‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 13 sur 73 · DES MEMBRANES TKGUMENTAIRES EN GENERAL · texte numérisé non relu

DES MEMBRANES TKGUMENTAIRES EN GENERAL

Il5

S 240. Les membranes tégumenlaires ont dans toute leur étendue des caractères communs qu'il faut d'abord exposer; mais d'après des différences dans leur situation, leur texture et leurs fonctions, elles sont distinguées en deux parties qu'il faudra décrire ensuite <;hacune à part ; ce sont la. membrane muqueuse et la peau.

PREMIÈRE SECTION

DES MEMBRANES TÉGUMENTAIRES EN GÉNÉRAL

§ 241. Les tégvimens, quelles que soient leur étendue et leur

la plus profondément située : cette membrane a par conséquent une largeur immense. Sa situation est partout extérieure ou superficielle, en ce sens qu'elle est partout située aux surfaces du corps dont elle forme la limite, et qu'elle est partout en contact avec des substances étrangères à l'organisation 5 mais -une partie seulement est apparente au dehors et enveloppe tout le corps , tandis rjue l'autre partie cachée, revêt à l'intérieur le canal alimentaire qui parcourt le tronc dans sa longueur, depuis la bouche jusqu'à l'anus. On peut dès lors concevoir la figure de la membrane tégumentaire comme celle d'une enveloppe et d'un canal qui la traverse, continus l'un à l'autre aux deux extrémités ; ou mieux , comme celle de <leux canaux, Fun plus large et l'autre plus étroit, emboîtés l'un dans l'autre et continus aux deux bouts , et dans l'intervalle desquels tout le reste du corps est logé. Si l'on voulait employer une comparaison triviale, celle qui conviendrait le mieux pour représenter cette disposition , serait celle d'un manchon ayant en effet deux surfaces séparées par une couche plus ou moins épaisse de substance intermédiaire.

§ 242. Outre la peau et la membrane muqueuse du canal alimentaire continues l'une à l'autre aux deux orifices de ce canal, partout continues à elles-mêmes, et qui constituent les deux parties principales, de la membrane tégumentaire, cette membrane a un grand nombre de dépendances ou de prolongemens plus ou moins étendus et ramifiés dans l'épaisseur du corps : tels sont, 1° les membranes génitale et urinaire, qui se prolongent dans toutes les cavités des organes de la génération et de la dépuration [urinaire ; 2° la membrane pulmonaire , qui tapisse toutes les divisions des bronches ; 3° les membranes qui tapissent les conduits excréteurs des glandes, soit qu^ils aboutissent à la membi;ane muqueuse, ou que, comme ceux delà mamelle, ils aboutissent i\ la peau ; 4° celles des cavités nasales, de leurs sinus et des arrière-fosses nasales , des conduits auditifs, du tympan, du sinus mastoïdien et de la surface de l'œil.

Parmi ces prolongemens, tous muqueux, excepté celui du conduit auditif externe., qui est cutané, la plupart aboutissent à la membrane muqueuse et en sont des appendices ou des prolongemens; la peau extérieure au contraire est beaucoup moins compli- ■quee par des appendices de ce genre.

ï l4 ANATOMIE GÉNÉRALE.

§ 243. La membrane tégumentaire présente dans sa vaste étendue <les diflérences ou variétés d'apparence, de texture et de fonction, qui pourraient faire douter de son unité et de sa continuité.

La peau et la membrane muqueuse , comparées l'une à l'autre , semblent très-diftérentes au premier coup d'œil; mais dans la série animale , la diflerence s'efl'ace par degrés dans les animaux les plus simples; elle est encore assez peu marquée en général dans les animaux plus élevés qui habitent l'eau. Dans le fœtus humain, la diflerence, quoique réelle, est d'abord peu tranchée. Dans l'adulte même on voit la peau se transformer aisément en membrane muqueuse , et celle-ci en peau. Quand , par exemple , une partie de la surface du corps est long-Jtemps soustraite à faction de f atmosphère, comme on l'a vu dans des cas de contractures où la jambe était fortement fléchie et appuyée sur la cuisse, et comme on le voit souvent dans les plis de la peau chez les enfans très-gras, l'épiderme se ramollit et disparaît, la peau finit par sécréter du mucus. D'un autre côté , dans les prolapsus de futérus , on voit la membrane muqueuse du vagin , et dans les prolapsus -de l'anus naturel ou accidentel , celle de f intestin , s'épaissir, se sécher et prendre les apparences de la peau. Dans l'état de santé, enfin, on voit, dans beaucoup de parties , la peau ne se changer qua graduellement et d'une manière insensible en membrane muqueuse : c'est ce qui a lieu aux lèvres de la vulve, au prépuce , à fanus, au mamelon et aux narines; ce n'est guère qu'aux paupières et aux lèvres que la ligne de démarcation paraît un peu tranchée. Il n'y a donc point d'interruption l éelle , il y a donc au contraire une identité et une continuité -véritables entre les deux parties principales de la membrane tégumentaiie.

