DES MEMBRANES SEREUSES EN GENERAL
§ i83. Toutes consistent en des vessies fermées de toutes parts : il n’y a d’autre exception à cette disposition générale, que l’ouverture par laquelle le péritoine communique avec les organes génitaux chez la femme, ces organes étant eux-memes interrompus dans leur continuité entre 1 ovaire et le commencement de l’oviducte ou trompe utérine. Il résulte, de la conformation générale des membranes sei%uses, que les
liquides quelles renferment sont entièrement isoles, et que ces membranes ne sont perméables que par les vaisseaux qui se ramifient dans leur épaisseur, et non, comme le tissu cellulaire, par des aréoles communiquant librement entre elles ; au reste, cette conforma-
DES MEMBRANES SEREUSES.
tion présente quelques variétés ou formes secondaires. Il est de ces n^embranes qui sont aussi simples que possible, et ne représentent qu’une sorte d’ampoule ou de vessie; on les appelle vésiculaires D’autres constituent des enveloppes engainantes qui entourent certaines parties, comme des tendons, des ligamens, des vaisseaux sanguins; et, comme elles ne sont pas percées pour laisser passer ces parties, qu’elles se réfléchissent à leurs deux extrémités, et forment ainsi une double gaîne, cela leur a fait donner le nom de vaginiformes. Cette disposition est une des plus communes. Enfin, il en est de plus compliquées encore; ce sont les membranes séreuses enveloppantes, celles qui méritent plus particulièrement le nom de succingentes : celles-ci entourent les organes, excepte sur un seul point de leur surface, autour duquel elles se réfléchissent surles parois de la cavité qui les renferme, et sont ainsi divisées en deux portions , dont l’une forme une enveloppe aux organes, et prend le nom de feuillet viscéral, ou tunique, tandis quel autre qui revêtles parois , constitue le feuillet pariétal. Les différentes formes que nous venons d examiner sont souvent réunies dans la même membrane. Dans les membranes séreuses enveloppantes , comme celles que 1 on trouve autour du cœur , des poumons, des testicules, il y a toujours à la surface de l’organe un endroit dépourvu d’enveloppe séreuse : c’est par cet endroit que pénètrent les vaissaux de l’organe, ou bien que celui-ci tient aux parties environnantes. Cette partie libre, desoijganes revêtus de membranes séreuses, est tantôt large, tantôt très-étroite. Dans quelques cas, le viscère est éloigné des parois qui le renferment, et
AN A.TOMIE GÉNÉRALE.
attaché ou suspendu par un repli de la membrane séreuse, qui constitue ce qu’on nomme un^frein ou ligament membraneux : cette disposition n’est point une exception à ce que nous venons de dire. Il y a toujours une partie de 1 organe qui n’est pas revêtue par la membrane dans toute l’étendue de l’adhérence du repli que forme cette dernière. Outre ce premier genre de replis, les membranes séreuses offrent des prolongemens qui flottent plus ou rnoins à *l’ intérieur de la cavité qu elles forment , et qui dépendent le plus souvent de leur feuillet viscéral, mais qui appartiennent aussi quelquefois à leur autre feuillet : l’épiploon , les appendices épiploïques, pour le péritoine; les replis graisseux qu’on observe dans la plèvre , sur les côtés du médiastin, pour cette dernière m'embrane; les franges synoviales, pour les capsules articulaires; sont des exemples de ces prolongemens. Ceux-ci contiennent toujours dans leur épaisseur du tissu cellulaire, ordinairement graisseux : c’est aussi à cet endroit que la membrane offre le plus de vaisseaux.
§ 184. Toutesles membranes séreuses présentent deux surfaces, une libre et Vautre adhérente. Celle-ci est floconneuse et tient à du tissu cellulaire , à des ligamens , à des tendons, à des cartilages, etc. Son degré d’adhérence, à ces différentes parties , est plus ou pioins marqué : un tissu cellulaire lâche le produit quelquefois, tandis qu’ailleurs, comme sur les cartilages, 1 adhérence est intime. Il existe une foule d intermédiaires entre ces deux extrêmes, ainsi qu’on l’observe au niveau des ligamens, des fibres musculaires, des tendons, etc. La surface libre des membranes séreuses est partout con-
DES MEMBRANES SEREUSES.
