‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 59 sur 73 · DES HUMEURS ACCIDENTELLES · texte numérisé non relu

DES HUMEURS ACCIDENTELLES

fait difiërenlcs des prcpiièies. Parmi ces dernières, le pus est la seule assez bien connue pour être décrite.

^ 820. Le pus' est une humeur accidentplle résultant dune sécrétion morbide, qu'on nomme suppuration. Le pus est composé de globules microscopiques semblables à ceux du sang, découverts par Home, nageant dans un fluide coagulable par la solution de muriatc d'ammoniaque. ^

11 est d'une couleur blanche ou jaunâtre, opaque , d une consistance de crèmq. Sa consistance et sa couleur dépendent de la proportion des globules sur la partie fluide. Il est plus pesant que l'eau. 11 a une saveur légèrement salée, constante, et une faible odeur particulière , un peu variable.

Le pus plonge dans l'eau , tandis que le mucus y flotte. Par 1 agitation le pus se délaie , se mêle à l'eau , et la blanchit uniformément; le mucus, au contraire , reste en flocons distincts. Le pus se coagule par la chaleur , par les acides et par l'alcohol ; les alcalis le rendent visqueux , filant, et le dissolvent. Il est composé, suivant Schwilgué, d'albumine à un état particulier , de matière exti active, d'une matière grasse , de soude , de rauriate de soude , de phosphate de chaux , et autres sels. Il ressemble beaucoup au sérum du sang , dont il ne paraît difierer que par l'état de l'albumine et de la matière exlractive. Le mucus se délaie dans l'eau, se dissout par l'addition de l'acide sulfurique , et non le pus. Une solution d'alcali caustique dissout à la fois le pus et le mucus, et par l'addition de l'eau le pus se précipite seul. Ces caractères chimiques , et d'autres encore du même genre , ne sont point aiissi certains que l'action de l'eau seule , et surtout que l'inspection microscopique.

Le pus ne présente pas toujours exactement les mêmes qualités physiques et les mêmes propriétés chimiques. On peut le distinguer en pus crémeux, homogène, vulgairement pvis louable; en pus séreux , sanieu;: ou sérosité purulente ; en pus glaireux ou mucus puriforme ; en pus cailleboteux ou grumeleux; et en pus concret ou couenneux. En outre, le pus peut être mêlé de sang, de sérosité, de matières excrémentitielles , de matière putride , de tissus accidentels , de calculs , de matière virulente , etc.

Dans tous les cas , il est composé , suivant M. Pearson , d'un oxide animal blanc , opaque , peu soluble, d'un liquide limpide , analogue au sérum du sang , qui tient en suspension , mais non dissout l'oxide animal ; et d'une innombrable quantité de globules microscopiques. Les différences qu'il présente dépendent des proportions différentes dans lesquelles se trouvent ces matéi'iaux essentiels, ainsi que les substances qui peuvent s'y trouver accidentellement.'

§ 821. Le pus peut se former dans la plupart des organes.

' C. Darwin, Experim. estahlishing crUerion helwen mucagin. and pnrul. matter; Lighlfielrl , ij8o. — Brugmaiis, Disscrtatio de pyogenid; Groningœ, 1785. — E. Hnmc, on the Properlics of pus; London , 1789. — Grasaicyor, yJbgandlung von dem eiter, etc.; GoUing, 1790. — SchAvlIgue, Mémoire inédi t sur le pus, analyse flans la Nosogr. philos., vol. II. — G. l\'arson, on Expcclorulcd nialtcr; in Fhii. Traus., 1809.— Wem, Ohs. and expr.r. on pus; ibid., jbio — Ri/etti , De. pluhisi piiUnonciU Spcciin. c/iiin. mcd.; in Mcm. de Turin, vol. II ei lU. — Hossi os Micliclolli, Analyse première du pus, ibid., vol. Ilï. — J*.. Homo, On the Conversion of pus into granulaiiones or new flesh; in 1 lui, frans., 1819.

