‹ Elégies parisiennesChapitre 9 sur 30 · TOMBEAU D EMMANUEL SIGNORET · texte numérisé non relu

TOMBEAU D EMMANUEL SIGNORET

C'est toi qui le reçus dans tes champs le premier Quand, s'échappant des bras anxieux de sa mère, Il voulait s'enivrer déjà du monde entier Et comme un jeune dieu s'offrir à la lumière î

Maintenant le regard des hommes est sur toi Humble amas de maisons, berceau d'un grand poète ! On viendra voir la chaml)re fraîche où, sous le toit, Tout jeune et bien plus tard il reposa sa tête !

Village provençal endormi près des flots Sur ta chaude colline au grand soleil dorée, Tu devais, cet hiver, retentir de sanglots, Car, après un tel lils, la mère est demeurée î

Quand je le vis le feu qui brûlait son regard Ce feu qui lui rendait la prunelle immobile Déjà le consumait de la fièvre de Fart Et nous avions cpiinze ans dans une obscure ville I

Obscure par le nom et par les habitants

Cœurs mesquins et grossiers qui tous doux nous raillaient.

Mais claire par ses nuits et ses jours éclatants

Et par ses belles eaux où des astres brillaient I

O notre éveil commun à tous les sentiments,

L'amour et l'amitié, le désir de la gloire !

Les ouvrages de vers étaient nos aliments

Et chaque jour marquait pour nous une \ictoire !

nfi ÉLÉGIES rARISlEXNES

C'est ainsi qu'attentifs à la seule beauté Nous vécûmes parmi les plus pures images Jusqu'au jour où l'ami confiant, m'eût quitté Pour tenter à son tour la vie et ses orages !

Paris ! Paris qui tend sur les départements Ainsi qu'une araignée au centre de ses toiles. De ses chemins de fer les sourds tressaillements El qui brille sur eux, lune .sur les étoiles,

Paris avec son fleuve et ses parcs et ses bois, Ses palais assombris du souffle des usines, Sa foule qui ressemble à la mer aux cent voix. Ses brouillards, ses maisons des nuages voisines,

Paris le vit i)asser, ses lourds cheveux flottants, En un geste d'amour sa main était levée, Autoup de lui, des cœurs, nombreux et palpitants. Le chantaient comme un dieu, pour la joie éprouvée,

?dais ces cœurs, cœurs humains, étaient aussi jaloux, 11 leur laissa sa joie, après l'avoir donnée, Paris le vit partir pour des pays plus doux Puisqu'il devait, hélas, remplir sa destinée !

La Provence reçut de nouveau son enfant, La Provence et sa sœur, la divine Italie ! Il erra, ranimé, mais bientôt étoufl'ant Sous un poids de soutîrance et de mélancolie 1

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