ticruë à elle-même : c’est l’intérieur de l’espèce de vessie que représentent ces membranes. Cette surface paraît, au premier aspect, parfaitement lisse et polie; mais examinée au microscope, elle présente des villosités manifestes; aussi les membranes séreuses ont -elles été nommées villeuses simples . Un liquide humecte constamment cette surface. •
§ i85. Les membranes séreuses sont, en général, d’une couleur blanchâtre, que leur transparence rend à peine sensible, luisantes à leur surface libre, fort minces et pourtant assez résistantes, plus fortes que ne le serait le tissu cellulaire réduit en lames d’une ténuité égale à la leur; elles sont en général un peu élastiques.
§ 186. Elles paraissent presque homogènes au premier aspect : cependant on observe presque toujours, dans divers points de leur étendue, une apparence fibreuse, qui est plus ou moins marquée. Lorsqu’on les déchire par distension , elles s’éraillent d’abord , et puis elles se réduisent en petits filamens entremêlés , entrecroisés, et comme tissus entre eux. Leur nature paraît très -analogue à celle du tissu cellulaire, dont elles ne diffèrent que par une condensation plus grande, et par la cavité distincte qu’elles représentent. Il existe d’ailleurs entre le tissu cellulaire et les membranes séreuses une sorte <<de gradation insensible, et les membranes séreuses les plus simples participent encore beaucoup de la nature du tissu cellulaire. Le tissu cellulaire trèslâche, et querinsufflation développe en larges ampoules, comme celui du prépuce , celui qui existe entre les muscles à grands mouvemens ; et les bourses synoviales
l88 ANATOMIE GÉNÉRALE.
sous-cutanées, constituent en effet une transition entre les deux tissus. Des vaisseaux blancs très-nombreux entrent dans la composition de ces membranes. Les injections, l’inflammation, qui font pénétrer, les premières, un liquide coloré, les secondes, le sang, dans ces vaisseaux, rendent ceux-ci très-apparens : leur quantité paraît alors très-considérat>le. Cependant, il faut.éviter de confondre les vaisseaux propres à la membrane séreuse avec ceux qui appartiennent au tissu cellulaire sous-jacent, et qu’on croirait exister dans la membrane elle-même, à cause de sa transparence. Dans le péritoine , par exemple, il faut que l’inflammation soit long-temps prolongée pour que le sang arrive au delà du tissu cellulaire sous-séreux ; et , en examinant la chose peu attentivement, on serait tenté de croire que c’est le péritoine lui-même que la maladie a rendu vasculaire. Il en est de même des injections : ce n’est que quand elles sont très-ténues qu’elles pénètrent jusque dans la membrane elle -même. On ne connaît point les nerfs des membranes séreuses.
§ 187. Le liquide que renferment ces membranes n’est point le même dans toutes; cependant il ressemble plus ou moins à la sérosité du sang, ou au sang privé de matière colorante. Il contient, en général, de l’eau, de l’albumine, une matière incoaguîable, que l’on peut regarder comme une sorte de mucus gélafciniforme, une matière fibrineuse et de la soude. Nous verrons plus loin les différences que présente ce liquide dans les diverses espèces de membranes séreuses.
§188. Les membranes séreuses sont, pendant la vie surtout, extensibles et rétractiles à un haut degré, ainsi
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qu’on le voit dans les hydropisies, et après la guérison de ces maladies ; mais leur agrandissement n’est pas toujours simplement un résultat de leur extensibilité; il y a en outre disparition de leurs plis, qui, se développant peu à peu, fournissent à l’accroissement de la membrane. Une autre cause qui concourt à cette augmentation de volume, est le glissement dont celle-ci est susceptible, l’espèce de locomotion quelle éprouve lorsqu’elle n’est distendue que dans un point de son étendue, comme on le voit particulièrement dans les hernies. Enfin , il paraît y avoir, dans quelques cas, une augmentation réelle de nutrition, quLcontribue encore à la production de ce phénomène : cet accroissement de substance est, avec les autres causes d’ampliation , manifeste dans la grossesse, par exemple. Au reste, ces phénomènes ne sont pas également marqués dans les différentes espèces de membranes séreuses : le péritoine les présente au plus haut "degré ; ils sont beaucoup moins prononcés dans les membranes synoviales, articulaires surtout, ce qui dépend, d’une part, de l’extensibilité moindre de ces membranes , mais aussi de ce quelles ont moins de plis, et surtout de ce que leurs connexions ne leur permettent pas de se déplacer avec autant de facilité. Quand la distension vient à cesser, les membranes reviennent peu à peu à leur état antérieur ; mais si elle a été portée jusqu’à l’éraillement il en reste toujours des traces.
