‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 31 sur 73 · DES ARTÈRES · texte numérisé non relu

DES ARTÈRES

dentelle, est de produire l'usure des membranes entre lesquelles elle est placée. L'ossification des artères a été attribuée à une foule de causes. Celle qui est accidentelle est une véritable production ou déposition ; celle qui est sénile paraît le dernier terme des cliangemens successifs que la membrane moyenne , d'abord molle et rougeâtre , éprouve durant la vie. ,

§ 433. On trouve quelquefois des excroissances de consistance charnue, attachées à la face interne des artères, et surtout aux valvules semi-lunaix'es qui sont à leur entrée.

§ 434. La dilatation des artères, ou l'artériectasie , est une affection très-fréquente; elle peut consister : i° dans une simple perte d'élasticité sans altération apparente des parois ; 2° dans une altération des parois dilatées.

La dilatation simple se rencontre surtout dans les gros troncs ; elle affecte généralement toute la circonférence, et la tumeur qui en résulte a la forme ovoïde'. On l'a observée souvent dans l'aorte , particulièrement à sa crosse , et quelquefois dans l'artère pvilmonaire.

La dilatation avec altération des parois affecte l'aorte et les diverses parties du système aortique jusque vers les ramifications. Les^artères des membres supérieurs en sont beaucoup plus j"arement affectées que les autres. L'altération et la dilatation qui en résultent sont le plus souvent latérales : c'est ce que les auteurs ont décrit , depuis Fernel , sous le nom d'anévrisrae vrai ; les parois altérées y sont plutôt épaissies qu'amincies.

Le sang que contiennent ces deux sortes de dilatations est fluide.

§ 435- L'anévi'isme résulte de la destruction ou de la rupture, en un mot de la solution de continuité des parois artérielles , précé-. dée ordinairement de la dilatation de ces parois , et toujours de leur altération. Il consiste en une cavité formée par la membrane externe dilatée et renforcée par le tissu cellulaire et les autres parties ambiantes , tapissée à l'intérieur par une membrane mince et lisse en (Quelques points, ressemblant beaucoup à la membrane interne des artères. Cette cavité communique avec celle du vaisseau par une ouverture, régulière ou non, des membranes interne et, moyenne; elle est remplie de sang coagulé, et de couches plus ou moins fermes de fibrine, diversement altérée, et peut être mêlée de matière organisable produite par les parois de là. cavité. Le sang, en parcourant le canal de l'artère, pénètre continuellement dans la cavité accidentelle.

Tantôt l'anévrisme s'accroît indéfiniment, et tue par- la compression des organes voisins et par le trouble de leurs fonctions, lantot il se rompt à l'extérieur ou à l'intérieur, et fait périr par hemorrhagie ou par épanchement. D'autres fois il s'enflamme j suppure et s'ouvre comme un vaste abcès , et tantôt alors il y a liemorrhagie , et tantôt, au contraire, l'artère s'étant oblitérée par 1 intlammation , la guérison peut avoir lieu. Quelquefois Fintlanimation se termine par la gangrènç de la tumeur, et l'un ou 1 autre des effets ci-dessus peut être le résultat de la séparatioia cle 1 escarre D'autres fois enfin , la circulation se ralentit insensiblement clans t artère affectée d'anévrisme, et devient en même temps «e plus en plus active dans les voies collatérales , d'où résulte à la

■ANATOMiE Générale:

fin l'obliléiation de l'artère affectée jusqu'aux branches voisines de la tumeur, et la résorption successive de celle-ci.

§ 436. Les artères, soit enflammées, soit affectées d'une production accidentelle dans leurs parois , soit sans cause apparente , au lieu de se ddater et de se rompre , se rétrécissent quelquefois , et s'oblitèrent même spontanément. On a trouvé ainsi Tarière aorte rétrécie et même tout-à-fait oblitérée; on a aussi observé l'oblitération totale de l'artère pulmonaire droite; j'ai vu une fois celle de l'artère carotide, quelquefois le rétrécissement du tronc brachial, et souvent le rétrécissement de l'obUtération du trône crural et de ses branches. C'est là la cause ordinaire de la gangrène sénile des orteils, des pieds et des jambes ; ce changement arrivant dans une partie et à une époque où les rameaux artériels, affeclés eux-mêmes d'endurcissement, ne sont plus susceptibles de l'accroissement rapide , nécessaire à l'établissement de la circulation collatérale.

