‹ Elémens d'anatomie générale [electronic resource]Chapitre 28 sur 71 · DES GANGLIONS VASCULAIRES · texte numérisé non relu

DES GANGLIONS VASCULAIRES

affectent des dispositions spéciales. M. Heusinger leur a donné le nom de tissu parenchymateux.

Leur texture résulte de la réunion de plusieurs autres tissus : ils sont formés de tissu cellulaire modifié, de vaisseaux sanguins et lympathiques, et de nerfs, le tout renfermé dans une enveloppe qui envoie des prolongemens cà l’intérieur. Ils sont tous placés sur le trajet de la circulation lymphatique et veineuse, et paraissent destinés tous à faire subir une élaboration aux substances absorbées et à préparer leur assimilation; ils semblent ainsi dans une sorte d’antagonisme avec les vraies glandes ou les organes de l’excrétion. Les ganglions vasculaires diffèrent les uns des autres par la quantité et l’espèce de tissu qui en forme la masse, par la proportion des vaisseaux et des nerfs, et par le mode de communication des vaisseaux.

§ 4°4. On peut distinguer les ganglions adénoïdes • en deux sortes : i° les glandes ou ganglions lymphatiques, et 2° les ganglions vasculaires sanguins, qui sont la thyroïde, le thymus, les capsules surrénales et la rate.

Les premiers seront décrits avec les vaisseaux lymphatiques, (sect. IV.). Les autres, formant un groupe moins naturel, appartiennent principalement à l’ana-

tomie spéciale; ils ont cependant quelques caractères généraux. Les ganglions vasculaires sanguins1, sont

1 Boeckler, de Functionibus glandulœ thyrcoidœ , thymi, atque glandul. supraren. , etc. Argentor. 1763. — Becker, über die verrichtung der Ideinsten schlagadern und einger ans einern gewebe der feinsten gefàsse bestelieriden eingeweide,der schild-und brust-drüse , der milzes, d erneben nier en und nachgeburt. Erfurt, 1790.

plus volumineux et beaucoup moins nombreux que les ganglions lymphatiques. Ils sont d’une couleur rougebrune. Ils sont globuleux et granuleux. Ils présentent à l’intérieur des cavités distinctes, remplies d’un fluide, mais peu ramifiées et closes en tous sens. On a cru à diverses époques y avoir découvert des conduits excréteurs, mais ces prétendues découvertes n’ont point été confirmées. Ces ganglions sont dans un tel rapport avec les vaisseaux sanguins et lymphatiques, et notamment avec le canal thoracique, qu’on leur suppose avec beaucoup de vraisemblance, une très-grande influence sur le perfectionnement de la lymphe et du chyle, et sur la formation du sang.

SECONDE SECTION

DES ARTÈRES

§4°5. Les artères1, arteriœ, sont les vaisseaux qui portent le sang du cœur à toutes les parties du corps.

§4o6. Hippocrate et ses contemporains donnèrent le nom de veine à tous les vaisseaux et à tous les canaux , excepté au canal aérien , qu’ils appelèrent artère. Aristote parle le premier de l’aorte , qu il appelle petite veine. Praxagore donne le nom d artère à 1 aorte et à ses branches, qu’il croit contenir une vapeur. L école dA-

r Bassuel, Nouvel aspect de l’intérieur des artères, et de leur structure par rapport au cours du sang; Mém. piésent. de math, et de phys. tom. I. ann. 1750. — D. Belinas, Structure des artères, leurs propriétés, leurs fonctions et leurs altéiations organiques, in-4°. Strasbourg; 1822. Ch. H. Ehi mann , mêmes titre, lieu et date.

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lexandrie distingue les artères des veines par l’épaisseur des parois, et admet que le sang peut, dans certaines circonstances, passer dans les artères. Galien, le plus grand anatomiste de l’antiquité, essaie de prouver que les artères sont pleines de sang dans l’état naturel; il considère le système veineux et le système artériel chacun comme un arbre dont les racines, implantées dans le poumon, et les branches distribuées dans tout le corps , sont réunies au cœur. Il faut venir presque jusqu’à Vésale pour trouver les premiers rudimens de l’art d’injecter les vaisseaux, et jusqu’à lui pour trouver quelques notions sur la texture des vaisseaux sanguins : leurs fonctions et leurs altérations n’ont été connues que plus tard.

§ 4oy . Il y a deux troncs artériels : l’aorte et l’artère pulmonaire. Chacun d’eux a une disposition arborisée, et présente une origine, un tronc, des branches, des rameaux et des ramuscules de plus en plus déliés, jusqu’à sa terminaison.

Chacun des troncs artériels naît d’un ventricule du

cœur, et présente là , non une continuation de la substance du cœur comme on l’a dit récemment encore1, mais une connexion intime et très-remarquable : la membrane moyenne de l’artère est divisée en trois festons bordés de tissu ligamenteux , l’orifice du ventricule est garni d’un anneau du même tissu , le sommet des festons de l’artère est solidement attaché à l’orifice du ventricule, et les intervalles triangulaires des dentelures sont également occupés par des membranes li-

Langenbeck, Nosol. und therap. der chir. krcinkheiten ; Goetting. 1822. vol. I.

j66 anatomie générale.

gamenteuses; la membrane interne du vaisseau se continue avec celle du cœur, et la membrane externe s’unit à la substance de cet organe.

Les troncs, les branches et toutes les divisions des artères sont sensiblement cylindriques. Il y a pourtant quelques exceptions : certaines artères vont en s’élargissant, quelques-unes semblent se rétrécir. Les cylindres artériels vont en diminuant depuis les troncs jusqu’aux dernières ramifications.

En général la somme des branches l’emporte sur le tronc qui les fournit, mais il y a des exceptions : ainsi il n’est pas évident que l’artère carotide et le tronc brachial aient ensemble plus de capacité que le tronc innominé; de même il n’est pas certain que les artères radiale, et cubitale réunies en aient plus que l’humérale. 11 ne faut pas confondre dans cette comparaison le diamètre extérieur avec la capacité. D’ailleurs il arrive à tout instant des changemens de capacité dans des rameaux artériels, sans que les branches en changent sensiblement. Et pour n’en citer qu’un exemple évident : les artères utérines augmentent considérablement pendantla grossesse, l’artère hypogastrique qui les fournit augmente un peu, et l’artère iliaque primitive pas sensiblement.

Le nombre variable des divisions successives des artères , leur mode de division, les angles que forment les branches avec les troncs ontété indiqués, ainsi que les anastomoses et les voies collaterales qu elles forment

à la circulation. Il en est de même de leurs flexuosités.

La terminaison des artères devenues capillaires et microscopiques a lieu par leur continuation en veines,

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soit par des communications Capillaires rouges, soit par des communications incolores à cause de leur ténuité.

§ 4o8. Vues à l’intérieur, les artères sont cylindriques, leur coupe est circulaire, excepté dans les très-grandes artères qui , vides s’aplatissent un peu et présentent une coupe elliptique.

Chacun des deux troncs artériels est muni de trois valvules à son origine au cœur. Ces valvules semi-lunaires tiennent, par leur bord convexe, au contour des festons de l’artère; leur bord libre est droit, un peu épais, surtout au milieu, qui offre un petit renflement. Une face eu tournée du côté de la paroi artérielle, et l’autre du côté de l’axe du vaisseau. Ces valvules sont formées par la membrane interne des artères repliée en double, et contenant dans son épaisseur une couche mince de tissu ligamenteux ou fibreux; leur bord libre contient un petit cordon de ce tissu, et son milieu un point fibro -cartilagineux. Quand ces valvules s’abaissent, la face qui répond au ventricule devient convexe, l’autre qui répond au canal devient concave ; leurs bords libres se rencontrent, se touchent, et elles ferment exactement le vaisseau. Dans tout le reste de leur étendue les artères sont dépourvues de

valvules.

La surface interne est lisse , polie et humectée. La surlace externe répond au tissu cellulaire commun et particulier, dans lequel les artères sont ramifiées. Le tissu cellulaire, moulé autour d’elles ou écarté par leur presence, leur forme une gaîne cellulaire. Cette game est conlondue en dehors avec le reste du tissu cellu-

laire ou avec la substance des organes; en dedans elle est unie à l’artère assez lâchement pour que celle -ci glisse aisément dans son intérieur dans les'divers mouvemens, et s’y retire en se raccourcissant quand elle a été divisée. Cette gaine est assez ferme autour des artères des membres; dans la poitrine et l’abdomen la gaine des artères est en partie formée par les membranes séreuses. Celle des artères spermatiques est remarquable par sa laxité ; celle des artères du cerveau n’est pas distincte. Cette partie de l’anatomie des artères mérite beaucoup de considération dans la pathologie et dans les opérations.

