DES CARTILAGES EN GKNERAL
laire, et qui n'a pas avec les cartilages des rapports aussi inti-
dant plusieurs mois, même sur des jeunes' sujets , pour les réduire en une substance muqueuse analogue au tissu cellulaire ,' et qui , dans leur état ordinaire , doit être un degré extrême de condensation et de resserrement.
§ 544. lies cartilages contiennent une grande quantité d'eau ' ou de liquide séreux qui suinte à la surface quand on les incise , et qui l'humecte. Dans l'homme adulte la proportion d'eau qu'ils contiennent est à la substance sohde comme 2 ^ est à i . Le cartilage desséché devient demi-transparent, jaunâtre, susceptible de se déchirer; plongé dans l'eau il reprend en quatre jours son poids et son volume , sa couleur blanche, sa flexibihté , et perd de sa ti-ansparence.
§ 545. Soumis à l'action de l'eau bouillante, en lames minces, elle les crispe d'abord , les jaunit et les rend opaques.
L'action prolongée de l'eau bouillante sur les cartilages établit entre eux une diflerence fondée aussi sur d'autres caractères ; les cartilages articulaires se résolvent en gelée par la décoction , les autres , au contraire , y résistent. L'alcool rend les cartilages un peu opaques. Les acides étendus n'ont point d'action sur eux; concentrés, ils agissent comme sur l'épiderme. Leur analyse chimique laisse encore à désirer. On a répété vaguement, après Haller , qu'ils sont composés de gélatine et de terre. D'après M. Allen , c'est de la gélatine, et un centième de carbonate de chaux. Hatchett dit qu'ils sont formés d'albumine coagulée et de traces de phosphate calcaire ; mais on ignore de quel cartilage il veut parler. M. Chevreul a trouvé que les os cartilagineux du squale sont composés d'huile , de mucus , d'acide acétique et de quelques sels. M. J. Davy a trouvé le cartilage formé d'albumine 443 j d'eau 55; et de phosphate calcaire o,5.
§ 546. La propriété physique la plus remarquable des cartilages est l'élasticité. Ce n'est pas qu'ils s'alongent et reviennent sur euxmêmes , comme le tissu élastique ; ce n'est pas non plus , en général , comme les ligamens chon droïd es ,> qu'ils cèdent à la pression, et qu'ils reprennent ensuite leur épaisseur; mais ils sont flexibles, et se redressent avec force et promptitude quand la cause de flexion cesse d'agir. Les cartilages articulaires seuls soxit élastiques à la manière du tissu fîbro-cartilagineux.
§ 547. Les propriétés vitales et les phénomènes de formation, d'irritation et de sensation, sont extrêmement obscurs dans le tissu . cartilagineux. On ne sait si c'est aux cartilages articulaires, ou si ce n'est pas plutôt avix membranes synoviales qui les revêtent , qu'il faut attribuer la douleur que causent les corps étrangers des articulations quand ils s'engagent enti'e les surfaces.
§ 548. Les fonctions des cartilages dépendent uniquement de leurs propriétés physiques ; de leur solidité , qui les rend propres à conserver la foi-me de certaines parties ; de leur flexibilité et de leur
•Chevreul, de l'Influence que l'eau exerce, etc., in Ann. de chimie et de "physique, tome 19.
^^4 ANATOMIE GÉnl'balE.
élasticité, qui leur permettent de céder par instans , et de reprendre ensuite leur forme première.
§ 549. Les cartilages sont d'abord, dans l'embryon et le fœtus mous, muqueux et transparens comme de Ja gelée ou delà glu - là proportion d'eau y est alors extrêmement grande ; dans l'enfant ils sont encore peu colores, très-transparens, très-mous et peu élastiques. Ils acquièrent ensuite la blancheur , la fermeté et la demiopacité qui les caractérisent. Plus tard , dans la vieillesse , ils deviennent plus blancs ou jaunâtres , plus opaques , moins flexibles , moins élastiques, plus cassans, plus secs; la proportion d'eau y diminue , et celle de la substance terreuse augmente. Ils finissent la plupart par s'ossifier, en quelques points au moins. Ce changement commence quelquefois dès 1 âge adulte , mais surtout dans la vieillesse. L'inflammation le détermine prématurément.
