G. Haasc, de Fcibricd cartilaginurn. Lips
§ 54 1- Les cartilages sont, ou temporaires, ou peiinanens :* les premiers disparaissent constamment , complètement, régulièrement , à une époque déterminée de l’accroissement, et sont remplacés par les os ; les derniers restent beaucoup plus long-temps , et quelquefois plus d’un siècle, à l’état cartilagineux; cependant plusieurs d’entre eux finissent par s’ossifier, quelquefois même dès la fin de l’accroissement. Les cartilages temporaires seront décrits avec les os (chap. VIII). Il ne sera question ici que des cartilages dits permanens : ils forment un genre d’organes assez naturel, et présentent aussi quelques différences.
PREMIÈRE SECTION
§ 542. Quelques cartilages ont une forme allongée : tels sont les cartilages costaux; d’autres sont épais et courts, comme les arythénoïdes et le cricoïde; mais la plupart sont larges et minces.
Les uns tiennent aux os, t dont ils revêtent quelques parties, d autres en sont des prolongemens, et sont engrenés avec eux, d autres sont liés aux os par des ligamens, d autres sont attachés les uns aux autres, et n ont point d autres connexions avec les os.
Les cartilages sont d’un blanc nacré, et denû-transparens quand ils sont en lames minces; quoique les parties les plus dures du copps après les os, ils se coupent aisément.
§ 544. Examinés dans leur épaisseur, les cartilages ne présentent ni cavités, ni canaux, ni aréoles, ni
libres, ni lames, rien enfin qui indique une texture organique ; ils paraissent homogènes. Cependant il paraît qu’ils ont une texture distincte et variée dans chaque sorte de cartilages; cette assertion sera examinée plus loin.
Tous les cartilages, excepté ceux des surfaces articulaires, sont enveloppés d’une membrane fibreuse, le périchondre, qui est peu vasculaire, et qui n’a pas avec les cartilages des rapports aussi intimes que le périoste avec les os. On ne connaît dans les cartilages, ni nerfs, ni vaisseaux; le tissu cellulaire n’y devient point apparent pendant la vie , et après la mort il faut une macération prolongée pendant plusieurs mois , même sur de jeunes sujets, pour les réduire en une substance muqueuse analogue au tissu cellulaire , et qui, dans leur état ordinaire, doit être à un dégré extrême de condensation et de resserrement.
§ 544. Les cartilages contiennent une grande quantité d’eau 1 ou de liquide séreux qui suinte à la surface quand on les incise , et qui l’humecte. Dans l'homme adulte la proportion d’eau qu’ils contiennent est à la substance solide comme 2 -J- esta l Lë cartilage desséché devient demi-transparent, jaunâtre, susceptible de se déchirer; plongé dans l’eau il reprend, en quatre jours , son poids et son volume, sa couleur blanche , sa flexibilité , et perd de sa transparence.
§ 545. Soumis à l’action de l’eau bouillante, en laines minces , elle les crispe d’abord , les jaunit et les rend opaques.
1 Chevreul , De l’influence que l’eau exerce, etc., in Ann. fle chimie et de physique , tome 19.
L’action prolongée de l’eau bouillante sur les cartilages établit entre eux une différence fondée aussi
sur d’autres caractères; les cartilages articulaires se résolvent en gelée par la décoction, les autres, au conraire, y résistent. L’alcohol rend les cartilages un peu opaques. Les acides étendus n’ont point d’action sur eux; concentrés, ils agissent comme sur l’épiderme. Leur analyse chimique laisse encore à désirer. On a répété vaguement, après Haller, qu’ils sont composés de gélatine et de terre. D’après M. Allen, c’est de la gélatine, et un centième de carbonate de chaux. Hatchett dit qn’ils sont formés d’albumine coagulée et de traces de phosphate calcaire ; mais on ignore de quel cartilage il veut parler. M. Chevreul a trouvé que les os cartilagineux du squale sont composés d’huile , de mucus, d’acide acétique et de quelques sels. M. J. Davy a trouvé le cartilage formé d’albumine 44>5; d’eau 55 ; et de phosphate calcaire o,5.
§ 54b. La propriété physique la plus remarquable des cartilages est l’élasticité. Ce n’est pas qu’ils s’allongent et reviennent sur eux-mêmes , comme le tissu élastique; ce n’est pas non plus, en général, comme les ligamens chondroïdes, qu’ils cèdent à la pression, et qu’ils reprennent ensuite leur épaisseur; mais ils sont flexibles , et se redressent avec force et promptitude quand la cause de flexion cesse d’agir. Les cartilages articulaires seuls sont élastiques à la manière du tissu fibro-cartilagineux.