§ 4°9- La texture1 des artères résulte de plusieurs couches membraneuses superposées. On a beaucoup discuté et varié sur leur nombre. Porté à cinq par quelques- anatomistes j et réduit à un par quelques autres, on peut le fixer à trois : une externe, une moyenne et une interne.

§ 4io. La membrane externe, appelée aussi celluleuse, nerveuse, fibreuse, etc. , est mince, blanchâtre, formée de fibrilles obliques et croisées , entrelacées diagonalement à la longueur du vaisseau. A l’extérieur ce tissu est assez lâche , et s’unit à la gaine ; du côté in-

1 Ludwig, de Arteriarum tunicis ; bips. I73y. — Albinus , Acad, annot. lib. IV, cap. vin, de Arteriœ membranis et vasis. -- — A. Monro, Remarks on the coats of ar le rie s, their diseases , etc. in kVorks. — Delasone, Sur la structure des artères, Mém. de l’acad. des sc. iy56. — C. Mondini, de Arteriar um tunicis , in opuscoli scien tijici , t. I; Bologna , 1817. — A. Béclard, Sur les blessures des artères, Mém. de la soc. méd. d’ÉmuIation , t. VIII, Paris; 1817.

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terne, au contraire, les fibrilles sont tellement serrées, qu’on ne peut les apercevoir qu’en le déchirant. Dans les troncs artériels , cette double disposition est assez marquée èt assez tranchée pour que cette couche paraisse réellement double; dans les artères moyennes et petites, au contraire, cette couche devient uniformément serrée et distincte du tissu cellulaire delà gaîne, et ressemble alors beaucoup au tissu ligamenteux.

Cette membrane est très-résistante et très-élastique, tant dans le sens longitudinal que circulairement. Souple et résistante en même temps, elle n’est pas divisée par l’action des ligatures appliquées, même immédiatement, sur elle. Quand on la déchire on éprouve beaucoup de difficulté, et l’on aperçoit la texture de ses fibrilles obliques, qui en rend la résistance égale dans tous les sens.

§ La membrane moyenne, appelée aussi musculeuse, tendineuse, propre, etc., est épaisse, jaunâtre, formée de fibres presque circulaires ou annulaires. Cette membrane, la plus épaisse des trois, est très-apparente dans les troncs; elle augmente proportionnellement d’épaisseur, à mesure que les artères diminuent de volume. Son épaisseur est peu considérable dans les artères de certains viscères, et surtout dans les artères du cerveau. Elle peut être divisée en plusieurs couches par la dissection : c’est probablement ce qui a induit en erreur ceux qui ont admis plus de trois membranes artérielles. Les fibres extérieures sont moins serrées, les plus profondes le sont davantage, et ainsi de plus en plus. Ces fibres ne forment pas tout le tour du vaisseau. On ne trouve point dans la

membrane moyenne les fibres longitudinales et spirales qu on y a admises. Dans les endroits où les artères se divisent, les fibres circulaires du tronc s’écartent et forment de chaque côté un demi-anneau ; les fibres annulaires de la branche leur font suite. La membrane moyenne tient intimement à l'externe*

La membrane moyenne a une fermeté telle, que, séparée des autres, elle conserve sa forme cylindrique; c’est à elle que les artères doivent de rester béantes ou rie conserver leur lumière quand elles sont vides. Isolée, elle jouit d’uïie force de résistance et d’une élasticité faibles, suivant le sens de la longueur de l’artère, et très-fortes suivant le sens de ses fibres, c’est-à-dire suivant la circonférence du vaisseau. La fermeté et l’élasticité des fibres qui la forment vont successivement en diminuant des grosses artères vers les petites. On l a tour à tour comparée et assimilée à la fibre musculaire en général, à la fibre musculaire de l’utérus, au tissu fibreux ou ligamenteux; elle constitue une espèce de tissu élastique, tissu particulier, mais participant des caractères des fibres musculaire et ligamentaire.

§412. La membrane interne des artères, appelée aussi nerveuse, arachnoïde, commune, etc., est la plus mince des trois. Elle se continue des ventricules du cœur dans les artères; c’est elle, pour la plus grande partie, qui forme les valvules semi-lunaires des artères. Elle présente, dans les grosses branches vides, quelques plis longitudinaux, et des petites rides transversales dans les artères du jarret et du pli du coude; elle est également ridée dans les artères rétractées après l’ampu-

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tatiora. Sa face interne est lisse, polie, humide et en contact avec le sang ; sa face externe adhère à la membrane moyenne. Dans les troncs artériels on peut la diviser en plusieurs lames : la plus interne est extrêmement mince et transparente, le reste est blanc opaque, etse confond insensiblement avec la membrane moyenne ; c’est à cette partie surtout qu’on a donné le nom de membrane nerveuse. Dans les branches, elle ne forme plus qu’un seul feuillet indivisible. On ne distingue dans cette membrane, qui est très-dense, aucune apparence de fibres; elle se déchire à peu près avec la même facilité dans tous les sens» Elle est peu élastique. On l’a comparée aux membranes séreuses et au tissu muqueux ou cellulaire; elle n’est point vasculaire comme les membranes séreuses en général; c’est à l’arachnoïde qu’elle est le plus comparable.

§ 4i3. Il entre encore dans la composition des artères, du tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs.

Le tissu cellulaire qui pénètre la membrane externe et qui l’unit à la moyenne est assez apparent; mais au delà il est tellement rare et serré, que son existence a été révoquée en doute. Cependant quand, par la dissection, on enlève d’une artère la membrane externe et la plus grande partie de l’épaisseur de la moyenne, il s'élève de la partie découverte des bourgeons charnus, comme du reste de la plaie.

§, 4 ï 4. Les artères et les veines^des artères ( vasa arte riarum ) leur sont fournies par les vaisseaux voisins , et deviennent très-apparentes dans la membrane externe par les injections et quelquefois même sans cela, surtout chez les jeunes sujets; on les suit jusqu’à leur

pénétration dans la membrane moyenne, et pas au delà.

Ce que l’on appelle vaisseaux exlialans et absorbans, ou plus exactement les voies inconnues de l’exhalation et de l’inhalation, sont démontrés dans les parois artérielles par le fait même , car dans les artères enflammées il se fait une exhalation à la surface interne; et, dans le cas de ligature, le coagulum intérieur est absorbé.

§ 4 1 5 . Les nerfs 1 des artères viennent de la moelle et des ganglions. Les artères des organes des fonctions végétatives reçoivent les leurs des ganglions, les autres de la moelle. Les nerfs des artères forment autour d’elles des réseaux analogues à ceux que forment les nerfs pneumo-gastriques autour de l’œsophage, et les accompagnent ainsi dans l’intérieur des organes. Mais en outre des filets se terminent dans la tunique externe , et d’autres arrivent à la membrane moyenne, sur laquelle ils se répandent en un réseau très-délié. Les premiers sont mous et aplatis ;*les seconds, filiformes et d.’une finesse extrême, ont plus de consistance, et parcourent un trajet moins long. Toutes les artères ne reçoivent pas un égal nombre de nerfs; l’artère pulmonaire en reçoit moins que l’aorte et ses divisions. Ils sont d’autant plus abondans que les artères sont plus petites. Les artères du cerveau n’en sont pourvues que jusqu’à l’endroit où elles pénètrent dans la substance cérébrale. Dans la vieillesse, les nerfs des artères, surtout ceux

1 A. Wrisberg , loc. cit. — Lucæ, Quœdam. observ. anat. circh Jiervos arterias adeuntes et comitantes , in-* 4°, cum. fig •

Francof. ad Mœniirn , 1810.

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de la membrane moyenne, deviennent moins appareils. Le grand nombre de nerfs que reçoivent les artères montre une étroite liaison entre le système nerveux et l’appareil circulatoire, entre les nerfs et le sang.

