‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 55 sur 73 · DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL

§ 74i. Le système nerveux' forme un tout continu ou un ensemble rameux et réticulé , dont toutes les parties se tiennent.

§ 'j42- Ce système consiste en une masse centrale, en cordons nerveux et en ganglions.

La masse nerveuse centrale, qui n'a point reçu de nom propre, et que l'on désigne sous le nom de cerveau en général , et quelquefois sous celui d'axe nerveux, d'organe cérébrospinal, consiste ellemême en plusieurs parties que l'on distingue, par leur situation, en moelle épinière ou cordon rachidien ( Vuyjr-fii Mu=),os ) et en encé phale ( EvzéçaAcs ) ; parleur forme et leur texture, en moelle nerveuse et en cerveau, cervelet, et tubercules quadrijumeaux ; les lobes olfactifs rudimentaires sont regardés comme des nerfs.

La moelle est un gros cordon impair et médian , divisé par un double sillon en deux moitiés latérales, et par l'insertion des lig^imens dentelés en faisceaux antérieurs et postérieurs. Ce cordon , contenu en grande partie dans le canal vertébral , est prolongé dans le crâne , et porte là le nom de moelle alongée ou crânienne. Dans cette dernière partie , outre les faisceaux antérieur et postérieur , il y a de chaque côté un faisceau latéral ou moyen.

Les faisceaux moyens , renforcés par les éminences olivaires , se prolongent , pour la plus grande partie, dans les tubercules quadrijumeaux , et s'y terminent. Les faisceaux postérieurs , après s'être renforcés dans le corps festonné ou rhomboïdal , s'épanouissent dans

1 Th. Willis, Cerehri analome neruorûmcjue descripdo et usas; Geneuœ^ 167G. — R. Vieussens, Neurographia unwersalis; Lugd., 168^. — G. Prochaska, de Structurel nervorum tract, anat.; Ejusd. Commcntatio de Jiinction. systcm. iieri>.; in op. minor. — Viçcf-d'Azyr, Rccli, sur la struct. du cerveau, du'cçrvolet, de la moelle alongee, de la moelle e'pinière, et sur l'origine des nerfs, etc.; in Mcm. de l'Acad. des Se. de Paris , 1781 et 1788. — A. Monro , Obseri'. on the nervous sjrstem; Edinh., 1 783. — Ludwig , Scriptores iwi^rologici minores selecli, etc.; Lipsiœ, 1791-95, /j". — F. G. Gall et Spiii zlieiin, Recli. sur le système nerv. en général, et sur celui du cerveau en particulier ; Paris, 1809. — Rolando, Saggio sulia vera struttura dcL ceurcUo de.lV uomo e degli

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■^nat. undphjsiol. dcsiiervcn 5jsre/>;; Leipzig , 181 4.

AÎJATOMIE GÉhÉrALE.

le cervelet et le formcnl; se prolongeant au delà, ils se réunissent d une part sur la ligne médiane , sous la moelle alongée , où ils forment^ la protubérance annulaire ou le pont de varule, et d'un autre côté s'unissent avec les tubercules quadrijumeaux- Lcs faisceaux antérieurs , après s'être entre-croisés , réunis à une partie des latéraux , renforcés dans les couches optiques et les corps striés , s'épanouissent en rayonnant pour former les hémisphères du cerveau, et se rejoignent sur la ligne médiane dans le corps calleux.

Les cordons nerxcux ou les nerfs , au nombre de quarante et quelques paires , tiennent à la moelle par ime extrémité : ils présentent un certain nombre de plexus oîi ils communiquent enlr<> eux-, des ganglions nombreux se rencontrent dans leVir trajet; les coi-dons se terminent par une autre extrémité dans les deux tégumens, dans les orgaijies des sens, dans les muscles, et dans les parois des vaisseaux , surtout dans l'épaisseur des artères.

§ 743. La forme du système nerveux est , en général , symétrique; la symétrie est surtout très-marquée dans les parties centrales, plus encore dans la moelle que dans l'encéphale , où la surface des IoIjcs du cerveau et du cervelet présente toujours des irrégularités. Les nerfs qui tiennent immédiatement à la moelle sont tous symétriques , excepté le pneumo-gastrique , qui se distribue à des organes asymétriques : tous cependant cessent d'être , dans leurs dernières divisions, aussi rigoureusement symétriques que dans leurs troncs. Les ganglions et les nerfs qui appartiennent aux organes asymétriques des fonctions végétatives participent dès leurs parties centrales , mais surtout dans leurs divisions et à leurs extrémités périphériques, à l'irrégularité de ces organes.

§ 744- La situation du système nei'veux est intérieui-e et centrale pour ses masses , profonde encore pour les cordons nerveux : les extrémités seules de ces Cordons aboutissent aux surfaces du coi-ps , aux deux tégumens.

§ 745. Le système nerveux est formé de deux substances distinguées, par leur couleur et leur situation respective, en blanche ou médullaire , et en grise ovi corticale.

§ 746. La substance nerveuse blanche , appelée aussi médullaire, medullaris , parce que, le plus souvent , elle est enveloppée par l'autre, présente plusieurs nuances de blanc.

Sa consistance varie un peu dans les diflérentes parties. Elle est en.général moins élastique que de la gélatine , mais un peu plus glutincuse, visqueuse ou tenace. La section est uniforme en couleur, et en apparence homogène : on y aperçoit seulement des points rouges ou des stries sanguines. En effet , cette substance est très-vasculaire ; quand on la déchire , les vaisseaux sanguins rompus font sailluà la surface inégale de la déchirure.

La substance nerveuse blanche, trempée pendant quelques mmutes dans l'huile bouillante, ou i^longée pendant quelques jours dans 1 alcool , dans les acides nitrique ou miu-iatique aflaibhs , dans 1 alcool acidulé, ou dans une solution de sublimé corrosif , augmente en consistaace; et si on essaie alors de la distendre et de la rompre dans un sens ou dans un autre, on voit qu'elle ofire une apparence hljreuse. On peut en séparer des fdamens blancs, fins connue des cheveux. Lesjjbrilles les plus fines qu'on puisse obtenir sont si délicates et si etroi-

DU SYSTÈME iVERVEUX EN GÉnÉuAL,

temcnt unies entre elles , qu'il est très-difficile do rien assurer touchant leur longueur et le dinniètre des plus fuies ou des fibrilles ■primitives. Ces fibrilles , .parallèles ou concentriques , sont réunies ■en Aiisceaux qui ont, les uns à 1 égard des autres, diverses directions. On ne sait pas exactement si cette disposition fibreuse existe dans tout le système nerveux; seulement on l'a trouvée partout où on l'a cherchée, et toujours ou l'a retrouvée la même dans les mêmes parties.