TROISIÈME SECTION

§ 4^7 • Les veines ' sont les vaisseaux qui rapportent au cœur le sang de toutes les parties du corps.

§ 438. On a déjà vu que les anciens n'ont fait d'abord aucune distinction entre les veines et les artères. GaUen, qui les distinguait bien, plaçait dans le foie l'origine des premières. La distinction et la connexion des artères et des veines ont été parfaitement établies par la découverte de la circulation du sang ; depuis lors on a peut-être un peu négligé l'étude du système veineux.

§ 439. Les veines ont, comme tout le système vasculaire, une disposition arborisée; mais vu la direction dans laquelle le sang les parcourt , elles ressemblent plutôt aux racines d'un arbre qu'à ses branches : ainsi leur origine a lieu par des radicules cpi répondent aux ramuscules des artères; leur terminaison par des troncs qui sont ouverts dans le cœur, comme les origines des artères; leur trajet présente des réunions , comme celui des artères , des divisions successives. Si donc on les considère en suivant le cours du sang, elles présentent une disposition opposée à celle des artères ; et si on les examinait dans le même sens que les artères , on suivrait une direction opposée à celle du cours du sang. ,

§ 44o' système veineux, comme l'artériel , est double t l'un général y rapporte le sang du corps à l'oreillette antérieure ou droite ; l'autre rapporte le sang du poumon à l'autre oreillette du cœur. Il y a en outre un système veineux particulier et compliqué dans l'abdomen : c'est la veine-porte dont la disposition doit être examinée à part.

S 441. Ce système veineux particulier constitue un système vasculaire tout entier , c'est-à-dire , un arbre ayant un tronc , des racines et des branches, placé comme intermédiaire entre les derniers ramuscule^ des artères gastriques, intestinales et spleniques, qui se

- Diatribe antitomico-phfsiologica de struclurd atque vitd venamm, Auctorc H. Marx, in-8»; Carlsrhuœ, 1819.

continuent avec ses raeines, et les premières radicules des veines sus-hcfpatiques , qui sont la continuation de ses rameaux. Ce système vasculaire, si l'on a égard à sa disposition ramifiée en deux sens __opposés, ressemble aux veines par sa moitié intestinale , et aux artères par sa moitié hépatique ; sous un autre rapport , il est indifférent ou étranger aux unes et aux autres , comme il leur est intermédiaire, car c'est dans l'endroit où il est la continuation des artères , qu'il a la disposition veineuse , et vice versa. C'est surtout a cause de la nature du sang qu'il contient, que ce système vasculaire est réuni au système veineux général.

§ 442. Dans les animaux vertébrés ovipares on trouve un autre système veineux analogue aux vaisseaux intestinaux-hépatiques. Ce système particulier ' est formé par la réunion des veines de la région moyenne du corps seulement, ou de cette région et de la queue, qui se portent et se terminent dans les reins , à la manière des artères , en envoyant quelquefois un rameau à la veine-porté, c'est-à-dire au foie.

J'ai vu quelquefois, dans le chien, la veine-porte avoir une ou deux terminaisons rénales.

§ 443- Le nombre des veines est en général plus grand que celui des artères. Il y a deux veines caves et une veine cardiaque pour répondre au tronc unique de l'aorte. Il y a de même quatre veines pulmonaires pour répondre à l'artère pulmonaire unique et à ses deux branches. Mais chacune de ces divisions veineuses répond à une branche d'artère correspondante. Dans presque toute l'étendue du corps il y a beaucoup plus de veines sous-cutanées que d'artères , et dans les parties profondes il y a presque partout deux vehies sateUites pour une seule artère. Dans l'estomac, la rate, les reins, les testicules 5 les ovaires et quelques autres parties , le nombre des veines est égal à celui des artères. Dans quelques parties même le nombre des veines est moindre que celui des artères, comme, par exemple, dans le cordon ombihcal , dans le pénis , dans le clitoris , dans la vésicule biliaire , les capsules surrénales , etc. Mais cela est compensé par la différence de capacité. La grandeur des veines en général est plus considérable en effet que celle des artères correspondantes.

