NOTICE HISTORIQUE
pris de caractère déterminé, aucun travail original n'en a dévoile les ressources; mais bientôt une occasion solennelle de se signaler se présente. La place de chef des travaux anatomiques a la Faculté de Médecine de Paris est vacante par la nomination de M. Dupuytren à la cliaire de Médecine opératoire. Beclard, nommé prosecteur en 1811, s'élance dans 1 arène , et reçoit de ses juges le prix de la lutte. 11 s'était déjà concdié l'estime des nombreux élèves qui avaient suivi ses cours particulieiis : sa réputation comme anatomiste commençait à peine ; mais aussitôt que le nouveau chef des travaux anatomiques se vit entouré de tant de moyens d'instruction , il s'empressa de les mettre à profit. Il avait d'ailleurs , dans sa thèse du concours, indiqué de la manière la plus lumineuse quelle marche devait suivre un chef de travaux anatomiques dans l'exercice de ses fonctions importantes ; on avait droit par conséquent d'espérer que , fidèle aux principes qu'il venait de tracer, il ne manquerait pas de les mettre en pratique. On sait qu'il n'a pas démenti les espéi-ances que faisaient naître son zèle et ses talens précoces.
Parmi les faits intéressans qu'il recueillit dans les pavillons de l'Ecole et qu'il pi'ésenta à la société des professeurs , dans le sein de laquelle il ne tarda pas à être admis , nous n'indiquerons que les principaux : tels furent, en 1 8 1 3 , l'observation d'un fœtus né avec une hernie frontale et très-volumineuse du cerveau, par suite d'hydrocéphalie. Cette pièce était surtout curieuse par la présence inaccoutumée de deux os situés entre les os frontaux et non loin de l'articulation des os propres du nez.
Peu de temps après, il donna la description d'y.n fœtus dont le cordon ombilical , amplement dilaté à sa base , renfermait une partie des organes abdominaux , et dont le cœur adheVait au palais. Il publia, conjointement avec M. Bonnie, l'observation d'un accouchement par l'anus d'un enfant dont la conception avait été extra-utérine. Dans un mémoire sur la nécrose , il soutint et développa l'opinion des auteurs qui pensent qu'il n'y a pas réellement régénéi'ation des os. Il fît connaître également ses réflexions sur la formation du cal ; il démontra, avec Bonn et Bichat, que l'ossification du périoste n'était que pi'ovisoire, et servait pour ainsi dire de gaîne aux deux bouts fracturés pendant leur encroûtement de phosphate calcaire. On croyait depuis long-temps que la crosse de l'aorte imprimait à la région dorsale de la colonne vertébrale la courbure latérale qu'on y remarque : déjà Bichat avait ébranlé cette exphcation en supposant que cela pourrait bien provenir de la contraction plus souvent répétée des muscles du bras di'oit; mais ce n'était encore qu'une supposition, et Beclard la transforma en un fait positif par des recherches assez nombreuses sur ce sujet. Nous ne devons pas omettre
SlJR bÉclakd. ^ XV
tle Dcarler des expériences physiologiques par lesquelles notre anatomistc démontra que le fœtus exerçait daus l'ute'rus des. inouvemens respiratoires desquels re'sultait l'introduction de l'eau de l'amnios dans les bronches. Toutefois il ne parvint pas à de'montrer que cette' eau ait une action chimique sur le sang qui pe'nètre dans les poumons. Ce fut aussi à la même époque qu'il fît avec Legallois une série d'expériences curieuses, propres à déterminer l'action de l'œsophage dans le vomissement.
En i8r3, Béclard soutint à la Faculté de Paris sa thèse pour obtenir le grade de docteur en Médecine ; elle se compose de plusieurs pi-opositions , qui traitent : i° de la idistinction k établir entre le tissu lamineux et le tissu adipeux; 2° des saillies et des enfoncemens des os , qu'il i-egarde comme résultant de la disposition primitive de la trame celluleuse de l'os , et non des tractions que déterminent les attaches musculaires. D'autres travaux déjà cités sont reproduits dans cette thèse , qui se termine par une interprétation savante et des considérations pratiques sur la méthode que Celse avait proposée pour l'opération de la taille. Son talent comme chirurgien avait été déjà justement apprécié ; aussi lors de la
Ï»remière invasion des étrangers, en 1814, fut-il envoyé par e gouvernement pour porter des secours aux blessés déposés à l'ambulance établie dans l'hôpital Saint-Louis. Ce fut en 1 8 1 5 que parut le Mémpire sur les acéphales. Béclard fit aussi connaître à cette époque plusieurs faits d'Anatomie pathologique qu'il avait recueilhs dans les pavillons de l'École pi'atique.
Un concours est ouvert pour la place de chirurgien en second de l'Hôtel-Dieu ; pour la première fois Béclard n'est pas vainqueur : M. Marjolin était son compétiteur. Cependant comme les deux concurrens s'étaient disputé la palme presque à mérite égal, Béclard est nommé chirurgien de l'hôpital de la Pitié. Déjà il s'était exercé dans l'art de Paré et de J.-L. Petit, sous un maître qui le chérissait, et auquel plus tard il fut hé par des affections plus intimes. Dubois lui avait enseigné le manuel des opérations à l'école de perfectionnement ; aussi vit-on Béclard développer bientôt un talent vraiment chirurgical , auquel d'ailleurs l'avaient disposé sa dextérité naturelle et sa grande habitude des dissections.
En 18 16, il devint membre de la Société philomatique , et fit pour la première fois un cours d'Anatomie générale. En 18 17, parurent ses Recherches sur les blessures des artères. Les expériences de Jones en Angleterre étaient à peine connues, que notre anatomiste pensa qu'il était important de Jes veritier, et le résultat de son travail vint confirmer les conséquences de l'expérimentateur anglais. Le mémoire de Béclard se trouve parmi ceux delà Société médicale d'Émulation , dont il était membre. En 1 8 1 8 , il publia avec M. J. Cloquet Ja traduction du Traité des hernies de Lawrence.
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NOTIClî mSTOllIQUE
Ce fut également cette môme année que la Faculté de Mé^ decmc de Paris le reçut dans son sein. Celte circonstance mémorable de la vie de Béclard, en ajoutant un nouveau lustre a sa réputation, lui inspira le désir dq s'asseoir l'égal des professeurs célèbres de cette Faculté, vieille de gloire et d'expérience ; aussi le vit-on redoubler d'efforts pour se mettre à la hauteur des fonctions qui lui étaient confiées. L'empressement avec lequel les élèves suivirent ses savantes leçons d'Anatomie justifia le choix que l'École avait fait de' cet homme remarquable.
Il concourut à la formation d'un recueil scientifique connu alors sous le titre de Noui^qau journal de Médecine, dont les Archwes générales de Médecine sont aujourd'hui la continuation. En 1819, il fit paraître quatre mémoires sur l'ostéose dont il exposa la mai'che avec la plus grande précision et une rare clarté. Il coopéra à la rédaction du Dictionnaire des termes de Médecine , Chirurgie, Pharmacie, etc., et était un des principaux collaborateurs du Nouveau Dictionnaire de Médecine.
Il fut, en 1820 , nommé président des jurys des départemens et membre du Conseil de salubrité publique du dépai-tement de la Seine. Lorsqu'une ordonnance royale eut créé l'Académie de Médecine ( 20 décembre, même année) , tous les yeux se fixèrent sur Béclard , qui fut unanimement désigné pour remplir les fonctions de secrétaire perpétuel de cette société savante, fonctions qu'il exerça jusqu'au moment où la faveur ministérielle en décida autrement.
En 1821 , il fit paraître un volume d'Additions à l'Anatomie générale de Bichat , et l'année suivante il consigna dans la thèse de M. Descot les résultats de son expérience et de ses recherches sur les affections locales des nerfs. En 1828, parurent les Eléraens d'Anatomie générale, où les élèves puiseront long-temps les leçons les plus précieuses et les mieux
Erésentées qu'on ait encore faites sur l'organisation du corps umain. A cette époque, Béclard fut enveloppé dans la disgrâce générale de l'ancienne Faculté de Médecine , et lors de la réorganisation de la nouvelle école, peu s'en fallut qu'il n'y rentrât pas ; mais sa réputation et ses talens l'emportèi-ent sur l'intrigue, et la chaire qu'il avait illustrée lui fut rendue.
Cette énumération rapide des travaux dont la vie de Béclard fut remphe, nous amène à une époque d'un sinistre souvenir ; mais avant d'aborder ce point pénible de la tâche que nous nous sommes imposée , revenons sur leà particularités de la vie d'un maître qui nous fut cher, et nous honora d'une amitié si bienveillante! Considérons donc Béclard comme anatomiste , commé chirurgien , comme professeur et comme homme privé.
SVR béci.aud. xvij
L'Ânalomie avait été le premier objet des études de Béclard. S.i mémoire heureuse lui permettait de retenir fidèlement les pins minutieuses descriptions ; son adresse le mettait à même d'exécuter les préparations les plus difficiles 5 enfin , son jueement exquis le plaçait au-dessus d'un grand nombre d'élèves dont toute l'habileté- se borne à découvrir un muscle et poursuivre les rameaux d'une artère. Doué du triple don de bien disséquer, de bien voir et de retenir fidèlement la disposition des parties, il avait en lui toutes les quahtés d'un bon anatomiste. Lorsqu'il vint à Pai-is , l'Anatomie et la Physiologie , déjà perfectionnées par les travaux de Haller, de Bordeu et de Bichat , parées pour ainsi dire de tout l'éclat de leur génie , séduisaient la foule des élèves autant par l'attrait des nouvelles découvertes que par l'espoir des nombreuses applications qu'on en pouvait faire à la Médecine et à la Chirurgie ; aussi cultivait-on cette science avec une ardeur que soutenaient par leur exemple et leurs encouragemens les Portai, les Ghaussier, les Duméril. Déjà Pinel avait établi, d'après l'Anatomie, des distinctions importantes pour l'art de guérir; et l'école dont il était le chef suivait avec un enthousiasme vraiment remarquable l'élan donnépar ce médecin philosophe. Déjà s'était cimentée cette alliance indispensable de l'étude de l'organisation et de celle des maladies ; et c'était dans le but de la rendre encore plus nécessaire que Bayle , Laennec, MM. Richerand et Dupuytren nous apprenaient à mieux connaître , les uns , l'action de nos organes dans l'état sain , les autres, les dilTérens modes d'altérations qu'ils peuvent subir. I îi;.
On conçoit que Béclard embrassa l'esprit de son siècle avec d'autant plus d'ardeur, qu'il était capable de pressentir tout le bien qui pouvait en résulter. Il ne se borna donc jamais à l'étude aride et sèche de l'Anatomie : il la considéra continuellement dans ses relations avec la Médecine et la Chirurgie. Il consacra tout son temps à l'étude des rapports des parties entre elles, des variétés de forme et de direction que certaines circonstances peuvent leur faire subir ; et comme il ne trouvait pas dans le nombre prodigieux de faits qui passaient sous ses yeux des moyens assez grands encore de multiplier ses connaissances, on le vit, avide de savoir, reculer à l'infini les limites de son érudition. Plein d'admiration pour l'école allemande, à laquelle nous devons tant de précieuses découvertes dans la science de l'organisation , il se familiarisa de bonne heure avec les travaux des Meckel , des Oken, des Tiedemann, ete. Il mit également à contribution les découvertes des hommes célèbres de l'Angleterre et de l'Italie ; et ce fut quand il se vit possesseur d'une masse de faits recueillis , pour ainsi dire, dans tous les points du monde savant, qu'il prit à tâche de soumettre au creuset de son jugement sévère
NOTICE HIStORIQUE
et de sa Vaete expérience, tous les faits, toutes les opiniûns, toutes les the'ories.
Quelques hommes envieux de sa gloire l'accusèrent <le n'être qu'un compilateur, un simple érudit, et refusèrent à cet homme remarquable jusqu'à la moindre e'tmcelle de génie : oubliaient-jls donc qu'en suivant cette marche, et en remplissant une tâche aussi difficile, Béclard avait besoin de faire preuve à chaque pas d'un coup d'œil précis et rapide, d'un esprit e'clectique peu commun et d'une raison vraiment supe'rieure? Le parallèle qu'on s'est efforcé d'étabhr entre Bichat et Béclard ne peut réellement exister. Si ces deux hommes ont des rapports entre eux par leur gloire rapide-' ment acquise et par leur fin prématurée, ils diffèi-ent essentiellement par l'esprit suivant lequel ils ont cultivé la science qu'ils ont également perfectionnée. Riche de son propre fonds , enti-aîné par le désir de construire un édifice d'une forme nouvelle , Bichat se hâte de mettre en ordre des matériaux qu'il devait en grande partie à ses seuls travaux. Béclard au contraire forme le projet immense de rassembler tous les faits épars dans le domaine de la science, afin d'en cx'éer un corps de docli'ine qui offrît pour garantie l'autoi'ité des noms les plus célèbres et le fruit des méditations des savans les plus recommandables. A la gloire d'être original et créateur, Béclard préfère le mérite de faire briller la vérité, de quelque source qu'elle éma,,ne. Il était sans doute un des plus grands admirateurs de Bichat, et s'il a souvent combattu ses idées , c'est qu'il a cru devoir le JEaire dans l'intérêt de la Science. £^
Je crois ^,ue l'o^pourrait établir entre Bichat et Béclard la distinction qu'on a faite entre Bossuet et Massillon. L'évêque de Meaux prêchait un jour devant un illustre auditoire ; Massillon disait en l'écoutant : C'est bien , je l'admire ; mais si j'étais à sa place , je ferais autrement. Tel fut Béclard à l'égard de Bichat. Plus froid et moins enthousiaste , il vint après lui comme pour corriger leô erreurs échappées au génie créateur de ce grand homme. Cessons donc d'établir entre eux une comparaison qui ne permet pas de juger l'un et l'autre suivant son méi'ite particulier ; c'est isolément qu'il faut les considérer, c'est leur talent propre qu'il faut admirer.
C'est par suite de ce plan de réforme et de perfectionnement que Béclard publia d'abord une nouvelle édition de l'Anatomie générale de Bichat, avec un volume d'Additions; et c'est encore dans le même but qu'il fit pai-aître ensuite son Anatomie généi'ale, ouvrage remarquable par sa clarté, l'abondance des vérités qu'd renferme , le plan large sur lequel il a été construit et l'immense érudition qu'on y trouve. On a comparé cet ouvrage au Manuel d'Anatomie générale descriptive et pathologique de Meckel. Il est vrai que l'anato-
SUR BÉCLAKD-.
miste français a quelquefois puisé dans cette grande collection des faits plus ou moins intéressans ; mais combien l'imitateur a dépassé son modèle , avec quel art il a évité ces idées germaniqiies, ces explications liypothétiques et ces analogies souvent forcées dont se trouve parsemée TAnatomie générale de Meckel' D'un autre côté, on a comparé l'ouvrage de Beclard a ceI^i deBîchat, dont on ne cesse de louer le style enchanteur; mais ne sait-on pas que Bichat écrivait à une époque ou i on avait besoiu d'entraîner les lecteurs par le charme de la diction, tandis que Béclard a écrit pour des hommes que la science séduit par elle-même et sans le secours d'aucun artifice. Béclard porte l'empreinte de son époque. Bichat a fait, comme on l'a cTit , le roman de la science ; Béclard s'est efforce d'en tracer le code. Ainsi l'Anatomie générale de Béclard a sou mérite particulier, et peut être considérée comme un des plus beaux titres de gloire pour son auteur. Je me résume , en disant que ce savant a surtout étudié et perfectionné l'Anatomie dans ses rapports avec la Médecine et la Chirurgie, et en appuyant les fondemens de cette science sur une immense érudition , a réellement fondé une école dont on suivra long-temps les principes. •
Aux qualités précieuses que nous venons de retracer , Béclard joignait encore celles d'un habile opérateur. Il était doué d'un sang-froid imperturbable, d'une fermeté qui ne tint jamais de la dureté , et d'une adresse qui était le fruit de ses longues et nombreuses dissections. Des cir>constances imprévues exigent souvent que l'opérateur s'écarte des préceptes de l'art : Béclard savait à l'occasion modifier ou créer des procédés. Comme son sang-froid ne l'abandonnait jamais , sa mémoire lui rappelait ou son génie lui suggérait souvent dans le cours d'une opération tout ce dont il avait besoin pour que l'exécution en fût parfaite. Il a inventé ou perfectionné plusieurs procédés opératoires : tels sont entre autres sa méthode de guérir la fistule du conduit de Sténon; plusieurs procédés d'amputation partielle du pied, de désarticulation des os du métatarse, de l'amputation dans l'articulation de la hanche et dans celle de l'épaule. Il a modifié la manière d'inciser les parties molles dans l'amputation dés membres, et de scier le tibia dans celle de la jambe; i\ a fait le premier l'extirpation complète de la parotide ; enfin il a modifié fort avantageusement le procédé de Celse pour l'opération de la taille.
Sa vaste érudition s'étendait également dans le domaine de la Chirurgie. Il a développé dans les leçons qu'il donnait à la Pitié les connaissances les plus étendues et les plus solides. Ceux qui n'ont suivi que son cours de Chirurgie , et qui ne daignèrent' pas assister aux opérations qu'il pratiquait sur un trop modeste théâtre , ne purent au moins se dispenser de le regarder comme un homme très-versé dans la littérature chi-
NOTICE HISTOHIQUE
riirgicalo. On admirait toujours en elïet le talent avec lequel il exposait et commentait les théories des hommes qui ont écrit sur cette branche de l'art de guérir. 11 est inutile de chercher à venger ici Béclard du reproche qu'on lui a fait de u être chirurgien qu'en théorie ; ne melons point au plaisir que nous éprouvons en retraçant le tableau du mérite et des talens de cet excellent homme , le souvenir amer des haines et des coteries ridicules dont il a été l'objet.
La réputation de Béclard comme professeur s'agrandissait de jour en jour. 11 possédait la faculté très-rare d'exposer avec méthode , clarté et simplicité tout ce que sa mémoire immense lui rappelait. Il savait sui-tout revêtir son idée du mot propre, et construii-e ses phrases avec un ordre admirable. Il préféraità l'élégance l'exactitude et la vivacité des expressions. Son débit était dépourvu de métaphores , mais il développait ses idées par une gradation de mots de mieux en mieux clioisis , de sorte que la dernière expression , toujours plus forte et lus énergique , laissait dans l'esprit de l'auditeur l'image de objet ou de l'idée profondément empreinte. Comme il préparait mûrement et long-temps ses leçons, comme il avait approfondi la matière qu'il traitait devant ses élèves, et qu'il était toujoui"S maître de son sujet, il poursuivait ses descriptions d'une manière imperturbable. Joignant sans cesse à ses connaissances acquises le fruit de ses propres méditations , il intéressait et séduisait son auditoire sans avoir recours au vain étalage de mots par lequel on captive quelquefois la foule abusée.
Dans son dernier cours , il donna l'Histoire anatomique et physiologique du système nerveux, matière délicate et vraiment difficile. Cependant ses descriptions étaient tellement claires , il y régnait un si grand ordre , qu'il était impossible de ne pas les comprendre. 11 a exposé avec la plus grande lucidité la série immense des opinions émises sur ce sujet depuis Praxagoras jusqu'à nos jours. Ses leçons étaient plus brillantes et plus solides que jamais, et comme s'il eût eu le présage de -sa fin prochaîne, il dépassait toujours le temps qui lui était assigné pour ses leçons, et ne pouvait quitter cette chaire sur laquelle allait bientôt s'étendre un crêpe funèbre.
Si Béclard a eu des rivaux dignes de lui dans certaines branches de l'art de guérir, il a surpassé la plupart de ses contemporains dans la carrière du professorat. Il rappelait le savoir et l'éloquence de Hallé , et marchait au moins l'égal de M. Cuvier, qu'il se plaisait du reste à imiter et à la hauteur de qui ses vastes connaissances l'élevaient de jour en jour. 11 ne lui manquait que le talent de rendre par le dessin ses descrijitions encore plus frappantes de vérité , et alors Béclard eut été le professeur le plus remarquable que les sciences médicales aient eu jusqu'à ce jour pour interprète.
SUR dÉCLARD. -^^)
Il n'est pas très-commun de rencontrer des vertus privées avec de grands talcns, parce que l'ambition, source ordinaire de nos égaremens , accompagne souvent le génie , et qu'on s'expose en voulant la satisfaire à s'écarter des règles de la morale sociale ; mais tel ne fut pas Béclard : s'il désira d'occuper un rang distingué parmi ses semblables , ce ne fut du moins jamais au préjudice de ses confrères qu'il y arriva ; ses succès dans les concours l'avaient tiré de la fotxle , et il se maintint au rang élevé qu'il occupait par son mérite personnel et ses travaux infatigables. On l'a quelquefois taxé d'ambition , mais on interprétait mal sa noble émulation ; d ne désirait l'accroissement de sa fortune que pour répandre ses bienfaits sur une famille nombreuse dont il était le glorieux appui. Était-il ambitieux, l'homme qui, néglig-eant de se faire une clientelle dont sa grande réputation lui assurait le succès , consacrait les deux tiers de sa joui-née à l'instruction publique? Modeste et simple dans ses goûts et dans ses habitudes , il se plaisait à vivre tranquillement dans le sein d'une famille que plusieurs genres de talens contribuaient à illustrer.
Béclard était naturellement mélancolique et sombre. Sa santé, épuisée par de longs travaux, exigeait de sa part les plus grands ménagemens. Sans cesse préoccupé d'idées abstraites , son abord était froid, et sa conversation très-laconique ; mais si l'on venait à le détourner de ses méditations , alors ou trouvait dans son esprit, orné de la lecture des philosophes et des historiens, tous les charmes que peut répandre sur la conversation un homme remarquable par l'éclat et la variété de ses connaissances. Sa gaieté ne paraissait que par éclairs, et un attirait irrésistible le faisait rentrer aussitôt dans le cercle habituel de ses pensées. Depuis quelque temps, il s'était fort adonné à la lecture des ouvrages de philosophie et d'économie politique ; il s'était également livré à l'étude des langues ; de sorte qu'il pouvait étaler encore dans la société un autre mérite que celui dont il brillait dans le monde médical.
Béclard était bienfaisant sans ostentation : un grand nombre d'élèves recevaient de lui des bienfaits de toute espèce, et souvent il leur laissa ignorer de quelle source émanaient le& services qu'il leur rendait. Il a plus d'une fois , par l'abandon désintéressé de ses opinions médicales , soutenu ou créé la réputation de jeunes élèves, qui plus tard ont fait honneur à leur illustre maître. Il coopérait avec zèle à leurs travaux, encourageait leurs essais , leur prodiguait les richesses de son immense érudition, et les servait avec le plus grand zèle dans la culture d'une science dont il désirait avec ardeur de voir le cham,p s'agrandir, par quelque main qu'il fût défriché.
Ce fut au milieu de tant de travaux , et lorsqu'il coinniençait a jouir d'une réputation qui, bien que brillante, n'était pourtant qu'à son aurore, que le célèbre professeur dont
.'^^'i NOTICE HISTORIQUE
nous ^^enons d'esquisser la vie fut frappé d'une maladie mortelle. ^ ^
' r.T''" ' *^'^ysip«le se développa sur la face , et s étendit bientôt aux tégumens du crâne. Dès le début, une exaltation cérébrale se manifesta , et fit aussitôt concevoir les plus grandes craintes sur les jours du malade. Malgré les soins les plus empressés, la maladie marcha avec une rapidité effrayante ; et le i6 mars, Béclard n'était plus.l
Dans le délire prolongé qui termina sa vie, son intelligence avait acquis une étonnante activité. Plus d'une fois nous le vîmes se croire encore au milieu d'un nombreux auditoire, et développer avec une énergie surprenante des idées qui , bien qu'incohérentes, n'en dénotaient pas moins l'esprit élevé qui pouvait les concevoir. C'étaient en quelque sorte les derniers efforts de son génie expirant. Enfin, après une longue et cruelle agonie, il rendit le dernier soupir entre les bras de ses nombreux amis, que la douleur enchaînait depuis quelques jours au chevet de son lit de mort. Aussitôt que cette nouvelle se répandit dans l'École, les élèves qui, pendant quelques jours, n'avaient cessé de circuler autour de la maison de Béclard , pour s'informer s'ils devaient concevoir encore quelques espérances ; ces élèves qui , naguère encore , saluaient d'applaudissemens unanimes leur savant et modeste professeur, furent profondément affligés de la perte qu'ils venaient de faire.
Le 17 mars 1825, jour des obsèques de Béclard, deux mille étudians se transportèrent à. sa maison , et ne voulant pas laisser à des mains étrangères le soin de conduire sa dépouille au dernier asile , s'en chargèrent eux-mêmes , et la transportèrent à l'église de Saint-Sulpice, qui , dans un instant, se trouva remplie de savans, de professeurs et d'élèves. Ce fut avec le même empressement, qu'à la sortie du temple, on s'empara des restes de Béclard , dont le cei'cueil , soutenu par une masse d'élèves jaloux de payer à leur maître un dernier tribut d'admiration et de reconnaissance, fut ainsi porté jusqu'au cimetière du Père-Lachaise. Ceux qui n'avaient pu obtenir l'honneur de soutenir ce fardeau précieux le suivaient dans un morne silence, et formaient de la sorte un cortège plus imposant que ne l'est ordinairement la pompe soldée qui environne le char funèbre des. hommes riches et puissans.
L'Académie royale et l'École de Médecine chargèrent d'éloquens interprètes de rendre les derniers honneurs aux mânes de Béclard; et les élèves, jaloux de donner à leur maître un témoignage éternel. de leurs regrets, ouvrirent sur-lechamp une souscription pour l'érection d'un monument funèbre. L'École de Médecine de Paris et les amis de notre célèbre professeur imitèrent l'élan de ses jeunes admirateurs,.
SrUR BECLARD.
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t>t l'on vit bientôt s'élever sur sa tombe un monument qui rappellera toujours les talens Je Be'clard, la douleur publique dont il fut l'objet, et la noble admiration d'une jeunesse studieuse pour uiï savant dont elle de'vorait les leçons, et qui, victime de son ardeur pour l'ctu^de et de son zèle pour l'instruction publique, périt à 3c) ans, lorsqu'il allait atteiudi'e l'apogée de sa gloire (i).
Paris, le i5 décembre 1826.
(i) Tandis que l'École de Médecine de Paris déplorait la perte qu'elle venait de faire dans la personne de Be'clard, la ville d'Angers, non moins afflige'e d'un aussi ftmeste événement , voulant honorer la mémoire d'un homme qui avait tant fait pour la gloire de son pays, chargea M. David , son compatriote et son ami, également célèbre dans son art, de faire revivre sur le marbre les traita <le l'émule de Bichat. C'est d'après ce buste , empreint du caractère et de l'essprit de Bcclard , qu'est gravé le portrait joint à cette Notice.
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INTRODUCTION
§ I". L'anatomie a poiir objet l'étude des corps organisés; elle est la science de l'organisation; Ions les êtres organisés en sont le sujet. L'homme, le plus compliqué de tous les êtres, est le sujet principal de cette science : connaître le corps humain , les parties diverses dont il est composé, et l'arrangement de ces parties entre elles;, tel est en efiet le but essentiel de l'anatoraie.
L'anatomie comparative, qui serait aussi bien nommée anatomie générale , embrasse dans son domaine tous les corps organisés ; elle a pour oh']et de rechercher, par la comparaison , ce. qu'ils ont de «ommunoude général, et en quoi ils diffèrent l'es uns des auti-es. La phytotomie est l'anatomie générale des végétaux; celle des animaux porte le nom de zootomie. L'ai:iatomie est encore générale quand elle a pour sujet une classe, un genre, ou un groupe quelconque d'êtres organisés , comme celle des animaux domestiques , ou l'anatomie vétérinaire. L'anatomie spéciale a pour sujet une seule espèce de corps organisés; telle est l'anatomie de l'éléphant, du cheval, de l'homme, etc. ^
Dans l'anatomie de l'homme, le tèrme anatomie générale a une autre acception qui sera indiquée plus loin; mais il faut' d'abord essayer de prendre une idée exacte de l'organisation en général , et des corps qui en sont doués.
PREMIÈRE SECTION
DES CORPS ORGANISÉS
§ 3. Les corps, êtres étendus et mobiles, sont le sujet d'une science immense appelée science de la nature , philosophie naturelle ou physique; mais ils peuvent être considérés sous deux points de vue différens : dans l'état de repos et dans l'état de mouvement ou d'action. Dans la première de ces deux manières de considéi^er les objets, on s'occupe particuHèrement de la forme, soit extérieure, soit intérieure des corps : c'est à ce genre d'étude , désigné par quélqiies-uns sous le nom de morphologie, qu'appartient l'anatomie. La seconde, qui conserve généralement le nom de physique, s'occupe de leurs changemens appréciables , c'est-à-dire de leurs phénomènes ou mouvemens, soit de masses, soit de molécules, et se dic£mfe°^ ^^^^ ^^^^ branches principales, la mécanique et la
,.J,^" <^orps qui ont des propriétés communes ou générales <lilterent aussi entre eux à beaucoup d'égards. L'organisation et la vie constituent un caractère extrêmement tranché qui les divise en deux séries tres-distinctes ; celle des corps an^rganiques ou bruts, et celle des corps organisés et vivans.