§ 4 1 6. Les proprié tés physiques les plus remarquables des artères sont la fermeté de leur tissu, sa résistance et son élasticité. C’est àlafermeté de la membrane moyenne quelles doivent surtout la faculté de conserver une grande partie de leur lumière, quoique vides de sang. Leur pesanteur spécifique est environ 108. Leur épaisseur, en général assez grande, augmente encore un peu par la vacuité ; elle est aussi un peu plus grande du côté convexe des courbures que du côté opposé, à peu près comme 8 est à y; elle augmente proportionnellement au calibre des artères à mesure que celui-ci diminue ; cependant elle n’est pas la même dans toujes les artères du même diamètre; ainsi les parois des artères encéphaliques sont très-minces, et celles des membres sont épaisses.

§ 4j7- La résistance des artères à la rupture a été examinée par Clifton Wintringham; j’ai fait aussi quelques expériences sur ce sujet. Elles ont une grande force de résistance, en général proportionnée à leur épaisseur. Celle de l’aorte est supérieure à celle de l’artère pulmonaire. A mesure que les artères diminuent de volume , leur résistance absolue diminue, mais leur épaisseur relative et leur mollesse augmentant, leur extensibilité et leur résistance relative augmentent. La résistance n’est cependant point la même dans toutes les artères du même volume : celle de l’artère iliaque est plus considérable que celle de la carotide. La ré-

si stance en long ne dépend presque que de celle de la membrane externe ; la résistance circulaire, beaucoup plus forte, est due aux membranes moyenne et externe.. La membrane interne a très-peu de force de résistance dans un sens comme dans l’autre.

§ 4 1 8 . L’élasticité des artères est leur propriété physique la plus importante. Si on les distend en long, elles cèdent et s’allongent, pour revenir brusquement sur elles-mêmes quand on cesse la distension. Si on les distend en travers, elles cèdent moins et reviennent avec plus de force encore. Si p3r l’injection ou l’insufflation on les remplit avec excès, elles s’élargissent un peu, s’allongent, et au moment où l’on cesse l’effort, elles reviennent sur elles-mêmes et se vident en partie. Si on les ploie, elles se redressent, si on les aplatit par la compression ^ elles reprennent leur forme cylindrique. Dans l’état de vie, elles sont à un état de tension élastique qui fait que quand elles sont divisées, les bouts se rétractent. L’élasticité des artères est très-marquée dans les plus grosses, elle diminue successivement dans les petites.

§ 4 19. Les artères sont aussi susceptibles d’une extensibilité et d’une rétractilité lentes. Quand une artère principale cesse de livrer passage au sang, les artères collatérales, en la remplaçant dans ses fonctions, s agrandissent et acquièrent en peu de temps un volume considérable : cet agrandissement est du même genre que l’accroissement ordinaire, mais il est beaucoup plus rapide; l’artère, au contraire, qui cesse délivrer passage au sang revient peu à peu sur elle-même, et finit par disparaître plus ou moins .complètement.

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§ 420. Les propriétés- vitales des artères, comme celles des autres parties, sont relatives et à leur propre nutrition et à leur action dans l’organisme. La force de formation y est manifeste daps leur production accidentelle, et moins dans la réparation de leurs lésions. L’irritabilité y est manifeste à un certain degré 5 la sensibilité y est beaucoup moins évidente.

§ 421. L’irritabilité artérielle *, appelée aussi tonicité, contractilité, force vitale des artères, lorce de contraction, ou la force par laquelle les parois de l’artère, dans l’état de vie , se rapprochent de son axe, sans meme avoir été distendues, a été un grand objet de controverse parmi les physiologistes.

Haller, qui admet la nature musculaire de la mem-’ brafie moyenne des artères, avoue que ses expériences ne lui ont rien appris de positif sur leur contractilité , et que ces vaisseaux n’ont pas répondu toujours aux stimulus chimiques et mécaniques. Bichat, Nysten et M. Magendie, ont également nié l’irritabilité des artères. Bichat se fonde sur ce que 1 irritation mécanique à 1 extérieur ou à l’intérieur du vaisseau ne produit pas de mouvemens; ouverte en long, les bords de l’artère ne se renversent pas; extraite du corps, elle ne donne aucune marque de contractilité ; disséquée couche par couche, on ne voit point ses fibres palpiter; le doigt introduit dans une artère vivante n’y est pas serré for-

1 ^ oy. Chr. Krarnp, de Vi vitali arteriarum; Argent. 1786, — C. H. Parry, an JLæpcr. inquiry i/ilo puise and other prop. of the arteries, etc.; Batli. 1816. — Ch. H. Parry, Additional ex per. on the arteries , etc.; Lond. 18 ry. — • ffastings, loc. cit.

tement; l’artère interceptée entre deux ligatures n'éprouve qu’un ébranlement communiqué; la contraction produite par les acides est un raccornissement, et l’action des alcalis est nulle.

La plupart des anatomistes et des physiologistes sont d’une opinion contraire, fondée sur un grand nombre de faits; Yerschuir et Hastings ont vu l’irritation mécanique produire la contraction des artères. Zimmermann, Parry, Verschuir, Hastings, ont vu les acides minéraux et végétaux produire le même effet. Thomson et Hastings ont vu la même chose par l’action de l’ammoniaque. Yerschuir, Hunter, Hastings, ont vu la seule action de l’air et de la température produire cette contraction. Hastings a encore obtenu le même effet en appliquant l’huile de térébenthine, la teinture de ôantharides, la solution de muriate d’ammoniaque, de sulfate de cuivre. Bikker et Yandenbosch ont obtenu la contraction des artères par l’électricité , Giulio et Rossi, par le galvanisme; Home l’a même observée en appliquant un alcali au nerf avoisinant une artère. La contractilité vitale, peu évidente dans les grosses artères, va en augmentant successivement dans les petites.

On peut encore citer en preuve de 1 existence de l’irritabilité des artères, l’augmentation de leur contraction dans les inflammations et les névralgies. Ainsi, dans le panaris, dans l’angine tonsillaire, dans la prosopalgie, etc., on voit et on sent au toucher les artères d’un côté battre beaucoup plus lort qtie celles du côté opposé. On voit quelquefois des différences du meme genre dans l’hémiplégie. La même chose a lieu aussi

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dans la grossesse et dans beaucoup d’autres phénomènes hygides ou morbides, accompagnés d’un développement local des vaisseaux.

On peut donc conclure de ce qui précède, que pendant la vie les artères jouissent à la fois de l’élasticité et de l’irritabilité ; que l’élasticité prédomine dans les grosses, et l’irritabilité dans les petites artères; que l’irritabilité artérielle est plus ou moins soumise à l’influence nerveuse. Avec l’âge, les vasa 'vasorum diminuant, les nerfs des artères s’atrophiant, et la membrane moyenne devenant plus dure , l’irritabilité artérielle diminue de plus en plus, l’élasticité elle-même finit par diminuer beaucoup.

§422- La sensibilité des artères est nulle ou extrêmement obscure. Y erschuir rapporte une seule expérience, dans laquelle un animal a paru éprouver de la douleur par 1 application d’un acide minéral. D’après Bichat, l’injection d’un liquide irritant paraît aussi produire une douleur vive.

§ 423. La fonction des artères est de conduire le sang du cœur dans toutes les parties du corps. Lorsque les ventricules du cœur poussent en se contractant une nouvelle quantité de liquide dans les artères déjà pleines

de sang en mouvement, la vélocité du mouvement s’en

trouve accrue dans toutes les artères : l’observation d’une blessure artérielle le prouve. Un autre effet de la systole des ventricules généralement admis, est la dilatation des artères. Des expériences ont été invoquées à 1 appui de cette dilatation; d’autres expériences intéressantes du docteur Parry, semblent la contredire. Cependant elle existe réellement, mais elle est très-

peu considérable. Un autre effet plus sensible, produit par chaque systole, est l’allongement des artères. L’action exercée par les artères pour pousser le sang en avant, est leur retour élastique qui les rétrécit et les raccourcit, et par conséquent diminue leur capacité , et de plus une force de contraction vitale qui s’ajoute à l’élasticité dans les artères moyennes, et finit par la remplacer dans les petites. La vélocité du cours du sang artériel va en général en diminuant des troncs vers les derniers rameaux ; cette vélocité présente en outre des variétés locales , constantes ou accidentelles.

