I. Des V^aisseaux capillaires
§ 375. Les vaisseaux capillaires', ou microscopiques, vasa capillaria, ainsi nommés à cause de leur ténuité, sont bien plus fins encore que des clieveux , et ne peuvent être aperçus à l'œil nu ; quoique les radicules des vaisseaux lymphatiques participent à cette ténuité, cependant c'est surtout des vaisseaux capillaix'es sanguins qu'il sera question ici.
§ 376. Les anciens , qui ignoraient l'art d'injecter les vaisseaux , et celui de grossir les objets avec des instrumeus d'optique, ne connaissaient point les vaisseaux fins, ils croyaient qu'il y avait entre les dernières divisions des artères et les premières des veines une substance sanguine épanchée , spongieuse , appelée parencliyme par Erasistrate , haimalope par Arétée , et dont ils croyaient surtout que les viscères étaient formés. Celte opinion sur les terminaisons des vaisseaux fut adoptée presque sans division par tous les anatomistes jusqu'à l'époque de ia découverte de la circulation du sang , et depuis lors par un assez grand nombre d' anatomistes encore , même jusqu'à nos jours.
Cependant les injections de Ent', en montrant le passage direct et sans épancbement du liquide injecté des artères dans les veines; les observations microscopiques de Malpighi ^ et de Leuwenhoeck 'i faites sur des parties transparentes de reptiles , de poissons , et même de chauve-souris , dans lesquelles on voit le sang passer directement) des artères dans les veines, expériences et observations répétées depuis une multitude de fois , ont dû faire et ont fait généi'alement rejeter le prétendu parenchyme interposé entre les terminaisons des artères et des veines , en faisant connaître , au delà des dernières divisions visibles à l'œil nu , des divisions microscopiques établissant une communication 'directe entre elles.
Les injections subtiles et les observations microscopiques conduisirent bientôt à admettre , au lieu du parenchyme des anciens , que tout est vaisseau dans le corps ; opinion qui partage encore les' anatomistes.
§ 377. Les vaisseaux capillaires sanguins sont les derniers ramuscules des artères et les premières radictiles des vèines , ou bien ils sont intermédiaires aux artères et aux veines, et, comme on l'a dit en les comparant au système de la veine-porte , étrangers ou indifrerens aux unes et aux autres. C'est dans ces vaisseaux que, insensiblement et sans limite déterminée , les artères se changent en veines • ce dont on peut juger par le changement successif de volume des vaisseaux dans un sens ou dans l'autre,, par le sens dans lequel se
« Prochaska , de vasis sanguin. Capill., in op. cit.
- Apologiapro circulât, sanguin, in op. Lcidœ , 1687.
^ Ve pulmonibus, Epist. II, in oper. omn.
kExp. etconlempl. arcan. natur. dctect. Epist. 65,6-, clc
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l'ont les divisions ou les réunions successives , et , à l'extrémité des nageoires et de la queue des poissons, par la direction opposée du cours du sang. Cependant on a assez généralement décrit les vaisseaux capillaires comme les dernières divisions des artères, plutôt que comme les premières des \eines ; soit que cela soit fondé réellement et dépende de ce que les veinules, plus grandes que les artérioles, acquièrent un volume assez considérable après un petit nombre de réunions ; ou bien de ce que les veines , presque toutes pourvues de valvules et plus difficiles à injecter que les artères , aient été moins étudiées qu'elles. Ces deux raisons ont pu contribuer à faire adopter l'idée dont il s'agit.
§ 378. Quoi qu'il en soit, les vaisseaux capillaires n'ont pointions le même volume : on peut établir sous ce rapport trois degrés entre eux,, en prenant pour les plus gros ceux qui commencent à échapper à la vue simple, et pour les plus petits ceux qui n'admettent qu'un seul globule coloré du sang à la fois, et dont le diamètre intérieur, par conséquent , ne dépasse pas beaucoup celui des globules (§72).
Les vaisseaux capillaires les moins déliés éprouvent plusieurs divisions successives avant d'acquérir la ténuité d'un globule coloré du sang.
Ces vascuks communiquent ensemble par des anastomoses tresmultipliées, de manière à former de véritables réseaux.