INTRODUCTION
$ 4. Les corps anorganiques n'ayant point une structure compliquée, leurs particules étant dans une indépendance absolue les unes des autres, ces corps enfin n'étant point le sujet de l'anatomie, il serait inutile d'insister davantage sur leur considération : il suffira de dire que les mouvemens ou les phénomènes de masse que ces corps exécutent, sujets de la mécanique, se reproduisent avec une régularité et une constance qui permettent non - seulement de les observer, de les produire et de les répéter dans des expériences , de déterminer les lois suivant lesquelles ils sont produits , mais de les soumeltre à l'analyse mathématique; que les phénomènes moléculaires de ces mêmes corps, sujets de la chimie , peuvent êti-e observés , peuveht être produits ou déterminés à volonté dans des expériences; que certaines lois suivant lesquelles ils sont produits, peuvent même être déduites des observations et des expériences, mais que ces phénomènes échappent encore à l'apphcation du calcul, science instrumentale si propre à accélérer les progrès des connaissances auxquelles elle peut être appliquée. La science de l'organisation et de la vie est à peu près réduite aux lois d'observation.
§ 5. Les êtres organisés ou vivans sont les seuls dont" s'occupe l'anatomie. Outre les caractères communs qu'ils partagent avec les -corps anorganiques , ils en ont d'autres qui leur sont propres , et qui modifient les premiers; ils possèdent l'organisation et la vie. Ils ont chacun une forme propre, constante, ordinairement arrondie, ce qui paraît du à des fluides qu'ils contiennent. Leur foi-me intérieure , ou leur structure , oftïe en effet un mélange de parties hétérogènes, solides et fluides. Les parties solides sont nommées organes, ce qui veut dire instrumens, à cause de l'action qu'elles exercent. Leurs particules sont entrelacées, entrecroisées, tissues , aussi noramet-on leur arrangement, texture; elles sont aréolaires , spongieuses, ou forment des cavités particulières qui contiennent les fluides. Ces parties sont en général extensibles ou susceptibles de s'allonger, et retractiles ou douées de la faculté de revenir sur elles-mêmes. Lorsque ces parties ou organes sont multiples , comme cela a lieu le plus communément, chacun a sa forme déterminée, sa texture particulière , et sa situation propre. Les liquides ou humeurs sont contenus dans les solides , et en pénètrent tous les poilits. Toutes les parties soit solides, soit liquides, sont dans une dépendance mutuelle et nécessaire : c'est de 'leur réunion que résulte le corps organisé. Les solides et les fluides ont une composition analogue; ils contiennent beaucoup d'eau, et quelques combinaisons particulières ou matériaux immédiats, et peuvent se résoudre presque entièrement en gaz. Au reste, leur matière n'a rien de particuher; elle se retrouve dans les corps anorganiques dans lesquels elle est puisée, et c'est beaucoup moins sa nature que son arrangement qui la distingue. On l'a présentée à tort comme différant essentiellement de la matière brute. L'oxygène, l'hydrogène, le carbone, dans un grand nombre l'azote, et quelques substances terreuses , en sont les derniers élémens.
C'est cette forme propre, cetle structure commune à tous les corps vivans, ce tissu aréolaire contenant des liquides plus ou moins abondans et de même nature que lui, qu'on appelle organisation.
§ 6. On appelle vie l'ensemble des phénomènes propres aux corps organisés. La vie consiste essentiellement en ce que les corps organises
DES CORPS ORGAKKKS.
sont tous pendant im temps déterminé des, centres que pénètrent des substances étrangères qu'ils s'approprient, et desquçjles en sortent d'autres qui leur deviennent étrangères. Dans' ce mouvement de formation momentanée, la matière du corps change continuellement, mais sa forme persiste. C'est sous l'état de fluides que les substances étrangères pénètrent dans les corps organisés; c'est sous la même forme que les molécules superflues en sortent. Les liquides et les solides sont dans un mouvement continuel dans l'organisation; les liquides parcourent les cavités des solides, et ceux-ci , par leur dilatation et leur resserrement, déterminent une grande partie du mouvement des premiers. Ils se changent sans cesse les uns en les antres , une partie de la matière mobile devenant fixe pour un temps, et une partie des soUdes redevenant liquide, ce qui s'accorde avec l'analogie de leur composition. Les corps organisés éprouvent des changemens pendant toute leur durée; depuis le moment de leur origine ils s'accroissent en dimensions et en densité. Ce dernier genre de changement continue jusqu'à la fin lorsque la structure du coi'ps étant insensiblement altérée, le mouvement vital languit et s'arrête, ce qui constitue la mort; après la mort, les élémens qui composaient le corps organisé se séparent , et forment de nouvelles combinaisons. Chaque corps organisé ayant non-seulemént sa forme extérieure, mais sa structure propre êt particulière, chacune de ses parties concourt par son action au résultat général. On appelle fonction l'action de chaque organe ou de plusieurs organes qui ont un but commun.
La nutrition , fonction comprenant l'absorption , l'assimilation et l'excrétion dont il vient d'être question , n'est pas le seul phénomène commun aux corps organisés; la génération est un autre phénomène aussi^ général , sans lequel les espèces ne subsisteraient pas , la mort étant la suite nécessaire de la vie. Tous les corps organisés et vivans naissent de coi'ps semblables à eux , et tous produisent leurs semblables ; pour cela une partie du corps organisé qui a acquis son développement, après s'être accrue sur lui , s'en sépare' et forme un être semblable à lui. Cette partie, qui aura la même forme et présentera les mêmes phénomènes que son parent , s'appelle germe tant qu'elle fait partie de son corps. Ce second phénomène, général n'est qu'une suite ou une conséquence du premier. Le germe , tant qu'il fait païae du corps de son parent, se nourrit et s'accroît comme un de ses organes ; sa séparation constitue une sorte d'excrétion.
Les corps organisés reproduisent aussi pour la plupart certaines de leurs parties quand elles leur sont enlevées ; ils réparent également jusqu'à un certain point les lésions qu'ils peuvent éprouver.
L ensemble des individus nés des mêmes parens , et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux, constitue espèce. Les circonstances extérieures, comme l'atmosphère, la nourriture, et d'autres encore , suivant qu'elles sont plus ou moins lavorabies, mfluent sur l'organisation et ses phénomènes : de là iesulte une perfection plus ou moins grande dans le développement et des différences de simiUtude en général assez bornées
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variétés. Ue là résultent aussi des altérations individuelles vamées
INTRODUCTION
dans les corps organisés et vivans : ces altérations de rorganisalio» et de ses phénomènes sont les maladies.
C'est cette série de phénomènes communs à tous les corps organises 1 origine dans un être semblable , la fin par la mort, l'entretien de llnd^Vld^ par nutrition, celle de l'espèce par génération; en un mot, une action de formation momentanée, exercée dans un corps qui en a reçu d'un parent et qui en transmet le principe a des descendans , qu'on appelle la vie.
Ce sont ces deux caractères , l'organisation et la vie , communs à tous et propres à eux seuls , qui distinguent essentiellement les corps organisés et vivans.
§ 7. La forme et l'action des corps organisés et vivans, l'organisation et la vie sont dans une connexion telle, qu'elles peuvent être considérées chacune comme la condition de l'autre, l'une supposant constamment l'autre. On ne voit la vie que dans des corps organisés, on ne voit aussi l'organisation que dans des corps vivans. Il fallait en effet , pour que la vie pût avoir lieu , des parties solides pour conserver la forme, et des parties fluides pour entretenir le mouvement, en un mot une organisation ; et de même , pour que celle-ci pût se maintenir au miUeu des causes de destruction , il fallait un mouvement et un renouvellement continuels de ses parties. Les corps organisés naissent vivans de corps semblables à eux ; dans tous, et pendant toute la durée de leur vie, les phénomènes vitaux sont dans un rapport exact avec l'état de l'organisation ; et quand celle-ci s'altère , soit par le fait même de la vie , soit par des circonstances accidentelles, la vie languit et s'arrête , et l'organisation se détruit par l'action chimique de ses propres élémens. Tous les efforts des physiciens n'ont pu encore apercevoir la matière s'organisant , ou la vie s'établissant soit spontanément , soit par des causes extérieures , eu un mot ailleurs que dans un corps déjà organisé et vivant. La vie ne consiste en effet ni uniquement dans une réunion de molécules auparavant séparées , comme celle que pourrait produire l'attraction chimique, ni uniquement dans une expulsion des élémens auparavant combinés , comme celle que pourrait produire l'action répulsive du calorique ; mais dans un mouvement de formation temporaire, dans lequel des élémens l'estent unis, qui se sépareraient si la vie cessait, et dans lequel des élémens se séparent sans que l'action du calorique les écarte : or, cette action vitale n'existe que dans les corps organisés. Cette connexion intime et réciproque de l'organisation et de la vie, a fait qu'on les a tour à tour regardées chacune comme la cause ou l'effet de l'autre. C'est à tort sans doute, et l'idée d'organisation et de vie est une idée complexe qui ne doit pas être plus divisée , si ce n'est par abstraction, que ces deux choses ne sont] elles-mêmes séparables. La vie est l'organisation en action, ou bien, suivant l'expression de Stahl , c'est l'organisme. L'objet de cet ouvrage cependant , étant l'examen de l'organisation en repos , la vie n'y sera considérée que d'une manière fort abrégée I.
Les corps organisés ayant une structure hétérogène, leur histoire se compose de celle de leurs diverses parties ; c'est propre-
> f^ojez Richerand. Élc'mens de Physiologie.
DES COBPS ORGAKISLS.
nicn' " ' '
t celte élude qui est l'objet de l'anatomie. De même la physique
de ces corps ne comprend pas seulement des phénomènes mécaniques ou chimiques , mais encore ceux qui leur appartiennent en propre, et qui sont étrangers aux corps anorganiques 5 savoir, la nutrition et la génération , c'est-à-dire l'action organique ou vitale. Cette physique parliculièi-e prend le nom de physiologie.
L'anatomie ' peut donc être définie la connaissance des corps organisés, ou la science de l'organisation. D'après son étymologie, ce mot n'a point cette signification : il veut dire simplement dissection; mais l'usage l'a consacré, et on le préfère aux mots morphologie , organologie (discours sur la forme , sur les organes ) , que quelques-uns ont proposés pour le remplacer. En effet , l'anatomie est une science purement d'observation , et la dissection est le principal moyen par lequel on met à découvert les parties des corps organisés pour les observer.
La physiologie est la connaissance des phénomènes des corps organisés , ou la science de la vie ; on l'appelle encore zoonomie et biologie (lois de la vie et discoui-s sur la vie). La physiologie est, comme l'anatomie , une science d'observation ; mais elle considère les phénomènes des corps oi'ganisés vivans.
L'anatomie et la physiologie sont liées entre elles par un rapport très-étroit ; l'observation ayant appris que l'oi'ganisation et les phénomènes de la vie sont dans un rapport constant et réciproque , on peut conclure de l'une à l'autre.
§ 8. Les corps organisés et vivans , sujets de l'anatomie et de la phyjologie, sont distingués en êtres inanimés ou végétaux, et en animaux ou êtres animés, d'après les différences très-tranchées entre les animaux et les végétaux dont l'organisation est compliquée, trèspeu marquées au contraire entre ceux dont l'organisation est la plus simple.
§ g. Les végétaux les plus composés sont en général formés de deux parties séparées par une ligne médiane horizontale, et dont l'une descendante et contenue dans la terre est la racine; tandis que l'autre, ascendante et contenue dans l'atmosphèi'e, est la tige qui porte les feuilles et les fleurs. Leur structure consiste simplement en un tissu aréolaire , en vaisseaux et en tuyaux spiraux qu'on nomme trachées. Ils n'ont point d'autres organes que ceux de la nutrition et de la génération. Leurs parties les plus importantes sont toutes situées al extérieur. Leur composition chimique est assez simple; l'azote s'y rencontre rarement, ou n'y existe que localement. Leurs actions vitales se bornent à l'accroissement et cà la reproduction. Leur nutrition , dont les matériaux sont puisés dans le sol et dans l'atmosphère , dans l'eau et dans l'air, consiste dans une absorption exercée par les racines , dans un mouvement de translation que les hquides éprouvent aans les vaisseaux de k tige, et dans une sorte de respiration qui a lieu principalement dans les feuilles : dans ces diverses actions , les végétaux retiennent l'hydrogène et le carbone, conservent peu ou point cl azote , et exhalent l'oxygène superflu. Leur reproduction sé ait suivant plusieurs modes. 11 y a, du reste, dans l'organisation des
' «v«r£//vtu, je disscquc.
' De fLati , nature, et VJy^ç , discours.
O INTRODUCTION
végétaux , une assez grande diversité dont l'exposition serait déplacée dans cet ouvrage ' . •
Des animaux.
§10. Les animaux , à la tête desquels se trouve l'homrae , qui ressemlDle beaucoup à quelques-uns d'entre eux , outre les caractères généraux des corps organisés , en ont d'autres qui leur sont propres , qui les distinguent par conséquent des végétaux , et qui influent sur les premiers et les modifient. Mais les animaux sont tellement differens les uns des autres , que leurs caractères communs ne sont pas bien nombreux et bien tranchés ; voici les caractères propres aux animaux, les uns en petit nombre communs à tous , les autres plus
ou moins généraux.
Outre la forme arrondie qui appartient en général à tous les êtres organisés , on observe que la plupart des animaux sont , à l'extérieur au moins , symétriques et divisés par une ligne médiane Verticale en deux naoitiés latérales semblables, et que leur longueur, suivant cette ligne, l'emporte sur les autres dimensions, quelquefois de beaucoup. La proportion des liquides aux solides est très-grande. Le tissu aréolaire ou cellulaire , qui forme la masse du corps , est très-mou et très-contractile. Le corps est creusé d'une cavité intérieure ou intestine, où sont reçus les alimens. Cette cavité est, ainsi que l'extérieur , tapissée par une membrane ou peau qui limite et enveloppe tout le reste du corps. Il y a dans beaucoup d'animaux des vaisseaux circulatoires qui portent , dans des directions déterminées , la matière nutritive de l'intestin dans toutes les autres parties du corps ; des organes respiratoires dans lesquels cette matièi'e est soumise à l'action de l'atmosphère , et des organes sécrétoires où une pai'tie de cette matière se sépare de la masse. Ils ont des organes génitaux qui consistent en général en une cavité de laquelle se détachent et sortent les germes. Dans la plupart des animaux enfin, il y a des muscles pour exécuter les mouvemens apparens , des sens pour recevoir les impressions des objets extérieurs , et un système nerveux consistant en des cordons ou filets plongés et épanouis par une extrémité dans les tégumens et dans les muscles , et en des renflemens plus ou moins gi'os dans lesquels tient l'autre extrémité des cordons.
§ II. Les sohdes ou les organes des animaux ont pour base principale le tissu aréolaire ou cellulaire , substance molle , extensible, contractile , perméable aux liquides. Condensée aux deux sui-faces du corps, c'est cette substance qui forme à l'extérieur la peau, et à l'intérieur les membranes muqueuses , ou la peau intérieure. C'est cette même membrane , la peaii diversement disposée , qui constitue les organes de la respiration , des sécrétions et de la génération : c'est elle aussi qui forme les sens. Creusé en canaux rameux dans les parois desquels il a une consistance assez grande , le tissu cellulaire constitue les vaisseaux : cette même substance, diversement modifiée, sans perdre pourtant ses caractères distinctifs , forme encore plusieurs autres genres d'organes dans les animaux. La fibre musculaire constitue un second genre de solide dilïérant essentiellement du tissu cellulaire , en ce que au miheu de cette substance molle qui forme la masse commune , se trouvent des séries Unéaircs de globules ,
I yojez Richard. Élemcns ilc Botanique.
DICS CORPS ORGANISES.
microscopiques; elle se contracte quand elle est irritée. La substance des nerfs est formée de même de globules, mais diflérens de ceux <fui composent les muscles ; elle transmet à des centres les impressions reçues , et conduit aux muscles l'influence des centi'es.
Les liquides animaux , ou les humeurs , sont nombreux et abondans. Dans beaucoup d'animaux il y a un liquide en circulation dans des vaisseaux, c'est le sang, masse centrale du liquide nutritif; d'autres liquides absorbés aux surfaces , ou dans la masse même du corps, et d'autres liquides enfin sécrélés ou séparés du sang. Celui-ci consiste essentiellement en un véhicule séreux, abondant, dans lequel sont plongées des particules microscopiques semblables à celles des sohdes. La composition du sang est tout-à-fait analogue à celle des parties solides, et il suffit d'un simple changement d'état, ou de quelques faibles changemens de proportions dans les élémens, pour que les matériaux , de liquides deviennent solides.
Les derniers élémens anatomiques des humeurs et des organes des animaux paraissent donc être une substance amorphe, liquide dans le sang, oii elle constitue le sérum ou l'albumine, et concrète dans les organes, oîi elle constitue le tissu cellulaire ; et une substance figurée en globules libres et nageant dans le sang, fixés dans les organes, où ils forment la fibre musculaire et la substance nervale. La composition chimique du corps animal est plus compliquée que celle du végétal , et consiste en élémens plus volatils ; aussi l'azote y entre-t-il comme partie essentielle qui se joint aux autres élémens généraux de l'organisation. La chaux est l'élément terreux qui y existe le plus généralement.
§ 12. Les phénomènes organiques généraux, la nutrition et la génération se retrouvent dans les animaux , mais modifiés par les phénomènes qui leur sont propres. La nutrition, au lieu de résulter de l'absorption extérieure seule , résulte en même temps et principalement d'une absorption intérieure qui a lieu dans leur cavité intestinale. Le liquide nutritif puisé dans l'intestin est soumis à l'action de l'atmosphère ; il résulte de cette respiration une production d'eau et d'acide carbonique , ce qui est le contraire de ce qui a lieu dans les végétaux. Outre cela , le liquide nutritif doit être continuellement débarrassé de matières surabondantes par les sécrétions ; elles on t jieu aux surfaces externe et interne , tantôt par des vaisseaux simplement épanouis sur de lari^es surfaces qui laissent perspirer le liquide sécrété ; ailleurs c'est du fond de petites cavités formées dans la peau ou la membrane muqueuse , qu'on voit le liquide sourdre; dans d'autres endroits les vaisseaux circulatoires communiquent avec des vaisseaux propres ou canavix excréteurs ramifiés, formés encore par l'enveloppe du corps, et qui versent le hquide sécrété, -f armi les liquides qui résultent de ces diverses sécrétions , les uns ont des usages Jans l'exercice des fonctions, d'autres sont rejetés comme matières superflues, ce qui constitue une sorte de dépuration. Le liquide nourricier sans cesse renouvelé par l'absorption intestinale , entretenu dans un état convenable par la respiration et les sécrétions, parvient dans toutes les parties du corps , et y opère la nutrition , opération merveilleuse dans laquelle il se décompose
solir^rr>''"' r ^^'"^"'^ ^^^'^^ '^^^ P^^-^i^^ ^u sang devient solide et fait partie d'un organe ; en même temps et partout aussi
INTRODUCTION
une partie des organes devient liquide, et rentre dans le torrent circulatoire. La génération ou la production d'un nouvel être est tellement diversidee dans ses modes qu'elle n'offre aucun caractère propre aux animaux et commun à eux tous. La séparation des sexes, subordonnée au mouvement, n'est en effet ni propre ni commune au règne animal. Les animaux jouissent aussi, quoiqu'à un degré moindre que les végétaux, de la faculté de reproduire , par une sorte de végétation , certaines parties quand elles sont enlevées.
§ i3. Le mouvement musculaire, les sensations et l'action nerveuse donnent aux animaux , en quelque sorte , une nouvelle vie : aussi ai)pelle-t-on ces fonctions du nom de vie animale , par opposition aux autres fonctions que l'on appelle vie organique ou végétative. Les impressions exercées par les agens extérieurs sur les organes des sensations, c'est-à-dire sur la peau externe ou interne, ou sur quelques-unes de ses parties organisées d'une manière particulière , déterminent dans ces organes des actions qui se propagent par les nerfs jusqu'aux masses centrales du système nerveux. Il n'est même aucune partie du corps qui, dans certains cas, ne puisse être le sipge de quelque sensation. Quand l'animal a' reçu une sensation , et qu'elle détermine en lui une volition , c'est encore par les nerfs que cette volition est transmise aux muscles dont les contractions produisent les mouvemens de l'animal.
L'action nerveuse n'est pas bornée à transmettre les impressions reçues par les sens et les volitions aux muscles , les masses nerveuses centrales sont encore les organes de l'instinct et des fonctions cérébrales.
Les fonctions dont il s'agit ne sont pas seulement en plus dans les animaux , ou surajoutées en eux aux fonctions organiques ou végétatives , mais elles modifient singulièrement l'exercice de ces dernières. Ainsi, dans la nutrition, ce sont en général des mouvemens musculaii'cs qui déterminent l'introduction des alimens; des fibres musculaires qui garnissent l'intestin , les y font mouvoir ; des muscles qui, dans beaucoup d'animaux, garnissent les vaisseaux à leur centre de réunion , y meuvent le sang; des muscles encore déterminent , par leur mouvement ., l'application du fluide atmosphéi'ique sur l'organe respiratoire. Des sens sont placés à l'entrée des organes de la nutrition. Des nerfs se distribuent aussi aux organes de la nutrition; et quoique dans l'état ordinaire ces nerfs ne transmettent point de sensations ni de volitions , et que les mouvemens y soient immédiatement déterminés par les impressions ou irritations, cependant, dans les affections fortes des centres nerveux, les mouvemens sont troublés , et dans des cas maladifs ces fonctions sont accompagnées de sensations. La génération est, comme la nutrition, modifiée dans ses actes par les fonctions animales.
§ 14. Il y a en effet entre tous les organes, entre toutes les fonctions des animaux , un enchaînement qui existe bien dans tous les coi-ps oi-ganisés et vivans , mais qui se fait remarquer encore davantage dans les animaux , et sui-tout dans quelques-uns d'entre eux. Dans les êtres organisés réduits à la nutrition et à la reproduclion , la dernière de ces fonctions est la suite et la conséquence de la première. Dans les animaux qui jouissent du mouvement et du sen riment, la nutrition a dû être exécutée par une digestion , car l'animal
DES CORPS ORGAKISIiS. 9
ne nouvait être- tout li la fois locomobile et enraciné; la génération a ,,u être sexuelle. A mesure que chaque ordre de fonctions devient plus compliqué , les organes qui s'ajoutent à ceux dont l'existence est plus c(-nérale , tiennent ces premiers sous leur dépendance. Ainsi , dans rordre des fonctions nutritives, la circulation, et dans la circulation, l'action du cœur, beaucoup moins générale que les autres phénomènes nutritifs tiennent, quand elles existent, tous , les autres phénomènes sous leur influence. De même dans les fonctions animales, l'action des centres nerveux tient sous sa direction des phénomènes dont l'existence est plus générale. Les fonctions animales tiennent de même sous la leur toutes les fonctions nutritives et reproductives, mais celles-ci, h leur tour, tiennent aussi les premières sous leur dépendance, les organes des fonctions animales devant être nourris pour remplir leurs fonctions , et cellesci déterminant l'exercice des organes des fonctions végétatives. De sorte que dans les animaux très-développés en organisation, la vie semble essentiellement résulter de l'action réciproque de l'organe central des fonctions végétatives, et de l'organe principal des fonctions animales, de la circulation et de l'action nerveuse, ou de l'action du sang sur le système nerveux, et du système nerveux sur les organes qui meuvent le sang. Les autres phénomènes entretiennent ces deux actions principales, que l'on peut regarder comme les deux fonctions essentiellement vitales des animaux.
§ i5. A tous ces caractères, les premiers très-généraux ou communs , et les derniers beaucoup moins généraux , il faut ajouter les dérangemens de l'organisation et des phénomènes de la vie, c'està-dire les maladies , beaucoup plus fréquentes dans les animaux que dans l'autre règne organique; et l'on trouvera aisément la raison de cette fréquence dans la complication de leur organisation , dans l'enchaînement de toutes les parties entre elles , et dans l'exercice d'organes centraux et prédorainans dont l'action ne peut être troublée sans que tous les autres s'en ressentent. De là l'étude des circonstances et des corps extérieurs qui influent d'une manière utile ou nuisible sur l'organisation animale, et l'art de conserver ou de rétablir la santé par l'usage bien dirigé des influences extérieures, ou la médecine.
Tels sont les caractères les plus généraux des animaux ; mais ces êtres présentent dans leurs organes et dans leurs fonctions une foule de variétés ou de degrés de complication qu'il est important d'examiner.
§ i6. La forme extérieure ou la configuration qui peut donner une idée de la structurç dont elle est en quelque sorte l'expression, présente les variétés suivantes. Quelques animaux sont punctiformes ou globuleux, comme les monades; d'autres ont la forme d'un filament, comme les vibrions; quelques-uns ont la forme aplatie comme une petite membrane , tels sont les cyclides ; d'autres enfin appartenant, comme les précédens , au groupe des infusoires, n'ont point de forme déterminée, leur configuration changeant à chaque instant de la manière la plus bizarre : ce sont les protées. Ces formes élémentaires , qui appartiennent à tous les animaux les plus simples, se retrouvent dans quelques-uns d'un ordre plus élevé, et dans certaines parUes de tous lés autres. Il en est de même de
INTRODUCTION
la forme éloilée ourayonnée qui app^irtieiit à un cfirlaiii nombre de classes d'animaux , et qu'on retrouve dans diverses parties do ceux qui ont une autre forme extérieure.
^ La forme rayonnée commence à se montrer dans les rotifères , et dans les autres polypes ; dans les acalèpbes et les échinodcrmes , la forme rayonnée n'est pas bornée à l'extérieur, qui ressemble à une fleur radiée ou à une étoile , mais toutes les parties sont disposées autour d'un axe, et sur un plus ou moins grand nombre de rayons. Dans d'autres animaux l'axe étant plus long , la forme rayonnée devient cylindrique. Les écbinodermes cylindroides, les vers intestinaux, les annéiides établissent ce passage de la forme rayonnée, à laquelle ils participent encore , à la forme' symétrique et à la disposition articulaire qu'ils présentent aussi; et les tuuiciers, le passage de la forme rayonnée à la forme symétrique sans articulations.
La forme symétrique sè trouve, à quelques faibles exceptions près, dans tous les autres animaux. Dans celte forme, le corps est partagé en deux parties latérales ou en deux côtés semblables par un plan médian; mais elle se soudivise en deux auti-es très-différentes. Dans les mollusques , le corps n'est point divisé en segmens , et il n'y a point de pieds articvdés ; ces animaux sont inarticulés. Les autres animaux symétriques au contraire sont articulés, c'està-dire que leur tronc est divisé en segmerïs inobiles les uns sur les autres, et que leurs membres, quand ils en ont, sont divisés en plusieurs parties par des articulations. On trouve déjà la disposition articulaire dans les cirrbipodes, qui, de toute manière, appartiennent aux mollusques; on en trouve aussi le principe dans les écbinodermes cylindroides, dans les vers, mais ce genre de forme appartient surtout aux annéiides, aux insectes, aux crustacés, aux; archides , que l'on appelle , pour cette raison , animaux articulés', et à tous les animaux osseux ou vertébrés. Ainsi on peut rapporter les formes animales aux suivantes : la forme symétrique ou binaire , avec ou sans articulations; la forme rayonnée, et les formes simples d'un globule, d'un filament, etc.
§ 17. La forme extéiùeiu'e des animaux présente encore d'autres diftéi'ences. Le corps se divise en tronc , partie centrale qui contient les organes essentiels à la vie ou les viscères; et en appendices, parties en général destinées aux mouvemens et aux sensations. Le tronc se divise en torse ou partie moyenne et en extrémités, qui sont la tête et la queue. Le torse lui-même est quelquefois subdivisé en abdomen et en thorax. La tête est la partie qui, outre- la bouche, contient le principal renflement nerveux, ou le cerveau, et les organes de sens spéciaux. Le thorax, dans les animaux articulés, est la partie du tronc qui porte les membres; dans les vertébrés c'est celle qui renferme le cœur et les poumons. L'abdomen contient toujours les principaux organes de la digestion et de la génération. Ces diverses parties du tronc, qui n'existent pas toujours toutes , offrent diverses variétés.
