‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 7 sur 73 · DES TISSUS CELLULAIRE ET ADIPEUX · texte numérisé non relu

DES TISSUS CELLULAIRE ET ADIPEUX

§ 1 33. On a généralement confondu ces deux tissus sous le nom de tissu cellulaire ; cependant ils sont dilFérens et doivent être décrits à part.

PREMIÈRE SECTION

§ 134. Le tissu cellulaire a été ainsi nommé à cause des aréoles qu'il forme et qu'on a, peut-être mal à propos, appelées cellules. C'est un tissu mou , spongieux , répandu dans tout le corps , qui entoure tous les organes , les unit et en même temps les sépare les uns des autres, qui pénètre dans leur épaisseur et se comporte de la même manière à l'égaid de toutes leurs parties , et qui , entrant dans la composition de tous les corps organisés et de tous les organes, est le principal élément de l'organisation.

Suivant la manière dont on l'a envisagé , on lui a donné les noms de substance , de corps , de système , d'organe , de membrane , de tissu cribreux , muqueux, glutineux , intermédiaire, aréolaire, réticulé, lamineux, 61amenteux, etc. Le nom de tissu cellulaire ne lui convient peut-être pas mieux que les autres , mais il est plus généralement adopté.

§ i35. Malgré l'étendue et l'importance très-grandes de ce tissu, qui ont dû frapper de bonne heure les anatpmistes, on n'en trouve point de description dans les ailleurs anciens. Ilippocrate parle de la perméabilité générale des tissus , lorsqu'il dit qu'il est manifeste que tout le corps est perspirable tant au dehors qu'au dedans : on a voulu trouver dans ce passage les premières notions de l'existence du tissu cellulaire. Ce qu'Érasistrate appelait parenchyme, correspond peut-être à ce tissu. Mais il faut arriver jusqu'à Charles Etienne , Vésale , Adrien Spigel , pour trouver quelques notions exactes sur la disposition du tissu cellulaire : encore ces anatomistes et un grand nombre de ceux qui leur ont succédé, n'ont-ils indiqué le tissu cellulaire qu'à l'occasion des différentes parties où on le rencontre, comme autour des vaisseaux, des muscles, de la graisse, etc. Kaaw-Boerhave , Bergen, Winslow, ont émis les premiers quelques idées générales sur la continuité de ce tissu dans les diflerentes régions; mais ce n'est que depuis Haller, qu'il a été présente sous son véritable point de vue. Le tissu cellulaire a donné heu a un grand nombre de traités. Schobinger, Thierry, G. Hunter «ordeu, Fouquet, Wolf, Dettea, Lucœ, de Felici , s en sont nar-

ANATOMIE GliNÉKALE.

ticulièrement occupes. Leurs ouvrages ont ajouté peu de chose à la description donnée par Haller ; mais plusieurs d'entre çux sont remarquables ' par quelques idées plus ou moins fondées sur la nature et les fondions de ce tissu. Tous les anatomistes , et surtout ceux qui se sont occupés d'anatomie générale, en ont parlé dans leurs traités : Mascagni seul le nomme à peine. 11 n'existe pas de bonnes figures du tissu cellulaire, et il est en effet impossible de le représenter, parce qu'il n'a ni forme ni couleur déterminée; Wolff a tenté de le faire , mais sans succès.

§ i36. Pour faciliter l'étude du tissu cellulaire, on l'examine successivement dans deux portions, dont fune est considérée comme indépendante des organes , et remplit seulement les vides qu'ils laissent entre eux, tandis que l'autre n'est relative qu'aux organes qu'elle enveloppe , et dans la texture desquels elle entre. Ces portions ne sont distinctes que par la pensée , car le tissu cellulaire est partout continu à lui-même.

§ 137. La première portion est le tissu cellulaire extérieur, général ou commun ( textus cellularîs intermedius , seu laxus) , celui qui ne pénètre pas dans les organes. Ce tissu cellulaire commun a rélendùe et la forme générale du corps; il formerait, si l'on supposait que tous les autres organes fussent enlevés, et qu'il pût se soutenir de lui-même, un tout conservant la figure du corps, et offrant une multitude de loges pour les différens organes. L'épaisseur de la couche qu'il forme autotir de chacun d'eux n'est pas la même partout. Dans le canal vertébral , le tissu cellulaire est en très-petile quantité; dans l'intérieur du crâne, ce tissu forme une couche presque invisible, tant sa ténuité est grande. On en ti'ouve davantage à l'extérieur de ces mêmes parties : il est surtout abondant autour de l'épine, particulièrement en devant. A la tête, les différentes parties de la face , les orbites , les joues , en contiennent une grande quantité. 11 en existe beaucoup également au cou, le long des vaisseaux et enti-e les muscles; dans la poitrine, entre les lames du médiastin , et à l'extérieur de cette. cavité, autour des ma- ^ melles. L'abdomen renferme, soit dans son intérieur, soit dans l'épaisseur de ses parois, une grande quantité de tissu cellulaire. Aux membres, ce tissu est abondant dans l'aîne, dans l'aisselle, dans le creux du jarret, à la pavune des mains et à la plante des pieds; il forme, entre les muscles, des couches plus ou moins épaisses. En général , les organes les plus importans sont ceux qu'entoure le plus de tissu cellulaire : ce tissu est aussi plus abondant dans les endi-oits qui sont le siège de grands mouvemens. En outi-e , comme il enveloppe tous les organes , qu'il forme partout

I Dav. Ch. Schobinger. De telœ ccllulosœ in fabricâ corporis humani dignitate. Gott.i7/i8. — Fr. Thierry. Ergo in celluloso textu frequentiùs morhi et morboriun mutatlones. Paris, 1749, 1767, 1788.— W. Hunter. Remarks on the ceUidar membrane, etc., in med. obs. andinq. vol. ii.Lond. 1757. — Th. de Bordeu. Recherches sur le tissu muqueux ou l'organe cellulaire , etc. Pans, j„6^.Fouquet, et Abadie. De corpore cribroso Hippocrans. Monsp. 1774. —C F. Wolf. De teld c/uam dicunt ceUulosam obserfationes, in not'a acta Acad. Se. Imp. Petrop. Vol. vi, vu, vm, 179°» 179' Dettcn. Dey^trctg, ctc c'esl-à-dire. Supplément à l'étude des fonctions du tissu cellulaire. Munster '1800 — S. Ch. Lucœ. Jnnotationes circa telam cellulosam, m obs. circa neruos, etc. Franc, ad Mocn. 1810. — G. M. de Felici. Cenni di nna nuo'a iden sulla natura del tessuto cellularc. Pavia, 1817.

DU TISSTJ CELLULAIRE. Gj

des cloisons qui les séparent, il doit y en avoir davantage, toutes choses égales d'ailleurs, \k où ces organes sont nombreux : c'est ce qu'on voit au cou , par exemple.

§ 1 38. La continuité du tissu cellulaire est surtout sensible dans les grands vides que les organes laissent entre eux. Au cou, la continuation de ce tissu est manifeste avec celui de la tête par en haut , et avec celui^de l'intérieur de la poitrine par en bas : les ouvertures de celte cavité qui communiquent avec les membres supérieurs, offrent également une continuité très-marquée entre le tissu cellulaire de la poitrine et celui des membres supérieurs. De même , dans l'abdomen^ l'échancrure ischiatique, l'anneau inguinal, l'arcade crurale, etc-. , présentent d'une manière évidente la continuité du tissu cellulaire de l'intérieur à l'extérieur du ventre , et de là aux membres inférieurs. Le long du canal vei'tébral , les trous intervei-tébraux établissent une communication entre l'intérieur et l'extérieur du canal'; les trous de la base du crâne font de même communiquer cette cavité avec l'extérieur de la tête. Au reste, la continuité du tissu cellulaire n'existe pas seulement dans les endroits que nous venons d'indiquer, divers phénomènes , sur lesquels nous reviendrons , l'indiquent , en général , pour tous les vides qui subsistent entre les organes ; seulement elle est plus marquée là où ces vides sont eux-mêmes très-prononcés. On conçoit que la forme arrondie des organes doit rendre ces vides très-nombreux.

§ i3g. L'autre division du tissu cellulaii-e fournit à chaque-organe en particulier, une enveloppe qui lui est propre, et pénètre, en outre, dans son épaisseur; cette disposition en a fait établir deux subdivisions. Le tissu cellulaii'e qui constitue l'enveloppe des organes {textus cellularis strictus) ^ a été considéré par Bordeu comme une sorte d'atmosphère qui borne leur action et leurs phénomènes morbides , et les empêche de s'étendre des uns aux autres. Cette idée , adoptéè,^par Bichat , me paraît peu fondée; la différence de leur organisation est la seule cause de cet isolement que les organes présentent dans leur action, ainsi que dans leurs maladies. Quoi qu'il en soit , la couche cellulaire qui entoure les organes varie en épaisseur : à part ceux qui ont des enveloppes d'une autre nature , c'est-àdire de tissu ligamenteux, ou de tissu séreux, tous la présentent à un degré plus ou moins marqué. L'enveloppe que représente cette couche se continue , d'une part , avec le tissu cellulaire commun , «t, d'autre part, avec celui qui occupe l'intérieur de l'organe. Suivant la forme de celui-ci , son enveloppe celluleuse esir diversement disposée. La peau , les membranes muqueuses et séreuses , les vaisseaux sanguins et lymphatiques, et les conduits excréteurs , qui n'ont fpi une de leurs faces libre , ne sont en rapport avec le.tissu cellulaire que d'un côté ; au contraire , les organes pleins , comme les muscles , sont entourés de toutes parts par ce tissu. Sous la peau , le tissu cellulaire forme une couche généralement répandue , si ce n'est aux endroits où s'insèrent des muscles ou des aponévroses. Ce tissu souscutane est plus ou moins dense, suivant les régions: il est plus serre dans toute l'étendue de la ligne médiane, excepté au cou, où cette ligne est peu prononcée. Bordeu a exagéré cette disposition en tlisant q,i elle partageait tout le corps en deux moitiés : il est évident qu a une certaine profondeur on n'en trouve plus de traces. Dans les

AWATOMIE GÉNÉRALE.

endroits oîi les mouvemens sont très-marqués , le tissu cellulaire esl plus lâche comme on le voit aux paupières, au prépuce , a

iu scro-

tum, aux lèvres de la vulve. Ce tissu est, au contraire, serré dans les régions ou la peau n'oflVe point de glisseraens , comme à la paume des mams et à la plante des pieds , au-devant du sternum , au dos, etc. Les membranes muqueuses sont couvertes, à leur face adhérente, par un tissu cellulaire très-dense, qu'on appelle communément membrane nerveuse. Celui qui couvre la face adhérente des membranes séreuses est, en général, floconneux. Celui qui existe autour des canaux , leur forme des gaines particulières , importantes surtout pour les artères, mais qu'on trouve également autour des veines , des troncs lymphatiques et des conduits excrétem-s. Autouides muscles , ce tissu forme une couche qu'on appelle leur membrane commune.