§ 189. La force de formation assez développée dans les membranes séreuses, y est pourtant moindre que dans le tissu cellulaire libre. La motilité y est trèsbornée ; elles n’y existe qu’au faible degré qui constitue
la tonicité. Mais si l’irritation n’y détermine pas de mouvemens appréciable; elle y développe la sensibilité : ces membranes , en effet, deviennent très-sensibles, et transmettent ordinairement des impressions douloureuses , dans l’inflammation.
§ 190. Toutes les membranes séreuses sont le siège de ladéposition et delà résorption continuelles d’un liquide
séreux dans leur cavité, ou par leur surface libre -et
contiguë. L’étendue considérable de ces membranes prises ensemble, donne une grande importance à cette double fonction. La matière de cette sécrétion est , comme toutes les autres, apportée par les vaisseaux dans l’épaisseur tle la membrane et surtout dans les points de la membrane les plus vasculaires, dans les prolongemens frangés : on ne sait pas au juste par quelle voie la matière sécrétée sort des vaisseaux et passe dans la cavité. On a supposé pour toutes ces membranes des glandes sécrétoires, soit à leur voisinage, soit dans leur épaisseur même; mais ces prétendues glandes n’existent pas. On a supposé aussi des transsudations par des porosités anorganiques ; mais sans connaître exactement le mode suivant lequel se font les sécrétions perspiratoires, on sait que les transsudations n’ont lieu que dans le cadavre et même quelque temps après la mort seulement. Le liquide est aussi continuellement absorbé par la membrane, dans l’épaisseur de laquelle
il rentre dans les vaisseaux. Tant que la déposition et la résorption sont dans un juste équilibre , les membranes séreuses sont simplement humectées à leur surface. L’augmentation de la sécrétion, ou la di-
DES MEMBRANES SEREUSES. I91
minution de l’absorption, donne lieu à une accumulation qu’on appelle hydropisie.
Le liquide sécrété a des usages locaux et des usages généraux : localement il sert à entretenir l’isolement entre les deux feuillets contigus des membranes séreuses, et à faciliter les mouvemens des organes les uns contre les autres ; en général, il est vraisemblable que la matière nutritive , ainsi déposée et reprise alternativement, éprouve une assimilation plus parfaite avant d’être employée à la nutrition des organes.
§191. L’action des membranes séreuses, soit en santé, soit en maladie surtout, est liée étroitement aux autres actions organiques. Ainsi, quand elles sont malades, les fonctions des organes quelles revêtent, sont plus ou moins troublées, ce trouble s’étend au loin, et même souvent à tout l’organisme : de même les affections des autres organes, surtout celles des membranes tégumentaires, des organes circulatoires, des glandes, dérangent souvent leurs fonctions; les affections des organes qu’elles revêtent, les altèrent toujours plus ou moins sensiblement; cfune part la cavité qu’elles forment établit un véritable isolement entre les parties sur lesquelles se déployent leurs deux portions opposées ; d’un autre côté , la continuité et l’étendue de chacune de ces membranes, donnent facilement lieu à des affections très-étendues. •
§ 192. v système séreux est très-mou à son origine qui est d’ailleurs peu connue : chez l’embryon , les viscères abdominaux ne semble ut recouverts que d un vernis liquide et visqueux. Les membranes séïeuses sont très-minces , dans le fœtus et , en général,
IC)2 ANATOMIE GENERALE
moins adhérentes à cause de la mollesse du tissu cellulaire qui les unit aux parties voisines, de sorte qu’on les sépare avec facilité de ces mêmes parties : cependant, sur les cartilages articulaires, et sur l’albu ginée du testicule, 1 adhérence est presque aussi intime que par la suite. On ignore complètement si ces membranes, dont le caractère essentiel est l’interruption de continuité qu elles établissent entre les parties, sont d abord du tissu cellulaire mou, continu et sans ■cavité intérieure, comme l’affirment quelques anatomistes, qui admettent qu’il existe au commencement une continuité générale entre toutes les parties, entre les os, par exemple. Le liquide des membranes séreuses est d’abord très-ténu. Quelques-unes de ces membranes , celles des cavités splanchniques , offrent «des différences de conformation remarquables chez le fœtus. Les membranes séreuses éprouvent divers changemens dans la vieillesse.
