‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 32 sur 73 · DU SYSTÈME LYMPHATIQUE · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME LYMPHATIQUE

§ 458. Le système lymphatique comprend, i» les vaisseaux qui rapportent la lymphe et le chyle dans les veines , et 1° des renflcmens interposes dans leur trajet, et qu'on appelle glandes conglobees , ou ganglions lymphatiques. - ' ' ? °

VINATOIWII- GKNliBAf.E.

ARTICLE PREMIER

DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

§459. Les vaisseaux lymphatiques, appelés aussi absorbans , sont tellement déliés , minces et valvuleux , ce qui rend l'observation et l'injection très-difficiles , que leur connaissance est assez récente. Cependant ils ont été entrevus par les anciens. Erasistrate et Erophile avaient certainement aperçu les vaisseaux chylifères. C'est Eustachio qui a découvert le canal ihoracique dans le cheval. Aselli vit et nomma vaisseaux lactés, les chylifères de quelques animaux; il indiqua bien leurs fonctions. Veslingius est le premier qui ait vu les vaisseaux chylifèi^es ou les lymphatiques du mésentère et le canal thoracique dans l'homme. On doit à O. Rudbeck, et l'on a attribué aussi à ïh. Bartholin et à Jolyf , la découverte des vaisseaux de cette espèce dans les autres parties du corps. Les inventeurs leur donnèrent les noms de vaisseaux séreux , aqueux ou lymphatiques ; Bartholin conjectura qu'ils étaient, comme les veines, continus aux artérioles , et destinés à rapporter la partie aqueuse du sang. Ruysch a très-bien décrit leurs valvules. La connaissance des vaisseaux lymphatiques s'est beaucoup étendue par les travaux de Meckel , de Monro , par ceux de W. Hunter et de trois de ses disciples, J. Hunter, W. Hewson • et Cruikshank = ; surtout par ceux de l'illustre P. Mascagni ^, et par quelques autres 4 encore , qui tous leur ont accordé des orifices béans , et ont attribué l'absorption à ces orifices.

§ 460. On distingue communément ces vaisseaux en chylifères et en lymphatiques ; mais cette distinction est tout-à-fait superflue et sans aucune utilité , car leur disposition , leur texture et leurs fonctions sont les mêmes.

' §46i' Les vaisseaux lymphatiques ont une disposition arborisée comme les autres vaisseaux. Les humeurs qu'ils contiennent les parcourent, comme les veines , des ramifications , ou plutôt des racines, vers les troncs. L'ensemble de ces vaisseaux consiste en un tronc principal et un tronc accessoire , auxquels aboutissent des racines innombrables.

§ 462. On trouve des vaisseaux lymphatiques dans toutes les parties du corps , si l'on excepte la moelle épinière , l'encéphale , l'œil et le placenta- Leur situation présente cela de remarquable , que , dans les membres et dans les parois du tronc , ils sont , comme les veines , distribues en deux plans, l'un superficiel ou sous-cutané, et l'aiitre inter-musculaire ou profond qui accompagne les vaisseaux sanguins et les nerfs ;

I Descripiio systematis Ijmphatici, ex anglico versa, etc. in op. omn. Lugd.

^^'^AlKptotnie des vaisseaux absorbans du corps humain, traduite de l'anglais par Petit-Radcl; Paris, 1787. . ,. „ .

3 rasorum Ifmphaticorum corp. hum. histona et ichonographm; benis,

'%"udwig, Traduction allemande de Cruikshank et de Mascagni, avec des additions - Lins. 178c). — Werner et FcUer, Frtiomw lacteorum aU/ueljmpli.

absorbentihus, etc. Lips. lySG.-Schregcr, Fragmenta anat. et phj swl.Jasc. J. Lips. 1791.

DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES. "97

el que clans les cavités splanchniques on trouve de même un plan de vaisseaux lymphatiques situés immédiatement sous les membranes séreuses , et d'autres plus profonds.

§ 463. Le nombre des vaisseaux lymphatiques est très-considérable ; on .en compte jusqu'à une vingtaine dans le plan superficiel des membres inférieurs pour accompagner la seule veine saphène interne, et lin nombre moins grand, mais assez considérable encore., pour accompagner les vaisseaux profonds. Les superficiels sont moins volumineux que les profonds. Le volume de ces vaisseaux est beaucoup moindre que celui des veines. Ceux des membres inférieurs sont plus gros que ceux des membres supérieurs, ceux de la tete sont très-petits. Quant à leur capacité totale , elle n'a pas été exactement déterminée ; elle paraît en général être environ le double de celle des artères, etégaler celle des veines dans leplan superficiel au moins.

