‹ Elémens d'anatomie générale [electronic resource]Chapitre 17 sur 71 · DE LA PEAU EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA PEAU EN GÉNÉRAL

§ 291. Cette membrane, étendue à toute la surface du corps, dont elle détermine la figure dans beaucoup d’animaux inférieurs, et dont, au contraire, elle reçoit la forme dans l’homme et les autres vertébrés, se moule en effet sur les organes subjacens, et laisse apercevoir leurs saillies les plus marquées. Partout continue à ellemême, on voit seulement en divers endroits sur la ligne médiane une interruption apparente qu’on nomme raphé, et qui indique qu’il y a eu originairement deux moitiés séparées. Ce raphé est très-marqué dans les endroits où la réunion des deux moitiés s’opère le plus

1 M. Malpiglii, deLinguà , exercit. epist. — de Externo tactûs organo epist. , in op. onin. tom. II. — J. M. Hoffmann, de Cuticuld ctcute. Altd. i685. — Littré, Obs. sur les différentes parties de la peau, etc. Acad. roy. des scienc. 1702. — F. de Riet , de Organo tactus. Lugd. Bat. 17 43. — J. Fantoni, de Corporis inte gu mentis, etc. Turin, 1 7 4 G. — Lecat, Traité des sens. — Cruiskhank, Experiments on thé insensible perspiration, etc. London, 1795. — C. F. Wolff, de C.ute , innov. Corn, petrop. vol. VIII. — G. A. Gautier, Reclferclies sur l’organe cutané , Paris 1811. — Dutrochet, Obs. sur la struct. de la peau. Journ. compl. vol. V. — J. F. Schroter , das Menschlich gcjiihl, etc. Leipzig i8i4* — Lawrence, in Becs Cyclopœdia. — Seiler, ai Anat.-pliysiol. Realworterbuch.

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tard, et où il est le plus ordinaire de trouver des divisions anormales; par exemple, à la lèvre supérieure, au périnée et au-dessous de l’ombilic. La peau semble percée, mais ne l’est point, aux ouvertures du canal digestif et aux orifices des voies aériennes , urinaires et génitales , endroits où elle se réfléchit et se continue , en changeant de caractère, avec la peau interne. Il en est de même encore au conduit auditif externe, où elle envoie un prolongement cutané, aux yeux et aux conduits des mamelles, dans lesquels elle en envoie d’autres de nature muqueuse.

§ 292. La peau présente deux surfaces. La surface libre, qui est externe et en contact avec l’atmosphère, offre différens objets à considérer : on y voit des rides ou plis plus ou moins profonds , dont les uns dépendent des muscles peauciers, situés à la tête, au cou et autour de f anus, dont la peau ne peut pas suivre la contraction; il en est de même des rides du scrotum , déterminées par la contraction du^tissu sous-jacent ; d’autres rides répondent aux articulations , et dépendent de leurs mouvemens, telles sont celles des mains, des pieds, etc.; d’autres enfin dépendent de l’amaigrissement et de l’atrophie musculaire, quand ces phénomènes se manifestent rapidement et à un âge assez avancé pour que la peau ait perdu sa contractilité. La surface de la peau présente, en outre , de petites rides propres à l’épiderme , à la paume des mains et à la plante des pieds: ce sont des lignes, saillantes, séparées par d’autres lignes enfoncées, diversement dirigées et contournées, et qui sont formées par des séries de papilles. Au dos delà main et au front ce sont des poly-

gones. Aux joues et sur la poitrine, des points seulement et des rudimens d’étoiles , etc. On voit aussi à la surface libre delà peau des ouvertures petites , arrondies, très-généralement distribuées, abondantes à la face surtout : ce sont les orifices des follicules sébacés; et d’autres ouvertures, plus petites encore, microscopiques, ou des porosités apparentes de l’épiderme, mais qui sont des enfoncemens infundibuliformes et terminés en cul-de-sac. En général, cette surface est assez unie ; elle est un peu humectée et enduite par l’humeur de la transpiration et par la matière sébacée.

§ 293. La surface profonde ou adhérente de la peau tient en général aux parties sous-jacentes par un tissu cellulaire lâche, qui permet des glissemens entre la peau et les parties qu elle recouvre. Dans quelques endroits, des bourses muqueuses sous-cutanées interrompent la continuité du tissu cellulaire et augmentent beaucoup la mobilité de la peau et des parties qui sont au-dessous. Dans d’autres endroits, au contraire, le tissu cellulaire est dense, ferme, et se distingue peu de la peau: telle est sa disposition au crâne, à la nuque, au dos, à l’abdomen. Dans d’autres encore, c’est par du tissu fibreux ou ligamenteux que la peau adhère aux parties sous-jacentes; il en est ainsi autour du poignet et du coude-pied, à la paume des mains, à la plante des pieds, et surtout sous le talon. L adhérence a lieu dans quelques points au moyen dun tissu cellulaire rougeâtre, demi- musculaire , si 1 on peut ainsi dire; tel est le dartos, au scrotum et aux lèvres de la vulve. Enfin, dans quelques endroits meme, ce sont des muscles qui doublent la peau et qui s y

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attachent; tels sont les muscles peauciers du crâne, de la face, du cou et de la main. Le pannicule charnu des animaux mammifères, beaucoup plus développé que celui de l’homme , excepté à la face, est 1 analogue des muscles peauciers de ce dernier. Les anatomistes du moyen âge ont beaucoup disputé sur son existence dans l’homme : il est évident qu’il y existe, mais qu’il y est peu étendu. Dans beaucoup d’endroits, le tissu cellulaire sous-cutané est mêlé de tissu adipeux, et ces deux tissus pénètrent ensemble jusque dans lepaisseur de la peau. Le tissu cellulaire sons-cutané est parcouru par des grosses veines, par beaucoup d’artères et de vaisseaux lymphatiques , et par des nerfs.

§ 294. Les follicules cutanés ou sébacés 1 ont la plus grande ressemblance avec les follicules muqueux.

Ils existent dans toute l’étendue de la peau , du moins on les y admet, excepté à la paume des piains et à la plante des pieds. On en admet l’existence parce que l’humeur sébacée enduit toute l’étendue de la peau ; parce que par une dissection attentive, et en s’aidant de la loupe , on les aperçoit dans des endroits où ils sont d’une excessive ténuité; et parce que enfin certaines altérations morbides les rendent évidens dans des endroits où on ne les aperçoit pas autrement. Ils abondent surtout là où il y a des poils, aux environs des orifices, dans les plis de l’aine et de Laisselle. Ils sont situés dans l’épaisseur de la peau ou au-dessous d’elle ; on les voit surtout bien en coupant la peau obliquement.