§ 193. La formation d’un tissu séreux accidentel s’observe souvent ; sa réparation ou reproduction a lieu dans les plaies des membranes séreuses , lesquelles se réunissent quand leurs bords voisins sont en contact immédiat ; l’observation a montré que l’opinion des anciens, qui 11e croyaient pas ces sortes de plaies susceptibles de réunion, est dénuée de tout fondement. Lorsque ces plaies sont ave? perte de substance, ou qu’il y a un écartement entre leurs bords, l’intermlle qu’ elles présentent est rempli par une nouvelle membrane, une véritable cicatrice. Celle-ci paraît être un peu plus mince et plus extensible que la membrane environnante.
des membranes séreuses. ip3
§ 1 94. Le liquide contenu dans les cavités des membranes séreuses est susceptible de s’y accumuler, soit que la résorption en soit diminuée ou l’exhalation augmentée : cette accumulation donne lieu aux diverses hydropisies. Le liquide qui forme ces dernières, offre des qualités variables , surtout quand il y a de l’inflammation. Ce liquide contient tantôt plus, tantôt moins de matière animale que dans l’état de santé : quelquefois la proportion de cette matière est la même que dans cet état. En général la sérosité des hydropisies ressemble au sérum du sang, sauf une moindre proportion d’albumine. Il est un point d’anatomie pathologique auquel on n’a pas donné assez d’attention* c’est que les hydropisies qui ne paraissent pas dépendre d’une altération des membranes' séreuses ou des organes- de la respiration et de la circulation , et que pour cette raison on a regardées comme des affections générales, sont souvent précédées et accompagnées d’un flux d’urine contenant une grande proportion de gélatine et d’albumine, soustraction de matières animales qui change la composition du sang, qui le rend plus aqueux et qui dépend d’une altération du rein et de sa fonction. Ce flux accompagne aussi quelquefois les hydropisies avec affection locale d’un autre viscère s.
S 195. L’inflammation des membranes séreuses , qui est très-fréquente, produit dans ces membranes des altérations de tissu et des altérations de sécrétion. La membrane devient vasculaire, d’abord dans son tissu cellulaire extérieur, puis à la longue dans son épaisseur
1 Voyez J. Blackall , Observations on dropsies , etc. London, i8i3.
même; ses franges vasculaires, et ses villosités sont plus marquées, et finissent même par devenir trèssaillantes et très-épaisses. Si i’inflammation dure un certain temps, la membrane s’épaissit un peu et perd sa transparence, cependant le plus souvent l’épaississement qui paraît très -grand, n’est qu’apparent et étranger à la membrane elle-même. Outre la déposition intersticielle qui donne lieu à cette altération, une sécrétion s’opère, en général, dans la cavité même de la membrane; la sécrétion, cependant, se suspend d’abord pour changer ensuite de caractère. Le liquide versé est suivant les cas , une simple sérosité très-abonbondante, mais non autrement altérée; ou bien un fluide blanchâtre, lactescent, ou contenant des flocons albumineux et fibrineux; quelquefois, mais rarement, la sérosité est sanguinolente ; enfin on y trouve du pus, offrant toutes les propriétés de celui qui se produit dans le tissu cellulaire. Outre ces effets de l’inflammation , il en est encore d’autres très - remarquables.
