénomène est sous la dépendance de l’asphyxie du muscle par l’accumulation de GO^
Dans les paralysies réflexes, la secousse lente apparaît à l’occasion des troubles vaso-moteurs : elle s’atténue notablement et peut même disparaître par réchauffement, ou encore avec la cessation de la cause productrice.
Le refroidissement cadavérique agit dans le même sens. Babinski Marie et Gluzet, d’autre part, ont observé la secousse lente une heure après la mort, avec inversion polaire et inexcitabilité faradique. Privé de l’excitation indirecte par le nerf moteur dont la mort physiologique est plus rapide, le muscle manifesterait ainsi son excitabilité propre (Babinski).
Le froid extérieur et les troubles asphyxiques des membres peuvent exercer leur ipfluence également sur la secousse faradique.'La lenteur faradique n’est cependant pas toujours aussi aisément appréciable à la vue que la lenteur galvanique. Mais on pourra en déceler l’existence en cherchant le nombre d’excitations nécessaire pour produire la tétanisation. Ce nombre sera toujours inférieur à la normale. Il y aura fusion anticipée des secousses.
En clinique cette influence du froid suscite une grosse difficulté lorsque le malade à examiner, porteur d’une paralysie périphérique, présente simultanément des troubles vaso-moteurs, de l’hypothermie.
De même il y aura lieu de faire des réserves pour les explorations pratiquées aux périodes de grands froids comme nous