Dans les animaux rayonnés, dans les mollusques acéphales, et dans les intestinaux et les annébdes, le tronc, réduit à sa partie moyenne, consiste en une seule cavité qui renferme tous les organes. Dans les moUusquçs céphalés il y a une tête distincte; il en est de même des insectes . des crustacés et des arachnides, qui ont en outre
DES CORPS ORGANISÉS. l »
un thorax, tantôt ùistinct de la tête et de l'abdomen , et tantôt confondu avec une ou ayec ces deux parties du tronc. Dans les vertèbres la tête est toujours distincte , mais le thorax est quelquefois confondu avec l'abdomen. Les appendices présentent aussi diverses variétés : dans quelques infusoires, il y en a de petits appelés cils. Les animaux rayonnés ont la bouche entourée d'appendices appelés tentacules, qui sont destinés au mouvement et au sentmient. 11 en est de même dans quelques moUusques qui ont des tentacules sensibles et d'autres productions charnues appelées bras ou pieds pour le mouvement. Les crustacés et les insectes ont des antennes , filamens articulés , de forme très-diverse , tenant à la tête , et qui paraissent des organes de sensation. Il en est de même de leurs palpes que l'on trouve aussi dans les arachnides. Les appendices latéraux , pairs, essentiellement destinés au mouvement, et qu'on appelle membres quand ils sont articulés', existent en rudimens dans les cirrhopodes et dans les annélides sétifères ; on les trouve en grand nombre dans les myriapodes , en nombre assez grand , mais variable , dans les crustacés ; il y en a huit dans les arachnides , et six dans les vrais insectes qui ont en outre, pour la plupart, des ailes au nombre ,de quatre ou de deux. Dans les vertébrés il n'y a jamais plus de'quatre membres.
§ i8. Les organes de la nutrition présentent une grande diversité. Dans les animaux les plus simples, les infusoires, cette fonction consiste uniquement dans une absorption ou imbibition extérieure dont la matière pénètre toutes les parties du corps de l'animal , et est immédiatement assimilée et ensuite excrétée ; on retrouve cette simplicité d'organisation dans quelques vers intestinaux et quelques acalèphes.
A un degré plus élevé , on trouve une cavité intestinale creusée dans la substance du corps , et dès lors l'absorption se fait par deux surfaces et surtout par la sui'face interne. ' On trouve cette simple cavité dans quelques polypes. A un degré plus élevé encore , la cavité consiste en un sac membraneux , distinct de la masse du corps , formé par une membrane ou peau intérieure continue et analogue à la peau extérieure. Ce sont encore des polypes et des acalèphes , et quelques intestinaux qui en montrent la première apparence; dans d'autres animaux des mêmes classes, la cavité gastrique a des prolongemens étendus dans la masse du corps pour y distribuer la nourriture. Dans quelques acalèphes, quelques vei^s intestinaux, l'estomac rhanque, et il n'y a que les prolongemens ramifiés qui s'ouvrent à la surface extérieure. Dans toutes ces premières apparences d'une cavité intestinale, la cavité est bornée à un sac allongé, ayant une seule issue. Plusieurs échinodermes et vers intestinaux ont un canal intestinal distinct, une bouche et un anus, disposition que l'on retrouve dans toutes les classes élevées, où le canal plus ou moins renflé, plus ou moins resserré, etc., traverse le corps. L'existence de ce canal se montre en même temps que la forme cylindroïde et alongée du corps.
La bouche présente plusieurs variétés dont les principales sont celles d'un simple orifice ; d'une ouverture garnie de muscles , et quelquefois de parties dures, mais disposées uniquement pour la succion ; d'une ouverture garnie de muscles et de parties dures pour diviser les alimens. - -
INTRODUCTIOW,
§ 19. Dans beaucoup d'animaux inférieurs, le suc nourriciei-, absorbe par les parois de l'intestin, simple ou prolongé dans le corps par des appendices ramifiés, est porte immédiatement par la substance areolau^e dans toutes les parties du corps : tel est le cas de tous es annnaux rayonnés et de l'immense classe des insectes. Dans tous les insectes, en elïet,iln'y a point de vaisseaux, et le liquide nourricier doit passer par imbibition de l'intestin dafts tout le corps; il y a seulement un vaisseau dorsal qui paraît un rudiment de cœur , mais point de branches pour la circulation.
Dans les animaux plus élevés , le liquide nourricier , absorbé par les parois de l'intestin, circule dans des vaisseaux clos, dont les dernières ramifications seules laissent échapper dans la substance du corps les molécules qui doivent le nourrir. Les vaisseaux qui portent du centre de la circulation à toutes les autres parties , sont appelés artères; ceux qui rapportent de toutes les parties du corps au centre , se nomment veines ; au point de réunion des unes et des autres , on trouve dans beaucoup d'animaux un organe charnu , le cœur, qui aide, par ses contractions le mouvement du liquide, et qui est , ainsi que l'ensemble des vaisseaux , plus ou moins compliqué. On trouve les premiers rudimens de vaisseaux dans quelques vers intestinaux , et le premier rudiment de cœur dans les insectes.
Dans les annélides , seuls animaux invertébrés qui aient le sang l'ouge , il y a des artères et des veines pour la circulation , mais le cœur est seulement ébauché. Dans les arachnides trachéennes , les organes de la circulation ne sont guère plus avancés que dans les insectes; mais dans les autres, les pulmonaires, il y a un cœur ou grand vaisseau dorsal et des branches de chaque côté. Les crustacés ofirent plus distinctement le cœur ; dans quelques-uns , il est alonge en un gros vaisseau fibreux qui règne sur toute la longueur de la queue, donnant des branches des deux côtés , et qui rappelle encore le vaisseau dorsal des insectes ; mais dans d'autres crustacés , il y a un ventricule dorsal, un grand vaisseau ventral, et de véritables vaisseaux circulatoires. Dans les mollusques il y a un cœur plus ou moins compUqué, un double système d'artèi'es et de veines; lé sang est blanc ovi bleuâtre. Enfin, dans les vertébrés, outre les artères, les veines et le cœur , il y a un système particulier de vaisseaux lymphatiques et des chylifèi'es qui portent le liquide nourricier des intestins dans les veines.
Le cœur le plus simple se compose au moins d'un ventricule qui pousse le sang dans les artères , et souvent d'une oreillette ou sinus des veines à letu- entrée dans le cœur ; il est aortique quand il envoie le sang à tout le corps, et pulmonaire quand il l'envoie à l'organe respiratoire ; il est double quand il y a deux ventricules , qui peuvent être d'ailleurs séparés ou réunis. Le cœur est simple , sans oredlette , et pulmonaire, dans tOus les animaux articulés qui en sont pourvus. Il en est de même dans les poissons , excepté qu'il y a une oreillette. 11 est simple, ^ais aortiqu.e dans la plupart des mollusques ; il est triple dans les mollusques céphalopodes , où il y a deux ventricules pulmonaires et un aortique séparés et sans oreillettes. Dans tous les reptiles il y a un seul ventricule plus ou moins cloisonné qui envoie le sang dans un seul tronc tout à la fois aortique et pulmonaire; la plupart ont deux oreillettes, les batraciens n'en ont qu'une. Enlin
DES CORPS OBGABISÉS. 1 ->
le cœur est double ; il y a deux oreilleltes et deux ventricules accolés , l'un aortique et l'aulrc pulmonaire, dans les oiseaux et les mammi-
1 èv€S »
§ 20. Pour que le liquide nutritif soit propre à sa fonction , il faut qu'il soit soumis à l'action de l'atmosphère où vit l'animal. Dans ceux qui n'ont point de circulation, l'eau agit à la surface du corps. Tel paraît être le cas des infusoires , des polypes , des acalèphes ; les vers intestinaux ne présentent non plus aucune apparence d'organes de respiration. Dans un autre degré d'organisation, l'air ou l'eau pénètre dans tous les points du corps par des canaux élastiques appelés 0 trachées , et qui sont revêtus par des prolongemens de la peau. Les ^ échinodermes ont des trachées aquifères -, dans les insectes il y a deux trachées longitudinales étendues à tout le corps , ayant par intervalles des centres d'où partent beaucoup de rameaux , et qui répondent à des stigmates, ouvertures extérieures poiu' l'entrée de l'air. Dans les animaux qui ont une circulation, une partie des vaisseaux porte le sang dans un organe où ils se subdivisent sur une grande surface de la peau extérieure ou de la peau intérieure. Cette surface est saillante et appelée branchie quand l'élément ambiant est l'eau , nommée poumon et creuse quand cet élément est l'air. Pour la respiration branchiale ou pulmonaire, il y a en générât des organes de mouvement pour mettre le fluide ambiant en contact avec l'organe. Dans les arachnides , on trouve le passage de la respiration disséminée qui existe encore dans les trachéennes, substituée à la respiration locale qui a lieu dans des sacs pulmonaires. Dans les crustacés en général, les organes respiratoires sont des bi-anchies saillantes diversement configurées. 11 en est de même dans la plupart des annéhdes. Dans les animaux mollusques en général, on trouve beaucoup de variétés dans les organes de la respiration : quelques-uns respirant l'air en nature , ont une cavité pulmonaire , ce sont les gastropodes pulmonés ; d'autres ont des branchies saillantes diversement configurées ; d'autres encore ont leurs branchies dans une cavité où l'eau doit être attirée. Dans les poissons , la respiration est branchiale ; elle est pulmonaire dans les autres vertébrés.
La respiration est partielle et la circulation simple dans les reptiles où il n'y a qu'un ventricvile et qu'une aorte dont l'artère pulmonaire est un rameau. Dans tous les autres animaux qui ont une respiration locale et une circulation , celle-ci est double et la respiration complète, c'est-à-dire qu'à chaque circuit du sang , tout le liquide passe par l'organe respiratoire. Dans les articulés et les mollusques, le cercle est simple ; dans les premiers , le sang va du cœur à tout le corps en passant tout entier par les branchies, il en est de même dans les poissons ; dans les mollusques , il va du cœur aux branchies en passant auparavant par tout le corps. Dans les oiseaux et les mam.initeres, les deux cœurs étant accolés, le cercle est double, ou mieux , le circuit est croisé, et peut être représenté par un 8, au centre duquel est le cœur.
S 21. Le liquide nutritif ne doit pas être seulement soumis à l'action de 1 atmosphère , mais il doit être débarrassé par les sécrétions fies matières surabondantes. Dans les animaux qui ont une cavité intérieure, et par conséquent deux surfaces, ces deux surfaces servent a 1 excrétion comme à l'absorption par toute leur étendue. Lu
'4 IMllODUCTION.
peau inlérieure et la peau extérieure piésentent aussi de petites cavités ou enfoncemens particuliers d'où le liquide sort. Enfin, dans les annuaux mêmes ou il n'y a point de circulation , si quelque liquide particulier doit être produit , les cavités ou enfoHcemens de la peau intérieure ou extérieure sont étendus et ramifiés en vaisseaux propres ou conduits excréteurs dans le corps, et pompent dans le fluide nourricier les élémens propres à la composition de ce liquide. De même dans les animaux qui ont une circulation , tantôt les vaisseaux s'épanouissent simplement sur de larges surfaces, et y laissent échapper par perspiration le liquide sécrété; tantôt c'est du fond de petites cavités ou de follicules formés dans la peau inté-rieure ou extérieure que le liquide sourd; dans d'autres endroits, J' les artères, au point où elles se changent en veines , communiquent ' avec des canaux excréteurs ramifiés et toujours formés par la peau intérieure ou extérieure ; c'est de la réunion de ces canaux avec les vaisseaux sanguins que résultent les glandes. Ces derniers organes de ' sécrétion sont propres aux animaux qui ont un cœur. Le foie, par exemple, le plus général de ces organes, n'existe encore dans les arachnides trachéennes que sous la forme de vaisseaux désunis comme dans les insectes; dans les arachnides pulmonaires, et dans les crustacés au contraire , on trouve un foie encore séparé en lohes distincts ou en grappes dans quelques-uns. Les mollusques ont tous un foie considérable; la plupart ont des glandes salivaires, mais point de pancréas ni de reins. Plusieurs ont des sécrétions qui leur sont propres. Les animaux vertébrés ont tous des glandes, et, de plus que les autres, des reins, organes qui ont beaucoup de rap- y ports avec ceux de la génération. Parmi les liquides qui résultent des diverses sécrétions, les uns ont des usages dans l'exercice des fonctions, comme la salive, la bile, etc. ; d'autres, tels surtout que l'urine, sont rejetés comme matières superflues ou nuisibles.
Ainsi les organes des fonctions nutritives dans leur extrême diversité, consistent en une substance perméable qui absorbe, s'assimile et excrète ; en une ou deux surfaces , la peau et l'intestin, que- les matières étrangères doivent traverser du dehors au dedans, ou du dedans au dehors par absorption ou par excrétion ; en vaisseaux qui établissent des communications entre les surfaces du corps et tous les points de sa substance, et réciproquement; en organes respiratoires, parties des sui'faces, oîi le liquide est rais en contact avec l'atmosphère , et en organes sécrétoires , autres parties des surfaces où une partie du liquide est rejetée.
§ 22. La génération, ou la production d'un nouvel être semblable à celui dont il tire son origine, seconde fonction commune à tous les corps organisés et vivans , présente aussi, dans les animaux une grande variété dans ses organes et dans ses phénomènes. Cette fonction, dans le cas le plus simple, n'a point d'organe particulier; mais le corps tout entier, très-simple, homogène, se divise en plusieurs fragmens qui conservent chacun les propriétés du tout ; c'est la génération fissipare ; elle appartient essentiellement aux infusoires; elle existe accidentellement dans d'autres. Dans d'autres animaux du même groupe on aperçoit dans la substance du corps des globules ou corpuscules qui paraissent reproductifs , c'est la génération subgemmipare , ou le premier indice d'une production de
DES CORPS ORGANKÉS. ' l5
ffcmmes. Dans un degré plus élevé la génération est en effet gemmipare; une gemme , ou bourgeon croît sur la surface externe du coi7)s, sur la peau, et ensuite se détache pour former un nouvel être distinct de son parent , ou bien continue de rester sur lui , et en forme un rameau. Ce genre de génération appartient aux polypes. On y trouve' aussi la génération gemmipare interne ou subovipare. Son organe consiste eu des cavités prolongées dans la masse du corps, et dans l'intérieur desquelles croissent des gemmes ou des ovules qui se séparent spontanément, et sortent, en traversant un canal qui s'ouvre à l'extérieur. Ce mode' de génération est encore celui des acalèphes, celui des échinodermes, peut-être celui des intestinaux cestoïdes. Les acéphales et quelques mollusques gastéropodes n'en diffèrent que parce qu'ils ont un véritable ovaire. Dans tous ces premiers cas , il n'y a pas , à proprement parler.
d'organes sexuels.
§ 23. Dans toutes les organisations plus élevées , sous ce rapport , il y a des organes génitaux des deux sexes, dont le concoui^s est nécessaire pour animer les germes. Les ims, les organes femelles, consistent en un amas de germes ou un ovaire, en un canal par où les germes détachés se portent au dehors , c'est l'oviductus ; et clans plusieurs espèces, en une cavité où ils demeurent plus ou moins long-temps, se greffent et s'accroissent avant de naître, c'est l'utérus ; l'orifice par lequel ils soitent est la vulve. Les oiganes mâles sont des glandes appelées testicules , qui -sécrètent le sperme, liqueur fécondante, et quand elle doit être introduite dans le corps / de la femelle , le mâle est pourvu d'un pénis. Dans ce genre d'organisation le concours des deux sortes d'organes est nécessaire pour opérer la génération. On trouve la première apparence de cette organisation dans quelques vers intestinaux ; mais ces animaux étant dépourvus de circulation, leur ovaire et leurs testicules consistent uniquement en vaisseaux sécrétoires libres ou flottans. Les organes génitaux sont de même de deux genres dans beaucoup de mollusques, dans les annélides et autres articulés, et dans les vertébrés; seulement dans ceux qui ont une circulation , lès ovaires et les testicules sont des masses glandulaires. Parmi ces animaux , certains sont hermaphrodites ou pourvus d'organes mâles et femelles ; mais cet hermaphrodisme est incomplet, ou plutôt insnflisant; car ils ont besoin pour engendrer d'un accouplement réciproque avec un autre: individu semblable : tel est le ci^s de quelques annélides et de quelques mollusques. Dans un ordre plus élevé encore d'organisation, les organes génitaux sont séparés et portés par des individus difïerens, ce qui constitue les sexes. C'est le cas de quelques vers intestinaux de beaucoup de mollusques, des insectes, des crustacés, des arachnides et de tous les vertébrés.
§ 24. pans la génération sexuelle, le germe est renfermé avec des matières nutritives dans une enveloppe membraneuse ou plus sobde, et même calcaire; c'est ce qu'on appelle un oeuf. Tantôt 1 oeut contient des matériaux nutritifs en quantité suffisante pour le développement complet de l'embryon, et reçoit seulement l'influence de 1 air atmosphérique , et tout au plus celle de l'humidité au travers de son enveloppe; l'animal est alors ovipare, soit que l'œuf soit pondu entier., et que le développement de l'embryon se fasse après
INTRODUCTION
la ponte , ou bien que le développement précède la ponte , et auc 1 œuf se rompe au moment de la naissance. Dans la génération ovipare , le germe ne se détache en général qu'après la fécondation ; dans quelques cas cependant le germe se détache avant, et l'œuf est féconde pendant ou même après la ponte. L'œuf ne contient pas toujours des matériaux suffisans au développement de l'embryon • il se greffe alors par sa surface dans l'utérus , et y absorbe des matières nutritives ; le petit naît vivant avec les débris de son œuf membraneux, mais dans un état de faiblesse qui exige qu'il soit nourri d'une liqueui- animale que la mère sécrète , c'est le lait. Les mammifères sont seuls dans ce cas. Au sortir de l'œuf, quelques petits ne ressemblent pôint du tout à leurs parens; ils éprouvent, avant d'atteindre à cette forme, des changemens qu'on appelle métamorphoses ; tels sont les larves des insectes , et les têtards des batraciens ; les autres au contraire naissent semblables à leurs parens , ou du moins ne s'en éloignent que par des différences de proportion qui s'effacent avec l'âge.
§ 25. La nutrition et la génération ne sont pas les deux seuls modes de production ou de formation des animaux; ils possèdent aussi , quoique à un degré moins élevé ou moins général que les végétaux, la faculté de reproduire par une sorte de végétation les parties enlevées ou détruites ; mais cette faculté n'est pas au même degré dans tous les animaux : les animaux les plus simples la présentent au plus haut degré. Les polypes, et- notamment les hydres, reproduisent constamment et indéfiniment les parties qu'on leur enlève , de sorte que l'on multipUe à volonté les individus au moyen de la section. La force de reproduction des actinies n'est guère moindre ; elles reproduisent les parties qu'on leur coupe , et peuvent se multiplier par la division. Les astéries ont aussi une grande force de reproduction ; elles repoussent les rayons qui leur sont enlevés ; un seul rayon même, pourvu qu'il soit entier, peut reproduire les autres. On connaît la faculté qu'ont les ténia de reproduire les anneaux postérieurs de leurs corps. Parmi les annélides,les naïades ont aussi une très-grande force de reproduction. On a constaté sur l'écrevisse la faculté qu'ont les crustacés de régénérer leurs pieds lorsqu'ils les ont perdus, ou qu'ils ont été mutilés. Il paraît que les arachnides ont aussi la faculté de régénérer les pattes qu'elles ont perdues. Les salamandres aquatiques ont une force étonnante de reproduction; elles repoussent plusieurs fois de suite le même membre quand on le leur coupe , et cela avec tous ses os , ses muscles , ses vaisseaux, etc. Les membres et la queue des têtards de grenouilles se régénèrent aussi presque comme ceux des salamandres. La quevie des sauriens , lorsqu'elle a été cassée , repousse , quelquefois un peu différente de ce qu'elle est naturellement. Dans les animaux à sang chaud la reproduction est presque bornée à des parties épidermiques et cornées. Pour les autres parties, elle se réduit à la guérison des plaies, et à la production d'une cicatrice analogue à la peau, quand celle-ci a été entamée ou détruite.
Les organes et les fonctions propres aux animaux présentent , comme les précédens, beaucoup de , degrés de complication ou do variétés dans les êtres qui composent le règne animal.
$ 26. Dans les animaux les plus simples, le corps étant ou parais-
-DES CORPS ORGANISICS,
«airt homogène, on ne voit aucun organe particulier pour le uiouyenient, et pourtant ces animalcules infusoires se meuvent en totalité vivec beaucoup de vitesse. D'autres animaux un peu plus composés, <:omnie les rotifères , qui ont un organe rotatoire particulier, comme les polypes , qui ont autour de la bouche des appendices ou tentacules dont les mouvemens agitent l'eau, attirent et saisissent les substances mitritives , et dont quelques-uns ont en outre des mouvemens de totalité, sont encore dépourvus de tout organe muscuiaire distinct. L'organe propre des mouvemens apparens , la fibre musculaire, existe dans les acalèphes et dans les échinodermes dont le système musculaire est soutenu par une peau bien organisée , et dans tous les animaux plus élevés, où les mouvemens apparens, généraux ou partiels , sont produits pari'action de ces organes. Les fibres, musculaires garnissent, dans tous les animaux qui en sont pourvus, la peau externe et la peau interne ; elles forment le cœur dans tous ceux qui en ont. Parmi les animaux , quelques-uns ont la peau aussi molle que les autres .parties du corps; dans un grand nombre , elle contient dans son épaisseur des parties dures , soit calcaires, soit cornées, qui défendent l'animal contre les atteintes extérieures, et qui, mobiles les vines sur les autres, transmettent aux parties qu'elles soutiennent le mouvement qu'elles ont reçu des muscles. Dans les animaux vertébrés , ce sont des os intérieurs articulés et mobiles qui remplissent ce dernier offiée , et qui pour cela sont pourvus d'une grande masse de muscles qui manquent dans les invertébrés , ou qui sont attachés à leur peau endurcie.
§ 2^. Les organes des sensations, dans les animaux les plus simples, n'ont point une existence distincte; le corps tout entier paraît recevoir les impressions comme il exécute les mouvemens. Dans les animaux qui ont vme peau extérieure et une peau intérieure diflérentes du reste de la masse, et tous, à partir des polypes, sont dans ce cas, la peau, outre sa fonction d'absorber des matières nutritives, reçoit l'impression des corps extérieurs. Dans ceux qui ont la peau très-nioUe et peu distincte du reste , elle est partout également sensible. Mais la peau humectée dans beaucoup d'aniriiaux par du mucus ou par la matière sébacée, est, dans un grand nombre, garnie d'épiderme , de poils, d'écaillés cornées , ou^ de croûtes calcaires, et devient aussi un organe de défense ou de soutien. Dans ce cas-là, quelques parties restent dépourvues de ces enveloppes; sont trèsmobiles et sont des organes particuliers de tact ou de toucher, tels sont les tentacules des oursins, celles des mollusques, les antennes des insectes, des crustacés , les barbillons de quelques poissons, etc.
L'organe du goût ne se trouve pas distinct dans tous les animaux qui digèrent, et cependant la sensation semble devoir exister dans tous. On ne voit rien dans les animaux rayonnés à l'entrée du canal !!!!?.':"*^'^^' semble être cet organe. Il en est de même dans les
on
. , ^ que tous les vertébrés aient une langue
organisée d une nianière propre au goût.
L organe de l'odorat semble manquer ' dans un grand nombre et animaux; cependant les insectes, les crustacés, les arachnides sentent les odeurs ; mais on ignore le siège précis de cette sensation. Il
INTRODUCTION
en est de même dans les mollusques, Dans les vertébrés mêmes , les ' fosses nasales ne traversent pas la face dans toutes les classes .
L'organe de l'ouïe ou l'oreille n'existe pas dans les dernières classes d'animaux , et le son ne paraît y être perçu que comme impression tactile. Parmi les animaux articulés qui entendent tous, les écrevisses sont les seuls où l'on ait aperçu l'oreille ; elle y consiste en un sac rempli d'une lymphe gélatineuse recevant un nerf distinct. De même, parmi' les mollusques , les céphalopodes seuls ont cet organe, qui existe dans tous les vertèbres, et y présente beaucoup de variétés.
Dans tous les animaux, la lumière exerce une action sur toute la peau, sur toutes les parties qui y sont exposées , mais la vue n'a lieu qu'au moyen de l'œil. Il n'y a point d'yeux dans les animaux rayonnés. Les vers et une partie des annélides en sont dépourvus ; dans les autres il n'est que rudimen taire, c'est un petit point noir. Les articulés à pieds, savoir : les crustacés, les arachnides, et les insectes, ont tous des yeux qûi peuvent êti-e de deux sortes, plus ou moins nombreux, et toujours syméti iques ; des yeux simples dont la cornée n'a qu'une facette, l'iris qu'une ouverture, et le nerf optique un seul filet ; et des yeux composés ou à facettes multiples avec autant de pupilles et autant de filets du nerf optique. Quelquefois les yeux sont pédicules ou placés sur des appendices articulés. Les mollusques acéphales sont dépourvus d'yeux ; la plugart des gastéropodes en ont, mais de très-petits et rudimentaires , placés soit à la tête même, soit avix tentacules postérieures. Les céphalopodes ont deux gros yeux i-ecouverts par la peau transparente en cet endroit. Les yeux ne manquent que dans un petit nombre d'espèces dans les vertébrés.
§ 28. Le système nerveux n'est pas connu, et ne paraît pas exister dans les animaux infusoires. Qn en aperçoit les premières traces dans les animaux rayonnés. Les hydres, parmi les polypes, ont dans leur substance des globules microscopiques dont la nature est obscure. Mais dans les étoiles de mer et dans les holothuries il y a des ganglions disposés cii'culairement autour de la bouche, communiquant entre eux par des filets mous, en envoyant d'autres , en rayonnant dans les divisions du corps, où ils se distribuent à la peau externe et à la peau interne. Dans quelques vers intestinaux on aperçoit un anneau nerveux qui entoure la bouche, et d'où paitent deux cordons qui s'étendent à tovite la longueur du corps. Dans les animaux articulés, le système nerveux présente un caractère assez général. Il y a un petit renflement appelé cerveau, placé sur l'œsophage, et fournissant des nerfs aux parties qui tiennent à la tête. Deux cordons qui embrassent l'œsophage comme un collier se continuent sous le canal intestinal, et se réunissent d'espace en espace en autant de doubles ganglions ou de nœuds qu'il y a d'anneaux au corps, et d'où partent les nerfs du tronc et ceux des membres , quand il y en a. La disposition est la même à peu près dans les cirrhopodes. Dans les mollusques il y a une plus grande diversité que dans les articulés. Néanmoins ce sont toujours des ganglions communiquant par des cordons, et envoyant des filets aux diverses parties externes et internes. Dans les acéphales il y a au-dessus de la bouche un ganglion principal qu'on appelle improprement cerveau , et un autre vers
DES CORPS ORGANISÉS. '
rextrémité opposée du corps; derrière la masse des intestins , deux branches nerveuses établissent une communication entre les ganglions, et embrassent dans leur écartement les viscères; d'autresfilets se distribuent aux dillèrentes parties du corps. Dans les mollusques pourvus d'une tête, il y a un renflement nerveux ou une masse médullaire principale qu'on appelle cerveau, située pn travers sur l'œsophage, qu'elle enveloppe d'un collier nerveux qui se termine en dessous par un autre ganglion plus gros : ces renflemens envoient des filets aux parties de la tête et aux dilFérens viscères. Dans quelqnes-uns il y a en outre quelques autres petits ganglions. Les céphalopodes seuls ont leur cerveau enveloppé d'une espèce de crâne cartilagineux.
Les caractères généraux du système nerveux des animaux invertébrés consistent surtout dans la dissémination des centres nerveux, et en ce que toutes les parties soit externes , soit inteimes , soit celles qui appartiennent aux fondions végétatives , soit celles qui appartiennent aux fonctions animales, reçoivent leurs filets nerveux des mêmes centres. On verra que dans les animaux vertébi'és, au contraire, le système nerveux est disposé tout difFéremment et d'une manière qui les distingue tout-à-fait des autres animaux.
§ 29. L'action nerveuse ou l'innervation, présente dans les animairx des variétés correspondant à celles qu'on observe dans la disposition des organes nerveux. Dans les animaux où il n'y a point, de système nerveux , et dans ceux o{i ce système n'a point de centre (les rayonnés), les impressions sont immédiatement suivies de mouvemens ; ou appelle irritables les animaux et les parties dont les mouvemens sont déterminés par des impressions. Dans les animaux rayonnés c'est la bouché ou l'orifice par lequel ils prennent leur nourxitui'e, qui est le point le plus irritable; c'est là aussi' que le système nerveux comnlence à apparaître dans les rayonnés qui en sont pourvus. Tous les autres animaux ont aussi des parties irritables. Dans les mollusques et dans les insectes où les divers ganglions du système nerveux sont rattachés les uns avix autres par des cordons , de manière à former un centre , et où il y a des organes de sensation spéciale, les impressions reçues par les sens donnent Heu à des sensations, et les mouvemens sont déterminés par la volition. Les mouvemens intéi-ieurs cependant sont produits par irritation , mais l'irritabilité dans ces anim?ux est dans la dépendance du système nerveux. On observe aussi dans ces animaux , et surtout dans les insectes , une faculté qu'on appelle instinct , et qui , comme une impulsion irrésistible, leur fait produire, sans apprentissage et sans imitation, dés actions très-compliquées, nécessaires à leur conservation et à celle de leur espèce. Les animaux vertébrés , outre l'irritabilité, la sensibilité , le mouvement volontaire et l'instinct, ont encore des fonctions cérébrales qui simulent l'intelligence jusqu'à un certain degré. o j 1
§ 3o. Les variétés ou les degrés de complications qui existent dans chaque appareil de fonction , se combinent de diverses manières, ce qui constitue des variétés de l'organisation générale. La combmaison ou la co-existence des divers appareils d'organes estdetermmee; certam état de» organes nutritifs ou génitaux exigeant, pour que la yic ait lieu , certain état correspondant des organes du-
erae»-
liNTUODUCTIOIV.
mouvement, de la sensibiliid,'etc. D'après un caractère exlrêra ment tranche de l'organisation , on divise les animaux en vcrtébr et en mvertebres. L'homme appartient à la première division.