§ i4o. La portion du tissu cellulaire qui pénètre dans les organes, qui en accompagne et en enveloppe toutes les parties ( textus cellularis stipatus), se comporte diflëremment dans les divers organes. Dans les muscles , elle forme pour chaque faisceau une enveloppe , et en fournit de plus petites pour les faisceaux secondaires et pour les fibres qui composent ces derniers : le tissu cellulaire d'un muscle représente ainsi une suite de canaux emboîtés, se continuant les uns avec les autres , de la même manière que les enveloppes propi-es aux difféx'ens organes se Continuent avec l'enveloppe générale du corps. Les glandes sont de même entourées dans leurs lobes , leurs lobules et les grains qui composent ces derniers , par des enveloppes cellulaires successivement plus petites, et qui, isolées du reste delà glande , formeraient une sorte d'éponge celluleuse. Les organes composés de plusieurs couches membraneuses , comme l'estomac , l'intestin , la vessie , contiennent du tissu cellulaire entre leurs différentes couches. Certains organes ti'ès-composés , comme les poumons, ont autour de chacune des parties qui entrent dans leur structure , ^lus ou moins de tissu cellulaire : la quantité de ce tissu est , en général, proportionnée au nombre des parties différentes que l'organe contient. A mesure que le tissu cellulaire se divise et se subdivise pour embrasser les parties les plus fines des organes , il devient lui-même plus fin^ et son enveloppe plus mince : c'est ainsi que les artérioles ont autour d'elles un tissu cellulaire plus fin que celui qui entoure les gi'osses artères. Les enveloppes formées par le tissu cellulaire sont, en général , d'autant plus épaisses , que les parties exécutent plus de mouvemens : voilà pourquoi ce tissu est plus abondant dans les muscles que dans les glandes. Certains organes , comme les ligamens, les tendons, les os, les cartilages , ne renferment point dans leur épaisseur de tissu cellulaire libre et bien distinct. En général, pour qu'il soit apparent , il faut que les organes présentent des intervalles appréciables entre leurs parties composantes : ainsi, les hgamens qui ont des fibres apparentes , présentent aussi du tissu cellulaire qui sépare ces fibres , et on n'en remarque pas dans les autres.

§ 1 4 1. Non-seulement le tissu cellulaire entre dans la composition de tous les organes, mais encore il fait la base de tous {Ccrtus cellularis organicus, seu parenchymalis ) , et compose à lui seul plusieurs d'entre eux : c'est lui , ou , si l'on veut , la fibre ou la substance qui le compose , qui constitue , seulement avec des degrés divers de con-

sistance les membranes séreuses, le derme , les vaisseaux , les tissus li-ramenteux , presque toutes les parties en un mot , à l'exception des nerfs et des muscles , encore ceux-ci ne difFcrent-ils du tissu cellulau'e que par les globules surajoutés à ce tissu. Les parties cornées et épidermiques seules , n'ont rien de commun avec le tissu cellulaire, v Ilaller et quelques autres anatomistes ont rangé dans le tissu cellulaire les tissus spongieux ou caverneux , et les vésicules aériennes des poumons ; mais ces parties ont une disposition propre qui ne permet pas de les 'confondre avec le tissu cellulaire. Les cavités de la membrane hyaloïde, comprises également par Haller dans le tissu qui nous occupe , doivent également en être distinguées.

§ i/p. Les anatomistes sont peu d'accord sur la conformation intérieure du tissu cellulaire. Les uns le considèi'ent , avec Haller, comme ayant des cellules distinctes , d'une forme et d'un volume déterminés, formées par l'entre-croisement de lamines et de filamens multipliés. Les autres , au contraire , tels que Bordeu , WolfF, M. Meckel , disent que ce tissu n'est qu'une substance visqueuse , tenace , continue , dépourvue de lames et de cellules , et regardent celles-ci, quand elles existent, comme le résultat des opérations faites pour les démontrer. Voici ce que l'inspection apprend à ce sujet.

Quand on examine à la loupe la tranche d'un muscle , on reconnaît que les fibres ne se touchent pas , mais sont séparées par une substance transparente; si l'on écarte ces fibres, cette substance forme des filamens qui se dessinent à mesure que l'on tire , et qui finissent par se rompre. Ceux qui regardent le tissu cellulaii'e comme une sorte de glu, font remarquer qu'il en serait de même si ces fibres étaient séparées par de la colle. Autour du muscle tout entier on trouve une lame manifeste , qui prend de même , par la distension , la forme des filamens ; en soufflant de l'air sous cette lame , on la transforme en cellules irréguhères, séparées par des espèces de cloisons. Il semblerait donc qu'autour des parties les plus petites , le tissu cellulaire est réellement une sorte de gelée, tandis que ses lames sont apparentes autour des parties plus volumineuses. Si, au lieu d'air, on y pousse de l'eau et qu'on la fasse congeler, on obtient des glaçons irréguliers , remplissant les cellvxles ; on arrive au même résultat quand on y injecte une matière coagulable. Mais ces cellules ne sont jamais régulièi'ement disposées , et n'ont point une forme géométrique, comme on l'a dit; leur figure peut même varier lorsqu'on les reproduit à plusieurs reprises dans le même endroit.

Il reste , comme on le voit, une grande incertitude sur la question de savoir si les lames , les fibres et les cellules sont préexistantes dans le tissu cellulaire , où si elles ne dépendent que de son ecartement. Doué d'une organisation assez distincte là où son épaisseur est considérable, ce tissu semble inorganique dans les endroits où il est plus mince, et paraît môme comme diffluent entre les fibres les plus petites des muscles. En admettant l'existence des cellules, doit-on les regarder comme fermées de toutes parts, et ne communiquant ensemble qu'après la rupture de leurs parois , ou bien comme des cellules percées de porosités , ouvertes dans les cellules voisines , ou enfin comme des ai-éoles , des vides ouverts de

7° J^NATOMIE GÉNÉRALE.

tous côtés , comme des espaces irréguliers qui subsistent entre Tes ibrcs et les lames du tissu cellulaire? Cette dernière opinion paraît la plus probable. Mais ces aréoles sont, dans l'état ordinaire , d'une petitesse extrême, microscopiques, à parois contiguës, et l'ami)liation quelles éprouvent par l'infiltration, l'insufflation, etc., les altérant beaucoup , les déchirant , ne peut en donner une idée exacte.

^ 143. Au reste, le tissu cellulaire se comporte absolument comme s"il était spongieux ; les liquides et les gaz le pénètrent avec la plus grande facihté. En effet, i» la sérosité, dans l'hydropisie de ce tissu , se répand toujours dans les parties les plus déclives , ou dans celles qui offrent le moins de résistance; la situation du malade influe sur la place qu'elle occupe; les pressions extérieures la déplacent également; une seule incision suffit souvent pour lui donner issue ; 1° l'eau que l'on pousse dans les injections artificielles se répand de la même manière , de proche en proche-, a travei-s le tissu cellulaire; 3» l'air infiltré dans l'emphysème, celui qu'on introduit artificiellement, présentent le même phénomène ; 4° le sang des ecchymoses s'infiltre de même au loin dans le tissu cellulaire , et se dissémine de plus en plus. Tout cela démontre une communication générale entre les aréoles : ceux qui n'admettent pas celles-ci Acpliquent ces faits par le peu de consistance du tissu cellulaire. Soit que les aréoles , les fibres et les lames du tissu cellulaire soient inhérens à ce tissu , ou ne soient que les effets de divers agens de distension , toujours est-il qu'il présente sous ce rapport des variétés notables. Dans certains endi'oits il est principalement filamenteux ou fibrilleux; dans d'autres il est surtout lamineux ou lamelleux, comme aux paupières, au prépuce, au scrotum, aux lèvres de la vulve , et entre les muscles très-mobiles ; il forme des aréoles d'autant plus grandes, qu'il est lamelleux et lâche, et ces larges aréoles semblent être les premiers rudimens des cavités séreuses.

