‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 8 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES MEBIBRANES SEREUSES.

§ l'jg. Les merabi-anes, membranœ , sont des parties molles, larges et minces, qui tapissent les cavités, enveloppent les organes, entrent dans la composition d'un. grand nombre d'entre eux , et en constituent quelques-uns : du reste, elles diffèrent beaucoup entre elles, par leur texture, leur composition , leur action , etc.

§ i8o. Les membranes séreuses, m. serosœ , vel siccCmgentes . -ainsi nommées parce .qu'elles contiennent beaucoup de vaisseaux séreux dans leur épaisseur, qu'elles sont humectées par un liquide analogue au sérum du sang, et parce qu'elles fournissent des tuniques à beaucoup d'organes, for-ment un système, ou genre, nombreux de membranes fermées de toutes parts, adhérentes par une surface aux parties environnantes, libres et con ligues à elles-mêmes par l'autre , servant à isoler certaines pai'tics, à facihter les mouve-

DES MEMBRANES SEREUSES EN GENERAL.- 89

mens et résultant d'une modification très-simple du tissu cellulaire.

^181. Confondues pendant long-temps avec les parties auxquelles elles tiennent , les membranes séreuses ont été particulièrement distinguées des autres parties, et étudiées dans leur ensemble, par Uonn • , par Monro % et surtout par Bichat ^. ' ^ iSa.-Le système séreux comprend des membranes qui, à raison de leurs nombreuses ressemblances , forment un genre très-naturel , dans lequel cependant il y a avissi des dillerences assez marquées pour qu'on doive en ftiire plusieurs divisions. Sous le rapport de leur situation et du liquide plus ou moins onctueux qui les humecte , on les distingue en séreuses proprement dites, ou séreuses des cavités splanchniques, et en synoviales; et ces dernières elles-mêmes se distinguent encore en celles des articulations, en celles des tendons, et en celles qui sont sous-cutanées. 11 faut exposer d'abord les caractères communs à tout le genre , et puis ensuite ceux des espèces.

PREMIÈRE SECTION

DES MEMBRANES SÉREUSES EN GÉNÉRAL

,§ i83. Toutes consistent en des vessies fermées de toutes parts : il n'y a d'autre exception à cette disposition générale , que l'ouverture par laquelle le péritoine communique avec les organes génitaux chez la femme, ces organes étant eux-mêmes interrompus dans leur continuité entre l'ovaire et le commencement de l'oviducte ou trompe utérine. Il résulte de la conformation générale des membranes séreuses , que les hquides qu'elles r-enferment Sont entièrement isolés, et que ses membranes ne sont perméables que par les vaisseaux qui se ramifient dans leur épaisseur, et non , comme le tissu cellulaire , par des aréoles communiquant librement entre elles ; au reste, cette conformation présente quelques variétés ou formes secondaires. Il est de ces membranes qui sont aussi simples que possible, et ne représentent qu'une sorte d'ampoule ou de vessie ; on les appelle vésiculaires. D'autres constituent des enveloppes engainantes qui entourent certaines parties , comme des tendons , des ligamens , des vaisseaux sanguins ; et comme elles ne sont pas percées pour laisser passer ces parties , qu'elles se réfléchissent à leurs deux extrémités, et forment ainsi une double gaine, cela leûl' a fait donner le nom de vaginiformes. Cette disposition est une des plus communes. Enfin, il en est de plus compliquées encore; ce sont les membranes séreuses enveloppantes, celles qui ntiéritent plus particulièrement le nom de succingentes : celles-ci entourent les organes , excepté sur un seul point de leur surface, autour duquel elles se rédéchissent sur lés parois de la cavité qui les renferme, et sont ainsi divisées en deux portions , dont l'une forme une enveloppe aux organes, et prend le nom de feuillet viscéral, ou tunique, tandis que rax\tre qui revêt les parois, constitue le feuillet pariétal. Les différentes formes que novis venons d'examiner sont souvent réunies

'• De cohtinualionibus inemhranaruin. Amst.-Batav. 1763. ■' A description ofalL i.lic bursœ mucosœ, efc, Ediaib. 1788. Traite: des Membranes. Paris, an vm.