Cette structure fibreuse est visible dans quelques parties du système nerveux sans aucune préparation ; presque partout on trouve plus de difficulté à déchirer cette substance dans un sens que dans l'autre, et précisément dans le sens suivant lequel les préparations chimiques indif[uées montrent la direction des libres.

La substance nerveuse blanche, desséchée, acquiert une couleur jaunâtre et une\ipparence cornée; coupée en tranches minces,, elle devient demi-transparente ; plongée dans Feau , elle reprend sa couleur et son opacité.

§ 747- substance grise cinerea, appelée aussi corticale parce qu'elle enveloppe dans beaucoup d'endroits la précédente , présente comme elle, et même plus encore, des variétés de nuance : elle Varie du gris de plomb à la teinte brune noirâtre. Cette substance est toujours plus molle que la blanche. La surface de son incision est uniforme , et présente seulement des points et des stries rouges , plus nombreux encore que dans la substance médullaire. Cette substance, en effet, est, en quelques points au moins, beaucoup plus vasculaire que la blanche. Celle qui forme l'écorce du cerveau «t du cervelet contient tant de vaisseaux , que lorsqu'elle a été bien injectée, et macérée ensuite, elle paraît au microscope entièrement vasculaire. Albinus ^ cependant affirme, et avec raison, que dans ce cas même il reste évidemment une partie non injectable ou extravasculaire. La substance grise, soumise aux mêmes préparations chimiques que la substance blanche, ne présente pas dans sa déchirure une apparence fibreuse tout-à-fait semblable à la sienne. Soumise.à l'action de l'eau, la substance nerveuse grise devient plus molle, se gonfle un peu, et perd une grande partie de sa couleur. Les acides , l'alcool , et surtout le sublimé corrosif, la blanchissent aussi en- la durcissant; desséchée ensuite, elle devient pulvérulente. La cou- 1-cur , un peu variable suivant les races et les individus , paraît être un produit de la matière colorante du sang.

§ 74B. Les deux substances nerveuses sont diversement entremêlées l'une avec l'autre dans les diverses parties du système nerveux : dans les lobes ou hémisphères du cerveau et du cervelet, la substance grise forme une enveloppe ou une écorce à la blanche; dans la moelle épinière, la substance grise forme deux cordons intérieurs, enveloppés par la substance blanche ; dans la moelle alpngée et dans les pédoncules du cerveau et du cervelet, on trouve des amas ou noyaux de substance grise , enveloppés de substance blanche , des lames ou couches alternatives des deux substances , des cordons ou fibres de 1 une et 4e l'autre , qui se croisent ou se traversent réciproquement ; dans les ganglions , une substance grise particulière , traver-

'*I.iulwig, de Cinerea cerehri substantia. ■'■ Acad. annot., lib. 1, cap. 12.

3<^4 ANATOMIE Gi'nRRAITl.

sée par des fibres blanches ; clans les nerfs, enfin , des fibres blanches seulepaent.

La substance blanche forme seule un tout continu. La substance grise, au contraire, ne se rencontre que par places; on la trouve partout où sont implantées les extrémités centrales des nerfs; on a supposé même qu'elle existait aussi ;\ leur extrémité périphérique, et notamment dans le corps muqueux de la peau ; on la trouve encore là où les fibres blanches prennent de l'accroissement et semblent s'épanouir, comme dans les pédoncules du cerveau et du cervelet ; on la trouve enfin à la surface du cervelet , du cerveau ; du a cru même , mais sans preuve , qu'elle existait dans les ganglions.

La texture fibreuse de la substance nerveuse avait déjà été aperçue <lans la substance blanche par Malpighi , mais il regardait la substance grise comme glanduleuse.

Cette idée de Malpighi sur la substance ^rise , a été long-temps admise conjointement avec Fopinion hypothétique que les nerfs sont creux ou canaliculés. On a substitué ensuite à l'idée de Malpighi sur la' substance grise, celles d'un point d'origine (Gall) , et d'un centre d'action (Ludwig), etc.

§ 749- substance nerveuse , soit blanche, soit grise , examinée au microscope ' , et grossie d'environ trois cents diamètres , paraît dans toutes ses parties composée de globules demi-diaphanes , réunis par une substance transparente et visqueuse. Ces globules ont paru à DcUatorre différens en volume dans le cerveau, le c<?l*velet, la moelle et les nerfs, les plus gros étant dans le cerveau, et les plus fins dans les nerfs ; ces globules lui ont paru entassés sans ordre dans la masse nerveuse centralte , et en séries Unéaii'es dans les nerfs ; quant au liquide dans lequel ils sont contenus, il lui a paru peu visqueux dans l'encéphale , plus dans la moelle épinière , et plus encore dans les nerfs. Ces globules et le liquide dans lequel ils sont plongés, fournis et réparés continuellement par l'abord du sang artériel, se porteraient, suivant lui, du cerveau, comme d'un centre, à tout le corps, et réciproquement; leur flux du cerveau aux muscles déterminerait le mouvement , leur reflux des sens au cerveau produirait le sentiment. Celte explication inadmissible doit êtré sépai'ée de l'observation anatomique assez exacte sur laquelle elle repose.