La fonction des artères est donc de conduire comme

des canaux le sang dans toutes les parties, et comme canaux contractiles, de lui imprimer une partie du mouvement dont il est animé. Oh a tour à tour exagéré et trop restreint l’action des artères sur le sang. Il est bien certain , i° que les vaisseaux paraissent avant le cœur, soit dans la série animale, soit dans l’embryon; 2° que les fœtus monstrueux sans tête sont dépourvus de cœur; 3° que dans les poissons il n’y a point de ventricule aortique, et que dans l’homme même, la veine porte ( Sect. III. ) est également dépourvue d un agent musculaire propre d’impulsion; 4° fiue dans les reptiles à qui on enlève le cœur, le mouvement du sang continue encore long-temps : tous ces faits prouvent effectivement que les vaisseaux sont un agent, et sont même l’agent primitif du mouvement du sang. Les artères y prennent part par leur élasticité et par 'leur irritabilité.

Mais il n’esl pas moins certain que dans les animaux pourvus de cœur, cet organe devient un agent puis-

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sant du mouvement du sang; c’est ainsi que par son action la circulation artérielle, bien que continue, est saccadée ; c’est ainsi que la circulation a lieu dans l’esturgeon, quoique l’aorte soit renfermée dans un canal osseux; c’est de même que, dans l’homme, l’aorte,. et ses principales branches peuvent être osseuses sans nuire notablement à la régularité du cours du sang. Il faut conclure de là que l’une et l’autre de ces puissances ( celle du cœur et celle des artères ) servent à la circulation, et que l’une peut suppléer en partie l’autre. Mais l’action du cœur sur le sang va en diminuant, et celle des vaisseaux en augmentant , à mesure qu’on s’éloigne du centre de la circulation. La contraction vitale des artères est aussi une des causes de leur vacuité dans le cadavre.

§ 4^4* La circulation artérielle est accompagnée d’un mouvement qu’on appelle pouls. On a tour à tour attribué ce phénomène à la dilatation et au resserrement alternatifs des artères; à l’allongemenjtde ces vaisseaux, et à la locomotion qui en résulte; à la pression du doigt qui 1 explore, ou à plusieurs de ces causes réunies. Le nombre des -pulsations dépend uniquement de celui des contractions du cœur. Le volume ou la plénitude du pouls dépend de la quantité de sang contenue dans les artères; sa durée, de celle des contractions du cœur; sa force, de la quantité de sang poussée par le cœur, de la force avec laquelle il est poussé, de la quantité contenue dans les artères, et de celle qui passe à travers les vaisseaux capillaires. L exploration du pouls a pour objet d examiner l’état de la circulation et des puissances motrices du sang, sayoir le cœur et les vaisseaux.

Les parois des artères augmentent d’épaisseur et de densité pendant toute la période d’accroissement, elles continuent encore d’augmenter en densité pendant tout le reste de la vie.

Les variétés des artères sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne l’a dit en général. Biehat et M. Meckel 1 ont dit avec raison qu’elles sont au moins aussi fréquentes, sinon plus même que colles des veines. C’est surtout dans les grosses artères qu elles sont remarquables2 *, et par leur fréquence, et par une sorte de régularité ou de symétrie , et par la ressemblance qu’elles présentent alors avec l’état régulier de certains animaux. 1

§ 425. Outre les vaisseaux accidentels déjà indiqués (§ 3yi), quand une artère principale est interrompue dans sa continuité, il s’établit encore des voies supplémentaires pour la circulation. Ces voies résultent ordinairement de l’augmentation de volume d’anciens vaisseaux qui , de blancs et incolores qu’ils étaient par leur ténuité extrême, deviennent rouges, ou qui de rouges et capillaires qu’ils étaient, deviennent plus volumineux; mais qui, dès avant cette circonstance, formaient, par leurs anastomoses, des voies collatérales (§ 35o). Dans certains cas la circulation se rétablit par des voies tout-à-fait nouvelles, par des artères de nouvelle formation. Ce fait, soupçonné par J. Hunter, entrevu par M. Maunoir et par Jones lui-même, quoiqu il ait com-

1 Dcutsches archiv fur die physiologie.

1 Fr. Tiedemann, Tabula; arteriarum corp. huniani. Cals

ruhæ , 1822.

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battu l’opinion de M. Maunoir, a été mis hors de doute parles expériences du docteur Parry 1 . Si on lie ou si l’on retranche une partie de l’artère carotide du mouton , artère qui ne fournit aucune branche dans toute la longueur du cou, on trouve, quelque temps après, la circulation rétablie dans l’endroit où l’artère a été oblitérée ou retranchée , par plusieurs rameaux à peu près parallèles occupant l’intervalle qui existe entre les deux bouts de l’artère.

§ 426. L’inflammation générale des artères est rare ; l’artérite locale ne l’est pas. Cependant la rougeur ne suffit pas pour la caractériser ; il y a de plus de l’épaississement, du ramollissement dans les parois, et souvent à l’intérieur une exsudation plastique , quelquefois du pus , et quelquefois des ulcérations plus ou moins profondes.

§ 427* Les blessures 2 des artères offrent des considérations anatomiques d’un grand intérêt : l’acupuncture ou piqûre d’une artère donne lieu à une hémorrhagie faible si le vaisseau est entouré de tissu cellulaire, plus

forte s’il est dénudé de sa gaîne. L’hémorrhagie s’arrête parla coagulation du sang, qui est ensuite successivement résorbé ; il reste pendant quelque temps un petit renflement vis-à-vis la piqûre; il se forme ensuite une cicatrice si exacte, qu’il devient à la longue impossible de l’apercevoir. Une petite incision parallèle à l’axe du vaisseau s’écarte un peu, et donne lieu à une hémor-

1 Loc. cit.

* J. F. t). Jones; On the process employed by nature in supressing the hemorrhâge , elc. Lond. 1810. — Béclard, loc. 'fçit.

r Plagie plus forte que la piqûre. La guérison s’effectue quelquefois ensuite, et de la même manière. L’incision transversale donne lieu , par l’écartement considérable de ses bords, à une hémorrhagie plus ou moins grave, suivant que l’artère est ou non dénudée. L’hémorrhagie est d’autant plus grave, que l’incision intéresse la moitié de la circonférence du vaisseau , cas dans lequel , abandonnée à elle -même, elle continue ou se renouvelle , après s’être arrêtée, jusqu’à la mort. Dans le cas où l’incision atteint une petite partie de la circonférence , si la gaine existe , le sang , après avoir coulé plus ou moins, s’y infiltre, s’y coagule, et quelquefois il se fait une cicatrice qui, à lâ vérité, est, dans l’homme, beaucoup moins solide que les parois originelles de i’artère, et qui devient ordinairement le siège ou la cause d’un anevrysme dit consécutif. Quand , au contraire, la division transversale dépasse de beaucoup la moitié de la circonférence, la rétraction est telle, ainsi que le rétrécissement qui en résulte, que si la gaine existe encore, le sang s’y infiltre, s’y arrête; s’y coagule? et que la guérison peut aussi avoir lieu ; mais pour cela la division de l’artère s’achève, et ce cas rentre alors dans le suivant.

§4^8. Quand uneartèred’un moyen ealibreestcoupée en travers , soit sur une surface amputée , soit dans la continuité des parties , le sang sort à plein canal et par un jet continu, alternativement élevé et abaissé, jusqu’à ce que la circulation soit beaucoup affaiblie; l’écoulement se rallentit alors et s’arrête, soit pour recommencer une ou plusieurs fois, quand la faiblesse sera passée, et continuer jusqu’à la mort , soit pour ne

DES ARTERES.

plus reparaître. Dans ce dernier cas, très-rare dans l’espèce humaine, l’artère s’étant rétractée dans sa oaîne et dans le tissu cellulaire ambiant, le sang s’est infiltré et se coagule autour du bout du vaisseau , il se coagule aussi dans ce bout même, jusqu’à une hauteur plus ou moins grande, toujours déterminée par la situation de la branche la plus voisine, dans laquelle la circulation continue d’avoir lieu. Le bout de l’artère est alors obstrué et bouché, à peu près comme l’est le goulot d’une bouteille par le bouchon et par la cire dont on le recouvre. L’artère n’étant plus soumise à la distension alternative qu’elle éprouvait, revient peu à peu sur elle, son extrémité tronquée éprouve l’inflammation traumatique , et devient le siège d’une exsudation plastique 5 le bout se cicatrise, le sang coagulé à l’intérieur et à l’extérieur est successivement résorbé, l’artère continue de se resserrer, elle se change en un cordon imperméable , et finit ordinairement par disparaître ou se changer en tissu cellulaire jusqu’aux environs de la branche la plus voisine qui continue de servir à la circulation.

