SOLEILS COUCHANTS II
Mais l'autre :
« Prête-nous, fille de la iiHinoiio, « Prête-nous, poésie, et prête à iiolrc c cxiir. a Quand nous doutons de tout, ta prcscaco c'. La gloire, « Et ton charme puissant,, du temps le seul vainqueur !
« Le présent, le passé, l'avenir tu les mêles ! « Ils vivent enlacés dans tes chants triom»)hants ! « Le sang que nous puisons aux veines paternelles « Nous le tenons aussi de nos futurs enfants î »
O jardin, tu reçus ma première tristesse Quand, penché sur moi-même et tonisoîeniont. Je vis que la clarté de ma fière jeunesse Au contact de l'amour s'éteignait brusciueiuenl !
Ce dieu que je couvrais de roses et de rires. Cet enfant radieux que je voyais voler Parmi l'encens des fleurs et les accords des lyres N'était qu'un meurtrier, tout prêt à ni'immoler !
Je te contai, jardin, mes veilles et mes i)eines. Mon angoisse devant le mal et la douleur. Tu voulus bien jeter le calme dans mes veines Et rendre le désir de la vie à mon cœur I
Ce jour-là, ta beauté sous un soleil d'automne. Aurait touché, jardin, le cœur le plus fermé ! Tu portais des splendeurs à ton front en couronne Et, des dernières fleurs tu t'étais parfiuué I
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Tandis qiu* ton I)assin dans le couchant s'irise I^l rcllètt'le ciel de voiles dépouillé. Le jet d'eau, connue un lis secoué i)arla luise. S'élaneait sans répit et tombait elleuillé !
Tristes l)os({uets de pins, plus tristes que nioi-mènie, L'automne ne vient pas sur vous, et, cependant, \'otre verdure a pris connue une teinte ])lème Malj^^ré le plein du jour et le soleil ardent.
Sentez-vous, comme nous, des tâches commencées, La misère et le poids ? Ou n'ètes-vous, bosquets. Tristes bosquets de pins, de nos propres j)ensées. Que delutrubres. vains et fuj^aces reflets?
Je cherchais près de vous loubli de cette ville Que la saison endort dans un lit de vapeur. Mais je ne savais pas, dans le jardin tranquille. Trouver tant de tristesse et de noire torpeur !
Ah ! lautonme est partout et je vois son ouvrage ! Des feuilles ont volé sur la face des eaux, Le vent qui s'est levé dans les arbres saccage Les rameaux et les nids vides de leurs oiseaux.
Kt ce i)igeon qui i)lane au loin sur ce grand chêne. Voyageur solitaire et d'un blanc radieux, N'est que le messager de la neige prochaine (^ui s'abattra sur le jardin silencieux.
LE VOYAGEUR
LE VOYAGEUR
LE VOYAGEUR
Dans le jarclin claïUomne où le dernier feuillage Laisse tomber sur Therbe un tissu transparent, Je le vis au retour d'un radieux voyagre Et l'air autour de lui me parut plus vibraul !
11 me dit : « Je reviens, ami, de cette terre
Où la cendre des morls embellit les vivants î
Mes souvenirs ardents je ne saurais les taire.
Si des mois auprès d'eux, pouvaient être émouvants î
— Parle, lui dis-je, parle et fais que lltalie. Dans ce coin de Paris m'apparaisse à ta voix !
— C'est le pays, dit-il, que personne n'oublie
Et qu'on croit toujours voir pour la première fois !
« A Rome, la beauté dans sa forme immuable, La beauté du passé vous touche et vous instruit. Mais combien à mon cœur Naple est plus agréable, Dans la lang^ueur du jour et l'ardeur de la nuit !
w J'ai VU. près de sa nier, des temples et des marbres Proclamer l'existence éternelle des dieux Et j'ai surpris, le soir, comme un vent dans les arbres, La plainte du grand Pan qui montait sous les cieux î
» Mais Naples. ni Païenne et Florence, ni Pise.
Qui sont de belles fleurs aux cœurs comme aux regards,
Ni même la cité dans les ondes assise.
Ne valent pas pour moi le ciel, les lacs lombards !
» Connue senflent des seins sous le corsage, ou comme Un dôme d'arbre au fond de l'horizon bondit, Ainsi dans ce pays, les délices de l'homme. Des montagnes sur l'eau le sommet s'arrondit !
« Là, dans l'air bleu qui flotte et se mêle aux verdures, Un chant, la cloche, im mot, vous arrachent des pleurs ! L'âme est à son sommet dans ces régions pures. Et confond les parfums, les sons et les couleurs ! »
Il se tùt. Le jardin, qu'un or léger couronne. Me parût rayonner de joyaux éclatants, Car sa voix avait su, dans cette fin d'automne, Ramener un instant les charmes du printemps î
SOUPIR AUX COLO:vrBES DU LUXEMBOURG
SOIPIR AIX COLOMBES 1)1' I.lXEMIîOUKG 35