Pi-ochaska ayant examiné au microscope une lame de substance nerveuse assez mince pour être transparente, a trouvé qu'elle ressemblait à une sorte de pulpe formée de globules ou particules rondes innombrables; par l'action de l'eau cette pulpe se divise en petits flocons , et chaque flocule est encore composé d'un certain norabrede globules ; la macération , prolongée même pendant trois mois , est insuffisante pour séparer les globules les uns des autres. Il en conclut que le moyen d'union est un tissu cellulaire délicat, formé en partie par les vaisseaux sanguins , et en partie par des prolongemens de l'enveloppe du système nerveux : les globules lui ont paru de volume différent dans une même partie du système ; il évalue le volume de

' J. M. Dellutorre, Nuoi>e assert', micros.; in Napoli, ij^G. — Procliaska , de Siruct. ntvvor.— J. et Ch. Wcnzcll , fie Pcnidori struct. ccrebri;'Y\A)wp 1812. — A. Darba, Osseiv. microsc. sidcen'clLo e stiUc parti adjaccnli; tSapoU, 1807. — Home et Baucr, /'/li/os. trans.; aiiu. 1821.

ceux

DU SYSTEME M EUVEUX EN GENERAL. 3o5

•u.v tlu cerveau et du cervelet i\ environ un huitième de celui des lobules du sang; quant à la structure des globules eux-mêmes, les plus puissans microscopes n'apprennent rien à ce sujet.

Barba a observé les globules , et n'a pas trouvé, de diftérence dans la substance qui les réunit entre eux dans les diflërentes parties du

système nerveux. ■ ^ n n -i

" Les frères Wenzell ont ajoulé quelques observations a celles-là pis ont trouvé la substance nerveuse partout formée de globules qu'ils regardent comme des 'vésicules remplies de substance médullaire ou cendrée, suivant les parties-, les globules semblent se toucher ou adhérer , et on n'aperçoit rien entre eux. Cette apparence globulaire résiste à la dessiccation , à l'action de l'alcool , soit pur , soit acidulé.

MM. Home et Bauer ont publié deux résultats dilFérens d'observations microscopiques : suivant leurs premières recherches, le cerveau frais serait composé de fibres formées par la réunion de globules d'un diamètre à peu pi'ès semblable à ceux du pus. Suivant lem-s nouvelles observations , la substance nerveuse serait composée de globules blancs , demi-transparens ; les uns du volume de ceux qui forment le noyau des particules colorées du sang , les autres plus petits ; de substance gélatineuse, transparente et soluble dans l'eau, et d'un liquide semblable au sérum du sang : la proportion de ces trois parties, les ■ globules , la gelée et le sérum, ainsi que le volume des globules , donneraient lieu aux principales différences que présente le système nerveux. La substance grise présente peu de fibres •ùniglobuiaires distinctes , elle est formée surtout de très-petits gloîiules , la substance gélatineuse et le liquide séreux y sont très-abondans. La substance médullaire des hémisphères du cerveau et du cervelet contient des fibres formées de séries linéaires de globules plus distinctes, plus abondantes; la majeurer partie des globules qui les composent sont d'un diamètre plus grand : la substance gélatineuse est plus tenace et en moindre proportion que dans la substance grise. Le corps calleux et le bulbe rachidien ont surtout des globules d'un diamètre moyen , la substance gélatineuse et le sérum sont plus abondans que dans les hémisphères, et la première est moins tenace. Dans les nerfs on trouve des globules de tous les diamètres réunis ei^ fibres, et celles-ci en faisceaux. La matière gélatineuse dont il s'agit ici se retrouverait dans le sang, où elle servirait de moyen d'union aux particules de la matière colorante qui entoure les globules.

M. H. M. Edwards pubHe ' dans ce moment des observations microscopiques d'après lesquelles la substance nerveuse de l'encéphale , de la moelle , des nerfs , dans les quatre classes de vertébrés , est composée de globules microscopiques de i/3oo de millimètre réunis en séries de manière à former des fibres primitives dont la longueur est assez considérable.

J'ai vérifié ces observations dont l'importance est d'autant plus grande, que l'on trouve des globules semblables, mais arrangés un peu différemment, dans tous les tissus des animaux.

Suivant M. Carus, les globules nerveux sont disposés en amas dans les masses centrales qui agissent par irradiation , et en lignes réguUères dans les nerfs qui n'agissent que comme conducteurs.

> Mémoire sur la structure élémentaire des principaux tissus orcaniaiirq des animaux : Thèse; Paris, 3o juillet 1823. ' b t

ANATOMIE GLNIÎRALE.

§ 75o. Le lissLi cellulaire qui réunit eulre elles les filjiiUes uerveuses est mou et peu apparent. Ce tissu est plus condensé à la surface , où , réuni aux vaisseaux , il forme une membrane plus ou moins dense, plus ou moins vasculairo; unique pour les nerfs i(névrilème) , double autour du centre nerveux (pie-mère et méninge), avec un intervalle à parois contigues établipar unemembrane séreuse (l'arachnoïde).

^ 75i. Les vaisseaux sangiiinsdu système nerveux sont très-nombreux. Ils se ramifient d'abord beaucoup dans l'enveloppe immédiate de ce tissu (névrilème et pie-mère); ils pénètrent ensuite dans la' substance grise, où ils sont extrêmement abondans ; ils pénètrent enfin dans la substance blanche, où ils sont bealicoup plus fins et moins nombreux. On ne connaît point de vaisseaux lymphatiques dans le système nerveux.

§ 762. La substance nerveuse a été èïcàftiinée sous le rapport chimique par Thouret , Fourcroy et M. Vauquelin.

L'analyse du cerveau, faite par M. Vauquelin , a donné les résultats suivans : eau 80,00, matière grasse blanche 4)53; matière grasse rougeâtre 0,70; albumine 7,00; osmazome i,J2; phosphore i,5of; acides, sels et soufre 5,i5.

D'api'ès les expériences de cet habile chimiste, la moelle et les nerfs auraient la même composition que le cerveaii'.

M. John a reconnu que la substance grise ne contient point de phosphore. '

M. Chevreul a trouvé dans le sang une matière caractéristique de la substance nerveuse : la cérébrine.

§ 753. Les propriétés vitales du système nerveux le distinguent' essentiellement de tous les autres genres d'organes ; outre la faculté' commune à toutes les parties des corps vivans de se nourrir , il possède une autre propriété active , tout-à-fait spéciale , qu'on appelle force nerveuse, puissance nerveuse, influence nerveuse; elle se manifeste par les fonctions de ce système, désignées sous le nom collectif d'innervation.

