‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 24 sur 73 · DES VAISSEAUX EN GENERAL · texte numérisé non relu

DES VAISSEAUX EN GENERAL

le plus tranchés. Elle existe sous deux formes principales : celle de canal, comme dans les parois des artères; et celle de faisceau, (omnie dans les ligamens jaunes. . , r

Cette fibre est opaque , d'un blanc jaunâtre et mat, sèche, terme, disposée en faisceaux toujours parallèles ou très-peu obliques , jamais entre-croisés , ni réunis par du tissu cellulaire , et très-faciles à séparer. Elle est éminemment élastique : distendue, elle s'alonge sensiblement , et dans quelques parties elle acquiert le double de sa longueur; abandonnée ensuite, elle revient subitement et avec force sur elle même. Sa ténacité dans le corps vivant est moindre que celle du tissu musculaire, et lui est de beaucoup supérieure dans le cadavre. Dans les deux états, elle est beaucoup moindre que celle du tissu ligamentaire , qui , de son côté , est presque ipextensible. Elle est plus tenace dans les faisceaux , et plus fragile , au contraii-e, dans les vaisseaux.

Le tissu élastique contient à peu près la moitié de son poids d'eau ; quand il l'a perdue parla dessiccation , il acquiert une apparence cornée, une couleur jaune foncée, et devient cassant et diaphane, comme de la corne. Plongé en cet état dans l'eau , il l'absorbe avidement, et reprend son poids, son aspect et son élasticité première. Il résiste beaucoup à la macération , et le tissu cellulaire ne devient point alors apparent dans son intérieur. L'action du feu le crispe peu, et il laisse peu de charbon. La décoction le crispe à peine , et lui enlève un peu de gélatine , mais ne le fond jamais , et ne détruit pas son élasticité. Les acides le racornissent peu, et ne le rendent point transparent ; il résiste long-temps à leur action , ou n'en éprouve aucun effet. Les solutions alcalines étendues n'altèrent point sa forme et le dissolvent peu.

La plupart de ces caractères anatoraiques , physiques ou chimiques, sont tout-à-fait opposés à ceux du tissu liganientaii'e , et différens de ceux de la fibre musculaire, avec lesquels on a mal à propos confondu le tissu élastique. Il ressemble cependant , à quelques égards, à la fibre musculaire, et paraît intermédiaire à cette fibre et aux tissus cellulaires et fibreux.

Ses propriétés vitales sont très-obscures, surtout dans les ligamens, et même dans les gros vaisseaux.

Ses fonctions dépendent de son élasticité , qui pai'tout est en antagonisme avec l'action de la pesanteur ou avec l'action musculaire.

§ 362. Les parois des vaisseaux sont elles-mêmes pourvues de vaisseaux sanguins et lymphatiques, vasa vasorum. Les premiers, très-apparens , peuvent être aperçus sur tous les vaisseaux qui n'ont pas moins d'une demi-Hgne de diamètre; mais ils ne peuvent être suivis jusque dans l'épaisseur de la membrane interne. Les vaisseaux lymphatiques ne peuvent être aperçus que sur les gros vaisseaux. Le système vasculaire est aussi pourvu de nerfs ' fovirnis par la moelle et parle grand sympathique, et qui se distribuent dans la partie externe de l'épaisseur de leurs parois.

§ 363. Les vaisseaux dont les troncs, les branches et les rameaux principaux sont logés dans le tissti cellulaire commun , après s'être

' Wrisberg, de Nervis arterias venasque comitanlibus : in sylloe. conim.- Gotliiig. 1800. , y o

' ANATOMIE GKNliBALE.

divisés , pénètrent clans l'épaisseur des organes , s'y ramifient encore jusqu au point d'acquérir un degré de ténuilé qui les dérobe à la vue , et s'y terjuincnt , comme cela sera examiné tout à l'heure ; mais la distribution des vaisseaux dans les organes varie sous plusieurs rapports qu'il faut successivement exposer.

§ 364. Leur origine est plus ou moins éloignée de leur terminaison ,. le trajet qu'ils parcourent est plus ou moins long , par conséquent. En général , les vaisseaux se séparent de leurs troncs à peu de distance des organes auxquels ils sont destinés. Lorsque le contraire a lieu , cela tient à quelque disposition locale : c'est ainsi que les vaisseaux spermatiques ont leur origine très-éloignée des organes où ils se terminent, parce que primitivement les testicules et les ovaires étaient situés près des reins.

