‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 28 sur 73 · UES VAISSEAUX CAPILLAIRES · texte numérisé non relu

UES VAISSEAUX CAPILLAIRES

«voir i-noré ce fait, le plus puissant en faveur de leur opinion. Ceux (lui les "ont rejetés l'ont également passe sous silence. ' ^

S 387. L'opinion de Mascagni , de Prochaska et autres, sur la nonexistence de vaisseaux plus fins que ceux qui donnent passage à un seul globule coloré du sang, peut être établie , en premier lieu , sur ce que l'on voit bien ces vaisseaux à l'aide du microscope dans les animaux vivans et aucunement des vaisseaux plus petits, quoique les instrumens microscopiques donnent aux globules du sang un volume tellement grand , qu'il serait encore facile de distinguer des objets beaucoup plus petits; en second lieu, sur ce que l'injection rouge, très-pénétrante, ne fait précisément découvrir que les vaisseaux que l'on aperçoit spr le vivant; si dans ce cas les parties <leviennent plus rouges, surtout après la dessiccation, cela peut tenir à la dilatation des vaisseaux et à la disparition de la substance intermédiaire ; si l'inflammation rougit davantage encore les parties, c'est parla dilatation des vaisseaux existans, par la formation de vaisseaux nouveaux, et par l'infiltration du sang entre les vaisseaux. Quant h la blancheur ou à l'incoloration naturelle de certaines parties trèsvasculaires, comme la conjonctive, elle dépend de ce que les vaisseaux capillaires y étant extrêmement fins, la couleur du sang ne peut y être aperçue.

§ 388. 11 reste donc très-difi&cile ou impossible de résoudre la question relative à l'existence des vaisseaux capillaires incolores ou séreux ; et , quand ce terme est employé dans cet ouvrage , c'est pour désigner des vaisseaux capillaires qui , soit qu'ils ne contiennent que le sérum du sang , soit qu'ils contiennent le sang tout entier, mais en séries d'un globule , ce qui ne permet pas d'apercevoir sa couleur, sont incolores dans l'état ordinaire. Cependant il •est plus raisonnable de ne point admettre l'existence de vaisseaux que personne n'a jamais vus.

§ 38g. Dans le double cercle que forment les Aboies circulatoires, la communication évidente des troncs artériels et veineux a lieu dans le cœur, et celle des troncs lymphatiques avec les troncs veineux près de cet organe, dans les veines sous-clavières. Mais dans les parties diamétralement opposées de ce double cercle , dans les systèmes capillaires , la communication n'est plus aussi évidente. Les anciens soupçonnaient celle des artèi-es avec les veines , mais ne la «-oyaient pas immédiate. La découverte de la circulation du sang , en faisant, nécessairement admettre cette communication , laissait encore son mode indécis. Nous avons déjà vu que les observations microscopiques et les injections étaient d'accord pour démontrer cette communication , et même pour montrer qu'elle est immédiate.

L'inspection microscopique l'a démontrée ' dans les parties transparentes -des animaux ovipares à sang froid , dans l'œuf incubé des oiseaux-, et même dans les parties transparentes des mammifères.

L'injection l'a démontrée dans presque toutes les parties du corps de l'homme et des animaux ^ , soit en poussant la matière par les

' Malpighi, Zoc. cit. — Leuwenhocck, loc. cjï. — Spallanzani, Expér. sur la circiil., p. 255. I ' '

^ Voyez entre autres : Ruysch, TJies. ««at. — Winslow , Mem. de l'acad tics se. — Irlaller, de Fabncd corp. Immani, vol. 1. —Mascagni, vas ly mph. cte prodromo, clc. — Procliaska, loc. cil. — Reisscsscn, de Structurâ jm/mon

artères, soit en la poussant par les veines clans les parties, coninic 1 intestin, ou les veines sont dépourvues de valvules

Quelques anatomistes avaient même admis des communications arterio-veineuses entre des vaisseaux visibles à lœil nu et d'un eertam cabbre; ainsi Cassenus en représente dans le foie, Riolan en décrit après un anevrisme guéri, Leal Lealis en note entre les artères et les veines spermatiques. Ce sont des erreurs, c'est-à-dire des faits mal observes , combattus par Albinus et par Haller.