§ 754" L'innervation beaucoup trop restréinte par ceux qui la bornent à la sensation et à la volition , tient sous sa dépendance , d'une manière plus ou moins directe, tous les phénomènes de la vie. Les physiologistes modernes, en constatant cette prééminence du système nerveux, ont mis à même, en s'appuyànt sur les observations d'anatomie et de physiologie comparatives , sur les obsei-vations de l'embryogénésie , et sur les observations et les expériences physiologiques et pathologiques, d'établir quelques lois de l'innervation. En général le système nerveux a d'autant plus d'influence sur le reste de l'organisme , que l'animal plus élevé dans la série à ce système plus développé. Dans l'espèce humaine le système nerveux a d'autant plus d'influence sur les fonctions que l'individu plus éloigné de l'état d'embryon a également ce système plus perfectionné. L'influence de l'innervation sur une autre fonction est d'aiitant plus

iRolando, op. cit., et Journal de physiologie, t. ITT. — • Georset, de la Pbysiologie du système nerveux, etc.; Paris, i8ii. — riourens, Reclierclies physiques sur les propriétés et les lonctions du système nerveux, etc.; m archives générales de médecine, vol. II.— Fodèrè, Rcclier. e.Kpèrimcnt. sur la système nerVeux; inJourn. de physiol., tom. III.

mr SYSTÈME NliUVEUX EN CliWKRAL. Soj

marquée, que cette fonction s'éloigne davantage du but des Ibnclions vt'^clativcs. L'influence du centie nerveux sur le reste du systèpic cst^'d'autant plus grande et plus nécessaire , que le centre est plus développé, plus volumineux relativemerit au reste du système, et surtout que les parties diverses de la masse centrale sont plus exactement rassemblées vers un point unique : c'est sous ce dernier rapport surtout que le système nerveux de l'homme diffère de celui des animaux.

§ 755, Les opérations mentales les plus élevées s'exercent sur des résultats , et se manifestent par l'intermédiaire de l'action nerveuse; il est donc vrai de dire que l'homme est une intelligence sentie par des organes.

Les actions de combinaison , intermédiaires à la sensation et à la volition , qui constituent une apparence d'intelligence , ou l'instinct perfectionné des animaux vertébrés, appartiennent aussi à l'innervation.

L'instinct le plus borné,', qui, dans tous les animaux , même les plus imparfaits , lie nécessairement certains mouvemens à certaines sensations, est encore une action nerveuse.

La sensation et la volitioii , quels que . soient les phénomènes intermédiaires, sont encore des actions du même genre.

Les phénomènes d'irritation , c'est-à-dire l'impression non sentie et le mouvement involontaire , sont eux-mêmes plus ou moins dépendans de l'action nerveuse. Dans le canal intestinal , le cœur , etc. , ordinairement l'impression n'est pas sentie, et la contraction musculaire n'est pas voulue, mais déjà pourtant le système nerveux intervient ; car si dans l'ordre régulier l'impression ne va pas avi dqlà des ganglions , et si la contraction musculaire en est le résultat nécessaire, cai-actère de l'irritabilité, dans certains cas d'impression extraordinaire, la sensation en résulte ; et de même, quand la volonté est troublée par les passions, les mouvemens musculaires intérieurs s'en ressentent. Dans les vaisseaux , et particulièrement dans les arterioles, l'action nerveuse est très-évidente. Dans le tissu cellulaire, l'impression et la contraction étroitement liées, et désignées par le nom unique de tonicité, paraissent peu dépendantes du système nerveux, mais n'y sont pourtant point étrangères.

L'influence nerveuse n'est point limitée aux seuls organes ou parties solides , le sang ' en éprouve leS effets.

§ 756. Les fonctions.de formation et d'entretien , c'est-à-dire les fonctions nutritives et génitales , sont aussi toutes plus ou moins dépendantes de l'innervation.

La digestion ^, non-seulement les sensations et les mouvemens qui ont Ueu à l'entrée de ses organes , mais l'action même de l'estomac, est soumise à ^innervatio^ ; on sait depuis assez long-temps déjà que la section des nerfs de l'estomac ôte à cet organe la faculté de digérer et de pousser des alimens dans les intestins.

La respiration n'est pas moins soumise à l'influence nerveuse ; la section des nerfs du poumon détermine bientôt l'asphyxie et la mort.

■ G. A. Trcviranus, Diotogici, B. page 6^Q.—Idcrn, yermisclUc Schrificn, clc. B. T, page gg.

A. Briinn, Expcrim. circa Usât, ncrvovum. — Vavasscùr, de rinfliionce du système nerveux sur la digcsLion slomacalc : Thèse; Paris ^ la août ibaS.

ANATOMIE GÉNlÎRAtîE.

La circulation , surtout l'action du cœur et des artères capillaires, ost également sous la même influence.

La sécrétion est évidemment aussi sous l'influence de l'innervation. Des expériences directes montrent que la section des nerfs d'un organe y suspend la sécrétion. L'inhalation ou absorption est également modifiée par l'action nerveuse. La nutrition ou formation organique , sans être un résultat immédiat de la force nerveuse , est pourtant soumise à son influence. La chaleur animale en est plus évidemment encore dépendante. Les expériences physiologiques de MM. Brodie et Chossat ont mis hors de doute cette influence : les expériences chimiques et physiologiques de MM. Dulong et Despretz ont démon ti'é que cette chaleur ne pouvait pas dépendre tout entière de la respiration.

On, voit de même dans la génération les sensations et les mouvemens volontaires qui l'accompagnent, les mouvemens d'irritation, les phénomènes de sécrétion du sperme et de formation des ovules , ceux de Ici nutrition et de l'accroissement de l'œuf fécondé , être tous, mais plus ou moins directement, soumis à l'action nerveuse.

§ ']5']. La symphatie ou la coexistence de deux phénomènes de formation, d'irritation, de sensation ou de volition , dans des parties différentes , et par l'action d'un seul agent , fait le plus extraordinaire de l'organisme, est encore un effet de l'action nerveuse.

§ 768. Quel rapport existe-t-il entre les diverses parties du système nerveux relativement à ses fonctions? Y a-t-il un seul centre, soit la moelle, soit l'encéphale ? ou bien y a-t-il deux centres, savoir : un cérébi'al et un ganglionnaii'e? ou bien enfin y a-t-il autant de centres distincts qu'il y a d'organes principaux ou de grandes fonctions? Ces opinions, toutes fondées sur des observations, sont toutes vraies dans de certaines limites.