^ il. Quoique les animaux invertébrés diffèrent beaucoup de 1 homme , cependant leur étude est d'un grand intérêt pour l'anatomiste et le physiologiste ; on y voit l'organisation et la vie dans leur plus grande simpUcité , et dans une foule de variétés. Us diffèrent même tellement entre eux, qu'ils n'ont aucun caractère commun et positif. D'après l'ensemble de leur organisation, on les divise en trois grandes sections qui diffèrent enUe elles autant qu'elles s'éloignent des vertébrés : ce sont celles des animaux rayonnés, mollusques et articulés; et même ou trouve encore hors i.de ces trois divisions une classe d'êtres douteux que les zoologistes ^décrivent sous le nom d'infusoires ', et que les botanistes réclament parmi les conferves.
§ Sa. Ces animaux équivoques et microscopiques ont des formes tres-simples , diverses , quelquefois changeantes ; ils sont homogènes, transparens, dijBQuens; ils n'ont aucune cavité, aucun organe distinct; cependant ils se meuvent dans les eaux qui les contiennent , ils se nourrissent par imbibition , ils se multiplient par scission spontanée.
§ 33. Les animaux rayonnes constituent un type particulier dont le caractère essentiel est dans la forme , qui est celle d'un centre autour duquel les parties sont disposées en rayons. Leur structure , assez simple , présente plusieurs variétés depuis les hydres ou polypes à bras, les plus simples d'entre eux, jusqu'aux astéries. Ils habitent tous l'eau.
§ 34. Les polypes forment une classe extrêmement nombreuse d'animaux rayonnés. Ils sont, en général, allongés, ayant une seule ouverture ou bouche munie d'appendices rayonnés; ils ont une cavité ahmentaire; ils digèrent très-vite, et absorbent par imbibition; ils produisent des gemmes qui tantôt restant adhérens, forment des animaux composés, phytoïdes, et tantôt se séparent. Les surfaces extérieure et intérieure sont semblables , la substance intermédiaire est homogène , gélatiniforme ; on n'y distingue aucun organe particulier, seulement des globules microscopiques : ils sont tellement regénératifs que , coupés , chaque partie devient un individu. La lumière, le bruit, et d'autres causes extérieures, produisent sur eux des impressions suivies de mouvemens. Les uns sont fixés au sol , d'autres sont libres. Les plus simples de tous sont ceux qui sont nus, comme les hydres, etc.; ils ont un sac alimentaire simple ; ils se multiplient par des gemmes extérieurs. D'autres, qui sont réunis , excrètent de leur surface externe une substance cornée ou calcaire appelée polypier. Dans d'autres enfin , qui sont des animaux composés, le corps commun enveloppe une substance sécrétée dont la consistance varie depuis celle de la gelée jusqu'à la pierre. ,
§ 35. Les acalèphes, ou orties de mer, ont une forme circulaire ou rayonnante encore plus marquée ; on les a comparés à des fleurs rosacées ou radiées. Leur structure est variée, car quelques-uns sont aussi simples que les plus simples des polypes, et d'autres sont bien plus compliqués ; la bouche est centrale , garnie de tentacules , et conduit dans un estomac souvent ramifié , mais qui n'a point
DES CORPS ORGANISÉS
d'autre issue. Il y a, pour la génération, des amas de gemmes internes ovariformes dans des cavités particulières.
g 36. Les écliinodcrmes sont les animaux rayonnés dont l'organisation est le plus compliquée : on trouve dans cette classe la forme étoilée, la forme sphéroïde et la forme cylindrique. Ils ont une cavité intérieure où flottent des viscères distincts ; leur intestin a des prolongemens vasculiformes ramifiés dans le corps; quelquesuns ont un anus distinct, les organes de la respiration sont des canaux aquifères ramifiés ; les organes de la génération sont des amas ovariformes de gemmes internes qui aboutissent à la bouche ou à l'anus; ils ont des muscles, et dans la plupart il y a des organes particuliers pour le mouvement , consistant en de nombreux tentacules terminés par, des ventouses, et qu'on appelle pieds; la peau est bien organisée ^ et souvent solide; quelques-uns même ont des filets nerveux.
§ 3^. Les animaux articulés constituent une division du règne animal dans laquelle le corps est symétrique , divisé à l'extérieur en un certain nombre d'anneaux ou de segmens mobiles les uns sur les autres, et formés par la peau plus ou moins ferme et quelquefois dure , excepté dans les intervalles des anneaux où elle conserve toujours sa mollesse et sa flexibilité. Leurs muscles sont attachés en dedans de la peau ; leurs nerfs sont des cordons renflés d'espace en espace, situés au-dessous du canal intestinal. Du reste, ce type comprend des organisations extrêmement variées.
Les uns sont vermifovmes , dépourvus de tête et de pieds articulés , et réduits au mouvementj de reptation : ce sont les vers et les annélides.
§ 38. Leâ vers intestins ou helminthes qui ont quelques rapports avec les rayonnés, ont en général le corps allongé, cylindrique ou déprimé , nu, mou ; ils n'ont aucun oj-gane de respiration ni de circulation. Leur génération est gemmipare interne, et sexuelle, ovipare; ils habitent le cqrps des autres animaux; ils offrent d'ailleurs des degrés d'organisation très-différens. Les plus simples de tous, les cestoïdes (les hgules ) , ressemblent à un long ruban strié, et marqué d'une ligne longitudinale; on n'y aperçoit aucun organe extérieur, pas même des suçoirs, et à l'intérieur rien que des corpuscules oviformes dans la masse du corps. D'autres, dont les formes sont très-variée", (trématodes et ténioïdes), ont seulement à l'extérieur des suçoirs plus ou moins nombreux, quelquefois ramifiés dans le corps, qui présente , aussi d'autres canaux gemmifères ou ovarifères. Les acanthocéphales ( échinorhynques ) ont une trompe armée de crochets pourvus de muscles ; ils ont deux petits intestins sans issue; ils ont aussi des oviductes distincts, ou des vessies spermatiques suivant les sexes, qui sont séparés. Les nématojdes ou cavitaires, comme les ascarides, etc., ont encore une organisation plus compHquée : ils ont une bouche , un anus , un canal intestmal flottant dans une cavité abdominale distincte; leur peau extérieure est garnie de fibres musculaires , et en général strjée transversalement. Ils ont des organes génitaux distincts , consistant ' en tres-longs canaux. Les sexes sont séparés. Ils ont im anneau nerveux qui entoure la bouche et deux longs cordons, l'un dorsal et I autre ventral; fls ont aussi deux vaisseaux latéraux, spongieux.
INTRODUCTrON.
§ 39. Les annélides , ou vers h sang rouge , sont des animaux vermilormes dont le corps allongé est divisé en anneaux nombrei(x, dont le premier, qui se nomme tête, est peu différent des autres; la bouche est ou un tube, ou des mâchoires. Il y a un intestin plus ou moms long qui traverse le corps; il y a un système double d artères et de veines sans cœurs bien marqués ; le sang est rouge, la respiration est branchiale. Ils sont hermaphrodites avec accouplement réciproque ; ils ont des muscles et la plupart des soies roides qui servent de pieds ; ils ont à la tête dés tentacules, et quelques-uns des points noirs qu'on prend pour des yeux; leur système nerveux est un cordon noueux.
§ 4o. Les autres animaux articulés sont tous pourvus d'une tête, ont tous des yeux simples ou composés; leur boucbe très-compliquée se ressemble beaucoup et présente deux modifications : dans l'une il y a , pour broyer, plusieurs paires de mâchoires latérales dont l'antérieure porte le nom de mandibules , et souvent des palpes, fîlamens articulés qui paraissent servir à reconnaître les alimens ; dans l'autre , une trompe pour sucer. Les organes de la digestion sont compliqués et très-variés. Ils jouissent de l'odorat, mais le siège n en est pas bien déterminé. Ils ont tous un abdomen , un thorax, qui soutient au moins six pattes articulées. Leur peau est encroûtée et solide ; chaque article des pattes est tubuleux et contient les muscles de l'article suivant : toutes les articulations des pattes sont des 8y"8'y*"^s. La génération est sexuelle et ovipare. Cette section contient trois grandes classes , celle des insectes , des arachnides et des crustacés. '
$4^1. Les insectes, ou les hexapodes, ont le corps composé de segmens ou anneaux nombreux et partagé en trois portions principales, et des pattes articulées au nombre de six , une tête distincte munie d'yeux et de deux antennes, un thorax qui porte les pieds et les ailes quand il y en a , et un abdomen qui renferme les principaux viscères. La bouche est une partie très-composée : dans les uns , broyeurs , il y a des mâchoires latérales , dans les suceurs it y a une trompe. Le canal intestinal plus ou moins long, renflé, étranglé, etc., se termine par un anus. Il y a un vestige de cœur, c'est un vaisseau attaché le long du dos divisé en segmens par des étranglemens , et qui éprouve des contractions alternatives ; mais on n'a pu y découvrir de branches. Le liquide qu'il contient est blanc et paraît y pénétrer comme dans toute la masse du corps par imbibition. La respiration se fait au moyen de trachées ramifiées et réunies en deux troncs principaux. Les organes sécrétoirçs consistent en de longs vaisseaux ou canaux spongieux repliés sur euxmêmes, plongés dans la masse du corps , et aboutissant dans l'intestin ou ailleurs , suivant l'usage de levir produit. Les sexes sont séparés. Les organes génitaux aboutissent en général dans l'anus. Ces animaux. • ne s'accouplent qu'une fois dans leur vie. La femelle fécondée dépose ses œufs dans un endroit convenable. L'œùf produit un animal vermiforme qu'on appelle larve ; celle-ci se change en une chrysahde qui est dans un état de mort apparente, de celle-ci enfin sort l'insecte parfait, qui bientôt se reproduit et meurt. Ces cliangemens considérables de forme extérieure, accompagnés d'autres / 'changemens un peu moins grands dans la structure, sont appelés
DES CORPS ORGANISES
Wiélamorphoses; tous les insectes, cxceple les ihysanoures et les parasites qui , par leut ressemblance avec les mites, se j approchent tlês ai achnidcs , les subissent ; quelques-uns ne les subissent pas toutes. Les organes des inouveinens sont des muscles et la peau endurcie par une matière carnée qu'elle contient dans son épaisseur- il Y a six pattes articulées, quatre ailes dans la plupart , deux ailes'dans quelques-uns; un petit nombre seulement est dépourvu d'ailes. Les mouvemens sont très-variés, ce sont la marche, la course, le saut, le vol. Les organes des sensations sont des yeux composés, et dans plusieurs, des yeux lisses, ordinairement au nombre de trois; des antennes et des palpes. Ils jouissent de l'odorat et de l'ouïe, mais on n'en' connaît pas les organes. Le système nerveux a la disposition indiquée § 28, et se termine en avant par un petit renflement ou cerveau, situé sur l'œsophage et qui fournit aux yeux et aux autres parties de la tête.
§ 42. Les arachnides ou octopodes , dont la tête privée d'antennes^ se confond avec le thorax, ont huit pattes et point d'ailes. Le canal alimentaire commence dans les unes par une bouche à deux mandibules latérales, dans les autres par une bouche en suçoir. La plupart ont des palpes ; elles sont sujettes à des mues ou changemens de peau., et "non à des métamorphoses. Les sexes sont réparés, la génération est ovipare , la plupart ont des yeux visibles dont le nombre et la situation varient.
Elles présentent deux degrés d'organisation ; le premier ou le plus simple est celui des artères trachéennes , oîi il n'y a pas d'oiganes de circulation plus apparens que dans les insectes ; les organes de respiration sont des trachées rameuses distinctes entre elles. Le plus composé est celui des artères pulmonaires ou branchiales (araignées , tarentules , scorpions ). Elles ont un coeur musculaire simple, dorsal, allongé, cyhndfique, branchial ou pulmonaire, d'où partent des vaisseaux pour les organes respiratoires qui sont des sacs pulmonaires, et de là pour tout le corps. Il y a aussi un foie composé de grains ou de lobules rassemblés en grappes. Les organes sexuels sont doubles dans chaque sexe. Quelques-unes s'accouplent plusieurs fois et vivent plusieurs années. Les scorpions sont ovovivipares.
§ ^3. îjes myriapodes ou mille-pieds forment un petit groupe d'animaux intermédiaires aux crustacés, auxquels ils ressemblent par la configuration ; et aux insectes, dont ils se rapprochent par la structvire , tout en différant encore des uns et des autres. Leur corps est alongé, formé d'une suite ordinairement considérable d'anneaux portant chacun une ou deux paires de pieds. Leur tête porte deux antennes et deux yeux. Leurs mandibules et leurs mâchoires ont de l'analogie avec celles des crustacés. Leur respiration est trachéale. En sortant des oeufs, les petits ont six pieds et sept ou huit anneaux; les autres pieds et les anneaux qui les supportent se développent avec l'âge.
§ 44- Les crustacés sont les animaux articulés à pieds articulés les plus compliqués en organisation. La tête et le reste du tronc sont tantôt confondus, tantôt distincts; il y a une queue plusr ou moins prolongée, divisée en segmens ; ils ont en général quatre antennes. La plupart ont la bouche disposée pour broyer, et ont
^4 ' INTRODUCTION
pour cela plusieurs mâchoires, au moins six, toujours latérales: 11 y a toujours au moins cinq paires de pattes pour le mouvement, mais dont la forme varie selon le genre de mouvement. Le nomine des pattes locomotiles est en raison inverse décelai des mâchoiresen eftet, les pieds antérieurs se rapprochent des mâchoires, en prennent la forme , en remplissent une partie des fonctions et peuvent même les remplacer en entier. Ils ont pour la respiration • des branchies pyramidales, lamelleuses, filamenteuses ou en panaches, qui tiennent en général aux bases d'une partie des pieds , ou qui même les remplacent en partie. Leur circulation est double; le sang qui a été soumis à la respiration se rend dans un grand vaisseau ventral , aortique , qui le distribue à tout le corps , d'où il revient dans un autre grand vaisseau ou même un vrai ventricule dorsal qui le renvoie aux branchies. Ils ont un foie plus ou moins divisé, ou même en canaux désunis, suivant l'élat du cœur. La génération est sexuelle ovipare, sans véritables métamorphoses. La plupart transportent leurs œufs. Ils habitent tous l'eau. Us présentent d'ailleurs des variétés d'organisation assez grandes: Les mâchoires, les pattes et les branchies , sont dans un rapport tel qu'on a regardé ces appendices comme étant du même genre , les premiers résultant d'une transformation des derniers. La plupart ont un test plus ou moins solidement crustacé comme le reste de la peau, et qui couvre le tronc et dans quelques-uns la tête même. Dans plusieurs ordres , l'estomac très-musculeux est pourvu d'un squelette cartilagineux et de tubercules ou de dents. Le canal intestinal est en général court et droit. La position des organes génitaux varie; ces organes sont doubles dans quelques genres. Les yeux présentent diverses variétés : ils manquent dans un petit nombre; dans d'autres les deux yeux, sont trés-rapprochés et comme confondus en un seul; quelques-uns ont des yeux composés soutenus sur un pédicule.mobile. Enfin dans quelques crustacés décapodes , il y a des organes distincts pour l'ouïe.
§45. Les animaux mollusques forment une division des invertébrés dans laquelle on trouve en général une forme symétrique ou binaire , mais point d'articulations. Us ont des estomacs simples ou multiples , quelquefois garnis de parties dures, et des intestins diversement prolongés. La plupart ont des glandes salivaires; tous un foie volumineux, et plusieurs des sécrétions particulières'. Leur circulation est double ; il y a toujours au moins un ventricule charnu , ce ventricule est aortique ; il reçoit le sang des organes de la respiration et le renvoie dans les artères du corps. Dans ceux qui ont plus d'un ventricule, ils ne sont jjas réunis en une seule masse ; ils forment plusieurs cœurs distincts. Le sang est bleuâtre. Les organes de la respiration varient assez pour que les uns respirent l'air et les autres l'eau. La génération présente aussi toutes ses variétés : les uns étant sans sexes , et produisant sans accouplement des petits vivans ; les autres étant hermaphrodites avec accouplement réciproque : dans d'autres', les sexes étant séparés. Les œufs de ceux qui ont des sexes, ont tantôt une simple viscosité pour enveloppe , d'autres ont une coquille pins ou moins dure. Ces animaux sont très-féconds et ont la vie très-tenace. Leurs muscles sont attachés à l'intérieur d'une peau molle et contractile. Leurs mouvemfens sont produits par des parties dépourvues de
DES COUPS OBGANISÉS.
Icviei-s solides. Ils sont très-irritables. Leur peavi nue est enduite d'une humeur muqueuse qu'elle laisse suinter. Ils 'Ont presque tous un développement de leur peau , qui recouvre le corps comme un manteaiv, en prenant toutefois diverses figures. Quelquefois ce manteau reste mou , mais le plus souvent il se forme dans son épaisseur une ou plusieurs lames, quelquefois cornées, le plus souvent calcaires; ordinairement cette sid)stance est assez étendue pour que l'animal puisse s'en envelopper totalement : c'est ce qu'on appelle une coquille. Beaucoup sont privés d'yeux , quelqvies-uns en ont de rudimentaires , d'autres en ont de très-développés. Leur système nerveux consiste en masses médullaires dispersées dans le corps , et dont la principale est située en travers sur l'œsophage , qu'elle entoure d'un collier nerveux. Ils ont peu d'instinct. La plupart habitent l'eau.
Ils oflVent d'ailleurs plusieurs degrés d'organisation : les uns se rattachent , lux rayonnés, d'autres aux articulés, d'autres, par la complication de leur organisation, approchent des vertébrés.
§ Les acéphales sans coquilles , ou timiciei'S , ont quelque ressemblance avec les animaux rayonnés. 11 y en a qui sont réunis en un corps commun, comme des polypes; parmi eux les uns sont disposés en étoiles, les anus étant au centre et les bouches à la circonférence; d'autres forment un cyhndre dans lequel aboutissent les anus, les bouches étant ouvertes à l'extérieur; d'autres ont les viscères prolongés dans une masse commune , et la bouche rayonnée et l'anus, rapprochés vers l'extrémité libre du corps. Il'y en a d'autres qui restent seulement unis long-temps après leur naissance : ils ont , qviand ils sont séparés , la forme d'tm tube contractile ouvert aux deux bouts, et dans l'épaisseur duquel sont placés les viscères ; d'autres enfin, fixés aux rochers, ont la forme de deux tubes engaînés dans l'intervalle desquels ils font passer l'eau. Ils ont d'ailleurs tous un canal alimentaire à deux orifices, des branchies , un foie, un cœur, et des ovaires ou des gemmes internes qui produisent , sans accouplement, des petits vivans; ils ont tous aussi des ganglions et des filets nerveux.
$ 47* ï^^s cirrhopodes forment un petit groupe d'animaux intermédiaire entre les mollusques et les articulés. Leur corps raccourci , sans tête et sans anneaux transverses, est muni d'un manteau et d'une coquille multivalve qui ressemblent à ceux des acéphales ; ils ont à la bouche des mâchoires latérales , et le long du ventre des appt
Dcn-
,, , garni de beaucoup de petites
ceUules qui paraissent faire l'office de foie ; l'intestin est simple il y a un cœur dorsal et des branchies latérales ; il y a un double ovaire ou amas de gemmes internes , et un double canal serpentin pour la sortie des petits. Ces animaux sont sessiles ou pédiculés , mais toujours nxes; leur système nerveux est une série de ganglions sous le ventre.
à 4»- Les mollusques acéphales, ou conchyfères , ont le corps dépourvu de téle, contenant tous les viscères, et enveloppé en totaUté,: comme un livre dans sa couverture, par le manteau ployé en deux' et garni d une coquille calcaire en général bivalve , quelquefois multivalve. La bouche est garnie de feuillets tcntaculaircs cachés sous le manteau ; 1 anus est caché de la même manière à l'autre extrémité •
ÏNTRODUCTION.
il y a quatre feuillets branchiaux très-grands ; le foie est volumineux , et embrasse 4'estomac et unepartie de l'intestin, qui varie beaucoup. Le pied , lorsqu'il existe , est attaché entre les quatre branchies ; c'est une masse charnue qui se meut à la manière de la langue des mammifères. Le cœur est générajement unique , aortique , situé du côté du dos. Ils ont un ou dcYix muscles qui ferment la coquille, et un ligament élastique qui l'ouvre ; ils ont un ganglion principal situé au-dessus de la bouche , réuni , par deux cordons nerveux , à un autre opposé , et quelques autres nerfs et ganglions. Ils engendrent, sans accouplement, des petits vivans.
Les branchiopodes sont d'autres acéphales peu nombreux qui, au heu de pieds, ont deux bras charnus -, ils paraissent avoir deux cœurs aortiques , un intestin rephé entouré du foie : on ne connaît pas bien leur génération ni leur système nerveux.
§ 49- Les gastéropodes sont des mollusques céphalés qui rampent généralement sur un disque charnu placé sous le ventre, et dont le dos est recouvert par le manteau, qui varie en étendue et en figure, et qui produit généralement une coquille univalve ou multivalve.il y a dans cette classe des mollusques dont les organes de la respiration et la coquille ne sont point symétriques. La tête, placée en avant et plus ou moins dégagée,cle dessous le manteau, a ordinairement des tentacules au nombre de deux , quatre ou six , placés au-dessus de la bouche, qui servent au tact, à la vue , et peut-être à l'odorat. 11 y a ordinairement aussi des yeux petits, punctiformes , tenant à la têle ou aux tentacules; les organes de la digestion sont très-variés; il n'y a jamais qu'un cœur, qui est aortique : dans ceux qui ne sont point symétriques il est à gauche dans la plupart, et à droite dans les pei'verses. Les organes respiratoires varient beaucoup ; la plupart ont des branchies, quelques-uns respirent l'air en nature. Il en est de même de la génération , qui présente toutes les variétés : unisexuelle sans accouplement , hermaphi'odite avec accouplement réciproque , et à sexes séparés.
Les ptéropodes forment un petit groupe de mollusques entre les acéphales et les céphalés.
§ 5o. Les céphalopodes forment une petite classe qui comprend les animaux inarticulés les p,lus compliqués dans leur organisation , et qui, de même que les crustacés parmi les articulés, se rapprochent le plus des animaux vertébi'és.
Ce sont des animaux mollasses dont le corps est enveloppé dans un sac formé par le manteau qui, par ses côtés , s'étend plus ou moins eu nageoires , et dont l'ouverture donne passage à une tête ronde couronnée de pieds ou bras charnus garnis de ventouses, qui servent à marcher , à saisir et à nager. La bouche , située entre les bases des pieds , est armée de deux fortes mâchoires de corne , comme un bec de perroquet; il y a une langue hérissée de pointes cornées; un œsophage renflé en jabot, un second estomac musculaire comme im gésier , et un troisième membraneux ; un intestin simple et peu prolongé qui aboutit dans l'ouverture du sac devant le col. H y a un double système d'artères et de veines , deux ventricules branchiaux et un ventricule aortique. Les organes respiratoires sont deux bj-anchies situées dans le sac où l'eau entre et sort pour la respiration. Jl y a un foie très-grand qui verse la bile par deux conduits dans le troisième
DES CORl'S OBGAHISKS.
estomac. Ces animaux ont une excrétion particulière, noire , produite par une "lande et déposée dans un réservoir. Les sexes gont séparés ; il y a un ovaire, deux oviductes qui y prennent les œufs et les conduisent au dehors au travers de deux grosses glandes qui les enveloppent de matière visqueuse et les réunissent en grappes ; il y a untesticule , un canal déférent qui aboutit à un pénis charnu à côté de l'anus ; une vésicule et uncprostate y aboutissent également. Il paraît que la fécondation se fait par arroseraent des œufs. L'œil est formé de nombreuses membranes et recouvert par la peau, qui est transparente en cet endroit , et qui forme même quelquefois des replis ou paupièi-es. Il y a pour chaque œil un gros ganglion d'où sortent des nerfs innombrables. L'oreille est une petite cavité simple , creusée de chaque côté près du cerveau , sans conduit extérieur, et où est suspendu un sac membraneux qui contient une petite pierre. Le cerveauest renfermé dans une cavité cartilagineuse qui est un rudiment de crâne.
§ 5i. Telle est l'immense série des animaux invertébrés Ils forment, comme on l'a vu, ti-ois embranchemens ou types différens.
On a vu qu'il y a dans chaque type une ressemblance générale et aussi divei-s degrés de complication et de perfectionnement dans l'organisation.
Les rayonnés sont évidemment les plus simples ; ils se rapprochent par quelques-uns d'entre eux des infusoires ; les plus compliqués mêmes , parmi eux , n'ont encore aucun organe central de circulation et aucun organener veux prédominant;manquaùt d'organes centraux, ils manquent d'unité organique ou vitale.
Après les rayonnés viennent les mollusques et les articulés. Quant à l'ordre de supériorité organique de ces deux embranchemetis , il est assez difficile à déterminer; car si d'une part les articiilés sont inférieurs aux mollusques sous le rapport des organes et des fonctions végétatives , puisque beaucoup d'entre eux sont dépourvus d'une véritable circulation , fonction qui au contraire existe dans tous les mollusques; d'un auti-e côté, ceux-ci sont inférieurs aux articulés sous le rapport du développement et du rapprochement des masses nerveuses, et surtout sous le rapport de l'instinct , si parfait dans quelques articulés, qu'il les rapproche beaucoup des vertébrés.
Des animaux vertèbres.
§52. Les animaux vertébrés constituent un type ou un mode d'organisation auquel appartiennent l'homme et les animaux qui lui ressemblent le plus. Ils se rapprochent des invertébrés par les organes des fonctions végétatives, mais ils en diffèrent beaucoup par ceux des fonctions animales. Leur conformation extérieure est, à l'exception près d'un genre , exactement symétrique ; c'est-à-dire que leurs organes des sensations et des mouvemens sont disposés par paires aux cleux côtés d'un axe ou d'un plan médian. Ils atteignent une grande aille; c est parmi eux qite se trouvent les plus grands animaux, ce qu Ils doivent aux os qui soutiennent leurs parties molles. Leur corps se compose toujours d'un tronc, et, à peu d'exceptions près, de membres. Le tronc est soutenu dans toute sa longueur par le rachis, colonne
» foyez DoLainaixk. Hist. natur. des aniaiaux sans vertèbres.
INTRODUCTION
composée de vertèbres mobiles les unes sur les autres , à l'une de» extrémités de laquelle est la tête , et dont l'autre extrémité se prolonge généralement en une queue. Cette colonne , en partie solide , est creusée d'un canal qui contient la moelle épinière. La tête est formée du crâne, qui renferme le cerveau, et de la face, qui se compose des mâchoires et des réceptacles des sens. Le reste du tronc forme une ou deux grandes cavités qui contiennent les organes des fonctions végétatives. Dans la plupart il y a , aux côtés de la colonne, des arcs osseux, ou côtes, qui garantissent la grande cavité splanchnique, et dans \(i plus grand nombre ces côtes s'articulent en avant avec le sternum. Les membres ne sont jamais au nombre de plus de deux paires, qui manquent quelquefois l'une ou l'autiMe, ou même toutes deux : ils ont d'ailleurs des formes variées et relatives aux mouvemens qu'ils doivent exécuter.
Les vertébrés ont tous deux mâchoires horizontales garnies , dans la plupart , de dents , corps durs analogues aux os par leur composition chimique, et aux cornes par leur mode de formation. Dans ceux qui n'ont pas de dents (les oiseaux et les tortues) , on trouve une véi'itable matière cornée à la place. Dans tous les vertébrés , le canal intestinal , étendu de la bouche à l'anus et présentant divers renflemens, est garni de glandes sécrétoires, savoir : les glandes salivaires , le pancréas et le foie. Dans tous il y a des artères , des veines , un cœur diversement conformé et des vaisseaux chylifères et lymphatiques : dans tous le sang est rouge. Dans une classe seulement (les poissons) , il y a des branchies; dans les autres, l'organe respiratoire est un poumon. La respiration d'ailleurs est plus ou moins grande ou parfaite, suivant les classes. L'organe de ta sécrétion de la bile, le foie, i-eçoit, dans tous les vertébrés, du sang rapporté des intestins et de 1^ rate par la veine-porte. Tous ces animaux ont aussi des reins qui sécrètent l'urine, et la plupart une vessie ou réservoir pour cette humeur excrémentitielle. Les sexes sont toujours séparés ; la femelle a un ou deux ovaires d'où les œufs se détachent. Le mâle les féconde par la liqueur spermaticpie , mais le mode de fécondation vai'ie beaucoup , ainsi que d'autres phénomènes de la génération.