§ 547. Les propriétés vitales et les phénomènes de formation , d’irritation et de sensation , sont extrêmement obscurs dans le tissu cartilagineux. On ne sait si
c’est aux cartilages articulaires, ou si ce n’est pas plutôt aux membranes synoviales qui les revêtent, qu’il faut attribuer la douleur que causent les corps étrangers des articulations quand ils s’engagent entre
les surfaces.
§ 548. Les fonctions des cartilages dépendent uniquement de leurs propriétés physiques; de leur solidité, qui les rend propres à conserver la forme de certaines parties, de leur flexibilité et de leur élasticité, qui leur permettent de céder par instans, et de reprendre ensuite leur forme première.
§ 549. Les cartilages sont d’abord, dans l’embryon et le fœtus, mous, muqueux et transparens comme de la gelée ou de la glu; la proportion d’eau y est alors extrêmement grande; dans l’enfant, ils sont encore peu colorés, très - transparens , très - mous , et peu élastiques. Ils acquièrent ensuite la blancheur, la fermeté et la demi-opacité qui les caractérisent. Plus tard, dans la vieillesse, ils deviennent plus blancs ou jaunâtres; plus opaques, moins flexibles, moins élastiques, plus cassans , plus secs; la proportion d’eau y diminue, et celle de la substance terreuse augmente. Ils finissent la plupart par s’ossifier, en quelques points au moins. Ce changement commence quelquefois dès l’âge adulte, mais surtout dans la vieillesse. L’inflammation le détermine prématurément.
§ 55o. L’action organique de la nutrition y paraît très-lente. L’usage de la garance ne les colore pas; cette substance paraît n’avoir d’affinité qu’avec la substance terreuse des os. Ils jaunissent dans 1 ictère. Les os cartilagineux de la colonne vertébrale de la lam-
proye paraissent et disparaissent chaque année, ce qui suppose pourtant une grande activité organique; il en est de même de l’accroissement rapide du larynx vers l’époque de la puberté.
§ 55 1. Les productions cartilagineuses accidentelles sont très-communes : elles ont tous les caractères des cartilages naturels; la couleur, l’homogénéité apparente, etc. Elles présentent toutes les variétés de texture des cartilages 5 et même plus; aussi faut-il les distinguer en deux sortes. Les cartilages accidentels imparfaits sont quelquefois à l’état de gelée, ou bien ils ont la consistance du blanc d’œuf cuit. Ils ont une couleur laiteuse, ou jaunâtre, ou gris de perle; ils s’ossifient en partie ou en totalité, plutôt que de devenir des cartilages parfaits. On les trouve sous forme d’incrustation dans les artères, et surtout dans l’aorte et dans les artères cérébrales ; sous forme de kyste autour des productions morbides et des acéphalocystes ; formant des trajets fisluleux dans les poumons; sous forme de masses irrégulières dans les goitres et autres tumeurs composées ; et sous celle de corps isolés dans les articulations.
Les cartilages accidentels parfaits sont ceux qui présentent les caractères du tissu naturel , et spécialement sa fermeté. On en trouve formant de petits kystes remplis de phosphate de chaux. On en trouve souvent à l’état de corps isolés, d’un volume médiocre, d’une figure obronde , dans les membranes synoviales, ou à leur extérieur, d’où ils pénètrent dans la cavité en poussant la membrane devant eux, en s’en enveloppant comme d un doigt, de gant , dont la base , après s’être
amincie , se divise. Ils s’ossifient imparfaitement en partie ou en totalité, en commençant parle centre. On trouve aussi de ces corps cartilagineux dans les cavités splanchniques, et surtout dans la tunique vaginale, où ils pénètrent comme les précédens.
On trouve aussi des cartilages parfaits sous forme d’incrustation ou de plaques, dans le tissu cellulaire sous-séreux de la rate, des poumons , de la plèvre costale; dans l’épaisseur des valvules du cœur, surtout du côté gauche ; dans le tissu sous-séreux de la plèvre et du péritoine diaphragmatiques , du foie ; dans les hernies, et rarement dans le paroi antérieure de l’abdomen. Toutes ces incrustations ont une grande
tendance à s’ossifier. On trouve aussi des cartilages
en masses informes dans les tumeurs composées et
dans le tissu Cellulaire accidentel des membranes sé-
reuses.
Il se forme quelquefois des cartilages accidentels par transformation d’autres tissus. Une vieille femme qui était , il y a quelques années , à l’hôpital de la Faculté de médecine , et qui portait sur le front une large excroissance cornée conoïde, venue sur une cioatrice de brûlure, étant morte, on a trouvé dans la base de cette corne les os du crâne transformés en cartilages. M. Laennec a vu une transformation cartilagineuse de la membrane muqueuse de l’urètre; j’ai vu la même chose au vagin, dans un cas de prolapsus de 1 utérus, et au prépuce dans un cas de phymosis de naissance dans un vieillard. Je crois toutefois que ces trois cas appartiennent plutôt aux productions desmo-cartilagineuses.