Dans l'homme adulte, le système nerveux forme un système unique dont toutes les parties concourent à l'action de l'ensemble, à l'innervation , rpais en outre chacune a sa fonction propre. Ainsi le cerveau et le cervelet, outre leurs fonctions particuhères, augmentent l'énergie de la moelle, celle-ci augmente celle des nerfs. Dans l'homme adulte, l'encéphale, et plus précisément encore le mésocéphale, c'est-à-dire fextrémité crânienne de la moelle , l'endfoit d'où naissent les pédoncules du cervelet et du cerveau, est vraiment le centre d'action du système nei'veux.

§ 759- Q"^l rapport existe-t-il entre les deux substances du système nerveux, et quel est leur usage particuher?

M. Gall regarde la substance grise comme la substance matrice des nerfs , comme une couche fertile dans laquelle les nerfs sont enracinés , et d'où dépend leur nutrition et leur accroissement. Sz M. Gall avait entendu par-là qu'il y eût une véritable production ou végétation , il aurait tort : car d'une part aucune partie n'est le produit de l'autre, toutes sont déposées par les vaisseaux chacune à leur place; et d'un autre côté la substance blanche apparaît avant la grise, soit dans le règne animal, soit dans fembryon. S'il n'a voulu parler que d'une implantation il a eu raison. On doit regarder avec Ludwig, M. Gall,-M. Carus et M. Tiedemann, la substance grise comme un centre d'activité, comme fortifiant l'action des parties blanches qui y sont implantées , en tant surtout qu'elle pro-

DU SYSTÈME NERVF.-UX EN GENLUAI-.

(luit cet eiret par la grande quanlité de sang artériel qui la parcourt, cèite substance abcmde dans la moelle, \h on tiennent les plus gros nerfs • elle abonde également dans le corps rhombo.dal du cei'velet, et dans les corps optiques et cannelés du cerveau , amsi qu a la surlace de ces deux organes dans l'homme. ,

§ 760. Quelle est la fonction particulière de chacune des parties du système nerveux ? ^

Les nerfs (Sect. II) conduisent les impressions des surfaces vers le centre , et le principe des mouvcmens du centre vers les muscles et les vaisseaux.

Les ganglions ( Sect. III) , à raison de la quantité de sang qui s'y distribue, et à raison de leur. texture particulière, modifaent 1 action nerveuse.

La masse nerveuse centrale remplit les parties les plus importantes de la fonction d'innervation ; elle est l'instrument de l'intelligence.

Les actions de combinaison , intermédiaires aux sensations et aux volitions, sont aussi des fonctions de l'encéphale.

L'instinct , également intermédiaire à ces deux ordres de phénomènes, s'il est attaché à une partie nerveuse spéciale, a probablement son siège dans la partie supérieure de la moelle.

Qn s'est souvent occupé de déterminer , par l'observation et par l'expérimentation , le siège organique de la sensation et de la volition.

M. Rolando regarde les hémisphères du cerveau comme le siège de ces deux actions , et le cervelet comme l'organe qui envoie aux muscles le principe moteur sous la direction du cerveau.

Suivant M. Flourens , la moelle, à l'endroit oh elle est surmontée des tubercules quadrijumeaux , serait le point commun d'arrivée des sensations , et de départ de l'influence nerveuse desmouvemens musculaires. Le cervelet, suivant ce physiologiste, serait le balancier ou le coordonnateur des mouvemens; suivant lui l'ablation du cervelet rend l'animal incapable d'agir d'une manière régulière et coordonnée pour la station et pour la locomotion. 1

M. Magendie, se fondant sur les expériences de Lorry, de Legallois , et sur les siennes propres , pense que la sensibilité est inhérente à la moelle épinière. Cet habile physiologiste est d'avis que la Volonté ou la faculté de déterminer les mouvemens musculaires réside dans la partie la plus élevée de la. moelle crânienne , jusque dans les tubercules optiques et les pédoncules du cerveau; que les tubercules optiques sont nécessaires aux moûvemens latéraux 5 que les hémisphères cérébraux sont nécessaires pour la production du mouvement en avant, et le cervelet pour le mouvement contraire. La soustraction de l'un ou de l'autre de ces organes supprime son action , et détermine l'action irrésistible de l'autre ; la soustraction d'une couche optique détermine un mouvement de tournoiementi

MM. Foville et Pinel Grandchamps ont été conduits par des observations d'anatoinie morbide, auxquelles ils ont joint des expériences sur les animaux, à établir le siège de la sensibilité dans le cervelet, et celui du mouvement volontaire dans la substance médullaire des hémisphères; la partie antérieure et le corps strié pour

\ç meivibic abdominal , la couche optique et la partie postérieure de llicmisphere pour le membre supérieur.

M. Dugès ' , par un rapprochement ingénieux de faits physiologiques et pathologiques, place également le siège de la sensibilité dans le cervelet, et celui du mouvement volontaire dans les hémisphères du cerveau , en admettant que la sensation est transmise directement au côté du cervelet correspondant à l'impression ; au contraire , comme on le sait depuis long-temps , la volition est transmise d'un côté du cerveau au côté opposé du corps.

Ces diverses opinions, qui se contredisent en quelques points, reposent les unes et les autres sur des faits plus ou moins bien observés ; de nouveaux faits sont nécessaires pour 'dissiper les incertitudes qui restent encore sur ce sujet.

La transmission du sentiment a lieu par la partie postérieure de la moelle épjnière , et celle du mouvement par sa partie antérieure. 11 y a , comme on le verra plus loin , des nerfs spéciaux pour chacune de ces fonctions.

La moelle , qui dans ces fonctions ne remplit que le rôle de conducteur, est le siège ou l'origine du principe de l'irritabilité. Si l'on divise à sa partie moyenne la moelle épinière d'un animal vivant , la partie postérieure du corps devient insensible et immobile. Si l'on irrite la peau de cette partie du corps , l'irritation non çentie détermine des mouvemens involontaires dans les muscles de cette partie. Si la moelle est enlevée , et par-bX les connexions centrales des nerfs détruites , on ne pourra plus déterminer de mouvemens en irritant la peau.