§429* Quand on distend en long une artère, elle s’allonge d’abord beaucoup en glissant dans sa gaîne à la faveur du tissu cellulaire qui l’entoure; après avoir beaucoup cédé sans se rompre , elle commence à se déchirer à l’intérieur. La membrane externe se déchire la dernière, après s’être allongée et effilée à peu près comme un tube de verre que l’on fond et que l’on tire à la lampe d’émail^eur. Une fois rompue, les bouts de V artère se retirent moins qu’ils ne se sont allongés, et le sang jaillit d’abord comme dans le cas précédent,

384 anatomie générale.

mais bientôt il s arrête pour ne plus reparaître ordinairement. On a attribue cette cessation prompte et définitive de 1 hémorrhagie, qui a presque toujours lieu dans ce cas, a la rétraction de 1 artere et à d’ autres causes imaginaires : beaucoup de cas observés dans 1 espece humaine , et beaucoup d expériences faites sur les animaux, m ont convaincu que c était aux ruptures intérieures plus ou moins multipliées qu’éprouve l’artère avant de se diviser totalement en un point, qu’il fallait attribuer ce phénomène remarquable. Les phénomènes consécutifs sont les mêmes qu’après la section transversale (§428).

§ 43o. Une ligature appliquée circulairement à une artère , soit dans sa continuité , soit sur une surface amputée, assez serrée pour arrêter la circulation dans le vaisseau , coupe les membranes interne et moyenne , et, si l’artère est saine, ne divise point la membrane externe. Si la ligature reste en place, le sang arrêté dans le vaisseau se coagule dans sa cavité jusqu’à la branche la plus voisine, qui continue de servir à la circulation. La division éprouvée par les membranes internes , la pression exercée sur l’externe , et la présence de la ligature, déterminent une effusion de matière organisable, qui produit d’abord l’agglutination de toutes les parties intéressées; la partie embrassée par la ligature s’amollit d’abord, puis se divise par l’effet de l’inflammation , et la ligature est rejetée au -dehors. Les changemens ultérieurs dans le vaisseau sont les mêmes qu’après sa section transversale

§ 43 1 . Dans les trois genres de blessures qui viennent

DES ARTERES.

d’être exposés (§ 428-3o), les phénomènes ultérieurs sont différens, suivant qu’il s’agit d’une surface amputée, ou bien de la continuité des parties. Dans une surface amputée, non-seulement l’artère principale s’oblitère, mais encore toutes ses branches et ses rameaux aboutissans à la surface; de sorte que le tronc lui-même se rétrécit plus ou moins. Dans l’autre cas, au contraire, les branches qui naissent de l’artère liée, coupée ou déchirée, non-seulement continuent de servir à la circulation , mais se dilatent pour suppléer le tronc principal ; elles entretiennent ainsi, jusqu’au point d’où elles naissent, la fluidité du sang, son mouvement et son effort sur le vaisseau. C’est à cette différence qu’il faut attribuer la fréquence de la réunion primitive des artères divisées dans une surface amputée , et la rareté relative de cet heureux résultat dans la continuité des parties.

§4^2. On trouve quelquefois une production ou une transformation cartilagineuse avec épaississement des parois artérielles dans une étendue ordinairement assez limitée. Les productions dites athéromateuses, stéatomateuses, etc. , ne sont, comme la précédente, que le prélude de l’ossification pierreuse dont les artères sont si fréquemment le siège. Il faut distinguer cette ossification en accidentelle et en sénile. La première a son siège entre les membranes interne et moyenne, et est précédée d’une des altérations ci-dessus. La seconde, au contraire, a son siège dans la membrane moyenne, et consiste en une transformation de ses anneaux fibreux en cerceaux osseux plus ou moins étendus. Les diverses parties du système artériel n’y sont pas toutes également disposées. Le système aortique en est beau-

coup plus souvent affecté que le pulmonaire. Les éperons intérieurs des artères et les valvules de leurs troncs en présentent souvent ; l’aorte et ses branches principales en sont souvent le siège; les artères des membres inférieurs plus souvent que celles des membres supérieurs; les artères des muscles, du cœur, du cerveau , de la rate , assez souvent; celles de l’estomac et du foie rarement. La totalité enfin cju système artériel a été vue ossifiée, par Harvey, Riolan et Loder. L’ossification des artères est le plus généralement le partage de la vieillesse. Cependant on voit aussi quelquefois l’ossification accidentelle chez des jeunes sujets, et même

dans la première enfance. L’ossification des artères est

plus rare dans le sexe féminin que chez les hommes. Elle est beaucoup plus commune dans les climats froids que dans les pays chauds.

L’effet de l’ossification artérielle , et surtout de celle qui est accidentelle, est de produire l’usure des membranes entre lesquelles elle est placée. L ossification des artères a été attribuée à une foule de causes. Celle qui est accidentelle est une véritable production ou déposition ; celle qui est sénile paraît le dernier terme des changemens successifs que la membrane moyenne, d’abord molle et rougeâtre, éprouve durant la vie.

§ 433. On trouve quelquefois des excroissances de consistance charnue, attachées à la face interne des artères, et surtout aux valvules semi-lunaires qui sont à leur entrée.

§ 4^4-La dilatation des artères, ou l’artériectasie, est uneaffection très-fréquente; elle peut consister : i° dans une simple perte d’élasticité sans altération apparente

DES ARTÈRES. 38'J

dos parois; 2° dans une altération des parois dilatées.

La dilatation simple se rencontre surtout dans les gros troncs; elle affecte généralement toute la circonférence, et la tumeur qui en résulte a la forme ovoïde. Qn l a observée souvent dans l’aorte, particulièrement à sa crosse, et quelquefois dans l’artère pulmonaire.

La dilatation avec altération des parois affecte l’aorte et les diverses parties du système aortique jusque vers les ramifications. Les artères des membres supérieurs en sont beaucoup pl us rarement affectées que les autres. L’altération et la dilatation qui en résultent sont le plus souvent latérales : c’est ce que les auteurs ont décrit, depuis Fernel, sous le nom d’anévrysme vrai; les parois altérées y sont plutôt épaissies qu’amincies.

Le sang que contiennent ces deux sortes de dilatations est fluide.

§ 435. L’anévrysme résulte de la destruction ou de la rupture, en un mot de la solution de continuité des parois artérielles, précédée ordinairement de la dilatation de ces parois, et toujours de leur altération. Il consiste en une cavité formée par la membrane externe dilatée et renforcée par le tissu cellulaire et les autres parties ambiantes, tapissée à l’intérieur par une membrane mince et lisse en quelques points, ressemblant beaucoup à la membrane intente des artères. Cette cavité communique avec celle du vaisseau par une ouverture, régulière ou non, des membranes interne et moyenne; elle est remplie de sang coagulé, et de couches plus ou moins fermes de fibrine, diversement altérée, et peut être mêlée de matière organisable produite par les parois île la cavité. Le sang, en

parcourant le canal de l’artère, pénètre continuellement dans la cavité accidentelle.

Tantôt l’anévrysme s’accroît indéfiniment, et tue par la compression des organes voisins et par le trouble de leurs fonctions. Tantôt il se rompt à l’extérieur ou à l’intérieur, et fait périr par hémorrhagie ou par épanchement. D’autres fois il s’enflamme, suppure et s’ouvre comme un vaste abcès, et tantôt alors il y a hémorrhagie , et tantôt, au contraire, l’artère s’étant oblitérée par ^inflammation, la guérison peut avoir lieu. Quelquefois l’inflammation se termine par la gangrène de la tumeur, et l’un ou l’autre des effets ci-dessus peut être le résultat de la séparation de l’eschare. D’autres fois enfin, la circulation se ralentit insensiblement dans l’artère affectée d’anévrysme , et devient en même temps de plus en plus active dans les voies collatérales, d’où résulte à la fin l’oblitération de l’artère affectée jusqu’aux branches voisines de la tumeur, et la résorption successive de celle-ci.