§ 244* diverses parties de ces deux portions principales du tégument présentent aussi des variétés assez grandes. Celles que i'on observe entre la peau du dos et celle des paupières , entre celles •du crâne , et de la pulpe des doigts , par exemple , sont assez grandes ; mais elles ne sont ni absolues ni tranchées : il en est à peu près de même dans la membrane muqueuse, et les interruptions que Ion a cru y trouver ne sont qu'apparentes, comme on le verra plus loin. (Sect. n. ) Les différences que l'on observe entre les diverses parties de la membrane muqueuse , quoique plus marquées que celles, que l'on trouve à la peau, ne sont pourtant pas plus réelles. En général le changement d'apparence et de texture est graduel, comme on le voit dans les conduits excréteurs où la npembrane va en s'amincissant progressivement, et en se dégradant, pour ainsi dire, mais d'une manière insensible. Si l'on comparait la membrane des sinus frontaux et celle de l'estomac, on trouverait certainement de très-grandes différences enti-e elles , comme entre celles de la langue et de l'utérus; mais ces diflérences sont en quelque sorte liées par des gradations intermédiaires. On trouve seulement. quelques différences assez brusquement tranchées dans des parties très-rapprochées , mais dont les fonctions sont.très,-difFérentes, comme entre l'œsophage et l'estomac, entre le vagin et l'utérus' : mais encore là, comme partout ailleurs, ce. ne sont que des variétés qui se réduisent très-facilement en un typç unique de texture organique. ^ j, -

§ 245. Les tégumens ont une surface libre et une surface adhe-

DES MEMDRAKES TÉGUMENTAIRES EN GÉnÉrAL. ri5

rente. La première est tournée en dehors pour la peau, et en dedans pour la membrane muqueuse; c'est l'inverse pour la seconde. La surlace adhérente répond à la masse du corps et généralement au tissu cellulaire. Ce tissu ( § iSg ) forme là une couche plus ou moins dense, plus ou moins épaisse; dans d'autres endroits c'est du, tissu ligamenteux ou du tissu libreiix élastique qui double les téguniens ; dans une assez grande partie de leur étendue , ils sont garnis oU' doublés de fibres musculaires.

§ 24G. La membrane tégumen taire , outre les grands appendices et les canaux excréteurs des glandes dont il a été question (§ 242 )„ est pourvue d'une multitude innombrable d'autres enfoncemensplus simples et beaucoup plus petits , qu'on a nommés follicules, locules, lacunes, cryptes, glandes simples, etc. Ces folhcules observés et décrits d'abord dans quelques points des tégumens par divers anatomistes, et ensuite dans leur enseiidole par Malpighi, Boerhaave, Kaau et beaucoup d'autres, existent en ellet dans toutes ou presque toutes les parties de ces membranes. Les follicules sont ronds ou obronds, graniformes , d'un volume variable et en général très-petit; ils sont situés en partie dans l'épaisseur de la membrane, et font sous sa face adhérente une saillie plus ou moins grande. Ils ont en général la forme d'une petite ampoule dont le goulot ou émissaire plus ou moins alongé s'ouvre à la surface libre de la membrane. Ils sont formés par cette membrane repliée sur elle-même, et constituant un enfoncement ou un petit cul-de-sac. C'est à leur présence que sont dues les porosités qu'on aperçoit à la surface de la peau, au nez sui'tout, et que sont dues aussi les granulations qui garnissent et soulèvent , dans beaucoup d'endroits , la membrane muqueuse ; la cavité de ces follicules est extrêmement petite relativement à l'épaisseur de leurs parois. Ils sont formés par toute la membrane, soit qu'elle conserve son épaisseur, ou que celle-ci soit augmentée ou diminuée. Ils sont entourés par un très-grand nombre de ramuscules vasculaires. La plupart de ces petites ampoules sont simples , discrètes et plus ou moins éloignées les unes des autres ; mais dans certaines parties de la peau , et surtout des membranes muqueuses , on trouve des follicules diversement rassemblés et composés. Outre les follicules dont il vient d'être question, les membranes tégumentaires, et surtout l'interne , présentent beaucoup d'enfoncemens dont l'orifice est aussi large que le fond, et qu'on appelle alvéolaires, et l'une et l'autre présentent aussi un grand nombre de petits enfoncemens évasés ou infundibuliformes. Les follicules diffèrent en outre les uns des autres par la nature du liquide qu'ils sécrètent et qu'ils contiennent ceux de la peau sont appelés follicules sébacés, et ceux du tégument interne, follicules muqueux, à cause du liquide qu'ils fournissent; ceux des membranes muqueuses au voisinage de la peau sont à peu près mixtes.

§247. Les tégumens ont une texture foliée; ils sont, dans une grande partie de leur étendue , évidemment formés de deux couches, le derme et l'épiderme ; dans beaucoup d'endroits on dislingue en-

• ^o/ez M. Malpighi , Epistola de. stHicturd glandulavum, etc. , in op. posth — UpuscuLum anatomicum, d,-.fahricdglakdula,iim,conlinens binas epistoUts -H. Boerhaave et t . Ruyschji, etc., in op. nmn. R„rschii. — A. luLiv Pcru ptrauo dicta Jhppokrati, cit., cap. \x, xu et xin. ^ '

AHATOMIE GEWEflAXE.

eore une couche assez composée entre ces deux principales ; et , dans un grand nombre de parties , il y a en outre des appendices ou productions saillantes à la surface libre de la membrane.

