‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 17 sur 73 · DE LA PEAU EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE LA PEAU EN GENERAL

énais dans la race nègre que dans les autres races , et son épaisseur Z Huis celle-ci en raison directe de sa coloration; aussi est-il tel-

que dans les nègres, les épispastiqaes produisent très-difficilement

cet eflet. i n j

La matière colorante de la peau est tres-analogue a celle du sang ; elle paraît être sécrétée de cette humeur, et passer des vaisseaux de la surface du derme dans le corps muqueux, où elle est dans une sorte d'imbibition. Divers phénomènes morbides portent à croire qu'elle y est sans cesse renouvelée par une déposition et une résorption continuelles. Beddoes et Fourcroy ont expérimenté que la peau du nègre, plongée dans l'eau imprégnée de vapeur de chlore^ devient blanche, et reprend en très-peu de jours sa couleur noire dans toute son intensité. Les observations chimiques de Davy, de Coh et autres , ont démontré ce que M. Blumenbach avait avancé depuis long-temps, que le pigment de la peau est principalement formé

de carbone. ^ ^

L'usage du pigment, dans les races colorées, parait être de défendre la peau contre l'effet rubéfiant des rayons du soleil , qu'on appelle communément coup de soleil'.

§ 3o4. L'épiderme ou sur-peau, epidermis, cuticula", est une couche de la peau distincte quoique mince, qui forme à sa surface une sorte de vernis sec et défensif. La surface libre ou superficielle dé cette membrane, qui est en niême temps celle de la peau, présente, on l'a déjà vu plus haut § 292, des petites rides, et des éminences diversement disposées et très-visibles à l'oeil nu. De plus, si l'on examine cette surface avec un instrument grossissant , et même avec une simple loupe , les endroits de l'épiderme compris entre les petites rides , et qui , à l'oeil nu , semblaient tout-à^fait unis, paraissent alors très-inégaux, rugueux, et présentent de petits enfoncemens qui oht d'autant plus l'apparence de pores , que l'on en voit suinter la sueur. »

La face profonde de l'épiderme est adhérente et ne peut être séparée du reste de la peavi par la dissection , mais la putréfaction , la macération , l'action de la chaleur sèche et humide , les épispastiques, et diverses maladies déterminent cette séparation. Quand elle est déterminée par un commencement de putréfaction , procédé préférable à tous les autres, on aperçoit, en soulevant avec précaution' l'épiderme , une foule de filamens très-fins , transparens , incolores , qui se rompent après s'être alongés jusqu'à un certain degré. Ces filamens, très-bien décrits et représentés par W. Hunter, qui les regardait comme les vaisseaux de la sueur, avaient été déjà

'Voyez PhiLosophical transactions, ann. 1821. I. On tlie black rete mucosum, etc. 67- sir Ev. Home.

'H. Fabricio, de tolins animalis integumentis, ac primo de ciUiculd,et iis cjuœ supva cuticulam suni, in npcr. omn. — Luclwig, de ch<icu/c/, Lipsix, 1789. — Meckel, loc. cit. et Nouvelles Observations sur l'épiderme. Mem. de Kncad. l oy. des se. de Berlin, ann. 1757. — Monro sen., de cuticuld liumand omtio, m Works. Edimb. 1781. — ;!. Th. Klinkosch et Hermann, 'de vcrd naturà cuti', culœ, ejusque regcneratione. Vragx, 1775. — B. Mojon, Sull' epidcrmide, etc. Genua, i8i.5.

ï36 ANATOMIE GÉ\ÉrALE.

notés pai- Kaau , qui avait la même opinion. Bichat et M. Cliaussief les regardent aussi comme des vaisseaux eiihalaus et absorbans. Mais on n'est pas encore paj'venu à les injecter, et rinOainmation qui rend la peau si vasculaire, ne les colore pas sensiblement. D'un autre côté, Cruiksbank pense que ce ne sont pas des vaisseaux, mais des prolongemens excessivement fins de l'épiderme qui tapissent les plus petits pores du derme. Seiler semble adopter cette hypothèse, et suivant lui ce sont d^!s rudimens de follicules sébacés 'et de bulbes de poils. Cependant il n'est pas certain que ces prolongemens existent lorsque l'épiderme adhère au derme, et l'on pourrait les considérer comme des tractus muqueux formés par la substance intermédiaire au derme et à l'épiderme^ rendue fluide et visqueuse par un commencement de décomposition.

