‹ Elégies parisiennesChapitre 11 sur 30 · AU DIEU PAN DU LOUVRE · texte numérisé non relu

AU DIEU PAN DU LOUVRE

O Pan! dans le couloir où Ion te tient caché, Car l'homme d'aujourd'hui rougit de te connaître, Les Nymphes, les Vénus quand vers toi j'ai marché. M'ont demandé si Pan n'allait pas reparaître î

Elles sont toutes là, dans leur beauté saisies, Celles qui t'entouraient jadis au fond des bois, Les Naïades, objets, Pan, de tes frénésies, Les Nymphes de la mer avec leurs belles voix î

Tu n'as qu'à te dresser de nouveau sur ta roche, A jeter ton appel aux trous de ton roseau, Tu les verras frémir ainsi qu'à ton approche Quand tu les surprenais sous la feuille ou dans l'eau!

O grand Pan î à te voir si bien doué de vie, L'œil ardent et le front chargé de mille plis, Qui croirait que ta force est à jamais tarie Et que les temps pour toi sont enfin accompli» ?

Nous ne comprenoQs plus, ô Pan, tes piedg de chèvre. Ton épaisse toison, les cornes de ton front, Le roseau pastoral que caresse ta lèvre. De ta virilité nous te faisons affront !

Si nous avons des dieux, ils n'ont plus de figure! Leur séjour est partout, leur forme nulle part 1 Et nous ne saurions pas, dans une pierre dure, Les fixer comme toi pour flatter le regard î

Quelques-uns, cependant, dans leur àme insensée.

Elèvent un autel' sinistre à la douleur.

On les voit incliner leur tremblante pensée

Sous un homme qui souffre et (jui montre son côeurî

Plutôt que d'adorer la laideur, la tristesse,

Ah ! s'il nous faut des dieux, revenons au grand Pan !

Il est là, souriant d'éternelle jeunesse.

Et de lui, comme un feu, le plaisir se répand î

Il renferme, fondue dans sa beauté vivante, Tous les secrets du sol, du ciel et de la mer. Celui qui le connaît porte une âme savante . Pour qui le sort de l'homme est clair et découvert !

Il enseigne la joie et la douce nature,

Tout ce qui nous augmente et tout ce qui/end fort,,

Le désir et l'amour, le départ, l'iiventuro.

La sc>e.ice des. sens, la haine de la mort!

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