§ 436. Les artères, soit enflammées, soit affectées d’une production accidentelle dans leurs parois , soit sans cause apparente , au lieu de se dilater et de se rompre, se rétrécissent quelquefois, et s’oblitèrent même spontanément. On a trouvé ainsi l’artère aorte rétrécie et même tout-à-fait oblitérée; on a aussi observé l’oblitération totale de l’artère pulmonaire droite; j’ai vu une fois celle de l’artère carotide, quelquefois le rétrécissement du tronc brachial, et souvent le rétrécissement et l’oblitération du tronc crural et de ses branches. C’est là la cause ordinaire de la gangrène sénile des orteils, des pieds et des jambes; ce changement ar-

DES VEINES

rivant dans une partie et à une époque où les rameaux artériels, affectés eux-mêmes d’endurcissement, ne sont plus susceptibles de l’accroissement rapide, nécessaire à l'établissement de la circulation collatérale.

TROISIÈME SECTION

DES VEINES

§437. Les veines1 sont les vaisseaux qui rapportent au cœur le sang de toutes les parties du corps.

§ 438. On a déjà vu que les anciens n’ont fait d’abord aucune distinction entre les veines et les artères. Galien, qui les distinguait bien , plaçait dans le foie l’origine des premières. La distinction et la connexion des artères et des veines ont été 'parfaitement établies par la découverte de la circulation du sang; depuis lors ori a peut-être un peu négligé l’étude du système veineux.

§ 43b. Les veines ont, comme tout le système vasculaire , une disposition arborisée ; mais, vu la direction dans laquelle le sang les parcourt, elles ressemblent plutôt aux racines d’un arbre qu’à ses branches : ainsi leur origine a lieu par des radicules qui répondent aux ramuscules des artères; leur terminaison par des troncs qui sont ouverts dans le cœur, comme les origines des artères; leur trajet présente des réunions, comme celui des artères, des divisions successives. Si donc on les considère ensuivant le cours du sang, elles présentent une disposition opposée à celle des artères; et si on les examinait dans le même sens que les artères , on sui-

' Diatribe anatoinico-physiologica de structura atquc vitd venarum , Auctore H. Marx. in-8°; Carlsruliæ, iSkj.

vrait une direction opposée à celle du cours du sang.

§ 44o. Le système veineux, comme l’artériel, est double : l’un général , rapporte le sang du corps à l’oreil lette antérieure ou droite ; l’autre rapporte le sang du poumon à l’autre oreillette du cœur. Il y a en outre un système veineux particulier et compliqué dans l’abdomen : c’est la veine-porte , dont la disposition doit être examinée à part.

§ 44i. Ce système veineux particulier constitue un système vasculaire tout entier, c’est-à-dire un arbre ayant un tronc, des racines et des branches, placé comme intermédiaire entre les derniers ramuscules des artères gastriques, intestinales et spléniques, qui se continuent avec ses racines, et les premiers radicules des veines susliépatiques , qui sont la continuation de ses rameaux. Ce système vasculaire, si l’on a égard à sa disposition ramifiée en deux sens opposés, ressemble aux veines par sa moitié intestinale , et aux artères par sa moitié hépatique; sous un autre rapport, il est indifférent ou étranger aux unes et aux autres, comme il leur est intermédiaire : car c’est dans l’endroit où il est la continuation des artères, qu’il a la disposition veineuse, et vice versa. C’est surtout à cause de la nature du sang qu’il contient, que ce système vasculaire est réuni au système veineux général.

§ 44a. Dans les animaux vertébrés ovipareson trouve un autre système veineux analogue aux vaisseaux intestino -hépatiques. Ce système particulier 1 est formé

1 Lud. Jacobsou , de System a te venoso peentian r/i per rntdtis {ihirniltibtis ohserrnto ; Hafnia*, 1821.

DES VEINES

par la réunion des veines tle îa région moyenne du corps seulement, ou de cette région et de la queue, qui se portent et se terminent dans les reins, à la manière des artères, en envoyant quelquefois un rameau à la veine-porte , c’est-à-dire au foie.

J’ai vu quelquefois, dans le chien, la veine-porte avoir une ou deux terminaisons rénales.

§ 443. Le nombre des veines est en général plus grand que celui des artères. Il y a deux veines caves et une veine cardiaque pour répondre au tronc unique de l’aorte. Il y a de même quatre veines pulmonaires pour répondre à l’artère pulmonaire unique et à ses deux branches. Mais chacune de ces divisions veineuses répond à une branche d’artère correspondante. Dans presque toute l’étendue du corps il y a beaucoup plus de veines sous-cutanées que d’artères, et dans les parties profondes il y a presque partout deux veines satellites pour une seule artère. Dans l’estomac, la rate, les reins, les testicules, les ovaires et quelques autres parties, le nombre des veines est égal à celui des artères. Dans quelques parties même le nombre des veines est moindre que celui des artères, comme, par exemple, dans le cordon ombilical, dans le pénis, dans le clitoris, dans la vésicule biliaire, les capsules surrénales,’ etc. Mais cela est compensé par la différence de capacité. La grandeur des veines en général est plus considérable en effet que celle des artères correspondantes.

La somme des veines, ou leur capacité totale, est donc plus grande que celle des artères. Beaucoup d évaluations ont été hasardées à ce sujet : on peut dire seulement avec Haller, que les veines sont au moins le

double des artères en capacité ; mais , outre les différences individuelles, accidentelles ou passagères, et celles qui dépendent du genre de mort, cela varie continuellement avec l’âge. Cette différence d’ailleurs n’est pas la même dans toutes les parties du corps. Dans le système pulmonaire elle n’existe pas, caries veines y sont sensiblement égales en capacité aux artères. Il en est de même des vaisseaux rénaux; au contraire, dans le testicule, les veines l’emportent de beaucoup sur les artères.

§ 444- La situation des veines est en général la même que celle des artères , ces deux genres de vaisseaux s'accompagnant mutuellement dans leur trajet et se continuant à leur terminaison. Presque partout un tronc , une branche , un rameau artériel, est accompagné d’une ou deux veines. Il y a pourtant quelques exceptions : ainsi, dans le crâne, dans le rachis, dans l’œil et dans le foie, les artères et les veines affectent des situations et des. dispositions différentes : la veine azygos, tronc des intercostales dans l’espace mesuré parle péricarde et le foie, n’est point satellite d’une artère; il en est encore de même des veines sous -cutanées.

§ 445. Les veines commencent par des radicules capillaires ou microscopiques, continuation des ranruscules des artères. Ces radicules sont incolores ou rouges , suivant que leur diamètre admet une seule série de globules ou plusieurs à la fois. Dans quelques endroits, comme dans lintestin, le poumon, etc., les réunions successives des radicules des veines correspondent et ressemblent tout- à -fait aux divisions des

DES VEINES

rainuscules artériels; dans d’autres endroits la disposition est différente. Sans parler du tissu érectile ou caverneux, où le renflement et la communication des veines sont extrêmes, dans beaucoup d’autres parties elles affectent des dispositions différentes de celles des artères : elles forment des plexus au col de la vessie, dans le rachis, et autour de l’artère spermatique; de larges canaux dans les os spongieux; sous la peau elles forment, par leurs communications multipliées, un grand réseau à mailles angulaires, et le plus souvent pentagones.

Elles ne sont point aussi régulièrement cylindriques que les artères ; loin de suivre un ordre régulier d’accroissement dans le volume des troncs, et de décroissement dans leur capacité totale, on voit souvent de très - grosses branches tenir à un tronc peu volumineux , ce qui dépend surtout de la mollesse des parois, et du grand nombre d’anastomoses. Les communications des veines présentent toutes les variétés déjà indiquées (§356), et, de plus, la réunion de très-gros troncs , comme celle des veines caves par la veine azygos; la réunion de veines superficielles et de veines profondes, comme celle des veines crâniennes et rachidiennes avec les veines épicraniennes , temporales, cervicales , etc. , des veines jugulaires internes et externes, des veines profondes avec les sous-cutanées des membres.

En général, les veines ont un trajet moins flexueux, plus droit, et par conséquent plus court que les artères.

Les variétés des veines ont été un peu exagérées, comme celles des artères ont été dissimulées. Les gros

troncs veineux surtout sont moins variables qu’on ne l’a dit; les branches et les rameaux le sont beaucoup.