1 J. Ch. Th. Reuss, prœside Autenrieth, de Glandulis seba ceis dissert etc. Tubingœ , 1807.

Leur orifice constitue des porosités assez distinctes à la surface. Ils ont la grosseur d’un grain de millet et même moins, cette grosseur varie; ceux du nez sont assez gros, ceux des joues sont beaucoup plus petits. Ils ont la forme d’une petite ampoule. Ils sont en général simples et discrets ; ceux du nez cependant sont très-rapprochés ; quelques-uns même sont ramassés ou composés. Ils consistent en une petite ampoule formée par la peau, amincie et réfléchie sur elle -même, et garnie là d’un grand nombre de ramuscules vasculaires. Ils contiennent une matière oléo-albumineuse , un pen différente dans les diverses régions du corps.

§ 2^5. La texture et la composition anatomique de la peau sont des points de fine anatomie qui ont beaucoup exercé la patience des observateurs , et sur lesquels ils sont peu d’accord. Dès l’antiquité on a vu que la peau est composée de deux feuillets ; un profond et épais, et un mince et superficiel. Maîpighi ayant aperçu dans la langue de bœuf, que les papilles du derme sont séparées de l’épiderme par une couche muqueuse ou glutineuse, qui, comme un réseau, en remplit les intervalles, transporta cette couche, par analogie, à la peau de l’homme; Ruysch donna ensuite la figure de ce réseau. Depuis cette époque les anatomistes ont été singulièrement partagés sur l’existence de cette membrane; les uns, la niant tout-à-fait, et n’admettant dans la composition de la peau que le derme et l’épiderme; d’autres n’en admettant l’existence que dans les races colorées ; d’autres , au contraire , renchérissant sur Maîpighi, et admettant plusieurs couches dans le corps muqueux de la peau; autant, pour ainsi dire,

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qu’il y a d elémens anatomiques dans cette membrane, ou quelle remplit de fonctions.

§ 296. Les vaisseaux sanguins et lymphatiques et les nerfs de la peau pénètrent, en se divisant, à travers les aréoles du derme ; soutenus par un tissu cellulaire fin qui les entoure, ils arrivent ainsi jusqu a la face superficielle, où il y en a des myriades , qui , par leurs dernières divisions, constituent les papilles et le réseau vasculaire. Relativement à la disposition de ces parties, et particulièrement des vaisseaux, on a assez généralement admis qu’ils sont étrangers au derme , qu’ils ne font que le traverser pour former au-dessus de lui un réseau vasculaire. M. Chaussier, au contraire, admet que tous les élémens anatomiques de la peau sont réunis dans le derme lui -même. Gordon va même jusqu’à avancer que le dernfe injecté est également vasculaire partout, autant à sa face profonde qu’à sa face superficielle. Il serait inexact de dire que les vaisseaux sont étrangers au derme, et qu’ils lui forment seulement une couche sus-jacente; mais il ne le serait pas moins de dire que les vaisseaux sont aussi divisés et aussi nombreux à la face profonde du derme qu’à sa face opposée. Les vaisseaux se divisent et se ramifient dans le derme à mesure qu’ils en pénètrent l’épaisseur , et leurs dernières divisions , prodigieusement multipliées, se distribuent dans la surface externe de cette membrane , et dans les éminences qui la hérissent , parties beaucoup plus vasculaii es par conséquent que la face profonde. Il en est absolument de même des nerfs.

§ 297. Le derme ou corium, corium , derma , vera cutis , est une membrane fibro-cellulaire qui constituele feuil-

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let profond et principal , et presque toute i’epaisseur de la peau. Sa face interne , qui est celle de la pèau, présente en général des ouvertures alvéolaires coniques , dirigées obliquement dans l’épaisseur de la membrane. Ces aréoles, très-grandes dans le derme de la main, de la plante du pied, du dos, de l’abdomen, des membres , plus étroites au cou , à la poitrine , et à la face surtout , sont presque invisibles au dos de la main et du pied, au front, au scrotum et aux lèvres de la vulve. Les bords de ces aréoles se continuent, les premiers et les plus grands , avec le tissu fibreux souscutané, les seconds, avec le tissu cellulaire plus ou moins dense, les derniers ou les plus étroits avec le tissu très-lâche qui existe dans les régions où on les observe ; l’aréole elle-même est remplie par un tissu cellulaire adipeux , et traversée par les vaisseaux et les nerfs de la peau. Le fond de ces cavités alvéolaires est percé d’ouvertures très-petites qui répondent à la face superficielle du derme. Cette face , assez unie en général , présente dans divers endroits de petites éminences papillaires, bien plus distinctes sur le derme dénudé, que vues au travers de l’épiderme.

§ 298. Le corps papillaire et le réseau vasculaire de la peau, qu’on a mal à propos décrits comme des couches distinctes de cette membrane, appartiennent à la face superficielle du derme. Les papilles [ découvertes par Malpighi , admises, figurées et décrites depuis par Ruysch , Albinus et beaucoup d’autres anatomistes; dans ces derniers lemps par Gautier,

1 Hintze, de Papillis cutis tactui inservientibus. L. B. 1747* — Albinus, Acad, annot. lib. III. cap. ix etxu.

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sous le nom de bourgeons ; révoquées on doute par Chéselden et plusieurs autres, sont de très -petites saillies ou éminences de la surface du derme , en général conoïdes; parfaitement visibles à la langue; disposées en doubles lignes et très-distinctes à la paume des mains , à la plante des pieds et surtout à la pulpe des doiots: distinctes encore , mais irrégulièrement distribuées , au gland , au mamelon , et aux lèvres ; mais tellement petites et peu distinctes dans le reste de la ' peau , quelles y ont été plutôt admises par analogie que réellement observées , et quelles y sont comme confondues, dans la surface du derme, en#un réseau vasculaire et nerveux. Ces papilles, dans les endroits où elles sont bien distinctes , consistent évidemment en une saillie du derme très-mol, très-cellulaire, pénétré par beaucoup de filets nerveux dépouillés de névrilème, et de ramuscules vasculaires , ayant là une disposition érectile qui sera décrite plus loin ( chapitre IV). Dans les endroits où les papilles sont moins distinctes , quoique la composition et la texture de la surface du derme soient au fond les mêmes , il y a moins de nerfs; les vaisseaux, très-abondans , forment un lacis ou réseau. Le sang pénètre habituellement , mais en quantité variable, dans les vaisseaux de la surface du derme. Dans les ecchymoses de la peau , il va au delà et s’infiltre dans le corps muqueux. Les injections fines et pénétrantes, après avoir rempli le corps papillaire et vasculaire de la peau, s’épanchent aussi quelquefois au delà