Ils constituent par leur ensemble la partie la plus large du cercle circulatoire , la capacité du système artériel allant toujours croissant depuis son origine au cœiu' jusqu'aux vaisseaux capillaires, et celle du système veineux décroissant depuis les vaisseaux capillaires jusqu'au cœur.
Le cercle circulatoire étant double dans 1 homme, il y a deux systèmes capillaires : l'un général , entre les terminaisons des artères aortiques et les origines des veines du corps; et l'autre pulmonan-e, à la fin des vaisseaux de ce nom. On a avance sans preuve , et contre toute vraisemblance, que le système capillaire pulmonau'e a autant de capacité et contient autant de sang que le système capillau-e
^^'ny^â encore deux autres petits systèmes capillaires dans l'abdomen- l'un entre les artères et les veines intestinales , et 1 autre entre l'exti^mité hépatique de la veine-porte et l'origine des vemes sus-
^^rsX L"a texture des vaisseaux capillaires échappe à l'observation. Ces vaisseaux ont des parois minces , molles , transparentes , invis^ bles à l'œil nu , peu visibles même au microscope , différant peu de Ïa ub tance des organes , différant peu aussi des l--fi^« ^ charient ; ils paraissent plutôt creusés dans la substance des o.ganes aue pourvus \ie parois propres. Il est très-probable cependant que iTmembrane interne des vaisseaux, au moms, se continue sans mtPT'riintion des artères dans les veines. , , i-
fe^cSS r Kr;.!.'. Lettie. consLt! c„„.i„. e.
les dltingu-e des aréoles spongieuses et des cav.tes accidentelles du
"psol otlque les pavois de tous les vaisseau, soie,,. pe,-,n™l,:« ,
DES VAISSEAUX CAI'ILI.AinCS.
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cependant cette propriété est surtout remarquable dans les plus petits
vaisseaux. - t • i i- • n ..
Ils sont très-exlensibles et tres-contractiles. L u-ntabilite allant croissant, et l'élasticité diminuant dans les vaisseaux à mesure qu'ils approchent de leurs terminaisons , les vaisseaux capillaires sont les plus irritables Leur contractililé est mise en jeu , soit par des agens locaux et directs , soit par le système nerveux.
§ 38i. C'est dans cette partie du système vasculaire que se passent les phénomènes les plus importans de l'organisme, du moins des fonctions végétatives. La circulation capillaire, c'est-à-dire le passage du sang à travers les vaisseaux de ce nom , est , de toutes les parties de la circulation , celle qui , sans être indépendante de l'action du cœur , lui est le moins soumise cependant. C'est le point du cerclb où le mouvement du sang est le plus lent; c'est celui ovx le sang , divisé en filets minces , a le plus de points de contact avec les parois des vaisseaux , et est le plus soumis à l'action nerveuse. Le sang parcourt , dans l'ordre régulier , le système capillaire , en allant directenient des artères vers les veines; s'il rencontre un obstacle, de nombreuses voies anastomotiques lui sont ouvertes, et lui permettent de suivre son trajet. Mais aussi ce système peut être le siège de congestions, d'irritations, de constriclions , qvii y changent le cours ordinaire des liquides. Ainsi, la chaleur humide, apphquée pendant quelques minutes au membre inférieur d'une grenouille , détermine une dilatation des vaisseaux capillaires , un ralentissement local de la circulation-, une congestion, en un mot , quirendtrès-rouges les parties atiparavant blanches. La même chose a heu , par diverses causes , sur les mammifères et sur l'homme. L'application du froid ou d'un acide aflaibli produit des effets tout-à-fait opposés. L'irritation mécanique ou chrniique produit d'abord ce dernier eifet , et plus tard , par une sorte d'attraction , un afflux concentrique des liquides qui , dans beaucoup de vaisseaux , marchent alors en sens opposé au cours naturel du sang.
Le sang devient veineux dans le système capillaire général , et dans le pulmonaire il devient artériel.