Les muscles, outre ceux qui forment le cœur et ceux qui appartiennent à la peau , à la membrane muqueuse, et aux sens , sont en très-grand nombre, et s'insèrent à des os intérieurs mobiles les uns sur les autres. Tous ceux qui ont un poumon ont aussi un larynx, quoique tous n'aient pas de voix. Les sens sont dans tous, deux yeux , deux oreilles , le nez , la langue et la peatf ; cette membrane étant d'ailleui-s pourvue de diverses parties prolectrices : mais c'est essentiellement le système nerveux qui , par sa disposition , distingue les vertébrés. Dans les invertébrés, les mêmes renflemens nerveux, plus ou moins écartés , fournissent des filets tout à la fois aux organes des fonctions végétatives et à ceux des fonctions animales; ici, au contraire, outre ces ganglions dont les filets sont confinés aux organes des fonctions végétatives , il y a un centre particuher avec lequel communiquent ces renflemens, et d'où partent, ou bien où aboutissent les nerfs des organes des sensations et des mouvemens. Ce centre, pai-faitement symétrique, consiste en un gros cordon renfermé dans le rachis et prolongé dans le crâne , où il présente
DES CORPS ORGANISÉS. 2g
divers renflemens, et est surmonté par deux organes nerveux, com. nliqués, i^lus OU moins volumineux, qu'on appelle le cervelet et le cerveau'. Ce centre nerveux est enveloppé d'os solidement unis entre eux, et qui le protègent contre les atteintes extérieures. On peut regarder cette fonction des os comme une des plus importantes qu'ils remplissent.
§ 53. Outre les genres d'humeurs et d'organes qui sont communs à tous , ou du moins à la généralité des animaux, on en trouve encore dans l'embranchement des vertébrés qui n'exislent pas dans les autres ; ce sont le sang rouge , les vaisseaux chylifères et lymphatiques , les os, les ligamens et les tendons , les membranes séreuses et
synoviales. j» i
Dans tous les invertébrés, le liquide nourricier est d'une seule couleur et blanc ou bleuâtre , excepté dans les annélides , où il est rouge. Dans 'les vertébrés, au contraire, les artères, les veines et le cœur, contiennent du sang rouge, liquide composé de sérum incolore dans lequel nagent des corpuscules formés d'un globule central et d'une enveloppe colorée. Sa composition est plus grande que dans les invertébrés. Un hqviide peu coloré ou blanchâtre , est contenu kans les vaisseaux chylifères qui commencent à l'intestin , et dans les vaisseaux lymphatiques qui naissent de toutes les parties du corps; les uns et les autres, très-analogues aux veines, aboutissent dans ces derniers vaisseaux.
Les os sont des parties dures , propres aux vertébrés ; ils sont situés à l'intérieur ; ils sont d'une nature organique , consistant en une masse de substance cellulaire serrée , imprégnée d'une grande proportion de phosphate de chaux. Ils servent d'enveloppe aux centres nerveux ; ils reçoivent et transmettent le mouvement musculaire; ils servent enfin de soutien et d'appui à toutes les parties, et par-là déterminent la forme du corps. Dans les invertébrés , les parties dures sont en général transsudées à la surface de la peau, et consistent en coquilles, croûtes, écailles de carbonate de chaux ou de substance cornée. Ce dernier genre se retrouve aussi dans les vertébrés , oîi il affecte des dispositions extrêmement variées , comme celles d'écaillés, de plumes, de poils, de cornes : toutes parties analogues entre elles par leur composition et leur mode de formation^ On trouve encore dans les vertébrés un genre d'organes qui leur est à peu près particulier, ce sont les tendons qui attachent les muscles aux os , et les ligamens qui entourent les articulations dès os ; ces liens ou attaches sont de la substance cellulaire très-condensée , dont toute la fonction réside dans leur ténacité.
Les membranes séreuses et synoviales sont encore des parties formées par la substance cellulaire condensée et disposée en vessies à parois contigu es partout où la continuité est interrompue entre les parties; dans les cavités splanchniques elles séparent les viscères des parois, dans les articulations mobiles elles contiennent un liquide qui humecte les extrémités contiguès des os.
§ 54. Mais ce qui distingue les vertébrés, c'est non-seulement 1 action des organes qui leur sont propres ; savoir : un système nerveux plus concentré, et dont les parties centrales sont plus volumineuses, d'oîi.résulte une appaience d'intelligence qui se distingue de 1 instinct, un certain degré d'éducabilité , etc.; c'est non-sculc-
INTRODUCTION
ment l'influence que ces organes exercent sur les autres pour en dn-]ger 1 exercice, mais c'est surtout la concentration de la vie dans les organes centraux ou prédominans : dans le cœur, et dans le centre nerveux , et dans l'action de ces deux parties l'une sur l'autre. Cependant encore sous ce rapport il y a des difïérences assez grandes entre les vertébrés. °
§ 55. Les animaux vertébrés, qui se ressemblent par tant de caractères, présentent en effet ainsi de grandes différences. La ressemblance existe surtout dans la partie centrale du système nerveux et dans son enveloppe , c'est-à-dire dans la moelle et dans le rachis ; et les difté rences dans les extrémités et à la surface : ainsi dans le cerveau , le crâne , les sens , la face , les oi-ganes du mouvement , les membres et la peau. De même dans les organes des fonctions végétatives , le cœur présente bien des différences , mais elles sont surtout très-grandes dans les organes et les phénomènes de la respiration; et comme l'action des muscles et du système nerveux dépend beaucoup de la respiration, les variétés de cette fonction en détei-minent de correspondantes dans les fonctions animales. Ainsi dans les mammifères , où la circulation est double , c'est-à-dire que tout le sang rapporté du corps est envoyé au poumon avant de retourner au corps , et où la i-espiration est aérienne , l'action musculaire a de la force. Dans les oiseaux, où la circulation est double, et où la respiration , aérienne aussi , ne se borne pas au poumon , mais s'étend dans divers endroits du corps , la vigueur des muscles est encore plus grande ; elle est faible , et les mouvemens sont lents et souvent interrompus dans les l'epliles, où la circulation est simple, et par conséquent la respiration partielle, puisqu'une partie du sang seulement est soumise à l'action de l'air avant de l'etourner au corps. Les poissons ont bien une circulation double , mais leur respiration ne peut être complète à cause de la petite quantité d'air que contient l'eau qu'ils respirent, aussi sont-ils, pour la station, presque en' équilibre dans l'eau. Les animaux des deux premières classes ont le sang bien plus chaud que ceux des deux dernières , qu'on appelle pour cela vertébrés à sang froid.
La génération offre aussi une différence très-notable d'après laquelle on divise les vertébrés en ovipares et en vivipares ou mammifères.
§ 56. Les vertébrés ovipares se ressemblent surtout par leur mode de génération, ils ont aussi quelques caractères communs d'organisation dans le système nerveux et dans les os qui l'enveloppent.
La génération ovipare consiste essentiellement en ce que le germe est renfermé dans ses enveloppes avec des matières nutritives suflisantes pour le nourrir jusqu'à l'éclosion; de sorte que si l'œuf demeure à l'intérieur, il ne se greffe point aux parois de l'oviduct^ mais qu'il en reste séparé. La nourriture du petit est contenue dans un sac qui fait partie de son intestin , et qu'on appelle le vilellus ou le jaune de l'œuf. Le germe n'en est d'abord qu'un appendice imperceptible, mais à mesure qu'il se nourrit et s'accroît par l'absorption du jaune , celui-ci diminue en proportion , et finit par disparaître vers l'époque de l'éclosement. Les fœtus des ovipares à poumons (les oiseaux et les reptiles , excepté les batraciens) , ont de plus une
DES CORPS ORGANISES
YiPmbrane très-vasculaire qui paraît servir à la respiration , et qui .ïûn molongement de la vessie : c'est l'aUantokle ; elle n'existe pas dans les poissons ni dans les reptiles batraciens, dont les petits sont nisciforroes. Certains reptiles et poissons gardent les œuts a 1 inte- •ieur iusqu'à l'éclosement 5 c'est ce qu'on appelle des ovovivipares. Le prolongement de la moelle dans le crâne présente, dans les
prolongement de la moelle clans le crâne prebemc-, udus les ovipares des tubercules dits quadri jumeaux très -développes, le cervelet et le cerveau au contraire le sont fort peu , et il n y a point de pont de varole ni de corps calleux. Leurs os du crâne sont trespromptement soudés, ou très-long-temps subdivisés; leurs sens ne sont point aussi complets que dans les vivipares; leur mâchoire intérieure, très-compliquée , s'articule par une facette concave sur une partie saillante du temporal, qui est distincte du rocher; leurs orbites ne sont séparés que par une membrane ou par une lame osseuse du sphénoïde. Quand ils ont des membres antérieurs, souvent les clavicules se réunissent et forment une fourchette, et les apophyses coracoïdës alongées s'articulent avec le sternum. Le larynx est assez simple et manque d'épi^lotte, etc. 11 n'y a point un diaphragme complet entre la poitrine et l'abdomen.
Les ovipares se divisent, d'après leur respiration , leur température , l'atmosphère qu'ils habitent , leur genre de ipouvemens , les appendices de leur peau, etc., en trois classes : les poissons, les reptiles et les oiséaux.
§ 5-^ . Les poissons ont un mode d'organisation évidemment disposé pour la natation ; ils sont suspendus dans un hquide presque aussi pesant qu'eux-mêmes. Beaucoup ont dans le corps , sous la colonne vertébrale, une vessie pleine d'air qui, en se comprimant ou en se dilatant, fait varier la pesanteur spécifique de l'animal. La tête, variable pour la forme, est d'une structure fort compliquée, soit dans le crâne, soit dans les mâchoires, soit dans la distribtition des dents. Les membres sont fort réduits en étendue , et "conformés en nageoires ; d'autres nageoires occupent le dos , le dessous de la queue et son extrémité. Le nombj e des membres varie ; le plus souvent il y en a quatre , quelquefois deux , quelques-uns en manquent tout-à-fait. Leur position et leur connexion avec le tronc varient aussi beaucoup. Les organes de la digestion varient également ; le pancréas est en général remplacé par des appendices intestinaux. La circulation est double,' c'est-à-dire que la totalité du sang passe par l'organe respiratoire , mais l'atmosphère respirée est l'eau aérée : pour cela ils ont aux côtés du col un appareil d'organes appelés branchies, ce sont des feuillets attachés à des arceaux latéraux de l'os hyoïde , et composés de beaucoup de lames membraneuses couvertes d'un lacis d'innombrables vaisseaux sanguins; cette ouverture est en outre garnie d'une membrane branchiale soutenue par des rayons de l'hyoïde , et d'un opercule osseux. L'eau que le poisson presse dans la bouche comme pour l'avaler, s'échappe entre les divisions des branchies, et agit sur le sang. Le cœur n'a qu'une oreillette qui reçoit les veines du corps, et un ventricule branchial. Le sang, après avoir traversé les branchies, se rend dans un gros vaisseau situé sous l'épine du dos, et qui, faisant les fonctions de ventricule et d!aorte , l'envoie dans toutes les parties du corps. Les poissons ont des reins alongés sur les côtés de l'épine, et une vessie.
INTRODUCTION
Leurs testicules sont deux énormes glandes connues sous le nom de laite; leurs ovaires r-e sont pas moins volumineux; dans la plupart les œufs sont pondus d'abord, et le mâle les arrose pour les féconder; dans quelques-uns il y a accouplement et intromission de sperme : ceux-là sont pour la plupart ovovivipares. Les muscles qui forment une si grande partie de la masse de leur corps sont blancs , très-irritables , et ont une organisation moins parfaite que dans les autres classes. Il en est de même des os: dans quelques-uns d'entre eux, les chondroptérygiens , les os restent cartilagineux; la substance calcaire n'y forme pas des filamens, mais elle y reste par grains isolés; dans quelques-uns même les articulations du rachis n'existent pas; dans les autres, les os, quoique fibreux et calcaires, varient beaucoup en solidité , et diffèrent notablement des os des autres classes. Les côtes sont souvent soudées aux apophyses transvei'ses. Les sens sont peu parfaits; les narines soiit ébauchées sous forme de faussettes au bout du museau ; l'œil a une cornée plate , peu d'humeur aqueuse , et un çrystallin presque sphérique ; l'oreille consiste en un sac vestibulaire qui contient suspendus des os pierreux, en trois canaux demi-circulaires membraneux , situés en général dans la cavité du crâne ; quelques genres seulement ont une fenêtre ovale , située à la surface extéi'ieure ; leur langue est/le plus souvent osseuse et dentée, ou cornée ; la plupart ont toute la peau couverte d'écailles; quelquesruns ont des barbillons charnus qui peuvent servir au toucher. Le prolongement de la moelle dans le crâne se termine antérieurement par des renflemens d'où partent les nerfs olfactifs.
La classe des poissons présente, dans la nature du squelette, et dans le mode de génération , une division assez tranchée , en cartilagineux et en osseux .
C'est dans cette classe de vertébrés que l'on trouve un genre (celui des pleuronectes ou des poissons plats ), où il y a un défaut de symétrie dans la tête, tel que les deux yeux sont du môme côté.
§ 58. Les reptiles présentent dans leur configuration , dans leur structure et dans leurs fonctions , des variétés beaucoup plus grandes qu'aucune des trois autres classes des vertéljrés. En effet , les uns ont quatre pieds , d'autres en ont deux en avant, d'autres deux en arrière, d'autres point. Dans les uns le corps est écailleux, dans d'autres la peau est nue. Quelques-uns sont pisciformes dans leur état de fœtus , et éprouvent une véritable métamorphose en grandissant. Les organes de la digestion sont très-variés; la circulation est simple , et la respiration partielle , c'est-à-dire que le coeur, d'ailleurs assez variable, envoie le sang dans une artère dont une branche seulement va au poumon , d'oii il résulte qu'il n'y a dans chaque circuit du sang qu'une partie de ce fluide qui soit soumise à la respiration. Leurs poumons ont la forme de sacs, ou du moins ont de larges cellules. Ils peuvent, sans arrêter la circulation, suspendre la respiration : leur sang est froid. La quantité de respiration n'est pas la même dans cette classe , l'artère pulmonaire n'qtant pas dans tous dans le même rapport avec le tronc aortique qui la fournit. Ils ont une trachée-artère et un larynx , quoiqu'ils n'aient pas tous de la voix. Les femelles ont un double ovaire et deux oviductes. Quelques mâles ont la verge bifurquée, quelques-uns en sont prives. Aucun ne couve ses œufs. Leurs muscles ont une irritabilité qui se
DES COTLVS ORGANISÉS. , 33
conserve long-temps après leur séparation du système nerveux et même du reste du corps. Leurs sensations sont assez obtuses, ils ont des narines qui traversent la Aice ; mais leur oreille n'est pas complète , elle est bornée au vestibule qui contient des pierres molles , aux canaux demi-circulaires, et, dans^ quelques-uns , à un rudiment de limaçon. On y trouve aussi des rudimens d'os du tympan, soiis la peau. Les crocodiles seuls ont une ouverture auriculaire^ extérieure. Le cerveau , assez petit , peut être enlevé ainsi que la tête , et les mouvemens continuer encore. Plusieurs restent engourdis une partie de l'année. .
On a divisé les reptiles en plusieurs familles , d après des variétés très-grandes d'organisation.
Les chéloniens ou tortues ont un cœur à deux oreillettes , qui reçoivent chacune un sang différent, et à un ventricule, ayant deux loges inégales et communicantes , dans lequel les deux sangs se mêlent. Ces animaux sont enveloppés d'une carapace formée par les côtes et les lames des vertébrés , et d'un plastron formé par le sternum , recouverts les uns et les autres par la peau et par une naatière cornée ou écaillée transsudée par la peau. L'air pour la respiration est attiré par les narines , et poussé dans le larynx par une sorte de déglutition. Le mâle a un pénis sifnple, cannelé. La femelle pond . des œufs qui ont une coquille très-dure. Elles vivent sans manger pendant des mois et même des années. Elles survivent plusieurs semaines à la section de la tête.
Les sauriens ou lézards, crocodiles, etc., ont le cœur comme les tortues ; les côtes sont mobiles pour la respiration , le poumon est très-étendu. Les œufs ont une enveloppe plus ou moins dure. Il.y a des dents, des ongles, des écailles. La verge est simple ou double.
Les ophidiens ont le cœur à deux oreillettes , et point de pieds. Quelques-uns d'entre eux sont venimeux. Ceux qui le sont le plus ont des crochets isolés et une disposition particulière de la mâchoire. Leurs os maxillaires supérieurs sont fort petits, portés sur un long pédicule analogue à l'apophyse ptérigoïde externe , et très-mobile ; il s'y fixe une dent , creusée d'un petit canal qui donne issue à la liqueur venimeuse sécrétée par une glande considérable située sous l'œil. Cette dent , placée avec plusieurs germes de remplacement sur l'os maxillaire, se cache, au moyen de la mobilité de celui-ici, dans un repli de la gencive quand l'aaimal ne s'en sert pas.
Les batraciens ou grenouilles", crapauds et salamandres , ont au t;œur une seule oreillette et un seul ventricule. Ils ont des poumons , et, dans la jeunesse, des branchies analogues à celles des poissons. Dans ce premier état la circulation est comme celle des poissons -, l'artère se divise dans les branchies ; les vaisseaux se réunissent ensuite en un tronc aortique pour tout le corps et même pour les poumons. Quand les branchies disparaissent , leurs artères s'oblitèrent , excepté deux rameaux qui se réunissent pour former l'aorte , et qui donnent» chacun une petite branche au poumon. Les œufs sont membraneu* et fécondés pendant ou après la ponte. Le petit, en naissant, a des branchies , et point de pattes ; il pei\l les premières en grandissant , et les pattes se développent. Quelques-uns conservent les brancliies toute leur vie.
§ 5g. Les oiseaux ont une organisation évidemment disposée pour
INÏRODUCTIOrr.
;h; vol ; leur configuration , la proportion de leurs parties , leur aboudante respiration, d'où résulte leur légèreté spécifique et une grande vigueur musculaire : tout se réunit pour ce mode de station et de mouvement. Ils sont bipèdes, leurs membres antérieurs étant uni- <iuement destinés au vol. La poitrine et l'abdomen forment une seule grande cavité dont les vertèbres sont très-peu mobiles; le sternum est d'une très-grande étendue, augmentée encore par une lame saillante comme une carène. La partie sternale des côtes est osseuse comme leur partie vertébrale; tout dans cette partie du tronc est disposé pour donner un appui solide et des attaches musculaires aux ailes. Les épaules sont foi-mées par la fourchette , les os coracoïdes , qui sont très-forts, et des omoplates alongées et ftiibles. L'aile est soutenue par l'humérus , les deux os de l'avant-bras et la main qui est allongée et qui a un doigt , et deux autres rudimentaires; elle porte une rangée de pennes élastiques. Le bassin , très-alongé, fournit des 'attaches aux muscles des membres inférieurs , et ses os sont assez écartés pour laisser la place où les œufs se développent. Les membres inférieurs sont formés du fémur, du tibia et du péroné , qui sont joints à lui par une articulation à ressort, se maintenant étendue sans effort musculaii'e. Il y a aussi des muscles qui vont du bassin aux doigts, en passant sur le genou et le talon , de jnanière que le poids du corps fléchit lui-même les doigts. Le tarse et le métatarse sont formés par un seul os terminé en bras par trois poulies. Il y a le plus souvent im pouce et trois doigts diversement dirigés , et dont le ■nombre des articulations va en croissant du pouce, qui n'en a que deux , au doigt externe, qui en a cinq. Le col est alongé , formé de beaucoup de vertèbres, et très-mobile; le coccyx est très-court et garni de pennes comme les ailes. Le cerveau , qui a les mêmes caractères que celui des autres vertébrés ovipares , se fait remarquer par sa grandeur proportionnelle au corps, qui est considérable ; mais ce volume ne dépend pas des hémisphères, qui sont petits. La peau de l'oiseau est, en général, couverte de plumes composées d'une tige creuse et de barbes ; la peau est écailleuse en dessus des doigts, et calleuse en dessous; le toucher doit être par conséquent très-faible. L'œil est muni de trois paupières mobiles ; la cornée est très-convexe, le cristallin plat, le corps vitré petit. Le cristallin est muni d'une membrane qui paraît propre à le mouvoir. Le devant du globe est garni d'un cercle de pièces osseuses. Les oiseaux voient distinctement les objets de près et de loin. L'oreille, un peu plus complète que dans les autres ovipares, n'a point de pierres dans le vestibule; le limaçon est un peu arqué ; il y a un osselet entre la fenêtre ovale et le tympan , qui est dépourvu de conque , excepté dans les oiseaux de nuit. L'organe de l'odorat, caché dans la base du bec, a ordinairement trois cornets cartilagineux , et point de sinus. La langue est peu musculaire, et est squtenue par un prolongement osseux de l'hyoïde. La trachée-artère a des anneaux entiers ; à sa bifurcation il y a une glotte ou larynx inférieur où se forme la voix ; le larynx supérieur est très-simple. Les poumons , non lobés , attachés aux côtes laissent passer l'air dans plusieurs cavités dç l'abdomen, de la poitriue , des aisselles , et même des os , ce qui augmente la légèreté spécifique , et multiphe la respiration. La mâchoire supérieure est formée principalement par les os intermaxillaires, et se prolonge en
DES conrs organises.
airière en deux arcades, l'une interne, formée par les os palatins ^ et l'externe par les maxillaires et les jugaux, et qui s'appuient l'"n(> et l'autre sur l'os carré ou os tympanal , qui est mobile ; elle se joint au crâne par des lames élastiques. L'une et l'autre mâchoires sont revêtues de corne qui tient lieu de dents , et qui en a quelquefois la forme. L'estomac est composé de trois parties plus ou moins distinctes : le jabot , qui manque quelquefois ; l'estomac membraneux garni de beaucoup de follicules sécrétoires ; et le gésier, muni de deux muscles vigoureux et tapissé d'une membrane coriace. Cependant dans les carnivores , le gésier est très-minCe et pem distinct de l'aulre estomac. La rate est petite, le foie a deux conduits , le pancréas est considéi-able ; il y a au rectum deux appendices , quelquefois un seul, point dans quelques genres, et qui paraissent être le leste de l'allantoïde. Le rectum, les uretères , et les canaux spermatiques ou bien l'oviducte, aboutissent dans une poche appelée cloaque, qui s'ouvre à l'anus. Les testicides sont à l'intérieur, au-dessous des reins ; il n'y a qu'un ovaire et un oviducte. Dans la plupart des oiseaux , la copula~ tion se fait par la simple application des anus ; cependant quelques genres ont un pénis cannelé. L'œuf détaché de l'ovaire ne se compose que du jaune et du germe, il s'enveloppe du blanc dans l'oviducte, et 'au bas du même canal il se garnit de sa coquille. La chaleur du climat , ou le plus généralement l'incubation maternelle y développe le petit.
Des Kertébrés vivipares.
§ 60. Les vertébrés vivipares ou les mammifères , au nombre desquels est l'homme, ne diffèrent pas seulement des ovipares par leur mode de génération et par leur quantité de respiration , mais ils se distinguent surtout par des fonctions animales plus parfaites, par une intelligence plus grande , moins dominée par l'instinct et pluscaj^able de perfectionnement.
Leur conformation générale est celle des vertébrés.
La cavité splanchnique du torse est divisée en deux par une cloison musculaire complète , appelée diaphragme. Sauf une seule exception , ils ont le cou formé de sept vertèbres ; ils ont un sternum auquel s'attachent les premières côtes. Leur tête s'articule toujours par deux condyles avec la première vertèbre. Leur crâne a la plus grande ressemblance dans sa composition. On y trouve toujours un occipital, un spénoïde, un ethmoïde, des pariétaux, des frontaux et des temporaux ; plusieurs de ces os dans les fœtus sont divisés en plusieurs parties. La face est aussi peu variable ; elle est formée essentiellement par les maxillaires supérieurs , les inter maxillaires , les palatins , le vomer, les os du nez , les cornets inférieurs , les jugaux et les lacrymaux : ces os réunis entre eux forment la mâchoire supérieure , qui est fixée au crâne ; l'inférieure , composée de deux pièces , est articulée par un condyle saillant à un temporal fixe. Un os nyoïde, suspendu au crâne par des ligamens, soutient la langue, qui est toujours charnue. Les membres antérieurs commencent par une ceinture osseuse ou épaule, formée par l'omoplate, non articulée avec 1 cpine appuyée, dans beaucoup de mammifères, au sternum au moyen dune clavicule. Le bras est formé d'un seul os; l'avant- IJMS de deux , le radius et le cubitus ; la main , qui termine ces mcm.--
rM'noDucTioiî.
bies , est composée de deux ra4igées de petils os cpi'on appelle cai-pe, d'une rangée d'os nommée métacarpe et de doigts Ibrmés chacun de deux ou trois os qu'on appelle phalanges. Les membres postérieurs ont une composition analogue à celle des membres antérieurs , et cette hnalogie est plus ou moins grande suivant que les membres sont destines à des fonctions semblables ou différentes. Au reste, dans tous les mammifères, excepté les cétacés, le membre postérieur commence par une ceinture osseuse ou bassin formé par les os des hanches fixes à l'épine ; et dans la jeunesse ces os sont formés de trois parties distinctes , l'ilium , le pubis et l'ischion. La cuisse est formée d'un seul os , la jambe de deux principaux , le tibia et le péroné ; le pied , qui termine ce membre, est composé d'un tarse , d'un métatarse et de doigts ou orteils.
Les muscles ont une assez grande force de contraction ; mais leur irritabilité est très-dépendante du système nerveux. Les movivemens sont ceux de la marche ; dans quelques-uns le vol peut avoir heu au moyen de membres prolongés et de membranes étendues; d'autres ont les membres très-raccourcis et ne peuvent que nager. Le système nerveux des mammifères est surtout caractérisé par l'état du cervelet et du cerveau. Le cervelet a des lobes latéraux , ou hémisphères volumineux , et il y a toujours un pont de varole sous la moelle alongée. De même le cerveau a toujours des corps striés , et est toujours formé de deux hémisphères volumineux, garnis de circonvolutions , formant deux ventricules latéraux et réunis entre eux par le corps calleux.
Les yeux , logés dans les oi'bites , sont préservés par deux paupières , et un vestige de la troisième , la sclérotique , est simplement fibreuse , le crystallin est fixé par les procès ciliaires. L'oreille a, dans tous, un labyrinthe complet, avec un limaçon, une caisse et une membrane du tympan , et des osselets. Les fosses nasales traversent la face, ont des cornets, et s'étendent dans des sinus des os. La langue est charnue et attachée à l'os hyoïde. La peau des mammifères est en général revêtue de poils : les cétacés seuls en sont totalement dépourvus.
Le canal intestinal est revêtu par le péritoine, suspendu au mésentère , repli de cette membrane qui renferme les glandes conglobées des vaisseaux chylifères, et couvert d'un prolongement flottant de la même membrane, que l'on nomme épiploon. Ils ont une vessie urinaire , dont l'orifice , à peu d'exceptions près , est dans celui des organes de la génération. Les poumons celluleux et le cœur sont renfermés dans une cavité formée par les côtes , séparée de l'abdomen par le diaphragme , et où leur surface est libre. Leur circulation est double, et leur respiration est aérienne et simple. Ils ont un larynx, à l'extrémité supérieure de la trachée qui s'ouvre dans l'arrière-bouche et les arrière -narines , dont la communication dépend d'un voile charnu mobile, appelé voile du palais.
Ce qui distingue surtout l'organisation des mammifères , c'est leur génération; elle est essentiellement vivipare : c'est-à-dire que l'œuf membraneux descend et se fixe dans l'utérus, après la conception, qui exige un accouplement par lequel le sperme du mâle est lance dans les organes de la femelle. Ils ont bien , comme tous les vertébrés ovipares, du moins tout au commencement, une vésicule om-
DES CORPS ORGANISAS. ^1
bilicale ou intestinale ; ils ont aussi, comme les ovipares à poumons, une vessie allantoïde; mais ils ont de plus des enveloppes dont la
un ou ennour-
riture et probablement aussi l'qxygène. Quand les fœtus ont acquis le développement nécessaire , ils sont expulsés avec leurs enveloppes déchirées. Les mamelles, glandes secrétoires, produisent du lait pour nourrir les petits pendant tout le temjps qu'ils en ont besoin.
C'est à ce genre d'organisation, qui présente encore certames variétés , qu'appartient l'homme.
§ 61. Les mammifères présentent ainsi quelques organes qui leur sont propres, tels sont les poils de leur peau et les mamelles ; -pour tout le reste, ils ne diffèrent des autres vertébrés que par des developpemens plus grands de certains organes , comme, par exemple, de l'oreille, du cerveau, etc., ou par des combinaisons différentes des organes de la circulation , de la respiration et des mouvemens.
