‹ Elégies parisiennesChapitre 25 sur 30 · SOIRÉE SUR LE LAC DEXGHIEX · texte numérisé non relu

SOIRÉE SUR LE LAC DEXGHIEX

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Pauvres cœurs échappés, pour un jour, de la ville. Devant cet humble lac et sur son flot tranquille, N'allons-nous pas quitter nos troubles, nos élans ? Nous voici loin, enfin, de tes cieux accablants. O Paris ! Loin? Du moins, à l'horizon perdues. Tes épaisses vajîeurs ne sanl plus suspendues ! Et nous laissons ici dans le charme de Tair Et dans l'éclat des eaux, tout souvenir amer !

L'un de nous est assis à l'avant de la Ijarque : Une pâleur de marbre entre nous tous le marque, Il traîne dans la ville un corps chargé d'ennui. Mais toute sa langueur s'évapore aujourdluii Et, ses cheveux bouclés secoués par la brise, L'air pur le transfigure et le soleil le grise î 11 nous parle et les mots qu'il disperse sur l'eau Dans le fond de notre âme éveillent un écho !

Il dit :

a Quil serait doux, amis, loin de la foule. » De faire de sa vie im beau lac qui s'écoule, » Qui sans cesse renaît et n'a d'autre souci w Que le soleil levant qui soudain l'éclaircit « Ou la nuit qui s'v baig-ne avec son grand cori)s sombre î » Oui, la chute du jour, puis le départ de l'ombre. » Et le vol alterné des mois et des saisons, » Suffiraient à nourrir nos cœurs et nos raisons ! » Quand, de nos pauvres yeux trop longtemps écartée, » La nature, comme une lampe, est apportée, - )> Nous mesurons alors, dans l'éblouissement. » Amis, la profondeur de notre aveuglement! » Gomment pouvions-nous vivre en deliors de ces choses : » Le soleil, l'eau, la terre avec ses lleurs écloses, » Kt rester enfermés, volontaires captifs, » Dans un cercle de pierre où nos regards plaintifs » De tes baisers calmants, ô ciel, n'étaient plus dignes, » Ciel, père des rayons, des couleurs et des lignes î »

La barque est au milieu du lac i)lein d<; clartés, Le soleil a laissé des reflets argentés S'étendre en pénétrant d'une couche profonde Sur la face immobile et changeante de l'onde. Mais son disque est tombé derrière le côteaM. Nous restons seuls avec le soir, le ciel et l'eau. Alors, dans la douceur émouvante de l'heure. Chacun lève sa rame où l'eau ruisselle et pleure, Kt la barque s'arrête et nous nous taisons tous. Le lac autour de n<nis fait un dernier remous. Puis il redevient calme et si pur qu'il reflète Tout le bouquet fie feux qu(» le couchant lui jette.

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