DES NERFS EN GÉNÉRAL
§ 770 Les nerfs', nerui, sont des cordons blancs formés de filamens medullan-es , tenant par une extrémité au centre nerveux, et par 1 autre aux tegumens, aux sens , aux muscles et aux vaisseaux.
à 77 Les anatomistes de l'école d'Italie ont connu assez exactement toutes les panes de nerfs que l'on connaît aujourd'hui : mais lis ne les ont pas classées , dénombrées ou nommées comme on le lait mamtenant.
Willis leur a donné 'des noms de nombre et des noms propres , sous lesquels ils ont été en général connus depuis lui : savoir : 1°. Les nerfs olfactifs;
2°. Les nerfs optiques ou visuels ; 3°. Les nerfs moteurs des yeux ; 4°« Les nerfs pathétiques des yeux ; 5°. La cinquième paire ; 6". La sixième paire :
7 . Lra septième paire , composée d'une partie clure et d'une partie molle ou auditive ;
8". La huitième, ou la paire vague, avec son nerf spinal ou accessoire ;
9°. La neuvième paire, ou les nèrfs moteurs de la langue;
10". La dixième paire, ou le sous-occipital;
Les nerfs de la moelle spinale ;
Et le nerf intercostal ou sympathique.
M. Sœmmering a modifié la division de Willis. Il établit quarante-trois paires de nerfs, dont douze paires de nerfs du cerveau: £n divisant la septième paire de Willis en septième ou faciale , et en huitième ou auditive ; sa huitième, en neuvième ou glosso-pharyngienne, en dixième ou vague, et en onzième ou accessoire, la douzième est l'hypoglosse ; çt en rejetant le sous-occipital parmi les nerfs spinaux , qui sont alors au nombre de trente paires , le nerf grand sympathique forme la quarante-troisième paire. Ces modifications ont été généralement adoptées.
Bichat a distingué les nerfs encéphaliques ou crâniens, en ceux du cerveau, en ceux de la protubérance et en ceux de la moelle allongée. Cette division n'est pas fondée sur des observations exactes.
Les nerfs peuvent être exactement distingués, 1°. En nerfs à double racine , l'une tenant à la colonne antérieure et l'autre à la colonne postérieure de la moelle ; ce sont les nerfs spinaux , le sous-occipital et le trijumeau, ou la cinquième paire des nerfs crâniens. Ces nerfs servent tout à la fois à la sensibilité et à la myotilité. 2°. En nerfs à une seule racine : ce sont la première paire, la seconde, la huitième, ou les nerfs olfactifs, visuels, auditifs; et la troisième, la quatrième, la sixième, ou les nerfs moteurs de l'œil; et la douzième , ou les nerfs moteurs de' la langue. Ces nerfs servent ex-
' J. C. Rcil, ExevcUationes anatomicœ de structura /ie;vont/7i; Haï», ï797>
DES NERFS EN gÉnÉbAL.
clusivemeut, los uns à la sensibilité, et les autres à la myotilité. 3". En nerfs respiratoires, vocaux et expressifs; ils tiennent au faisceau latéral de la partie supérieure de la moelle : ce sont, suivant M. Ch. Bell', c\ qui l'on en doit une connaissance exacte, le nerf vague, qui est le centre de ce système, le nerf facial, le glossopharyngien, le spinal ou accessoire , le diaphragmatique et le thorachique externe. 40. En nerfs circulatoires ils tiennent à tous les nerfs spinaux; ce sont les nerfs grands sympathiques. Ces derniers et le nerf vague appartiennent en outre au tégument intérieur, aux glandes et aux muscles intérieurs en général. Le nerf sympathique sera décrit à part dans la section suivante.
§ 772. La forme des nerfs est, en général, cylindrique. Leurs rameaux sont, comme dans les vaisseaux, plus gros dans leur ensemble que les troncs qui les fournissent : les iaerfs vont par conséquent en grossissant depuis leur origine jusqu'à leur terminaison; ils sont aussi légèrement renflés à l'origine. Leur surface présente ' des rides ou stries transversales , qui dépendent de l'allongement qu'ils éprouvent dans les divers mouvemens : ces rides se voient très-bien à la loupe, surtout dans les nerfs des membres.