La circulation est sous l'influence de la moelle tout entière , et de tous les nerfs moteurs qui y tiennent; l'action particulière du cœur aussi , mais raédiaternent , et immédiatement sous l'intluence du nerf sympathique. La respiration est sous la direction de la partie supérieui'e et latérale de la moelle ; la digestion, sous l'influence combinée des nerfs vague et sympathique.

La séci'étion, l'absorption , la chaleur vitale et la nutrition, sous l'influence de toutes les parties du système nerveux.

§ 761. On ne sait rien sur la manière dont le système nerveux produit l'innervation. Ce fait échappant à l'observation, une foule d'hypothèses ont été proposées : elles ont varié avec les doctrines dominantes à chaque époque.

On a essayé d'expliquer l'action nerveuse par des hypothèses mécaniques, soit en supposant que les fibres nerveuses pouvaient vibrer à la manière des cordes , soit en admettant seulement de pareilles vibrations dans leurs fibrilles élémentaires, ou dans des fibrilles spirales qu'on y supposait , ou enfin par iin ébranlement dans les globules élastiques dont on y avait deviné l'existence. ^

On a fondé d'autres exphcations sur la supposition d'im fluide nerveux , soit grossier et visible , soit plus généralement un fluide incoercible; et, dans cette dernière supposition, on l'a tantôt appelé éther. tantôt phlogistique ou magnétique, lumineux, électrique ; en dernier lieu galvanique, suivant les objets qui ont lixe a tliverses époques l'attention des physiciens.

' Mémoire inédit.

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DU SYSTÈME NERVEUX EN GKNtRAL. 3ll

Reil a proposé à ce sujet une hypothèse qui consiste à faire dcril'nction nerveuse d'un procédé chimico-Vitnl. 11 attribue en ^...uvil l'action des parties organiques à leur forme et à leur composition. La forme et la composition des parties organiques étant ihangées, leur action l'est toujôurs; et toutes les fois que 1 action est chan-ée il y a des changeinens observables dans les parties ; de sorte an'en règle générale, le changement d'action est a conséquence d'un changement de composition des parties : 1 action neiveuse suppose donc un changement dans la substi^nce nerveuse. Ce qui paraît surtout favorable à cette hypothèse de Red, c est 1 abondance de sang artériel qui se distribue dans le système nerveux , et surtout dans là substance grise, dpnt le volume est toujpurs relatit

à l'activité nerveuse (§ 759). " ' * '' ' ' ' ;

$ 762. On pourrait , indépendamment de toute hypothèse, cdnsidcrer l'action nerveuse coiiimé un fait général , et en observer les phénomènes et les conditions. Les phénomènes de l'innervation ne sont pas sensibles dans le nérf,' cfommé fceux ^Ic la contraction musculaire dans le muscle : ort n'y voit rien'; cependant quelques faits semblent indiquer qu'il y a pour la sensation un mouvement quelconque dans la substance nervéïise fen action. La sensation résultanj: de l'impression faite par la lumière sûr l'œil n'est pas instantanée';' rébranlemeiit ou la pression de l'œil dans robscùrlté doniié lieii à la sensation de lumière , etc. Beautoup d'autl-es'faits rals'sëhibiés/par Darwin sembleraient indiquer qu'il y a dans' la sensàtibti ÏÏft mouvement moléculaire de la substance nerveuse qui tt*est''pas înstan^^ tané. D'un autre côté, becHteoup de faits semblent ilidicjuy<''(]iuë^fô système nerveux est f organe formateur et conducteur d'uh àgeiit impondérable analogue à l'agent électriçpie ou galvanique. Cet agent de l'innervàtion , dont l'existence a été prévue pAr Pieîl , reconnue par M. de HUmboldt et par Aldini, admise et souletiiie avec tant de talent par M. Cuvier, pCïmet d'expHquel' facilèiient tous les phénomènes de l'innervation , et notamment le rapport qui existe entre l'action nerveuse engourdissante des poissons électriques et les phénomènes galvaniques d'uhe part, et l'action nerveuse ordinaire de l'autre ; la possibilité de déterminer des phénomènes galvaniques avec des nerfs et des muscles seuls; la possibilité de déterminer dés contractions musculaires, l'action chimifitinte de l'estomac , l'action resjjiratoire du poumon , etc. , en remplaçant l'influence nerveuse par l'action galvanique ; l'existence d'une atmosphère nerveuse , agissant à distance autour des nerfs et des muscles , et à travers la solution de continuité des nerfs divisés ; lé plissement qui s^opère dans la fibre musculaire en contractiota , et le rapport des dernières fibrilles nerveuses transverses avec Ces plis , phénomène d'innervation qui se rapproche , de certains . phénomènes électro-magnétiqUes , etc. ' ■ ■ '. Ni.j ; r. m ■

Ces opinions ont paru si vraisemblables à M. Rolando, qu'il a cherché la source de l'agent nerveux de la contraction dans le cervelet , qui , à raison de' ses lames , lui a paru devoir agir à la manière d'une pile de Volta , et qu'il a admis dans la sensation un rhouvément moléculaire de la pulpe.

Quoi qu'il en soit, la force nerveuse s'affaiblit et s'épuise par les opérations intellectuelles, par le travail des sens, des muscles et de'

ANATOniIE GÉNÉRALE.

r<încéphalc, et plus encore par la clpuleur; elle se répare par le repos, l'ahmenlatiou et le sommeil. Son énergie, en général et en particulier, est relative à la masse du système nerveux tout entier et de ses parties , et surtout i la masse de la substance grise , qui est la plus vasculaire-, elle est relative aussi à l'étendue des surfoces. Elle persiste quelque temps après la mort dans les nerfs et dans les muscles.

Cette force semble résulter de l'action d'un fluide subtil , formé par l'action organique de la substance nerveuse arrosée par le sang artériel. 11 paraît que ce fluide est formé partout, mais surtout là où la substance nerveuse grise et vasculaire est amassée. Ce liquide subtil semble parcourir l'intérieur et la surface des nerfs , leur former une atmosphère, et, au delà de leurs extrémités , pénétrer ou imprégner tous les organes et les humeurs elles-mêmes. Le sang particulièrement paraît être pénétré du même fluide, et lui devoir les propriétés essentielles qui le distinguent pendant la vie.