AnATOMIK GÉNÉRALE,

Le tissu où la suppuration est le plus fréquente et semble le pîus lacile , est la membrane muqueuse. Quelques heures après i'aimlication d'une cause u-ritante, on voit les propriétés physiques et chimiques du mucus se changer insensiblement en celles du pus. Quand l'irritation diminue et cesse , on voit à l'inverse les propriétés du pus se changer insensiblement en celles du mucus. La suppuration delà membrane muqueuse s'accompagne d'un léger degré de rougeur et de gonflement , et très-rarement d'ulcération.

La peau suppure aisément, dès qu'elle est irritée et que l'épiderme est enlevé. Cela peut continuer indéfiniment, si l'irritation est continuée, ou fréquemment renouvelée; la peau prend alors l'aspect d'une membrane muqueuse enflammée.

Le tissu cellulaire étant mis à découvert par l'ablation de la peau, rhémorrhagie s'arrête ; il s'écoule ensuite de la sérosité , qui peu à peu prend le caractère du pus. En même temps la surfîice vulnéi'ée se couvre d'une couche de matière organisable , qui devient vasculaire et se couvre de granulations.

Le tissu cellulaire étant irrité par un corps étranger ou par une cause inconnue {spina Helmontii) s'enflamme; il se forme du pus dans le centre du phlegmon : ce pus est renfermé dans une membrane de nouvelle formation , plus ou moins distincte , plus ou moins vasculaire, suivant son ancienneté; le tissu cellulaire environnant, enflammé et très-vasculaire , a perdu sa perméabilité par la déposition intersticielle de matière organisable.

Les membranes séreuses , quand elles suppurent, pi'ésentent des changemens analogues ; elles deviennent très-vasculaires et prennent à la longue l'apparence des membranes muqueuses.

§ 822. Boerhaave attribuait l'origine du pus à la fonte des organes enflammés ; Pringle et Gaber l'attribuaient à un changement dans le sérum du'sang ; ces deux opinions, diversement modifiées et combinées , ont été long-temps et généralement adoptées.

L'idée que le pus est formé dans les vaisseaux , et qu'il eu sort par une action sécrétoire de ces organes , a été d'abord indiquée par le docteur Sympson , puis par Dehaen , et ensuite par le docteur Morgan , de Philadelphie. Hunter et Brugmans ont embrassé et développé cette doctrine , généralement adoptée aujourd'hui.

La suppuration est une sécrétion morbide. Cette sécrétion est toujours précédée et déterminée par l'inflammation ; mais l'inflammation est plus ou moins évidente. Dehaen lui-même , qui admet expressément la suppuration sans inflammation préalable, ne- veut évidemment parler que de l'inflammation avec ulcération : en effet, l'on sait bien aujoui-d"hui, ce qu'il annonçait alors , que la suppuration peut avoir lieu sur les surfaces sans altération ; il note, dans les cas de suppuration sans inflammation, des productions couenneuses et des adhérences qui dépendent, comme on sait, de l'inflammation.

Dans la coi'istitution scrofuleuse la suppuration n est souvent précédée que d'une inflammation chronique et latente , mais qui n en existe pas moins , quoiqu'elle soit obscure.

§ 823. La suppuration, quand elle existe depuis long-temps, et lorsqu'elle a lieu par une large surface, devient, par son associa-

DES CONCRÉTIONS PIEBREUSE?. -^4'

tion avec les fonctions , une sécrétion importante ; aussi l'on ne doit pas établir ou supprimer légèrement une suppuration.

Le pus est quelquefois le véhicule des virus introduits dans 1 organisme; on le considère aussi , dans quelques cas, comme le véhicule de cause de maladies élimmees par l'organisme.

Suivant M. Ev. Home, le pus aurait encore pour usage de fournir, par sa coagulation à la surface des plaies suppurantes , les raatériaux.de la cicatrice, c'est-à-dire la matière organ.sable de ce nouveau tégument.

SECONDE SECTION

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