Les communications artério-veineuses sont toutes capillaires et microscopiques, mais il paraît que, dans les animaux à sang froid au moins, il y en a qui donnent passage à plusieurs globules colorés à la fois , et d'autres à un seul globule.

La disposition de ces voies de communication a été observée sur les animaux : elles consistent, tantôt simplement en un changement de direction ou un recourbement d'une artériole qui devient une veinule; tantôt une artère et une veine capillaire parallèles s'envoient aussi des ramuscules de communication où l'artère se change en veine; tantôt enfin, et cela est assez fréquent, plusieurs artérioles se terminent ou se continuent en une seule veinule ; dans tous les cas, la communication a lieu pai- des vaisseaux de la capacité d'un à quatre ou cinq globules colorés.

§ Sgo. Des physiologistes modernes ont récemment encore élevé des doutes sur la communication immédiate des artères avec les veines. M. Doellinger pense que les artères, à leur dernière extrémité , cessent d'avoir des parois , et que le sang se meut à nu dans la substance solide du corps qu'il appelle muqueuse; que là une partie du sang se convertit en substance muqueuse, et qu'une autre partie du sang continue son trajet, jointe à de la substance muqueuse sanguifîée qui entre en mouvement, et pénètre dans les vaisseaux veineux et lymphatiques naissant de la substance muqueuse comme les artères s'y terminent.

M. Wilbrand va plus loin , il admet une métamorphose plus complète encore dans la circulation : suivant' lui , la totalité du sang se change en organes ou en substance muqueuse et en liquides sécrétés, et les organes se fluidifiant à mesure, redeviennent du sang veineux et de la lymphe , qui continuent la circulation , et deviennent aussi de la matière des excrétions.

Dans l'une de ces deux opinions, une partie, et dans l'autre, la totalité du sang se solidifie, et de même une partie ou la totahlé des organes se fluidifie à chaque tour de la circulation; dans l'une comme dans l'autre , la masse soUde du corps est interposée entre les terminaisons des artères et les origines des veines et des-vaisseaux lymphatiques. Elles supposent toutes deux que Tinspection microscopique des animaux vivans et l'injection sont des moyens infidèles de constater la communication artério-veineuse.

§ 391. La continuation immédiate des artères et des vaisseaux lymphatiques n'est point aussi bien démontrée que celle des veines et des artères. Beaucoup d'anatomistes cependant ont admis avec Bartholin , la continuation des vaisseaux lymphatiques avec des artérioles capillaires plus fines que celles qui laissent passer les globules colorés du sang. Haller, et la plupart des anatomistes posterieurs à lui, n'admettent point d'autres origines aux vaisseaux

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lymphatiques que les membranes légumentaires, les membranes séreuses et les aréoles du tissu cellulaire. Quelques autres, ,au nombre desquels il faut compter Mascagni, admettant que des vaisseaux lymphatiques naissent aussi des parois des vaisseaux sanguins, adinettent ainsi indirectement une communication , quoiqu'ils rejettent la continuation directe.

L'inspection sur les animaux vlvans n'apprend rien touchant cette communication. Les injections passent quelquefois , souvent même , mais incolores ordinairement, des artères dans les vaisseaux lymphatiques ; ce qui peut dépendre de la transsudation dans la substance cellulaire et du passage dans les vaisseaux lymphatiques qui en naissent; du passage des artérioles dans les vaisseaux lymphatiques de leurs parois admis par Mascagni , tout aussi bien que d'une continuation directe et immédiate , laquelle reste dgnc très-douteuse.

§ 392. Les vaisseaux capillaires séreux qi\e l'on a admis au delà des capillaires sanguins, beaucoup plus par des considérations physiologiques, que d'après l'observation anatomique, ne sont pas la seule hypothèse de ce genre. L'absorption et la sécrétion étant des faits certains et évidens , comme le disait déjà le père de la médecine ' , on a cherché par quelles voies les matières sortaient du système vasculaire, et par quelles voies elles y entraient : sans les avoir vues, on les a décrites, les unes sous le nom de vaisseaux exhalans ou sécrétoires . et les secondes sous celui de vaisseaux absorbans ou inhalans.