§ 248. Le derme, quelles que soient les différences qu'il présente dans les deux legumens et dans leurs divisions , en est toujours la partie la plus profonde, la plus épaisse, celle qui en fait la base," et a la surface de laquelle sont placées les autres. 11 est formé d'une couche de tissu cellulaire fibreux , plus ou moins serré , comme feutré, laissant des interstices par où passent diverses autres parties.

§ 249. Des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et des nerfs, plu» ou moins nombreux , se distribuent et se ramifient dans l'épaisseur du derme, et surtout à sa face superficielle, où ils forment des inégafités qu'on appelle papilles , villosités , bourgeons vasculaires , et qui seront plus exactement définis ou décrits à l'article de chacun des deux tégumens.

§ 25o. La surface du derme est couverte d'une couche plus ou moins distincte , suivant les parties des tégumens , et qu'on appelle corps muqueux ou réticulaire ; c'est du tissu cellulaire à l'état demiliquide ou à peine organisé , dans lequel se terminent et d'où naissent les divisions les plus fines des vaisseaux blancs; cette couche, d'ailleurs assez composée,. est le siège de la coloration, et celui des incrustations cornées qui garnissent les tégumens dans quelques parties. Cette couche est moins distincte dans les membranes muqueuses que dans la peau.

§ 2$ I . L'épiderme enfin est la dernière partie essentielle des membranes tégumentaires , celle qui en forme la surface libre; c'est une couche albumineuse excrétée à la surface du corps muqueux. Dans beaucoup de parties des membranes muqueuses l'épiderme n'est pas distinct, et semble être remplacé par du mucus. Au reste , il y a beaucoup de ressemblance, qùant à la nature chimique de la matière , entre l'épiderme et le mucus.

§ 252. Plusieurs parties des membranes tégumentaires sont pourvues d'appendices saillans à leur surface libre : ce sont , pour la peau , les ongles et les poils ; çt les dents, pour la membrane muqueuse.

§ 253. Les tégumens se résolvent presque tout-à-fait en gélatine par la décoction. La' coloration très-diverse des tégumens dépend en partie de celle du sang, et en partie d'une matière colorante sécrétée du sang dans le corps muqueux. Leur densité très-variée est à peu près intermédiaire à celle des tissus cellulaire, ligamenteux et élastique. Leur élasticité est assez marquée. Ils jouissent aussi d'une extensibilité et d'une rétractililité lentes, très-grandes. Leur force de formation est ti^ès-développée. L'irritabilité dont ils jouissent , bien moins évidente que celle des muscles , l'est pourtant beaucoup. Ils sont l'organe essentiel de la sensibilité.

§ 254. L'action organique ou la fonction de la membrane légumentaire est très-importante, très-complexe, et diverse dans les différentes portions de cette membrane. Comme tégument ou enveloppe , tant interne qu'externe de la masse du corps, elle constitue une barrière que doivent traverser de dehors en dedans toutes les substances étrangères qui entrent dans le corps pour en faire partie, et de dedans en dehors toutes celles qui, après en avoir fait partie, lui deviennent étrangères; ces substances et toutes les

DiiS MEMBUAHES TEGUMEMTAIRES. ^'7

autres qui sont en contact avec le tégument , y dcLcrminent des impressions : ainsi cette membrane est un organe de protection ou de défense plus ou moins efficace contre l'açtion des corps extérieurs"; elle est l'organe des absorptions et de toutes les sécrétions extrinsèques", c'est-à-dire dont la matière est prise ou déposée au dehors ; elle est celui de toutes les sensations externes et des sentimens de besoin et d'appétit; et enfin même, par ses appendices , elle est quelquefois un organe offensif ou d'agression. Mais, suivant les variétés de sa texture, les-fonctions de cette membrane varient dans les diverses régions; ^ainsi la membrane muqueuse est beaucoup mieux disposée pour la sécrétion et l'absorption que la peau , et celle-ci est mieux accommodée aux sensations et à la défense dvi corps, que la première. Quelques parties sont spécialement disposées pour la sensation, et même pour telle ou telle sensation , d'autres pour^ l'absorption, d'autres encore pour l'excrétion, d'a"utres pour la génération , d'autre? pour la respiration , etc.