§ 44 6- L’intérieur des veines présente un grand nombre de valvules 1 ou de prolongemens repliés de la membrane interne, ce qui établit une grande différence entre elles et les artères. On voit très-bien les valvules en examinant sous l’eau une “Veine fendue en long.

Chaque valvule consiste en un repli de la membrane interne. Ce repli a un bord convexe, adhérant aux parois de la veine du côté de ses racines, er un bord concave et libre, tourné du côté du cœur. Ces deux bords sont un peu plus épais que le reste du repli; une des faces regarde la cavité du vaisseau, et répond au sang qui circule ; l’autre répond rfux parois de la veine, un peu dilatée en ce point. Quand la valvule s’abaisse, la face qui répond aux origines devient convexe, et l’autre devient concave, et la veine se renfle un peu; les valvules sont d’autant plus larges que la veine est plus volumineuse, et d’autant plus allongées qu’elle est plus petite. C’est à cette différence surtout qu’il faut rapporter les variétés de forme décrites par Perrault et par plusieurs autres.

Outre la membrane interne repliée, on trouve encore, dans l’épaisseur des valvules, du tissu cellulaire dense et quelquefois des fibres distinctes; quelquefois elles sont aréolaires et perforées comme de la dentelle. Dans les veines ou sinus de la dure-mère, on trouve

1 H. Fabrioio, de Venarum osliohs , in op. omn. J- *'• Schmiedt et H. Meiboinius , de Valvules seu, membranulis vasorum , van ira que s tract, et usa. Helmst. 1682. Perrault, Essais de physique, t. IIT.

DES VEINES

seulement quelques libres transversales qu’on peut regarder comme des valvules rudimentaires.

Les valvules sont en général disposées par paires placées alternativement , suivant deux diamètres opposés de la veine.

Elles sont trois à trois dans les grandes veines, comme la crurale et l’iliaque j rarement elles sont quadruples, et très-rarement ou jamais quintuples. Dans les rameaux d’une demi-ligne de diamètre et au-dessous, elles sont uniques.

Il n’y a pas, à beaucoup près , des valvules partout où un rameaû se joint à une branche, où une branche s’abouche dans un tronc ; elles ne sont pas non plus partout à la même distance ; elles ne sont nulle part plus rapprochées que dans les plus petites veines. On trouve des valvules dans les veines des membres, plus dans les sous-cutanées que dans les profondes, dans celles delà face, du col, delà langue, des tonsilles, à la fin de la veine cardiaque , dans les veines tégumentaires de l’abdomen, dans celles du testicule, du pénis, du clitoris, dans les veines iliaques interne et externe, quelquefois dans les rénales , rarement dans l’azygos.

Il n’y en a point dans les veines encéphaliques, rachidiennes, diploïques, dans celles despoumons, ciansla veine-porte, dans la veine ombilicale, dans les veines caves, si ce n’est à l’embouchure de l’azygos dans les veines utérines et dans la veine médiane.

En général, il y a beaucoup de valvules dans les veines superficielles, moins dans les veines profondes ou inter-musculaires, et moins encore dans les veines des cavités splanchniques; il y en a beaucoup dans les parties

3y6 ANATOMIE GÉNÉRALE.

les plus déclives, et par conséquent dans les membres intérieurs, moins dans les supérieurs, et moins encore dans la tête et dans le cou.

Les valvules appliquées contre les parois des veines, quand le cours du sang est libre et facile, s’en écartent, ferment la veine, soutiennent le sang et empêchent son reflux vers les vaisseaux capillaires quand il rencontre des obstacles à son trajet.

§ 44y* Les veines sont, comme tous les vaisseaux^ entourées par le tissu cellulaire des parties où elles sont placées, ce qui leur forme une gaine, lâche autour des troncs, plus intimement unie aux rameaux. La gaine de la veine-porte est remarquable dans le foie, où elle est connue sous le nom de capsule de Glisson.

La membrane externe proprement dite est plus mince et moins serrée que celle des artères, à laquelle elle ressemble beaucoup.

La membrane moyenne est formée de fibres plus extensibles et plus molles que celles des artères. Ces fibres paraissent presque toutes longitudinales, quand on regarde la membrane contre le jour; quelques-unes des plus internes paraissent annulaires; mais quand on veut séparer les fibres de cette membrane,’ on éprouve la même difficulté dans tous les sens. Cette membrane est, dans l’espèce humaine, bien plus épaisse dans le système de la veine cave inférieure que dans 1 autre ; en général aussi elle est plus épaisse dans les veines superficielles que dans les profondes; aussi la veine saphène interne a des parois très-épaisses au baS de la jambe. Près de leur embouchure au cœur, les veines ont des libres distinctement musculaires. La mem-

DES VEINES. 3Q7

brune interne, mince et transparente, diffère de celle des artères par son extensibilité et sa résistance à la rupture, et par sa texture filamenteuse, qui devient évidente quand on la distend et la déchire. Les grandes veines du crâne ou les sinus, les veines des os et quelques autres, résultent presque uniquement de la membrane interne, et sont du reste comme creusées dans la substance de la dure-mère, des os, etc.

Les parois des veines sont pourvues de petits vaisseaux sanguins et de filets nerveux que l’on suit dans une partie de leur épaisseur.

§ 44S. Les parois des veines sont blanchâtres , demitransparentes, plus minces que celles des artères ; en général leur épaisseur va en augmentant absolument des racines vers les troncs, et en diminuant, relativement au

diamètre, dans le même sens, mais il y a beaucoup de

variétés à cet égard. Leur densité est de 1 1 5 ou 1 1 o , la fermeté de leurs parois est beaucoup moindre que celle des artères, aussi s’affaissent-elles quand elles sont vides, excepté celles de l’utérus, du foie, etc., qui tiennent à la substance des organes. Elles sont moins extensibles en long que les artères, mais beaucoup plus circulairement. On admet généralement, d’après les expériences de Wintringham, que les veines résistent avec beaucoup plus de force que les artères aux causes de ruptures; mais dans la réalité les veines sont plus faibles circulairement que les artères; aussi, non- seulement elles cèdent et beaucoup plus, mais aussi elles se déchirent en travers bien plus souvent que les artères, tandis qu’au contraire elles m’ont paru plus résistantes à la distension en long. Les parois des veines sont très-

3C)8 ANATOMIE GENERALE

élastiques, mais moins que celles des artères. Leur irritabilité ou contractilité vitale est au contraire plus grande que celle des artères, mais moindre que celle des vaisseaux capillaires. Elle a été niée par divers physiologistes, mais prouvée par beaucoup d’expériences. Il suffit d’avoir observé l’effet du froid local sur les veines sous-cutanées, et de savoir qu’une veine interceptée entre deux ligatures et piquée se vide entièrement et rapidement sur un animal vivant, tandis que cela n’a pas lieu après la mort, pour admettre l’irritabilité dans les veines. La sensibilité y est obscure ou douteuse - ûlonro disait dans ses leçons, avoir senti la piqûre d’une veine dénudée. La force de formation des veines n’est pas moins évidente que celle des artères.

§ 449- fonction des veines est de conduire le sang de toutes les parties du corps au cœur; on a vu que chaque contraction des ventricules détermine une augmentation dans le mouyement continu du sang dans les artères; cette augmentation va en s’affaiblissant à mesure que les vaisseaux deviennent capillaires: dans ceuxci, le mouvement est uniforme; il Lest aussi dans les veines en généra!. Dans les veines, le sang est animé du mouvement imprimé par le cœur, par les artères et par les vaisseaux capillaires. Les veines exercent-elles une action additionnelle? Gela n’est pas douteux; que I on comprime ou qu’on lie l’artère d’un membre dans un animal, le cours du sang dans les veines sera ralenti, mais ne sera pas pour cela arrêté; 6i on lie une veine, elle se vide cependant au-dessus d,e la ligature, elle se vide mêmeentre deux ligatures. Aux causés qui viennent dêtre indiquées il faut joindre le relâchement al ter-

DES VEINES

natif du cœur, qui produit une sorte d’attraction; l’inspiration, qui en produit une bien plus efficace encore, et la pression des muscles environnans. Les valvules , en divisant la colonne du sang, rendent plus efficaces ces diverses puissances. La forme même du système veineux fait que le mouvement du sang, au lieu d’aller en se ralentissant comme dans les artères, est, à la vérité, plus lent que dans ces vaisseaux, dont la capacité est moins grande que celle des veines, mais va en s’accélérant en approchant du cœur. La circulation veineuse est beaucoup plus dépendante que l’artérielle, des effets de la pesanteur et de la pression.

