AU JARDIN DU LUXEMBOURG
O jardin 1 que de cœurs, sous tes calmes ombrages, Que de cœurs ont saigné ! Tous ceux qui sont ici. Femmes et jeunes gens, portent sur leurs visages Le signe de l'amour ou l'éclat du souci!
Les uns. adolescents hantés par la chimère. Viennent te confier leurs plus chères ardeurs, Ta verdure est pour eux comme une bonne mère Qui préserve leur âge et nourrit leurs candeurs.
D'autres, déjà vaincus par l'amour ou la gloire, Esprits désabusés et flétris dans leur fleur, Te demandent, jardin, d'endormir leur mémoire Et de mettre ton charme entre eux et leur douleur î
J'en ai connu qu'un jeu du soleil sur tes marbres. Un éclair de tes eaux au passage du vent. Une fleur qui brillait sous l'ombre de tes arbres. Ou le pigeon dans l'air limpide s'élevant ,
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Retenaient et troublaient jusqu'au fond de leur âme ! Sans doute ({ue ceux-là cherchaient dans le jardin Le souvenir aimé d'un pays, d'une femme, Et de jours plus heureux sous un autre destin!
j'ai connu des amants qui voulaient en ce monde Plus de bonheur, hélas, qull ne peut en porter, Et toi seul, par ta paix et ta beauté profonde, A\ix heures du couchant, savais les contenter!
Ee poète et le peintre, en fuyant le tumulte
Que la ville dépose aux grilles de tes murs
Ont fait de toi, jardin, leur patrie et leur culte,
Et tu les fais plus grands , phis touchants et plus purs !
Car tu permets, au sein dangereux de la ville, Tu permets le silence et le recueiliement ! Aussi ta rêverie en sanglots est fertile Et, que de désespoirs sous ton enchantement !
Mais la lumière est belle au fond de tes allées ! Elle vibre sur l'eau, se colore et bondit î Tes bordures de fleurs en sont presque aveuglées. Et ton palais, comme un flamme, resplendit !
A LA FONTAINE MEDICIS
A LA FONTAINE MÉDICIS 17
A LA FONTAINE MÉDICIS
Au cœur frais du jardin qui s'ouvre sur la ville Tu t'écoules d'une onde amassée et tranquille Sous le sombre berceau d'arbres que tu nourris. Le silence t'habite, entrecoupé de cris Que des bandes d'oiseaux poussent en venant boire. Vers le soir, le soleil, dans sa flamme et sa gloire. Se baigne solitaire au fond de ton bassin. Des héros et des dieux, des nymphes au beau sein Peuplent autour de toi les profondes verdures. Un Sylvain tient sa flûte entre ses lèvres dures Et son chant qui décrit ton charme, son chant pur. 11 l'emprunte à l'oiseau qui passe dans l'azur. Au-devant de la ligne idéale des marbres Vn lierre qui joue au tronc lisse des arbres Frémit selon le gré capricieux du vent Et la fontaine rit sous son reflet mouvant.
C'est là que fatigué des ambitions vaines,
Ou blessé de langueur par les amours humaines
Je viens à llieure vague où rcuaîtra le soir
Tenter la rêverie et surprendre Tespoir.
A mes pieds, la fontaine cpand ses ondes vertes,
Les fleurs, dans leur splendeur suprême, sont ouvertes,
Le clair esprit des eaux s'élance vers les cieux
Et caresse mon front et mes veux anxieux.
O douceur ! Dans le fond de l'âme délivrée Monte ta plénitude et ta forme sacrée.
Lente espérance I ô toi qui fais (pic nous vivons ! Dans nos nuits sans sommeil, hélas, nous poursuivons Tes attraits, mais, toujours, dérobant ta ligure, Aslrvî iuceilain, tu fuis sous la nuée obscure ! Efik'urant cpielquefois nos mains et nos genoux, Ta présence embaumée était autour de nous Quand, perdus et pleurant sous l'espace livide, Notre course lassait le sol sonore et vide î D'autres fois, sur des yeux insondables penchés, Lacs bleus où nos désirs rêvaient d'être étanchés, Tu nous apparaissais comme une jeune aurore. Sous tes rayons, tout l'avenir venait d'é clore, Une race passait avec l'orgueil au front, Race de dieux heureux qui te posséderont î
Et voici que tu viens, pâle annonciatrice, Mère de Thomme, amante et sœur consolatrice. Dans le soir vaporeux et la fraîcheur des eaux î Ton mvstèrc a touché le vent et les oiseaux.
A LA FONTAINE MEDICIS
Nous sommes seuls, approche-toi, lente espérance ! Sur la fontaine bleue et or, la transparence De ta marche aérienne a troublé le retour De l'ombre et suspendu répuisement du jour.
Cependant, aux plus hauts rameaux, le crépuscule
Gomme un rouge incendie arrive et se recule.
Un oiseau dont la voix sanglotante montait
Dans cet isolement redoutable se tait.
Là-bas, dans le lointain, une fiévreuse foule
Comme un sombre torrent près des grillages coule
Et des lueurs, déjà, teintes d'or et de sang.
Eclairent Ihomme et son visage blêmissant.
Adieu, marbre, dans l'ombre épaisse blanche tache.
Platane ou le lierre en guirlande s'attache.
Colombe noire entrant dans Tonde ou le gazon,
Jour accoudé sur le rempart de l'horizon.
Et toi, Sylvain, jouant d'un roseau qui rayonne
Dans la gloire d'un soir mourant qui te couronne !
O fontaine, la nuit, de son doux pas voilé.
T'accordera bientôt un sommeil étoile î
Mais, avant, pour le calme heureux de tes feuillages.
Pour tes ondes, miroir de limpides images,
Pour l'espoir que tu rends aux cœurs les plus troublés
Pour toutes les vertus de tes tlols étalés,
Et pour ton pur silence ennenii du tumulte.
J'ai voulu, ranimant ta louange et ton culîe.
Suspendre ce poème, au ton lent et i>'ainlii'.
O fontaine, à ton roc. comme un tai)le,ui votiT.