‹ Elégies parisiennesChapitre 30 sur 30 · ÉLÉGIE D'AVRIL · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE D'AVRIL

O beauté de la vie ! Il est des jours sans nombre

Où je te cherche, où tu me fuis !

Où la voûte des cicux sur mon iront devient sombre ! Où je connais l'horreur des éternelles nuits !

Pourtant, sous le printemps, dont les pieds magnifiques

Sonnent, depuis hier, au seuil de la cité.

Les platane» dressés dans les places publiques

Ont tressailli, la sève à leur cime a monté !

Mais le soleil d'avril qui touche et transligure Les maisons, les passants et qui parfume l'air. Ne brille pas sur moi comme sur la nature. Il laisse indifférents mon esprit et ma chair !

Pourtant, l'éclat des ans, sur mon front encor tendre, Mon courage, à moi-même encor mystérieux, Devraient me transporter et me laisser prétendre O beauté de la vie, à tes travaux joyeux !

Mais je ne sais quelle ombre épaisse m'accompagne !

Dans ma poitrine elle descend, Et les rayons épars sur la vaste campagne Ne parviendront jamais à mon cœur languissant !

XÎV

ÉLÉGIE DÉTÉ

Dans ce long jour d'été, la paix <iui l'accompagne, Ali! qui me donnera, comme aux jours dautrefois, Le soleil étendu sur la vaste camj)a<i:ne, La retraite chercliée au plus épais des bois!

Ah ! qui me (ioniicra la iVaîcheurde la source Où je buvais i^armi les plantes et les fleurs ! L'herbe tendre, le cliant des oiseaux et la course D'un insecte au travers des l)ruils et des couleurs î

Qui me rendra la vie et les raisons de vivre ! Séparé des grands bois, de l'air pur et des champs, Je souffre comme souffre, enfermé dans un livre, L'essaim, fait i)our voler, des rythmes et des chants!

Ouvrez-moi la nature et sa grotte profonde !

Que je mêle ma voix à celle des oiseaux!

Que tout mou sang bondisse et que mon cœur réponde

A la pulsation innocente des eaux î

Ici, c'est la langueur et c'est la lassitude! Une ville s'étend qui repousse bien loin Le silence fécond, la verte solitude, La rêverie auguste et l'absence de soin !

L'été, de tous ses feux, sur la ville rayonne, Mais il n'apporte pas ce plaisir enivrant Que l'on goùle là-bas, là bas où l'on moissonne, Où le geste de l'IioiiMne est vraiment conquérant!

ÈLÉdiE d'éti': 141

Qu'est-ce qu'une saison (jui n'a pas sa couronne? Un été sans moissons, un printemps sans ses nids, Et, mon cœur, ô mon cœur, im misérable automne Qui ne vendange pas les lourds raisins bénis?

Ah î rendez-moi les jours de la terre natale ! Ces jours trop tôt vécus, mais vécus près de vous. Ignorance des champs et candeur pastorale. Entretiens et travaux qui me furent si doux !

Rendez-les à mon cœur, à mon mal, à ma vie î Et rendez-les encore à mon pâle regard î Hàtez-vous ! mon espoir à genoux vous supplie ! Hâtez- vous ! Hàtez-vous !.., Si vous veniez trop tard !

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