Le sang des mammifères diffère de celui des ovipares par la forme des particules colorées : elles sont circulaires ou plutôt lenticulaires dans les mammifères, tandis que dans les ovipai^es, elles sont en général ovales ou ovoïdes comprimées.
Les poils des mammifères ne diffèrent pas essentiellement des autres appendices cornés de la peau : ils sont, comme tous les organes de ce genre , produits par une excrétion à la surface de cette membrane.
Les mamelles sont aussi tout-à-fait du même genre que les autres organes sécrétoires glanduleux.
§ 62. Les mammifères présentent encore dans leur organisation des variétés assez grandes : soit dans les organes du toucher, qui sont d'autant plus parfaits que les doigts sont plus nombreux^ plus mobiles , moins enveloppés par l'ongle ; soit dans les organes de la manducation , et par suite dans, le reste des organes digestifs; soit enfin dans les organes de la génération. Les différentes combinaisons de ces variétés, qui en entraînent beaucoup d'autres dans toutes les fonctions, et même dans l'intelligence, ont donné lieu à partager cette classe en plusieurs ordres au nombre desquels est celur'des bimanes , formé d'un seul genre , l'homme.
§ 63. L'homme se distingue des autres mammifères, par quelques différences peu importantes dans les organes des fonctions végétatives, par quelques autres plus marquées dans les organes des fonctions animales, mais surtout par Y intelligence.
L'intelligence qui constitue l'homme, est surtout caractérisée par la conscience, par la raison , par une volonté libre, par le sentiment moral et par celui d'une catise divine.
L'homme est en outre de tous les mammifères celui qui a les hémisphères du cerveau et du cervelet le plus développés et le plus garnis de circonvolutions. Ce volume des hémisphères paraît surtout considérable si on le compare à la moelle, aux nerfs, aux sens et aux muscles. Ses fonctions cérébrales sont très-développées et très-distinctes de l'instinct. Il est doué de la parole ; il vit en société. Il est le seul animal vraiment bimane et bipède; son corps tout en-
INTRODUCTION
lier est organisé pour la station verticale : ses mains sont évidem^ ment réservées i\ d'aulres usages qu'à la station.
Le cœur est dirigé obliquement sur le diaphragme, et l'aorte disposée un peu autrement que dans les quadrupèdes. Les organes de la digestion sont propres à une nourriture variée, et principalement végétale. Le pénis est libre et sans os intérieur; l'utérus est une cavité simple et ovale; les mamelles , au nombre de deux seulement, sont situées au-devant de la poitrine.
, Mais tout le reste de cet ouvrage étant consacré à l'étude du corps humain , il serait superflu d'insister sur des caractères qui seront exposés en leur lieu
SECONDE SECTION
§ 64. L'homme participe, comme on le conçoit, aux caractères généraux des corps , des êtres organisés , des animaux , des vertébrés, des mammifères ; il a en outre, comme tout autre, ses caractères propres : c'est l'étude de tous ces caractères , soit de la conformation extérieure et intérieure , soit des phénomènes , qui est l'objet de l'anthi'opologie ou de la science de l'homme. L'anatomie de l'homme, qu'on a aussi appelée anthropotomie , a pour but particulier la connaissance du corps humain, c'est-à-dire de toutes l'es parties qui le composent et de leur arrangement mutuel.
§ 65. L'anatomiste peut étudier le corps humain dans deux états dilFérens : dans l'état le plus ordinaire , celui qui est propre à l'espèce et seul compatible avec l'état de santé ; ou bien , au contraire, dans ses déviations de l'ordre naturel. Dans le premier cas, c'est l'anatomie de l'homme sain, l'anatomie Jhygide, si l'on veut s'exprimer ainsi ; c'est l'anatomie morbide dans le second cas.
Dans l'étude de l'anatomie on peut considérer le corps humain tout entier, examiner les caractères généraux de tous ses organes , de toutes ses humeurs , etc. : ce sont les généralités de l'anatomie. On peut, réunissant les/oi-ganes multiples en genres ou en systèmes , d'après leurs analogies de texture , s'arrêter aux caractères génériques , en faisant absti-action de toutes les différences spéciales des organes ; et pour ceux qui , sans être multiples , sont étendus à tout le corps , on peut ne considérer que les caractères généraux, en faisant abstraction des différences locales qu'ils présentent dans les diverses régions; tel est l'objet de l'anatomie générale : elle donne une connaissance un peu plus précise du sujet, que les généralités. Mais poiu' connaître le corps humain d'une manière positive et profitable , il faut joindre à cela une connaissance exacte de chaque organe en particulier, et de chaque région du corps ; tel est le double objet de l'anatomie spéciale.
L'anatomie générale, considérant ensemble les organes semblables par leur texture , et se bornant à ce qu'ils ont de commun ou de générique, a pour objet spécial, mais non unique, leur texture.
» /^o/es Blumcnbach, de Farictate natifâ generis humani. — LayiTCncc , Lectures on physioloi^yi zoologj, and the naluml histoij ofnian.
DU COUPS nUMAIN. 3()
L'anatomie spéciale des organes, improprement appcle'e anatomie descriptive, s'occupe particulièrement de leur conformation, car c'est surtout en cela qu'ils diffèrent les uns des autres ; leur situation respective (^t l'objet essentiel de l'anatomie des régions ou topographiqiie. '
§ 66. La conformation extérieure du corps humain est syméti'ique ' ; il est divisé en deux moitiés latérales semblables , par une ligne médiane verticale. Cette ligne se prononce même en quelques endroits, où elle forme ce qu'on appelle des raphés ou coutures, qui semblent en effet résulter d'une sorte de couture ou de réunion de deux parties latérales séparées dans le principe. La symétrie n'est pas également prononcée dans toutes les parties du corps; elle l'est davantage dans les organes des fonctions animales, et moins dans ceux des fonctions végétatives, dans ceux de la nutrition surtout. En effet, les os, le système nerveux, les sens, les muscles, sont les parties les j^lus symétriques ; et les organes de la digestion , de la circulation, de la respiration, le sont moins que les organes génitaux. Cependant il ne serait pas exact de dire que la symétrie appartient aux premiers , et est étrangère aux derniers; elle appartient plutôt aux parties extérieures en général , et est moins exacte dans les parties profondes; ainsi les glandes lacrymales et salivaires, la thyroïde, les mamelles, les testicules, tous organes des fonctions de la nutrition et de la génération , sont symétriques , tandis que les nerfs du larynx, de l'estomac et des intestins, le muscle diaphragme, ne le sont point. On observe aussi que certaines parties qui se développent plus tard sont moins syméti'iques que celles du même genre qui se développent auparavant : ainsi dans le système nerveux , la moelle, qui se développe la première , est plus symétrique que le cerveau ; les côtes sont moins symétriques que le racliis , et plus que le sternum. Enfin on observe encore que les parties sont plus symétriques à l'époque de leur formation , et que ce genre de régularité s'altère ensuite : l'estomac, l'intestin, le foie, sont d'abord beaucoup moins irréguliers qu'ils ne le deviennent ensuite; la colonne vertébrale , d'abord exactement médiane , se l'enverse un peu à gauche par la prédominance du bras droit, et de là résultent encore l'inchnaison du nez , l'inégale élévation des testicules , la fréquence des hernies à droite, etc. On observe quelquefois un dérangement de la symétrie, tel que les organes d'un côté occupent le côté opposé, et vice versa; c'est ce qu'on appelle transposition des viscères. Dans ce cas, qui se rencontre une fois sur trois ou quatre mi le sujets environ, et que j'ai vu quatre ou cinq fois , le poumon trilobé, le foie, le cœcum , sont à gauche, et le poumon à deux lobes , la pointe du cœur, la rate , la portion sygmoïde du colon, etc. ,^ sont a droite : les individus qui présentent ce vice de situation ne
sont pas pour cela gauchers."Les"^ maladies qui affectent ïe:
s organes ie.
symétriques, et celles qui ont leur siège dans les parties sans symétrie présentent des différences remarquables. On a même prétendu mais cl après des vues hypothétiques , que les deux côtés du corps étaient chacun plus disposés à certaines maladies \ ,
^ f^ojcz Mclis, de Morbis horninis dcxtri et sinistri. Gotting. ,8i8.
INTRODUCTION
On a aussi établi des comparaisons et cherche des analogies entre les deux, moitiés supérieure et inférieure du corps. L'analogie entre les membres est évidente ; les épaules et le bassin , le bras et la jambe, la niani et le pied, sont construits sur le même plan, et ne diffèrent qu'autant que la différence de leurs fonctions le comporte. Quant à l'analogie que l'on a cru trouver dans l'homme, comme dans les animaux articulés , entre dillérentes tranches de son tronc , et entre les membres et les mâchoires, elle repose sur une comparaison entre des objets trop différens pour être comparables.
Entraîné par une analogie forcée avec les animaux rayonnes, on a aussi cherché dans la partie antérieure du ti'onc des parties correspondant à la colonne vertébrale ; on a cru les trouver dans le sternum : l'observation ne montre ici de rapprochement raisonnable qu'entre les muscles antérieurs et les muscles postérieurs de la colonne vertébrale. Laissons donc des comparaisons qui ne peuvent conduire à rien de bon et d'utile.
§ 67. On divise le corps humain, comme celui des autres vertébrés , en tronc et en membres. Le tronc est la partie centrale et principale, celle qui contient les organes les plus essentiels à la vie, ou les viscères. Ces parties sont logées dans trois cavités ou venti'e^; l'inférieur est l'abdomen, et contient les organes de la digestion, de la sécrétion urinaire et de la génération ; le moyen , le thorax , renferme les organes de la respiration et de la circulation ; et le supérieur, la tête , dont la cavité se prolonge dans la colonne vertébrale , loge le centre nerveux et les sens. On a pu remarquer déjà (i" sect.) combien cette distribution des viscères est en rapport avec leur importance dans le l'ègne animal ; on verra plus tard qu'elle l'est également avec l'ordre de leur développement. Considéré dans son ensemble , le ti'onc, aplati d'avant en arrière, présente une face antérieure ou sternale , une face postérieure ou dorsale , et des côtés ; il présente deux extrémités, l'une supérieure ou céphalique, l'autre inférieure ou pelvienne. Les membres , appendices articulés et destinés aux mouvemens , se distinguent en supérieurs ou thoraciques , et en inférieurs ou abdominaux , les uns et les autres divisés par des articulations en plusieurs parties. Les diverses parties du tronc et des membres sont encore soudivisés en un certain nombre de régions , ou de portions distinctes et importantes à considérer, à cfause des organes qui y sont placés. Les divisions du corps et les subdivisions sont principalement détei'minées par les os. La connaissance des régions est nécessaire pour déterminer la situation absolue des organes , et leur étude approfondie est le plus sûr ou plutôt le seul moyen de connaître la situation respective des parties : cette connaissance constitue une sorte d'anatomie topographique du plus grand intérêt.
§ 68. Le corps humain est composé, comme tous les corps organisés , de parties solides et de fluides qui ont une composition analogue et qui se changent continuellement les unes en les autres. Les fluides sont en très-grande quantité , et leur masse l'emporte de beaucoup sur celle des solides; cependant la proportion des uns aux autres ne peut être déterminée exactement; d'une part, parce que certams fluides, comme l'huile , se séparent difficilement des solides ; et d'au tre part, surtout, parce que beaucoup de parties sohdcs sont lluidifiables, et dans la dessiccation se confondent et se dissipent avec les liquitles.
ides aux
momi-
On a cependant essayé de déterminer la proportion des liqili solides soit par la dessiccation au four ou a l'étuve , soit par la fication; quelques-uns' pensent que la proportion des liquides aux solides est comme six est à un ; d'autres que cette proportion est comme neuf est à un. L'examen d'une momie a donné une proportion des liquides bien plus grande encore , puisque cette momie d'adulte ne pèse que sept livres et demie. Mais la proportion , fût-elle déterminée exactement dans un cas, varierait suivant les individus; l'âge, le sexe, la constitution, etc., y apporteraient des difïérences notables.
Les solides et les liquides sont formés de globules et d'une substance amoi'pbe , liquide dans les uns , concrète dans les autres.
§ 6g. La composition chimique ' des solides et des fluides du corps humain résulte d'un certain nombre de matériaux immédiats, dont les principaux sont la gélatine, l'albumine, le mïicus, la fibrine, l'huile , l'eau , le sucre , la résine , l'urée , la picrocholine , l'osmazôme , la zoohématine , le phosphate de chaux , le carbonate de chaux , etc. Ces matièi-es elles-mêmes sont composées , et les élémens que l'on trouve dans le corps humain sont l'oxygène, l'hydrogène , le carbone, l'azote , le phosphore , le calcium , le soufre , le potassium , le sodium , le chlore, le fer, le manganèse; on y trouve même du magnésium et du silicium.
Ces substances élémentaires, pour former les matériaux immédiats, et ceux-ci pour composer les parties solides et fluides du corps humain, sont combinés dans l'acte de la nutrition et de la génération, d'une manière que la chimie ne peut imiter : c'est précisément cet acte de formation ou d'oi'ganisation qui caractérise la vie.
Des Humeurs.
§ 70. Les fluides ou les humeurs ^ du corps humain sont contënus dans les solides et en pénètrent toutes les parties. Ils se composent des molécules venues du dehors pour l'entretien du corps , et de celles qui sont détachées du corps pour être rejetées. Leur fluidité n'est pas seulement due au calorique et h l'eau, comme celle des fluides étrangers a l'organisation , mais elle dépend , comme leur composition de [action vitale. Les fluides diftèrent entre eux , les uns étant gazeux d autres vaporeux, d'autres liquides et plus ou moins coulans; ils di lerent aussi en couleur; leur composition varie également, mais elle leur est propre , et ne peut êti a imitée par l'art.
On peut distinguer les humeurs en trois genres : le sang, masse centrale ou affluent et d'oîi partent toutes les autres ; 20 les humeurs qui arrivent du dehors au sang; 3° celles qui en émanent. l
à 71. Le sang est un hquide d'une couleur rouge, d'une odeur
est roS T ' ""^ T^""-'.]^ P^'' '''^^^ ' nauséeuse ; sa température e celle du corps dont il est même la partie la plus chaude; il est
resan??orîi * ' Pf «auteur spécifique est environ io5, l'eau
sfcmanth:' , T-f vaisseaux sanguins. .
On a t,?, r ''^'^'^^^^ considérable, mais variable.
To^is hni rT"".'"* "'^i"'^ ^'^^""^^ 5 les estimations varient, depuis huit ou dix hvres , jusqu'à quatre-vingts ou cent.
tique cSumcurs ''^''°^°*^'" ''°'7'"''" -Chanssicr. Table synop-
INTRODUCTION
§ 72. Les micrographes ont fait sur celte humeur des observations dont yoici le précis : le sang se compose d'un véhicule séreux dans lequel des particules microscopiques rouges sont tenues en suspension ; en général on a considéré ces corps comme des sphères marquées d'un point lumineux dans leur centre, ou bien comme étant percées, et par conséquent de forme annulaise. Hewson a trouvé au contraire que les particules rouges du sang humain sont lenticulaires. Les observations importantes de MM. Prévost et Dumas et les miennes propres ont donné le même résultat. M. Home avait' cru, comme le docteur Young, que l'aplatissement était postérieur à la sortie du sang, et qu'il dépendait de la séparation de la partie colorante. Lés particules sont en effet composées d'un globule central , transparent, blanchâti-e, et d'une enveloppe rouge, moins transparente, ayant la forme d'un sphéroïde déprimé. Le diamètre des particules est, dans l'espèce humaine, d'environ un cent cinquantième de millimètre. Tant que le sang est contenu dans ces canaux et qu'il y est en mouvement, les choses restent en cet état.
§ ^3. Extrait des vaisseaux qui le contiennent, le sang exhale pendant tout le temps qu'il conserve sa, chaleur, une vapeur formée d'eau et de matière animale susceptible de putréfaction. 11 se coagule bientôt, abandonne probablement vm peu de chaleur, et dégage aussi une grande quantité de gaz acide carbonique. Ce dégagement, peu sensible quand le sang est soumis à la pression de l'atmosphère , et ne se manifestant alors que par la production de canaux dans l'intérieur du coagulum , s'opère au dehors du caillot , lorsqu'on le place sous le récipient d'une machine pneumatique où l'on fait le vide. Il ne" faut pas confondre ce dégagement de vapeur et de gaz du sang hors de ses vaisseaux , avec un prétendu gaz que l'on a supposé circuler avec lui.
Peu après la coagulation du sang en une seule masse , il se partage en deux parties ; le coagulum se resserrant, exprime la partie liquide ou le sérum qu'il renfermait. Le resserrement continue, et par conséquent la quantité du sérum exprimé augmente jusqvi'à l'époque de la putréfaction. Ordinairement la surface supérieure du coagulum, se resserrant plus que le reste , devient concave. Si on lave le caillot sous un filet d'eau, en le pressant doucement et long-temps, l'eau entraîne la matière colorante ou le cruor , et il reste une masse fîbrineuse blanche. Ainsi , par la coagulation et par le lavage , le sang se trouve partagé en sérum, en cruor et en fibrine.
Mais voici ce qui arrive dans ces opérations : aussitôt que le sang est hors des vaisseaux , la matière colorante des particules abandonne le globule blanc central , et ceux-ci , débarrassés de leur enveloppe , s'unissent entr'eux et forment des filamens qui se réunissent en un réseau ou lacis dans lequel se trouvent renfermées la matière colorante et beaucoup de particules entières qui n'ont point éprouvé cette décomposition. Quand on pétrit et qu'on lave le caillot, l'eau entraîne tout à la fois la matière colorante libre et les particules qui sont restées entières , et qui contiennent encore un globule blanc dans leur intérieur.
Il y a donc dans le sang trois matériaux principaux , le sérum , les globules blancs et la matière colorante qui les enveloppe : ces deux derniers , réunis dans le sang coulant et formant les particules colorées , se séparent en grande partie peu d'instans après que le sang
nu COBPS HUMAIN. 4^
est tiré hors des vaisseaux. Ces matériaux sont dans des proportions Irès-cliflérentes , suivant les circonstances d'âge , de sexe , de constitution, de maladie, etc.; dans l'homme adulte et sain, les particules colorées , desséchées , font un peu plus d'un huitième du poids du sang. '
§ 74. Le sérum a une faible couleur jaune-verdâtre ; il a la saveur, l'odeur et le toucher du sang; il est alcahn ; il se coagule à environ 69° C. 11 ressemble alors à du blanc d'œuf cuit, et contient dans des vacuoles une substance que l'on a prise pour de la gélatine , et qui' 3araît être du mucus. Les parties constituantes du sérum sont de 'eau , de l'albumine , de la soude et des sels de soude. On peut , selon M. Brande , considérer le sérum , qui est de l'albumine Uquide presque pure , comme un albuminate de soude avec excès de base. La coagulation paraît dépendre de la neutralisation de la soude nécessaire à sa fluidité ; l'alcool et la plupart des acides opèrent cette coagulation en enlevant la soude; et par l'action de la pile galvanique comme par la chaleur, la soude transforme en mucus une petite partie de l'albumine , tandis que le reste se coagule. L'albumine et le sérum lui-même présentent encore quelques particularités à noter ; c'est que le coagulum d'albumine offre à l'inspection microscopique des globules , et que le sérum conservé Uquide dans une éprouve tte pendant quelques jours , montre peu à peu des globules qui se déposent au fond, et qui éprouvent un mouvement singulier d'ascension et de descente quand on échauffe le vase eu le tenant dans la main; enfin il faut encore noter que l'albumine coagulée a la plus grande analogie avec la fibrine, dont elle ne diffère peut-être point du tout.
§ 75. Le cruor du sang , ou la matière colorée obtenue par le lavage, est toujours un mélange de matière rouge libre des globules enveloppés de la même matière et de sérum. Aussi les travaux des plus habiles chimistes ont encore appris peu de choses sur la matière colorante du sang ou la zoohématine. Cette substance insoluble dans l'eau, mais pouvant s'y diviser extraordinairement et de manière à traverser les filtres, est formée d'une matière animale en combinaison avec le peroxide de fer. La couleur rouge du sang varie dans ses nuances.
§ 76. La fibrine du sang, ou la lymphe coagulable de quelquesuns, offre l'aspect de fibres feutrées, tenaces, élastiques, ayant au microscope faspect et la structure de la fibre musculaire, étant composées de globules blancs semblables à ceux des particules colorées du sang; la fibrine, tout comme la fibre musculaire, mise dans leau, se résout en globules avant de se putréfier. Cette substance , coagulable ou plastique, paraît être, , ainsi que falbumine, le moyen d agglutmation qui détermine, dans l'économie, les réunions et les adlierences. '
Le sang contient aussi une matière grasse ou huileuse.
^. 77. Le sang contenu dans les artères, dans les veines et dans le cœur, y est dans un mouvement continuel qu'on appelle circulation. Jl éprouve dans ce mouvement des altérations constantes et régulières qui, se balançant mutuellement, rentretienneni, dans un elat moyen de composition. Il reçoit de nouveaux liquides préparés par la digestion et l'absorption intestinale; des molécules séparées cics organes sont sans cesse ajoutées à sa masse; il est soumis h l'ac-
44 lîVTKODUCTION.
tion de l'ittinosphèrc dans les poumons, oîi il se revivifie; il est envoyé dans toutes les parties, où il éprouve un changement inverse ou 1 iournit des matériaux qui se fixent dans les organes, et où ii est dépouille dune partie de ses principes par les sécrétions. Parmi ces altérations , les plus frappantes sont, celle qu'il éprouve dans les poumons , où il devient d'un rouge vermeil , et celle qui a lieu dans tout le reste du corps , où il prend une couleur rouge-brun. Ces altérations de couleur soçt accompagnées et paraissent dépendre d'une absorption d'oxygène dans le premier cas , et d'une absorption de carbone dans le dernier. Outre la matière nutritive que le sang distribue dans tous les organes, il est encore le véhicvxle du principe de la chaleur.
$ 78. Le sang présente des variétés constantes suivant les âges , les sexes et d'autres circonstances ; il présente aussi des altérations accidentelles.
Dans le fœtus, le sang, dont la couleur est très-foncée, n'a presque pas de matière coagulable. Il en est de même du sang menstruel de la femme. Le sang artériel présente plus de particules colorées que le sang veineux. Chez les personnes qui font usage d'une nourriture succulente , le sang abonde en caillot ; il est plus séreux dans les circonstances opposées. La soustraction répétée du sang y diminue la proportion des particules colorées et même celle de l'albumine, et y augmente celle de l'eau.
Dans les maladies , le sang éprouve des altérations qui n'ont pas été assez étudiées. Dans les inflammations, le caillot du sang extrait se recouvre d'une couenne blanche , c'est de la fibrine : et l'on trouve dans le caillot une grande quantité de matière colorante libre. Dans d'autres maladies , comme le scorbut et les maladies septiques , le sang a perdu sa coagulabilité , il reste fluide. Il est beaucoup de maladies sur lesquelles l'examen attentif du sang répandrait un grand jour.
§ 7g. Les liquides qui arrivent au sang sont le chyle et la lymphe. Le premier provient du chyme , substance grisâtre , pultacée , en laquelle les ahmens se changent dans l'estomac, et dans laquelle on commence à apercevoir quelques petits globules. Absorbé par les parois de l'intestin et arrivé dans les premiers vaisseaux chylifères , il est blanchâtre et à peine coagulable; il devient plus coagulable et prend une teinte rosée dans les glandes du mésentère. Enfin, dans le canal thoracique et près d'arriver dans la masse du sang, il est distinctement rose, manifestement coagulable, et contient des globules nus et des particules qui ne diffèrent de celles du sang que par une couleur moins forte. Il semble dès lors qu'il n'ait plus besoin que d'être soumis à l'action respiratoire pour devenir du sang parfait. La lymphe, liquide incolore, visqueux, alburaineux , mais peu connu , est l'autre humeur apportée au sang.
§ 80. Les humeurs qui émanent du sang s'en séparent pai- sécrétion; on peut rapporter à ce genre la matière nutritive laissée par le sang dans tous les organes , par une sorte de sécrétion nutritive ; on y rapporte encore celles qui sont produites et déposées comme en réserve, par une sécrétion qu'on peut appeler intrinsèque, dans les cavités closes du corps, comme la graisse, la sérosité, la synovie; mais on y rapporte surtout celles qui sont sécrétées à la surface
(les lé-umcns externes ou internes et de leurs dépendances plus ou nioins^éloignéos. On les dislingue, d'après leur mode de formation, en trois genres : i" en humeurs perspiratoires , qui sont immédiatement formées et déposées à la suriace par les vaisseaux : telles sont les matières de la transpiration cutanée, de la sueur, de la perspiration pulmonaire; 2° en humeurs folliculaires, qui sont d'abord déposées dans des foUicules ou ampoules de la peau interne ou externe : tels sont le mucus et la matière sébacée; et 3" en humeurs glandulaires , formées dans des glandes , organes particuhers qui ont des çonduits excréteurs ramifiés, lesquels ont leur orifice sur la peau et sur les membranes mtiqueuses , dont ils sont des prolongemens ramifiés : telles sont la salive sécrétée par les glandes safivaires, la bile sécrétée par le foie, etc. On dislingue aussi les luiraeurs sécrétoires, d'après leur destination, en celles qui remplissent quelque usage dans l'organisme , comme les larmes, la bile, le sperme, etc. ; et en celles qui, rejetées sàns remplir aucun usage, comme l'urine, la sueur, sont appelées exerémentitielles. Ces dernières sont acides, tandis que les auti-es sont alcalines.
■Des Organes.
§ 8r. Les organes sont les parties solides ' ou contenantes du corps; ce sont eux surtout qui déterminent la forme , et qui impriment le mouvement.
La figure des organes est très-variée : cependant en général leurs contours sont arrondis, les surfaces ne sont jamais bien planes, les ligues bien droites , les angles Bien entiers. Dans la jDlupart des organes, la longueur l'emporte sur les deux autres dimensions; quelques-uns sont larges et aplatis : on appelle membranes ceux qui ont cette forme et qui sont mous , quelle que soit d'ailleurs leur texture; d'autres enfin ont les trois dimensions peu différentes. On détermine la forme extérieure des organes par le rapport de leuris trois dimensions ; on se sert souvent aussi de comparaisons plus ou rnoins triviales : car il est en général assez difficile de déterminer la forme par la comparaison avec des figures géométriques.
A l'intérieur, quelques organes sont creux et forment des réser- , voirs ou des canaux communiquant à l'extérieur ; d'autres forment des cavités fermées de toutes parts ; d'autres des canaux ramifiés et clos ; d'autres sont pleins ou massifs : mais tous cependant sont aréolaires et plus ou moins perméables.
Parmi les organes, quelques-uns s'étendent en rayonnant ou en se ramifiant, du centre à la circonférence : tels sont les vaisseaux, les nerfs, les os eux-mêmes. Aucun n'est isolé, tous sont entrelacés et ont des communications entre eux. Enfin, il y a entre les organes, comme entre les régions, des analogies très-grandes. Quelques-uns, se ressemblant tout-à-fait, constituent, par leur reunion , des genres. '
§ 82. La couleur des organes est blanche, rouge, brune; quelquesuns sont transparens, d'autres sont opaques. Leur consistance' varie depuis une mollesse très-grande jusqu'à une dureté extrême.
' yojcz Cliaussicr. Table des solides organiques.
ihtroductiow.
Ils sont extensibles et rétractiles , flexibles, compressibles et élastiques, mais à des degrés très-variës. Quelques-uns ont une cohésion peu marquée, d'autres une ténacité telle, qu'il faut de très- grands eflorts pour les rompre. Ces propriétés de couleur et de cohésion dépendent beaucoup des liquides qu'ils contiennent en grande proportion. Ainsi des parties opaques, comme le tissu ligamenteux, deviennent transparentes par la dessiccation ; cette même substance \ tres-tenace et peu élastique quand elle est humide , devient trèselastique quand elle est desséchée; des parties élastiques, comme le tissu des artères, deviennent cassantes par la dessiccation , etc.
§ 83. Les organes diffèrent aussi beaucoup par leur texture. Au premier aperçu, on voit que plusieurs sont formés de l'assemblage ou de la réunion de faisceaux de filets parallèles ou entre-croisés : on dit qu'ils ont une texture fibreuse. D'autres sont formés par la réunion de couches ou de lames plus ou moins nombreuses et distinctes, ordinairement unies très-étroiteraent entre elles. Dans d'autres on trouive des granulations ou grains rapprochés , réunis entre eux. Quelques-uns ont une texture très-compacte , uniforme ou homogène en apparence , mais en apparence seulement ; car tous sont aréolaires et perméables, d'une manière plus ou moins distincte ; tous sont plus ou moins composés.