§ 365. Le nombre, le volume, et par conséquent la somme des vaisseaux , ainsi que la quantité de liquide qu'ils charient , varient également dans les diveis organes. La plupart des organes reçoivent plusieurs vaisseaux de chaque espèce : tels sont les muscles , les os , l'encéphale, l'estomac, l'intestin, l'utérus, etc.; quelques-uns ne reçoivent qu'un seul tronc artériel et un seul veineux : tels sont la rate, les reins, etc. Presque toujours les vaisseaux se divisent beaucoup â la surface des organes avant de pénétrer dans leur intérieur, comme on le voit pour le cerveau , les os , les muscles , etc. ; quelquefois ils pénètrent par un seul point dans l'organe, et se divisent dans son épaisseur, comme dans la rate, le testicule, etc.

La somme des vaisseaux , i-ésullant de leur nombre et de leur volume , ainsi que la quantité de liquide qu'ils charient , varient beaucoup. Les parties les plus vasculaires sont les poumons, ensuite les membranes tégumentaires, ainsi que la pie-mèi-e et la choroïde; puis les glandes, les follicules, les ganglions vascillaires , la substance xîorticale du cerveau , les ganglions nerveux ; puis les muscles , le périoste, le tissu adipeux , la substance nerveuse médullaire , les os et les membranes séreuses ; puis les tendons , les ligamens ; enfin les cartilages et l'arachno^ide le sont extrêmement peu ou point; et l'épiderme, les ongles, les poils, l'ivoire et l'émail dés dents paraissent être toul-à-fait dépourvus de vaisseaux

§ 366. Parvenus dans le tissu inême des organes , et arrivés à un degré de ténuité plus ou moins grand , les vaisseaux forment , par leurs divisions et- subdivisions , par leur direction et leurs réunions anastomotiques, des réseaux très-déliés , et dont la forme trèsvariée est toujours la même dans les mêmes parties. Ce sont des arborisations dans l'intestin et dans l'épididyme , des étoiles sur le foie, des houppes à la langue, des vrilles ou boucles dans le placenta : c'est la forme de goupillon dans la rate , celle d'un faisceau de sarment dans les muscles , celle de cheveux bouclés dans le testicule et dans le plexus choroïde , celle d'anses dans l'iris , de franges dans la pie-mère, de treillages dans la pituitaire , d'aigrette ou de panache dans la capsule du cristaUin , etc. Ces dispositions sont si constantes et si régulières , qu'en examinant au microscope une par-

« /^-oyez Soemmcriti!;, ria Corp. human fabricd, t. IV, y/«,ç:o%/«. 1800. — G. Pvac.haA:uDisquisitio emat.-phfsiol. organisnu corp. hum., elc. f tuimt , 1812. Cnp. IX. Devants, sanguincis capillanbu.s, de.

DES VAISSEAXJX EN GiÎnÉrAL. '

celle d'un organe bien injecté , on reconnaît aisément h quelle partie elle appartient ■ .

S 367. Les vaisseaux sont plus ou moins diaphanes , suivant leur ténuité ou leur épaisseur ; ils sont blanchâtres. Quelle que soit la densité de leurs parois, surtout à la surface interne, elles sont perméables dans le cadavre et même dans le vivant, soit du dehors au dedans, soit du dedans au dehors. Ils]ontune force de ténacité ou de cohésion ^ assez grande , mais qui n'est point la même dans les trois espèces, dans toutes leurs parties, ni dans les diverses couches dont ils sont composés. Il en est de même de leur élasticité ^ qui est en général assez grande , et qui existe , soit dans le sens de la longueur, soit dans le sens de la circonférence des vaisseaux. Ils sont manifestement irritables , et leur contracLiUté vitale 4 est en général en raison inverse de leur élasticité. Ils ne sont point distinctement sensibles. Lemibrce de formation est très-active.

§ 368. Les vaisseaux sont les canaux par lesquels les humeurs, circulatoires parcourent et arrosent sans cesse toute la masse du corps ; ils sont , avec le cœur, les organes ou agens de ce mouvement , tant par leur élasticité que par leur contractilité organique ou vitale.

§ 36g. La formation et le développement du système vasculaire ont été surteut observés dans le poulet renfermé dans l'œuf, rnoins dans le fœtus des mammifères , et peu dans l'espèce humaine.

