‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 10 sur 73 · DES CAPSULES SYNOVIALES ARTICULAIRES · texte numérisé non relu

DES CAPSULES SYNOVIALES ARTICULAIRES

§ 210. On désigne sous ce nom, capsulœ synoviales j les membranes séreuses des articulations diarlhrodiales. La plupart appartiennent à des os, quelques-unes à des cartilages, comme cela a lieu pour le larynx. Ces membranes sont, comme les précédentes, humectées par un fluide à l'intérieur, et facilitent de même le glissement des parties qu'elles revêtent.

Elles ont été, long-temps confondues avec les ligamens capsulaires des articulations. INesbitt, Bonn , W. Hunter, avaient déjà observé qu'elles forment une membrane distincte des ligamens et des cartilages articulaires ; Monro avait noté leur analogie avec les autres membranes synoviales et séreuses ; Bichat a fixé davantage l'attention sur ces membranes , et en a donné une description générale plus complète. Monro et Mascagni en ont donné des figures.

§ 211. Le nombre de ces membranes est trèsrgrand : il y en a à peu près autant que d'articulations. Ce nombre n'est pas parfaitement égal à celui de ces dernières , parce que , d'une part , certaines de ces membraries sont communes à plusieurs articulations, ainsi qu'on le voit au carpe, et que, d'autre part, il est des af-ticulations qui en renferment plusieurs. Du reste on ne les trouve point ailletu'S que dans les articulations.

§ 2 12. On observe les variétés suivantes dans la configuration de ces membranes : i° il en est qui représentent des poches arrondies et simples comme les membranes vésiculaires des tendons : c'est ce qu:on voit aux articulations des phalanges entre elles et avec le me-

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lacarpe et le métalarse; il n'y a là aucune espèce de complication, et on n'obtient pai- Vinsulïlation qu'une ijetile ampoule ronde; 30 dans quelques articulations , la cavité de la mendirane semble traversée par un ligament ou un tendon , autour duquel celle-ci se réilécbit en lui formant une gaîne continue à ses deux extrémités , avec l'enveloppe commune que la synoviale fournit h l'articulation ; cette synoviale est alors vaginiforme :'on rencontre cette disposition dans les articulations coxc-fémorale , scapulo-humérale, etc.; 3° une complication plus grande s'observe dans d'autres articulations : dans celle du genou , par exemple , on trouve une enveloppe commune , des gaines pour le tendon du muscle poplité et le ligament adipeux ; et de plus des replis revêtent les ligamens serailunaires et croisés, qui soulèvent la membrane et font saillie dans l'articulation. On pourrait donc établir à peu près cet ordre dans la complication des membranes synoviales : ampoule simple ; ampoule soulevée par des flocons graisseux; cette dernière disposition jointe à la présence de gaines ; enfin , outre cette dernière , des replis formés par des parties qui s'enfoncent dans l'articulation et sont revêtues par la membrane. Toutes ces formes si variées se rapportent, en dernière analyse, à la forme vésiculaire.