§ 84. Ce premier aperçu ne suffit pas pour faire connaître la texture intime des parties solides. En examinant de plus près, on voit que ces fibres apparentes , ces couches membraneuses ^, ces granulations , sont composées ; et comme les solides contiennent les humeurs , on a été généralement porté à croire que tout est vaisseau dans les solides. Cette idée erronée , puisque les vaisseaux sont eux-mêmes des parties composées , a été reproduite tout récemment dans un ouvrage posthume de Mascagni. D'autres ont admis que tout est formé par le tissu cellulaire , et celui-ci par des fibres et des lames entre-croisées , ou bien par des cellules ou des vésicules accolées les unes aux autres. Mais le tissu cellulaire, tout em étant bien l'élément principal de toutes les parties, n'en est pas l'élément unique. Quant à l'idée d'un parenchyme comme base ou élément générateur de tous les solides, c'est une idée extrêmement vague, et sur laquelle on n'est pas parvenu à s'entendre. Haller ' a admis dans la composition des organes, outre le tissu cellulaire formé par la réunion de fibres et de lames, et qui est le plus général et le plus répandu, la fibre musculaire et la substance médullaire. Cette division a été depuis assez généralement admise , avec quelques légères modifications plus ou moins heureuses. Ainsi Walther admet une texture membraneuse ou cellulaire, une fibreuse ou vasculaire , et une nerveuse; Pfaff une structure vasculaire, une fascilaire et une cellulaire; d'autres une cellulaire, une vasculaire et une massive, ou sans cellules et sans vaisseaux. M. Chaussier a joint îiux trois parties composantes de Haller une quatrième fibre , sous le nom de fibre albuginée : c'est la base des ligamens ; M. Richerand y a joint la substance épidermique ou cornée. Parmi les vingt-un tissus admis par Bichat, il en est trois qu'il considère comme générateurs des autres : ce sont le cellulaire, le vasculaire et le ner-
' De corporis humain fahvicd elfunctionibus. Tom. I. Lib. I. Scct. III.
t>U COBl'S HUMAIN. 47
Teux M. Meyer admet • aussi trois organes élémentaires : i" la cellule, le vaisseau ou la glande ; 2° la fibre irritable , cellulaire ou musculaire; 3° la fibre sensible ou le nerf.
§ 85. En admettant avec Ilallerîrexislenee de trois organes simples, de trois tissus élémentaires, ou de trois fibres distinctes les unes' des autres par des caractères essentiels, savoir, du tissu cellulaire , de la fibre musculaire et de la substance médullaire ou nerveuse , on n'est pas encore arrivé au dernier terme d'analyse auquel on peut arriver en anatomie. Si l'on s'aide du microscope, on voit que ces organes simples , et toutes leurs modifications , et tous leurs composés , peuvent être ramenés ou réduits à deux élémens anatomiques. Ils sont formés d'une substance animale aréolaire, perméable, et de globules microscopiques semblables à ceux qu'on trouve dans les liumeurs. La première substance seule forme des lames, et le plus souvent des fibres qui ne diffèrent les unes des autres que par la figure alongée et fîfiforme dans le premier cas , élargie dans le second , et qui quelquefois séparées , sont le plus souvent réunies : c'est de leur réunion que résultent les cellules ou les aréoles, etc. Ce premier élément, qui, à lui seul, mais diversement modifié , constitue la plupart des organes , réuni avec l'autre dont il rassemble et joint les particules , forme la fibre musculaire et la substance nerveuse.
§ 86. Les organes diffèrent encore les uns des autres par les phénomènes qu'ils présentent pendant la vie , et qui seront examinés tout à l'heiu'e. 11 sufl&t de noter ici que la substance cellulaire est surtout remarquable par son resserrement continuel , qui peut être augmenté par des impressions ou irritations -, que le tissu ligamenteux et le tissu élastique, ses deux principales variétés, se font remarquer, l'un par une grande ténacité , et l'autre par une force de ressort ; que la fibre musculaire est , par sa contraction , l'organe de tous les grands mouvemens; et que la substance nerveuse se distingue de tous les autres , par la faculté de conduire les impressions au centre , et l'action du centre nerveux aux muscles , etc.
§ 87. Les organes étant différens les uns des autres par leur conformation, leur texture, leurs propriétés physiques, leur composition chimique, et dans l'état de vie par l'action qu'ils exei'cent, on les a divisés en un certain nombre de classes ou de genres. Ces genres doivent être déterminés d'après l'ensemble des caractères , . et non d'après la forme seule ; car autrement on rapprocherait des choses très-différentes , comme toutes les membranes , et l'on éloignerait des parties tout-à-fait semblables, excepté par la forme; comme les os larges des os longs , les aponévroses d'avec les tendons et les Hgamens , les nerfs d'avec les ganglions , etc. ; la forme fibreuse ou fasciculée, la forme lamelleuse ou membraneuse, pouvant appartenir à des parties tout-à-fait différentes sous tous les autres l'apports.
§ 88. Les anciens divisaient les parties solides du corps en parties similaires et en parties dissimilaires ou oi'ganiques. Les parties similaires ou homogènes sont celles qui se divisent en particules semblables entre elles , comme les os , les cartilages , les muscles , les
> (Jeber histologie j etc. Bonn, 1819.
48 * INTRODUCTION
tendons, etc. Les parties dissimilaires sont celles qui sont formées par la réunion des parties simildires, comme la main , les viscères, les organes des sens , et autres organes composes., Celle idée d'Aristote, reproduite avec de nouveaux développcmens j)ar Coïter, estl'origine et le fondement de toutes les divisions établies plus lard entre les organes. On connaît la division généralement admise dans les livres d'unalomie, en os , muscles, nerfs, vaisseaux et viscères, et quelques autres genres encore. Mais ces genres d'organes comprennent des parties composées , quelques-unes très-composées ; et d'un autre côté, ces genres, et surtout celui des viscères, contiennent des organes très-difïérens les uns des autres, ce qui ôte tous les avantages de la généralisation. M. Piuel, en France, et Carmichael Smith en Angleterre, ayant fait observer que les tissus simples qui entrent dans la composition des parties dissimilaires ou composées pouvaient êtres malades et surtout enflammées à part, et que leur inflammation était la même , quel que fût l'organe composé dont ils fissent partie , cela a mis sur la voie de fiire une analyse anatomique de l'organisation plus complète, que celle qui avait été faite jusqu'alors, svu-tout h l'égard des viscères. Bichat^", développant cette idée féconde et digne de son génie , a classé tous les organes simples sous le nom de tissus ou de systèmes , en vingtun genres. M. Chaussier a distingué les organes en douze genres , le douzième comprenant les viscères ou organes composés. Depuis , plusieurs auteurs , tout en adoptant les principales bases , ont modifié les classifications de ces deux anatomistes ^.
§ 8g. Au milieu de toutes ces variations , voici une classification ou division des organes en gpnres d'après l'ensemble de leurs caractères anatomiques , chimiques, physiologiques et pathologiqiies.
Le tissu cellulaire, élément principal et général de l'organisation, doit tenir le premier rang : il existe dans tout le règne oi'ganique , il entre dans tous les organes, et fait la base de toute l'organisation.
Ce tissu , un peu modifié dans sa consistance , dans sa forme , dans la proportion de substance terreuse qu'il contient , forme plusieurs autres genres d'organes.
Disposé en membranes closes de toutes parts , dans l'épaisseu r desquelles il a plus de fermeté et moins de perméabilité, il constitue les systèmes séreux et synovial.
Il forme de même le tissu tégumentaire qui comprend la peau et les membranes muqueuses, ainsi que les foUicules de ces deux sortes de membranes et les organes producteurs des poils, des dents , etc.
Il en est de même aussi à\i tissu élastique, qui fait la base du système vasculaire, lequel comprend les artères , les veines et les vaisseaux lymphatiques, et qui appartient encore au même ordre, en se rapprochant du tissu musculaire.
I On inflammation, in médical communications. Vol. II.
^ Anatomie générale, appliquée à la physiologie et à la médecine, par Xav.
Bichat. . 1 , • , • 11'
3 royez presque tous les ouvrages d'anatomie et de physiologie, r"l> 'f^ depuis l'an i8oi, et notamment J. F. Mcckel. Ilandhnch c/cr menscldichcu anatomie. Ester Band. JUgcnieine anntomie. Halle nnd Berlin J. Gordon. A srstem ofhuman anatomy. Vol. I. Edinbiiip i8i^. --1 ■ ftii'Si';'ffui. Prodromo dalla israndc annlomia. Firense, 1819.— C. Meyer. Uptisc. cit.
Le ;
système glanduleux , qui est formé par la réunion des systèmes té"uraentaire et vasculaire , est encore du même ordre d'organes.
Le système ligamenteux ou dcsraeux , qui comprend des organes très-tenaces et très-résistans , résulte encore d'une modification du tissu cellulaire.
Enfin , les systèmes cartilagineux et osseux appartiennent encore au tissu cellulaire , et doivent leur solidité à sa condensation , et à la grande quantité de sels terreux que contient cette substance.
Un second ordre d'organes est formé essentiellement par la fibre musculaire : ce sont les muscles , soit ceux qui appartiennent aux os, soit ceux des tégumens externe et interne, et des sens, soit ceux du cœur.
Les nerfs et les masses nerveuses centrales constituent un ti'oisième et dernier ordre d'organes forme essentiellement par la substance nervale. ^
On voit que cette classification repose sur les bases indiquées par Halkr, et qui existent vraiment dajis la nature.
§ 90. Quant à l'ordre successif dans lequel les geni-es d'organes doivent être rangés, il peut être fondé sur diverses bases : si l'on avait égard à la généralité plus ou moins grande des organes dans la série des animaux, le tissu cellulaire devrait toujours être placé le premier; après lui viendraient les organes tégumentaires , puis les muscles et les nerfs, puis les vaisseaux, puis les glandes; les tissus cartilagineux et osseux , ligamenteux et séreux , ne viendraient qu'en dernier lieu, comme propres atix vertébrés. On suivrait un autre, ordre si l'on classait d'abord lès genres d'organes qui appartiennent aux fonctions communes ou végétatives , et en second lieu ceux qui forment les appareils des fonctions propres aux animaux. On établirait encore un autre ordre, si l'on voulait, comme Bichat, ranger d'abord les systèmes généi'aux, comme le tissu cellulaire, les vaisseaux et les nerfs, et ensuite les systèmes pai'ticuliers. Il est peu important , mais pourtant préférable , de ranger les organes d'après leur analogie : c'est l'ordi'e suivi ci-dessus!
§ gi. Plusieurs physiologistes placent encore la substance cornée ou épidermique parmi les fibres primitives ; mais cette substance presque inorganique , produite par excrétion, ne saurait être considérée comme un élément anatomique. Au reste , les caractères qu'on lui assigne sont les suivans : elle ne con tient pas de cellulosité distincte ; la macération la réduit en une sorte de mucilage ; la chimie y démontre de l'albumine suivant les uns , ou du mucus suivant les autres, ce qui n'est peut-être pas très-diflérent, puisque le mucus paraît être de l'albumine unie à de la soude. Cette substance est celle qui constitue l'épiderme , les ongles , les poils , et toutes les parties cornées des amraavix. Quoiqu'il paraisse y avoir une légère diflerence entre les^ matières cornée et épidermique, cette, diflérence n'est pas assez M qu'on ne puisse les rapporter à la même substance.
•.J^^y^'"' qui a donné récemment une nouvelle classification des solides du corps humain, regarde la membrane du tympan, la cornée et le cnstalhn , comme formés de cette substance , qu'il appelle tissu ecailleux ou feuilleté ; mais ce rapprochement n'est pas fondé , surtout pour les premières. Les substances épidermiques sont remarquables par la iacihte et la promptitude avec lesquelles elles se reproduisent.
INTRODUCTION
§ 92. Les noms de fibre , tissu , organe , etc. , désignent en général les solides organiques. 11 faut préciser un peu le sens qu'on y attache. On appelle tissu toute partie distincte par sa texture. Le tissu ne diflere de la fibre qu'en ce que celle-ci est plus fine et en est la partie composante. Un tissu peut être formé par des fibres semblables ou diiïerentes. Un organe résulte ordinairement de la réunion de plusieurs tissus. Au reste, ces distinctions ne sont pas absolues : ainsi le. tissu cellulaire représente à la fois une fibre particulière, un tissu formé par cette fibre, et un organe important de l'économie. En général, la fibre est l'élément, le tissu indique l'arrangement des parties , et l'organe une partie composée qui exerce une action propre. Presque tous les solides sont formés par la fibre cellulaire et ses deux modifications ; quelques tissus ont pour base les fibres musculaire et nervale : un sei;l , qui est le tégumentaire, contient de la substance épidermique. Les organes sont presque toujours des parties plus ou moins composées : ainsi , dans un muscle , on trouve la fibre musculaire , le tissu cellulaire qui l'entoure , et à l'extrémité le tendon auquel elle se termine; de même dans un nerf, il y a dans le centre une substance molle et médullaire, et à l'extérieur, une membrane particulière qui porte le nom de névrilème. Certaines parties , comme l'estomac , l'œil , sont plus composées encore. En général ,• tout organe ou partie agissante contient du tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs. Le tissu cellulaire est le plus répandu : il n'y a point de parties où on ne le rencontre sous diflérentes formes. Après ce tissu, ce sont les vaisseaux qui existent le plus généralement ; à part un petit nombi-e d'exceptions , on, trouve partout des vaisseaux de diverses soi'tes , blancs ou rouges. Les nerfs sont moins abondans que les vaisseaux, et, à plus forte raison, que le tissu cellulaire ; cependant la plupart des organes en sont pourvus. On peut donc regarder ceux-ci comme des parties dans la composition desquelles il entre constamment du tissu cellnjaire , jjresque constamment des vaisseaux, et le plus souvent du tissu nerveux.
Les viscères ou organes splanchniques tirent leur nom de l'importance de leurs usages. Ce sont les organes les plus essentiels à la vie , ceux par lesquds nous vivons : ce sont les organes les' plus composés; ils sont situés dans les trois cavités du corps qu'on appelle splanchniques. Ils comprennent les organes de la digestion , dé la génération et de la sécrétion urinaire, que renferme l'abdomen; ceux de la circulation et de la respiration , qui sont contenus dans la poitrine , et les organes sensoriaux et nerveux , logés dans la tête et dans le canal vertébral. C'est surtout aux organes thoraciques et abdominaux, et encore plus spécialement à ces derniers, qu'on donne le nom de viscères.
§ 93. On entend par système ou genre, la réunion de parties semblables par leur texture, comme les os, les muscles, les ligamens, etc. : cela correspond aux parties similaires des anciens. On a encore désigné aiusi des parties, telles que la peau, le tissu cellulaire , etc. , étendues à tout le corps , et offrant par-là des régions , des divisions , mais non , comme les précédentes , des portions distinctes. Bichat surtout, a employé le mot système dans cette acception. L'étude des genres d'organes ou des systèmes fait l'objet de l'anatomie générale, qui embrasse de cette manière tout ce que les parties
semblables présentent de commun, et en même temps ce que les tissus généralement répandus ont de commun dans leurs diflérentes régions.
g g4. Les appareils sont des ensembles d'organes quelquefois tresdislinets par leur confoi'mation , leur situation , leur structure et même leur action particulière, mais qui concourent à un but commun , lequel est une des fonctions de la yie. C'est à tort que l'on a confondu cette réunion de parties avec celle qui constitue un système ou un genre d'organes. La classification des appareils repose entièrement sur la considéi-ation des fonctions, tandis que celle des systèmes ou genres repose sur la ressemblance des parties entre elles. On a vu plus haut l'énumération des genres d'organes ; voici maintenant comment les organes sont réunis en appareils de fonctions.
Les os et leurs dépendances, savoir : le périoste, la moelle, la plupart des cartilages, lesligamens, les capsules synoviales , constituent un premier appareil d'organes qui déterminent la forme du corps, qui servent de soutien à toutes les parties, et notamment d'enveloppe aux centres nerveux, et qui, par la mobilité des articulations, reçoivent et communiquent les mouvemens déterminés par les muscles.
Les muscles , les tendons, les aponévroses , les bourses synoviales ,. forment l'appareil des mouvemenS'.
Les cartilages et les muscles du larynx et diverses autres parties, foi ment celui de la phonation ou de la voix.
La peau, les autres sens et les muscles qui les meuvent , etc. , forment l'appareil des sensations.
. Les centres nerveux et les nerfs, forment celui de l'innervation.
Le canal alimentaire , depuis la bouche jusqu'à l'anus et toutes ses nombreuses dépendances, constituent celui de la digestion;
Le cœur et les vaisseaux , celui de la circulation ;
Les poujnons, celui de la respiration.
Les glandes, les follicules et les surfaces perspiratoires , forment l'appareil des sécrétions ; mais la plupart de ces organes servant à d'autres fonctions, sont compris dans leurs appareils. Il ne reste guère que la sécrétion urinaire , dont les organes forment à' eux seuls un appareil.
Les organes génitaux constituent un appareil diffèrent dans chaque sexe.
Enfin, l'œuf et le fœtus qu'il renferme, fornient un dernier groupe ou appareil d'organes.
De l' Organisme.
§ 95, Le corps humain présente , pendant la vie , des phénomènes tres-nombreux et de divers genres. Des actions mécaniques et chimiques ont lieu en lui comme dans tovis les corps ; mais elles sont modifiées par celles de la vie. Il y a effectivement dans le corps humain , comme dans tout corps organisé et vivant , les phénomènes essentiels de la vie 5 savoir : la nutrition et la génération, actions organiques dont l'exercice est subordonné à d'autres actions propres aux animaux; savoir : les mouvemens musculaires et les sensations, soumises elles-mêmes à l'innervation. Ces actions animales enfin sont dn igees par des fonctions d'un genre supérieur : ce sont celles de l 'in-
INTRODUCTION
iclligcnce. Outre cot ordre rejaai-quable de subordination entre les phénomènes de la vie, il existe entre eux un enchaînement tel, que les fonctions d'un genre intérieur tiennent aussi sous leur dépendance les fonctions d'un ordre plus élevé, et que toutes les fonctions sont dans une dépendance mutuelle telle , que les phénomènes de la vie peuvent être comparés à un cercle qui , une fois tracé, n'a plus ni commencement ni fin. C'est, comme on l'a déjà dit, cet ensemble d'actions organiques qu'on appelle organisme ou vie.
^ § 96. On appelle fonction ', l'action d'un organe ou d'un appareil d'organes ayant un but commun. On a classé ou distribué les fonctions en plusieurs genres , non que ces divisions soient parfaitement, exactes , ni qu'elles soient bien uliles pour aider la mémoire, puisque les objets à classer sont assez peu nombreux; mais parce qu'il faut bien , dans leur exposition , suivre un ordre quelconque , et qu'il vaut mieux en suivre un naturel qu'un tout-à-fait arbitraire. La division des anciens, suivie, à quelques modifications près, par Haller, Blumenbach , Chaussier et quelques autres modernes , consiste à ranger les fonctions en quatre classes : fonctions vitales, animales, naturelles ou nutritives, et génitales. Une autre division qui vient également des anciens, puisqu'on en trouve la première idée dans Axistote , qui a été aussi ii)diquée par Bufl'on, Grimaud, etc., et qiu' a été adoptée et développée par Bichat et M. Richerand, consiste à classer les fonctions en celles de l'espèce et en celles de l'individu, et celles-ci en fonctions de relation ou fonctions animales ,et en celles de nutrition ou organiques.
§ 97. Voici vm ordre très-naturel suivant lequel les fonctions peuvent être classées. Les ,unes sont communes , sinon par tous leurs actes et tous leurs organes , du moins par le résultat , à tous les corps organisés , aux végétaux comme aux animaux ; ce sont les fonctions communes, organiques ou végétatives : i" la nutrition, qui comprend la digestion , l'absorption, la circulation , la respiration et les sécrétions , et dont le résultat définitif est l'entrétien de l'individu dans sa forme , dans sa composition et sa température ; 1° la génération , qui comprend la formation des germes , celle du sperme , la fécondation et le développement du gei me fécondé , et dont le résultat est l'entretien de l'espèce ou d'une succession d'individus semblables. Les autres fonctions sont propres aux animaux ; ce sont : 3° l'action musculaire dont les résultats sont la locomotion, le geste et la voix, et de plus les mouvemens musculaires nécessaires à l'exécution des deux fonctions précédentes ; 4° sensations , et 5° l'action nerveuse ou rinnei;vation. Un autre ordre de fonctions encore appartient à l'homme exclusivement; ce sont les fonctions intellectuelles , qui n'existent qu'en apparence dans les animaux qui lui ressemblent le plus. Enfin, l'homme n'exerce pas seulement des fonctions individuelles et des fonctions sexuelles , mais , vivant en société, il exerce des actions collectives dont l'observation et la direction sont encore hors du domaine de la physiologie et de la médecine.
§ 98. Nous n'apercevons dans'les corps en repos , que les quahtés par lesquelles ils frappent nos sens. Dans les corps en action ou en mouvement, nous ne distinguons encore que des phénomènes ou
» yoyez Chaussier, Table synoptique des fondions.
des changcnicns perceptibles à nos sens. Parmi les qualités et les phénomènes, les uns sont communs h. tous les corps, les autres sont particuliers aux corps organisés etvivans; ces derniers sont leurs qualités et phénomènes propres, en un mot, leurs propriétés. Les propriétés ne sont autre chose en effet que des qualités et des phénomènes sensibles. Quand des phénomènes se reproduisent suivant un ordre dont on peut déterminer toutes les conditions, on connaît la loi de ces phénomènes , c'est-à-dire la règle qu'ils suivent et à laquelle ils nous paraissent être assujettis : cette loi, quand elle est générale, est appelée théorie. Au delà nous ne connaissons rien. Mais nous admettons en général que la matière est inerte , et toutes les fois que nous la voyons en action, nous supposons une cause de mouvement qui la fait agir, et que novis appelons une force. Ainsi la matière organique étant en action pendant toute la vie dans les corps organisés , on a dit que la vie avait pour cause une force vitale ■.
On a considéré cette forme comme une substance différente des organes , et dont ceux-ci auraient été les instrumens , et on l'a V tantôt supposée rationnelle et tantôt irrationnelle. On l'a considérée aussi comme une faculté ou activité propre de la matière, soit de la matière organique sohde, soit de la matière fluide. On l'a regardée encore comme résultant de l'organisation , c'est-à-dire de l'assemblage de toutes les parties solides et liquides d'un corps organisé, etc.
Il aurait mieux valu, sans doute, se borner dans une science physique , comme la science de l'oi'ganisation de la vie , à l'observation des corps et des faits.
§ 99. Les phénomènes organiques ou vitaux étant différens les uns des autres, les forces vitales ou organiques qu'on a admises ont dû être aussi de plusieurs genres.
Il y a des phénomènes déformation organique, tels que ceux de la nutrition et de la génération , de la réparation des parties lésées , de la reproduction, etc. Aussi on a admis sous le nom de force plastique , de force formative , d'affinité vitale , une force de formation elle est commune à tous les corps organiques et à toutes leurs, parties.
§ 100. Les parties solides des corps organisés et surtout des animaux, reçoivent, de la part de cUvers agens, des impressions suivies immédiatement de mouvemens plus ou moins . appréciables : on appelle cela des mouvemens d'irritation , et la force ou la cause a laquelle on les attribue est appelée irritabilité 3. Toutes les parties animales en sont susceptibles à des degrés très-variés. On en distingue trois variétés principales. Dans le tissu cellulaire, où elle existe à un faible degré, on l'appelle tonicité; dans les vaisseaux, ou ele est plus marquée, on l'appelle contractiHté vasculaire; clans es muscles ,' où elle existe au plus haut degré , on la nomme irritaljihte musculaire ou piyotihte'.
Il est remarquable que tous ces mouvemens consistent dans des
• /^ojez Rcil Fon der lehensliraft, in archii>. furw Aie. physinlosie. B.I. Jlalle, i79S^-Cli:jussicr. T.-,ble synoptiqtlc cicla lorcc vitale, etc. - l^ojez Rlumenbach. Uber den hildimssirieh. Gotling. ■ f^oye^ Gautier, de Iri;itahiUlaUs iiotionc, natura et rnorbis. Ilalce, 1793.
INTBODTJCTION.
rcsserremens ou contractions. On a cependant cru que certains inouvemens dépendaient d'une expansion, d'une élongation, d'une turgescence il paraît que c'est faute d'avoir bien observé.
§ loi. Dans l'homme et les animaux qui ont des nerfs distincts et un centre nerveux , les impressions reçues sont transmises par des nerfs, et senties au centre; et les centres transmettent par des nerfs leur action aux muscles. La cause à laquelle on rapporte ces phénomènes est appelée force nerveuse , et en un mot sensibilité. Parmi les sensations, les unes sont extrêmement obscures et vaguement aperçues =■ : elles sont à peu près répandues partout , mais surtout dans les membranes muqueuses. Dans l'état de santé elles constituent un sentiment généi-al de bien-être; quand elles sont exaltées par quelques causes, elles donnent lieu à une sensation morbide qu'on appelle douleur. Il n'est aucune partie qui ne puisse être le siège de cette sensibilité morbide. Les autres sensations sont distinctes et quelques-unes tout-à-fait spéciales.
Quant à l'action nerveuse sur les muscles, elle en dirige l'irritabilité; elle s'exei'ce aussi sur les vaisseaux, surtout les plus petits.
Les actes intellectuels et moraux diffèrent tellement des phénomènes organiques, qu'ils ne peuvent dépendre de la même cause: ils seraient en efïet aveugles et nécessaires, au lieu d'être éclairés et libres. La physiologie, qui , d'un côté, se rencontre avec la physique ou la philosophie naturelle, se rencontre ici avec la philosophie morale ou la métaphysique.
§ I02. Les fonctions ne s'exercent point, ou, si l'on veut, les forces vitales n'entrent point en action spontanément, mais par celle des stimulans ou excitans ; soit les corps qui agissent sur les surfaces externe et interne de notre corps, soit le sang qui pénètre dans toutes les parties. Relativement à leurs effets , les stimulans sont très-difierens les uns des autres. Relativement aux sujets sur lesquels ils agissent, leur variété n'est pas moins grande, et dépend de l'âge, du sexe, et surtout de la diversité des organes qui éprouvent plus ou moins l'action du même agent.
Tout se tenant dans l'organisation, l'action d'un organe n'est point isolée : ceux qui sont des centres influent sur tous ceux qui leur sont subordonnés. D'autres entrent en fonction par association. Quelques-uns exécutent , pour la suppléer, l'action qui s'interrompt dans un autre. Il n'en est pas un seul qui , étant excité d'une manière extraordinaire , par un stimulus approprié, n'influe plus
ou moins sur l'organisme tout entier,
Bu développement et des différences de l'Organisation.
§ io3. Chaque organe, chaque action, et par conséquent l'organisme tout entier, présente des stades ou des degrés de développement et de perfection. Une première période est celle de la jeunesse, de l'accroissement et du perfectionnement successif; une seconde , très-courte , est celle dans laquelle l'organisation demeure dans un état de maturité ; une troisième , enfin , est celle dans
' Voyez Hebenstreit, de Turgore vilali: Lipsice, 1795.1 ^ f^ojez Uahner, de Coenœsthesi. ïlalx, lyg^-
l;K[Uellc l'organisme s'altère progressivement, et arrive naturellement ;\ la mort et à la destruction.
§ io/(- C'est au commencement de la vie que la ressemblance entre les parties latérales est la plus grande. Le cœur est îdors vertical et médian , les lobes du foie sont à peu près égaux , l'estomac est vertical , etp. Les membres supérieurs et les inférieurs se ressemblent tout-à-fait , au moment et peu de temps après leur apparition. Les organes génitaux des deux sexes sont d'abord semblables. C'est aussi au commencement de la vie que les animaux se ressemblent le plus entre eux. La grandeur relative des parties change avec l'âge; ainsi le système nerveux, les sens, le cœur, le foie, les reins, etc., sont d'abord dans une très-grande proportion avec le reste du corps, tandis qu'au contraire, l'intestin , la rate, les oiganes génitaux, les poumons, les membres, etc., sont trèspetits relativement au reste du corps et aux autres organes. Cela , joint à ce que certaines pai^i^es disparaissent ou diminuent beaucoup avec l'âge, constitue une espèce de métamorphose : ainsi les membranes de l'œuf et le placenta, la membrane pupillaii'e, les dents de lait, cessent d'exister; et les capsules suri'én aies, le thymus, diminuent beaucoup , et disparaissent presque tout-à-fait.