§ 255. L'étendue immense de la membrane tégumen taire , le nombre et l'importance des fonctions dont elle est le siège et l'instrument, en rendent la considération très-importante, tant en santé qu'en maladie. Il existe entre les deux pi-incipales parties dont- elle est composée la relation la plus intime , et qui , à certains égards , a ete aperçue par les plus anciens observateurs ' , qui savaient que l'abondance de la sécrétion muqueuse est généralement en raison inverse de la sécrétion cutanée. L'observation a appi'is que le bon état de la peau coïncide avec un bon état de la membrane muqueuse, et qu,e, par exemple, les personnes qui ont la péau très-blanche et d'une texture fine et délicate , sont très-exposées aux maladies de la peau et de la membrane muc^ueuse , et surtout aux flux de ces deux membranes. Elle a appris aussi que chaque partie de la peau sympathise avec toute la membrane muqueuse, et spécialement avec telle ou telle partie de pette membrane. Il existe également la relation la plus intime entre les téguraens et la masse du corps , et réciproquement ; relation que l'observation fait journellement apercevoir, que les causes morbifiques mettent continuellement en jeu, que la séméiotique observe , et dont le médecin praticien essaie de tirer parti.

§206. L'embryon, avons-nous déjà dit, se forme tout entier sur ces membranes : la membrane vitellaire ou intestinale est la première partie apparente dans l'œuf ; c'est par son prolongement vers l'estomac et vers l'anus que se forme l'intestin. La seconde partie apparente est l'allantoïde ou la membrane vésicale ; c'est par son extension que se forment les voies urinaires et les organes génitaux. La peau extérieure se forme ensuite ; d'abord largement ouverte en avant du tronc, elle vient se clore dans la ligne médiane de l'abdomen, et définitivement autour de l'ombilic. Dans les deux sexes il y a une différence de conformation assez grande dans la portion génito-urinaire des tégumens , et une différence de développement dans celle des conduits excréteurs de la mamelle. 11 y a , en outre , une dill'érence d'épaisseur et de coloration dans la peau extérieure. Ces différences sont très-marquées dans les races de l'espèce humaine , et assez traiv chees encore dans divers individus.

' 'H kp'x'hra i y.oàh.<i JcuxvcTS;. 'IllIIOKrATO'YS , t:: v l^i^ft.. M).. <■.

''^ ANATOMIE GliNtRALE.

§257. Les altéralions .morbides sont très-nombreuses dans les diiterentes parties de la membrane tégumentaire. Les productions accidetitoiles cutanées et muqueuses sont assez IVéquentes. Les reproductions de tégumens ou les cicatrices s'observent souvent aussi. Les vices de conformation, les altérations de texture et de fonctions, les productions accidentelles analogues ou non aux tissus sains , les transformations de tissu, etc., s'observent souvent aussi dans les tegumens ; mais leur description sera mieux placée après chacune des deux membranes : il en sera de même de leurs altérations cadavéx'iques.

§ 258. Les tégumens accidentels doivent, au contraire, être décrits ici , parce que d'une part leur production présente beaucoup d'analogie dans l'un et dans l'autre tégumens; d'un autre côté parce que , dans la production d'utie cicatrice extérieure , le nouveau tissu ressemble, pendant une époque de sa formation, à la membrane muqueuse, et plus tard à la peau; et parce qu'cnfin dans quelques cas on trouve l'apparence et la texture de la peau dans une pai tie , et celle de la membrane muqueuse dans une autre partie de la même production : telles sont, par exemple, les membranes des fistules.

Toutes les fois que, soit par une lésion mécanique, soit par l'effet d'une cautéi-isation , de la gangrène ou de fulcération, il y a eu destruction des tégumens et même des parties sous-jacentes , à une profondeur plus ou moins grand'e, il se produit un nouveau tégument semblable , ou au moins très-analogue à celui qui a été détruit , et tovijours le même, dans toute son étendue, quelle que soit la diversité des parties mises à découvert et qui doivent en être revêtues. Après des phénomènes primitifs divers, suivant la d^iversité des causes destructives, il s'en présente une séi'ie de secondaires toujours les mêmes : ce sont, 1" la production d'une couche plastique comme celle des agglutinations ; 1" la forrtiation de bourgeons ou granulations, et la sécrétion du pus; 3" enfin , la cessation de cette sécrétion et l'achèvement de la cicatrice. Les phénomènes de la cicatrisation commencent par la déposition d'une couche plastique semblable à celle qui constitue les fausses membranes. Cette couche, d'abord inorganique et bientôt organisée, se couvre de petites granulations coniques rouges , et constitue alors la membrane des bourgeons charnus; cette membrane est cellulaire, vasculaire, très^contractile , sensible , absorbante, sécrétant du pvis, très-prompte à se détruire par l'ulcération , et très-prompte à se reproduire. Cette membrane se contracte, se rétrécit continuellement; la sécrétion du pus y diminue par degrés , y cesse tout-à-fiiit , et alors elle se recouvre, soit d'un épiderme distinct, soit du mucus, suivant les lieux, et elle constitue un tégument nouveau très-analogue et quelquefois tout-àfait semblable à l'ancien. Cependant cette membrane, outre quelques légères différences analomiques , est beaucoup plus susceptible d'ulcération que les tégumens primitifs.