Cependant le sang artériel fournit au système nerveux la matière de son action ; aussi l'abord du sang artériel est une condition de cette action.

L'asphyxie, dont on a tant cherché la cause dans l'interruption du passage du sang à travers le poumon (Haller) dans l'arrivée du sang, resté veineux dans le ventricule gauche (Godwin), dans la pénétration de ce sang dans la substance musculaire du cœur (Bichat), résulte bien plutôt de la pénétration du sang brun dans la substance nerveuse ; de même la syncope dépend de l'interruption de l'innervation du cœur : la vie étant essentiellement liée à l'action réciproque du sang sur la substance nerveuse , et de la substance nerveuse sur le sang. /

L'agent nerveux résulte-t-il directement et uniquement de l'action réciproque du sang et de la substance nerveuse? est-il puisé avi dehors ? peut-il passer d'un individu à un autre ? résulte-t-il de l'opposition des substances blanche et grise ? de l'action de la fibre nerveuse sur la fibre musculaire ? L'action nerveuse serait alors comparable à une décharge électrique.

§ 763. L'action nerveuse est excitée ou mise en jeu par des stimulans externes ou internes.

§ 764. Les premiers momens de la formation et du développement' du système nerveux ne peuvent être saisis par l'observation. Ce système existe-t-il dès le commencement , bt la génération ne résulte-t-elle que de la réunion du système cellulo-vasculaire fourni par la mère , et du système nerveux fourni par le mâle (Rolando)? Le système nerveux commence-t-il par la formation du ganglion cardiaque , e"t se développe-t-il successivement par le nerf grand sympathique et le reste du système (Ackermann)?

Ce que l'observation a appris , c'est que les nerfs et les ganghons spinaux se forment' avant la moelle, et celle-ci avant l'encéphale, c'est-à-dire , avant le cervelet , les tubercules et le cerveau.

La moelle , d'abord ouverte en arrière comme une gouttière , puis creuse comme un canal, par le rapprochement de ses bords , devient à la fin solide. Elle occupe d'abord toute la longueur du

' Ackermann , de Sfstematis neivei primor-diis; HéiMb., i8i3. — Tjedemann, op. cit.

DU SVSTKME NERVEUX EN GENERAL. 3l3

canal wrtébral. La substance blanche qui en forme l'extérieur se dépose la première ; la substance grise , en se déposant ensuite à l'intérieur , en remplit la cavité.

-Le cervelet, les tubercules et le cerveau, qui ne constituent d'abord que des parties plus larges de la gouttière de la moelle, se renversent, se rencontrent, s'unissent sur la ligne médiane , en présentant dans les diverses phases de leur développement la plus exacte ressemblance avec les mêmes parties des poissons , des reptiles , des oiseaux et des mammifères , en remontant des rongeurs vers les quadrumanes (§ n3g).

Dans le cerveau, comme dans le reste de l'encéphale, et comme dans la moelle, l'accroissement en épaisseur se fait simultanément et à l'extérieur et à l'intérieur. C'est par-là qu'il faut expliquer, avec M. DesmouHns , l'existence d'une cavité que l'on trouve , à Vage fœtal , dans l'épaisseur du centre ovale de Vieussens , entre la couche intérieure et la couche extérieure de la voûte des ventricules latéraux.

Dans l'encéphale comme dans la moelle , la substance grise ne se foi'me qu'après la blanche , et même après seulement que les fibres de cette dernière se sont réunies par des commissures sur la ligne médiane.

Après la naissance , l'accroissement du système nerveux , si rapide jusque-là , çe ralentit beaucoup : après l'oreille interne et l'œil , c'est la partie du corpâ^ qui ci'oît alors le plus lentement.

Dans la vieillesse , le système nerveux éprouve une diminution sensible de volume, qui se manifeste dans l'encéphale parle l'étrécissement du crâne ■ , et que l'on peut constater aussi en mesui-ant la moelle.

§ 765. Le système nerveux est sujet à beaucoup de vices de conformation On connaît un cas d'aneurie ou privation totale du système ne^-veux : il a été observé dans un foetus acéphale réduit à un petit tronçon informe. Il y a un assez grand nombre de cas d'absence de l'encéphale et de la tête. 11 y a un grand nombre d'exemples de privation totale du centre nerveux , les nerfs et les ganglions spinaux existans. 11 y a un bien plus grand nombre encore de cas d'absence de l'encéphale , la moelle existante , ainsi que tous les nerfs de la face et du col. La moelle peut être restée ouverte , creuse , ou étendue à tout le canal. Dans certains cas le cervelet et les tubercules existent, ainsi que les pédoncules du cerveau et leurs renflemens optiques et striés, et les hémisphères manquent seuls. Dans quelques cas les hémisphères sont incomplets ; les Ibbes moyen ou postérieur sont dépourvus de sillons et de circonvolutions. Quelquefois le corps calleux manque seul ^ ; ou bien il reste une cavité dans l'épaisseur de l'hémisphère , ou dans la cloison , etc^Le cer-

inàlh^"to"ra '"'^ ^^'^"^ humain, Mem. de ITnst., Se. phys. et

<^l^,\rt''-'''''^h^f"'°''"' Fœtus acéphales; Paris, 181 5. -Geoffroy

Sa.nt-H.laire, Plalos. anatom., vol. II. -Breschet , Dictionn. de Méd., aT Acéphale, et Anencephale. C.-P. Ollivier, d'Angers, Essai sur l'Ana oînic L ■ 9?"f°'-«'^t'o» 'le la moelle epiniére; Paris , 1823. Id. T .titT, e

la moelle cpimerc et de ses maladies, un vol. 8». Laroche, Essai Xïnat pathol. sur les monstruositds de la fac^; Paris, uSu3. ' ' '

Mtcil, /iic/iiw.fUr die phjsiologie, tom. XL-

veict peut présenter des défauts analogues, surtout dans le nombre de. ses lames Tous ces cas sont des imperfections ou des défauts de développement.

Il peut exister des défauts de symétrie , des défauts de proportion entre les diverses parties du système.