§ i44- Le tissu cellulaire est incoloi-e lorsqu'il est en lames minces; il paraît blanchâtre quand son épaisseur est plus grande, et surtout lorsqu'il est distendu; il est demi-transparent. Sa force de cohésion varie : c'est simplement celle d'un liquide légèrement visqueux dans quelques endroits , comme entre les fibrilles musculaires; dans d'autres , sa résistance est presque égale à celle du tissu fibreux.. Ce tissu est très-extensible et très-ré tractile, comme on le voit lorsqu'on l'insûfUe , et qu'on y pratique ensuite une incision : il revient alors fortement sur lui-même, et chasse l'air qui le distendait. Ses propriétés chimiques ont été étudiées avec soin par Bicliat. Privé d'eau par la dessiccation , il perd une partie de ses quahtés physiques , et en acquiert de nouvelles; dans cet état, il est hygrométrique, et susceptible de reprendre son pi'emier aspect quand on le met dans l'eau : cela lui est commun avec presque tous les tissus organiques. Exposé à la chaleur nue, il se dessèche rapidement, se crispe, et finit par brûler, comme tous les autres tissus , mais en laissant trèspeu de cendres. Il résiste beaucoup à la décoction, et ne se fond qu'après une ébullition long-temps prolongée. Sa putréfaction est très-lente : il faut une macération de plusieurs mois , même lorsqu'on a soin de ne pas renouveler l'eau , pour que la décomposition de ce tissu s'opère; il se convertit à la longue en une substance visqueuse ressemblant à du mucilage , et fournit divers produits

Dû TISSU CELLULAIRE. 7'

mû viennent à la surface du liquide. Fourcroy l'a trouvé comçosé de oélaline; John y a rencontré, en outre, une petite quantité de iibrinc, du phosphate et du carbonate de chaux

S i45. La nature intime du tissu cellulaire a donne heu à un erand nombre d'hypothèses. Ruysch suppose ce tissu entièrement vasculaire; Mascagni, qui en parle à peine, dit qu'd est composé .de vaisseaux blancs; Fontana, de cylindres tortueux : d'autres le regardent comme un épanouissement des nerfs. La seule base que ^ l'on doive y admettre est la fibre ou substance cellulaire , § 68, 85. Il est parcouru par un grand nombre de vaisseaux, et surtout de vaisseaux séreux , mais on ne doit pas le regarder comme en étant entièrement formé , car c'est lui qui, en définitive , forme les parois des derniers vaisseaux. Le tissu cellulaire a des canaux ou des cavités qui lui sont propres : ce sont les petits vides ou aréoles dont, il est creusé, ou que les liquides y creusent à mesure qu'ils y sont déposés, et qui, par leur communication, en forment un corps spongieux et perméable. Presque tous ceux qui se sont beaucoup occupés d'injections, comme Haller, Albinus, Prochaska , l'ont rangé parmi les parties solides ou non injectables ; c'est-à-dire qu'il est hors du trajet ^Circulatoire des vaisseaux. Le sang peut néanmoins passer dans ^es canaux ou cavités propres , mais alors il y a inflammation. LeS nerfs paraissent de même ne point s'arrêter, ou se terminer dans le tissu cellulaire. Ce tissu forme une véritable substance à part , traversée dans tous les sens par des vaisseaux sanguins et des nerfs , et dans laquelle 'seulement les premiers laissent un liquide.

§ 146. 11 est, en effet, continuellement baigné et humecté d'une liqueur très-ténue qui l'imbibe, et dont la quantité est à peine sensible; aussi se sert-on du mot vapeur pottr désigner ce fluide. Si l'on fait une incision dans le tissu cellulaire sur un animal vivant , ce licjuide mouille les doigts introduits dans la plaie : par un temps fz'oid, une vapeur s'élève des tissus divisés, condensée et rendue visible par l'air extérieur ; elle provient tout à la fois du tissu cellulaire et des vaisseaux blancs. Dans l'anasarque, le liquide du tissu cellulaire , accumulé et peut-être altéré , ressemble beaucoup à la sérosité des hydropiques ; il est coagulable comme cette dernière , et paraît contenir de même une certaine qviantité d'albumine , de l'eau , et quelques sels.

§ 1 47 • Le tissu cellulaire est la première partie formée dans l'embryon : on le rencontre aussi dans les animaux les plus inférieurs. D'abord liquide et très-abondant, ce tissu diminue de proportion à mesure que les organes se développent, et acquiert en même temps de la consistance. A la naissance, il est encore presque diffluent dans les intervalles des muscles, et très-mou au-dessous de la peau. Sa densité devient de plus en plus grande chez le vieillard : il est presque fibreux à un âge avancé , dans des parties où il était très-mou chez l'enfant. Le tissu cellulaire est plus lâche et plus abondant chez la femme que chez l'homme. Blumenbach donne pour caractère de 1 organisation de l'homme, comparée à celle des autres animaux, de présenter un tissu cellulaire plus mou , et pour ainsi dire plus tendre; ce qui rend chez lui les mouvemens plus faciles.

§ i48. La force de formation du tissu cellulaire est très-dévelop-

dépendante, en partie, de l'élasticité dont il est doué, et en partie de l'irritabdité. Cette dernière force reçoit ici le nom de contractilité fibnllaire, staminale, de tonicité : elle se manifeste par les mouveinens des liquides que ce tissu contient ordinairement ou accidentellement, par le resserrement général ou local qu'il éprouve dans divers cas ; il n'est pas bien évident que la force nerveuse influe susses contractions, ou les détermine. 11 n'est point sensible hors l'état d'inflammation.

§ 149. Les usages et les fonctions du tissu cellulaire sont très-importans : c'est lui qui détermine la forme de toutes les parties. Il est l'unique lien servant à les unir entre elles ; de sa cohésion dépend celle de tous les autres tissus. Par son élasticité il facilite les mouvemens, et rétablit les organes dans l'état où ils étaient avant le déplacement, quand ces raouvemens cessent d'avoir lieu; aussi ces derniei-s s'exercent-ils d'autant plus facilement , que le tissu cellulaire jouit mieux de ses propriétés.

Uest le siège d'une sécrétion perspiratoire très-abondante , à raison de son étendue. Le liquide que les artérioles y laissent échappei', y éprouve-t-il une sorte dé circulation, ou du moins de mouvement de translation? On l'ignore tout-à-fait. Ce n'est que dans des cas d'accumulation morbide qu'on voit le liquide infiltré changer de place, en obéissant à la pesanteur , à la pression , etc. On a supposé , mais sans aucun fondement solide , que ce liquide y était dans une agitation continuelle , dont le diaphragme serait le principal moteur j)ar son abaissement et son élévation alternatifs ; qu'il y avait des courans dans diverses directions; et que, par exemple, il était la voie secrète par laquelle lés boissons passent pour aller de l'estomac à la vessie, sup-.^ position démentie par toutes les observations exactes ; qu'il était la . voie des métastases, etc. Quoi qu'il en soit, le liquide est repris ensuite par les vaisseaux , de sorte que ce tissu est intermédiaire entre une

f)erspiration et une résorption. La contraction tonique du tissu celluaire est l'agent qui pousse la sérosité de ce tissu dans les vaisseaux.

Le tissu cellulaire est en effet l'organe essentiel de l'absorption; c'est lui qui forme le corps muqueux de la peau , la substance spongieuse des villosités des membranes muqueuses , parties qui absorbent, et d'où les substances absorbées passent dans les vaisseaux. Avant d'être introduites dans les vaisseaux , les substances absorbées par ce tissu cellulaire, qu'on peut appeler extérieur ou superficiel, par opposition à tout le reste, éprouvent sans doute des changemens ou élaborations. De même que les matières étrangères, avant d'entrer dans les vaisseaux , doivent traverser le tissu cellulaire , organe de rabsorption,'de même aussi celles qui sortent des vaisseaux traversent le tissu cellulaire , organe de sécrétion , avant d'être déposées sm' les surfaces où elles sont versées.

Le tissu cellulaire qui enveloppe chaque organe en particulier, a été considéré comme lui formant une atmosphère isolante , qui circonscrirait ses actions, soit hygides, soit morbides : l'observation dément souvent cette assertion , et quand le fait est vrai , c'est dans

la lexture particulière de l'organe et dans la variété des agens qu'il faut en chercher l'explication , et non dans cette prétendue atmosphère.

Le tissu cellulaire qui pénètre dans l'épaisseur des organes en réunit toutes les parties .

Quant au tissu cellulaire organique ou' parenchymal , il forme la base ou l'élément essentiel de chaque organe, et y présente des variétés notables. Dans l'hypothèse la plus raisonnable sur le siège de la nutrition , on a admis que la matière nutritive est déposée hors des vaisseaux, dans la substance cellulaire , qui fait la base des organes, pour leur être assimilé ; et qu'il est ainsi l'organe essentiel de la nutrition. Quoi qu'il en soit, au reste, des usages hypothétiques attribués au tissu cellulaire, il en a incontestablement de très-importans dans l'organisme.

§ i5o. Les phénomènès du tissu cellulaire, soit en santé, soit en maladie, sont liés à ceux des autres parties. Ainsi, les lésions organiques du cœur, et les dérangemens de la respiration et de la peispiration pulmonaire, y déterminent souvent une accumulation de sérosité. La même chose a lieu dans les altérations des diverses séci'étions, et surtout de la transpiration tutanée. Ses inflammations déterminent ordinairement la fièvre. L'inflammation suppurative que l'on y provoque par les sétons et les autres fonticules , fait souvent cesser les inflammations des autres organes.

§ i5i. Le tissu cellulaire est sujet à diverses altérations morbides. Lorsqu'il est entamé et mis à découvert, il s'enflamme, se couvre ■de bourgeons charnus, suppure , et enfin se recouvre d'une cicatrice •ou nouvelle peau , qui sera décrite plus loin. ( Chap. III.)

Lorsqu'il est divisé et remis en contact avec lui-même , il s'agglutine d'aJjord au moyen d'un liquide versé par les surfaces divisées quand le saignement et la douleur ont cessé. Plus tard , cette substance organisable devient un tissu très-vasculaire ; alors on ne peut plus séparer les lèvres de la plaie sans produire de la douleur et renouveler l'écoulement du sang. Ce nouveau tissu reste pendant longtemps plus compacte , plus ferme et plus vasculaire que le tissii cellulaire qu'il réunit , et avec lequel il finit par se confondre.

C'est par une production semblable que s'opèrent toutes les réunions de parties divisées , avec des modifications relatives à chaque tissu , et qui seront examinées en leur lieu .

C'est encore de la même nianière que s'établissent les adhérences entre les surfaces contiguès des membranes séreuses et tégumeutaires , acUiérences qui seront décrites à l'occasion de ces membranes (Chapitres II, III.)

Le tissu cellulaire est susceptible d'un accroissement extraordinaire : il pousse quelquefois des espèces de végétations ou d'exubérances vasculaires , lorsqu'il est dénudé. La reproduction de ce tissu est aussi , en général , d'autant plus facile , qu'il en reste une plus grande quantité dans la partie où il a été lésé ; il semble que cette reproduction dépende, en grande partie, de l'extension du tissu cellulaire préexistant.