Les vaisseaux exhalans ont été admis par Haller, Hewson , Sœmmering , Bichat , M. Chaussier, etc., comme des vaisseaux trèssimples , paraissant être des productions très-déliées et très-courtes , des artérioles capillaires , et répandues dans les membranes tégumentaires , les membranes séreuses et le tissu cellulaire.

D'autres anatomistes, comme Mascagni, Prochaska et M. Richerand, admettent âu contraire l'opinion que c'est par des pores latéraux disposés organiquement , que se fait la sécrétion ou l'exhalation.

Hunter avait iriême admis que c'était par des porosités ou interssices anorganiques que la sécrétion avait lieu, tout comme la trans- -sudation cadavérique. Hewson et Bichat ont combattu cette opinion.

Cependant les voies réelles de l'exhalation ou de la sécrétion sont lout-à-fait inconnues. Ce que l'on sait seulement , c'est que dans le vivant, des fluides sortent sous forme de vapeur de tous les points du système capillaire, et que plusieurs se manifestent sous la forme liquide, ou plus ou même moins concrète; c'est que dans le cadavre les injections fines , en passant des artères dans les veines , suintent à la surface de la peau et de la membrane muqueuse , dans les follicules muqueux et cutanés , dans les conduits excréteurs des glandes , a la surface libre des membranes séreuses et dans la substance muqueuse, aréolaire ou cellulaire qui constitue la masse solide du corps ; mais jamais , et nulle part , on n'a vu des ramuscules se détachant des réseaux capillaires , et se terminant par une extrémité ouverte. Les voies de l'exhalation ou 4? k sécrétion sont donc inconnues. 11 est très-probable que c'est à travers la substance

' A)<hv, ï aljf<î(5, W5 i/Kvifj, xott, !»TicvMv xl^aiifj.u. Epidcm. Ub. VI, sect. 6.

l'J'^ ANATOMIE GENtRALE. ,

solide et poreuse du corps .[u'elle se fait. CependanL la sccrclion est un phénomène organique ou vital tput tlifiërent de la Iranssudation cadavérique, comme le démontrent les diftërences que présentent les diverses humeurs sécrétées et- les différences de quantité de ce^ humeurs. Les noms des vaisseaux exhalans ou sécrétans ne peuvent donc designer que les voies inconnues par lesquelles sortent de la circulation les molécules qui forment la matière des sécrétions intrinsèqvies et des sécrétions excrétoires.

§ 393. On peut dire à peu près la même chose des voies de l'absorption. Les vaisseaux absorbans, suivant l'idée qu'on s'en est faite , seraient des radicules béans par une extrémité , comme les points lacrymaux , et se continuant par l'autre , soit dans les réseaux capillaires veineux et lymphatiques, soit avec les vaisseaux lymphatiques seuls, soit avec les veines seules dont ils seraient ainsi des origines. Or, on n'a jamais vu ces canaux, jamais du moins leurs bouches béantes. Voici, au reste, les opinions et les faits connus sur ce point de fine anatomie. Aselli a dit, en parlant des vaisseaux lactés ou chylifères : ad intestina instar hirudinum orificia horum vasorum hiant spongiosis capitulis. Helvétius enseigne que les villosilés intestinales ont des orifices spongieux. Lieberkiihn parle d'une ampoule spongieuse ou celluleuse. Hewson rejette cette ampoule. Cruikshank décrit et figure vingt ou trente ou- ' verlures, plus grandes chacune qu'un globule de sang, au sommet de chaque villosité. Sheldon fait terminer les villosités par un tissu spongieux , et paraît confondre avec elles des follicules.