§ 766. La consistance du système nerveux est quelquefois changée. Le ramollissement ' est une altération très-fréquente d'une parlie de la masse nerveuse centrale. La substance nerveuse ramollie l'est quelcpiefois au point d'être presque liquide. Sa couleur est quelquefois d'un blanc de lait ; d'autres fois elle est jaunâtre , rosée, rouge , ou brune. Cette altération se rencontre dans les couches optiques , dans les corps striés , dans les hémisphères du cerveau , dans le cervelet, dans la moelle allongée , et même dans la moelle épinière. Elle donne lieu , suivant son siège , à divers dérangemens des sensations , des mouvemens volontaires et des autres fonctions du système nerveux. Elle est souvent le résultat d'une inflammation; dans quelques cas elle en paraît indépendante.

L'endurcissement ^ du système nerveux a été observé par M. Esquii'ol et par M. S. Pinel , qui l'a fort bien décrit. Le tissu nerveux endurci présente une masse compacte , d'apparence organique ; il ressemble , par sa couleur, sa consistance et sa densité , à du blanc d'œuf fortement durci par la coction ; on n'y aperçoit pas de vaisseaux sanguins; il paraît resseri'é sur lui-môme. L'endurcissement paraît affecter particulièrement la substance blanche. On l'a observé dans des corps d'idiots, dans le cerveau, dans le cervelet et dans la moelle, oi!i il rend très-manifeste la disposition fibreuse de la substance nerveuse blanche.

§767. Le système nerveux est >sujet à beaucoup d'affections 4 dont les principales sont, dans la masse centrale, la congestion sanguine avec ou sans (^pancheineut ; l'inflammation et ses divers degrés ; les divers produits des aftèctions chroniques , comme les abcès enkistés, les productions de tubercules, de squirres, de cancers, des tumeui's fibreuses, osseuses, des hydatides , des corps éti-angei's. Les membranes qui enveloppent la masse nerveuse centrale sont également le siège fréquent de congestions brusques avec exhalation sanguine ou séreuse , d'inflammation aiguë à dilférens degrés , d'inflammation chronique; on y observe l'hydrocéphale aiguè", l'hydrocéphale chronique. Les affections de la substance nerveuse et celles de ses membranes peuvent se comphquer.

Les affections de la moelle sont plus rares dans l'homme que celles de l'encéphale; le contraire a heu dans les animaux.

Ces diverses altérations , suivant qu'elles sont aiguës ou chroniques, suivant qu'elles agissent en irritant, en détruisant, ou en comprimant , et suivant leur siège , déterminent divers dérangemens plus ou moins graves dans les fonctions du système nerveux. § 768. Le tissu nerveux ne se produit point accidentellement : le

iM.A\ac9ivne, NeuT'o encephalolomia; Pavia, l'jQi. .

ï Rostan, Recherches sur le ramollissement du cerveau, 2<= édition; Pans, i»23.

3Pincl fils, Recherches sur l'endurcissement du système nerveux; lans,

' 4 Lallemant, Recherches Anal.-palh. sur l'encéphale cl ses dépendances.

DU systÎ:me nerveux en geneuai,. ou

rapprochement ûlabli entre ce tissu et la production encéplialoïde , par M. Maunoir, repose sur des analogies insuiUsantes.

Le tissu nerveux blessé se cicatrise quand la blessure est de nature à laisser survivre l'individu.

Les blessures de l'encéphale et de la moelle, quand elles ne sont pas mortelles , se réunissent comme celles des autres parties. Les blessures de l'encéphale avec perte de substance de ses enveloppes se guérissent par la formation d'une cicatrice extérieure. Ce fait a été observé , par M. Duméril , sur des salamandres , et par beaucoup de 'chirurgiens , dans l'espèce humaine. Les plaies avec perte de substance du cerveau , le crâne restant entier, se guérissent par la formation d'une substance nouvelle, moUo, comme muqueuse, qui ne ressemble pas tout-à-fait à celle de l'organe , et par l'élargissement du ventricule cérébral correspondant. Les déchirures de l'encéphale, produites par l'épanchement sanguin , présentent, quand l'individu survit, des phénomènes remarquables. Le sang est bientôt entouré par une couche de lymphe organisable; celte couche devient vascukire et s'unit à la substance nerveuse; le sang est successivement résorbé , soit d'abord les parties fîbrineuse et cruorique , et alors il reste de la sérosité ' ; soit d'abord la sérosité, et il reste alors un coagulum fibrineux * auquel le kyste s'unit : à la longue, la totalité du sang étant résorbée , le kyste , resserré peu à peu sur lui-même , contracte des adhérences , et devient une cicatrice jaunâti'e qui disparaît peut-être à la longue.

Les cicatrices et les autres altérations des nerfs seront exarninées plus loin.

§ 76g. Le système nerveux , qui joue un si grand rôle dans l'exei*cice régulier des fonctions , en remplit un aussi important dans la production des maladies ^ : c'est lui qui reçoit et qui propage l'impression des causes morbifiques , qui détermine les mouvemens irréguliers des muscles , du cœur, des artères , qui produit les sympathies morbides; et comme son action s'étend jusque sur le tissu cellulaire qui fait la base des organes , jusque sur le sang qui les pénètre et les arrose, on conçoit qu'il n'est étranger à aucune action moi'bide , ' et qu'il est le principal agent d'un grand' nombre d'entre elles.

Les maladies dites générales , essentielles , ou dynamiques , n'ont pas de siège plus probable que les systèmes nerveux et vasculaires , centres des fonctions animales et végétatives; que le sang et l'agent nerveux qui les pai;courent , et qui sont dans une dépendance mutuelle , intime et nécessaire. '

C'est dans le rapport régulier de ces deux grands appareils et de leurs fonctions, que consistent la vie et la santé; c'est du déran ment de leur harmonie, que résultent la maladie et la mort

' Riobé, Observations propres à rcsouclre cette question : l'apoplexie, etc., cst olle susceptible de gue'risoii? l\nris, 1814.

^ Rocheux , Recherches sur l'apoplexie ; Paris , 1814.

S Georget, Ouvrage cite. — Lobstein, Discours sur la prdcmincnce du syslcmc ncryeux; Strasbourg , 1821.

JIJJATOMIE GÉivl'kaLE,

SEGOJNDE SECTION.

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