LIVRE TROISIEME
croire*. A coup sûr, ce sont des doigts latins qui vous ont polis; des mains barbares n'ont pas pu faire de telles choses. Vivez aussi longtemps que l'on parlera de la statue de la Vénus de Gnide, chef-d'œuvre de Praxitèle.
DIX-HUITIEME ELEGIE
A Jean Ottinger, Allemand, poëte.
u cultives donc aussi mes Muses , cher Ottinger , et tu te plais à partager mes chants? Parce que Julie, qui seule a fait vibrer ma lyre muette, se vante peut-être de son poëte, tu ne crains point de confier à nos vers élégiaques un nom qui mérite d'être chanté sur un plus noble rhythme. Ce nom, c'est à la Muse du grand poëte qu'a produit la Hesse2 qu'il appartient de le célébrer en vers héroïques, c'est à Logau 3, c'est à Velius connu par ses chants mélodieux, et qui emprunte à tort son nom à l'ours*.
Pour moi, selon ma coutume, je célébrerai toujours
i. Ce monument est de Paul Ponce Trebati. — 2. Eoban Hesse. — 3. Poëte qui vécut à la cour de Ferdinand 1er. — 4. Ursinus Velius.
sur un rhythme langoureux les plaisirs de l'enfant armé du carquois. Je chanterai les joues de ma maîtresse, je chanterai ses doux yeux et ses lèvres qui font envie aux roses purpurines. Je redirai les tendres paroles capables d'enflammer les dieux, et ce qui assure la douce récompense de nos travaux.
Toutefois je ne puis taire, Muses, tous les services que m'a rendus un ami aussi sincère. Je veux que vous en publiiez partout le récit, afin que ma reconnaissance soit éternelle. Dernièrement , dans un voyage que je fis, il m'a conduit dans sa demeure et m'a versé des rasades d'un vin mousseux. Aux présents de Bacchus il a joint l'Apollon du Latium, réjouissant mon àme par le charme d'une poésie nouvelle envoyée d'Allemagne par le docte Labinus4 dont les vers coulants et faciles sont pleins de douceur et d'harmonie. Bien que pour ces bons offices je ne lui aie rien rendu, il ne m'en adresse pas moins de nouveaux hommages. Il m'a donné encore un doux poëme de la vieillesse d'Erasme, où l'on retrouve les accents d'Horace, dont les anciens Romains seraient jaloux et qui rappelle le chant plaintif et agréable du cygne. Diteslui, Muses, que je lui en serai toujours reconnaissant tant que je foulerai la terre ou que la terre me foulera
i. Disciple et gendre de Mélanchthon.