9^ ANATOMIE GUNÉaALE.'

dans la iiiCme membrane. Dans les membrc-^nes séreuses enveloppantes, comme celles que l'on trouve autour du cœur, des poumons' des testicules, il y a toujours h la surlace de l'organe un endroit dépourvu d'enveloppe séreuse : c'est par cet endroit que pénètrent les vaisseaux de l'organe, ou bien que celui-ci tient aux parties environnantes. Cette partie, libre des organes revêtus de membranes séreuses, est tantôt large, tantôt très-étroite. Dans quelques cas, le viscère est éloigné des parois qui le renferment, et attaché ou suspendu par un repli de la membrane séreuse qui constitue ce qu'on nomme un frein ou ligament membraneux : celte disposition n?est point une exception à ce que nous venons de dire. 11 y a toujours une partie de l'organe qui n'est pas revêtue par la membrane dans toute rétendue de l'adhérence du repli que forme cette dernière. Outre ce premier genre de replis, les membranes séreuses oflrent des prolongemens qui flottent plus ou moins h l'intérieur de la cavité qu'elles forment, et qui dépendent le plus souvent de leur feuillet viscéral, mais qui appartiennent aussi quelquefois à leur autre feuillet : l'épiploon , les appendices épiploïques pour le péritoine; les replis graisseux qu'on observe dans la plèvre sur les côtés du médiastin , pour cette dernière membrane ; les franges synoviales pour les capsules articulaires, sont des exemples de ces prolongemens. Ceux-ci contiennent toujours dans leur épaisseur du tissu cellulaire ordinairement graisseux : c'est aussi à cet endroit que la meihbrane offre le plus de vaisseaux.

§ 184. Toutes les membranes séreuses présentent deux surfaces, une libre et l'autre adhérente. Celle-ci est floconneuse, et tient à du tissu cellulaire, à des ligamens, à des tendons, à des cartilages, etc. Son dep'é d'adhérence , h ces différentes parties , est plus ou moins mai'que : un tissu cellulaire lâche le produit quelquefois, tandis qu'ailleurs , comme sur les cartilages , l'adhérence est intime. Jl existe une foule d'intermédiaires entre ces deux extrêmes , ainsi qu'on l'observe au niveau des ligamens, des fibres musculaires, des tendons , etc. La surface libre des membranes séreuses est partout contiguë à elle-même : c'est l'intérieur de l'esjîèce de vessie que l'cprésentent ces membranes. Celte surface paraît, au premier aspect, parfaitement lisse et polie; mais examinée au microscope, elle présente des villosités manifestes; aussi les membranes séreuses ont-elles été nommées villeuses simples. Un liquide humecte constamment cette surface.

§ i85. Les membranes séreuses sont, en général, d'une couleur blanchâtre, que leur transparence l'end à peine sensible , luisantes à leur surface libre , fort minces et j^ourtant assez résistantes , plus fortes que ne le serait le tissu cellulaire réduit en lames d'une ténuité égale à la leur ; elles sont en général un peu élastiques.

§ 186. Elles paraissent presque homogènes au premier aspect : cependant on observe presque toujours , dans divers points de leur étendue, une apparence fibreuse qui est plus ou moins marquée. Lorsqu'on les déchire par distension , elles s'éraillcnt d'abord, et puis elles se réduisent en petits fîlamens entremêlés, entre-croisés, et comme tissus entre eux. Leur nature paraît très-analogue à celle du tissu cellulaire , dont elles ne diffèrent que par une condensation plus grande, et par la cavité distincte qu'elles représentent. Il existe d'ail-