L'épiderme pénètre en s'amincissant dans les follicules sébacés. Il pénètre aussi, et se comporte de la même manière, dans les ouvertures des . bulbes des poils.

§ 3o5. On a dit que l'épiderme était composé d'écaillés imbriquées ; mais c'est une apparence trompeuse : il consiste en une membrane plane ét continue. Nunberger a admis qu'il était pourvu de vaisseaux , et qu'il se nourrissait par intus-susception. Mojon y suppose, comme Klinkosch , des fibres, des lames, des vaisseaux , et toutes les propriétés de l'organisation et de la vie. Mascagni le regarde comme étant entièrement formé de vaisseaux absorbans. Fontana avait déjà cru y voir des vaisseaux contournés , mais M. de Ilumboldt a vu que ces prétendus vaisseaux n'étaient que des plis. L'observation la plus attentive et les opérations anatomiques les plus délicates ne font apercevoir dans l'épiderme qu'une couche homogène dont la sui'face adhérente se confond insensiblement avec le corps muqueux, et qui est dépourvue de tissu cellulaire, de vaisseaux et de nerfs.

§ 3o6. L'épaisseur de l'épiderme est peu considérable , elle égale à peine la cinquième ou la sixième- partie de celle de la peau. A la paume des mains et à la plante des pieds , il est plus épais que partout ailleurs. Dans ces endroits, surtout chez les personnes qui se livrent à des travaux mécaniques ou qui marchent beaucoup , il paraît foiwé de plusieurs couches. M. Heusinger ' considère cette partie de l'épiderme comme une variété du tissu corné , et l'a décrite sous le nom de tissu calleux. L'épiderme est moins élastique que le coi'ium , très-flexible , et facile à déchirer. Il est transparent, et d'une couleur légèrement grisâtre. Dans les races colorées, il participe à la couleur de la peau , mais il, est moins foncé que le corps muqueux. La transparence de l'épiderme n'est pas la même partout; quand on le regarde contre le jour, on y aperçoit des points [Àus transparens qu'on a pris pour des porosités.

§ 307. On sait que Leuwenhoeck avait cru les apercevoir, et qu'il en a donné des figures. Beaucoup les ont admis d'après cela ou en se fondant sur des considérations physiologiques. Mais ni les observations de Meckel et de Cruiksbank, ni celles de M. de Humboldt , faites avec des instrumens grossissans, de beaucoup supérieurs a ceux de Leuwenhoeck; ni celles de Seiler, faites sur l'épideriue, détaché avec un rasoir, du corps d'un animal en sueur; m les

i System der histologia, von Heusinger. Eisenach, 1822. 40.

DE LA l'EAU EN GÉnÉKAL.

«lienncs, faites en chargeant un lambeau d'épidermc d'une colonne (le mercure du poids d'euvii-on une atmosplière, n'ont pu faire découvrir ces porosités. De plus, l'observation apprend que J'ëpiderrae empêche ou modère beaucoup l'évaporation dans le cadavre, et que les endroits de la peau qui en sont dépouillés se dessèchent, ainsi que les parties sous- jacentes , avec une très-grande promptitude. Cependant l'épiderme laisse passer les matières que la peau absorbe pendant la vie, et certainement celles qu'elle excrète. Mais, ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est que dans les observations dont il vient d'être question on ne puisse pas même apercevoir les ouvertures de l'épiderme qui donnaient passage aux poils, celles qui répondaient aux follicules sébacés, ni même celles que l'on y aurait pratiquées avec une aiguille fine. On sait que la même chose arrive à la gomme élastique. Le papier à filtrer ne présente pas non plus de pores visibles au microscope quand il est mouillé , jnais quand il est sec on en voit aisément.