§ 196. Lçs fausses membranes, pseudo membranes , ne sont point particulières aux membranes séreuses, mais elles y sont très-fréquentes. Elles consistent dans la concrétion, sous forme de membrane, du produit de la sécrétion de la membrane enflammée à un certain degré. Ce produit, semblable à la matière organisable qui détermine l’adhérence des lèvres des plaies, est d’abord versé, par gouttelettes séparées, sur l^surface libre delà membrane; ces gouttes, en se multipliant et en s’étendant, se rencontrent communément et forment d abord un réseau , puis une surface entière. Ordinairement,
des membranes séreüses. 195
la iifêine chose ayant lieu sur la partie opposée de la membrane, et celle-ci restant,, en général, en contact avec la première, la fausse membrane détermine l’agglutination des deux parties auparavant contiguës : c’est le premier degré de l’adhérence , l’adhéreuce gélatineuse de quelques-uns, couenneuse de quelques autres ; j’aime mieux appeler cela agglutination. Tantôt la matière de l’agglutination ne forme qu’une couche mince, interposée entre les deux surfaces rapprochées; tantôt elle est si abondante qu’elle remplit , et distend la cavité séreuse*
Les adhérences organiques des membranes séreuses , sont un résultat fréquent de la formation des fausses membranes. La matière organisable de l’agglutination se change en tissu cellulaire, dans lequel il se forme des canaux rameux qui acquièrent peu à peu la structure vasculaire, (chap. IV) èt qui finissent par communiquer avec les vaisseaux de la membrane enflammée. Plusieurs des premiers observateurs qui ont vu les vaisseaux des adhérences, les ont pris pour des villosités vasculaires, prolongées de la membrane ancienne dans la matière de la fausse membrane. J. Hunter et M. Ev. Home, ont observé le contraire, que j’ai moimême constaté plusieurs fois. On peut,*en piquant au hasard dans une adhérence récente avec un tube rempli de mercure, injecter des canaux rameux, dont la partie la plus large ou le tronc répond au centre de l’adhérence et dont les rameaux dirigés en deux sens opposés, comme ceux de la veine-porte, sont dirigés vers les surfaces séreuses sans arriver toujours jusqu’à ces surfaces , et sans que celles-ci fournissent des vil-
losités bien marquées. A la longue , la disposition change j ladlicience, des que les canaux, ont communiqué avec les vaisseaux anciens, devient de plus en plus vasculaire au voisinage de la membrane , et de moins en moins dans son centre. Les adhérences organiques des membranes séreuses n’ont pas toujours la même forme, elles consistent ordinairement en quelques brides ou en cordons plus larges aux extrémités adhérentes et plus minces au centre qui est libre; d'autres fois, il y a un très-grand nombre de filamens à peu près semblables aux brides; dans d’autres cas enfin, les adhérences sont si multipliées, que les deux parties de la membrane sont confondues et semblent remplacées par du tissu cellulaire. La texture des adhérences, telle qu’on la voit dans les brides, est celle des membranes séreuses, elles forment une espèce de gaîne lisse à la surface et remplie de tissu cellulaire contenant quelques vaisseaux. Ces adhérences sont d’une part si fréquentes, et de l’autre quelquefois si régulièrement organisées, que beaucoup de médecins anciens les ont prises pour des ligamens naturels, et que, même parmi
les modernes, Tioch en a trouvé dans le péricarde, et
Bichat dans sa plèvre qui leur ont semblé appartenir à nne conformation primitive.
Les brides qui constituent les adhérences s’allongent de plus en plus, à mesure qu’elles durcissent : il est même probable que leur centre finit par être entièrement absorbé; ce qui tend à le faire admettre, c’est qu en examinant les parois de l’abdomen peu de temps après les plaies de cette partie, on trouve, en général, l’intestin adhérent à l’endroit de la plaie, tandis qu’à une
DES MEMBRANES SEREUSES. 197
époque plus reculée, l’adhérence n’est plus formée que par une bride, qui, à la longue, devient elle -même très-ténue ; et qu’enfin , si on observe la disposition des parties au bout d’un temps très -long, il finit par ne plus y avoir d’adhérence. Ces nuances diverses se rencontraient toutes dans le corps d’un individu, qui, affecté de mélancolie, s’était donné douze à quinze coups de couteau à différentes époques de sa vie , et que j’ai eu occasion de disséquer.
§ 197. Les membranes séreuses éprouvent diverses transformations , ou pour parler plus exactement , sont le siège de diverses productions accidentelles. Des plaques fibreuses , cartilagineuses, fibro -cartilagineuses et même osseuses, se remarquent souvent dans leur épaisseur, et en particulier dans la plèvre, qui forme quelquefois une sorte de plastron à la suite des pleurésies chroniques. Le plus souvent , il est vrai, ces plaques leur sont simplement subjacentes , ou surappliquées.