DES MEMBRANES SEREUSES EN GENERAL

leius entre le tissu cellulaire et les membranes, séreuses une sorte de "radaliori insensible, et les membranes séreuses les ]ilus simples participent encore beaucoup tle la nature du tissu cellulaire. Le tissu cellulaire tics-lache, et que l'iusufflation développe eu lai-ges ampoules , comme celui du prépuce , celui qui existe entre les muscles à grands mouvemens, et les bourses synoviales sous-cutauees , constituent en eflet une transition entre "les deux tissus. I)es vaisseaux blancs très-nombreux entrent dans lacon)position de ces membranes. Les injections et rinllammation qui font pénétrer , les premières , un liquide coloré ; la seconde , le sang dans ces vaisseaux , rendent ceux-ci très-apparons: leur (juantité pai aît alors très-considérable. Cependant il faut éviter de confondre les vaisseaiix propres à la membrane séreuse avec ceux qui appartiennent au tissu cellulaire sous-jacent , et qu'on croirait exister dans la membrane elle-même, à cause de sa tiansparcnçe. Dans le péritoine, par, exemple, il faut que l'inflammation soit long-temps prolongée pour que le sang arrive au delà du tissu cellulaire sous-séreux; et, en examinant Ja chose peu attentivement , on serait tenté de croire que c'est le péritoine lui-même que la maladie a rendu vasculaire. 11 en est de même des injections : ce n'est que quand elles sont très-ténues qu'elles pénètrent jusque dans la membrane elle-même. On ne connaît point les nerfs des membranes séreuses.

§ 187. Le liquide que renferment ces membranes n'est point le même dans toutes; cependant il ressemble plus ou moins à la sérosité du sang , ou au sang privé de matière colorante. 11 contient, eu général , de l'eau , de l'albumine , une matière incoagulable que l'on peut regarder comme une sorte de mucus gélatiniforme ; une matière fibrineuse et de la soude. Nous verrons plus loin les différences que présente ce liquide dans les diverses espèces de membranes séreuses.

§ 188. Les membranes séreuses sont, pendant la vie surtout, extensibles et rétractiles à un haut degré , ainsi qu'on le voit dans les hydropisies , et après la guérisori de ces maladies'; mais leur agrandissejuent n'est pas toujours simplement un résultat de leur extensibilité ; il y a en outre disparition de leur s plis , qui , se développant peu à ()eu, fournissent à l'accroissement de la membrane. Une autre cause qui concourt à cette augmentation de volume , est le gUssement dont celle-ci est susceptible, l'espèce de locomotion qu'elle éprouve lors- <(u'elle n'est distendue que dans un point de son étendue, comme on le voit particuhèrement dans les hernies. Enfin , il paraît y avoir, dans quelques cas, une augmentation réelle de nutrition, qui contribue encore à la production de ce phénomène : cet accroissement de subtance est , avec les autres causes d'ampliation , manifeste dans la grossesse , par exemple. Au reste , ces phénomènes ne sont pas également marqués dans les différentes espèces de membranes séreuses : lepéritoino les présente au plus haut degré; ils sont beaucoup moins prononces dans les membranes synoviales, articulaii-es surtout, ce qui (lépend, d'une part, de l'extensibili té moindre de ces membi anes , mais aussi de ce qu'elles ont moins de plis, et surtout de ce que leurs connexions ne leur permettent pas de se déplacer avec autant fie facilité. Quand la distension vient à cesser , les membranes reviennent peu à peu à leur état antérieur; mais si elle a été portée jusqu'à l'éraillcment, il en reste toujours des traces.

92 AWATOMIE GÉNÉKALE.

§ 189. Laforce déformation, assez développée dans les membranes séreuses , y est pourtant moindre que dans le tissu cellulaire libre. La motiUte y est très-bornée; elle n'y existe qu'au faible degré qui constitue la tonicité. Mais si l'irritation n'y détermine pas de mouvemens appréciables , elle y développe la sensibilité : ces membranes , en effet, deviennent très-sensibles, et transmettent ordinairement des impressions douloureuses, dans l'inflammation.

§ 190. Toutes les membranes séreuses sont le siège de la déposition et de la résorption continuelles d'un liquide séreux dans leur cavité, ou par leur surface libre et contigue. L'étendue considérable de ces membranes prises ensemble, donne une grande importance à cette double fonction. La matière de cette sécrétion est , comme toutes les autres , apportée par les vaisseaux dans l'épaisseur de la membrane et surtout dans les points de la membrane" les plus vasculaires , dans les prolongemens frangés : on ne sait pas au juste par quelle voie la matière sécrétée sort des vaisseau^ et passe dans la cavité. On a supposé pour toutes ces membranes des glandes sécrétoires , soit à leur voisinage , soit dans leur épaisseur même ; mais ces prétendues glandes n'existent pas. On a supposé aussi des transsudations par des porosités anorganiques ; mais sans connaître exactement le mode suivant lequel se font les sécrétions perspiratoires , on sait que les transsudations n'ont lieu que dans le cadavre, et même quelque temps après la mort seulement. Le liquide est aussi continuellement absorbé par la membrane , dans l'épaisseur de laquelle il rentre dans les vaisseaux. Tant qire la déposition et la résorption sont dans un juste équilibre , les membranes séreuses sont simplement humectées à leur surface. L'augmentation de la sécrçtion, ou la diminution de l'absorption , donne lieu à une accumulation qu'on appelle hydropisie.