L'inflammation du tissu cellulaire, ou le phlegmon , est caractérisée par divers changemens qu'éprouve ce tissu. Leijrèmier de ces cbangemens est un accroisseo^ent de vascularité très-marqué Le

74 ' ' JiNATOMIE GÉNÉRALE.

tissu cellulaire enflammé devient , en outre , sensible et douloureux. Il perd entièrement sa perméabilité ; les liquides cessent de pouvoir le traverser; sa consistance augmente, et sa ténacité diminue : il se déchire , se rompt par la pression , au lieu de s'alonger, comme il faisait auparavant. Cette sorte de fragilité qu'acquiert le tissu cellulaire rend raison de certains phénomènes; elle explique pourquoi la ligature d'un vaisseau détermine souvent la section des tissus environnans, pourquoi, à la suite des péritonites, il est quelquefois si facile de séparer l'intestin de la tunique que lui forme le péritoine. L'inflammation du tissu cellulaire peut se terminer d'une manière insensible , et alors ce tissu reprend peu à peu toutes ses propriétés : c'est ce qu'on voit dans la terminaison dite par résolution. Dans d'autres cas , le tissu cellulaire sécrète un liquide particulier, qui porte le nom de pus , et qui sera décrit plus loin , ce qui constitue la terminaison par suppuration. Ce liquide se rassemble ordinairement dans un point déterminé , qui s'étend progressivement à la circonférence, tant que la sécrétion persiste. Celle-ci est du genre des sécrétions perspiratoires ; le pus est fourni directement par le sang , et offre même , dans sa composition , quelque analogie avec ce fluide. Pour peu que la maladie ait une marche lente , les parois de l'abcès sont tapissées'par une membrane. Cette membrane est doublée, à l'extérieur, par une couche plus ou moins épaisse de tissu cellulaire compacte. Cette couche est moins marquée, et la membrane est presque exactement isolée , quand la maladie dure depuis un certain temps , le tissu cellulaire ayant repris ses propriétés autour d'elle. Les abcès sont le siège d'une sécrétion et d'une résorption continuelles; l'absorption entière du pus qu'ils contiennent, et les effets que la jjrésence de ce fluide produit quelquefois dans l'économie, en sont la preuve. Le pus formé dans l'intérieur des abcès finit le plus souvent par arriver à l'extérieur. L'abcès se vide, les parois se resserrent, restent quelque temps endurcies, et finissent par reprendre les caractères du tissu cellulaire. Quand la sécrétion et l'écoulement du pus persistent, le canal qui fait communiquer l'abcès au dehors, et qui porte le nom de sinus ou fistule , se revêt d'une membrane distincte, offrant les caractères des membranes muqueuses , et dont l'histoire appartient à celle de ces membranes. Après certaines inflammations gangréneuses, le tissu cellulaire devient tellement serré par la perte de substance qu'il a éprouvée , que la peau , les muscles , les aponévroses , sont confondus : mais , dans ce cas, si l'individu est jeune et robuste, le tissu cellulaire peut se reproduire et reprendre toutes ses propriétés. L'inflammation du tissu cellulaire persiste quelquefois indéfiniment , de sorte que ce tissu reste dur et imperméable : cela constitue l'induration. Cet état existe dans les callosités des ulcères et des fistules , qui sont évidemment le résultat d'une inflammation chronique du tissu cellu- ' laire. La maladie des Barbades, l'une des variétés de l'éléphantiasis, offre de même les caractères de l'induration.

Les enfans nouveau-nés sont sujets à un endurcissement du tissu cellulaire, dans lequel on ne trouve point de caractère inflamma- , toire : cet endurcissement s'observe au-dessous de la peau , et quelquefois dans les intervalles des muscles. Ce n'est du reste, comme les observations de M. Breschet l'ont appris, qu'un phénomène secon-

dairc de la peisiblance du trou in ter-auriculaire du cœur, et du défaut ou de l'imperfection de la respiration.

De l'air peut s'infiltrer dans le tissu cellulaire, ce qui constitue l'empliysème. Quand le malade ne succombe pas à cet accident , l'air épanché s'échappe par les incisions que l'on pratique ou par les plaies qui peuvent exister, ou bien cet air se combine avec les fluides contenus dans le tissu cellulaire, et disparaît par absorption. La Icucc;phlegraatie ou l'anasarque , consiste dans une accumulation de sérosités dans le tissu cellulaire. Dans les ecchymoses, le tissu cellulaire contient du sang disséminé dans ses aréoles. Tous les liquides organiques peuvent s'infiltrer accidentellement dans ce tissu , dans lequel ils produisent des inflammations plus ou moins vives, lorsqu'ils sont de nature excrémentitielle.

Les corps étrangers sobdes , introduits dans le tissu cellulaire , ne restent pas en général long-temps à la même place , mais sont ordinairement , comme le pus, portés à la surface , et , s'ils sont pesans , obéissent aussi en partie aux lois delà pesantetu'. 11 est évident que ce n'est pas en traversant de prétendues cellules , que ces corps cheminent ainsi à travers le tissu cellulaire. Celui-ci présente , autour d'eux, trois phénomènes distincts : il sécrète du pus à leur surface; se réunit et reprend sa mollesse et sa perméabilité derrière eux , et s'ulcère au devant. On trouve donc là réunis trois des genres d'inflammation admis par J. Ilunter; savoir : l'inflammation adhésive , suppurative et ulcérative; l'ensemble de ces phénomènes a reçu le nom d'inflammation éliminatoire. Il peut arriver que les corps étrangers séjournent dans le tissu cellulaire, soit à cause de leur pesanteur spécifique peu considérable , soit par la densité du tissu environnant : une membrane se foi'me alors autour d'eux.

Le tissu cellulaire contient dans quelques circonstances des corps étrangers animés ou des Vei's : le cysticercus cellulosœ , ainsi nommé à cause de son siège dans le tissu cellulaire, la filaria medinensis ou dragonneau, dont l'existence ne saurait être révoqviée en doute, y ont été rencontrés 5 on y a trouvé , dans les animaux , des larves . ^œstrus.

Le tissu cellulaire peut éprouver diverses transformations. Les transformations séreuse , fibreuse , osseuse , cartilagineuse , qui se développent dans le tissu cellulaire, seront décrites avec les tissus naturels auxquels elles appartiennent.

Les kystes , dont le tissu cellulaire est le siège , seront de même examinés à l'article des membranes séreuses et tégumentaires, avec l,esquelles ils ont une grande analogie.

Quand un organe vient à disparaître accidentellement , on le dit transformé eu tissu cellulaire; cela n'est peut-être pas parfaitement . exact : le tissu cellulaire, dans ce cas, ne fait que prendre la place de l'organe atrophié, qui aupai'avant le maintenait écarté.

Les dégénérations diverses peuvent être regardées comme appartenant spécialement au tissu cellulaire : c'est ce tissu qui paraît en être la base, car ces dégénérations se ressemblent partout. Cependant , comme elles sont communes à tous les organes , je renvoie leur hi.stouc après celle de tous les autres tissus. Au reste, le tissu cellulau-e , là où il est libre dans les interstices des organes , est affecté do ces dégénérations, comme dans les endroits où il fait partie des organes eux-mêmes.

ANATOMIE GKNÉrAI.E.

SECONDE SECTION

DU TISSU ADIPEUX

§ i52. Le tissu adipeux , ainsi nommé à cause de la graisse (adeps) qu'il contient , résulte de la réunion de vésicules très-petites , microscopiques, entassées,, groupées en plus ou moins grand nombi-e-, réunies entre elles par du tissu cellulaire lamineux , et servant de réservoir à la graisse. On en distingue deux sortes : l'une est le tissu adipeux commun , ou le tissu graisseux proprement dit; l'autre est le tissu adipeux ou médullaire des os.

ARTICLE PREMIER

DU TISSU ADIPEUX COMMUN

§ 1 53. II a été désigné sous les noms de tissu cellulaire graisseux , de membrane graisseuse , toile , tunique , vésicules adipeuses , etc. ; on l'a encoi-e nommé pannicule graisseux, parce qu'il forme une couche immédiatement située au-dessous de la peau.

§ i54- Ce tissu a été coiifondu pendant long-temps avec le tissu cellulaire , que l'on disait contenir tantôt de la sérosité , tantôt de la graisse , et former, dans ce dernier cas, le tissu graisseux. Malpighi a , l'un des premiers , élevé des doutes à ce sujet , et a vu la graisse former des espèces de grains appendus aux vaisseaux sanguins. S.yrammerdam a vu de môme que la graisse est une huile liquide renfermée dans des membranules. Morgagni a également reconnu que la graisse contient des grains qu'il compare à ceux des glandes ; Bei'gen a distingué, l'un des premiers, deux espèces de tissu cellulaire, dont l'un, qu'il appelle lamineu±, correspond au tissu graisseux. M. Hunter a donné les caractères distinctifs de ce tissu , caractères qui ont été ensuite reconnus et plus ou moins exactement déterminés par Jansen, WoliF, M. Chaussier, Prochaska , Gordon, Mascagni, moi, etc. Haller nie l'existence de ce tissu, ef n'admet que les aréoles du tissu cellulaire, comme parties contenantes de la graisse; son opinion a été adoptée par Bichat, par M. Meckel, etc. ; mais nous verrons plus bas que cette opinion est peu fondée. Le tissu graisseux a été décrit avec soin dans plusieurs ouvrages ' , et figuré dans quelques-uns

§ i55. Le tissu adipeux a des formes diverses, suivant les endroits où on l'examine. Sous la peau , il forme une couche plus ou

lasses

moins

arrondies dans l'orbite , dans l'épaisseur des joues , dans l'intérieur du bassin, au devant du pubis, autour des reins, etc. Ces masses sont pyriformes, pédiculées, au bord libre de l'épiploon , dans les appendices épiploïques de l'inlestin et au niveau des ouvertures que

'M. Malpiehi, De omenio, pinmœdine, etc., in ejusd. 6per. ainn. et posth. —Bergen, op. cit.^W. Hunter. op. ctf.— WolfT. op. cit. — W. X. jansen. Pingueclinis animalis considemtio phfsiologLca et pathologica. Lugd. i)at. \']^C{.

a Mascagni. Prodronio délia grande analoniia.