Des concrétions libres , ou pédiculées , ont leur siège à l’intérieur de ces membranes. On les trouve plus particulièrement dans les séreuses articulaires , quelquefois pourtant dans celles des tendons , et même dans les cavités splanchniques. Elles sont d abord extérieures à la membrane, la poussent ensuite peu à peu au devant d’elles, et font saillie dans son intérieur , où elles offrent une base large et courte, et plus taç^l un pédicule qui devient de plus en plus long et grêle, jusqu’à ce qu’enfin, ce pédicule venant à se rompre, elles deviennent totalement libres dans la cavité de la membrane. Tel est le
I()8 ANATOMIE GÉNÉRALE
véritable mécanisme (le la formation de ces corps, que l’on prenait pour de vraies concrétions, lorsqu’on ne les avait point observés à différens degrés de leur développement. La consistance de ces corps varie : ils sont quelquefois très-mous et comme albumineux, mais le plus souvent ils sont fibreux, cartilagineux ou osseux.
Les membranes séreuses participent aux dégénérations communes à tous les tissus; elles paraissent aussi en avoir qui leur sont propres.
§ 198. Des vices de conformation s’observent dans quelques-unes de ces membranes, comme dans l’arachnoïde des fœtus anencéphales ; dans le péritoine et dans la tunique vaginale, quand le canal de communication entre ces deux sacs membraneux subsiste après la naissance. On a rencontré dans le péritoine des espèces de sacs surnuméraires : Neubauer en rapporte des exemples. Les vices de conformation acquis sont également propres à un petit nombre de ces membranes , et appartiennent à l’anatomie spéciale. Les hernies sont un de ces vices.
§ 199. Les kystes peuvent être décrits à l’occasion des membranes séreuses; c’est en effet avec ce genre d’organes qu’ils ont le plus de ressemblance. Ils représentent en général, comme les parties que comprend le système séreux, une poche ou cavité membraneuse, fermée de toutes parts, adhérente d un coté, libre de l’autre, et en contact avec un liquide qui la remplit; ils ont généralement la forme globuleuse ; leur volume varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui de l’abdomen distendu ; ils sont tantôt isolés et tantôt, groupés plusieurs ensemble, et
DES MEMBRANES SEREUSES.
communiquant entre eux; leur surface externe est floconneuse , cellulaire, quelquefois garnie de lames ou même d’une couche fibreuse ; quelquefois cette surface est doublée d’une membrane naturelle qu’ils ont envahie en faisant saillie à une surface ; leur surface interne est lisse et polie ; l’épaisseur varie et est en général moins grande dans les kystes des organes que dans ceux du tissu cellulaire libre ; elle est aussi plus ou moins grande dans les parties d’un même kyste ; la consistance varie depuis celle d’un liquide à peine concret jusqu’à celle du tissu séreux, et même du tissu fibreux ; il en est de même de leur adhérence, qui tantôt est intime et tantôt ne semble consister qu’en une simple agglutination ; il n’y a point de vaisseaux apparens à leur surface libre.
Le liquide qu’ils contiennent n’offre pas moins de variétés. On y trouve tantôt une sérosité limpide, ou plus ou moins épaisse et comme albumineuse, et diversement colorée ; tantôt de la graisse à l’étal fluide, ou en paillettes et formant delà cholestérine ; dans quelques cas, du mucus ou une substance visqueuse, qui, au lieu de se coaguler, s’évapofe presqug en entier par la chaleur, et laisse très-peu de résidu; d’autres fois un mélange de mucus et d’albumine, ou bien une matière noirâtre ressemblant à du chocolat , quelquefois même du sang pur; quelquefois des vers hydatiques; quelquefois des substances salines cristallisées ; on y a vu aussi une matière concrète analogue au caoutchouc.
Les kystes sont dans un état de réplétion qu’on peut comparer à lhydropisie des membranes séreuses: cependant ils sont le siège d’une secrétion et d’une ab-
sorption continuelles ; ils disparaissent dans certains cas , persistent dans quelques-uns et grossissent continuellement dans d’autres cas.