V oyez Prochaska , disqüisitio anat. phys. organismi , etc. Viennæ, 1812. 4°. *

§ 299. La texture du derme est celle d’une trame aréolaire plus ou moins serrée. La fibre qui le forme lui est propre. Elle a été regardée par les anciens anatomistes comme intermédiaire à la fibre musculaire et au tissu aponévro tique. Quelques-uns l’ont dite purement cellulaire, les autres ligamenteuse. Récemment encore , M. Osiander 1 a soutenu quelle était distinctement musculaire à la face interne de la peau. Il a fait ses observations sur la peau de l’abdomen de femmes mortes en couches. Les tissus, auxquels elle ressemble le plus par l’ensemble de ses caractères, sont le tissu cellulaire et le tissu fibreux.

§ 3oo. Le derme est blanc ; sa surface externe est plus Ou moins rougeâtre, suivant la quantité de sang retenue dans ses petits vaisseaux. Son épaisseur n’est point partout la même, elle varie d’une ligne et demie à un quart de ligne. Au tronc , elle est en général plus grande à la partie postérieure qu’à la partie antérieure; aux membres , à la partie externe qu’à la partie interne. Le derme est particulièrement très -mince aux paupières , aux mamelles et aux organes de la copulation ; très- épais au contraire à la paume des mains , et surtout à la plante des pieds. Il a une demi - transparence qui permet d’apercevoir, à travers la peau, la couleur des veines sous-cutanées. Il a une force de résistance ou de cohésion qui le rend propre à faire , dans les arts mécaniques , des liens extrêmement forts. Il est soumis dans les arts du tanneur, du corroyeur, du chamoiseur, du mégissier, etc , à diverses opérations qui empêchent sa putréfaction , et qui augmentent sa

1 Commentcitiones gottingenses recentiores , vol. IV. 1820.

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densité ou sa flexibilité , etc. Il contient naturellement une grande quantité d’humidité dont la soustraction le rend jaune et élastique. Il se réduit par la décoction , en colle ou gélatine. Outre son extensibilité et sa rétractilité , qui sont très- marquées et qui existent encore après la mort, il jouit pendant la vie d’une force de contraction tonique très - évidente , quoique beaucoup moindre que celle des muscles. C’est cette contraction qui constitue la chair de poule. C’est sa surface externe qui est le siège de la sensibilité tactile. Le derme est le soutien de tout le reste de la peau; c’est à sa surface qu’existe le corps muqueux.

§ 3oi. Le corps muqueux de Malpighi1 , reticulare corpus , rete glutinosum malpighianum , est une couche très-mince de tissu cellulaire à demi liquide, qui revêt la surface papillaire du derme, la sépare de l’épiderme, adhère intimement à l’une et à l’autre, et est le siège de la coloration. Cette partie de la peau, indiquée par Malpighi, très- bien observée par Meckel et par Albinus , admise par la plupart des anatomistes au moins dans le nègre, niée cependant par un certain nombre d’entre eux , et notamment par Bichat, M. Chaussier, Gordon et M. Rudolphi, ne peut pas, à la vérité, être isolée par la dissection, mais peut être aperçue dans diverses circonstances. Toutes les fois , soit dans l’état de vie , soit sur le mort , que l’épiderme se sépare du derme , on distingue , sur l’une ou l’autre , et quel-

1 V oyez Meckel , Recherches anatomiques sur la nature de l’épiderme et du réseau qu’on appelle malpighien , Mém. de l’acad roy. des sc. de Berlin, ann. 1753. — Albinus, Acadcrn. annot. lib. I, cap. i-v.

quefois sur ces deux membranes, une couche muqueuse qui couvre les éminences papillaires et en remplit les intervalles. Cette membrane intermédiaire est surtout très-visible dans le nègre , très-visible encore dans les taches noires des blancs , et bien distincte même sur un morceau de peau blanche que l’on voit dans la collection de Hunter. Cette couche, extrêmement mince au sommet des papilles, et moins dans leurs intervalles, a l’apparence d’un réseau, mais n’est point percée. Ceux qui n’ont admis que deux membranes à la peau , l’ont regardée comme la partie profonde de l’épiderine. Ce corps muqueux, sur la nature duquel il est difficile de se faire une idée bien exacte, paraît consister en un liquide plastique ou un tissu cellulaire à demi organisé. Le sang et les injections n’v montrent point de vaisseaux; des liquides y pénètrent pourtant, mais ils semblent y être imbibés ou contenus dans des interstices particuliers. On n’y connaît point de nerfs non plus, et c’est par une pure allégation que - M. Gall l’assimile à la substance grise du cerveau. Cette membrane forme un vernis humide qui revêt la surface papillaire et vasculaire du derme. Les substances qui entrent dans l’économie ou qui en sortent par la peau la traversent; elle est le siège de la couleur, et celui des productions cornées, écailleuses, etc. , qui existent naturellement dans la peau des animaux et dans quelques parties de celle de l’homme , ainsi que de celles qui s’y développent accidentelleinent. Cette membrane si mince, et dont l’existence même a paru contestable, paraît, dans quelques animaux, et même dans l’homme , du moins dans quelques parties du corps, et dans cer-

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tains cas, être formée de plusieurs couches superposées.