Les veines , celles de la vésicule ombilicale en particulier, se forment avant le cœur et les artères. Il est incertain si, dans les vaisseaux allantoïdiens ou ombilicaux , les veines se forment aussi avant les artères. Il est très-probable que dans le coi'ps même du fœtus les artères se fo liment avant les veines.

Les vaisseaux se monti-ent dans l'épaisseur de la membrane ombilicale sous la forme de petites vésicules arrondies et séparées les unes des autres; ces vésicules augmentent en nombre , se reunissent entre elles , ce qui donne naissance à un réseau vasculaire très-délié. Ces premiers linéamens sont d'abord dépourvus de parois propres , «t consistent en de simples trajets creusés dans la substance de la membrane. Cette substance s'amasse' ensuite de plus en plus vers leur circonférence , ce qui leur forme des parois. La texture et la composition de ces parois ne se développent qu'à la longue. > ^ ■ ,1; . :

Quant à la simphcité primitive du cercle circulatoire dans le fœtus, à sa comphcation successive, à la formation du cœur, à celle des vaisseaux pulmonaires , etc., cela appartient beaucoup plus à l'anatom e spéciale, et particuUèrement à l'embryologie ^ qu'à l'anatomie générale.

Lë nombre des vaisseaux en général et leur diamètre , et par conséquent leur somme totale , sont, relativement à la masse; du corps,

' V ojez Sœinmering, Loc. cj«. — Procbaska , Loc. cit.

»CI. Wintringham, Expérimental infiuïrr on some parts of tlie animal structure; London, 1^40. < 1. m :

3 D. Hoffman, Diss. inaug. med. de elasticitatis effectibus, in machina humand ; 1734.

!?■ Werscliilir, Diss. med. inaug. de arter. et venar. vi irritahili ; Gronin^ E(Unb~i820 '"'^"S^- ^'^ '"^ contractili vasorum, etc!

sPh Bëciard, Embryologie ou Essai anat. sur le fœtus humain, m.^o - 1 ans, 1821. ' " H I

<i autant plus considérables que le sujet est plus rapproche du moment de la formation. Les vaisseaux en général, les vaisseaux sangums surtout , et particulièrement les artères , augmentent beaucoup de densité dans la vieillesse.

§ 370. Le système circulatoire présente peu de différences relatives aux sexes; cependant les vaisseaux sont un peu plus épais et plus forts dans le sexe masculin. Il n'y a point de différences appréciables dans les races.

Les variétés individuelles, au contraire, sont très-fréquentes et très-nombreuses dans ce système; elles consistent surtout en des différences d'origine, de volume, de nombre et de situation précise; elles existent à peu près également dans les trois espèces de vaisseaux.

§ 371. Il se forme accidentellement des vaisseaux, ordinairement très-fins , dans plusieurs circonstan,ces.

Les adhérences , d'abord simplement glutineuses , deviennent ensuite vasculaires. Il en est de même des tégumens accidentels ou des cicatrices. Tovites les productions accidentelles analogues aux tissus organiques sont dans le même cas. Les productions morbides , ou sans analogues dans l'organisme, sont, au contraire, la plupart dépourvues de vaisseaux. Ceux-ci se forment, dans les cas dont il s'agit , comme dans l'embryon. La masse dans laquelle ils se forment, d'abord sans vaisseaux , consistant le plus souvent en un liquide coagulé , présente primitivement des vésicules isolées , qui , par leur réunion , forment des trajets ou des canaux creusés dans la substance , ou sans parois distinctes et propres ; ces vaisseaux communiquent ensuite avec ce^x des oi'ganes environnans ; ils restent quelquefois plus ou moins long-temps, ou même toujours difierens des vaisseaux naturels ou primitifs , soit par leur mode de division , soit surtout par l'absence ou la ténuité et la mollesse de leurs parois ; dans beaucoup de cas , au contraire , les vaisseaux nouveaux acquièrent avec le temps une texture tout-à-fait semblable à celle des autres vaisseaux.

§ 372. Parmi les altérations auxquelles les vaisseaux sont sujétS, les unes sont communes aux trois espèces : telles sont la dilatation ou l'angieôtasie et les blessures; les autres sont particulières à chacune d'elles. Les premières présentent même des différences assez grandes dans chaque espèce , pour qu'il soit préférable de les indiquer à part.

ARTICLE II

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