Différentes hypothèses ont été proposées pour expliquer la formation des kystes. Les uns les regardent comme des membranes de nouvelle formation qui se développent autour d’une substance primitivement existante; les autres pensent, au contraire, qu’ils préexistent aux matières qu’ils renferment : soit qu’ils soient formés par le tissu cellulaire distendu , soit qu’ils doivent leur naissance à des vaisseaux lymphatiques dilatés. Il est difficile de trancher la question d’une manière absolue : il y a des cas favorables à l’une et à l’autre de ces opinions. Certains tissus que l’on range parmi les kystes sont évidemment préexistans. On peut ranger* dans cette classe les loupes sous-cutanées , qui ne sont autre chose que des follicules sébacés considérablement accrus , et non des poches accidentelles, les kystes de 1 ovaire qui paraissent dépendre du développement extraordinaire des vésicules de cet organe , les kystes du cordon testiculaire de i’homme , ou de la lèvre de la vulve dans la femme, qui sont des détritus de la tunique vaginale, etc. Un autre genre de kystes se forme, au contraire, consécutivement : tels sont ceux qui succèdent aux épanchemens de sang qui se font dans le cerveau, ceux qui se développent autour dun corps étranger, etc. Dans d autres circonstances, il est très-difficile de déterminer le mode et l époque d origine des kystes. Il est très-vraisemblable pourtant que tous les vrais kystes sont des membranes de nouvelle
DES MEMBRANES SEREUSES.
formation déterminée ou non par une inflammation évidente. Les kystes sont , du reste , susceptibles de toutes les affections des membranes séreuses : ils sont sujets à toutes les variétés de l’inflammation , aux productions accidentelles , soit analogues , soit morbides. On les a observés partout , si ce n’est peut-être dans les os et dans les cartillages.
On confond ordinairement avec les kystes, les membranes cellulaires nouvelles qui servent d’enveloppes aux productions accidentelles analogues ou morbides et aux corps étrangers. Ces enveloppes ne sont point comme les kystes et les membranes séreuses des surfaces inhalantes et^ exhalantes ; elles doublent souvent les kystes. Leur consistance varie ; elles sont toujours aussi des parties de formation nouvelle.
Il existe entre les kystes ou vésicules séreuses tenant au tissu cellulaire par leur surface externe , et les vers hydatiques, des transitions insensibles, entre lesquelles il est très-difficile d’établir une démarcation tranchée. Ainsi les petites vésicules séreuses que l’on trouve si souvent dans les plexus choroïdes , celles que 1 on voit quelquefois à l’extrémité frangée de la trompe utérine, celles que j’ai vues plusieurs fois dans des végétations des membranes muqueuses nasale et utérine, paraissent évidemment appartenir aux kystes. La môle hydatique ou en grappes me semble encore appartenir au même genre, et cependant un médecin naturaliste très -habile 1 la rapporte au genre acéphalocyste. Les trois espèces d’acéphalocystes simples f
Voyez H. Cioquet. Faune des médecins, tom. I. Paris, 1 822.
elles-mêmes, dont l’animalité est encore douteuse, se rapprochent aussi jusqu’à un certain point des kystes. J’ai retiré une fois de dessous la peau du cou et plusieurs fois de dessous la peau de la mamelle des acéphalocystes de ces espèces , uniques , non enkystées , non adhérentes, à la vérité, mais comme accolées ou agglutinées au tissu cellulaire. Le plus souvent, il est vrai, on trouve l’une ou l’autre des trois espèces d’acéphalocystes simples, rassemblées en grand nombre et libres, dans un kyste distinct.
Un médecin moderne 1 a attribué à la formation , au développement et aux transformations deshydatides ou des kystes liydatiformes dont il vient d’être question, l’origine des tubercules, de toutes les tumeurs, et même des corps étrangers suspendus ou libres dans les cavités séreuses et synoviales.
Après avoir exposé l’histoire générale du système séreux , il faut décrire successivement les différentes espèces qu’il comprend.
SECONDE SECTION
ARTICLE PREMIER
DES BOURSES SYNOVIALES SOUS-CUTANEES.