V II y a trois choses à considérer dans les nerfs : 1° leur origine ; 2° leur trajet; 3° leur terminaison.
§ 773. Il ne faut pas entendre par origine des nerfs, un point d'où ils naîtraient et sur lequel ils végéteraient, pour ainsi dire : cette origine n'est que l'extrémité centrale du nerf, ou celle par laquelle il tient au centre nerveux. Elle se fait, pour tous les nerfs , à la moelle épinière et à la moelle allongée, aucun ne naît des lobes du cerveau ni du cervelet. L'olfactif ne fait pas même exception , à cette règle; ce nerf tient à un prolongement de la moelle, qui , dans les animaux, constitue le bulbe olfactif. On trouve quelquefois des fœtus privés de cerveau, et chez lesquels pourtant les olfactifs existent avec la moelle et les pédoncules du cerveau, comme j'ai eu occasion de l'observer tout récemment. Bichat, tout en disant que tous les nerfs viennent de la moelle , fait pour l'optique et l'olfactif une exception qui n'est point réelle.
L'origine des nerfs est souvent située plus profondément qu'elle ne le paraît au premier abord ; de sorte que le point d'où ils se détachent n'est souvent pas leur véritable origine': la cinquième paire, par exemple, ne vient pas du pont de Varole, d'oîi elle semble se détacher, car ce pont n'existe pas chez les animaux ovipares, où l'origine de ce nerf a pourtant lieu au même endroit que dans les mammifères. Il ne faut pas cependant chercher à poursuivre l'origine des nerfs au-delà de la portée des sens , et les supposer partir du cerveau ou du cervelet, comme on l'a fait pour étayer des explications hypothétiques.
On s'est demandé si les nerfs s'entre-croisent à leur origine ; et l'on n'a pas hésité à affirmer qu'il en est ainsi , pour expliquer des phénomènes pathologiques dans lesquels la cause et l'eflèt , siégeant tous deux dans le système nerveux , présentaient une sorte d'entrecroisement. Voici ce que l'inspection apprend à ce sujet. Il n'y a pas d'cntre-croisément sensible dans les nerfs de la moelle épinicr^.
• Phil. (vans., ann. 1822, pari, i cl 2.
^NATOMIE GÉHÉHALE.
Il en 'est de mémo pour eeux qui viennent de celle moelle prolonsée dans le crâne, si ce n'est peut-élre les nerfs optiques , dans lesquels ! '"p"' "",^"t'-c-croisement parliel. Les auteurs
ne sont , eu effet , pas d'accord sur le mode d'union de ces nerfs. Leur
.„..wf,xi.c uu I uu ue ces neris se conbnue du côté opposé, des observateurs dignes de foi assurent l'avoir vu se continuer du même cote. La dissection ne montre pas non plus que l'entre-croisement ait iieu pour toutes les fibres ; de sorte que l'opinion de ceux qui pensent qu il n'est que partiel est la plus vraisemblable. Mais , à part cette exception, l'entre-croisement des nerfs n'est rien moins que démontré. On peut en dire autant de celui des deux côtés du cerveau et du cervelet que l'on a admis. Les pyrarnides antérieures seules présentent cette disposition , qui explique comment, dans les lésions du cerveau, les symptômes se manifestent du côté opposé de la moelle : aussi, quand celle-ci est divisée au-dessous de l'endroit où se fait l'entre-croisement des pyramides , les symptômes apparaissent -ils du même côté.
Une autre question qui a été agitée par les analomistes , est de savoir si les nerfs se réunissent sur la ligne médiane par des commissures analogues à celles que l'on trouve entre les côtés correspondans du cerveau et du cervelet. Cette réunion n'est évidente que dans les nerfs pathétiques. Les nerfs auditifs sont aussi quelquefois réunis, à leur origine, par des stries blanches , qui tapissent le fond du quatrième ventricule; mais ces stries sont loin d'être constantes, et manquent généralement dans le jeune âge.