§ 464' L'origine des vaisseaux lymphatiques est invisible et inconnue. Des considérations physiologiques et des expériences anatomiqiies ont fait admettre et puis rejeter leur continuation directe et immédiate avec les artères. On a vu aussi plus haut que leur origine par des orifices béans à la surface des deux tégumens et des membranes séreuses , dans les aréoles du tissu cellulaire et dans la substance des organes, admise d'après des considérations et des expériences du même genre , n'est pas mieux constatée. Il faut savoir douter.

§ 4^5 • Aussitôt qu'on peut les apercevoir, on voit les radicules des ■vaisseaux lymphatiques s'unir entre elles , se séparer , et s'unir de nouveau, de manière à former des réseaux qui constituent en grande partie les membranes séreuses, tégumentaires , etc.

Ces vaisseaux deviennent en général plus gros et moins nombreux en s'éloignant de leur origine. Dans leur trajet ils continuent de se diviser en branches qui se réunissent de nouveau avec d'autres branches voisines, ou même entre elles, de manière à former des îles : ces divisions, ces réunions, ces nombreuses anastomoses, forment en beaucoup d'endroits des plexus.

Quand ils sont pleins et un peu distendus, ils paraissent plutôt monihformes que cyhndriques ; c'est le grand nombre de valvules dont ils sont munis , et la dilatation qu'ils présentent au-dessus d'elles, qui leur donne cette apparence de chapelet ; ils offrent assez souvent encore d'autres dilatations ovoïdes. Ils présentent beaucoup de variétés dans leur trajet : constamment ceux d'un côté diffèrent plus ou moins de ceux du côté opposé.

Tous , après un trajet plus ou moins long , se ramifient à la manière des artères , et semblent se terminer dans des glandes lymphatiques, au delà desquelles ils reparaissent de nouveau formés de racines qui se rassemblent à la manière des veines. Ceux des membres parcourent de longs trajets , plusieurs pieds , sans interruption de ce genre ; ceux du mésentère ne parcourent que quelques lignes sans rencontrer des glandes. Quelques-uns passent à côté d'une glande sans s'y arrêter. 11 paraîtrait même , suivant Cruikshank , que des vaisseaux lymphatiques du dos arriveraient ïiux troncs sans passer par des glandes ; mais Mascagm , dont l'autorité est si grande dans cette matière, assure qu aucun vaisseau lymphatique n'arrive aux troncs sans passer au moins par une glande. '

$ 466. Après un trajet plus oujTioins long, plus ou moins inter-

iNATOMIE GKWEBALE.

rompu par des ganglions, les vaisseaux lymphatiques de la moitié mfeneure et du quart supérieur et gauche du corps se terminent par vin tronc très-alonge , le canal thoracique, dans la veine sousclaviere gauche ; les autres se terminent par un tronc très-court dans 1 autre veine sous-clavière. Ces terminaisons sont elles-mêmes su jettesà diverses variétés. Y a-t-il d'autres terminaisons des vaisseaux lymphatiques dans les veines? Une partie de cette question doit être examinée à l'occasion des ganglions lymphatiques, l'autre doitTêtreici.

Plusieurs anatomistes et physiologistes ont admis cette opinion • , que l'on peut fonder sur ce que partout , surtout dans le mésenlèi-e , les radicules connues des vaisseaux lymphatiques ont une capacité de beaucoup supérieure à celle des vaisseaux qui leur font suite;, sur ce que, dans cette partie du corps aussi , oh retrouve souvent dans les veines, comme dans les vaisseaux lymphatiques , les substances introduites par absorption, et même celles qui ont été injectées directemen t dans ces derniers vaisseaux; sur ce que, enfin , la ligature du canal thoraciquey même unique, ne détermine pas la mort avant dix à quinze jours , et qu'on retrouve alors dans le sang les substances introduites dans l'intestin et absorbées par sa membrane interne. Mais on n'a point vu la communication dont il s'agit ; aussi n'a-t-ellc pas été généralement admise. C'est surtout dans les glandes lymphatiques qu'elle paraîtrait avoir lieu: nous y reviendrons un peu plus loin. (Art. II.)