Le liquide sécrété a des usages locaux et des usages généraux : localement il sert à entretenir l'isolement entre les deux feuillets coritigus des membranes séreuses , et à faciliter les mouvemens des organes les uns contre les autres; en général, il est vraisemblable què la matière nutritive , ainsi déposée et reprise alternativement, éprouve une assimilation plus parfaite avant d'être employée à la nutrition des organes.

§ I g I . L'action des membranes séreuses , soit en santé , soit en maladie surtout, est liée étroitement aux autres actions organiques. Ainsi , quand elles sont malades , les fonctions des organes qu elles revêtent sont plus ou moins troublées, ce trouble s'étend au loin, et souvent à tout l'organisme : de même les affections des autres organes , surtout celles des membranes tégumentaires , des organes circulatoires, des glandes, dérangent souvent leurs fonctions; les affections des organes qu'elles revêtent, les altèrent toujours plus ou moins sensiblement ; d'une part, la cavité qu'elles forment établit un véritable isolement entre les parties sur lesquelles se déploient leurs deux portions opposées; d'un autre côté, la continuité et l'étendue de chacune de ces membranes , donnent facileùient lieu à des affections très-étendues. • j» i

§ 192. Le système séreux est très-mou à son origine, qui est d ailleurs peu connue : chez l'ambryon , les viscères abdominaux ne semblent recouverts que d'un vernis liquide et visqueux. Les membranes séreuses sont très-minces dans le fœtus , et en général moins

DES MEMBRANES SKUEUSES EN gÉnÉRAL. 93

nrlhérentes à cause de la mollesse du tissu cellulaire qui les unit aux mrtics voisines, de sorte qu'on les gépare avec facilite de ces mêmes mrties : cependant, sur les cartilages articulaires et sur l'albugmee du testicule, l'adhérence est presque aussi intime que par la suite. On i-^nore complètement si ces membranes , dont le caractère essentiel est l'interruption de continuité qu'elles établissent entre les parties, sont d'iibord du tissu cellulaire mou, continu et sans cavité intérieure, comme l'aiFirment quelques anatomistes, qui admettent , ^qu'il existe au commencement une continuité générale entre toutes les parties, entre les os, par exemi^le. Le liquide des membranes séreuses est d'abord très-ténu. Quelques-unes de ce^membranes , celles des cavités splanchniques ^ ofï'rent des différences de conformation remarquables chez le fœtus. Les membranes séreuses éprouvent divers changepiens dans la vieillesse .

§ 193. La formation d'un tissu séreux accidentel s'observe souvent ; sa réparation ou reproduction a lieu dans les plaies des membranes séreuses , lesquelles se réunissent quand leurs iDords voisins sont en contact immédiat; l'observation a montré que l'opinion des anciens, qui ne croyaient pas ces sortes de plaies susceptibles de réunion , est dénuée de tout fondement. Lorsque ces plaies sont avec perte de substance , ou qu'il y a un écartement entre leurs bords, l'intervalle qu'elles présentent est rempli par une nouvelle membrane, une véritable cicatrice. Celle-ci paraît 'être un peu plus mince et plus extensible que la membrane environnante.

§ 194- Le liquide contenu dans les cavités des membranes séreuses est susceptible de s'y accumuler , soit que la résorption en soit diminuée ou l'exhalation augmentée : cette accumulation donne lieu aux diverses hydropisies. Le liquide qui forme ces dernières off"re des qualités variables , SLi,rtout quand il y a de l'inflammation. Ce liquide contient tantôt plus, tantôt moins de matière animale que dans l'état de sauté : quelquefois la proportion de cette matière est la même que dans cet état. En général , la sérosité des Irydropisies ressemble au sérum du sang , sauf une moindre proportion d'albumine. Il est un point d'anatomie pathologique auquel on n'a pas donné assez d'attention ; c'est que les hydropisies , qui ne |[)araissent pas dépendre d'une altération des membranes séx'euses ou des organes de la respiration et de la circulation , et que pour cette raison on a regardées comme des affections générales , sont souvent précédées et accompagnées d'un flux d'urine contenant une grande proportion de gélatine et d'albumine , soustraction de matières animales qui change la composition du sang , qui le rend plus aqueux et qui dépend d'une altération du rein et de sa fonction. Ce flux accompagne aussi quelquefois les hydropisies avec affection locale- d'un autre viscère ' .