La somme des veines, ou leur capacité totale, est donc plus gi^ande que celle des artères. Beaucoup d'évahiations ont été hasardées à ce sujet : on peut dire seulement avec Haller , que les veines sont au moins le double des artères en capacité; mais , outre les différences individuelles , accidentelles ou passagères , et celles qui dépendent du genre de mort , cela varie continuellement avec l'âge. Cette différence d'ailleurs n'est pas la même dans toutes les parties du corps. Dans le système pulmonaire elle n'existe pas , car les veines y sont sensiblement égales en capacité aux artères. Il en est de même des vaisseaux rénaux ; avi contraire , dans le testicule , les veines l'emportent de beaucoup sur les artères.

§ 444- La situation des veines est en général la même que celle des artères, ces deux genres de-vaisseaux s'accompagnant mutuellement dans leur trajet, et se continuant à leur terminaison. Presque partout un tronc , une branche , un rameau artériel , est accompagné

•Lud. Jacobson, de Sjstcmalc vciioso pecidiari in pcrmulds animalibiis observato; Hafniœ, 1821.

'9° ANATOMIE gÉnÉHALE.

d'une ou deux veines. 11 y a pourtant quelques exceptions : ainsi , dans le crâne , dans le rachis , dans l'œil et dans le foie , les artèreset les veines afïeclent des situations et des dispositions dillérentes : la veine azygos , tronc des intercostales dans l'espace mesuré par le péricarde et le foie , n'est point satellite d'une artère ; il en est encore de même des veines sous-cutanées.

§ 445. Les veines commencent par des radicules capillaires ou microscopiques, continuation des ramuscules des artères. Ces radicules sont incolores ou rouges, suivant que leur diamètre admet une seule série de globules ou plusieurs à la fois. Dans quelques endroits, comme dans l'intestin , le poumon, etc. , les réunions successives des radicules des veines correspondent et ressemblent tout-àfait aux divisions des ramuscules artériels ; dans d'autres endroits la disposition est différente. Sans parler du tissu érectile ou caverneux , où le renflement et la communication des veines sont extrêmes, dans beaucoup d'autres parties elles affectent des dispositions différentes de celles des artères : elles forment des plexus au col de la vessie, dans le rachis et autour de l'artère spermatique; de larges canaux dans les os spongieux ; sous la peau elles forment , par leurs communications multipliées, un grand réseau à mailles angulaires, et plus souvent pentagones. \

Elles ne sont point aussi régulièi'ement cylindriques que les ai'lères; loin de suivre un ordre régulier d'accroissement dans le volume des troncs , et de décroissement dans leur capacité totale , on voit souvent de très-grosses branches tenir à un tronc peu volumineux , ce qui dépend surtout de la mollesse des parois , et du grand nombre d'anastomoses. Les communications des veines présentent toutes les variétés déjà indiquées (§ 356) , et, de plus, la l'éunion de trçs-gros troncs , cômme celle des veines caves par la veine azygos ; la réunion de veines superficielles et de veines profondes , comme celle des veines crâniennes et rachidiennes avec les veines épicraniennes, temporales, cervicales, etc. , des veines jugulaires internes et externes, des veines profondes avec les sous-cutanées des membres.

En général , les veines ont un trajet moins flexueux , plus droit , et par conséquent plus court que les artères.

Les variétés des veines ont été un peu exagérées , comme celles des artères ont été dissimulées. Les gros troncs veineux surtout sont moins variables qu'on ne l'a dit; les branches et les rameaux le sont beaucoup.

§ 446. L'intérieur des veines présente un grand nombre de valvules ' ou de prolongemens repliés de la membrane interne , ce qui établit une grande différence entre elles et les artères. On voit trèsbien les valvules en examinant sous l'eau une veine fendue en long.