§ 3o2. Un auteur anonyme avait déjà indiqué cette composition. Cruikshank l a observée sur un nègre mort delà petite vérole; Bayhani sur la peau d’un blanc, injectée, dans un autre cas de maladie; Gautier l’a démontrée sur la peau du nègre par divers procédés ; et M. Dutrochet sur la peau des animaux. C’est un nombre d’observations suffisant pour ne pas les rejeter sans examen. i° Il y a sur la surface papillaire du derme une couche très-mince et incolore, transparente , que l’on distingue surtout sous les écailles et les cornes colorées des animaux, dans le nègre, et même dans le blanc, mais sous l’ongle seulement; 2° une couche colorée, très-distincte dans les nègres, dans les blancs tachetés d’éphélides colorées, et beaucoup moins dans les endroits où la peau est blanche; elle est souvent réunie à la suivante; 3° une couche incolore superficielle , plus ou moins molle ou bien encroûtée de substance cornée ou calcaire; elle est distincte dans beaucoup d’animaux, un peu dans le nègre, point dans le blanc, excepté aux ongles, aux poils, et dans les productions cornées accidentelles. Cette couche est immédiatement couverte par l’épiderme.

§ 3o3. Le pigment de la peau 1 a son siège principal dans le corps muqueux et surtout dans sa couche

1 B. S. Albinus , De sede et causa coloris œthiopum et celer, homin., etc. Lugd. Bat. 1737. et Annot. Jib. I. cap. 11. — Meckel , loc. cil. — S. T. Sœmmering , ZJeber die hôrpertichc vcrschicdenheit des negers vom europaër.

moyenne, mais les surfaces externe du derme, et interne de f 'épiderme surtout y participent aussi un peu. Les anatomistes antérieurs à Malpighi , et quelques-uns depuis lui , en placent le siège dans ces deux membranes, surtout dans la dernière. La matière colorante existe et dans les hommes de toutes les races, excepté les albinos. Cependant ce n’est guère que dans les nègres qu’on peut la voir bien distinctement du reste de la peau. Malpighi avait seulement annoncé que la couleur de la peau avait son siège dans le réseau muqueux ; Littré avait , mais en vain , essayé d’obtenir la matière colorante séparée, en soumettant la peau du nègre à la macération pour gonfler le corps muqueux , et séparer ainsi l’épiderme du derme. Cependant quoique le corps muqueux soit très-mol et liquéfiable on parvient à séparer de la peau du scrotum du nègre, des portions considérables du corps muqueux coloré, sous forme de membrane continue, indépendante et séparée de l’épiderme. Mais le plus ordinairement, et j’ai plusieurs fois répété cette expérience, la macération sépare du derme qui reste. très-peu coloré, l’épiderme et le corps muqueux réunis et colorés; ce n’est qu’avec difficulté qu’on peut ensuite séparer le corps muqueux sous forme de membrane. Si l’on prolonge la macération dans peu d’eau, et que l’expérience soit faite avec la peau du scrotum , partie très-foncée en couleur, le corps muqueux , en se résolvant en une sorte de mucosité , teint l’eau et laisse enfin déposer au fond du vase une poudre brune impalpable. Gautier a assigné pour siège spécial, à la matière colorante, la couche moyenne du corps muqueux, qu’il décrit,

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sous le nom de gemmules, comme une couche ondulée qui couvrirait d’un seul de ses contours chacune des doubles lignes sillonnées du derme, de la paume des mains et de la plante des pieds. Il semble plutôt que le pigment résulte de globules colorés disséminés dans le corps muqueux.

Non -seulement le corps muqueux est plus coloré, mais il est plus épais dans la race nègre que dans les autres races, et son épaisseur est dans celles-ci en raison directe de sa coloration $ aussi est-il tellement mince dans les blancs que l’on a pu douter de son existence. Il est plus mince encore et si liquide dans les albinos que l’action du soleil détermine très-facilement la vésication de leur peau, tandis que dans, les nègres les épispastiques produisent très-difficilement cet effet.

La matière colorante de la peau est très-analogue à celle du sang ; elle paraît être sécrétée de cette humeur, et passer des vaisseaux de la surface du derme dans le corps muqueux où elle est dans une sorte d’imbibition. Divers phénomènes morbides portent à croire quelle y est sans cesse renouvelée par une déposition et une résorption continuelles. Beddoes et Fourcroy ont expérimenté que la peau du nègre, plongée dans l’eau imprégnée de vapeur de chlore devient blanche, et reprend en très-peu de jours sa couleur noire dans toute son intensité. Les observations chimiques de Davy, de Goli et autres ont démontré ce que M. Blumenbach avait avancé depuis long-temps, que le pigment de la peau est principalement formé de carbone.

L’usage du pigment dans les races colorées , paraît être de défendre la peau contre l’effet rubéfiant des

rayons du soleil, quon appelle communément coup de soleil \

§ 3o4. L’épiderme ou surpeau, epidermis , cuticula 2, est une couche de la peau distincte quoique mince, qui forme à sa surface une sorte de vernis sec et défensif. La surface libre ou superficielle de cette membrane, qui est en même temps celle de la peau, présente, on l’a déjà vu plus haut § 292, des petites rides, et des erninences diversement disposées et très-visibles à l’œil nu. De plus , si l’on examine cette surface avec un. instrument grossissant , et même avec une simple loupe, les endroits de l’épiderme compris entre les petites rides, et qui à l’œil nu, semblaient tout-à-fait unis, paraissent alors très - inégaux , rugueux, et présentent de petits enfoncemens qui ont d’autant plus l’apparence de pores, que l’on en voit suinter la sueur.

La face profonde de l’épiderme est adhérente et ne peut être séparée du reste de la peau par la dissection; mais la putréfaction, la macération, l’action de la chaleur sèche et humide, les épispatiques, et diverses maladies déterminent cette séparation. Quand elle est

1 Voyez Philosophical transactions ann • 1821. I. On the blach rete mucosum. , etc. , by sir Ev. Home.

2 H. Fabricio , de totius animalis integumenfis , ac primo de cuticula, et iis, quæ supra cuticulam sunt. in oper. omn. — Ludwig, de cuticula , Lipsiæ 1739. — Meckel , Loc. cit. et Nouvelles Observations sur l’épiderme. Mém. de l’acad. roy. des se. de Berlin, ann. 17^7. — Monro sen. , de cuticula humana , oi'atio, in woi 'hs. Edimb. 1781. — J. Th. Klinkosch et Hermann, de verâ naturâ cuticulœ , ejusque rc g ene ratio ne. Pragæ , 1775. — B. Mojon, Sull’ epidermide , etc. Genua , 18 1 5.

