DES ONGLES
leur sont, clans la réalité, tout-à-fait étrangères, et dépendent uniquement de la peau qui les fournit. Il en est de même des productions cornées accidentelles; c’est dans le tissu sous-jacent qu’il en faut chercher l’origine.
Lorsqu’un ongle est arraché par violence ou détaché par une maladie delà peau sous-jacente , il repousse lentement et diffère plus ou moins de l’ongle primitif, suivant que l’affection de la peau persistait plus ou moins quand il a repoussé.
Il se forme des lames cornées, plus ou moins analogues aux ongles, sur des cicatrices, sur le bout des orteils, et sur d’autres endroits exposés à des pressions ou des frottemens rudes et réitérés: tels sont les callosités, les oignons, etc. L’ichthyose simple ou en plaques n’en diffère que par son étendue et parce que sa cause est ignorée.
Les cors consistent aussi en productions cornées accidentelles, arrondies, petites, très-dures, et qui par la compression qu elles transmettent, irritent, enflamment, percent quelquefois la peau, et même altèrent les os ou les articulations sous-jacentes.
Des cornes ou des productions cornées conoïdes plus ou moins allongées, ont été observées depuis 1 antiquité un grand nombre de fois sur presque toutes les parties de la peau. Quelquefois une seule de ces excroissances existe sur un individu et s’est développée ou sur une cicatrice, ou dans un follicule sébacé, ou sur quelque point de la peau préalablement altéré, ou bien sans qu’on ait rieiî remarqué de particulier dans la peau avant la production cornée; d’autres fois il
existe sur presque tous les points de la peau des productions de ce genre, ce qui constitue une espèce d’ichtliyose.
On peut rapprocher des productions cornées accidentelles, et regarder comme du tissu corné imparfait les verrues de la peau et les poireaux de la membrane muqueuse, les uns et les autres participant du tissu corné et de celui de la membrane.
Les ongles se ramollissent, se carnifient, deviennent du tissu corné imparfait, végètent irrégulièrement, présentent des excroissances, deviennent secs, cassans, etc. , dans certaines affections générales ou locales de la peau, ainsi que par le contact habituel des alcalis, des acides , etc. , comme cela a lieu dans quelques professions. Ils participent d’ailleurs toujours à l’état sain ou malade de ia peau, dont ils sont une production. L’ongle entré dans la chair n’est que la cause mécanique d’une inflammation de la peau.
IL Des poils \
§ 335. Les poils , pili , crin es y sont des filamens cornés,
1 P. Chirac, Lettre écrité à M. Regis , sur la structure des cheveux. Montpellier, 1688. — M. Malpiglii , de Prfis observationes in op. posth. — Withoff, Ancitome pili humani Duisb. ij5o. et in Comm. soc. scient. Gotting . 1703. — J. II. Knipliof, de Pilorum usu. Erf. 1754* — Duverney, OEuvres anatom. Paris, 1761. — Albinos, Acad, annot. lib. IV, cap. ix. — .T. P. Pfaff. , de Variet. pilor. natural. et prœternat. Halæ , 1796. Car. Asm. Rudolphi, Dis s. de pilorum structurâ. Grvphiswald. 180b. — Gautier, L.c. — Heusinger, L. c. etc.
des poils.
en général fins et longs qui garnissent en plus ou moins grand nombre presque toutes les parties de la peau , excepte la paume des mains et la plante des pieds.
Chaque poil consiste en un bulbe ét une tige, et chacune de ces parties aune texture assez compliquée, distincte surtout dans les poils les plus volumineux.
§ 3r36. Le bulbe ou follicule des poils, que Malpighi comparait aux vases dans lesquels les jardiniers plantent des végétaux, et que Chirac a très-bien décrit, est situé dans l'épaisseur du derme ou au-dessous de lui; il a une forme ovoïde; par une de ses extrémités, qui pénètre obliquement à travers la peau , il communique à la surface de cette membrane; et par l’autre, qui est profonde et garnie de quelques filamens implantés comme des racines, il est plongé dans le tissu cellulaire sous-cutané. Il est formé à l’extérieur d’une membrane capsulaire, ferme , coriace, blanche , qui se continue par l’extrémité superficielle avec le derme. En dedans de cette membrane en est une autre plus mince , molle , rougeâtre ou diversement colorée, et qui semble être la continuation du corps muqueux. La cavité de ce follicule membraneux est en grande partie remplie d’un bourgeon ou papille conique , adhérant par sa base au fond de la cavité, et libre par son sommet qui s’élève i vers l’orifice du follicule.