§ 25c).,Il se forme dans les abcès, et surtout dans les abcès chroniques , une membrane qui circonscrit lelpus et qui a beaucoup de ressemblance avec la membrane muqueuse; elle acquiert une ressemblance plus ^ande encore quand l'abcès est ouvert et qu'il reste la source d'un ulcère fistuleux; il en est de même encore dans le? ulcères de ce genre qui sont entretenus par une nécrose ou pai' la

DE LA MEMBRANE MUQUEUSE

présence d'un corps étranger; il en est de même enfin dans les véritables fistules oïl canaux accidentels qui naissent d'une cavité muqueuse naturelle. Dans- tous les cas, le trajet est revêtu dans toute son étendue par une membrane fongueuse , molle, muqiteuse en un mot ,' découverte par Hunter dans les fistules à l'anus. A son orifice à la peau, si c'est à cette surface qu'il aboutit , le canal muqueux de la fistule est pourvu , jusqu'à une certaine profondeur, d'un épidémie distinct qui se continue avec celui de la peau.

SECONDE SECTION

DE LA MEMBRANE MUQUEUSE

§ 260. La membrane tégumentairè interne ou la membrane muqueuse a reçu ce dernier nom, d'abord dans les fosses nasales {/^û^ai, narines), à cause du mucus (^ttufos, morve, pituite) qu'elle fournit. Elle constitue un tégument humide qui revêt toutes les cavités communiquant au dehors, lesquelles toutes reçoivent ou rejettent des substances étrangères. Considérée d'abord dans chaque organe creux comme sa membrane interne particulière, et n'ayant pas d'autie nom; appelée ensuite villeuse ou fongueuse, pulpeuse, poreuse, villoso-papillaire dans le canal alimentaire, pituitaire ou muqueuse dans le nez et dans le gosier, les afiatouiistes ne tardèrent pas à y apercevoir à peu près partout des follicules, ce qui lui fit donner le nom générique de glanduleuse , et à remarquer la ressemblance du mucus nasal et intestinal avec l'humeur onctueuse de la trachée et des bronches, et même l'analogie du mucus et de l'épiderme; dès lors l'identité des diverses parties de cette membrane fut connue. Les patho légistes, et surtout M. Pinel, l'avaient déjà remarqué en faisant l'histoire des catarrhes. Cependant aucune description générale et satisfaisante de cette membrane n'avait été donnée avant Bichat Depuis lui, les anatbmistes et les pathologistes se sont à peu près généralement accopdés à adopter ses idées sur cet objet, excepté Gordon , qui a trouvé des différences trop essentielles entre les diverses membranes muqueuses pour les comprendre dans une description commune.

§ 261. La membrane muqueuse forme un tégument interne à toutes les cavités ouvertes au dehors ; sa partie la plus importante forme un revêtement à tout le canal ahmentaire, depuis la bouche jusqu'à l'anus ; le reste de cette membrane constitue des prolongemens ou des appendices prolongés en cul-de-sac et plus ou moins profondément étendus et ramifiés dans la masse du corps , et aboutissant par leur embouchure, soit à la peau externe, soit à la peau interne. Elle forme ainsi un immense tégument interne bien plus étendu que la peau.

§ 262. La membrane muqueuse présente, comme la peau, une surface adhérente et une surface libre ; la surface adhérente ou externe est en gênerai revêtue d'une couche de tissu cellulaire fibreux particulier, auquel Ruysch et beaucoup d'autres anatomistes ont donné le nom de membrane nerveuse, que Albinus et Huiler ont démontré

' Traite des membranes. Paris, An vm.

ANATOMIE GÉnÉaALE.

être du lissu cellulaire, et que Bichat a nommé tissu cellulaire sousmuqueux. Ce tissu est serre, fibreux , blanc , ne contient jamais de graisse, et rarement de la sérosité infiltrée; il est parcouru par uu grand nombre de divisions fines des vaisseaux et des nerfs. Plusieurs anatomistes l'ont assimilé au derme de la peau. Quoi qu'il en soit, c'est à lui que les organes creux doivent en grande partie leur solidité. La membrane muqueuse est de plus doublée dans toute l'étendue de son canal principal et dans plusieurs de ses divisions par un plan musculaire, espèce de muscle peaucier interne; dans quelques endroits , c'est un tissu élastique qui double les membranes muqueuses , c'est ce qu'on voit dans le canal aérien et dans les conduits excréteurs ; ailleui'S, un véritable tissu ligamenteux , comme le périoste des fosses nasales , des sinus , du palais , des alvéoles , double cette membrane , et en forme une membrane fîbro-muqueuse.

§ 263. La surface libre de. la membrane muqueuse présente des valvules, des plis et des rides formés par toute l'épaisseur de la membrane redoublée sur elle-même. Les valvules sont formées par la membrane muqueuse repliée, par le tissu sous-muqueux et par des fibres nuisculaires contenues dans le repli : c'est ce qui a lieu au pylore, à l'emboucbure de l'iniestin grêle dans le gros intestin, au voile du palais, à l'orifice du larynx , etc. Les plis ne contiennent dans leur épaisseur que du tissu sous-muqueux , mais ils sont constans comme les valvules et ne s'efl'acent jamais: tels sont les nombreux replis de l'intestin grêle, qu'on appelle valvules conniyenles; les rides, au contraire , sont des replis accidentels ou momentanés , dans lesquels la membrane muqueuse est en réserve pour des dilatations futures des oi-ganes, ou bien qui dépendent de ce que l'organe ayant été dilaté et étant revenu sur lui-même , la membrane muqueuse s'est trouvée en excès sur la membrane musculaire : telles sont les rides longitudinales de l'œsophage et de la trachée, les rides irrégulières de l'estomac quand il est contracté, les rides réguUères du vagin et du col de l'utérus, etc.