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déterminée par un commencement de putréfaction , procédé préférable à tous les autres , on aperçoit , en soulevant avec précaution l’épiderme , une foule de filamens très -fins, transparens, incolores, qui se rompent après s’être allongés jusqu’à un certain degré. Ces filamens* très - bien décrits et représentés par W. Hunter qui les regardait comme les vaisseaux de la sueur, avaient été déjà notés par Kaau , qui en avait la même opinion. Bichat et M. Chaussier les regardent aussi comme des vaisseaux exhalans etabsorbans. Mais on n’est pas encore parvenu à les injecter, et l’inflammation qui rend la peau si vasculaire, ne les colore pas sensiblement. D’un autre côté, Cruikshank pense que ce ne sont pas des vaisseaux, mais des proion gemens excessivemens fins de l’épiderme qui tapissent les plus petits pores du derme. Seiler semble adopter cette hypothèse , et suivant lui ce sont des rudimens de follicules sébacés et de bulbes de poils. Cependant il n’est pas certain que ces prolongemens existent lorsque 1 épiderme adhère au derme , et l’on pourrait les considérer comme des tractus muqueux formés par la substance intermédiaire au derme et à l’épiderme , rendue fluide et visqueuse par un commencement de décomposition.

L épiderme pénètre en s’amincissant dans les follicules sébacés. Il pénètre aussi, et se comporte de la

même manière, dans les ouvertures des bulbes des poils.

§3o5. On a dit que l’épiderme était composé decailles imbriquées. Mais c est, une apparence trompeuse; il consiste en une membrane plane et continue.

Nunberger a admis qu’il était pourvu de vaisseaux , et qu’il se nourrissait par intus-susception. Mojon y suppose, comme Klinkosch, des fibres , des lames, des vaisseaux, et toutes les propriétés de l’organisation et de la vie. Mascagni le regarde comme étant entièrement formé de vaisseaux absorbans. Fontana avait déjà cru y voir des vaisseaux contournés, mais M. d« Humboldt a vu que ces prétendus vaisseaux n’étaient que des plis. L’observation la plus attentive et les opérations anatomiques les plus délicates ne font apercevoir dans l’épiderme qu’une couche homogène dont la surface adhérente se confond insensiblement avec le corps muqueux, et qui est dépourvue de tissu cellulaire de vaisseaux et de nerfs.

§ 3o6. L’épaisseur de l’épiderme est peu considérable, elle égale à peine la cinquième ou la sixième partie de celle de la peau. A la paume des mains et à la plante des pieds , il est plus épais que partout ailleurs. Dans ces endroits, surtout chez les personnes qui se livrent à des travaux mécaniques ou qui marchent beaucoup , il paraît formé de plusieurs couches. M. Heusinger 1 considère cette partie de l’épiderme comme une variété du tissu corné et l’a décrite sous le nom de tissu calleux. L’épiderme est moins élastique que le corium , très-flexible , et facile à déchirer. Il est transparent , et d’une couleur légèrement grisâtre. Dans les races colorées, il participe à la couleur de la peau, mais il est moins foncé que le corps muqueux. La transparence de l’épiderme n’est pas la même partout;

System der histologia, von Heusinger. Eisenach, 1822. •

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quand on le regarde contre le jour on y aperçoit des points plus transparens qu’on a pris pour des porosités.

§ 307. On sait que Lenwenhoeck avait cru les apercevoir, et qu’il en a donné des figures. Beaucoup les ont admis d’après cela ou en se fondant sur des considérations physiologiques. Mais ni les observations de Meckel et de Cruikshank, ni celles de M. de Hum* boldt, faites avec des instrumens grossissans, de beaucoup supérieurs à ceux de Leuwenboeck ; ni celles de Seiler, faites sur l’épiderme, détaché avec un rasoir, du corps d’un animal en sueur; ni les miennes, faites en chargeant un lambeau d’épiderme d’une colonne de mercure du poids d’environ une atmosphère, n’ont pu faire découvrir ces pôrosités. De plus, l’observation apprend que l’épiderme empêche ou modère beaucoup l’évaporation dans le cadavre, 'et que les endroits de la peau qui en sont dépouillés se dessèchent, ainsi que les parties sous-jacentes, avec une très-grande promptitude. Cependant l’épiderme laisse passer les matières que la peau absorbe pendant la vie , et certainement celles qu’elle excrète. Mais , ce qu’il y a de plus étonnant encore, c’est que dans les observations dont il vient d’être question on ne puisse même pas apercevoir les ouvertures de l’épiderme qui donnaient passage aux poils, celles qui répondaient aux follicules sébacés, ni même celles que l’on y aurait pratiquées avec une aiguille fine. On sait que la même chose arrive à la gomme élastique. Le papier à filtrer ne présente pas non plus de pores visibles au microscope quand il est mouillé , mais quand il est sec on en voit aisément.

§ 3o8. L’absorption et la perspiration cutanées ne pou-

vant dépendre des propriétés physiques de l’épiderme , on en a cherché l’explication dans ses propriétés chimiques. L’épiderme desséché diminue de volume, et devient plus ferme, plus élastique, et un peu jaunâtre. Macéré dans l’eau froide, au contraire, il se gonfle un peu , devient mou, moins élastique, plus blanc et plus opaque. Cette substance cependant s’imbibe très-lentement ; il faut une assez longue immersion des mains et des pieds dans l’eau, pour que l’épiderme ait absorbé assez de liquide pour devenir blanc et opaque , et cependant, l’épiderme de ces régions paraît s’imbiber plus aisément que celui des autres parties du corps. C’est à cette difficile perméabilité de l’épiderme, qu’il faut attribuer la difficulté avec laquelle le liquide des ampoules s’échappe dans le vivant, et la lenteur avec laquelle la peau des cadavres se dessèche, même dans les atmosphères les plus sèches, pourvu que l’épiderme soit resté intact. Il résiste très-long-temps à la putréfaction; on l’a retrouvé intact dans des tombeaux au bout de plus de cinquante ans. L’eau bouillante rend l’épiderme blanc , opaque, et le prive d’élasticité bien plus vite que l’eau froide. L’ébulition prolongée lui enlève un peu de gélatine qui paraît fournie par la face adhérente; le résidu ne diffère pas sensiblement de l’épiderme entier. Exposé au feu nu il brûle comme une lame de corne, et en répandant une odeur semblable. bes alcalis fixes purs le disoîvent complètement en une substance saponnacée. L’acide nitrique le jaunit presque immédiatement , l’épaissit, le ramollit, le rend ■opaque au bout cfienviron un quart d heure; et en vingt-quatre heures le réduit en une pulpe jaune. Si

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on applique de l’ammoniaque sur l’épiderme jauni par l’acide nitrique , il passe à la couleur orange foncé. Or, Hatchett a constaté que les memes effets avaient lieu sur l’albumine coagulée. L’épiderme paraît consister en une couche de mucus albumineux coagulé et desséché.