Mascagni n'a pu voir d'orifices au sommet des villosités. Feller et Werner décrivent une ampoule et y suivent des vaisseaux. Bleuland admet des ouvertures au sommet des villosités. Sœmmering dit que l'on peut distinguer de six à dix orifices absorbans dans chacune d'elles. Iledwig regarde les ampoules comme spongieuses , et représente à leur sommet , un , plusieurs ou point d'orifices. Rudolphi n'a jamais vu d'orifices , et ceux qu'on a admis lui paraissent dépendre d'illusions d'optique. En voilà assez pour

' conclure que les orifices que l'on a décrits n'existent pas distinctement. Il faut pourtant p jouter que quand on fait une injection très-pénétrante dans les veines intestinales, la matière, en passant dans les artèi-es, transsude aussi à la surface libre de la membrane

"muqueuse. On sait, relativement à la peau, que, quand on a injecté un vaisseau lymphatique de cette membrane , si on repousse le mercure vers les racines du vaisseau , on finit, comme Haas l'a observé, par le faire sourdre à la surface libre. Mascagni a fait, et chacun peut aisément répéter cette même expérience sur les vaisseaux lymphatiques sous-péritonéaux du foie. Enfin Carlisle dit avoir vu dans une cellule du tissu cellulaire des orifices de vaisseaux lymphatiques.

Quelque douteux et contradictoires que soient les faits , voici cependant l'opinion généralement admise , c'est que , n la surface des membranes tégumentaires fit séreuses , dans les aréoles du tissu cellulaire, et, suivant Mascagni, à la surface même des vaisseaux, il y a des orifices de radicules absorbans conduisant , suivant le plus grand nombre des modernes, dans les vaisseaux lymphatiques seulement ; suivant les anatomistes antérieurs à ITaller et (piclqucs

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modernes, dans les veines seulement ; et suivant d'auties , dans les vaisseaux capillaires sanguins et lymphatiques tout à la fois. Procliaska ajoute à cela , parmi les voies de l'absorption , les porosités organiques des vaisseaux, qui se^-aient ainsi, tout à la fois, les voies de l'exhalation et des voies d'inhalation. On a aussi regardé rab\sorption comme un phénomène purement physique et comparable à l'altraclion capillaire ou à l'imbibition , en alléguant à l'appui de celte opinion l'absorption cadavérique.

La vérité est que les voies d'inhalation sont inconnues : elles pa raissent être, comme celles de l'exhalation, les porosilés de la substance solide et perméable du corps. Cependant l'absorption , tout comme la sécrétion , est un phénomène organique et vital tout différent de l'imbibition cadavérique, comme le démontrent le choix des substances absorbées et les modifications que présente, dans divers cas, l'activité de l'absorption. Quand, dans cet ouvrage, l'expression vaisseaux absorbans est employée, c'est pour désigne!' d'un seul mot les voies inconnues par lesquelles les substances étrangères entrent, et celles par lesquelles les matières des-absorplions intrinsèques rentrent dans l'appareil de la circulation.

§ 394. L'imagination ne s'est pas encore arrêtée à la ci'éation des vaisseaux exhalans et des vaisseaux inhalans, dont il vient d'être question. On a aussi imaginé des vaisseaux nutritifs.

Vçici les principales opinions que l'on s'est faites à ce sujet. Boerhaave et R. Vieussens ayant admis des vaisseaux incolores et décroissans, le premier construisit de vaisseaux toutes les parties du corps, même les parties non injectables. Suivant le système de Boerhaave, les plus petites fibrilles élémentaires formeraient des membranules , roulées sur elles-mêmes, pour former les, plus petits vaisseaux nerveux; de ces plus petits vaisseaux résulteraient les membranes vasculeuses formant des vaisseaux plus gros , et ainsi jusqu'aux vaisseaux les plus considérables. 11 établit aussi que les plus petits vaisseaux nerveux contiennent un fluide aqueux servant au sentiment, au mouvement et en même temps à la nutriiion.

L'opinion de Maseagni sur la coniposilion élémentaire et sur la nutrition des parties, ne diffère pas beaucoup de celle de Boerhaave. Suivant Maseagni , les divisions des artères finissent au point où , arrivées à la ténuité d'un globule rouge du sang , elles se changent en veines. Là elles sont pourvues de porosités exhalantes, tant pour ^les sécrétions que pour la nutrition. Partout il y a des orifices de vaisseaux absorbans pour prendre et contenir les molécules nuLiitives. Les parties élémentaires consistent en vaisseaux absorbans; ceux--ci, . par leur réunion , coastituent les membranes les plus simples et les plus petits vaisseaux sanguins , lesquels forment des membranes plus composées.

