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SOLEILS COUCHANTS

SOLKILS COTCIiANTS 2?l

SOLEILS cnrcHAMs

O jardin, reçois-moi ! Le soir, sur tes statues. Tes bassins, tes gazons, descend, étincelant. Des couronnes d'azur sont partout suspendues ! Reçois-moi î Le désir est dans mon cœur brûlant !

Je laisse errer mes yeux sur tes pelouses IVaîciies. Sur tes voûtes, tes eaux et l'or de tes chemins î On dirait que le jour a frappé de ses ilèches Tes oiseaux et tes tleurs, jardin, à pleines mains!

Dans leur éclat poli, tiges et feuilles vertes Ravivent maintenant les beaux feux des lauriers Et des géraniums les i)ourpres entr'ouvertes Reprennent leur ardeur sous les noirs grenadiers.

Les pigeons assoupis sont rentrés dans les arbres, Quelques-uns, attardés et volant lourdement, Se mêlent aux flâneurs ou, posés sur les marbres^ Pécorent les héros d'un mobile ornement.

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Trouverons-nous, mon cœur, sur la haute terrasse, Celle qui doit ni'attendre et que je viens chercher ? Ah ! ne sais-tu donc plus, sous une belle face. Connaître la douleur qu'elle voulait cacher?

Dans l'or flottant du soir la lune se repose, Mais le jour, au sommet des arbres arrêté, Enflamme le bassin comme une grande rose Kt jette un long^ rayon au ciel qu'il a quitté.

Pour un moment encor cette lumière est close Dans les murs de verdure où sa légèreté Comme une abeille d'or vibrant plane et se pose Sur les fleurs, les gazons et le marbre exalté.

Pour un moment encore, à nos yeux, mon amante, Le jardin va garder sa vie et sa beauté ! Rions, enivrons-nous de cette heure charmante !

Mais, regarde, aux rameaux d'un arbre qu'il couronne,

In oblique rayon, rouge et or, a planté

Dans le cœur du printemps la hache de l'automne !

Lilas, lilas d'avril, et vous, ardentes roses, Le printemps qui vous fait vous voit aussi mourir! Mais déjà les lauriers portent leurs fleurs écloses Et, ce même chemin, ils vgnt le parcourir !

SOLEILS COUCIIAXTS

Ainsi de tout î Pourquoi retenir ce qui passe? Pourquoi chérir la cendre et le morne regret ? Laissons couler les jours et que leur onde efface Une chose après l'autre alors qu'elle apparaît !

Dans l'air léger du soir la colombe qui vole, La verdure qui tremble et déjà s'assombrit, Ah ! n'est-ce point assez pour nourrir la parole Que notre sang conçoit au fond de notre esprit ?

Vous tous qu'a rassemblés sur la blanche terrasse La recherche inquiète et triste de l'amour, Voyez, dans tout le ciel, il ne reste plus trace De la pourpre tragique et mortelle du jour !

Imitons ce jardin, ce ciel, cette nature, L'instant que nous vivons, vivons-le tout entier, Car nous croyons qu'il cesse et c'est alors qu'il dure. Nous l'appelons premier, quand il est le dernier !

Près de moi, conune un feu lentement se consimie. Une rose fleurit. Sous les arbres éj^ais C'est, encor, la blancheur d'un marbre cpii s'allume. Et des rires d'enfants qui sonnent purs et frais !

Misères de la vie ! éloignez-vous ! le charme Du jardin est si grand qu'il ne vous souftre pas î Vous reprendrez dehors et plongerez votre arme Dans le cœur du rêveur qui porte ici ses pas !

Maintenant, sous le vent, claire étoile tendue. Le jet. sur le bassin, frémit comme un rideau. Au vent de ton amour mon âme répandue Monte et frémit ainsi que ce divin jet d'eau !

Que n'es-tu près de moi, pour écouter encore Ce pii^eon qui roucoule au loin si tristement ! Et pour suivre des yeux le soleil qui colore Ces arbres, ce gazon, d'un chaud rayonnement !

Que n'es-tu près dé moi ? Car ta seule mémoire Remplit et transfigure âmes yeux le jardin! Que serait-ce, beauté, si, dans toute ta gloire, Je te trouvais debout au milieu du chemin ?

L'heure du soir est douce entre toutes à vivre ! Deux amis, près des fleurs du jardin arrêtés, Causent et leurs regards au loin seml)lent poursuivre Les rêves de leurs cœurs vers le soir emportés î

L'un dit :

a Nous laissons fuir le i>lus beau de la vi© » Sans nous en soucier ! Nous gagnons à ce jeu » De connaître à la fin les regrets et l'envie » Et de voir la fmnée étouffer notre feuî

» Car, conmient le fixer ce présent si fugace ? » Si l'on parle de lui, c'est qu'il n'est déjà plus î » Dans les bras du passé le voici qui s'eflnce » Et ses plus beaux aspects sont déjà révolus !»

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