§ 309. L’épiderme n’est ni irritable ni sensible; il est de toutes les parties du corps, celle qui est douée de la force de formation la plus active ; il résulte de la concrétion d’un fluide exsudé à la surface de la peau , continuellement renouvellé , jamais résorbé, mais détruit à l’extérieur, à -mesure qu’il est produit à la face interne.

§ 3 10. De nombreuses hypothèses ont été émises sur la formation de l’épiderme ; la plus ancienne est celle qui consiste à le regarder comme le dessèchement d’un fluide fourni par la surface du derme. D’autres, avec Leuwenhoeck , n’ont vu en lui qu’une expansion des vaisseaux de la, peau. D’autres, comme Ruysch , le faisaient provenir de l’expansion et du dessèchement des papilles. Heister attribuait sa formation à la réunion de ces deux causes; Morgagni , à la callification ou à l’endurcissement de la surface de la peau par la pression de l’eau de l’amnios d’abord , puis de celle de 1 atmosphère ; et Garangeot, à l’endurcissement du réseau muqueux. Toutes ces opinions, surtout la première et la dernière , contiennent quelque chose de vrai. Il résulte en effet d’une exsudation ou excrétion du derme. C’est la surface endurcie du corps muqueux; de sorte que depuis le derme jusqu’à la surface libre de 1 épiderme, il y a une dégradation successive d’or-

ganisation et de vitalité, qui fait de lepiderme une espèce de vernis , ne participant à l’organisation et à la vie que par son origine , ce qui le rend très-propre à supporter l’action des corps extérieurs, et à protéger les vaisseaux, les nerfs , et les autres parties de la peau.

§ 3 1 1 . La peau formée par le derme, les vaisseaux et les nerfs qui se distribuent dans son épaisseur, et surtout à sa face superficielle; par l’épiderme dont il vient d’être question, et par le corps muqueux intermédiaire , offrant ainsi une dégradation d’organisation et de vitalité depuis le derme jusqu’à l’épiderme, participe aux propriétés physiques, chimiques et vitales de ces diverses parties. Il en est ainsi de ses fonctions ou actions organiques.

§3i2. La peau, à raison de l’épiderme sec et peu perméable qui en fait partie, n’est point aussi bien disposée que la membrane muqueuse, pour l’absorption et la secrétion.

La peau, étant munie de son épiderme, dans l’état d’intégrité, l’absorption cutanée ou l’absorption cuticulaire, comme on l’appelle aussi, est en effet encore un sujet de doute et de discussion pour les physiologistes. Pour décider cette question entre Séguin, Currie, Klapp, Rousseau, Dangerfield, Chapman, Gordon et M. Magendie, etc., dont les observations et les expériences tendent à faire rejeter l’absorption cutanée, et Keil, Haller, Percival, Home, Cruikshank, Watson, Ford, Abernethy, Bichat, Duncan, Kellie, Bradner- Stuart, Sewal, etc., et surtout M. Young, dont les expériences et les observations sont favorables à cette absorption; il faut faire abstraction des cas dans les-

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quels l’absorption a pu avoir lieu par la respiration aussi bien que par la peau , et ils sont nombreux; de ceux dans lesquels l’épiderme a pu être amolli , altéré ou lésé par des applications prolongées à sa surface ou par des frottemens répétés : circonstances dans lesquelles l’absorption n’est plus cuticulaire , mais bien du même genre que celle qui a lieu par la membrane muqueuse , ou par l’inoculation , dont la matière est portée à travers une division de l’épiderme dans le corps muqueux et jusque dans le derme, parties éminemment absorbantes. Cela fait , il reste un petit nombre de faits qui montrent que quelquefois certaines substances sont absorbées par la peau à travers l’épiderme, dans son état d’intégrité, mais que cette membrane est véritablement un obstacle très-souvent efficace à l’action absorbante du tégument externe.

§ 3i3.La peau est aussi un organe de sécrétion et d’excrétion. Deux genres de sécrétion extrinsèque bien connus ont lieu dans cette membrane , la perspiration cutanée et la sécrétion folliculaire sébacée. La perspiration est tantôt vaporeuse et insensible, et tantôt liquide et visible; dans ce dernier cas, c’est la sueur. Cette sécrétion est continuelle , et probablement essentiellement la même dans les deux cas; mais, dans le premier, elle est insensible à cause de sa vaporisation. La sécrétion a lieu dans la peau, mais on ignore par quels vaisseaux; quant aux voies par lesquelles elle traverse le corps muqueux et l’épiderme, elles sont tout-à-fait inconnues. On peut admettre avec quelque vraisemblance que c’est dans le fond des incisures et des enfoncemens microscopiques de l’épiderme, endroit où il

est le moins sec, que se fait spécialement l’excrétion perspiratoire. La quantité de cette matière sécrétée est très-grande, mais difficile à déterminer. Sanctorius , dont les expériences sont si célèbres , avait reconnu qu’il perdait les cinq huitièmes de la totalité de ses alimens par la perspiration, et les trois huitièmes par les autres voies excrétoires. Mais îl ne distinguait pas les perspirations pulmonaire et cutanée. Parmi ceux qui ont répété ses expériences, Lavoisier et M. Séguin ont fait cette distinction. Ils ont trouvé que la perspiration cutanée est à la perspiration pulmonaire, terme moyen, comme onze à sept. Cruiksliank a essayé d’en déterminer la nature, et a trouvé qu’elle avait toutes les propriétés de l’eau contenant de l acide carbonique et une matière animale odorante.

Quand la matière de la perspiration se rassemble sous forme de sueur, on la voit apparaître à la surface de la peau en gouttelettes sur lesquelles Leuwenlioeck a fait des observations intéressantes. La sueur de l’homme dans l’état de santé est toujours acide, salée et odorante. Elle est formée , suivant M. Thénard , de beaucoup d’eau, d’une petite quantité d’acide acétique, d’hydrochlorate de soude, et peut-être de potasse, de très-peu de phosphate terreux , d’un atome d’oxide de fer, et d’une quanti téinappréciabiede matière animale. M. Berzélius la regarde comme de l’eau tenant en dissolution des hydrochlorates de potasse et de soude, de l’acide lactique, du lactate de soude, et un peu de matière animale.