§ 467. Les surfaces des vaisseaux lymphatiques sont , comme celles» de tous les vaisseaux , l'une celluleuse et adhérente , l'autre lisse et libre : cette dernière présente une multitude de valvules.

Ces valvules, déforme semi-lunaire ou parabolique , sont la plupart disposées par paires, et assez larges pour fermer complètement la lumière du vaisseau. Elles sont en général placées à des intervalles inégaux , si ce n'est dans les vaisseaux du testicule , où elles sont à peu près de ligne en ligne , ce qui leur donne plus qu'à aucune autre la forme d'un. chapelet. Elles sont plus ou moins rapprochées suivant les parties, sans que cela soit plus particulier aux branches qu'aux rameaux; on trouve dans certains vaisseaux des intervalles de plusieurs pouces sans valvules : le canal thoracique est surtout i-emarquable sous ce rapport. Dans quelques points, l'insertion d'un petit vaisseau dans un plus gros n'est garnie que d'une valvule simple. Dans quelques endroits des troncs on trouve des valvules annulaires qui ne closent pas totalement le canal. L'insertion des troncs dans les veines sous-clavières est garnie d'une double valvule qui s'oppose efficacement aux reflux du sang dans leur cavité. Toutes ces valvules, comme celles des veines et des artères, sont formées par une duplicature de la membrane interne.

§468. Les vaisseaux lymphatiques sont formés de deux membranes, très-distinctes dans leur tronc principal.

L'externe, cellulaire et inégale extérieurement, est unie au tissu .cellulaire ambiant, qui lui forme une gaine; plus profondément elle est distinctement fibriUaire ou filamenteuse : on prétend même y avoir vu des fibres musculaires. La membrane «interne est très-mince.

On suit dans l'épaisseur de la membrane externe , des petits vais-

' f^oyez Ludwig, loc. cit.

DES ÛANGLIONS LYMPHATIQUES. '99

seaux sanguins , artériels et veineux ; quelques-uns disent y avoir vu aussi des vaisseaux lymphatiques. On n'a pu y apercevoir de nerfs.

§ 469. Les parois des vaisseaux lymphatiques , quoique très-minces et transparentes, sont denses et très-résistantes, bien plus que celles des veines, eu égard à l'épaisseur différente. Cependant ces vaisseaux sont extensibles , et aussi très-rétractiles. L'élasticité y est manifeste : si on les remplit et les distend dans le cadavre , la matière qu'on y a introduite en est repoussée.

L'irritabihté ou contractilité vitale ' n'y est pas moins évidente , quoiqu'elle ait été niée par Mascagni et plusieurs autres. Si on les expose à l'air sur le vivant, ils se contractent manifestement; si on pique le canal thoracique ou un' au tre vaisseau lymphatique après l'avoir lié , le liquide en soit par je. s , comme le sàng qui sort d'une veine, tandis qu'après la mort il s'échappe seulement en nappe. 11 est vrai que les irritations mécaniques ou chimiques ne produisent pas des mouvemens semblables à ceux des muscles , mais l'iri-itabilité vai'ie suivant les organes.

On ne sait rien sur leur sensibilité , et peu de choses sur leur force de formation.

§470- Les vaisseaux lymphatiques contiennent le chyle et la lymphe (§ 79) î conduisent ces humeurs de leurs racines vers leurs ti'oncs, ce qui est assez bien prouvé par la disposition de leurs valvules, qui permet le trajet dans ce sens et s'y oppose dans l'autre ; par les effets de la ligature , au-dessous de laquelle ils se gonflent tandis qu'ils se vident au-dessus ; et par les valvules qvii garnissent leur insertion dans les veines. Les liquides les parcourent lentement et uniformément , c'est-à-dire sans présenter de pulsations.

Darwin , Thilow et autres , pour expliquer la rapidité de certaines sécrétions, ont admis un mouvement rétrograde des humeurs dans les vaisseaux lymphatiques 5 tel , par exemple , que des liquides absorbés par les parois de l'estomac pourraient aller directement par les vaisseaux lymphatiques , et au moyen de leurs communications , aux reins et à la vessie : c'est admettre que les valvules n'opposent pas un gi-and obstacle au retour des hquides. Mais il est certain, au contraii-e, que les valvules opposent un obstacle insurmontable au cours réti'ograde des liquides; et de plus, des observations et des expériences directes font découvrir dans les voies urinaires des substances introduites dans l'estomac, sans que les vaisseaux lymphatiques intermédiaires en présentent la moindre trace.