Des vaisseaux sanguins arrivent à la papille ; suivant Gautier, par le goulot du bulbe, en rampant entre ces deux couches membraneuses, et suivant mes 1 propres observations , par le fond. J’ai aussi suivi, par la dissection, des filets nerveux jusque dans la racine du follicule , que je regarde en conséquence comme
3o4 anatomie générale.
formée par des vaisseaux, des nerfs, et du tissu cellulaire.
Les bulbes des poils semblent donc consister en une petite partie de la peau enfoncée , déprimée ou retournée sur elle-même, surmontée d’une papille, et munie de vaisseaux et de nerfs volumineux eu égard à la petitesse de l’espace où ils se distribuent.
On trouve enfin dans l’épaisseur du goulot de ce bulbe pilifère plusieurs petits follicules sébacés disposés circulairement.
§ 307. La tige du poil est implantée par une de ses extrémités dans le bulbe pilifère, et libre dans le reste de son étendue. Sa forme est conoïde, l’extrémité libre é:ant un peu plus mince que le reste. Sa longueur est très -variable, son épaisseur varie beaucoup aussi. La base est creuse , logée dans le bulbe où elle embrasse la papille; le sommet est souvent fendu ; quelle que soit la couleur du poil , sa racine est toujours blanche et diaphane; la partie renfermée dans le bulbe est toujours aussi plus molle que le reste, sa portion la plus inférieure et qui couvre la papille est tout-à-fait fluide. On a dit que la surface du poil était écailleuse ou garnie d’aspérités microscopiques, libres du côté du sommet, et adhérentes du côté de la racine; je n’ai jamais pu les voir-
§ 338. La connexion du poil avec la peau a lieu comme il suit : il tient par sa base, qui est creuse, à la surface de la papille; de plus, l’épiderme, après s être introduit de la surface de la peau à l’entrée du bulbe, se réfléchit sur la base du poil, s’unit et se confond avec sa surface; aussi le poil tient-il fortement a la
DES POILS
peau , et ne peut-on le tirer un peu fort sans la tirailler douloureusement; la séparation des poils s’effectue sur le cadavre par les mêmes causes qui détachent de la peau l’épiderme et les ongles.
§ 339. La tige du poil consiste en une gaîne cornée, diaphane, à peu près incolore, et en une substance intérieure colorée, que l’on a le plus généralement décrite comme étant formée d’un certain nombre de filamens, on a dit de cinq à une dixaine, humectés d’une substance colorante; d’autres ont dit d’une substance spongieuse semblable à celle qui remplit la tige des plumes; d’autres ont prétendu que les filamens intérieurs étaient vasculaires; on a prétendu aussi que les poils consistaient en un filament corné homogène, ce qui n’est pas probable; Mascagni les dit entièrement formés de vaisseaux absorbans. Il paraît au contraire que, comme l’épiderme et la corne, les poils sont tout-à-fait dépourvus de vaisseaux et de nerfs , qu’ils consistent simplement en un prolongement de deux couches du corps muqueux, la couche colorée et la çouclie cornée, auxquelles se joint même l’épiderme.
§ 34o. La couleur des poils est en général relative à celle de la peau et des yeux. Dans les individus qui ont des taches colorées ou des taches albiniques, les poils sont colorés sur les premières, et blancs ou incolores sur les secondes. Ils sont très-résistans et supportent sans se rompre des poids assez considérables. Ils se fendent ou se déchirent aisément en long. Ils sont très-hygroscopiques , l’humidité les gonfle et les allonge, la sécheresse les raccourcit : Saussure a tiré parti de ce phénomène dans l’hygromètre qui porte son nom.
3o 6 ANATOMIE GÉNÉRALE.
Ils sont idio-électriques. Ils dépolarisent la lumière, et suivant le docteur Brewster, ils possèdent des axes parfaitement neutres : ceux-ci étant parallèles et perpendiculaires à l’axe du poil.
Suivant M. Hatchett, l’ébullition prolongée des poils leur enlève un peu de gélatine, et la substance restante, qui a perdu une partie de l’élasticité et de la ténacité du poil , a toutes les propriétés de l’albumine coagulée. Ils résistent beaucoup à la putréfaction. Leur couleur s’altère d’abord, mais la matière cornée résiste très-long-temps. M. Yauquelin a trouvé qu’ils se fondent par la décoction dans le digesteur de Papin ; qu’ils se fondent aussi dans l’eau contenant quatre centièmes de potasse caustique; que tous les acides ont de l’action sur eux. Suivant ce célèbre chimiste, ils sont composés d’une matière animale qui en fait la base, d’un peu d’huile blanche concrète, d’une huile noirâtre, de fer, d’oxyde de manganèse, de phosphate de chaux, de carbonate de chaux, de silice et de soufre.