La perspiration cutanée, soit sensible , soit insensible, doit être considérée comme une des excrétions

de la peau.

les plus importantes de l’organisme. En outre, elle est un puissant moyen de refroidissement et de résistance contre une température extérieure trop élevée. Cette fonction présente de nombreuses variétés suivant lage, le sexe, les individus, les circonstances extérieures, l’état des autres fonctions , l’action des substances ingérées ou appliquées , les maladies, etc. Elle exeice elle -même une très -grande influence sur les autres fonctions.

§ 3 14. On a admis qu’il se fait par la peau des absorptions et des sécrétions gazeuses analogues à celles du poumon, etconstituant une sorte de respiration cutanée. Ainsi Spallanzani aurait vu dans les mollusques, M. Edwards dans les reptiles, et Jurine dans 1 homme même, la peau absorber de l’oxygène. Suivant divers physiciens et physiologistes , des gaz seraient aussi excrétés par la peau ; mais des objections et des expériences peuvent être opposées à ces assertions; on peut de même opposer les expériences de Priesttley à celles de Cruikshank, du docteur Makensie et de M. Ellis, qui semblent favorables à une excrétion cutanée de carbone qui se combinerait avec l’oxygène de l’atmosphère pour former de l’acide carbonique. Il est du moins certain que si dans l’homme dont l’épiderme est sec et dont la respiration pulmonaire est très-étendue , l’air exerce une action vivifiante sur le sang qui circule dans la peau, cette action ne peut aucunement suppléer celle du poumon.

§ 3i5. La peau excrète une matière huileuse 1 , que

1 Ludwig et Grutzraaclier, de Humore cutem inungcnle. Lipsiæ , 1748.

Cruikshank est parvenu à obtenir sous forme de larmes noires à la surface d’un gilet de laine tricoté qu’il avait porté nuit et jour pendant un mois, dans le temps le plus chaud de l’été. Cette matière frottée sur du papier s’y comporte comme de la graisse ; elle brûle avec une flamme blanche, et laisse un résidu charbonneux. Il est incertain si cette huile, que l’on a dit être de la graisse sous-cutanée transsudant à travers la peau, est fournie par les mêmes voies que la précédente ou quela suivante.

§3i6.Les follicules cutanés sécrètent une matière sébacée. Cette matière est épaisse , non glutineuse, sans apparence fibreuse quand elle est endurcie ; elle forme en se suspendant dans l’eau par la trituration une sorte d’émulsion , mais ne s’y dissout point. Elle ne fond point au feu , elle brûle en laissant beaucoup de charbon. Elle contient, surtout le cérumen, une proportion d’huile qu’on peut en séparer par le papier absorbant. Cette matière se forme dans les follicules sébacés, d’où on peut la faire sortir parla pression sous forme de vermisseaux , et d’où elle sourde d’elle-même pour oindre la peau aux environs, et la garantir surtout de l’action de l’eau et des humeurs exerémenticielles.

Ce sont ces trois matières réunies qui constituent l’excrétion cutanée, excrétion très-abondante, dont une partie est continuellement vaporisée, et dont les parties les plus fixes enduisent la peau , et s’en détachent ensuite sous forme de crasse. Il faut joindre à ces excrétions celle de l’épiderme qui, sans cesse usé à sa face superficielle, est sans cesse reproduit à sa face opposée.

§317. La peau est un organe de sensation. Elle est,

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plus encore que l’autre membrane tégumentaire, l’organe du tact général et passif qui nous fait apercevoir la présence des corps, leur température, etc.; de plus, et surtout dans certains endroits , pourvus de beaucoup de nerfs et de vaisseaux, et bien disposés pour s'adapter à la forme des corps, elle est un organe de toucher spécial et actif, ou de palpation. Le tact et le toucher sont d’autant plus délicats que les papilles sont plus développées et moins couvertes.

§ 3 18. La peau enfin est un organe défensif, peu efficace chez l’homme, mais beaucoup dans certains animaux, où le corps muqueux est le siège d’incrustations calcaires et cornées. Il est évident que cet organe, dont les fonctions sont si multiples, de même que sa texture est si complexe, ne peut avoir une de ses parties, ou l’une de ses fonctions très-développée qu’aux dépens . des autres ; aussi plus le corps muqueux et l’épiderme sont épais et protecteurs, et plus le tact est émoussé.

§ 3 19. L’embryon , jusque vers le milieu du deuxième

mois, n’a point encore de peau distincte. Vers cette

époque, suivant Autenrieth, l’épiderme commence à

paraître. Jusqu’à mi-terme, la peaureste mince, incolore

et transparente: elle devient ensuite rosée jusqu’à huit

mois environ; à cette époque, elle pâlit, excepté dans

les plis. Vers quatre mois et demi de la grossesse, on commence à apercevoir les follicules sébacés , d’abord à la tête, puis dans les autres parties du corps; à sept mois, commence à se montrer l’enduit sébacé, ou caséiforme de la peau; à la naissance, la peau en est couverte et est d’un blanc rosé; après la naissance, la peau acquiert bientôt la couleur propre à la race, et aug-

mente en épaisseur et en force jusqua lage adulte ; dans la vieillesse, elle se dessèche, se ride et perd peu à peu sa couleur.

La peau est plus mince, plus fine, plus molle dans le sexe féminin ; mais ces caractères disparaissent quelquefois après l’âge de la fécondité.

§ 320. Les différences que la peau présente dans les races ont été déjà indiquées (§§ 112-116). Les individus des races colorées, et même les nègres, naissent à peu près de la même couleur que les blancs. La couleur commence à se manifester, dès que l’enfant respire, mais surtout vers le troisième jour après la naissance, autour des ongles , des mamelons, des yeux, de l’anus et des organes de la copulation ; le septième jour, la coloration est étendue partout, excepté aux régions palmaire et plantaire qui restent blanchâtres. Pendant la première année, la couleur est peu intense , elle augmente ensuite, et persiste pendant la plus grande, partie de la vie pour diminuer dans la vieillesse. L’odeur de la peau varie dans les races comme sa couleur. Outre les variétés nationales, on en trouve de trèsnombreuses dans les individus.