§ 382. Les vaisseaux capillaires sanguins, tels qu'ils viennent d'être décrits, ne sont point également abondans , et n'ont point le même volume dans toutes les parties. La somme des vaisseaux de chaque partie peut être estimée par la rougeur qu'elle acquiert dans les cas de congestion ou d'inflammation, ainsi que quand elle est injectée :> ce dernier moyen même est préférable. Les injections les plus parfaites qui aient été faites , sont celles de lUtysch, d'Albinus , de Lieberkiihn, de Barth , de Bleuland, de Sœmmering et de Prochaska.
Les injections de Ruysch, en remplissant les plus petits vaisseaux , donnèrent naissance à l'opinion que toute la substance solide du corps est vasculaire. Cependant Ruyscli lui-même reconnaissait qu'il y avait dans le corps des parties plus et d'autres moins vasculaires , et d'autres même tout-à-fait dépourvues de vaisseaux. Albinus, en examinant des parties injectées, fraîches et sèches successivement , avait observé qu après les injections les plus heureuses, il reste toujours plus ou moins de substance non injectée, suivant la nature des parties : il combattit ainsi une opinion erronée , née surtout de l'examen de
' \yhyn, PhjrsiologCcalassajs, etc. Edinb. 176t. — H. Van clen Bosh, «ter fias JUuskalwermogen clcv Ilaargefasschen. Monast. 1686.
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parties dessécliées ou macérées, de manière k faire disparaître ou à détruire les parties non injectables.
L'examen microscopique et diverses expériences montrent également sur le vivant , qu'il y a des parties 'plus et d'autres moins vasculaires : ainsi , si l'on examine au microscope le mésentère ou les membi'anes natatoires des pattes de la grenouille vivante , onvoitque les plus petits vaisseaux capillaires , ceux d'un globule sanguin , sont séparés par des intervalles assez grands , tandis que dans la membrane muqueuse pulmonaire du même animal on ne pouri-ait pas faire une piqûre avec l'aiguille la plus déliée sans en intéi-esser plusieurs. De même on ne pourrait pas ti'ouver, à la surface libre du derme de l'homme vivant , un point où une aiguille n'ouvrît plusieui's vaisseaux , tandis que dans les pailies ligamenteuses , dans la substance nerveuse , dans le tissu cellulaire , etc. , on peut faire des divisions d'une certaine étendue sans faire sortir une goutte de sang.
Si toutes les pai'ties solides étaient vasculaires et uniquement vas-
ganique que 1 on ne trouve au contrau'e que pourvus de vaisseaux.
§ 383. La somme des vaisseaux capillaires sanguins , et leur proportion avec la substance solide et non injectable , ne sont pas moins intéi'essantes à considérer que leur disposition dans les diverses parties du corps.
Le tissu cellulaire n'est point injectable.
Les parties épidermiques , cornées , pileuses , et les dents , ne le sont point du tout.
Les lobules adipeux sont entourés de réseaux vasculaires extrêmement fins. \ ,. .
Les cartilages n'éprouvent aucun changement pàr l'injection.
Les membranes séreuses et synoviales i-ougissent peu par l'injection, mais les masses et les franges adipeuses sont entourées de très-beaux .réseaux vasculaires.
Les membranes tégumentaires sont les parties les plus vasculaires. L'injection transsude quelquefois au delà du derme dans le corps muqueux. Les vaisseaux capillaires de la peau , d'abord de la première et de la seconde grosseur , acquièrent en pénétrant dans les papilles le plus grand degré de ténuité. La peau fraîche est beaucoup plus colorée à sa face superficielle ; elle paraît également colorée partout, quand, par la dessiccation , les parties non injectables qui cachaient les vaisseaux ont disparu. Les follicules cutanés et muqueux sont pourvus de réseaux vasculaires très-déliés. Il^n est de même des alvéoles microscopiques de la membrane muqueuse de 1 estomac et de l'intestin. Les papilles de la membrane muqueuse sont pourvues , comme celles de la peau , d'une multitude de vaisseaux capillaires; il en est de même des villosités , du moins à leur extrémité adhérente. La membrane muqueuse en général est encore plus mjectable que la peau , celle du poumon l'est surtout au plus haut degré. La membrane des sinus pituitaires l'est beaucoup moins que le l'es ^. La conjonctive rougit modérément, et moins par '"f'^t'"" J"*; P'I l'inflammation. La membrane muqueuse des conduits excreteuis , et