Chaque valvule consiste en un repU de la membrane interne. Ce repli a un bord convexe , adhérent aux parois de la veine du côte de ses racines, et un bord concave et libre , tourné du côté du cœur. Ces deux bords sont un peu plus épais que le reste du repli ; une des faces regarde la cavité du vaisseau , et répond au sang qui circule l'autre répond aux parois de la veine, un peu dilatée en ce point.

«H. Fabricio, de Venaruni ostUlis, in op. omn. — 3. Cr. Schmiedt et H. Meibomius, de yal^'idis seu memhranulis vasorum, cajiiinquc strucc. ei usa. Hclmst. 1682. — Perrault, Essais de physique, t. III.

Quand la valvule s'abaisse , la face qui répond aux origines devient conve-ve, et l'autre devient concave, et la veine se renfle un peu; les valvules sont d'autant plus larges que la veine est plus volumineuse, et d'autant plus alongées qu'elle est plus petite. C'est à cette différence surtout qu'il faut rapporter les variétés de forme décrites par Pei rault et par plusieurs autres.

Outre la membrane interne repliée , on trouve encore dans l'épaisseur des valvules , du tissu cellulaire dense et quelquefois des fibres distinctes ; quelquefois elles sont aréolaires et perforées comme de la dentelle. Dans les veines ou sinus de la dure-mère, on trouve seulement quelques fibres transversales qu'on peut regarder comme des valvules rudiraentaires.

Les valvules sont en général disposées par paires placées alternativement, suivant deux diamètres opposés de la veine.

Elles sont trois à trois dans les grandes veines, comme la crurale et l'iliaque ; rarement elles sont quadruples , et très-rarement ou jamais quintuples. Dans les rameaux d'une demi-ligne de diamètre et au-dessous, elles sont uniques.

Il n'y a pas, à beaucoup près, des valvules partout où un rameau se joint à une branche, où une branche s'abouche dans un tronc; elles ne sont pas non plus partout à la même distance ; elles ne sont nulle part plus rapprochées que dans les plus petites vaines. On ti'ouve des valvules dans les veines des membres, plus dans les souscvitanées que datis les profondes , dans celles de la face , du col , de la langue, des tonsilles , à la fin de la veine cardiaque, dans les veines tégumentaires de l'abdomen , dans celles^ du testicule , du pénis , du clitoris, dans les veines iliaques interne et externe , quelquefois dans les rénales, rarement dans l'azygos.

Il n'y en a point dans les veines encéphahques , rachidiennes , diploïques, dans celles des poumons, dans la veine-porte , dans la veine ombilicale, dans les veines caves, si ce n'est à l'embouchure de l'azygos , dans les veines utérines et dans la veine médiane.

En général , il y a beaucoup de valvules dans les veines superficielles, moins dans les veines profondes ou inter-musculaires , et moins encore dans les veines des cavités splanchniques ; il y en a beaucoup dans les parties les plus déclives, et par conséquent dans les membres inférieurs , moins dans les supérieurs , et moins encore dans la tête et dans le cou.

Les valvules apphquées contre les parois des veines , quand le cours du sang est libre et facile , s'en écartent , ferment la veine , soutiennent le sang, et empêchent son reflux vers les vaisseaux capillaires quand il rencontre des obstacles à son trajet.

§ 447- Les veines sont, comme tous les vaisseaux , entourées par le tissu cellulaire des parties où elles sont placées , ce qui leur forme une gaine , lâche autour des troncs , plus intimement unies aux rameaux. La gaîne de la veine-porte est remarquable dans le foie, où elle est connue sous le nom de capsule de Glisson.

La membrane externe proprement dite est plus mince et moins serrée que celle des artères, h laquelle elle ressemble beaucoup.

La membrane moyenne est formée de fibres plus extensibles et jDhis mo les que celles des artères. Ces fibres paraissent presque toutes longitudinales, quand on regarde la membrane contre le jour; quel-

quesrunes des plus internes paraissent annulaires; mais quand on veut séparer les fibres de cette membrane , on éprouve la môme difficulté dans tous les sens. Cette membrane est, dans l'espèce humame, bien plus épaisse dans le système de la veine cave inférieure que dans l'aiitre ; en général aussi elle est plus épaisse dans les veines superficielles que dans les profondes ; aussi la veine saphène interne a des parois très-épaisses au bas de la jambe. Près de leur embouchure au cœur, les veines ont des fibres distinctement musculaires. La membrane interne, mince et transparente, difïere de celle des artères par son extensibilité et sa résistance à la rupture, et par sa texture filamenteuse , qui devient évidente quand on la distend et la déchire. Les grandes veines du crâne ou les sinus , les veines des os et quelques autres , résultent presque uniquement de la membrane interne , et sont du reste comme creusées dans la substance de la dure-mère, des os, etc.

