‹ ElégiesChapitre 40 sur 42 · LIVRE TROISIEME I 1 I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME I 1 I

haut de son observatoire, a vu et verra en faisant le tour de l'univers1. La troisième déesse calme les passions déréglées et méprise les feux de Cupidon ; elle est pale sans doute de Peau dont elle mélange son vin , et ses traits respirent une candeur virginale2. Une quatrième déesse terminait le chœur de l'auguste sénat, mesurant aux bons leur juste récompense, la mesurant aux méchants. Depuis qu'elle a osé quitter le ciel, elle n'a plus trouvé d'asile sûr, même sous la dure enveloppe du marbre3.

Tout autour de l'urne figurent en petites statues de saints personnages, auxquels notre piété a dédié des autels et des temples parce qu'ils n'ont pas refusé de mourir pour le Seigneur. Les bas-reliefs représentent les hauts faits du roi, rudes travaux du dieu des batailles, où éclate cet art merveilleux qui charma les regards du chef des Troyens devant les présents de Vulcain. D'un côté, des bandes épouvantées fuient en désordre; de l'autre, des bataillons armés en viennent aux mains. Ici, des cous garnis de colliers portent les chaînes de l'esclavage; là, on enlève les morts pour de tristes funérailles; ailleurs, des nuées de traits chassent les nuages, et la mort tombe du ciel en abondance. Des gouttes qui s'échappent parfois à travers la blancheur du marbre sont autant de larmes versées sur ces trépas.

Au sommet, à genoux, portant sur son visage véné-

i. La Prudence. — 2 . La Modération. — 3 . La Justice.

rable la majesté de la vieillesse, le roi lui-même regardait ses cendres dans une urne et semblait dire aux assistants : « Me voilà tel que j'étais ! Ce marbre attristé conserve mes traits; c'est une proie qu'il a ravie à la terre. Mon âme est absente; ces pierres vivantes n'ont pas voulu la dérober au ciel. » La reine, qui partagea sa couche et qui partage son sépulcre, paraissait encore adresser au vieillard de tendres propos. Se tenant à la gauche de son époux, un peu écartée de lui, elle voudrait, je crois, s'en rapprocher si c'était possible. Cruel statuaire, pourquoi avoir pris plaisir à séparer ceux qui s'aiment ? N'eûtil pas mieux valu lui permettre d'embrasser son mari?

Au milieu du monument, dans une étroite cavité, gisent renversés par la mort les corps des deux époux. Les marbres vivants qui brillent au haut du mausolée ont succombé sous les coups de la mort. La peau flasque retombe, un nuage épais couvre les yeux, les cheveux sont éclaircis, le nez est décharné, les cuisses et les mains sont grêles. Tous les ravages que la mort exerce sur la vie ont été réunis sur la pierre par une main, émule sévère du trépas. La Vie et la Mort sont reproduites dans le même lieu.

Assurément dans ce mausolée l'art triomphe tout entier et n'a pas besoin d'un secours étranger. Le marbre pâlit, c'est la couleur de la mort; il se tait, les défunts ont perdu la parole. Marbres sculptés par un admirable ciseau, marbres rendus tantôt à la vie, tantôt à la mort , la main qui vous a faits me surprend tellement que je ne puis le

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