§34i . Ils ne sont point irritables, point sensibles; leur force de formation ou de végétation est très-active.
Les mouvemens que les poils peuvent éprouver leur sont communiqués par les muscles peauciers, et par la contraction de là peau elle-même. Les très-gros poils ou les piquans de certains animaux sonten outre pourvus chacun à leur racine d’un petit muscle destiné à les redresser. Quoique la tige du poil soit, rigoureusement parlant, insensible, cependant comme leur racine est appliquée sur une papille pourvue d’un nerf, ils lui transmettent avec une grande exactitude les effets du contact des corps extérieurs qui agissent mécanique-
DES POILS
nient sur eux. Leur végétation ou production est continuelle, elle est analogue à celle de l’épiderme et des ongles , et constitue comme elle une véritable excrétion. Quelques faits semblent indiquer qu’il se passe dans leur intérieur, .non une circulation véritable , mais une imbibition , et qu’un liquide coloré les parcourt lentement de la racine vers l’extrémité libre. On les a dit, sans preuve, être des organes d’absorption. Leur usage est de protéger la peau et de servir, dans quelques endroits surtout, à la sensation. Ils ont d’ailleurs <les usages locaux.
. § 342. Relativement aux régions qu’ils occupent, les poils présentent des différences assez grandes, et ont reçu divers noms.
Au crâne, on les nomme cheveux, capilli, coma , cæsaries : ce sont les poils les plus nombreux, les plus longs , les plus rapprochés et les plus forts.
Les sourcils et les cils appartiennent aux yeux; les orifices du nez et de l’oreille sont aussi garnis de poils.
Les joues, les environs de la bouche et le menton sont occupés par la barbe, barba , julus , mystax , pappus.
Les aisselles sont aussi garnies de poils, glandebalœ , ainsi que le pubis, pubes , le scrotum ou les lèvres de la vulve, et le pourtour de l’anus.
Le reste du corps , soit le tronc , soit les membres , en est aussi plus ou moins garni. Au tronc, il y en a plus àja face antérieure qu’à la face dorsale, ce qui est le contraire de ce qu’on voit en général dans les animaux ; aux membres , il y en a moins au côté interne qu’au côté opposé. En général les poils de la plus
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grande partie du tronc et des membres sont rares, très-fins, courts et à peine visibles; ils n’ont point reçu de noms particuliers, on ne les trouve abondans et très-développe's que dans certains individus velus, hommes pilosi.
§ 343. C’est vers le milieu de la grossesse que l’on commence à apercevoir les rudimens des poils. Ils apparaissent dans le corps muqueux sous forme de globules semblables à ceux du pigment. Sur ces globules s’élèvent de petits cônes creux, ce sont les gaînes des poils. Ils restent pendant quelque temps sous l’épiderme et finissent par le traverser obliquement; on a dit par des pores, mais on n’en voit pas.
On trouve bientôt sur la peau du fœtus un duvet fin, lanugo, d’abord incolore qui couvre presque tout le corps, et qui affecte, dans les diverses régions, des directions déterminées. Ces poils soyeux se détachent pour la plupart vers le huitième mois de la gestation, et se retrouvent dans l’eau de lamnios et dans le méconium. C’est dans la dernière moitié de la durée de la grossesse que commencent à paraître les cils, les sourcils, les cheveux. Après la naissance le reste du duvet tombe. Vers la puberté commencent à paraître la barbe, les poils du nez et de l’oreille , ceux de l’aisselle, du pubis , des organes de la copulation, de l’anus, et ceux du reste du corps. Après l’âge adulte et dans la vieillesse, les poils blanchissent et tombent ordinairement.
Dans le sexe féminin , les cheveux sont plus nombreux et surtout plus longs. Il n’y a point de barbe ordinairement ni de poils autour de l’anus, et ceux du reste du corps sont plirs rares et plus fins. Après l’âge
des l'oirs. * 309
de la fécondité, la. barbe se développe quelquefois en assez grande quantité. En général les femmes deviennent moins souvent chauves que les hommes.
Les races humaines présentent, relativement aux poils, des différences qui ont été déjà indiqués (§§ 112-117).