Les parois des veines sont pourvues de petits vaisseaux sanguins et de filets nerveux que l'on suit dans une partie de leur épaisseur.

§ 448. Les parois des veines sont blanchâtres , demi-transparentes , plus minces que celles des artères ; en général leur épaisseul- va en augmentant absolument des racines vers les troncs , et en diminuant , l elativement au diamètre , dans le même sens ; mais il y a beaucoup de variétés à cet égard. Leur densité est de ii5 ou de iio; la. fermeté de leurs parois est beaucoup moindre que celle des artères, aussi s'afTaissent-elles quand elles sont vides, excepté celles de l'utérus, du foie, etc., qui tiennent à la. substance des organes. Elles sont moins extensibles en long que les artères , mais beaucoup plus circulairement. On admet généralement, d'après les expériences de Wintringham, que les veines résistent avec beaucoup plus de force que les artères aux causes de ruptures ; mais dans la réaUté, les veines sont plus faibles circulairement que les artères ; aussi , non-seulement elles cèdent beaucoup plus , mais aussi elles se déchirent en travers bien plus souvent que les artères , tandis qu'au contraire elles m'ont paru plus résistantes à la distension en long. Les parois des veines sont très-élastiques, mais moins que celles des artères. Leur irritabilité ou contractilité vitale est au contraire plus grande que celle des artères, mais moindre que celle des vaisseaux capillaires. Elle a été niée par divers physiologistes , mais prouvée par beaucoup d'expériences. 11 suffit d'avoir observé l'effet du froid local sur les veines sous-cutanées , et de savoir qu'une veine interceptée entre deux ligatures et piquée se A'ide entièrement et rapidement sur un animal vivant , tandis que cela n'a pas lieu après la mort , pour admettre l'irritabilité dans les veines. La sensibihté y est obscure ou douteuse ; Monro disait dans ses leçons avoir senti la piqûre d'une vein.e dénudée. La force de formation des veines n'est pas moins évidente , que celle des artères.

§ 449. La fonction des veines est de conduire le sang de toutes les parties du corps au cœur; on a vu que chaque contraction des ventricules détermine une augmentation dans le mouvement continu du sang dans les artères; cette augmentation va en s'aflaiblissant à mesure que les vaisseaux deviennent capillaires : dans ceux-ci le mouvement est uniforme , il l'est aussi dans les veines en général. Dans les veines, le sang est animé du mouvement imprimé parle cœur,

. les artères et par les vaisseaux capillaires. Les veines exercentelles une action additionnelle? Cela n'est pas douteux ; que l'on comprime ou qu'on lie l'artère d'un membre dans un animal, le cours du sang dans les veines sera ralenti , mais ne sera pas pour cela arrêté; si on lie une veine, elle se vide cependant au-dessus de la ligature, elle se vide même entre deux ligatures. Aux causes qui viennent d'être indiquées il faut joindre le relâchement alternatif du cœur, qui produit une sorte d'attraction; l'inspiration, qui en produit une bien plus efficace encore , et la pression de^ muscles environnans. Les valvviles, en divisant la colonne du sang, rendent plus efficaces ces diverses puissances. La forme même du système veineux fait que le mouvement du sang , au lieu d'aller en se ralentissant comme dans les artèreS, est , à la vérité , plus lent que dans ces vaisseaux , dont la capacité est moins grande que celle des veines , mais va en s'accélérant en approchant du cœur. La circulation veineuse est beaucoup plus dépendante que l'artérielle, des effets de la pesanteur et de la pression.