§ 3o8. L'absorption et la perspiration cutanées ne pouvant dépendre des propi'iétés physiques de l'épiderme , on a cherché l'exphcation dans ses propriétés chimiques. L'épiderme desséché diminue de volume , et devient plus ferme , plus élastique , et un peu jaunâtre. Macéi'é dans l'eau froide, au contraire, il se gonfle un peu , devient mou , moins élastique , plus blanc et plus opaque. Cette substance cependant s'imbibe très-lentement ; il faut une assez longue immersion des mains et des pieds dans l'eau, pour que l'épiderme ait absorbé assez de liquide pour devenir blanc et opaque , et cependant l'épiderme de ces régions paraît s'imbiber plus aisément que celui des autres parties du corps. C'est à cette difficile perméabilité de l'épiderme qu'il faut attribuer la difficulté avec laquelle le liquide des ampoules s'échappe dans le vivant , et la lenteur avec laquelle la peau des cadavres se dessèche , même dans les atmosphères les plus sèches, pourvu que l'épiderme soit resté intact. 11 résiste très-long-tèmps à la putréfaction ; on l'a retrouvé intact dans des tombeaux au bout de plus de cinquante ans. L'eau bouillante rend l'épiderme blanc , opaque , et le prive d'élasticité bien plus vite que l'eau froide. L'ébulhtion prolongée lui enlève un peu de gélatine qui paraît fournie par la face adhérente 5 le résidu ne diffère pas sensiblement de l'épiderme entier. Exposé au feu nu il brûle comme une lame de corne , et en répandant une odeur semblable. Les alcalis fixes purs le dissolvent complètement en une substance saponacée. L'acide nitrique le jaunit presque immédiatement, l'épaissit, le ramolht, le rend opa"^ue au bout d'environ un quart d'heure, et en vingt-quatre heures le réduit en une pulpe jaune. Si an applique de l'ammoniaque sur l'épiderme jauni par l'acide nitrique, il passe à la couleur orange foncé. Or, Hatchett a constaté que les mêmes eltets àvaient heu sur l'albumine coagulée. L'épiderme paraît consister en une couche de mucus albumineux coagulé et desséché.

§ 309. L'épiderme n'est ni irritable ni sensible , il est de toutes les parties du corps celle qui est douée de la force de formation la plus active; il résulte delà concrétion d'un fluide exsudé à la surface de la peau, continuellement renouvelé , jamais résorbé , mais détruit a 1 exteneur, à mesure qu'il est produit à la face interne. '

% 3 10. De nombreuses hypothèses ont été émises sur la forma- \ - '18

ANATOMIE gÉnÉkALE.

lion de l'épiclerme ; la plus ancienne est celle qui consiste à le regarder comme le dessèchement d'un fluide Ibui ni par la surface dn derme. D'autres, avec Leuwenhoeck, n'ont vu en lui qu'une expansion des vaisseaux de la peau. D'autres, comme Ruysch, le Taisaient provenir de l'expansion et du dessèchement des papilles. Heister attribuait sa formation à la réunion de ces deux causes • Morgagni, à la callification ou à l'endurcissement de la surface de la peau par la pression de l'eau de l'amnios d'abord, puis de celle •de l'atmosphère; et Garangeot, à l'endurcissement du réseau muqueux. Toutes ces opinions, surtout la première et la dernière, contiennent quelque chose de vrai. 11 résulte en effet d'une exsudation ou excrétion du derme. C'est la surface endurcie du corps ■muqueux; de sorte que depuis le derme jusqu'à la surface libre de l'épiderme , il y a une dégradation successive d'organisation et de vitalité, qui fait de répidei:me une espèce de vei-nis , ne participant à l'organisation et à la vie que par son origine , ce qui le rend •très-propre à supporter l'action des corps extérieurs, et à protéger les vaisseaux, les nerfs, et les autres parties de la peau.