§ 264. La surface libre de la membrane muqueuse présente aussi des enfoncemens ou des déjîressious de divers genres et des saillies papillaires et villcuses. Mais ces divers objets, quoique très-généralement répandus dans la membrane, n'existent pourtant pas, ou du moins ne sont pas, à beaucoup près, également apparens dans tous les points de son étendue. On trouve à la surface de la membrane des enfoncemens infundibuliformes , cellulaires ou alvéolaires; ils existent au maximum de leur développement dans le bonnet, second estomac des rumirians , que pour cette raison on appelle le réseau ; ils existent aussi , mais beaucoup plus petits et microscopiques , dans une grande partie des voies ahmentaires, et surtout dans l'œsophage, l'estomac et le gros intestin de l'homme, oîi ils ont été aperçus et indiqués par Fordyce , Hewson , décrits et figurés par M. Ev. Home.

S 265. Les follicules ou les cryptes' ne diffèrent de ces enfoncemens alvéolaires , que parce qu'ils ont un orifice très-étroit , un goulot ou émissaire plus ou taoins prolongé et un fond renflé en ampoule, et logé dans le tissu sous-muqueux où ils font saillie. Ils sont formes par la membrane renversée sur elle-même, et renforcée à l'extérieur

tPcyer, de Glandulis inteslinalium. yîmstel. 1681. — i, C. Biunncr, de Glandidis duodeni. Franco/, 17 15.

DE LA MEMBRANE MUQUEUSE. 121

par du tissu cellulaire dense et pourvu de beaucoup de petits, vaisseaux. Ils sont très-généralement répandus, cependant leur nombre varie suivant les parties; ils sont très-petits, en général, mais leur volume varie aussi beaucoup. Les uns sont simples et discrets ; d'autres ~ aboutissent dans un canal commun dont ils sont comme des rameaux ; d'autres aboutissent dans un orifice commun et dilaté appelé lacune : tel est le trou de la base de la langue, telles sont les lacunes de l'urètre, du rectum , etc. 5 d'autres sont agrégés ou agminés , comme la caroncule lacrymale, la glande arythéno'ide, les glandes agminées de l'iléum, etc. 5 d'autres enfin sont composés et pourvus de lacunes multiples ou de conduits ramifiés, et ressemblent beaucoup aux glandes ; tels sont les tonsilles , les glandes molaires , la prostate , les glandes de Cowper, etc.

§ 266. Les petites érainences appelées papilles et villosités que l'on aperçoit à la surface libre de la membrane muqueuse jDaraissent avoir pour but, comme les enfoncemens dont il vient d'être question, et avec lesquels ils sont en rapport inverse de nombre , de multiplier la • surface; mais aussi dans l'une comme dans l'autre de ces dispositions, la texture et les fonctions de la membrane sont notablement modifiées. Ces émiuences , appelées villosités par suite de la comparaison faite par Fallope , de la membrane interne des intestins avec le velours , et papilles à cause de la ressemblance qu'on a cru leur trouver avec un bouton ou mamelon , ne diffèrent pas essentiellement entre elles ; les unes et les autres sont des saillies de la membrane plus ou moins fines, et la plupart à peine visibles à* l'œil nu.

Les plus volumineuses parmi ces éminences sont appelées papilles ; telles sont celles qui remplissent la cavité des dents , et qu'on nomme communément leur pulpe; telles sont celles, plus petites , qui héris- . sent la surface de la langue dans ses deux tiers antérieurs, celles plus petites encore que l'on aperçoit au gland du pénis et du clitoris, etc. Ces. éminences appartiennent au corium de la membrane muqueuse , pourvue dans ces endroits d'une très -grande quantité de filets nerveux, et de ramuscules -de vaisseaux sanguins, parmi lesquels les veinules offrent une disposition érectile. Dans les parties pourvues de papilles , la membrane muqueuse est garnie d'un épitlerme distinct que l'on appelle épithélium , par la raison même qù'il recouvre les papilles.

§ 267. Les villosités dont l'existence est très-générale , mais qui ne sont nulle part plus nombreuses, plus grandes, plus apparentes que dans la moitié pylorique de l'estomac, dans l'intestin grêle et surtout encore dans le commencement de cet intestin, sont des emmenées plus fines encore que les papilles.