§ 2i3. La surface externe des membranes synoviales a des connexions plus ou moins étroites avec les parties voisines. Aux deux extrémités de l'espèce de sac qu'elles représentent, toutes adhèrent intimement aux surfaces articulaires des os , ou plutôt aux cartilages qui revêtent ces surfaces. Leur connexion 'avec ces cartilages est tellement serrée, qu'on croirait que celui-ci est nu : cejîendant Nesbitt, Bonn, W. Hunter, avaient annoncé depuis long-temps l'existence d'un prolongement des membranes synoviales sur les surfaces articulaires des os. C'est parliculièi^ement à Bichat que l'on doit d'avoir établi cette vérité d'une manière incontestable. Quelques auteurs pourtant, tels que Gordon et M. Magendie , élèvent encore des doutes sur ce point. Plusieurs faits démontrent la présence des synoviales articulaires sur les cartilages. Dans l'inflammation de ces membranes , leur rougeur, qui à la longue devient sensible, s'étend sur la circonférence du cartilage, et est de moins en moins marquée, à mesure qu'on s'avance vers son centre, la membrane s'identifiant de plus en plus avec le cartilage ; le centre luimême finit par se pénétrer de vaisseaux , mais le cartilage n'est coloré ' qu'à sa surface , et conserve dans son épaisseur la coyleur blanche qui lui est propre. Les brides qui se forment quelquefois dans les membranes synoviales naissent indifîéremment de tous les points de leur étendue, et on observe , quand elles tiennent au cartilage , que leur base lui adhère moins intimement , et qu'en cét endroit la membrane devient apparente , comme elle l'est naturellement au pourtour des surfaces articulaires : de cette manière, la synoviale est apparente sur le centre même du cartilage. La dégénération fongueuse, propre à la membrarie synoviale , se voit également sur le cartilage. Enfin , l'inspection directe démontre la continuité de cette membrane. En enlevant obliquement une tranche d'un cartilage, que 1 on renverse ensuite de manière à la rompre à sa base , elle tient encore par la synoviale , qui la recouvre, ainsi que le reste du cartilage Lorsqu'on scie un os , qu'ont rompt ensuite le cartilage de son ex-

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tiémilé la connexion est encore établie dans les deux jiioitiés par la sy.iov.ale, qui se poi le de l'une à" l'autre.

Dans le reste de leur étendue , c'esWi-dire au pourtour de l'articulation , les membranes synoviales tiennent aux ligamens articulaues dune manière également très-serrée , comme on le voit à la capsule de l'articulation scapulo liuméiale : l'adhérence est surtout Ultime au milieu, et devient de plus en plus lâche vers les extrémités. Dans l'intervalle des ligamens , ces membranes correspondent aux tissus cellulaire et graisseux : ces tissus forment lc\ des- pelotons tres-marques , ainsi que près de l'endroit où la synoviale abandonne les li gamens pour se réfléchir sur l'os.

La surface interne est lisse , polie, contiguè à elle-même , lubréfiée par la synovie, et garnie de villosités et de prolongemens frangés.

§ 214. Les membranes synoviales sont minces, molles, demitransparentes, blanchâtres, extensibles à nn certain degré, quoiqu'elles le soient moins que les séreuses splanchniques , et rétractiles^, comme le montrent leur hydropisie et leur retour sur ellesmêmes après l'évacuation du liquide qui s'y est accumulé. Leur rupture dans les luxations dépend moins de leur défaut d'extensibilité, que de leurs connexions étroites et de la moindre étendue de leurs replis.

§ 2x5. Ces membranes sont garnies de pelotons graisseux , placés à leur extérieur ou dans leur épaisseur même, et improprement désignés sous le nom de glandes sjnoi'iales d'IInvcj-s. Ces pelotons, aperçus par Vésale et Etienne, décrits par Cowper et surtout par Cl. Havei's ' , ont été regardés par tous les physiologistes, jusqu'à Monro , comme les organes sécréteurs de la synovie ^ Leur volumrf varie suivant la quantité de graisse qu'ils contiennent : ils renferment toujours plus ou moins de ce fluide , et sont presque entièrement formés de tissu adipeux. Les franges existent, à l'intérieur de la membrane, à l'endroit où sont placés ces pelotons en dehors. Les points où l'on rencontre ces diftérens objets sont ceux où la membrane offre le plus de vaisseaux. Les franges contiennent, dans leur épaisseur, du tissu cellulaire, de la graisse et des vaisseaux sanguins; les autres parties des membranes synoviales ne reçoivent que des vaisseaux séreux. Les lymphatiques ne sont appareils que dans quelques-unes de ces membranes; il est inutile de nous arrêter de nouveau à l'hypothèse de Mascagni , que cet auteur applique à toutes les membranes transparentes. On ne connaît pas les nerfs des capsules synoviales.

