DU TISSU ÉRECTILE
Il paraît en être de même de la nutrition : les vaisseaux déposent et reprennent sous forme de vapeur, et par des voies invisibles, dans la substance cellulaire , les molécules de la composition et de la décomposition des organes.
Mais tous ces phénomènes, physiques en apparence, sont modifiés par le corps organisé et vivant dans lequel ils ont lieu. C’est surtout à la cause inconnue de ces phénomènes qu’on a'donné le nom de force vitale, ou plus spécialement celui de force de formation.
1 1. Du tissu érectile.
§ 396. Le tissu érectile, caverneux ou spongieux, consiste en des terminaisons de vaisseaux sanguins , en des racines de veines surtout, qui, au lieu d’avoir la ténuité capillaire , ont plus d’ampleur , sont trèsextensibles , et réunies à beaucoup de filets nerveux.
§ 397. Ce tissu a d’abord été observé dans le pénis où il existe sous de grandes dimensions. Yésale1 en parle en ces termes : Corpora hœc ( cavernosa ) enata ad eum fere rnodum , ac si ex innumeris arteriarum venarum que fasciculis quam tcnuissimis , simulque proxime im plicatis , retia quœdam efformarentur , orbiculatim a nervea ilia rnembraneaque suhstantia comprehensa. Malpighi* paraît avoir fait la même observation : Sinuum speciem in mammarum tubulis et in pene habemus; in his nonnihil sanguinis reperitur , itaut videantur 'venarum diverticula , vel saltem ipsarum appendices .
De Corp. hum. Jabricd, lib. V, cap. xiv.
7 Diss. Epist. varii argum. in op. omn. vol. II.
Hunter 1 a vu la même chose relativement au tissu spongieux de l’urèthre : « Il est bon d’observer, dit-il, que le corps spongieux de l’urèthre et le gland du pénis ne sont pas spongieux ou cellulaires, mais consistent en un plexus de veines. Cette structure est visible dans le sujet humain , mais beaucoup plus distinctement, dans quelques animaux, comme le cheval, etc. »
Cependant la plupart des anatomistes qui se sont occupés de la structure du pénis, entre autres Degraaf, Ruysch, Duverney, Boerhaave, Haller et ses disciples, ayant méconnu la nature des tissus caverneux et spongieux du pénis, et les ayant considérés comme étant du tissu cellulaire lâche et élastique formant des cellules et interposé entre les artères et les veines, la plupart des anatomistes modernes ont adopté cette erreur. Duvernoy, Mascagni, MM. Cuvier, Tiedemann, Ribes, Moreschi, Panizza, Farnèse, etc., ont fait des observations exactes sur le tissu érectile du pénis et du clitoris de l’éléphant, du cheval, de l’homme, etc.
§ 898. Quoique la disposition érectile des vaisseaux existe en beaucoup d’endroits, cependant il en est un certain nombre où elle est beaucoup plus évidente. Ce sont les corps caverneux du pénis et du clitoris , le corps spongieux de l’urèthre, les nymphes, le mamelon , les papilles des membranes tégümentaires, etc.
§ 399. Le tissu érectile est dans des dimensions trèsgrandes dans les organes de la copulation. Quoiqu il n’offre pas le même développement dans les papilles, on peut“néanmoins très- bien ly observer.
1 Obs. on certain parts of the animal OEconomy , in-4 î London , 1786, pag. 38.
DU TISSU ERECTILE.
Les papilles, celles de la langue particulièrement, consistent en filamens nerveux renflés, mous, dépouilles de nevrilemme , entremêlés d’une innombrable quantité de vaisseaux capillaires sanguins, serpentans, recourbés en arcade, anastomosés entre eux, et le tout enveloppé et rassemblé par un tissu cellulaire, mou ,et muqueux. Dans l’état de repos ces papilles sont petites, molles, pâles, peu distinctes; dans l’état d’érection, au contraire, elles sont aggrandies, redressées rouges, gonflées par le sang, et très-sensibles.
Le mamelon, ou la papille de la mamelle, ne paraît différer des autres que par de plus grandes dimensions. La peau et la membrane muqueuse présentent à des degrés variés la disposition papillaire et érectile dans toute leur étendue. Le volume des nerfs et l’abondance des vaisseaux sanguins y sont partout proportionnés au degré de la sensibilité. La peau de la pulpe des doigts, très-vasculaire et très-nerveuse , éprouve un degré de gonflement et de rougeur manifeste pendant le toucher, et proportionné à sa perfection..
§ 4oo. Le tissu érectile des organes de la copulation ne diffère guère de celui des papilles, que par ses dimensions beaucoup plus grandes. Celui du corps caverneux du pénis présente la disposition suivante : il est enveloppé d’une gaîne de tissu fibreux élastique qui envoie des prolongemens dans son intérieur. Les deux artères dorsales du pénis sont accompagnées d’une veine impaire formant un plexus , et de nerfs très-volumineux. Les artères envoient dans l’intérieur beaucoup de ramuscules accompagnés de nerfs , et les vemes reçoivent .à travers la gaîne beaucoup de radi-
cules. L’intérieur est composé de ramifications artérielles provenant des artères dorsales et des artères centrales et de larges veines très-abondantes, entremêlées dans tous les sens et anastomosées une multitude de fois entre elles. Ces branches de veine offrent des dilatations, et de larges communications. Quand on injecte une des artères du pénis, l’injection , si elle est bien pénétrante, après avoir rempli les ramifications artérielles et le plexus veineux intérieur, qui constitue le corps caverneux, et avoir produit l’érection, revient par la veine dorsale : on remplit encore bien plus aisément le corps caverneux en injectant par la veine. Ainsi les prétendues cellules du corps caverneux ne sont que des racines de veines très -larges formant un plexus compliqué, et anastomosées commeles vaisseaux capillaires.
Le tissu érectile de l’urèthre et du gland ont la même disposition ; il en est de même de celui du clitoris et de celui des nymphes.
L’érection dans les organes de la copulation provient, comme dans les papilles, de la réplétion des vaisseaux érectiles. Cette réplétion peut dépendre de l’afflux du sang artériel, qui est accompagné de l’exaltation de la sensibilité; de la rétention du sang veineux; ou de la réunion de ces deux causes.
§ 4OÏ* Il est encore une partie dont la texture et les phénomènes se rapprochent beaucoup de ceux des organes érectiles : c’est la rate, qui, par-là , paraît être un diverticule du sang. Si on met la rate à découvert sur un animal vivant, et qu’on arrête, par la compression, le cours du sang dans la veine splénique, cet