Dans ces deux hypothèses, tout serait vasculaire, et la nutrition aurait lieu dans les vaisseaux : dans la première, dans les plus fines raraihcations des artérioles ; dans la seconde, dans les plus fines radicules des vaisseaux absorbans. Dans l'une et dans l'autre, la masse du corps serait. dans les vaisseaux et véritablement dans une circulation continuelle.

L'opmion de Bichat sur les vaisseaux nutritifs et sur la nutrition , est un peu diflérente : suivant lui, chaque molécule des organes

'7^- -ANATOMIIi GÉNÉRALE.

serait pour ainsi dire placée entre deux vaisseaux béans ; l'un exhalant nutritif qui l'aurait déposée, et l'autre absorbant nutritil' destiné à la reprendre.

Prochaska, tout en reconnaissant la continuation diFCcte des artères avec les veines, admet que c'est par la porosité des parois des vaisseaux et par la perméabilité générale cle la substance qui forme la masse du corps, que la nutrition a lieu.

^ 395. La nutrition, quelles qu'en soient les voies immédiates , présente un double mouvement continuel de composition et de décomposition. Les animaux les plus simples inhalent et exhalent directement les matériaux de ce double phénomène; d'autres, plus composés, ont un tégument plus ou moins prolongé dans la masse du corps, j conduisant et y reprenant les matières qui s'y ajoutent, et celles qui s'en séparent ; d'autres plus composés encore, ont d'àutres organes des vaisseaux , qui transportent des surfaces dans tous les points de la masse , et de là aux siu-faces les matières de l'absorption et dé l'excrétion. Dans certains animaux pourvus de vaisseaux, leur nombre est tellement grand, l'homme est de ce genre, qu'ils semblent occuper et former toute la masse du corps. Mais , outre les considérations ci-dessus , tirées de l'analogie , les argumens tirés de l'inspection monti-ent encore que les vaisseaux ne font que parcourir la masse du corps, et ne la constituent pas. L'inspection apprend également que , quelle que soit la ténuité , la mollesse , des derniers vaisseaux capillaires, les artères et les veines forment des canaux continus.

L'observation apprend qu'il entre dans les vaisseaux des substances nouvelles, et qu'il en sort aussi sans cesse; mais ce double passage a lieu dans les parties les plus fines des vaisseaux , et par des voies invisibles, même avec les meilleurs instrumens d'optique; les substances elles-mêmes passent à travers ces voies à un état de division , de vapeur , insaisissable pour les sens et pour les meilleurs microscopes. Ce passage, soit qu'il ait lieu dft dehors au dedans, ou du dedans au dehors, dans les absorptions et les sécrétions extrinsèques, soit qu'il ait lieu dans les cavités closes du corps , paraît toujours se faire par l'intermédiaire de la substance solide et perméable du corps; c'est-àdire de la substance dite cellulaire qui, en s'imbibant, transmet au dedans ou au dehors les molécules inhalées ou exhalées.

Il paraît en être de même de la nutrition ; les vaisseaux déposent et i-eprennent sous forrtie de vapeur , et par des voies invisibles , dans la substance cellulaire , les molécules de la composition et de la décomposition des organes.

Mais tous ces phénomènes , physiques en apparence , sont modifiés par le corps organisé et vivant dans lequel ils ont lieu. C'est surtout à la cause inconnue de ces phénomènes qu'on a donné le nom de force vitale , ou plus spécialement celui de force de formation»

n. Du Tissu érectile.