ARTICLE II

DES GANGLIONS L-iMPHATIQUES.

§ 47 \* Les glandes conglobées ou ovoïdes, qui interrompent la continuité des vaisseaux lymphatiques , sont dans le même rapport avec ces vaisseaux que les ganglions nerveux avec les nerfs.

Ces gangli ons sont très-anciennement connus. C'est en partie d'eux 3? Hippocrate parle sous le nom de glandes. Fr. Sylvius leur a donné lepithete de conglobées, et Lossius celle de lymphatiques. D'après la comparaison ci-dessus faite par Sœmmering , et pour éviter une

' Scliregcr, de Irriiahilitate vasomni l^ymphaticoinm; ÏAps. 1789.

-ANATOMIE GKHKRALE.

confusion , M. Chaussier les a désignées sous le nom de eanolions lymphatiques. ° °

§ 472. Ils sont situés sur le trajet de tous les vaisseaux lymi)liatiques, à commencer du coude-pied et du pli du coude pour les membres, du canal carotidien et de la base extérieure du crâne pour la tete. Il en existe beaucoup au cou , dans l'aisselle , dans l'aine plusieurs dans les parois antérieures de la poitrine et de l'abdomen ' et un très-grand nombre dans ces cavités. Ils existent surtout trèsabondamment autour des racines des poumons et dans le mésentère , près des parties par conséquent qui donnent accès à beaucoup de matières venant du dehors. On n'en connaît point dans le crâne ni dans le rachis.

Leur volume varie , dans l'état de santé , depuis celui d'une lentille jusqu'à celui d'une amande. En général les plus petits sont placés vers les origines , et les plus gros vers les troncs des vaisseaux. Les plus volumineux et les plus rapprochés se trouvent vers la racine du mésentère , les plus petits dans l'épiploon ; ceux de la tête et du bras sont petits.

Leur figure est obronde , oblongue , un peu aplatie ; ils sont plus ou moins inégaux à la surface ; ils ont en général la forme d'uneamande.

Les ganglions lymphatiques sont en général d'un blanc rougeâtre, semblable à la chair, mais leur couleur varie suivant les régions qu'ils occupent : ainsi , ceux qui sont sous-cutanés sont d'une couleur plus foncée; ceux des environs du foie sont jaunâtres , ceux de la rate bruns , ceux des poumons noirâtres , ceux du mésentère très-blancs , etc.

Leur consistance est plus grande que celle d'aucune partie molle.

§ 473- Les ganglions lymphatiques sont enveloppés d'une membrane mince, fîbrillaii-e , très-vasculaire , unie au tissu cellulaire environnant, et qui envoie des prolongemens fins et mous dans l'intérieur.

Les vaisseaux lymphatiques dont la glande interrompt le trajet se distinguent en ceux qui y arrivent , vasa inferentia, et en ceux qui sortent , vasa efferentia : ils se distinguent les uns des autres par la direction de leurs valvules. Le nombre des vaisseaux inférens est très-variable, on en trouve depuis un jusqu'à vingt ou trente; celui des vaisseaux efFérens est variable aussi, rarement corres-

{)ondant, et ordinairement moindre. Les premiers entrent par 'extrémité de la glande la plus rapprochée des origines du système , les autres sortent par l'extrémité opposée , qui répond aux troncs. Les vaisseaux inférens , en approchant de la glande , se divisent en rameaux qui s'écartent en rayonnant autour d'elle, se divisent et se subdivisent à sa surface, de manière à l'entourer d'un réseau. Les vaisseaux elTérens produisent à peu près le même effet à l'autre extrémité de la glande, par la réunion successive de leurs radicules et de leurs racines en troncs plus ou moins nombreux et volumineux. La capacité totale des vaisseaux efFérens paraît en général moindre que celle des inférens; cela est surtout frappant dans le mésentère.

Les glandes lymphatiques ont aussi des vaisseaux sanguins remarquables. Les artères sont assez volumineuses et nombreuses pour

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