DU TISSU ADIPEUX. 11

l'on trouve à l'extérieur du péritoine. Dans l'épiploon, la graisse est disposée sous la forme de reseaux ou de rubans qui suivent le tra)ct

des vaisseaux. - . ii * '

% i56. Quoique la graisse ne soit pas aussi ùniverseliemcnt répandue que le tissu cellulaire, on la trouve pourtant dans beaucoup

d'endroits. • ' j i, i

Le canal vertébral en renferme une petite quantité en dehors de la dure-mère. A la tête, il en existe beaucoup, surtout i\ la face, dans les échancrures parotidiennes , aux jovies , etc. Le cou en présente davantage en arrière qu'en avant. A la poitrine, l'extérieur et l'intérieur de cette cavité en offrent une quantité notable, tant aux environs du cœur qu'entre les muscles pectoraux et autour des mamelles. La graisse de l'abdomen est principalement située à l'extérieur des reins , dans le bassin , dans l'épaisseur du mésentère , de l'épiploon et des appendices épiploïques. Aux membres , la graisse est plus aljondante au niveau des articulations, dans le sens de la flexion, ainsi que dans les endroits qui sont exposés à des pressions habituelles, comme la fesse, la plante du pied.

Le tissu graisseux se comporte différemment , relativement à chaque organe en particulier. Celui qui est au-dessovis de la peau existe constamment , à moins d'une maigreur extrême , et se prolonge dans les, aréoles du derme. On n'en trouve point au-dessous des membranes muqueuses. Les membranes séreuses et synoviales sont doublées , au contraire , par ce tissu , particulièrement dans l'épaisseur de leurs replis.' Le tissu adipeux qui entoure les muscles , pénètre également dans l'épaisseur de ceux qui sont divisés en faisceaux distincts , comme le grand fessier, etc. Dans les glandes lobulées, on en distingue dans l'intervalle des lobes. La gaîne des vaisseaux en renferme en général fort peu. Les nerfs volumineux, comme le nerf ischiatique, en contiennent de petits amas entre leurs fibres. Les ligamens fascicules en offrent de semblables entre leurs faisceaux. Enfin, clans les os,, la graisse est considérée à part.

§ i5'j. La graisse manque entièrement dans certaines parties, comme sous la peau du crâne , du nez, de l'oreille, du menton , où la ligne médiane en est entièrement privée ; il en existe de même fort peu entre la peau et le peaucier. On n'en trouve presque point vis-à-vis l'insertion du deltoïde, ce qui fait que cette partie reste toujours enfoncée, même chez les sujets les plus gras. Ce fluide manque également autour des tendons longs et grêles, et dans les intervalles des muscles qui exécutent de grands mouveraens , comme entre le triceps et le droit antérieur de la cuisse, le biceps et le brachial antérieur, les jumeaux et le soléaire. L'épaisseur des viscères est le plus souvent dépourvue de graisse : il n'y en a point dans les parois de l'estomac, de l'utérus, dans la rate, le foie. Les paupières , le pénis , les petites lèvres de la vulve , en sont également privés. Au reste , la quantité de graisse cjui existe dans le corps varie beaucoup ; mais il y a des parties qui n'en contiennent jamais, même dans l'embonpoint le plus considérable, et d'autres dans lesquelles le marasme le plus complet ne la fait jamais entièrement disparaître. Chez un homme adulte et d'un embonpoint ordinaire, la graisse forme environ la vingtième partie du poids du corps.

§ i58. Le tissu graisseux est, en général, d'une couleur blanc-

jaunâtre, et d'une consistance molle, mais variable, suivant les régions du corps , suivant l'âge , etc.

§ iSg. Quelle que soit la forme extérieure du tissu adipeux, les masses qu il représente se divisent en masses plus petites , du volume d un pois à celui d'une noisette, plus petilcs à la tête , plus grosses autour des reins. Ces masses sont plongées dans le tissu cellulaire; leur forme varie; en général obronde, elle est alongée, ovoïde sur la ligne médiane de l'abdomen, l'une des extrémités tenant à la peau, et l'autre à l'aponévrose. On peut les réduire par la dissection en lobules ou grains adipeux , qui , examinés au microscope , paraissent eux-mêmes composés d'une infinité de petites vésicules d'un huit centième à un six centième de pouce de diamètre. On peut donc regarder le tissu graisseux comme composé de vésicules agglomérées, réunies en grains, qui sont rassemblés à leur tour pour former des masses. Il résulte de ces dispositions que la structure de ce tissu n'est point aréolaire , mais qu'elle ressemble plutôt a celle des fruits de la famille des hespéridées, comme les oranges, les citrons , qui offrent de même , et d'une manière visible , des vésicules membraneuses, attachées à des cloisons qui les séparent. Les vésicules graisseuses, ainsi que les graines et les masses qu'elles foi-ment, sont pourvues d'un pe^it pédicule qui leur est fourni par les vaisseaux logés dans leurs intervalles, et peuvent être comparées, sous ce rapport , à des grains de raisin supportés par leurs pédicelles. Au reste , ces vésicules sont tellement minces , qu'il est impossible de^ distinguer leurs pai'ois : mais il existe des preuves bien certaines de leur existence. En effet, si la graisse était libre, elle ne formerait pas des masses régulières et distinctes. C'est à tort que Haller et plusieurs autres ont pi'étendu que cette forme était inhérente à la graisse , car celle-ci ne présente pas des globules , et n'a par ellemême aucune figure déterminée. Si l'on place sous le microscope quelques-imes de ces vésicules plongées dans l'eau tiède, on ne voit pas d'huile à leur surface ; mais en les entamant , il s'en échappe aussitôt quelques gouttes qui surnagent sur le liquide. Ajoutez à ces considérations, que la graisse étant fluide sur le vivant, comme le prouve son écoulement lorsqu'on divise les tissus , elle devrait s'infiltrer comme la sérosité, sinon dans l'état de santé, au moins dans l'état de maladie; or, cela n'a point heu, et tout ce qu'on a dit de l'infiltration de la graisse pour expliqiier la conformation des mamelles pendantes de certaines peuplades , des fesses saillantes de certaines autres, des bosses dorsales de quelqvies animaux, de la queue volumineuse de quelqvies autres, etc., ne présente qu'une réunion de faits contradictoires et de raisonnemens absurdes. Roose et Blumenbach ont allégué contre l'existence des vésicules , le développement de la graisse dans des parties où ces petits appareils n'existent pas; ils en concluent que ceux-ci ne sont pas nécessaires à la production de ce fluide : la graisse se produit en effet dans le tissu cellulaire, mais elle s'y forme des vésicules, au heu d'être simplement contenue dans des aréoles ouvertes.

§ i6o. Le tissu cellulaire qui existe entre les vésicules adipeuses est très-fin , comme il l'est en général entre les parties les plus ténues de nos organes : ces vésicules sembrent à peine tenir les unes aux autres , on les écarte sans éprouver de résistance. Le tissu cellulaire

DU TISSU ADIPEtrx. 79

tlevienl plus distinct entre les grains, et très-apparent enti'e les masses adipeuses ; celles-ci sont même séjiarées dans quelques endroits par des lames fibreuses très-résistantes , comme on le voit à la plante des pieds , et qui ont pour usage de donner une grande élasticité à la graisse. Dans d'autres endroits, les masses adipeuses sont léunies, et soutenues par des lames cellulaires fermes, comme au crâne, au dos , etc. ; dans d'autres , par un tissju lâche , comme à l'aisselle , à l'aine, etc. Du reste pour bien voir le tissu cellulaire intermédiaire aux lobes graisseux , il faut l'examiner sur des cadavres alïectés d'anasarque ou d'emphysème : on se convainc aussi par cet examen que la graisse n'est point libre dans les aréoles du tissu cellulaire; car quelque étendues, quelque profondes qiie soient ces infiltrations, elles peuvent bien écarter , disséquer , pour ainsi dire , les grains adipeux, mais jamais la graisse n'est mêlée avec le fluide infiltré.

Les vaisseaux sanguins du tissu graisseux sont faciles à injecter. On les voit aussi parfaitement en examinant des parties où le sang , resté fluide, s'est porté naturellement après la mort. Ces vaisseaux sont plus apparens chez les sujets peu avancés en âge, les lobules graisseux étant plus distincts. Leurs divisions et subdivisions finissent par arriver jusqu'aux vésicules microscopiques çUes-mêmes. Malpighi avait cru ces vaisseaux svirmontés d'un appareil sécrétoire et d'un canal qui s'abouchait dans le réservoir de la graisse; il a reconnu lui-même, plus tard, que cette disposition n'existe pas. Les vaisseaux absorbans des vésicules sont moins connus que les artères et les veines. Mascagni , il est vrai , les dit composées d'une couche intérieure de vaisseaux lymphatiques , et d'une couche extérieure de vaisseaux sanguins ; mais il ne rapporte aucun fait à l'apptii de cette opinion. On ne sait pas s'il y a des nerfs dans ces vésicules.

Quand la graisse n'existe pas, les vésicules manquent également • elles disparaissent quand ce fluide cesse d'exister dans une partie! Hunter dit pourtant qu'on peut les distinguer même vides ; mais je ne pense pas qu'il en soit ainsi : elles se confondent , quand elles dispai-aissent, avec l'élément cellulaire.

§ i6i. La graisse humaine, extraite du tissu graisseux qui la renferme , et purifiée par le lavage, h fusion et la filtration , a les propriétés générales des huiles fixes. Elle est inodore, d'une saveur douce et fade; sa couleur jaunâtre est due à un principe colorant, soluble dans 1 eau , et enlevé par le lavage. Elle est moins pesante que l'eau • son degré de fusibdite varie suivant sa composition : en général elle est fluide à la température du corps, et même au-dessous, et Quelquefois beaucoup au-dessous, comme à i5% par exemple; elle est

ackle 1 . r ^ ' fr 'f""^^' -^'^"^ ''-'^ ^11^ point

acide i acide que Crell y admettait est un résultat de la distillation

nFnuf ? v"""' ^^nf graisse fournit en effet des acides carbotion de ToTT' ?f ^'Î"^ ' ^* Pl"«i^"rs autres produits de la réac- &tues or"'- par l'action des bases alcalines

eneigiques, en principe doux, et en acides margarique et oléiane Par son exposition à l'air et à la lumière elle se rancit -il y a p ôduc' tion d un acide volatil , d'une odeur forte. • " 1 ^ P» «duc-

par MTEÏd ef Th ^^"^'î"^^ S-isses a été examinée

nronn tinnf ^ ff' ! " ■^'^ Saussure; p'est une combinaison en proposions difierentes, suivant les animaux, de çarbone, d'hydro-

gène et d'oxygène : celle de la graisse humaine n'a pas été déterminée.