Les individus en présentent aussi de nombreuses : les unes sont relatives à la couleur, dont les nuances varien t beaucoup; d’autres sont relatives à la grosseur, à l’abondance et à la longueur. Withoff a trouvé que sur une portion de peau de l’étendue d’un quart de pouce carré il y avait 147 cheveux noirs, 162 châtains et 182 blancs.
Des parties très - analogues aux poils se trouvent dans quelques mamnifères, où elles constituent des piquans; ce sont des étuis cornés, colorés, durs et pointus, renfermant à l’intérieur une substance spongieuse blanche et peu solide : tels sont ceux du porc-épic. Les poils ordinaires semblent consister dans la première substance principalement.
§ 344 On trouve des poils accidentels sur diverses parties de la peau et de la membrane muqueuse, ainsi que dans des kystes. Il existait même une erreur populaire chez les anciens , accréditée par Plutarque et par Pline , c’est que le cœur aurait été vu couvert de poils. > Homère, suivant quelques-uns, aurait même parlé du cœur velu d’Achille, mais il paraît que c’est de la poitrine velue de son héros qu’il a réellement parlé. Quant aux autres faits, il paraît, suivant la remarque de Sénac, qu’il s’agit tout simplement de cœurs hérissés de tissu cellulaire accidentel. Les poils accidentels de la peau sont ceux qu’on trouve sur des taches colorées ,
3lO ANATOMIE GÉNÉRALE.
ou sur des parties de la peau plus épaisses que le reste de cette membrane ; on en a vu aussi acquérir beaucoup de développement sur des parties de la peau précédemment enflammées. On a vu des poils implantés sur diverses parties de la membrane muqueuse ; le plus souvent on les a trouvés libres dans les cavités tapissées par cette membrane ou rejetés au -dehors, soit seuls, soit faisant partie de concrétions. Quoique plusieurs de ces faits soient très-authentiques, il ne faut pas oublier que des poils peuvent être avalés ou introduits par d’autres voies. Les poils des kystes, soit cutanés, soit muqueux, sont tantôt implantés et tantôt libres, et dans les deux cas ordinairement mêlés avec de la graisse ou avec de la matière sébacée. Ceux qui sont implantés dans des kystes de l’ovaire le sont ordinairement sitr des parties évidemment cutanées de ces kystes. Quant à ceux des loupes du sourcil et du crâne, etc., ces kystes ne me paraissent être que des follicules sébacés, et les poils qu’ils contiennent que des poils de la peau, qui au lieu de se diriger à la surface de cette membrane par l’orifice du follicule, ont été déviés par l’agrandissement accidentel de cette cavité.
§ 345. Les altérations des poils 1 , comme celles des ongles, ont toutes leur origine et leur cause dans la partie productrice; la partie produite, cornée, en éprouve les effets. Quand un poil est arraché par violence ou quand il est tombé par l’effet d une aflection de la peau , et que celle-ci vient à cesser , il repousse
1 Plenck , de Morbis capillorum , in op. cit. — G. Wedeitvcyer, Hisloria. pat ho L pilorurn. Gotting. 1812. 4°*
DES POILS
et s’accroît par le même procédé organique que les ongles. Cette régénération s’effectue de la même manière que la production première (§ 343). Quand les poils blanchissent par les effets de l’âge ou par d’autres causes , c’est par l’extrémité libre que l’albinisme commence , c’est de la même manière que s’opère le blanchiment automnal de beaucoup d’animaux, ce qui semble assez positivement indiquer que l’intérieur du poil est le siège d’une sorte d’iinbibition dont la matière serait fournie parla papille du bulbe ou follicule. Ce qui semblerait l’indiquer encore, c’est que, après les fièvres graves et dans beaucoup de maladies chroniques, lçs cheveux, quand ils ne tombent pas, éprouvent une sorte d’amoindrissement, d’atrophie; ils deviennent transparens , secs', cassans; et, quand la santé se rétablit , ils reprennent leurs qualités premières. On a vu aussi les cheveux, après ou sans avoir éprouvé l’albinisme, changer de couleur et repousser noirs. Le phénomène morbide de la plique, dans lequel on dit que les cheveux ramollis, carnifiés, laissent couler du sang quand on les coupe au niveau de la peau, ne fait point exception à cette proposition générale, que la tige du poil ne fait que participer à l’état sain ou morbide de la peau : on conçoit en effet que la papille du poil peut, si elle est enflammée, s’élever, renfermée dans la racine du poil, jusqu’au niveau de la peau, et que son tissu vasculaire peut être entamé en rasant la lige du poil ; mais n’y a-t-il pas beaucoup d’exagération dans ce qu’on raconte de la plique ?
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