§ 216. Le liquide sécrété par ces membranes, ou la isynovie, syno^'ia , ainsi nommé par Paracelse à cause de sa ressemblance grossière avec le blanc d'œuf , est le résultat d'une sécrétion perspiratoire , quoiqu'on ait admis beaucoup d'autres idées sur le mécanisme de sa formation. Ce fluide n'est point , comme on l'a cru pendant long-temps, le produit du mélange de la sérosité avec la graisse ; la moelle des os ne transsude pas pour le former, comiiie nous l'avons vu; la synovie même ne contient pas d'huile dans l'é-

« De ossibus, sermo iv, cap. i. 1-. •

f^oyez Pitschol. De axuiigiii avùculor. Lifis. 17/10. — lldnsc. De iinguinc artieidaii, ejusquc viUis. Li/JS. i774'

DES CAPSULES SYNOVIALES A RTICULAinïïS.

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tat naturel. Les préteiulues glandes de Havers ne peuvent, d'après ce que nous avons dit, remplir l'usage que cet auteur leur attribuait, et les franges qui les surmontent ne sont pas, comme il le croyait, des conduits excréteurs. On n'observe, en eflet, rien de "landuleux dans les paquets synoviaux, point de granulations, de conduits excréteurs; cependant on a récemment encore cru trouver, cette structure' glandulaire La graisse même qu'ils renferment n'est -pas essentielle à leur structure, et d'ailleurs, comme il n'y a pas d'huile dans la synovie , ce n'est pas la transsudation du premier de ces fluides , quand il existe , qui donne naissance au second. RoseiimuUer prétend qu'il y a des follicules sécrétoires dans ces pelotons adipeux : je n'ai point vu ces follicules, et je ne sache pas que personne ait constaté de nouveau leur existence. La sécrétion de la synovie n'est donc ni glandulaire , ni folliculaire , ni un simple résultat de la transsudation , mais véritablement perspira'toire : toute l'éleudue des memljranes synoviales en est le siège, mais surtout la portion de ces membranes que surmontent les franges , en raison du plus grand norabi'e de vaisseaux qu'elle contient. La synovie est en partie reprise par absorption , et sa quantité , toujours à peu près la même, suppose un équilibre entre celle-ci et la sécrétion.

Connu des Grecs, qui lui donnaient le nom de ^i^u rav àpflpSv, désigné pendant long-temps sous celui à'axungia , dhinguen, ce liquide est filant, visqueux, doué d'une saveur salée, d'une pesanteur spécifique exprimée par io5, celle de l'eau représentant loo. Sa composition chimique a été examinée, tant chez les animaux que chez l'homme , mais plus particulièrement dans le bœuf, par Margueron , Fourcroy , J. Davy , Hildebrand , M. Orfila et plusieurs autres. On y trouve de l'eau , de l'albumine , du mucus ou de la matière incoagulable, regardée par quelques-uns comme de la gélatine mucilagineuse, de la matière filandreuse , que les uns pensent être de la fibrine, les autres de l'albumine dans un état particulier, de la soude , du muriate de soude , du phosphate de chaux et une matière animale que l'on dit être de l'acide urique. Les usages de la synovie sont de diminuer les frottemens , et de facifiter par-là le glissement des parties.

§ 217. Les capsules synoviales des articulations présentent quelques altérations pathologiques \ Elles se réparent quand elles sont divisées; mais leur mode de réunion est peu connu : il n'y a point de faits précis dans l'histoire des plaies des articulations et des luxations, relativement à ce mode. 11 se fait quelquefois de nouvelles membranes synoviales, comme on l'observe dans les fausses articulations , après les luxatioiis non réduites ; dans ce cas , que le docteur Thomson a décrit , et que j'ai moi-même observé , les débris de l'aur cienne capsule et le tissu cellulaire réunis , forment une nouvelle membrane,, assez semblable à la premièi-e. A la suite des fracturesnon consolidées , dans les articulations surnuméraires qui leur succèdent , il existe de même une membrane fermée , lisse à l'intérieur, contenant un liquide visqueux plus ou moins analogue à la synovie.