§ 396. Le tissu érectile , caverneux ou spongieux , consiste en des terminaisons de vaisseaux sanguins, en des racines de veines surtout, qui, au lieu d'avoir la ténuité capillaire, ont plus d'ampleur, sont très-extensibles, et réunies à beaucoup de filets nerveux.

l)V TISSU KHECTILE.

o 3--, Ce lissii a d'abord été observé dans le pénis, où il existe sous de "ramies dimensions. Vésale ' en parle en ces termes : Corpora hœc (cavernosa) enata ad eumfere moclum, ac si ex innumeris artcriarum vennrumf/ue ffisciailis quhm tenuissimis , simulque proxiinc iniplicatis, relia quœdam ejjorniaventur , orhiciUatun a ncrvea illa mcmhraneaque substantiel comprehensa. Ma Ipigln ^ paraît avoir fait la même observation : Siiiuum speciem in mamniarurn tiibidis et in pene hnbenius ; in his nonnihil sanguinis reperitur, ità ut videantur venantni diverticida , vel saltem ipsavum appendices. Hunter ^ a vu la même chose relativement au tissu spongieux de l'urètre : « 11 est bon d'observer, dit-il, que le corps spongieux de l'urètre et le gland du pénis ne sont pas spongieux ou cellulaires , mais consistent en un plexus de veines. Cette structure est visible dans le sujet humain , mais beaucoup plus distinctement dans quelques animaux, comme le cheval, etc. )>.

Cependant la plupart des anatomistes qui se sont occupés de la structure du pénis, entre autres Degraaf, Ruysch , Duverney, Boerhaave, Haller ef ses disciples, ayant méconnu la nature des tissus caverneux et spongieux du pénis, et les ayant considérés comme étant du tissu cellulaire lâche et élastique formant des cellules et interposé entre les artères et les veines, la plupart des anatomistes modernes ont adopté cette erreur. Duverney, Mascagni, MM. Cuvier, Tiedemann , Ribes , Moreschi, Panizza, Farnèse, etc., ont fait des observations exactes sur le tissu érectile du pénis et du clitoi'is de l'éléphant, du cheval , de l'homme , etc.

§ 3q8. Quoique la disposition érectile des vaisseaux existe en beaucoup d'endroits , cependant il en est un certain nombre où elle est beaucoup plus évidente. Ce sont les corps caverneux du pénis et du clitoris, le corps spongieux de l'urètre, les nymphes, le mamelon , les papilles des membranes tégumentaires , etc. '

^ 3gg. Le tissu érectile est dans des dimensions très-grandes dans les organes de la copulation. Quoiqu'il n'offre pas le même développement dans les papilles , on peut néanijioins très-bien l'y observer.

Les papilles, celles de^ la langue particulièrement, consistent en filamens nerveux renflés , mous , dépouillés dis névrilème , enti-emêlés d'une innombrable quantité de vaisseaux capillaires sanguins , serpentans , recourbés en arcades , anastomosés entre eux , et le tout enveloppé et rassemblé par un tissu cellulaire, mou et muqueux. Dans l'état de repos ces papilles sont petites , molles , pâles , peu distinctes; dans l'état d'érection, au conti-aire , elles sont agrandies, redressées, rouges, gonflées par le sang, et très-sensibles.

Le mamelon , ou la papille de la mamelle , ne paraît différer des autres que par déplus grandes dimensions. La peau et la membrane muqueuse présentent à des degrés variés la disposition papillaire et érectile dans toute leur étendue. Le vohime des nei-fs et l'abondance des vaisseaux sanguins y sont partout proportionnés au degré de la sensibilité. La peau de la pulpe des doigts , très-vasculaire et très-

' ^"""•/«^'•'ca, lib. V, cnp. xiv.

\ n/"' in op. ninn. vfil. U.

•^065. on certain pans of ike animal OEcononij, in lf. LoikIod, i-SG.

1^4 ANATOMIE GÉNliRALE.

nerveuse, éprouve un degré tic gonflement et de rougeur manifesle pendant le toucher, et proportionné à sa perfeclion.