§ 55o. L'action organique de la nutrition y paraît très-lente. L'usage de la garance ne les colore pas ; cette substance paraît n'avoir d'affinité qu'avec la substance terreuse des os. Ils jaunissent dans l'ictère. Les os cartilagineux de la colonne vertébrale de la lamproie paraissent et disparaissent chaque année, ce qui suppose pourtant une grande activité organique ; il en est de même de l'accroissement rapide du larynx vers l'époque de la puberté.
§ 55i. Les productions cartilagineuses accidentelles sont trèscommunes; elles ont tous les caractères des cai tilages naturels : la couleur , l'homogénéité apparente , etc. Elles présentent toutes les variétés de texture des cartilages , et même plus ; aussi faùt-illes distinguer en deux sortes. Les cartilages accidentels imparfaits sont quelquefois à l'état de gelée, ou bien ils ont la consistance du blanc d'œuf cuit. Ils ont une couleur laiteuse, ou jaunâtre, ou gris de perle; ils s'ossifient en partie ou en totalité, plutôt que de devenir des cartilages parfaits. On les trouve sous forme d'incrustation dans les artères , et surtout dans l'aorte et dans les artères cérébrales ; sous forme de kystes autour des productions morbides et des acéphalocystes; formant des trajets fistuleux dans les poumons ; sovis forme de masses irrégulières dans les goitres et autres tumeurs composées, et sous celle de corps isolés dans les articulations.
Les cartilages accidentels parfaits sont ceux qui présentent les caractères du tissu naturel , et spécialement sa fermeté. On en trouve formant de petits kystes remplis de phosphate de chaux. On en trouve souvent à l'étal de corps isolés , d'un volume médiocre , d'une figure obronde , dans les membranes synoviales , ou à leur extérieur , d'où ils pénètrent dans la cavité en poussant la membrane devant eux , en s'en enveloppant comme d'un doigt de gant dont la base, après s'être amincie, se divise. Ils s'ossifient imparfaitement en partie ou en totalité, en commençant par le centre. On trouve aussi de ces corps cartilagineux dans les cavités splanchniques , et surtout dans la tunique vaginale, oîi ils pénètrent comme les précédens.
On trouve aussi des cartilages parfaits sous forme d'incrustation ou de plaques , dans le tissu cellulaire sous-séreux de la rate , des poumons , de la plèvre costale ; dans l'épaisseur des valvules du cœur, surtout du côté gauche: dans le tissu sous-séreux de la plèvre et du péritoine diaphragniatiques , dans celui du foie ; dans les her-
t)ES DIFl'IiRENTES SORTES DE CARTILAGES.
nies, et rarement dans la paroi antérieut"e de l'abdomen. Tout'éà ces incrustations ont une grande tendance à s'ossifier. On troufè aussi des cartilages en masses informes dans les tumeurs composées et dans le tissu cellulaire accidentel des membranes séreuses. - Il se forme quelquefois des cartilages accidentels par transformation d'autres tissus. Une vieille femme qui était, il y a quelques années, à rhôpilal de la Faculté de Médecine , et qui portait sur le front une large excroissance cornée conoïde , venue sur une cicatrice de brûlure, étant morte , on a trouvé dans la base de cette corne les os du crâne transformés en cartilages. M. Laennec a vu une transformation cartilagineuse de la membrane muqueuse de l'urètre. J'ai vu la même chose au vagin , dans un cas de prolapsus de l'utérus , et au prépuce , dans un cas de phymosis de naissance, dans un vieillard. Je crois toutefois que ces ti-ois cas appartiennent plutôt aux productions desmo-cartilagineuses.
§ 552. Les altérations ' des cartilages sont rares, et le plus souvent consécutives. Ils résistent très-long-temps à l'action destructive des tumeurs anévrismales , et à la propagation des maladies des organes voisins. Les altérations auxquelles ils sont sujets , et la z-éparation de leurs lésions, sont d'ailleurs un peu différentes dans les différentes sortes de ce tissu.
SECONDE SECTION