§ 200. Les bourses synoviales ou mucilagineuses ^sous-cutanées , bursce mucosce subcutanece , n avaient
1 Voyez J. Baron. An Inquiry , etc., on tuberculous diseuses. London, 1817.
DES BOURSES SYNOVIALES SOUS-CUTANEES. 2o3
point été décrites par les anatomistes. Quelque pathologistes, et notamment Gooch, Càmper, et récemment M. Asselin, ont parlé de leur hydropisie. Camper, à cette occasion , avait dit un mot de leur état sain. Je les ai observées et décrites depuis long-temps dans mçs leçons ; j’en ai parlé aussi dans les additions à l’Anatomie générale de Bichat, et dans le Dictionnaire de médecine.
§ 201. Les bourses synoviales, dont on trouve en quelque sorte le rudiment dans le tissu cellulaire lâche ef très-extensible qui existe entre toutes les parties très- mobiles, se rencontrent sous la peau, partout où cette membrane recouvre des parties qui exercent de grands et de fréquens mouvemens ; comme entre la peau et la rotule, entre l’olécrane et la peau , sur le trochanter, sur l’acromion, devant le cartilage thyroïde; quelquefois derrière l’angle delà mâchoire; toujours entre la peau et le côté saillant des articulations métacarpo et métatarso-phalangiennes, et de celles des premières phalanges avec les secondes. Toutes ces dernières sont ordinairement confondues avec celles des tendons voisins.
Pour bien apercevoir ces membranes, il faut les remplir ‘d air. On voit alors qu elles forment une cavité obronde, multiloculaire, c’est-à-dire divisée par des cloisons incomplètes, mais close; l’air qu’on y souffle y restant enfermé, et ne s’infiltrant point dans le tissu cellulaire environnant; les parois de la cavité qu’elles forment sont très-minces et peu résistantes.
Leur texture est fort simple, comme celle des membranes séreuses en général, et ne semble différer de
celle du tissu cellulaire que par une condensation un peu plus grande. 11 existe très-peu de vaisseaux dans répaisseut* de ces membranes: leur surface libre et contiguë est humectée par un liquide onctueux ou mucilagineux trop peu abondant pour qu’on puisse le bien examiner.
Ces membranes et le liquide onctueux qu’elles co ntiennent, ont évidemment pour usage local de favoriser le mouvement des os sous la peau.
Ces bourses se développent de très-bonne heure; elles existent à l’époque de la naissance, et sont alors très-aisées à apercevoir, à cause du liquide assez abondant qui les humecte.
Leur développement augmente en proportion de l’exercice des parties qu’elles recouvrent : celle de l’acromion, par exemple, devient plus apparente chez les individus qui portent des fardeaux sur l’épaule; celle du genou est plus développée chez les personnes qui se mettent habituellement à genoux.
§ 202. Elles se forment accidentellement , dans des «cas où la peau exerce des frottemens accidentels. 1VL Brodie parle d’une gibbosité sur laquelle il s en était développé une , à la suite du glissement continuel dont la peau était le siège en cet endroit; on -observe la même chose dans les pieds bots, à 1 endroit où la peau frotte contre le côté saillant du tarse ; on voit, encore la même chose après 1 amputation de la cuisse, entre1 le bout de l’os et la cicatrice.
L’hydropisie des bourses synoviales sous - cutanées c onstitue l liygroma , affection anciennement connue , qu’on observe particulièrement au genou,
des bourses synoviai.es SOUS-CUTANÉES. 2o5
devant la rotule des personnes qui reposent souvent sur cette partie, comme les prêtres, les religieuses, les blanchisseuses de certains pays et les servantes qui se mettent à genoux pour laver, les ramoneurs, etc., et qu’on observe aussi quelquefois , mais moins souvent, dans les autres membranes de la même espèce. L’hygroma peut acquérir un volume considérable. Il disparaît quelquefois très-promptement sans cause connue, ou après des applications médicamenteuses. J’en ai fait quelquefois la ponction , et j’en ai retiré de la sérosité visqueuse. Une injection stimulante, faite après la ponction en détermine souvent l’adhésion mutuelle des parois et l’oblitération de la cavité.
Les bourses synoviales sous-cutanées sont susceptibles de s’enflammer, de suppurer et de former des abcès volumineux, soit après des pressions réitérées, soit après qu'on y a fait une injection.
ARTICLE II