§ /[oo. Le tissu creclile des organes de la copulation ne dlIFère guère de celui des papilles que par ses dimensions beaucoui) plus grandes. Celui du corps caverneux du pénis j')i ésonte la disposition suivante ; il est enveloppé d'une gaîne de tissu fibreux élastique qui envoie des prolongemens dans son intérieur. Les deux artères dorsales du pénis sont accompagnées d'une veine impaire formant uu plexus, et de nerfs très-volumineux. Les artères envoient dans l'intérieur beaucoup de ramuscules accompagné? de nerfs, et les veines reçoivent à travers la gaîne beaucoup de radicules. L'intérieur est composé de ramifications artérielles provenant des artères dorsales et des artères centrales et de larges veines très-abondantes, entremêlées dans tous les sens et anastomosées une multitude de fois entre elles. Ces branches de veines offrent des dilatations et de larges coinmunications. Quand on injecte une des artères du pénis , l'injection , si elle est bien pénétrante, après avoir i-empli les ramifications artél'ielles et le plexus veineux intérieur, qui constitue le corps caverneux , et avoir produit l'éiection , revient par la veine dorsale : on remplit encore bien plus aisément le corps caverneux, en injectant par la veine. Ainsi les prétendues cellules du corps caverneux ne sont que des racines de veines très-larges formant un plexus compliqué , et anastomosées comme les vaisseaux capillaires.

Le tissu érectile de l'urètre et du gland ont la même disposition; il en est de même de celui du clitoris et de celui des nymphes.

L'érection dans les organes de la copulation provient , coiinnc dans les papilles, de la réplétion des vaisseaux érectiles. Cette réplétion peut dépendre de l'afflux du sang artériel, qui est accompagné de l'exaltation de la sensibilité, de la rétention du sang veineux, ou de la réunion de ces deux causes.

§ 4oi- 11 est encore une partie dont la texture et les phénomènes se rapprochent beaucoup de ceux des organes érectiles : c'est la rate , qui, par-là , paraît être un diverticule du sang. Si on met la rate à découvert sur un animal vivant, et qu'on ari'ête, par la compression , le cours du sang dans la veine splénique , cet organe se gonfle et augmente beaucoup de volume; il revient promptement sur luimême aussitôt qu'on rétablit la circulation. Les accès de fièvre intermittente sont accompagnés, dans la période de froid, d'un gonflement manifeste de cet organe , qui se dissipe plus ou moins complètement à la fin de l'accès. 11 paraît que la même chose a lieu pendant la digestion.

§ 4o2. Le tissu érectile se développe quelquefois accidentellement dans l'organisme. Cette production a été décrite sous les noms de tumeur variqueuse, d'anévrisme par anastomose, d'anévrisme des plus petites artères de télangiectasie, etc.

Ses caractères anatomiques sont tout-à-fait les mêmes que ceux du tissu érectile naturel ; c'est une masse plus ou moins vohuniiK^use , plus ou moins bien circonscrite, entourée quelquefois d'une enveloppe fibreuse mince; offrant à l'intérieur une apparence de cellules ou de cavités spongieuses; consistant, dans la réalité, en un lacis inextricable d'artères et de veines qui communiquent par d innombrables anastomoses, comme les vaisseaux capillaires, mais beaucoup

DES GANGLIONS VASCULAinES. '7-^

v\m larges, les veines surtout; facilement injectable par les veines voisines °qui sont quelquefois variqueuses , mais clifllcilement par les

artères. , ,, ' • i ■

Celte altération existe le plus souvent clans 1 épaisseur de la peau , et dans uac étendue plus ou moins grande. Elle ressemble alors quelquefois à la crête et aux autres parties analogues des gallinacees. La peau de la face , celle des lèvres surtout , en est fréquemment le siège. On l'observe dans le tissu cellulaire sous-cutané , ou plus^ ou moins profond; on l'a vue occuper tout un membre; on dit même l'avoir observée dans des viscères.

Cette production est le siège d'une vibration , d'un bruissement , d'une pulsation plus ou moins manifestes, et qui augmentent par toutes les causes qui excitent l'activilé de la circulation générale; mais les tumeurs qu'elle forme, même à la peau, ne sont guère susceptibles d'une sorte d'érection isolée. Elle tire le plus souvent son origine de la naissance , d'autres fois elle paraît dépendre d'une cause accidentelle ; elle persiste quelquefois sans cbangement ; d'autres fois, et c'est le plus ordinaire, elle augmente continuellement de volume par la dilatation de ses cavités intérieures et finit par se rompre, ce qui donne lieu à des héjnorrhagies difficiles à réprimer.

Au povirtour de l'anus on trouve des tumeurs hèmorrhoïdales splénoïdes qui constituent Une variété de ce tissu érectile accidentel.

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