Ces villosités , que l'on peut à juste titre appeler les radicules des animaux, sont de petits prolongemens foliacés de la membrane inr.T°''' '^^g^^ti^^S' dont la forme et la longueur varient Clans les diûerentes parties de ce canal , et que l'on peut en général comparer aux plis ti-ansverses ou valvules conniventes des intestins , a la dilterence près du volume. Les villosités ' aperçues par Fallope '

T 'IY'aIÏv'^^ ^"/••es Ilelvctius, Mcm. de l'Acad. des Se. Paris, 1721 \' L'ebcrkuhn et act. KiUos. Intest. hom. Luad. Bat iUT'^

•> . C. A. Rndolph,, m lietU ArcJd.. der phjsiol. ly, et JnaJphysiJï.

par Azelh, décrites et représentées par Helvétius, Lieberkiihn Hedwig , Rudolphi , Meckel , Buerger, et plusieurs autres anatomistes , existent surtout dans l'intestin grêle ; on les trouve moins longues et moins nombreuses dans l'estomac et dans le gros intestin. Pour les bien apercevoir il faut prendre une partie de l'intestin non encore altérée par la putréfaction , l'ouvrir avec précaution , l'humecter de quelques gouttelettes d'eau, jusqu'à ce que la surface en soit entièrement couverte , et l'examiner avec une lentille qui en augmente d environ quarante fois le diamètre. '

^ 268. Je me suis aussi servi avec beaucoup d'avantage, pour faire cette observation et d'autres analogues, d'un petit appareil composé d'une sphère en verre de glace d'un petit diamètre, ouverte dans un quart de sa surface , et d'un opercule un peu plus grand que l'ouverture, et couvert d'une couche mince de cire. On fixe la partie que l'on veut observer, sur la cire avec de petites épingles,on la plonge dans 4e l'eau, ainsi que la sphère ouverte, que l'on remplit de ce liquide, et qu'on appuie ensuite sur l'opercule. On retire l'appareil, et l'on a alors la pièce que l'on veut examiner re- ' couverte d'une petite masse d'eau lenticulaire qui en augmente le diamètre.

§ 26g. Examinées par l'un ou l'autre de ces deux procédés , les villosités ne paraissent ni coniques , ni cylindriques , ni canaliformes , ni renflées au sommet , comme plusieurs auteurs les ont décrites ; mais bien plutôt sous la forme de folioles , de laminules , dont le nombre est tel , qu'elles oftVent l'image d'un gazon abondant et touffu. Ces folioles, diversement plcrjées, et vues par conséquent sous des aspects divers, paraissent de forme variable. Leur forme, d'ailleurs, n'est pas partout la même; celles de la moitié pylorique de l'estomac et du duodénum , plus larges que longues , constituent de petites lames; celles du jéjunum, longues et étroites, méritent mieux le nom de villosités , et vers la fin de l'iléum elles redeviennent des lamines, ainsi que dans le colon, où elles sont à peine saillantes. Les villosités sont demi-diaphanes , leur surface est lisse, et l'on n'aperçoit, ni à leur surface les ouvertures que l'on y a admises sans s'accorder jamais sur leur nombre , ni dans leur épaisseur l'ampoule cellulaire , ou la texture vasculaire que l'on y a décrite ; mais seulement dans leur substance gélatiniforrae on aperçoit des globules microscopiques disposés en séries linéaires, et à leur base, des ramuscules de vaisseaux sanguins et lymphatiques, d'unei excessive ténviité.

§ 270. La texture et la composition anatomique de la membrane muqueuse présente beaucoup de variétés ou de différences , suivant les endroits. La disposition foliée ne peut être démontrée dans toutes les parties de la membrane, et existe, au contraii*e, manifestement dans quelques poirfts.

Dans la plus grande partie de son étendue, la membrane consiste uniquement en un tissu spongieux , plus ou moins mou , et dont l'épaisseur varie beaucoup. 11 faut remarquer, à cet égard , que dans le fœtus très- jeune , et dans les animaux inférieurs dans la

ahkandl. Berol. 1802. — J- F. Meckel in Deutsches Archii'.fur die physiol. III. — et H. Buerger, Examen microsc. Villos Intestin, cuni icombus. Jltilœ. a8i9, 80.

DE LA MEMDBANE MUQUEUSE. 123

série, la peau externe elle-même présente ce caractère de simplicité. Ouant à l'épaisseur, elle ofï're une diminution successive depuis les gencives, le palais , les fosses nasales, l'estomac, les intestins grêles et gros, la vessie biliaire et la vessie urinaire jusqu'aux sinus et aux divisions des conduits excréteurs , oîi sa ténuité devient extrême. C'est diins cette partie essentielle de^la membrane et à sa surface que se ramifient les dernières divisions des vaisseaux, c'est de -sa surface libre que s'élèvent les villosités.

§271. On y trouve peu de traces d'une couche distincte de cprps muqueux , à moins qu'on ne regarde comme telle la couche de liquide coagulable qui sépare les papilles de la langue de l'épiderme , qu'on ne considère comme y appartenant la surface gélatiuiforme des villosités , qu'on n'admette comme des preuves de son existence les éphélides pu taches diversement colorées qu'on trouve quelquefois dans les tégumens du gland et de la vulve, ainsi que les productions cornées accidentelles impaifaites qu'on observe plus souvent encore dans les mêmes parties sous forme de végétations, et qu'on nomme poireaux.

L'existence de l'épiderme est beaucoup plus manifeste , sans pourtant être générale.