§ 3 1 1 . La peau formée par le derme , les vaisseaux et les nerfs qui se distribuent dans son épaisseur, et surtout à sa face superfî- -cielle; par l'épiderme dont il vient d'être question , et par le corps muqueux intermédiaire, offrant ainsi une dégradation d'organisation et de vitalité depuis le derme jusqu'à l'épiderme , participe aux propriétés physiques, chimiques et vitales de ces diverses parties. Il en est ainsi de ses fonctions ou actions organiques.

§ 3t2. La peau, à raison de l'épiderme sec et peu perméable qui en fait partie , n'est point aussi bien disposée que la membrane muqueuse, pour l'absorption et la sécrétion.

La peau, étant munie de son épiderme , dans l'état d'intégrité, l'absorption cutanée ou l'absorption cuticulaire , comme on l'appelle aussi, est en effet encore un suje^ de doute et de discussion pour Içs physiologistes. Pour décider cette question entre Séguin , Currie , Rlapp , Rousseau, Dangei^field, Chapman, Gordon et M. Magen- •die, etc., dont les observations et les expériences tendent à faire rejeter l'absorption cutanée, et Keil , Haller, Percival , Home, Cruikshank, Watson, Ford, Abernethey, Bichat, Duncan, Kellie, Bradner-Stuart , Sewal , etc. , et surtout M. Young , dont les expériences et les observations sont favorables à cette absorption ; il faut faire abstraction des cas dans lesquels l'absorption a pu avoir lieu par la respiration aussi bien que par la peau, et ils sont nombreux ; de ceux dans lesquels l'épiderme a pu être amolli , altéré ou lésé par des applications prolongées à sa surface ou par des frottemens répétés : circonstances dans lesquelles l'absorption n'est plus cuticulaire , mais bien du même genre que celle qui a lieu par la membrane muqueuse, ou par l'inoculation, dont la matière est pointée à travers une division de l'épiderme dans le corps muqueux et jusque dans le derme, parties éminemment absorbantes. Cela fait, il reste un petit nombre de faits qui montrent que quelquefois certaines substances sont absorbées par la peau à travers l'épiderme , dans son état d'intégrité , mais que cette membrane est véritablement un obstacle très-souvent efficace à l'action absorbante du tégument externe. § 3i3. La peau est; aussi un organe de sécrétion et d'excrétion.

DE LA PEAU EN gÉnÉbAL. * ^9

Deux genres de sécrélion extrinsèque bien connus ont lieu clans cettemembrane, la perspiration cutanée et la sécrétion folliculaire sébacée. La perspiration est tantôt vaporeuse et insensible, et tantôt, liquide et visible ; dans ce dernier cas , c'est la sueur. Cette sécrétion est continuelle, et probablement essentiellement la môme dans les deux cas; mais, dans le premier, elle est insensible h cause de sa vaporisation. La sécrétion a lieu dans la peau , mais on ignore par quels vaisseaux ; quant aux voies par lesquelles elle traverse le corps muqueux et l'épiderme , elles sont tout-à-fait inconnues. On peut admettre avec quelque vraisemblance que c'est dans le foud des incisui'es et des enfoncemens microscopiques de l'épiderme , endroit où il est le moins sec , que se fait spécialement l'excrétion perspiratoire. La quantité de cette matière sécrétée est très-grande, mais difficile à déterminer. Sanctorius , dont les expériences sont si célèbres, avait reconnu qu'il perdait les cinq huitièmes de la totalité de ses aliment par la perspiration, et les trois huitièmes par les autres voies excrétoires; mais il ne distinguait pas les perspirations pulmonaire et cutanée. Parmi ceux qui ont répété ses expériences , Lavoisier et M. Séguin ont fait cette distinction. Ils ont trouvé que la perspiration cutanée est à la perspiration pulmonaire , tei'me moyen , comme onze est à sept. Cruikshank a essayé d'en déterminer la naliu'e , et a trouvé qu'elle avait toutes les propriétés de l'eau contenant de l'acide carbonique et une matière animale odorante.