§321. Les altérations morbides de la peau sont extrêmement nombreuses. Il a déjà été question des cicatrices ou des reproductions accidentelles de cette membrane (§ 258). Le tissu nouveau est analogue, mais non identique à l’ancien. Le derme y est plus dense, moins aréolaire, plus compact, moins vasculaire, moins papillaire que celui de la peau. L’épiderme y existe manifestement; c’est à tort qu’on la nié, tout récemment encore. Le corps muqueux y existe aussi , de même

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que sa couche colorée, et c’est à tort que Camper a prétendu que les cicatrices des nègres étaient blanches; seulement la nuance y est un peu différente. Il se forme quelquefois des productions cornées sur les cicatrices; ces tégumens accidentels sont très-ulcérables.

On trouve aussi quelquefois de la peau accidentelle dans des kystes des ovaires, ce sont probablement des productions imparfaites de fœtus , soit engendrés , soit enveloppés dans l’état fœtal, par l’individu qui les contient.

§ 32 2. La peau présente quelquefois des vices de conformation primitifs, soit par défaut, ce qui constitue dans lefœtus'des divisions ou des dénudations; soit par excès, et alors il y a des plis ou des poches plus ou moin s étendus. Elle présente aussi des vices de conformation acquis; sa distension portée très-loin, comme dans la grossesse, par exemple, écarte, éraillé les fibres du derme, et produit des vergetures d’abord brunes ou noirâtres après l’accouchement, et qui ensuite deviennent et restent plus blanches que le reste de la peau, et luisantes. La distension, plus modérée et plus pro^ longée, fait perdre à la peau son élasticité ou sa rétractilité, et laisse, quand elle vient à cesser, des rides plus ou moins marquées.

§ 3.23. La peau estlesiége fréquent decongestions, de flux, d’inflammations aiguës et chroniques, dont les effets très-variés, soit sur la texture de la membrane, soit sur sa couleur, soit sur les produits de sa sécrétion , ont donné lieu à l’établissement d’une cinquantaine de genres , *et de plus de cent espèces de maladies de la

peau consistant en des boutons, des écailles, des éruptions, des ampoules, des pustules, des vésicules, des tubercules, des taches, etc., sur lesquelles on consultera avec fruit les ouvrages de Plenck, de M. Alibert, de Willan et de Bateinan.

§824. La rétention de la matière sébacée et son accumulation dans les lollicules, donne lieu à la formation de tumeurs, qu’on nomme tannes, quand elles sont petites, et que l’on confond quand elles sont grosses, sous les noms de loupes , ou de mèlicéris 3 (Y athéromes et de stéatomes, avec les tumeurs enkystées. Quand la tumeur est petite, et que l’orifice du follicule n’est pas oblitéré, on peut en faire sortir par pression la matière sébacée sous forme de ver, apparence qui a induit en erreur quelques observateurs peu attentifs et amis du merveilleux. Quand, au contraire, la tumeur s’est beaucoupaccrue et est devenue volumineuse sous la peau, et que son orifice n’est pas apparent, elle ressemble beaucoup à un kyste; mais en la disséquant avec soin, on retrouve, dans le point où elle tient à la peau, des traces de l’orifice; et si l’on fend, dans ce point, la peau et la tumeur, on suit aisément l’épiderme se réfléchissant de la surface de la première dans la cavité de la seconde. La matière contenue soit quelle ait 1 apparence du miel, de la bouillie ou du suif, ressemble encore assez à la matière des follicules sébacés pour nêtre pas méconnaissable.

§ 325. Diverses productions accidentelles, soit analogues, soit morbides, s’observentdanslapeau. Cette membrane est quelquefois soulevée par une quantité plus ou moins grande, et quelquefois innombrable de tu-

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meurs d'un volume très -variable, et formées par la production accidentelle d’un tissu blanc, fibreux, beaucoup plus compact que le tissu cellulaire et plus flasque que le tissu ligamenteux, tissu que l’on trouve aussi assez souvent dans les polypes, et surtout dans des tumeurs sous-muqueuses du vagin et de la vulve.

§ 326. La couleur de la peau offre diverses altérations. Celle des albinos présente la plus singulière : leur peau est d’un blanc mat ou rosé tout différent de la blancheur des Européens; leurs poils sont transparens, blanchâtres ou plutôt incolores; l’œil a l’iris rose-pâle et l’ouverture de la pupille rouge , ce qui dépend de l’absence du pigment de la choroïde et de l’uvée. Les fonctions de la peau, et surtout des yeux, se ressentent de cette altération que l’on a attribuée à l’absence du corps muqueux, et qui dépend au moins bien certainement de celle de la matière colorante de la peau et de ses dépendances; c’est à tort que l’on a regardé cela comme effet d’une lèpre, d’une cachexie ou comme un état de maladie ; c’est une erreur de Blumenbach et de Winterbottom , suffisamment réfutée par les observations de Jefferson , qui dit expressément que tous les individus de ce genre' qu’il a vus étaient bien conformés, forts et bien portans. On trouve cette altération dans toutes les races humaines, dans toutes les parties du globe et dans un très-grand nombre de genres d’animaux. Elle commence dès la naissance, persiste toute la vie, et se transmet par la génération. L union d’un albinos et d’un individu coloré donne ordinairement naissance à des individus colorés, et quelquefois à des albinos. Du reste, ils ne forment point

une race dans l’espèce humaine, mais ne s’y rencontrent que sporadiquement pour ainsi dire, ou comme des variétés accidentelles.

Les nœvi et les signes de la peau consistent, les uns en une plaque colorée du corps muqueux, qui est ordinairement alors sensiblement plus épais dans ce point que dans les autres parties; d’autrefois ils consistent en une disposition érectile des vaisseaux de la peau qui sera décrite plus loin (chap. IY).

La coloration de la peau est aussi sujette à des altérations accidentelles : ainsi l’on voit des individus de la race blanche devenir bruns ou tout-à-fait noirs dans des parties plus ou moins étendues. On voit aussi des blancs ou des noirs devenir albinos dans des points plus ou moins larges de la peau.

La mélanose, qui coïncide ordinairement avec la décoloration de la peau , et qu’on observe si souvent dans les chevaux blancs, ne dépendrait- elle pas d’une aberration du pigment de la peau?

Il se montre quelquefois dans le corps muqueux des productions cornées qui deviennent plus ou moins saillantes à la surface de la peau; ces productions étant analogues aux ongles seront décrites à la suite de ces dépendances de la peau.

ARTICLE IL

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