TOMBEAU D'EMMANUEL SIGNORET
Qu'allons-nous derenir si le plus grand de nou?, Celui que la beauté nous donnait en exemple, A TU céder son cœur et rompre ses genoux Devant l'horreur tragique et le vide du temple ?
Qu'allons-nous devenir s'il s'en va le premier ? C'est le rang éternel que méritaient ses flammes ! Et sans doute il voulut vers le sombre laurier Guider encor la troupe errante de nos âmes I
11 s'en va le premier ! Pleurons sur son destin ! Car il n'aura pas au son cœur et sa pensée Nourrir, comme il rêvait, d'un radieux festin, Une race nouvelle à son geste éluncée !
Pleurons sur son desfin ! Mais ])ar respect pour lui, N'accusons de sa mort ni ronibrc. ni lenvie, Ni tel iiomnie ou lui-même : il repose aujourd'hui Et pendant qu'il vivait il adora la vie !
Tu connais, mon ami, tu connais, à présent, Les vrais bois de lauriers et la seule patrie ! Là, jamais le soleil de son coucher pesant N'interrompt de tes jours la douce rêverie!
Là, selon le poète et ton propre désir.
Tu te tiens comme une ombre heureuse, environnée
De tous ceux que la Muse a déjà su choisir
Et tu chantes tos vers, la tête couronnée !
Je le vois, le plus jeune et le plus beau d'entre eux, Et j'entends ta voix d'or qui sonne sous les arbres î Quel groupe de vivants vaudrait ces bienheureux Qui s'avancent, pareils, pour la paix, à des marbres ?
Cependant, esprits purs sans désir ni regret. Vous pour qui l'existence a perdu son mystère, Vous célébrez la vie au fond du bois secret Et dans le paradis vous parlez de la terre !
Quelle couroane d'or fut plus douce à porter Que les fragiles Heurs que tresse la mémoire ? L'homme qui se souvient, même pour regretter, A chacun de ses pas connaît sa proj)re gloire !
TOMBEAU d'eMMANUEL SIGNORET o3
Tu le savais, toi qui, dans les instants si courts Que tu daignas passer avec nous sur la terre, Répandis un éclat sur chacun de tes jours Et fis comme un bûcher flamber ta vie entière !
C'est ta naissance au creux des golfes embaumés. Ton enfance éblouie et de tout enivrée, Ta jeunesse qui dure encore et pour jamais. Ta jeunesse à l'amour des Muses consacrée!
Et c'est ta mort, ta mort dans le pays des fleurs, Tes sublimes clartés par d'autres étouffées Et, maintenant, la gloire aux tardives ardeups Qui tient, comme un soleil, tes cendres réchauffées!
Pendant que tu vivais, ils ne t'ont f)as connu, Ou s'ils te connaissaient, c'était pour te maudire ! On ne pardonne pas, hélas, d'être venu Pour éblouir cet âge aux rayons de la lyre !
Les uns, les mieux placés pour juger ton essor, Car le hasard divin près de toi les lit naître Préfèrent dans la boue ensevelir leur or Que le voir dans tes vers, plus brillant, reparaître
D'autres, par ta splendeur et ta force attirés. Après t'avoir donné les plus hautes louanges, Sentent gronder l'envie en leurs cœurs déchirés j^t mêlent des crachats à tout ce que tu manges !
Et pourtant par araour, oui, par amour pour eux, Inclinant vers le sol ta tête qui rayonne Tu descendis sans peur au séjour ténébreux Où leur reconnaissance à présent t'environne !
Non 1 je ne voudrais pas, des seuls pleurs de l'ami, Emplir cette mémoire et cette tombe ouverte ! Il sied que sur le front du poète endormi Je dispose plutôt, laurier, ta feuille verte !
Du fond de son enfance il te tendait déjà Ses deux bras et ses yeux, ivre de ton délire, Il t'atteignait enfin quand la mort le plongea Rayonnant de jeunesse au sein de son empire!
Pour t'avoir il chanta, d'un souille toujours pur. L'homme, son corps divin, sa pensée héroïque. Le monde avec ses eaux, ses monts et son azur, Il réveilla pour toi la grande lyre antique !
Et nous tous étonnés, nous l'écoutons encor î 11 était notre cœur qui frémit et s'exprime '. Et, si sa voix s'est tue, il te possède mort, O laurier, qui te plais à parer ta victime !
Tes olirieps, tes pins, tes pierres, tes coteaux Dans leurs contours si nets ont pénétré son âme ! Et c'est dans tes vallons, sur tes brûlants plateaux, J^ançon, qu'il composa sa pensée et sa flamme !