Quand la matière de la perspiration se rassemble sous forme de sueur, on la voit apparaître à la surface de la peau en gouttelettes sur' lesquelles Leuwenhoeck a fait des observations intéressantes. La sueur de l'homme dans l'état de santé est toujours acide , salée et odorante. Elle est formée , suivant M. Thénard , de beaucoup d'eau , d'une petite quantité d'acide acétique , d'hydrochlorate de soude, et peut-être de potasse, de très-peu de phosphate teri'eux , d'une atome d'oxide de fer, et d'une quantité inappréciable de matière animale. M. BerzéHus la regarde comme de l'eau tenant ei\ dissolution des hydrochlorates de potasse et de soude , de l'acide lactique, du lactate de soude, et un peu de matière animale.

La perspiration cutanée, soit sensible, soit insensible, doit être considérée comme une des excrétions les plus importantes de l'or-ganisme. En outre, elle est un puissant moyen de refroidissement et de résistance contre une température extérieure trop élevée. Cette fonction présente de nombreuses variétés suivant l'âge , le sexe , les individus , les circonstances extérieures, l'état des autres fonctions, l'action des substances ingérées ou appliquées^, les maladies, etc. Elle exerce elle-même une très-grande inllueuce sur les autres fonctions.

§ 3 14. On a admis qu'il se fait par la peau des absorptions et des sécrétions gazeuses analogues à celles du poumon , et constituant une sorte de respiration cutanée. Ainsi Spallanzani aurait vu dans les mollusques, M. Edwards dans , les reptiles, et Jurine dans 1 homme même, la peau absorber de l'oxygène. Suivant divers physiciens et physiologistes , des gaz seraient aussi excrétés par la peau ; mais des objections et des expériences peuvent être opposées à ces assertions ; on peut de même opposer les expériences de Priesllcy a celles de Cruikshank, du docteur Makensie et de M. EUis, qui sem-

hlent favorables à une excrëlion cutanée de carbone qui se combinerait avec l'oxygène de l'almosphère pour former de l'acide carbonique. Il est du moins certain que, si dans l'homme dont l'épiderme est sec et dont la respiration pulmonaiie est très-étendue, l'air exerce une action vivifiante sur le sang qui circule dans la peau, cette action ne peut aucunement suppléer celle du poumon.

§ 3i5. La peau excrète une matière huileuse ' que Cruikshank est parvenu à obtenir sous forme de larmes noires à la surface d'un gilet de laine tricoté qu'il avait porlé nuit et jour pendant un mois, dans le temps le plus chaud de l'été. Cette matière frottée sur du papier s'y comporte comme de la graisse ; elle brûle avec une flamme blanche, et laisse un résidu charbonneux. 11 est incertain si cette huile, que l'on a dit être de la graisse sous-cutanée transsudant à tra vers la peau, est fournie par les mêmes voies que la précédente ou que la suivante.

§ 3i6. Les follicules cutanés sécrètent une matière sébacée. Cette matière est épaisse , non glutineuse , sans apparence fibreuse quand elle est endurcie ; elle forme en se suspendant dans l'eau par la tinturation une sorte d'émulsion , mais ne s'y dissout point. Elle ne fond point au feu, elle brûle en laissant beaucoup de charbon. Elle contient , surtout le cérumen , une proportion d'huile qu'on peut en séparer par le papier absorbant. Cette matière se forme dans les follicules sébacés, d'oîi on peut la faire soi'tir par la presT sion sous forme de vermisseaux , et d'oii elle sourde d'elle-même pour oindre la peau aux environs, et la garantir surtout de l'action de l'eau et des humeurs excrémentitielles.

Ce sont ces trois matières réunies qui constituent l'excrétion cutanée, excrétion très-abondante, dont une partie est continuellement vaporisée, et dont les parties le? plus fixes enduisent la peau, et s'en détachent ensuite sous fornie de crasse. 11 faut joindre à ces excrétions celle de l'épiderme qui, sans cesse usé à sa face superficielle , est sans cesse reproduit à sa face opposée.