§ 45o- Le ti-ajet du sang dans les veines est continu, et ces vaisseaux ne présentent point de pulsations; cependant, dans quelques endroits et dans quelques circonstances , elles présentent quelque chose d'analogue au pouls artériel , que pour cette raison on appelle pouls veineux. Au voisinage du cœur, les troncs veineux qui sont dépourvus de valvules éplrouvent alternativement, pendant la contraction des oreillettes , un reflux du sang qui les fait gonfler, et un flux rapide qui les fait affaisser pendant le relâchement des oreillettes. Dans l'état ordinaire et régulier des fonctions, ce double mouvement est borné aux environs du cœur, et n'est pas sensible ; il s'étend au loin dans l'abdomen , et devient visible au cou , quand la circulation est gênée. Il en est de même de l'influence des mouvemens de la respiration : l'inspii^ation accélèi'e l'entrée du sang dans les veines caves et dans leur oreillette; l'expiration active, la gêne ou la suspension de la respiration , et les efforts, la ralentissent au contraire, ou la suspendent; dans l'état ordinaire, ces effets sont peu marqués et peu étendus ; ils le déviennent beaucoup dans les cE^s opposés. Les efforts dans lesquels les effets de l'expiration active sont portés au plus haut degré , déterminent d'une manière très-sensible la stase du sang veineux dans la tête, dans l'abdomen, et de proche en proche jusque dans les membres; tandis que c'est aux effets contraires de l'inspiration sur la circulation veineuse, qu'il faut rapporter la mort par inti-oduction de l'air dans le cœur. Quand, en effet , par une opération ou un accident , une grosse veine est ouverte à la base du cou ou dans la région^ sous-clavière , une grande inspiration y attire quelquefois de l'air qui est entraîné dans les cavités droites ou antérieures du cœur, et qui, en arrêtant la circulation , détermine subitement la mort.

§ 45i- Bans la jeunesse, le système veineux est moins grand, relativement au système artériel , que dans l'âge adulte ; sa capacité relative continue à augmenter dans la vieillessse. Les parois des veines présentent peu de changemens observables ; leur ossification sénile est extrêmement rare.

194 ANATOMIE CKNKllALE.

§452. Les altérations morbides des veines' ont été moins étudiées que celles des artères.

L'inflammation des veines ou la phlébite est une affection sur laquelle Hunter a l'un des premiers attiré l'attention. Elle occupe ordinairement une assez grande étendue des veines, et s'étend en général vers le cœur. Elle donne souvent lieu à la formation du pus , et d'autres fois à celle d'une matière plastique dans la cavité de la veine, autour d'elle, et rnême dans son épaisseur; elle dépend le plus souvent de lésions mécaniques.

§ 453. Les blessures des veines, considérées sous le point de vue anatoniique , présentent de l'analogie avec celles des artères ; cependant, quel qu'en soit le mode, elles sont beaucoup plus aisément suiviesd'ulcération ou d'inflammation étendueet souvent suppurative que celles des artères, et elles se réunissent plus difficilement. Après la piqûre ou l'incision , il reste entre les bords un espace rempli par ime membrane nouvelle; la ligature ne détermine pas primitiveifient la section de la membrane interne et proraptement son adhésion , mais cette membrane est d'abord plissée seulement, et ce n'est que très-lentement qu'elle se divise pour se réunir faiblement.

§ 454- productions accidentelles sont plus rares dans les parois des veines que dans celles des artères. L'état cartilagineux, ou un épaississement analogue, a pourtant quelquefois lieu dans les parois des veines qui s'oblitèrent ; Morgagni l'a vu une fois dans la veine cave. L'ossification est extrêmement rare dans les veines ; le docteur Baillie l'a vue une fois dans la veine cave inférieure près des iliaques , et le docteur Macartney une fois dans la veine saphène externe d'un homme mort avec un ulcère à la jambe. J'ai observé que les parois des veines sont plus épaisses du côté qui touche à une artèi'e que dans le reste de leur circonférence, et j'ai vu une fois sur un vieillard une veine fémorale ossifiée du côté coi-respondant à l'artère , qui l'était elle-même dans toute sa cii'conférence et dans une grande longueur.