§ io5. Les organes et les humeurs ne sont pas toujours dans la , même proportion : au commencement, l'embryon n'est qu'une molécule presque tout-à-fait liquide; avec le temps, la proportion des soUdes augmente, elle augmente jusqu'à la fin. La couleur se développe aussi graduellement; toutes les parties sont d'abord blanches; la coloration du sang et celle des autres parties se fait peu à peu. 11 n'y a d'abord point de texture déterminée dans les organes ; il n'y a même pas de globules au commencement; plus tard, la masse du corps tout entière paraît globuleuse ou granulée; ensuite les fibres, les lames, les vaisseaux deviennent distincts. Tous les organes ne se développent pas à la fois. Tous ceux du même genre ou système ne se forment pas non plus ensemble. La forme extérieure ou la configuration se dessine avant que la consistance , la texture et la composition soient fixées; car, ainsi qu'on le voit dans le fruit de l'amande, qui a déjà sa forme, et qui n'est encore qu'un liquide glaireux qui acquerra successivement la consistance , la texture et la composition qui lui sont propres, de même le système nerveux le système osseux, ont déjà en partie leur configuration , alors qu'ils sont encore Uquides. Le tissu cellulaire et les vaisseaux perméables aux liquides diminuént depuis le commencement jusqu'à la fin de la vie : c'est ce changement surtout, qui persiste après la fin de 1 accroissement, qui paraît constituer essentiellement la période de la détérioration de l'organisme, et de la vieillesse.
§ io6. Les organes se forment par parties isolées, qui se réunissent ensmle. Ainsi la moellé nerveuse est d'abord un double cordon ; ainsi mteslin et la cavité du torse , d'abord ouverts par-devant,
1Z7 Tv'^ ' T '^^ '^^"^^ P«^^- ^«^^'-^1 lachidien. Les vaisseaux sont d abord des vésicules isolées , qui s'alongent et se communiquent dans la masse du corps. Les reins, d'abord multiples, s agglomèrent; les os, qui, à l'état cartilagineux, s'alongent pai' une sorte de végétation , s'ossifient plus tard", par parties séparées qui se reunissent, etc. Il reste dans certains endroits des traces do
INTRODUCTION
cette, formation, plus dans quelques-uns, dans (juelques autres moins ; ainsi les raphés de la peau , la suture mcdiano du Ironlal, la ligne médiane de l'utérus, etc., sont des traces assez apparentes d'une réunion de deux moitiés; au contraire, dans la partie supérieure du sternum, dans le corps des vertèbres , ces traces s'efFacent ordinairement tout-à-fait.
§ 107. Toutes les phases par lesquelles passe l'organisme humain répondent à des états permanens dans le règne animal. On pourrait ici accumuler les preuves de cette importante proposition , en inettant en parallèle le foetus humain à divers degrés de développement, avec les degrés de l'organisation de l'échelle animale. Quelques exemples suffiront. L'embryon n'est d'abord qu'un petit bourgeon ou germe placé sur une vésicule; tels sont quelques-uns des vers les plus simples. Plus tard , c'est un petit corps vermiforme sans membres et sans tête distincts : c'est le cas des annélides; plus tard , les membres sont égaux et la queue est saillante : c'est le cas de la plupai't des quadrupèdes. Dans le système nerveux, on voit d'abord apparaître les nerfs avec leurs ganglions : c'est le cas de tous les invertébrés pourvus de nerfs; plus tard, on distingue la moelle vertébrale et crânienne , les tubercules de cette dernière , et seulement encore des rudimens de cervelet et de cerveau : c'est le cas des poissons et des reptiles ; plus tard enfin , ces dernières partips s'acci'oissent beaucoup plus que les tubercules, et l'encéphale est successivement celui des oiseaux et des mammifères , jusqvi'à ce qu'enfin, par la prédominance des lobes cérébraux et cérébelleux sur le reste, il devienne celui de l'homme lui-même. On verrait, en suivant le développement , des os d'abord mucilagineux , puis cartilagineux , puis osseux, et à cet état séparés d'abord en beaucoup de pièces qui se soudent plus tard; en comparant ce développement avec l'état du système osseux dans da lamproie , dans les poissons cartilagineux, et dans les vertébrés ovipares en général, on verrait une autre preuve de la proposition énoncée. Il en serait de même enfin en passant en revue tous les genres et tous les appareils d'organes.
§ 108. L'homme se distingue entre tous les animaux par la grande rapidité avec laquelle il parcourt les premières péi'iodes de sa formation ou de son développement; aussi est-il difficile d'apercevoir en lui ces premiers changemens. C'est un point d'anatomie comparée de l'homme avec les animaux , et de l'homme avec lui-même , à ses dilférens âges , qui , déjà riche d'un grand nombre de faits , se recommande par son importance à l'observation des médecins qui pratiquent l'art des accouchemens.
§ 109. Les phénomènes organiques suivent, comme on le conçoit bien, le développement successif des organes. 11 n'y a d'abord dans l'embryon qu'une absorption et une assimilation presque immédiate de la matière nutritive ; les vaisseaux deviennent ensuite apparens, et c'est alors la circulation qui porte les matériaux de la nutrition partout; les sécrétions commencent ensuite à se faire , et le sang du fœtus, mis en contact dans le placenta avec celui de la mère, en éprouve une espèce de respiration branchiale. A la naissance , la respiration de l'air et la digestion se joignent aux autres fonctions nutritives, et les fonctions animales entrent en exercice; et ici, comme dans l'ensemble du règne animal, on voit les organes les derniers de-
DU CORPS irUMAIN. ^7
veloppéset leurs fonctions, tenir tout le reste sous leur dépendance, et la vie résulter de l'enchaînement des actions organiques les unes avec les autres.
§1.10. L'organisation de l'homme présente dans les deux sexes des différences ' : outre celles qui existent dans les organes de la génération, il y en a d'autres dans la forme générale du corps et dans la proportion de ses parties. L'homme est en général plus grand que la femme ; le poids total de sop corps est d'environ un tiers plus considérable. Les formes sont plus arrondies dans la femme, plus rudes et plus saillantes dans l'homme; la femme a le, tronc plus court et les membres inférieurs plus longs , de maniera que le milieu de son corps se trouve chez, elle plus bas que chez l'homme ; elle a l'abdomen , et surtout le bassin , plus larges relativement aux épaules et à la poitrine, qui est courte et évasée. Les organes contenus dans l'abdomen sont plus grands, et ceux de la poitrine et du cou plus petits, en proportion du reste du corps, dans la femme que dans l'homme; les os et les 'muscles sont moins développés , le tissu adipeux l'est davantage ; la texture générale des parties est plus molle et plus lâche ; les poils sont moins forts et moins nombreux. Quant aux organes génitaux , les différences tr-èsgi-andes qu'ils présentent ne détruisent pas des analogies essentielles. Les caractères extérieurs des sexes qui viennent d'être indiqués , paraissent surtout dépendre de l'existence et de l'action de l'ovaire dans la femme , et du testicille dans l'homme. Dans l'embryon , dont le sexe est douteux , il n'y a pas de différences extérieures appréciables ; dans le fœtus et l'enfant , elles commencent à se dessiner à mesure que les organes génitaux se perfectionnent : c'est à la puberté que les caractères sexuels s'établissent surtout , et dans la vieillesse ils l'edeviennent moins tranchés. Le défaut de développement complet des ovaires ou des testicules, leurs altérations par des maladies, et leur ablation , empêchent également les différences générales des sexes de s'établir, ou les effacent plus ou moins complètement. On a cherché les causes de la différence des ^sexes dans une prétendue prédominance du principe coagulant ou de l'oxygène dans le mâle, et de la matière nutritive hydro-çarbo-azotée dans la femelle.
§111. L'espèce humaine présente des différences d'organisation héréditaires dans les races ou variétés ' répandues sur le globe , et qu'on peut rapporter à cinq , dont trois principales ; savoir : la caucasienne , la mongole et l'éthiopienne , et les races malaie e t américaine.
§ 112. La racé caucasienne, à laquelle nous appartenons, se fait remarquer par la beauté de la forme et des proportions de la tête , dans laquelle le crâne l'emporte de beaucoup sur la face; ce dont on' se convainc par la plus simple inspection comme par l'application des méthodes céphalométriques. Le crâne est arrondi et élevé , la face est ovale, ses parties sont peu saillantes. La coloration de la peau est généralement blanche et rosée , celle des yeux est bleue
'«^"■^ ^l:/- ^7 ■^'r^'^''™^"'!') discrimine sexuum prœtcr genitalia. i']^'] . — Ejusd. historia et ichnogi: infantis androsrni. Jenœ, i8o5 ^Fojez Blumenbach. Op. cjt. Lawrence. O/j.'cvt.
MogunC.
INTliaoUCTION.
OU brune, celle des cheveux, en général nombreux , fins et lon^s varie du blanc au noir. ° '
Cette race se fait particulièrement remarquer par le développement de son intelUgence, par la civilisation et par la culture de la philosophie, des sciences et des arts. Les races colorées, au contraire, 1 emportent par la perfection plus grande des sens:
§ ii3. La race mongole se reconnaît à la force du tronc, à la petitesse des membres , à la forme presque carrée de la téte et à l'obliquité du front , à la largeur et à l'aplatissement de la face , à la saillie des pommettes, à l'écartement, à l'étroilesse et à l'obliquité des yeux ; la couleur de la peau est olivâtre ; les cheveux sont droits, noirs et courts ; la barbe est rare , et manque quelquefois tout-à-fait.
§ 114. La race nègre a le tronc mince, surtout aux lombes et au bassin ; les membres supérieurs sont longs, surtout l'avant-bras ; les mains sont petites, les pieds grands et aplatis; le genou et le pied sont tournés en dehors; la tête est étroite et alongée ; la partie inférieure de la face est saillante ; le nez est écrasé ; les dents antérieures sont obhques et les lèvres saillantes; hi peau, l'iris et les cheveux sont noirs : ceux-ci sont crépus, et la barbe est peu épaisse.
§ II 5. La race américaine a des caractères anatomiques moins tranchés, et semble intermédiaire à la race caucasique et à la race nègre. La peau est d^un rouge cuivré ; les cheveux sont noirs, droits et fins , et la barbe rare ou nulle.
^ 116. La race malaie est , comme la précédente, peu distincte par des caractères tirés de l'anatomie : elle paraît intermédiaire aux deux premières. Dans cette race , la peau est brune ou basanée , et les cheveux épais et frisés.
§ 117. On a admis des variétés fabuleuses : il ne doit pas en être question ici. Les albinos sont le résultat d'une altération morbide. On trouve encore dans chaque race des sous-variétés jilus ou moins tranchées. Dans les divers pays souvent très-rapprochés , oh observa en général un caractère national, au moins dans la physionomie; mais aussi dans chaque race-, dans chaque nation , et même dans des divisions bien plus rétrécies , on trouve quelquefois des individus très-différens des autres ; ainsi il n'est pas très-rare de trouver dans la race nègre tous les caractères anatomiques et physiologiques de la race caucasique, excepté la couleur, et réciproquement. Les variétés d'ailleurs se confondent par des gradations insensibles. Il ne faut donc considérer ces variétés dans l'espèce que comme des différences accidentelles, dont les causes, à la vérité, ne sont pas faciles à déterminer : mais combien aussi , dans une pareille matière , les observations sont-elles courtes, et par conséquent imparfaites , pour déterminer les conditions d'un phénomène à la production duquel la nature n'a pas épargné le temps !
Des altérations de V Organisation.
§ 1 18. Le corps humain n'arri,ve pas , à beaucoup près, toujours au terme de son existence par un changement progressif de l'organisation. Le plus souvent le développement s'arrête, se devie de l'ordre habituel , ou bien l'organisation régulièrement développée s'altère par l'action des agens extérieurs. Le corps , ainsi altère dans sa conformation , dans sa texture , dans sa composition , est le sujet de
l'anatomie morbide. Pour le médecin , celte anatomie est le complément nécessaire de l'anatomie de l'homme sain : elle est à la pathologie ce que l'anatomie ordinaire est à la physiologie ; il n'y a pas plus de pathologie sans anatomie morbide , que de physiologie sans anatomie ; il n'y' a pas plus de phénomènes morbides ou de symptômes sans organes altérés, que de fonctions sans organes réguliers, que de phénomènes sans corps , que de mouvement sans matière. L anatomie morbide est le fondement de la pathologie. ^ '
§ 119. Les dérangemens de l'organisation peuvent intéresser la conformation du corps en général ou de quelques organes : cela constitue une première classe, celle des vices de conformation. Les uns sont originels ou primitifs; d'autres sont secondaires ou acquis. Ces derniers sont nombreux et très-dilférens les uns des autres. Quant aux premiers, leur observation attentive a contribué à faire découvrir une des lois les plus importantes du développement de l'organisation. Ces vices ne sont , en effet , essentiellement qu'un état permanent, dans un ou plusieurs organes , des stades ou degrés par lesquels ils passent dans leur développement successif. Ainsi, par exemple, les vices nombreux qui "consistent dans une fente ou un écartement plus ou moins grand sur la hgne médiane, comme le beode-hèvre , la fente de la voûte ou du voile du palais, l'ouverture du sternum, du cfiaphragme, de la^paroi de l'abdomen, de la paroi antérieure de la vessie, des pubis , de l'urètre , du périnée , le spina-bifida , le crâne bifide , etc. , sont l'état permanent d'une fente qui ne devait être que temporaire.
La réunion des doigts entre eux , le prolongement du coccyx , la persistance de la membrane pupillaire, l'vitérus bifide, le 'testicule dans l'abdomen , etc. , ne sont encore que des situations , des divisions, des réunions, des existences d'organes , qui ne devaient' être que temporaires et qui sont restées permanentes. Il en est^de même des communications anoi'males des cavités du cœur, de l'ouverture de la vessie à l'ombilic, de l'existence d'un cloaque, de la hernie^ ombilicale congénitale.
Quelquefois, un de ces vices existant, le reste de l'organisation se développe à peu près comme à fordinaire; mais dans certains cas, une imperfection en entraîne nécessairement d'autres à sa suite , et en voici un des exemples plus frappans : que le nei'f olfactif et l'ethmoide qui le contient s'arrêtent dans leur développement , les orbites et les yeux se confondront plus ou moins intimement, et constitueront ce qu'on appelle un cyclope \ Il en est de même de plusieurs autres vices. ■
Cette partie de l'anatomie pathologique , qui n'a guère été regardée que comme un objet de curiosité, est au contraire d'un très-grand intérêt pour le physiologiste et pour le pathologiste.
§ 120. Les dérangemens de l'organisation peuvent aussi consister dans une altération de la texture et de la composition des organes.
Tels sont les effets et les produits de l'irritation , de rinflammation , et d autres dérangemens moins comlus des sécrétions et de la nutrition. L adhésion , en général , et les différences qu'elle présente dans les divers organes divisés; le pus et les autres produits liquidés de
' yojez Bc'clard. Mémoire sur les fœtus acéphales.
ÏKTRODUCTtON.
rjudainmation; les transformations d'un tissu en un autre analogue aux tissus sains; la dcgénéralion ou le changement d'un organe eu une substance qui n'a point d'analogue dans l'organisalion régulière ; les concrétions molles ou dures qui se forment dans les conduits et les reservon-s des follicules et des glandes, et qui dépendent d'une altération du liquide sécrété, et de l'organe sécréteur, sont autant de genres Irès-importans dans cette classe, dont l'étude n'est pas d'une utilité contestable , comme pourrait le paraître celle des vices de conformation.
11 faut joindre à ces deux classes celle des vers intestinaux assez, nombreux , et des animaux parasites qui peuvent exister dans l'homme. '
De la Mont et du Cadavre.
§ 121. La mort • est la cessation totale et définitive des fonctions de la vie, suivie bientôt après de la dissolution du corps. Elle est le résultat nécessaire et inévitable des changemens successifs de l'organisme. Rarement cependant elle est le dernier terme de la vie , parvenue jusqu'à l'extrême vieillesse; le plus souvent elle arrive par des causes accidentelles.
La vie consistant essentiellement dans l'action réciproque de la circulation du sang et de l'innervation , la mort résulte toujours de la cessation de cette action réciproque. La mort sénile paraît résulter de l'affaiblissement simultané de ces deux fonctions et de l'altération simultanée de leurs organes , et la mort accidentelle ou morbide, de l'altération primitive de l'un des deux organes et de sa fonction. C'est toujours en effet par l'interruption de l'action nerveuse sur les organes de la circulation , ou par la cessation de l'action du sang sur le centre nerveux, que la mort est déterminée par les accidens et les maladies. Mais le sang peut cesser d'agir sur le système nerveux de manière à entretenir la vie , soit parce que le cœur ne l'y pousse plus, et que les vaisseaux cessent eflécti vement de l'y conduire , soit parce que le sang n'est plus soumis à la respiration , soit parce qu'il n'est pas débarrassé par les sécrétions et surtout par la dépuration urinaire des principes nuisibles, soit parce que la digestion et l'absorption intestinale ne lui fournissent pas des matériaux nutritifs , soit enfin parce que des substances délétères sont introduites du dehors dans la masse de ce liquide.
§ 122. Le cadavre' est un corps oi'ganisé mort; mais ce. terme s'entend particulièrement d'un animal, et surtout de l'homme qui a cessé de vivre. Le corps où l'action vitale a cessé est insensible, la chaleur et la motilité s'y éteignent bientôt. Quelques instans encore on y peut observer des phénomènes particuhers , derniers vestiges de la vie qui vient de finir, et qu'on appelle phénomènes cadavériques primitifs. Mais le cadavre n'a qu'une durée éphémère. Constamment , à moins de quelques circonstances particulières, la putréfaction s'en empare au bout d'un temps assez court; ses élémens se dissocient, et les os seuls subsistent encore quelque temps pour se détruire eux-mêmes à leur tour. Quoique tous les cadavres soient
I Voyez Bichat. Rcclicrcbes, etc. — C. Hitnly. Commenlaûo mortis histuriam, causas et signa sislens. GnltiiiR. 179^.
a Fojcz Chaussier. Table des pbeuoinencs cadavériques.
DU cours nUMAIN. ^'
disposés aux altérations dont il s'agit, cependant , ils ne s'allèrent point tous en mc.ne temps et de la même manière. Lage, la Jouslitution de l'individu, la proportion de ses humeurs , le genre de la mort, les circonstances qui l'ont précédée, la saison, le climat, l'état de l'atmosphère, les corps qui entourent le cadavre, etc. , sont' autant de circonstances qui influent chacune à leur manière sur le dévcloppcinent des phénomènes cadavériques ; chaque organe d'ailleurs éprouve des altérations particulières. Voici les cliangemens
les pllis généraux. ,
§ 123. La chaleur, de même que les autres phénomènes de nur tri lion , diminue quelquefois dès avant la mort , et cesse peu de temps après. Le refroidissement sç fait graduellempnt , et commence par les surfaces et les extrémités. 11 s'opère d'autant plus vite , que le sujet est plus épuisé par la vieillesse ou la maladie , qu'il est prive de sang, qu'il est maigi'e, e«t que l'atmosphère est plus froide : il peut alors s'opérer en deux ou trois heures ; communément il demande quinze à vingt heures; il peut même exiger plusieurs jovu's. Le sang est noirâtre , il conserve en général de la fluidité et du mouvement tant cpie le cadavre est chaud ; l'aorte et les principales artères se vident; il s'accumule en général dans les veines caves, dans les oreillettes du cœur et dans les vaisseaux des poumons , et même dans les veines en général , ce qui dépend de l'élasticité dçs artères et des hronches , et du mécanisme de la poitrine. Au reste , l'accumulation du sang dans les veines varie suivant les causes de la mort : elle est très-grande quand il y a eu dyspnée ou suffocation ; il en résulte alors quelquefois des congestions, des turgescences , des, érections, et même des transsudations sanguinolentes. Le sang, olaéissant à la pesanteur et à l'action des artères, s'accumule et forme des lividités dans les parties qui sont déclives j au moment de la mort ; et , pendant que le corps est resté chaud , le reste du corps est au contraire pâle et jaunâtre. Pendant toute cette période de refroidissement , le corps est eu général flexible et mou , les yeux sont entr'ouverts, la lèvre et la mâchoire inférieures pendantes, la pupille dilatée ; des congestions qui avaient existé pendant la vie disparaissent quelquefois ; les sphincters sont relâchés , et quelquefois la défécation et même l'accouchement ont eu lieu par un dernier reste de contractilité. Les muscles sont encore irritables par divers excitans , et surtout par le galvanisme.
§ 124. Les parties molles restent flexibles et \e sang fluide , tant que le cadavre conserve sa chaleur ; aussitôt qu'elle l'abandonne , le sang se coagule, et les parties molles se roidissent d'une manière plus ou moins marquée. La coagulation du sang varie beaucoup ; ordinairement il se forme des concrétions blanches , ou de couleur citrine , qui se moulent dans les vaisseaux ; quelquefois le sang prend une consistance de gelée ou même reste toul-à-fait fluide. La roidcur cadavérique est un phénomène constant, caractérisé par la fermeté que prennent les parties molles, et par la résistance et l'immobilité des articulations. Elle commence parle tronc, et s'étend aux membres supérieurs, puis aux inférieurs. Ce phénomène, qui parait dépondre essentiellement de la dernière contraction des muscles, et aussi du refroidissement général et de la coagulation des liquides,- présente de grandes variétés, relativement à l'époque de
INTRODUCTION. |'
sa inapifestalion , à son intensité, à sa durée. Ainsi dans la mort • ! senile, dans la mort par un lent épuisement ou par des falicues ' | excessives, après les maladies septiques, gangreneuses, scorbutiques , etc. , la rojdeur survient tiès-promptement , est peu intense , et dure a peme une ou deux heures. Au contraire , dans les sujets torts , muscles, qui meurent tout h coup d'une mort violente , après la plupart des asphyxies et des maladies aiguës, la roideur ne survient qu'au bout de vingt à trente heures , devient très-considérable , et dure pendant trois ou quatre jours. La roideur des parties molles *; cesse ensuite d'elle-même, et dans le même ordre où elle s'était ? manifestée; elle est remplacée par une!mollcsse qui augmente gra- i\ duellement; les parties sont abandonnées à leur pesanteur, elles se L dirigent en conséquence, et s'affaissent sur elles-mêmes. Les liquides £ qui étaient coagulés se liquéfient de nouveau , et leur fluidité semble même augmenter. Ce sont les premiers phénomènes de la décom- H position putride.
§ 125. Dans quelques cas, et ordinairement après une mort »: prompte et violente, il se fait un dégagement rapide et considé- , rable de gaz , soit dans le canal intestinal , soit dans les cavités r séreuses , dans le tissu cellulaire , soit même dans les vaisseaux : il t j en resuite divers, autres phénomènes remarquables. La tympanite • j de l'abdomen repoussant le diaphragme , fait souvent sortir du mueus par la bouche ou par les narines , refoule le sang da-ns le cou .'^ et la tête : d'où le gonflement de la face , l'éclat des yeux , le resser- f; rement de la pupille; elle fait encore refluer par l'œsophage dans ^ le pharynx , dans le larynx , dans les fosses nasales ou dans la bouche, les matières de l'estomac; elle détermine aussi le reflux du sang vers les organes génitaux, l'excrétion de gaz, de fèces, et quelquefois même la rupture de la paroi abdominale. Le développement de gaz dans le tissu cellulaire constitue l'emphysème cadavérique; son dégagement dans le cœur et les vaisseaux détermine le mouvement du sang et même sa sortie par des plaies, phénomène que l'on appelle cruentation cadavérique.
§ 126. La putréfaction est un mouvement intestin , inverse de l'action organique , qui s'établit dans le cadavre , détruit toutes les combinaisons qui s'étaient formées par l'action vitale , en sépare les molécules , les ramène à un état plus simple de composition , les réduit en gaz, en vapeurs, en putrilage, en terreau, et les rend ainsi à la masse générale des corps inertes. Outre la cessation de la vie , la putréfaction demande encore comme conditions , le contact de l'air, et un certain degré de chaleur et d'humidité. Le degré de la combinaison de ces conditions font beaucoup varier les phénomènes de la décomposition.
§ 137. En général, elle commence dès que la coagulation et la roideur cessent : dès lors les hquides commencent à se résoudre , et les parties molles se relâchent et s'amollissent graduellement. Le cadavre, qui exhale dès le commencement une vapeur dont la déperdition diminue son poids, répand alors une odeur Aide. Le sang et les autres humeurs transsudent à travers leurs .réservoirs , et imprègnent de leur couleur et de leur odeur les parois et les parties environnantes : de là la coloration des veines et du tissu cellulaire environnant en rouge les taches imprimées à l'estomac et aux
intestins par le foie , la rate , la vésicx.le biliaire, les infiltrations J 0 àngSinolentes dans le tissu cellulaire et les membranes sereue eu? coloration en rose, en rouge, en brun, et la coloration des'p^irois de l'abdomen en une teinte bleuûtre ou Verdatre. Les Immeurs de l'œil transsudent, d'où l'afYaissement de la cornée, et , en se mêlant avec les corpuscules qui voltigent dans lœil, elles
forment im enduit terne. . ^ i • j
Dans cette première période les muscles rougissent le .papier de
'T 128°' La putréfaction qui , eu égard aux régions, commence en général par l'abdomen, à cause des matières excrementitielles qui y sont accumulées; qui, eu égard aux organes, commence par les plus mous et les plus imprégnés de liquides comme la masse encéphalique , et qui attaque aussi , en premier lieu , les parties engorgées ou altérées par la maladie ou par le genre de mort devient bientôt générale. L'épiderme se détache et est soulevé par des amas de sanie brunâtre ; les chairs , imbibées par les liquides , deviennent gluantes, verdâtres , pulpeuses , ammoniacales; il se dégage, une odeur putride , nauséabonde.
§ 129. Enfin la texture disparaît tout-à-fait; les parties molles, confondues avec les liquides , se réduisent en putrilage demi-fluide , mêlé de bulles de gaz , et répandant l'odeur la plus infecte et la vapeur la plus pernicieuse. H ne reste bientôt plus que les os , qui à leur tour deviennent friables, pulvérulens, et ne laissent qu'un faible résidu terreux.
§ i3o. Lorsque les conditions de la putréfaction sont favorables, comme api4s certaines maladies , et dans des temps ou des lieux chauds et humides , elle commence presqu'à l'instant de la mort , et parcourt ses périodes avec la plus grande rapidité. Dans les cas contraires elle est lente , et peut n'être complète qu'après plusieurs années. Elle peut même être indéfiniment suspendue, ou trèsmodifiée dans. ses phénomènes. Ainsi, un cadavre enfermé dans la glace, peut s'y conserver sans altération sensible tant que durera la congélation ; ainsi , un corps desséché par une atmosphère trèschaude et sèche, comme celle. des déserts de l'Afrique , ou par une terre absorbante, comme dans certains caveaux, ou par la chaleur du four ou de l'étuve, ou par divers procédés chimiques, peut devenir à peu près imputrescible. De même , un corps plongé et retenu dans l'eau , dans un terrain humide , ou dans une terre saturée de produits cadavériques , peijt se transformer en gras , se saponifier par l'action réciproque de sa graisse et de l'ammoniaque qui résulte de la décomposition des chairs.
§ i3i. Le cadavre conservant encore, quelque temps après la mort', à peu près l'organisation et la composition que le corps avait pendant la vie, il est le sujet sur lequel on étudie l'anatomie. Cependant, comme il arrive dès le moment de la mort des changemens qui vont sans cesse en augmentant, il faut rectifier par l'examen des animaux vivans les idées que l'on pourrait se faire en n'examinant que des corps privés de vie.
Tous les corps ne sont point également propres et convenables à l'étude de l'anatomie. Il ne faut point se servir, pour faire des dissections longues et suivies, de ceux qui ont succombé à des mala-
INTRODUCTION
dies septiques ou à la fatigue, de ceux qui sont encore chauds, de ceux dont la pulrëfaclion a été proraple, ou est très-avancée : il faut dans les recherches anatomiques être d'une extrême propreté. Si l'on se blesse en disséquant , et surtout en disséquant un sujet im- , propre à l'étude de l'anatomie, il faut sur-le-champ laver et cautériser la blessure.
§ i32. L'anatomiste considère dans chaque partie solide au corps, 1° sa configuration ou sa forme tant extérieure qu'intérieure , si elle est creuse , et sa disposition symétrique ou irrégUlière ; 2° sa situation dans le corps entier , et relativement aux autres parties , ainsi que ses rapports de contact ou de liaison plus ou moins intime avec elles ; 3° la dii-eclion de son grand diamètre, qui peut être parallèle, oblique ou perpendiculaire à l'axe du corps ; 4° son étendue métrique ou relative au corps, ou à quelqu'une de ses parties ; 5° ses propriétés physiques , soit relatires à l'attraction de ses molécules , comme sa densité , sa cohésion , son élasticité , etc. , soit relatives à la manière dont la lumière l'affecte , comme la couleur, la diaphanéité ; 6° sa composition anatomique et sa texture ou l'arrangement de ses parties intégrantes ; y° ses propriétés et sa composition chimiques ; 8° les liquides ou humeurs qu'elle contient ; g° les propriétés dont elle jouit pendant la vie; 10° son action vitale et la liaison de cette action avec les autres; 11° les variétés qu'elle présente dans les âges, les sexes, les races et les individus; 12° ses états morbides ; et i3" ses phénomènes et ses altérations cadavériques. Quoique plusieurs de ces considérations semblent appartenir à la physique, à la chimie , à la physiologie et à la pathologie , plutôt qu'à l'anatomie , il n'en est aucune qui ne soit propre à éclairer l'anatomiste , aucune qu'il doive négliger.
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