§ igS. L'inflammation des membranes séreuses, qui est très-fréquente, produit dans ces membranes des altérations de tissu et des altérations de sécrétion. La membrane devient vasculaire , d'aboa\d dans sop tissu cellulaire extérieur , puis à la longue dans son épaisseur même ; ses franges vaéculaires et ses villosités sont plus marquées , et finissent même par devenir très-saillantes et très-épaisses. Si l'in-

■ f^ojez J. Blackall, Observations on dropsie.s, etc. Loiul'oii, i8i3.

94 ANATOMIE GÉhjÎhALE.

flammalion dure nu certain temps, la membrane s'épaissit un peu et perd .sa transparence; cependant le plus souvent l'épaississemenl 4111 parait tres-grand , n'est qu'apparent et éli anger à la membrane e le-meme. Outre la disposition intersticielle qui donne lieu à cette allei-ation , une sécrétion s'opère, en général , d'ans la cavité même de la membrane ; la sécrétion, cependant, se suspend d'abord pour changer ensuite de caractère. Le liquide versé est, suivant' les cas, une simple sérosité très-abondante, mais non autrement altérée; ou bien un fluide blanchâtre, lactescent, ou contenant des flocons albuinineux et fîbrineux; quelquefois, mais rarement, la sérosité est sanguinolente , enfin on y trouve du pus oilrant toutes les propriétés de celui qui se produit Haus le tissu cellulaire. Outre ces eiléts de rinflainmation , il en est encoi-e d'autres très-remarquables.

§ ig6. Les fausses membranes, pseudo mcmhranœ , ne sont point particulières aux, membranes séreuses, mais elles y sont très-fréquentes. Elles consistent dans la concrétion , sous forme de membrane , du produit de la sécrétion de la membrane enflammée à un certain degré. Ce produit, semblable à la matière organisable qui détermine l'adhérence des lèvres des plaies, est d'abord versé par gouttelettes séparées sur la surface libre de la membrane; ces gouttes , en se multipliant et en s'étendant , se rencontrent communément , et forment d'abord un réseau , puis une surface entière. Ordinairement, la même chose ayant heu sur la partie opposée de la membrane, et celle-ci restant, en général, en contact avec la premièi-e, la fausse membrane détermine l'agglutination des deux parties auparavant contiguè's : c'est le pi-emier degré de l'adljiérence , l'adhérence gdlaLùiause de quelques-uns, couenneuse de quelques autres; j'aime mieux appeler cela agglutination. Tantôt la matière de l'agglutination ne forme, qu'une couche mince, interposée entre les deux surfaces l'approchées ; tantôt elle est si abondante, qu'elle remplit et distend la cavité séreuse.

Les adhérences organiques des membranes séreuses sont un résultat fréquent de la formation des fausses membranes. La matière organisable de l'agglutination se change en tissu cellulaire, dans lequel il se forme des canaux rameuxqui acquièi'ent peu à peu la structure vasculaire (chap.'IV), et qui finissent par communiquer avec les vaisseaux de la membrane enflammée. Plusieurs des premiers observateurs qui ont vu les vaisseaux des adhérences, les ont pris pour des villosilés vasculaires, prolongées de la membrane ancienne dans la matière de la fausse membrane. J. Ilunter et M. Ev. Home ont observé le contraire, que j'ai moi-même constaté plusieurs fois. On peut, en piquant au hasard dans , une adhérence récente, avec un tube rempli de mercure , injecter des canaux rameux . dont la partie la plus large ou le tronc répond au centre de l'adhérence, et dont les rameaux dirigés en deux sens opposés , comme ceux de la veineporte , sont dirigés vers les surfaces séreuses sans arriver toujours jusqu'à ces surfaces , et sans que celles-ci fournissent des villosités bien marquées. A la longue , la disposition change , l'adhérence , dès que les canaux ont communiqué avec les vaisseaux anciens , devient do plus en plus vasculaire au voisinage de la membrane, et de moins en moins dans son centre. Les adhérences organiques des membranes séreuses n'ont pas toujours la même forme, elles consistent ordinal-