• Fojez Heyligers. Disseriatio physiol. anat. de fa bric d avdcul. i8o3

Araite des maladies (les ai Uculations. Pans , 1819. . 'nornc,

ïo6 ANATOMIE gÉkÉrALE.

L'hydropisie des articulations constitue l'hydavthrose : la synovie est ordinairement altérée de diverses manières dans cette aftection.

§ 218. L'inflammation produit dans ces membranes les mêmes altérations de tissu et de fonctions que dans les séreuses en général. Elles s'épaississent un peu , rougissent dans une plus ou moins grande étendue, se recouvrent de grains albumincnx, et contractent quelquefois des adhérences à la suite de cette indammaliou. Celle-ci peut se terminer par résolution , et laisse alors une roideur tenant à l'épaississement de toutes les parties environnantes : la membrane ellemême reste aussi, en général, plus épaisse. Des épanchemens, soit de synovie purè , soit de sérosité lactescente ou contenant des flocons albumineux, ou même du véritable pus, peuvent résulter de cette inflammation. Les adhérences qui surviennent à sa suite constituent une des espèces d'ankyloses. 11 est, comme on le sait, plusieurs variétés de cette maladie : toutes dépendent de l'altération de la synoviale , et quelquefois des parties extérieures , à cette membrane. Ainsi dans l'ankylose fausse , il paraît y avoir épaississement , induration de toutes les parties molles qui entourent les articulations. Une autre espèce, à laquelle on pourrait appliquer l'épithète de fausse si elle devait être couservée , est caractéiisée par des adhérences de la membrane synoviale. L'articulation devient alors une amphiartrose , des brides ou lames synoviales unissent les surfoces diarlhrodiales : ces brides sont quelquefois si nombreuses qu'elles représentent une sorte de cellulosité; suivant leur nombre, leur longueur, leur extensibilité, les mouvemens sont plus ou moins bornés; l'épaississement et l'endurcissement des parties molles se joignent à cette altération, à la suite de laquelle les parties ne reprennent jamais complètement leurs mouvemens. Dans la vraie ankylose, non-seulement il s'établit des adhérences entre les surfaces articulaires , mais encore ces surfaces se soudent, se confondent; la continuité est parfaite entre les os dont les lames compactes ainsi que les lames cartilagineuses qui les séparaient finissent d'elles-mêmes par disparaître , de sorte que leur tissu spongieux se confond : c'est par la membrane synoviale que commence ce changement, que nous, devions à cause de cela indiquer ici. L'ulcération est une terminaison plus rare de l'inflammaLion des membranes synoviales.

§ 219. Dans les tumeurs blanches , parmi lesquelles on range des altérations très-diverses, comme l'inflammation, l'hydropisie, les maladies des cartilages, etc., on trouve quelquefois une altération propre aux membranes synoviales : c'est un état dans lequel ces membranes sont converties en une substance fongueuse d'où s'élèvent des végétations jusqu'au-dessous de la peau, et faisant même saillie à l'extérieur. Reimarus , Brambilla , M, Brodie , ont décrit ces fongus cancéreux.

§ 220. Il se forme des corps étrangers dans les articulations : celle du genou en est le siège le plus fréquent. Le volume de ces corps varie, ainsi que leur nombre et leur consistance, comme nous l'avons déjà dit en traitant du système séreux en général; ils se forment en dehors de la membrane synoviale, et paraissent le résultat d'une altération particulière de la nutrition; ils s'enfoncent petit à petit du côté de l'intérieur de la ,n»embrane , et finissent par se détacher entièrement suivant le mécanisme indiqué plus haut. Leur

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