Les nerfs naissent presque tous profondément de la substance grise , et non de la blanche qui recouvre celle-ci , et sous laquelle ils ne font que s'enfoncer. Dans la moelle les nerfs arrachés laissent un enfoncement qui montre qu'ils ne s'arrêtaient pas à la surface; et lorsque la moelle est endurcie , on peut suivre les racines des nerfs et les voir traverser les fibres longitudinales de cet organe , pour s'implanter sur la substance grise. Dans le crâne celte disposition est également évidente pour la plupart des nerfs. Les auditifs seuls ont leur origine à la surface de la moelle allongée ; mais il existe également de la substance grise au lieu d'oii ils naissent : seulement cette substance est superficiellement placée ; elle forme le ruban gris.
Les nerfs de la moelle de l'épine naissent par deux racines , une antérieure et une postérieure, comme il a déjà été dit. Le volume respectif de ces deux racines , sur lequel on a beaucoup varié , et que M. Galla dit être à l'avantage de la racine postérieure, n'est réellement ainsi que pour les nerfs brachiaux ; le contraire a lieu pour les nerfs cruraux. Ces racines se réunissent dans le trou de conjugaison , où la postérieure présente un renflement ou ganglion , auquel l'antérieure'est simplement accolée. Celle-ci ne concomt point à former ce ganglion , comme on le trouve dans la plupart des traités d'anatomie, quoique cette particularité ait été indiquée depuis long-temps par Haase , Monro et Scarpa , auquel même on en a attribué la découverte : seulement M. Gall fait remarquer avec raison , qu'au col les racines antérieures des nerfs spinaux sont niojlcs , pulpeuses et
DES NERFS EN GENERAL. Sig
rougcâtres; ce qui a pu en imposer aux anatoniistes qui ont examine cette région. Dans le crâne les nerfs ne présentent point de racines aussi distinctes. A l'endroit où les nerfs se détachent de la moelle allongée, le névrilème les abandonne ou s'amollit , et se confond avec la pie-mère, et la substance médullaire seule se continue avec celle de l'encéphale. Les filets intérieurs du nerf sont plutôt abandonnés par le névrilème que les filets extérieurs; il en résulte que , quand on arrache le nerf, il se déchire plus loin en dehors qu'en dedans , et il reste une saillie que l'on a comparée à tort à une apophyse sur laquelle le nei'f serait implanté.
^ Dans leur trajet les nerfs se divisent en conservant à peu près le même volume dans l'intervalle de leurs divisions. Celles-ci ne consistent qu'en uije séparation des filets qui les composent , et ne ressemblent point ;\ celles des vaisseaux. Les divisions des nerfs sont en général accompagnées par celles des vaisseaux , quoique elles ne leur correspondent pas toujours exactement. Les nerfs communiquent entre eux de trois manières : i" par les anastomoses ; i° par les plexus ; 3° par les ganglions. ,
§ 1^75. On entend par anastomose la réunion de deux nerfs entre eux. Cette réunion a été ainsi nommée par les anciens , parce qu'ils regardaient les nerfs comme des vaisseaux dans lesquels circulait le fluide nerveux, et qu'ils les comparaient, sous ce rapport, aux artères. Cette expression que l'on a critiquée , est assez convenable ; car il n'y a pas simplement application des filets nerveux dans les anastomoses , mais véritablement communication de ces filets, abouchement de leur canal , qui à la vérité contient vme substance qui y séjourne , et non un fluide circulant , comme on le croyait autrefois. Les anastomoses ont lieu tantôt entre les branches du même "P f' entre des nerfs différens, rarement entre les nerfs d'un
coté et ceux du côté opposé.
C'est surtout dans les anses nerveuses que l'abouchement des filets est le plus évident : la plus remarquable de ces anses est celle qui résulte de la réunion du nerf vague du côté droit et du plexus solaire , et que Wrisberg a décrite sous le nom d'are^a communicans mémorahilis.
Les plexus ne sont autre chose que des anastomoses multipliées. Scarpa ' en a donné une très-bonne description ; mais il les a à tort assimilés aux ganglions. La manière dont les quatre dernières paires cervicales s'unissent entre elles et avec la première dorsale, pour former le plexus brachial , bn fournit un exemple remarquable. Les plexus cervical , lombaire, sciatique, etc. , en sont encore des exemples. Ces plexus sont tellement disposés que les nerfs qui en sortent tirent à la fois leur origine de la plupart , au moins d'un certain nombre de nerfs qui les constituent.