Avant les travaux de M. Chevreul ' , les graisses passaient pour des principes immédiats. 11 a fait voir qu'elles sont essentiellement formées de deux matériaux organiques : la stéarine, fusible à So" environ,, et l'élaïne, encore liquide à zéro; c'est de leur proportion que résulte le degré de fusibilité de chaque sorte de graisse. On sépare ces deux matériaux immédiats l'un de l'autre, en traitant la graisse par l'alcool bouillant; par le refroidissement, la plus grande partie de la stéarine se précipite avec un peu d'élaïne , celle-ci reste en solution dans l'alcool avec un peu de stéarine. On peut encore les séparer par la congélation, qui fait d'abord figer la stéarine avec un peu d'élaïne. On peut aussi les isoler par l'absorption du papier non collé, qui enlève l'élaïne, et laisse à sa surface la stéarine.

§ 162. La graisse du tissu adipeux n'est pas la seule matièi-e grasse que l'on rencontre dans l'organisation animale, et dans celle de l'homme en particulier. On trouve dans le sang une matière grasse cristallisable. Malpighi, Haller , et d'autres, avaient déjà cru que de la graisse libre circulait avec le sang : c'est une erreur, du moins je ne l'avais jamais vu: mais M. Chevreul a récemment trouvé dans le sang une matière grasse qui y est en solution, par l'intermédiaire' des autres matériaux de cette humeur. Le beurre est encore une matière grasse, colorée et odorante, en solution dans le lait. Il y a également dans la substance nerveuse une matière grasse cristallisable , analogue à celle du sang. Enfin, dans des cas maladifs et dans des altérations cadavériques, on trouve encore d'autres matières grasses dans le corps humain.

§ i63. Le tissu adipeux présente quelques difiérences dans les animaux ; il existe chez le plus grand nombre : on le trouve dans les articulés , les mollusques et les vertébrés. Dans ces derniers, la graisse présente divers degi'és de consistance, de coloration, etc.; elle est très-fluide dans les poissons et les cétacés ; la tête du physeter màcrocephnlus contient une huile liquide , dans laquelle on trouve une matière gi-asse concrète : c'est le blanc de baleine ou la cétine. Elle est molle dans le porc, oh elle forme le saindoux? ferme dans les ruminans , où elle est appelée suif, etc. Le volume des vésicules adipeuses n'est pas le même chez tous les animaux : suivant les observations de Wolff, elles augmentent successivement de ^rossem- dans la poule , l'oie , l'homme , le bœuf et le porc. La graisse s'accumule aussi dans des régions diflérentes , dans divers animaux, comme sur le dos des chameaux , dans la queue de quelques moutons , etc. Dans l'espèce humaine même, la tribu des Bosjesmans est remarquable par la saillie graisseuse des fesses chez les femmes : on en a vu un exemple récent dans la Ke'nus Hottentote.

§ 164. Les difîerens degrés de l'embonpoint établissent des différences très-grandes dans la quantité de la graisse. Elle forme, dans l'obésité, depuis la moitié jusqu'aux quatre cinquièmes du poids total du corps. Au contraire , dans la maigreur extrêine , la graisse n'existe que dans quelques endroits. Les femmes possèdent en général plus de graisse que les hommes. Suivant l'iige, il existe sous

I Annales de Chim, tom. XCIV.— Aun. de Chim.ct dephy?., tom. H. et VU.

DU TÏSSU- ADIPEUX»

ce rapport des particularités assez remarquables. Le fœtus est enrièrèment dépourvu de graisse jusqu'à mi-terme. Depuis cette époque jusqu'à la naissance , la graisse s'accumule successivement dans les diverses parties. Elle n'existe d'abord que sous la peau, et s'y produit par grains isolés, qui en rendent l'étude très-facile à cet âge. A la naissance, on en trouve déjà une grande quantité sous les téguraens, dans l'épaisseur des joues ; l'épiploon en offre quelques grains isolés. La quantité de la graisse augmente à mesure que l'accroissement a lieu; elle finit par occuper les interstices musculaires , mais ce n'est que fort tard qu'elle se produit autour des viscères. L'âge mûr, ou l'époque à laquelle l'accroissement est terminé, est aussi celle de l'obésité : on observe, quelquefois celle-ci chez les enfans , mais cela est beaucoup plus rare. Dans la vieillesse , la quantité de la graisse diminue., principalement au-dessous de la peau : ce fluide existe alors spécialement à l'intérieur, comme autour du cœur, dans les cavités médullaii'es des os, etc.

§ i65. Les propriétés et les fonctions du tissu graisseux n'ont rapport qu'à la sécrétion de la graisse. Cette sécrétion ne s'opère poin t dans les glandes ni dans des conduits particuliers : Heister et Fanton ont des premiers élevé des doutes sur l'existence de ces glandes , dont beaucoup d'auteurs ont parlé depuis l'erreur de Malpighi^à ce sujet. La sécrétion de la graisse, est une sécrétion perspiratoire , et c'est à tort que Riegel ' a voulu faire revivre la sup-position des conduits graisseux, en même temps qu'une hypothèse, sur l'usage des capsules surrénales : suivant cet auteur, en effet, la graisse qui entoure les reins et leur bassinet, se formerait dans ces capsules, d'oii elle serait transportée par des conduits particuliers, qu'à la vérité il dit n'avoir pu injecter. La graisse résulte-t-elle immédiatement de l'action organique des vaisseaux qui la déposent dans les vésicules adipeuses? ou bien est-elle déjà formée dans le sang en circulation? ou bien enfin a-t-elle encore une origine plus éloignée? M. Ev. Home ^ en fixe l'origine dans l'intestin; il pense qu'elle est, comme le chyle, un produit de la digestion , et qu'elle 'est absorbée par le gros intestin. Cette opinion repose , entre autres faits, sur l'existence de la graisse ou du jaune de l'œuf dans l'intestin des vertébrés ovipares à l'état de fœtus ou de larve, et sur quelques faits morbides q^ui ne sont pas très-concluans. ■" § t66. La graisse est reprise continuellement par Ips vaisseaux absorbans; l'action de ces vaisseaux est démontrée par sa diminution de quantité dans plusieurs circonstances. Cette action est en équihbre avec la sécrétion ^ lorsque la quantité de la graisse reste la même. L'exhalation et l'absorption de la graisse sont quelquefois très-rapides, comme le montrent plusieurs faits. Les enfans qui ont njaigri à la suite des maladies, reprennent souvent en peu de jours tout leur embonpoint. Les animaux que l'on affame , comme les porcs , engraissent ensuite très-promptement. Certains oiseaux s'engraissent, dit-on , par un temps humide, en moins de vingt-quatre heures : l'amaigrissement ne s'opère pas moins> promptement ,dans

opère pas moms> promptement , 2Uum i

'Philosophical transactions, ann. i8i3.

• De usu glandularum supcrrenalium in anim. nec non de orieine adipis eiisq. anat. philos. Easnix, j'^go.

beaucoup de cas. Les circonstances les plus favorables à la sdcrétion de la graisse, sont le repos absolu des organes animaux et intellectuels, et la castration. On réunit souvent ces diverses causes lorsqu'on veut engraisser les animaux; elles produisent le même effet quand elles existent chez l'homme Les saignées habituelles, les alimens doux et amylacés, sont encore regardés comme favorisant la production de la graisse. 11 y a, en outre, des circonstances inconnues qui paraissent agir de la même manière, car on observe des cas d'embonpoint extraordinaire , dont il est assez difficile de se rendre compte. Les causes qui accélèrent la résorption de la graisse sont en général les circonstances opposées à celles dont nous venons de parler, et de plus , les sécrétions abondantes , les maladies organiques , et en parlicuHer celles des organes des fonctions nutritives.

§ 167. On a attribué àla graisse beaucoup d'usages hypothétiques. Ceux dont elle Jouit réellement sont locaux et généraux. En effet, là graisse a , d'une part , des usages purement mécaniques ou de position , comme de modérer la pression , à la plante des pieds dans la station, aux fesses dans l'attitude assise, de rempUr les vides conjoirttement avec le tissu cellulaire , et de rendre par-là les formes arrondies : aussi ces formes sont-elles plus marquées chez les femmes et chez les enfans, qui ont en général plus de graisse. On a dit que la graisse servait à garantir du froid , parce que ce fluide est mauvais conducteur du calorique , et que les animaux qui habitent dans les climats froids en ont une couche épaisse sur les tégumens : en admettant qu'il en soit ainsi, ce n'est du moins pas la suyface de la peau dont la graisse pourrait conserver la chaleur. On a prétendu sans fondement qu'elle diminuait l'action nerveuse et l'action des muscles , c'est-à-dire la sensibilité et l'énergie musculaire : on a dans ce cas pris la cause pour l'effet. On a pensé que la graisse servait à assouplir les fibres. Fourcroy, constdérant que ce fluide contient un excès d'hydrogène, le croyait destiné à rendre fa substance nutritive plus azotée , en la privant d'une partie de son hydrogène. Plusieurs auteurs , et Bichat lui-même n'est pas fort éloigné de cette opinion , ont pensé que la graisse pouvait servir à huiler la peau par une sorte de transsudation à travers ses pores : les follicules sébacés sont aujourd'hui trop bien connus pour que l'on puisse adopter cette idée. Les usages généraux de la graisse sont relatifs à la nutrition. La matière nutritive, avant d'être assimilée, passe successivement par divers états : la graisse est une des formes qu'elle revêt. De plus, ce fluide peut être considéré comme un aliment en réserve : c'est ce dont on voit divers exemples chez les animaux. Les insectes , par exemple , se nourrissent de leur graisse avant d'être insectes parfaits, et présentent le même phénomène peu de temps avant leur mort. Cela est encore plus marqué dans les animaux hybernans qui dorment pendant Ihiver, et ne vivent que de leur graisse jusqu'à leur réveil , époque à laquelle ils sont très-maigres. Les fœtus des ovipares se nourrissent de la graisse, qui forme en grande proportion le jaune de l'œuf. . ' *

§ 168. Le tissu adipeux et la graisse, outre les variétés dont il a été question , présentent quelques altérations morbides.