§ 317. La peau est un organe de sensation. Elle est, plus encore que l'autre membrane tégumentaire , l'organe du tact général et passif qui nous fait apercevoir la présence des corps , leur température, etc. ; de plus , et surtovit dans certains endroits , pourvus de beaucoup de nerfs et de vaisseaux , et bien disposés pour s'adapter à la forme des corps , elle est un organe de toucher spécial et actif, ou de palpation. Le tact et le toucher sont d'autant plus délicats que les papilles sont plus développées et moins couvertes.

§ 3 18. La peau enfin est un organe défensif, peu efTicace chez l'homme , mais beaucoup dans certains animaux , où le corps muqueux est le siège d'incrustations calcaires et cornées. Il est évident que cet organe , dont les fonctions sont si multiples , de même que sa texture est si complexe , ne peut avoir une de ses parties, ou l'une de ses fonctions très-développée qu'aux dépens des autres; aussi plus le corps muqueux et l'épiderme sont épais et protecteurs, et plus le tact est émoussé. ,

§ 319. L'embryon, jusque vers le milieu du deuxième mois , n a point encore de peau distincte. Vers cette époque, suivant Auten-

1 Ludwig et Grutzmachcr, de Ihimore cutem iniingcnte. Lipsia;, 1748-

DE LA PEAU EN GENtBAL. '4*

rieth, l'épidcrme commence à paraître. Jusqu'à mi-terme, la peau reste 'mince, incolore et transparente : elle devient ensuite rosée jusqu'à huit mois environ; à cette époque, elle pâlit, excepté dans les plis. Vers quatre mois et demi de la grossesse, on commence à apercevoir les follicule^ sébacés , d'abord à la tête , puis dans les autres parties du corps : à Sept mois , commence à se montrer l'enduit sébacé, ou caséifornie de la peau; à la naissance, la peau en est couverte et est d'un blanc rosé; après la naissance, la peau acquiert bientôt la couleur propre à la race , et augmente en épaisseur et en force jusqu'à l'âge adulte; dans la vieillesse, elle se dessèche, se ride et perd peu à peu sa couleur.

La peau est plus mince , plus fine , plus molle dans le sexe féminin; mais ces caractères disparaissent quelquefois après l'âge de la fécondité.

§ 320. Les différences que la peau présente dans les races ont été déjà indiquées ( §§ I Î2-I i6 ). Les individus des races colorées, et même les nègres, naissent à "peu près de la même couleur que les blancs. La couleur commence à se manifester dès que l'enfant respire, mais surtout vers le troisième jour après la naissance, autour des ongles, des mamelons, des yeux, de l'anus et des organes de la copulation; le septième jovir, la coloration est étendue partout, excepté aux régions palmaire et plantaire, qui restent blanchâtres. Pendant la première année , la couleur est peu intense ; elle augmente ensuite , et persiste pendant la plus grande partie de la vie pour diminuer dans la vieillesse. L'odeur de la peau varie dans les races comme sa couleur. Outre les variétés nationales , on en trouve de très-nombreuses dans les individus.

§ 321. Les altérations morbides de la peau sont extrêmement nombreuses. Il a déjà été question des cicatrices ou dés repi'oductions accidentelles de cette membrane ( § 258 ). Le tissu nouveau est analogue, mais non identique à l'ancien. Le derme y est plus dense, moins aréolaire , plus compacte , moins vasculaire , moins papillaire que celui de la peavi. L'épiderme y existe manifestement; c'est à tort qu'on l'a nié tout récemment encore. Le corps muqueux y existe aussi, de même que sa couche colorée, et c'est à tort que Camper a prétendu que les cicatrices des nègres étaient blanches; seulement la nuance y est un peu différente. 11 se forme quelquefois des productions cornées sur les cicatrices; ces tégumens accidentels sont très-ulcérables.

On trouve aussi quelquefois de la peau accidentelle dans des kystes des ovaires, ce sont probablement des productions imparfaites de fœtus, soit engendrés, soit enveloppés dans l'état fœtal, par l'individu qui les contient.