Cichat admet qu'il y a dans les plexus autre chose qu'un simple mélange mtime des nerfs. Monrodit qu'ils contiennent de la substance grise , et peuvent être considérés comme une nouvelle origine des nerfs qui en sortent ; mais cela n'est nullement démontré
Les ganglions consistent en des renflemens qui contiennent , outre les mets nerveux, une substance qui leur est étrangère ; les filets
■ i\nat. annot. de gangliis et plexubus.
-ANATOMIE GÉnÉralE.
nerveux mélangés y sont beaucoup plus subtils; ils présentent , par conséquent, une plus grande complication que les deux autres niodes de communication, lisseront examinés après les nerfs, dont ils ditlerent par plusieurs caractères.
§ 77^- La terminaison des nerfs a lieu après qu'ils ont traversé des anastomoses, des plexus ou des ganglions , ou bien directement, et sans qu'ils aient été interrompus depuis leur origine. Le mode de terminaison des nerfs est assez obscur. On les voit seulement se dépouiller de névrilème vers leur dernière extrémité , et devenir par là très-mous ; de sorte qu'il est alors très-difficile de les suivre. Ils se renflent , en général , à mesure qu'ils approchent de leur terminaison; ils s'aplatissent , puis on les perd, lorsqu'ils paraissent encore devoir se continuer au delà. 11 existe deux hypothèses sur la dernière terminaison des nerfs ; l'une n'est peut-être pas plus fondée que l'autre. Dans l'une de ces hypothèses, les nerfs se fondent pour ainsi dire dans les organes, s'identifient avec leur substance , qui en est imbibée , si l'on peut s'exprimer ainsi. Dans l'autre , qui appartient à Reil , le nerf, ne pouvant être répandu dans tout l'organe à la fois , est entouré d'une atmosphère nerveuse dans laquelle il étend son action, à peu près comme cela se voit dans- les phénomènes électriques. Ce qui a conduit à ces hypothèses , c'est cette remarque, que les nerfs se répandent dans des parties dout l'étendue est beaucoup plus grande que la leur, même après qu'ils se sont divisés aussi loin que l'œil , armé du microscope , peut les suivre , comme on le voit dans les muscles , la peau , les sens , et que pourtant chaque point de ces parties , si peu étendu qu'il soit , présente , quand on le pique , les mêmes phénomènes que si on piquait le nerf lui-même.
§ 777. Les différentes parties ne reçoivent pas un nombre égal de nerfs. Les organes des sens sont ceux qui en contiennent le plus : l'œil, l'oreille, présentent des épanouissemens membraneux entièrement formés de substance nerveuse. La peau , particulièrement aux mains, aux lèvres; les membranes muqueuses, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur; le gland; les différentes parties de la vulve , placés au point de jonction de ces membranes avec la peau , reçoivent le plus de nerfs après les quatre principaux organes des sens. Viennent ensuite les muscles extérieurs , puis les intérieurs , les vaisseaux sanguins , parmi lesquels les artères en reçoivent plus que les veines , et que les vaisseaux lymphatiques , où leur existence n'est pas bien certaine. L'existence des nerfs est douteuse dans les autres parties , ou dans celles qui ontpourbase la fibre cellulaire, si on en excepte les vaisseaux , comme le tissu cellulaire, les membranes séreuses et synoviales , les cartilages , les os , etc. : ces parties , en effet , ne paraissent pas recevoir de nerfs. Enfin les parties cornées et épidermiquesén sont certainement dépourvues. Userait possible, au contraire, qu'il y en eût dans Ips tissus précédens , et que leur mollesse ou leur ténuité extrême les dérobât aux yeux : ce qui pourrait portera y en admettre, c'est Ja sensibilité que ces tissus présentent dans, les maladies. Il est vrai que l'hypothèse suivant laquelle les nerfs agiraient au moyen d'un fluide impondérable, susceptible d'étendre son influence au delà de leur terminaison apparente , peut expliquer jnsbu'à un certain point , ce phénomène. Suivant cette hypothèse ,