Quand le tissu graisseux est divisé , des gouttelettes d'huile s'en échappent, et si les lèvres de la plaie sont maintenues rapprochées.

DU TISSU ADIPEUX

^1 réunion a lieu promptement; mais la graisse ne reparaît dans {'endroit de la réunion que quand le tissu cellulaire nouveau a cessé d'être compacte. Le tissu graisseux dénudé s'enflamme , la graisse est résorbée , puis il se recouvre d'une couche de matière organisable , qui devient la base de la cicatrice , ou nouvelle peau , qui se forme au-dessus de la graisse.

Ce tissu et la graisse qu'il renferme s'amassent quelquefois en très-grande quantité , comme on le voit dans l'obésité ou polysarcie. On a vu des individus, dans cet état, peser de cinq à six cents, et même jusqu'à huit cents livres. Quand l'obésité est locale ou bornée à un seul point du corps , elle prend le nom de lipôme'^. Cette affection peut avoir presque partout son siège : cependant on l'observe le plus souvent au-dessous des tégumeus et en dehors des membranes séreuses. Les tumeui-s de ce genre situées au-dessous de la peau ont été mal à propos confondues avec les tumeurs enkystées. Leur forme est obronde; lorsqu'elles sont très-volumineuses , elles soulèvent et entraînent la peau , et sont alors pédiculées ou pyriformes : on en a vu peser de quarante à cinquante livres. A l'extérieur des membranes séreuses , leur figure est ordinairement ovoïde : une de leurs extrémités tient à la membrane, l'autre se rapproche de la jieau; à l'extérieur du péritoine , cette tumeur constitue la hernie graisseuse, ou le liparocèle. Le lipome a une structure analogue à celle de la graisse : suivant Monro, les vésicules y ont le même volume que dans cette dernière , et sont seulement plus nombreuses. Une enveloppe celluleuse semblable à celle qui entoure les muscles , quelquefois d'une densité qui la rapproche des membranes fibreuses et des kystes, existe le plus communément autour de la tumeur. Cette membrane contient des vaisseaux assez apparens. Les lipomes extérieurs au péritoine offrent quelquefois l'aspect de l'épiploon quand on les déploie : en général pourtant ces tumeurs renferment beaucoup moins de vaisseaux que d'autres tumeurs du même volume.

Les auteurs ont parlé de transformations graisseuses des muscles, "V'oici ce qu'un certain nombre d'observations m'a appris à ce sujet. Les muscles deviennent souvent tout-à-fait blancs dans les paralysies; leurs fibres diminuent en même temps de volume, et comme cette altération s'observe surtout chez les vieillards, dans lesquels la graisse est plus abondante à l'intérieur, et que le repos de la partie augmente encore la quantité de ce fluide , il en résulte un aspect graisseux des muscles , qui en a imposé pour une vraie transformation graisseuse. Mais on trouve dans ces muscles la fibrine qui leur est propre , lorsqu'on les soumet à l'action de l'alcool , à l'action d'un papier absorbant; lorsqu'on les fait cuire dans l'eau , ou lorsqu'on les expose à un feu nu. 11 y a donc seulement décoloration, et non transforn3ation graisseuse des muscles. M. Vauquelin et M. Chevreul ont obtenu les mêmes résultats dans les analyses qu'ils ont faites de ces muscles. La transformation graisseuse n'existe pas davantage dans les os: seulement la moelle, qui en occupe l'iulérienr, peut devenir très-abondante. Le foie est quelquefois le siège d'une transtormation graisseuse qui n'a pas été suffisamment examinée.

Les mflammations qui surviennent dans des régions où le tissu adi-

poSc^Itc. ParisiTssi^"'"''" g"i«s<^"se'' extérieures ru

^4 ANATOMIE gÉnÉBALE.

peuxest très-abondant, ont une tendance particulière à se terminer par gangrène. Celte observation , que l'on a faite depuis long-temps sur les animaux Irès-gras , tels que les cochons, les moutons, quand ils éprouvent des piqûres, est aussi exacte chez l'homme, dans lequel les blessures et les infdtrations, surtout urinaires ou stercorales , dans le tissu graisseitx , sont suivies de gangrènes très-étendues. La très-petite proportion des parties vivantes que renferme le tissu adipeux , peut rendre raison de ces phénomènes. On voit quelque chose d'analogue dalis les hernies épiploïques : quand on laisse à l'extérieur des masses considérables d'épiploon , il arrive alors que cet organe se pourrit à sa surface; il en découle une huile abondante, et lorsqu'une fois son volume est par-là considérablement diminué , il ne reste plus qu'vm champignon rouge et très-vasculaire , formé par le tissu cellulaire intermédiaiie à la graisse, et parle développement des vaisseaux.

Dans un cas d'hépatite, le docteur Traill, deLiverpool, a trouvé dans le sérum du sang extrait par la saignée une quantité notable d'huile , environ 'deux parties et demie sur cent de sérum. Les kystes de l'ovaire contiennent assez souvent de la graisse avec des poils et quelquefois des dents , mais l'altération est alors très-composée : ce n'est pas ici le lieu de la décrire. Les calculs biliaires sont quelquefois formés d'une matière grasse nommée cholestérine. Les matières stercorales contiennent également quelquefois des substances grasses , soit mêlées avec leurs principes , soit en masses isolées. L'ambre gris est une matière grasse, qui paraît provenir de l'intestin du pliyseter macrocephalus. Certains kystes des organes génitaux, et quelques hydrocèles , renferment quelquefois des paillettes brillantes , qui ne sont autre chose que de la cholestérine. On trouve aussi cette matière, mais moins souvent, dans des tissus raoï'bides sitùés dans d'autres régions. Les tujneui\s appelées mélicéris, stéatome et athérome, et que l'on regarde comme des kystes souscutanés ( chap. III ) , contiennent une certaine proportion de matière grasse.

ARTICLE II

DU Tissu MEDULLAIRE OU ADIPEUX DES OS.

§ i6g. Le tissu médullaire est un tissu membraneujï, vasculaire et vésiculaire , renfermé dans les cavités des os. Il a reçu les noms de moelle, de système médullaire, de medullaj meditulliunij par comparaison avec la moelle des arbres.

§ 170. Duverney' en a fait le sujet de plusieurs observations: Grutzmacher^ et Isenflamm^ en ont donné des descriptions détaillées. Tous les ostéologistes , et tous ceux qui se sont occupés du tissu adipeux", se sont aussi occupés de la moelle. Havers4 surtout en a - très-bien décrit et en a figuré la texture vésiculeuse. Albinus en a donné une très-belle figure dans ses An?iotationes academicce; seule-

ï Mémoires de l'Académie des sciences. 1700. ^ De ossium medulld. Lips. , 1758.

3 Ueber das Knochenmark, in beilrœge, etc. f^on Isenjlamin und hosenmuller. B. II. Leipzig, i8o3. a • i

f\ Clopton Hayers. Osteol. Noy. Lond. 1691,01 Obs. iiou. de ossiOus. Amslci.,

DU TISSU médullaihe ou adipeux des os. 85

ment les vaisseaux y sont représentés trop gros : Mascagni , clans son Prodvomo, a aussi donné une bonne figure de la moelle.

^ 171. La moelle occupe la grande cavité médullaire du corps des os 'longs, les cavités cellulaires des os courts, de l'extrémité des os lon-s , et de l'épaisseur des oS larges , et même les porosité^ de la substance compacte des os. Les sinus et les cellules aériennes des os du crâne n'en contiennent point.

§ 172. La graisse qui occupe le canal médullaire représente vin cylindre moulé sur les parois osseuses de cç canal , et contenu dans une membrane que l'on appelle périoste in terne ou médullaire. Cette membrane , dont les uns ont nié l'existence, tandis que d'autres la croyaient formée de deux coucbes , n'a qu'un seul feuillet , facilement apercevable au moyen d'une expérience qui consiste a scier un os, et à l'approcher du feu ou à le plonger dans un acide : la membrane se crispe, se détache de l'os , et forme un canal distinct dont la ténuité est telle qu'il est presque impossible de l'observer sans ce moyen. Son tissu ne peut guère se comparer qu'à une toile d'araignée. Cette membrane tapisse le canal intérieur de l'os, et semble se continuer à ses deux extrémités avec la moelle qui les remplit. Elle envoie en dehors des prolongemens dans la substance compacte, et fournit en dedans une infinité de prolongemens analogues , qui se comportent à son intérieur comme le font, en général, les filamcns et les lames qui composent les membranes celluleuses. Ces prolongemens 9ont soutenus par les filamens et les lamines de la substance réticulaire , dans les endroits ori cette substance existe.