Les productions morbides s'observent quelquefois sous forme de végétation , à la surface interne des veines, soit que la veine affectée soit ou non entourée par des productions semblables.

§ 455. La dilatation des veines est très-fréquente ; elle est de plusieurs sortes : quelquefois le système veineux tout entier en est affecté; le plus souvent la dilatation affecte une ou quelques veines seulement, ce qui constitue des varices. Presque toutes les parties du corps peuvent en être le siège; cependant ce sont les plus décUves , comme les membres inférieurs , les organes génitaux et l'anus; ce sont aussi les veines les moins profondes, comme les sous-cutanées, qui en sont le plus souvent affectées. L'augmentation de volume n'est pas seulement circulaire , mais les veines variqueuses forment des flexuosités multipliées qui dépendent d'un accroissement de longueur. On trouve quelquefois des dilatations très-peu étendues, et bornées à une partie de la circonférence de la veine , soit seules , soit réunies à des dilatations plus générales. La varice anevnsmale est une autre sorte de dilatation dépendante de la communication

« Hodgson, op. c:f.-B. Travers, m Surgical Essays part. I.- F'". A. B. Puclielt,%fa*Vi^ensr5««/« in scinenhrankhaften rerhaUmssen dargestell. m- 8"; Leipzig, 1818.

DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

accidentelle d'une artère et d'une veiAe, et du passage du sang de la première dans la seconde. Cette affection est ordinairement accoraparrnée d'un épaississement remarquable des parois de la veine dilatée et alongée. 11 se forme quelquetbis en outre un anévrisme consécutif entre les deux vaisseaux : ce cas est celui de l'anévrisme variqueux.

§ 456. Les veines se rétrécissent quelquefois par l'épaississement de leurs parois ; elles sont quelquefois obturées par l'effet de l'inflammation plastique ; quelquefois elles sont comprimées par des tumeurs voisines, ou bien embrassées par une ligature : dans ces cas, où leur cavité est oblitérée , et où la circulation cesse de s'y faire , le sang passe par des branches et des anastomoses , et il s'établit une circulation collatérale. »

On a vu la veine cave inféi'ieure oblitérée , soit au-dessous , soit même au niveau des veines sus-hépatiques , et le sang passer par la veine azygosjôn a vu plusieurs fois une des veines iliaques primitives, une veine jugulaire, etc., oblitérées; j'ai vu quatre fois le tronc veineux crural oblitéi-é dans l'aine; et dans tous ces cas, la circulation se faisait aisément par des voies collatérales. Hunter a vu une fois la veine cave supéi'ieure et la veine brachio-céphalique gauche presque entièrement effacées par la pression d'un anévrisme. J'ai vu cependant un cas où la veine cave supérieure et ses branches , étant remplies de matière plastique , et imperméables au sang , la mort a parvi être le résultat de cette altération. Plusieurs fois j'ai vu, mais pas constamment , de grandes infiltrations séreuses coïncider avec l'oblitération des veines.

§ 457. On trouve quelquefois dans les veines des petits corps durs et ronds , qu'on prendrait au premier aspect pour des productions osseuses accidentelles. Quelques-uns ont même supposé qu'ils se formaient d'abord dans les parois des veines, dans le bord de leurs valvules, ou même à l'extérieur de ces vaisseaux; mais il n'en est pas ainsi : ce sont des concrétions , des phlébolithes , du volume d'un grain de millet à un petit pois, diversement consistantes, formées de couches superposées, i-enfei-mées dans du sang coagulé, fîbrineux , et souvent logées dans des dilatations latérales des veines où le sang reste en stagnation , ou dans des veines variqueuses, ettoujoiu's dans des veines déclives. Les veines où on les rencontre le plus ordinairement en effet, sont celles de l'anus, du col de la vessie, de l'utérus , des ovaires , des testicules , et quelquefois même les veines sous-cutanées de la jambe.

L'hexathyridium ou polystoma venarum, dont Treutler a recueilli deux individus dans la veine tibiale rompue d'un homme qui lavait dans un fleuve, paraît êti^e un ver aquatique, une planaria, qui s'y serait introduit , et non un entozoaire.

QUATRIÈME SECTION

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