§ 272. L'épiderme ou l'épithélium est très-appareût aux orifices des cavités muqueuses ; il l'est moins dans les parties profondes de ces cavités, et finit par n'y être plus apparent. Y existe-t-il cependant? Haller et autres ont pensé qu'il en était ainsi, et que les excrétions accidentelles mémbraniformes en sont une preuve. Tous les pathologistes savent aujourd'hui que de pareilles excrétions sont ordinairement des résultats de l'inflammation couenneuse ou plastique , et quelquefois des escharres. On a voulu tirer la même conclusion du fait des anus contre nature avec renversement de l'intestin , dans lesquels l'épiderme devient très-apparent ; rnais celfi prouve seulement que lâ surface fibre de la membrane muqueuse est couverte d'une substance qui a beaucoup d'analogie avec l'épiderme, et qui est très-disposée à subir cette transformation. En s'en rapportant à ce que l'observation apprend , et en faisant usage de la dissection, de la décoction et de la putréfaction, pour séparer l'épithélium , on le trouve très-distinct jusque dans l'œsophage , et finissant^ brusquement à la réunion de ce canal et de l'estomac, et de même très-distinct dans le vagin, et cessant tout à coup sur les lèvres dç l'orifice de l'utérus; intei'ruptions aperçues depuis long-temps, et données mal à propos, par quelques modernes, comme des preuves de l'interruption de la membrane muqueuse elle-même. Dans d'autres parties, comme les fosses nasales et l'extrémité inférieure du canal alimentaire , la diminution d'apparence de l'épithélium est graduelle , insensible , et il est impossible d'en assjgner exactement les limites. Dans les endroits où il est distinct, il s enfonce en s'amincissant dans les foUicules , et y disparaît. Dans les endroits dépourvus d'un épithélium distinct, la surface libre de la membrane est enduite d'un vernis muqueux , que dès le temps de Vésale , et même de Rhazès , on comparait à la couverte ou à letamage des vases, et dont Glisson a fait remarquer, du moins quant aux fonctions , l'analogie avec l'épiderme.

$ 273. Le- tissu cellulaire qui forme le corium de la membrane

ANATOMIE GENEKALE.

jnuqueuse n'a point , comme le tissu du derme cutané , une disposition régulièrement aréolaire; il est plutôt spongieux ou fongueux. l.es vaisseaux sanguins et lymphatiques y sont abondans. Ses nerfs proviennent , en général , du nerf grand sympathique et du pneumogastrique. A toutes les ouvertures naturelles, la membrane muqueuse a des nerfs provenant de la moelle.

§ 274. La couleur de la membrane muqueuse varie depuis le blanc jusqu'au rouge, et, outre les nuances intermédiaires, elle présente encore quelques autres variétés de coloration. Cette couleur est , pour la plus grande partie au moins , due au sang qui circule dans son épaisseur, car l'asphyxie et la syncope colorent en brun ou décolorent à l'instant les parties de cette membrane qui sont visibles par leur situation. Sa consistance est, en général, mollasse et comme fongueuse. Son épaisseur varie beaucoup , sa ténacité est médiocre. La membrane muqueuse s'altère promptement par la putréfaction , et le tissu sous-muqueux plus vite encore , car elle se détache alors très-facilement. On ne sait pas si elle est susceptible de former du cuir par l'action du tannin.

§ 2^5. Elle a une force de formation très-développée ; quand elle a été détruite, elle se reproduit promptement et avec tous les caractères du tissu naturel. Elle est un peu irritable, et jouit de la contractilité tonique à un degré plus marqué que le lissu cellulaire. Sa sensibilité est obscure et vague dans la plus grande partie de son étendue. Enflammée même elle ne donne pas lieu, en général, à des douleurs vives. Elle est très-sensible aux orifices naturels; et à l'entrée des voies alimentaires et respiratoires., elle est le siège d'une sensibilité spéciale.

§ 276. Ses actions organiques ou fonctions sont : 1°. L'absorption, qui est très-active , générale, et dont les viltosités sont les agens les plus actifs , mais non les seuls ;

2°. La sécrétion, qui est perspiratoire et folliculaire, et dont les produits, assez divers suivant les parties, sont pourtant, en général , connus sous le nom de mucosités ;

3°. Des mouvemens de contraction tonique, renforcés dans beaucoup d'endroits par l'action du tissu élastique , et même par l'action des fibres musculaires dont cette membrane est doublée dans beaucoup de points;

4°. Des sensations , plus ou moins distinctes ou obscures , générales ou spéciales, et des sentimens de besoin ou des appétits.

§ 277. Les mucosités ou les humeurs muqueuses que l'on trouve à la surface du tégument interne sont, pour la plus grande et la principale partie , composées de mucus. Le mucus animal ' , trèsanalogue au mucilage végétal, mais contenant de plus que lui de l'azote , est un des principes immédiats des animaux. Il se trouve , soit à l'intérieur ,fdans le produit de la sécrétion muqueuse , soit à l'extérieur, dans l'épiderme, les poils et les parties cornées, dont il cons-

Page 1