§ 1^3. La coïhposition de la membrane médullaire est due principalement aux vaisseaux ramifiés à l'intérieur du canal, et que soutient un tissu cellulaire extrêmement mou et à peine visible : cette membrane ressemble beaucoup , sous ce rapport, à la pie-mère ou à l'épiploon , et ne semble formée, de même que ces membranes, que. par le tissu cellulaire appartenant à la gaine d«s vaisseaux. Une artère et une veine pénètrent dans le canal médullaire , et s'y divisent, aussitôt après leur entrée , en deux branches dont les ramifications s'étendent aux deux extrémités de l'os , et communiquent avec les vaisseaux nombreux et volumineux de ces extrémités. Les vaisseaux lymphatiques n'ont été suivis que jusqu'à l'entrée du canal médullaire. Les injections heureuses montrent , au contraire , ime foule de filamens colorés dans le canal des os longs. Les nerfs de ce canal, dont l'existence a été niée , «ont pourtant assez faciles àsuiyre. Sœmmering , il est vrai , pense que ces nerfs sont destinés à l'artère seulement. Ces nerfs ont particulièrement été observés par Wrisberg et Klint. Le tissu médullaire est donc essentiellement composé : 1° d'un réseau artériel et veineux, et probablement aussi d'un réseau.de vaisseaux lymphatiques ; 1" d'un plexus nerveux, destiné soit à l'artère, soit aux autres parties en.même temps; 3° de la game celluleuse propre a ces parties, laquelle fournit des fibrilles dont la réunion constitue line sorte de membrane incomplète, frangée. II faut joindre à cela des vésicules très-apparentes, mais seulement dans les sujets frais, et qui deviennent moins sensibles dans les autres, parce que la moelle se fluidifie tvès-promptement. Ces vésicqles sont tout-à-fait semblables à celles du tissu adipeux général ; elles ont le même volume et les mêmes connexions avec- les vaisseaux sanguins auxquels

elles paraissent appcndues. Grutzmacher pense que la texture de la moelle et celle de la graisse en général est aréolaire comme le tissu cellulaire commun , et non vésiculaire. Les extrémités celluleuses des os longs contiennent un grand noiidne de vaisseaux; mais leur jnembrane est moins distincte que celle du« milieu de ces mêmes os. Il paraît y avoir des vésicules semblables à celles de la membrane médullaire. Les porosités de la substance compacte semblent également en contenir.

§ 174- La graisse des os prend les noms de moelle dans le canal médullaire, de suc médullaire dans k substance spongieuse, et de suc huileux dans la substance compacte. Cette graisse est formée des mêmes principes que la graisse ordinaire, seuleijienl en des proportions différentes, puisqu'elle est plus fluide; elle est aussi plus colorée , plus jaune.

§ 175. La membrane médullaire est sensible. Duverney a ti'èsbien indiqué l'expérience qu'il faut faire pour constater cette propriété , que Bichat a peut-être un peu exagérée , mais que l'on a eu tort de révoquer en doute. En effet, si le plus souvent, dans les amputations pratiquées chez l'homme, l'impression causée par la section de l'os est à peine sentie , cela tient uniquement à la douleur plus vive , l'ésultant de la section de la peau, et qui a précédé celle-ci. Mais en mettant sur un animal vivant assez d'intervalle entre la section des tégumens et la lésion de la moelle, pour que l'impression, produite par la première, ait le temps de se dissiper , un stylet introduit dans le canal médullaire pi-oduit à l'instant même une douleur que l'animal témoigne de diverses manières : on conçoit bien que cette sensibihté réside dans la membrane, et est étrangère à la moelle elle-même. Les nerfs accompagnant clans l'os l'artère médullaire principale, si l'os est amputé au-dessus de l'entrée de ce vaisseau , la moeHe restant ne communique plus avec le centre neryeux, c'est à cette disposition qu'il faut attribuer la diflérence de sensibilité observée par Bichat, entre le centre et les extrémités de la cavité médidlaire, et aussi à ce que les filets nei'veux vont en se divisant vers les deux bouts de cette cavité. Le tissu médullaire est doué d'une contractilité obscure semblable à celle du tissu cellulaire. Les artères qui se ramifient dans cette membrane, y sécrètent et y déposent la matière grasse.

§ 176. Suivant Bichat,. la membrane médullaire existe de trèsbonne' heure , préexiste au canal ; seulement elle est remplie d'une substance cartilagineuse, qui fait ensuite place à la moelle , à mesure que l'ossification" s'opère. L'observation la plus attentive ne montre dans les cartilages ^ ni artères , ni veines , ni membrane médullau-e ; plus tard, la cavité des os longs n'est qu'un jcanal étroit que l'artère remplit; celle-ci se déjette sur le côté ef s'accole aux parois, quand le canal commence à s'élargir; une substance visqueuse ou gélatineuse est alors contenue dans ce dernier; de la moelle s'y produit enfin , mais en petite quantité ; avec l'âge , le canal devient de plus en plus large, et la moelle plus abondante. Il n'y a aucune difterence appréciable, sous le rapport de ce tiSsu , entre les deux sexes Ce fluide présente, en outre , des variétés individuelles, par rapport à sa' quantité. Lorsque l'embonpoint est ordinaire, la graisse iorme la majeure partie de la substance contenue dans le canal médullaire.

DXI tissu MEDULLAIRE OU ADIPEVX DES OS. , 87

J'ai trouvé, sur huit parties de cotte subslance, sept de graisse : le reste est formé par les vaisseaux, de l'eau et de l'albumine. Chez les sujets maigres , au contraire , la graisse ne constitue que le quart, ou une moindre proportion encore du iluide contenu dans les os lon"s- le reste m'a paru être de l'eau, ou du moins une substance évapo'rable, et de l'albumine, ou une substance coagulable. Les oiseaux ont, dans les cavités des os longs, de l'air au lieu de la moelle, suivant la remarque de Camper.

§ 177. Les foncl;ions du tissu médullaire sont de servir de périoste interne et de réservoir à la graisse : c'est sur lui que se ramifient les vaisseaux qui, d'une part, se portent en dehors pour concourir à la nutrition de l'os, et d'autre part, en dedans pour opérer 1^ sécrétion de la graisse. Celle-ci a les mômes usages généraux que dans les avitres parties. Les usages locaux sont de remplir le vide qui sans elle existerait dans les os. On a cru , et Halles et Blumenbach ont adopté cette opinion , qu'elle rendait ceux-ci plus flexibles , moins cassans; mais les os des enfans , privés de graisse, sont pour- 'tant moins cassans que ceux des adultes, tandis que les os des vieillards, dans lesquels ce fluide est si abondant, sont en général trèsfragiles. Ceux qui ont avancé cette opinion se fondent sur ce que la combustion ôte à la substance osseuse toute sa solidité ; il est évident que ce n'est pas seulement l'huile qu'ils perdent dans ce cas, mais bien la matière animale qui leur est enlevée , dont dépendait leur solidité. Les mêmes auteurs ajoutent qu'en faisant bouillir dans l'huile , ou dans la gélatine , le résidu terreux obtenu par la combustion , on lui rend , jusqu'à un certain point , sa solidité ; mais il se forme alors un composé particulier, une espèce de stuc qui n'a rien de commun avec l'os. Haller et plusieurs autres physiologistes ont encore pensé que la moelle servait à la i-epioduclion des os, et notamment à la formation du cal. Cependant l'observation fait voir qu'une fracture se guérit d'autant plus promptement que l'individu est plus jeune; or, plus l'individu est jeune, et moins il y a de moelle, ou moins la moelle contient de graisse. Duverney et d'autres ont cru la moelle nécessaire à la nutrition des os ; il suffit que la moelle manque chez plusieurs animaux , comme les oiseaux , que le bois des cerfs , par exemple , en soit dépourvu , que ce fluide n'existe point dans l'enfance, et que les os se forment avant la moefle , pour que cette opinion ne soit point admissible. On a aussi regardé la moelle comme le rései-voir du calorique latent et de l'électricité. La moelle ne sert pas non plus à lubrifier les surfaces articulaires , car la synovie existe dans beaucoup d'endroits où la moelle ne se rencontre point.

§ 178. La moelle présente quelques altérations morbides Dans les fractures pendant que l'os se consolide , la graisse disparaît dans le canal médullaire; le tissu cellulaire de ce canal devient compacte, comme dans les autres cas de solutions de continuité, et finit pars'ossifier : ce dernier fait, que Bichât a observé, a été constaté de nouveau par plusieurs observateurs. Lorsque la consolidation est parfaite, la membrane médullaire reprend ses propriétés.

On observe dans la moelle , à la suite des amputations , les mêmes phénomènes que dans les autres plaies qui intéressent le tissu grais-

^nn^tfr ^''«««'«en de morhis ossium medidlœ, Paris, et Lugd.

ANATOMIli GÉnÉRAI.r..

seux : la liiatière huileuse disparaît,' et une couche cellulaire et vasculaire se forme à l'cxtréniité tronquée do l'os, qui finit par so clore. La moelle est détruite dans les séquestres , et ne paraît pas se retabhr après leur sortie , du moins ne l'a.t-on pas vue se reproduire dans ce cas; peut-être l'état des parties n'a-t-iLpas été examiné assez long-temps après l'issue de la maladie.

La membrane médullaire est susceptible d'inflammation : c'est probablement à elle et à ses suites qu'il faut attribuer les nécroses intérieures. Il est également probable que les douleurs ostéocopes dépendent de cette inflammation. On observe dans le racliilis un endurcissement particulier de la menibrane médullaire, qui n'a pas été décrit.

Parmi les affectipns propres à cette membrane , le spina-ventosa est une des plus remarquables. Il y a , suivant mes observations et celles de plusieurs autres , au moins deux , et même trois espèces distinctes de cette maladie. Le développement considérable de l'os' tient à l'accroissement extraordinaire de la membrane médullaire altérée; mais tantôt l'altération de la moelle consiste en une dégénération carcinoraateuse , en un véi-itable cancer mou; tantôt la tumeur est fibreuse et cartilagineuse ; dans quelques cas , enfin , et surtout chez les enfans, l'os, renflé dans son milieu, contient une substance rouge très-vasculaire , dont la nature n'est pas bien déterminée : cette variété s'observe surtout dans les os du métacarpe, du métatarse, et des doigts. Le spina-ventosa affecte spécialement les os longs des membi-es : dans le fémur, c'est le plus souvent la partie inférieure de l'os qui est malade ; dans l'humérus , c'est la partie supérieure. J'ai enlevé le tiei's supérieur du péroné à une jeune femme, dans un cas de spina-ventosa qui avait donné à la tête du péroné h peu près le volume du poing de la malade. Des tumeurs de ce genre ont été décrites par Vigarous, sous le nom de stéatomes osseux, et par M. Astley Cooper, sous celui d'exostoses médullaires.

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