§ 322. La peau présente quelquefois des vices de conformation primitifs, soit par défaut, ce qui constitue dans le fœtus des divisions ou des dénudations; soit par excès, et alors il y a des plis ou des poches plus ou moins étendus. Elle présente aussi des vices de conform-ation acquis ; sa distension portée très - loin , comme dans la grossesse, par exemple, écarte, éraille les fibres du derme, et produit des vcrgetures d'abord brunes ou noirâtres après l'accouchement, et qui ensuite deviennent et restent plus blanches que le reste de la peau, et luisantes. La distension plus modérée et plus

AKAÏOMIE gÉnLRALE.

prolongée fait perdre h. la peaû son élasticité ou sa^rélraclilité , ef laisse, quand elle vient à cesser, des ritles plus ou moins marquées.

§ 323. La peau est le siège fréquent de congestions, de flux, d'inflammations aiguës et chroniques, dont les elléts très-variés, soit sur la texture de la membrane, soit sur sa couleur, soit sur les produits de sa sécrétion , ont donné lieu à l'établissement d'une cinquantaine de genres , et de plus de cent espèces de maladies de la peau consistant en des boutons , des écailles , des éruptions , des ampoules, des pustules, des vésicules, des tubercules , "des taches, etc., sur lesquelles on consultex-a avec fruit les ouvrages de Plenck, de M. Alibei-t, de Willan et de Bateman.

§ 324. La rétention de la matière sébacée et son accumulation dans les follicules , donne lieu à la formation de tumeurs qu'on nomme ta/mes, quand elles sont petites , et que l'on confond , quand elles sont grosses, sous les noms de loupes, ou de mélicéris, à'atheromes et de stéatomes , avec les tuineurs enkystées. Quand la tumeur est petite, et que l'orifice du follicule n'est pas oblitéré, on peut en faire sortir par pression la matière sébacée sous forme de ver , apparence qui a induit en erreur quelques observateurs peu attentifs et amis du merveilleux. Quand, au contraire, la tumeur s'est beaucoup accrue et est devenue volumineuse, sous la peau , et que son orifice n'est pas apparent, elle ressemble beaucoup à un kyste; mais en la disséquant avec soin, ou retrouve, dans le point oh elle tient à la peau , des traces de l'orifice ; et si l'on fend , dans ce point, la peau et la tumeur , on suit aisément l'épiderme se réfléchissant de la surface de la première dans la cavité de la seconde. La matière contenue , soit qu'elle ait l'apparence du miel , de la bouilhe ou du suif, ressemble encore assez à la matière des follicules sébacés pour n'être pas méconnaissable.

§ 325. Diverses productions accidentelles, soit analogues, soit morbides , s'observent dans la peau. Cette membrane est quelquefois ■soulevée par une quantité plus ou moins grande, et quelquefois innombrable de tumeurs d'un volume très-variable, et formées par la production accidentelle d'un tissu blanc, fibreux, beavicoup plus compacte que le tissu cellulaire et plus flasque que le tissu ligamenteux, tissu que l'on trouve aussi assez souvent dans les polypes, et surtout dans des tumeurs sous-muqueuses du vagin et de la vulve.

§ 32fi. La couleur de la peau offre diverses altéi'ations. Celle des albinos présente la plus singulière : leur peau est d'un blanc mat ou rosé tout différent de la blancheur des Européens ; leurs poils sont transpareus , blanchâtres ou plutôt incolores ; l'œil a l'iris rose-pale et l'ouverture de la pupille rouge, ce qui dépend de l'absence du pigment de la choroïde et de l'uvée. Les fonctions de la peau , et surtout des yeux , se ressentent de cette altération que l'on a attribuée à l'abscnce du corps muqueux , et qui dépend au moins bien ccrtaincinent de celle de la matière colorante de la peau et de ses dépendances ; c'est à tort que l'on a regardé cela comiiie l'efl"et d'une lèpre , d'ime cachexie ou comme un état de maladie ; c'est une erreur de Blumenbach et de Winterbottora , sufïïsanunent réfutée par les observations de Jefl'erson , qui dit expressément que tous les individus de ce genre qu'il a vus étaient bien conformés, forts et bien porlans. On trouve cette altération dans toutes les races humaines, dans toutes les parties

Page 1