§ 45o. Le trajet du sang dans les veines est continu, et ces vaisseaux ne présentent point de pulsations ; cependant, dans quelques endroits et dans quelques circonstances, elles présentent quelque chose d’analogue au pouls artériel, que pour cette raison on appelle pouls veineux. Au voisinage du cœur, les troncs veineux qui sont dépourvus de valvules éprouvent alternativement, pendant la contraction des oreillettes, un reflux du sang qui les fait gonfler, et un flux rapide qui les fait affaisser pendant le relâchement des oreillettes. Dans l’état ordinaire et régulier des fonctions, ce double mouvement est borné aux environs du cœur, et n’est pas sensible; il s’étend au loin dans l’abdomen, et devient visible au cou, quand la circulation est gênée. Il en est de même de l’influence des mouvemens de la respiration : l’inspiration accélère l’entrée du sang dans les veines caves et dans leur oreillette; l’expiration active, la gêne ou la suspension de la respiration, et les efforts, la ralentissent au contraire, ou la suspendent;

4oo

dans l’état ordinaire, ces effets sont peu marqués et peu étendus; ils le deviennent beaucoup dans les cas opposés. Les efforts dans' lesquels les effets de l’expiration active sont portés au plus haut dégré déterminent d’une manière très - sensible la stase du sang veineux dans la tête, dans l’abdomen, et de proche en proche jusque dans les membres ; tandis que c’est aux effets contraires de l’inspiration sur la circulation veineuse, qu’il faut rapporter la mort par introduction de l’air dans le cœur. Quand, en effet, par une opération ou un accident, une grosse veine est ouverte à la base du cou ou dans la région sous-clavière , une grande inspiration y attire quelquefois de l’air, qui est entraîné dans les cavités droites ou antérieures du cœur, et qui, en arrêtant la circulation , détermine subitement la mort.

§ 45 1. Dans la jeunesse, le système veineux est moins grand, relativement au système artériel, que dans l’âge adulte ; sa capacité relative continue à augmenter dans la vieillesse. Les parois des veines présentent peu de changemens observables; leur ossification sénile est extrêmement rare.

§ 452. Les altérations morbides des veines1 ont été moins 'étudiées que celles des artères.

L’inflammation des veines ou la phlébite est une affection sur laquelle Hunter a 1 un des premiers attiré l’attention. Elle occupe ordinairement une assez grande étendue des veines, et s’étend en général vers le cœur. Elle donne souvent lieu à la formation du pus, et.

1 Hodgson, op. cit. — B. Travers, in Surgical Essays , part. I. — Fr. A. B. Puchelt , das V enensystem in seinen hranhhaften Verhàltnisscn dargestelll. in- 8°; Leipzig, iSi$

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d'autres lois à celle d’une matière plastique dans la cavité de la veine, autour d’elle, et même dans son épaisseur; elle dépend le plus souvent de lésions mécaniques.

§ 453. Les blessures des veines, considérées sous le point de vue anatomique, présentent de l’analogie avec celles des artères; cependant, quel qu’en soit le mode, elles sont beaucoup plus aisément suivies d’ulcération ou d’inflammation étendue et souvent suppurative , que celles des artères, et elles se réunissent plus difficilement. Après la piqûre ou l’incision , il reste entre les bords un espace rempli par une membrane nouvelle ; la ligature ne détermine pas primitivement la section de la membrane interne et promptement son adhésion, mais cette membrane est d’abord plissée seulement, et ce n’est que très-lentement qu’elle se divise, pour se réunir faiblement.

§ 454 • Les productions accidentelles sont plus rares dans les parois des veines que dans celles des artères. L’état cartilagineux, ou un épaississement analogue , a pourtant quelquefois lieu dans les parois des veines qui s’oblitèrent ; Morgagni l’a vu une fois dans la veine

cave. L’ossification est extrêmement rare dans les

veines ; le docteur Baillie l’a vue line fois dans la veine cave inférieure près des iliaques , et le docteur Macartney une fois dans la veine saphène externe d’un homme mort avec un ulcère à la jambe. J’ai observé que les parois des veines sont plus épaisses du côté qui touche à une artère que dans le reste de leur circonférence, et j’ai vu une fois sur un vieillard une veine fémorale ossifiée du côté correspondant à l’ar-

tère, qui 1 était elle-même dans toute sa circonférence et dans une grande longueur.

Les productions morbides s’observent quelquefois sous forme de végétation, à la surface interne des veines, soit que la veine affectée soit ou non entourée par des productions semblables.

§ 455. La dilatation des veines est très - fréquente ; elle est de plusieurs sortes : quelquefois le système veineux tout entier en est affecté ; le plus souvent la dilatation affecte une ou quelques veines seulement, ce qui constitue des varices. Presque toutes les parties du corps peuvent en être le siège; cependant ce sont les plus déclives , comme les membres inférieurs , les organes génitaux et l’anus; ce sont aussi les veines les moins profondes, comme les sous-cutanées, qui en sont le plus souvent affectées. L’augmentation de volume n’est pas seulement circulaire, mais les veines variqueuses forment des flexuosités multipliées qui dépendent d’un grand accroissement de longueur. On trouve quelquefois des dilatations très-peu étendues , et bornées à une partie de la circonférence de la veine, soit seules, soit réunies à des dilatations plus générales. La varice anévrysmale est une autre sorte de dilatation dépendante de la communication accidentelle d’une artère et d’une veine, et du passage du sang de la première dans la seconde. Cette affection est ordinairement accompagnée d’un épaississement remarquable des parois de la veine dilatée et allongée. Il se forme quelquefois en outre un anévrysme consécutif entre les deux vaisseaux : ce cas est celui de l’anévrysme variqueux.

DES VEINES

§ 456. Les veines se rétrécissent quelquefois par l’épaississement de leurs parois ; elles sont quelquefois obturées par l’effet de l’inflammation plastique; quelquefois elles sont comprimées par des tumeurs voisines, ou bien embrassées par une ligature: dans ces cas où leur cavité est oblitérée, et où la circulation cesse de s’y faire , le sang passe par des branches et des anastomoses, et il s’établit une circulation collatérale.

On a vu la veine cave inférieure oblitérée, soit audessous, soit même au niveau des veines sushépâtiques, et le sang passer par la veine azygos on a vu plusieurs fois une des veines iliaques primitives, une veine jugulaire, etc., oblitérées ; j’ai vu quatre fois le tronc veineux crural oblitéré dans l’aine; et dans tous ces cas la circulation se faisait aisément par des voies collatérales. Hunter a vu une fois la veine cave supérieure et la veine brachio -céphalique gauche presque entièrement effacées par la pression d’un anévrysme. J’ai vu cependant un cas où la veine cave supérieure et ses branches, étant remplies de matière plastique, et imperméables au sang, la mort a paru être le résultat de cette altération. Plusieurs fois j’ai vu, mais pas constamment, de grandes infiltrations séreuses coïncider avec l’oblitération des veinés.

§ 457. On trouve quelquefois dans les veines des petits corps durs et ronds, qu’on prendrait au premier aspect pour des productions osseuses accidentelles. Quelques-uns ont même supposé qu’ils se formaient d’abord dans les parois des veines, dans le bord de leurs valvules, ou même à l’extérieur de ces vaisseaux; mais il r n’en est pas ainsi : ce sont des concrétions, des phlébo-

ïithes, du volume d’un grain de millet à un petit pois, diversement consistantes, formées de couches superposées, renfermées dans du sang coagulé, fibrineux, et souvent logées dans des dilatations latérales des veines où le sang reste en stagnation, ou dans des veines variqueuses, et toujours dans des veines déclives. Les veines où on les rencontre le plus ordinairement en effet, sont celles de l’anus, du col de la vessie, de l’utérus, des ovaires, des testicules, et quelquefois même les veines sous-cutanées de la jambe.

Uhexathyridium ou polystoma venarum , dont Treutîer a recueilli deux individus dans la veine tibiale rompue d’un homme qui lavait dans un fleuve, paraît être un ver aquatique, une planaria , qui s’y serait introduit, et non un entozoaire.

QUATRIÈME SECTION

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