r)K5 MEMDRANES SliREUSES EN GENERAL. Ç)0

lement en quelques brides ou en cordons plus larges aux extrémités adhérentes , et plus minces au centre , qui est libre ; d'autres fois , il y a un très-grand nombre de filaraens à peu près semblables" aux brides; dans d'autres cas enfin, les adhérences sont si multipliées, (lue les deux parties de la membrane sont confondues et semblent remplacées par du tissu cellulaire. La texture des adhérences, telle qu'on la voit dans les brides , est celle des membranes séreuses ; elles Ibrment une espèce de gaine lisse ;\ la surface et remplie de tissu ccllutaire contenant quelques vaisseaux. Ces adhérences sont d'une part si fréquentes, et de l'autre quelquefois si régulièrement organisées , que beaucoup de médecins anciens les ont prises pour des ligamens naturels , et que , même parmi les modernes , Tioch en a trouvé dans le péricarde , et Bichat dans la plèvre , qui leur ont semblé appartenir à une conformation jjrimitive.

Les brides qui constituent les adhérences s'alongent de plus en plus à mesure qu'elles durcissent : il est même probable que leur centre finit par être entièrement absorbé; ce qui tend à le faire admettre, c'est qu'en examinant les parois de l'abdomen peu de temps après les plaies de cette partie , on trouve , en général , l'intestin adlîérent à l'endroit de la plaie , tandis qu'à une époque plus reculée, l'adhérence n'est plus formée que par une bi'ide qui, à la longue, devient elle-même très-ténue ; et qu'enfin , si on observe la disposition des parties au bout d'un temps très-long , il finit par ne plus y avoir d'adhérence. Ces nuances diverses, se rencontraient toutes dans le corps d'un individu qui, affecté de mélancolie, s'était donné douze à quinze coups de couteau à différentes époques de sa vie , et que j'ai eu occasion de disséquer.

§ igy. Les membranes séreuses éprouvent diverses transformations , ou pour parler plus exactement , sont le siège de diverses productions accidentelles. Des plaques fibreuses , cartilagineuses , fibrooartilagineuses et même osseuses, se remarquent souvent dans leur épaisseur, et en particulier- dans la plèvre, qui forme 'quelquefois une sorte de plastron à la suite des ,p]<;urésies chroniques. Le plus souvent, il est vrai, ces plaques leur sont simplement subjacentes ou sur appliquées.

Des concrétions libres , ou épiculées , ont leur siège à l'intérieur de ces membranes. On les trouve plus particulièrement dans les séreuses articulaires , quelquefois pourtant dans celles des tendons , et même dans les cavités splanchniques. Elles sont' d'abord extérieures à la membrane, la poussent ensuite peu à peu au-devant d'elles , et font saiUie dans son intériem-, où elles offrent une base large et courte , et plus tard un pédicule qui devient de plus en plus long et grêle , jusqu'à ce qu'enfin , ce pédicule venant à se rompre , elles deviénnent totalement libres dans la cavité de la membrane. Tel est le véritable mécanisme de la formation dé ces corps , que l'on prenait pour de vraies concrétions, lorsqu'on ne les avait point observés à dinérens degrés de leur développement. La consistance de ces corps varie : ds sont quelquefois très-mous et comme albumineux , mais le plus souvent ils sontifibreux, cartilagineux ou osseux.

Les membranes séreuses participent aux dégénérations commuries a tous les tissus ; elles, paraissent aussi en avoir nui leur sont propres. ^ /

§ 198. Des vices de couformalion s'observent dans quelques-unes de ces membranes, comme dans l'arachnoïde des foetus anencéphales 5 dans le péritoine et dajis la tunique vaginale , quand le canal de communication entre ces deux sacs membraneux subsiste après la naissance. On a rencontré dans le péritoine des espèces de sacs surnuméraires : Neubauer en rapporte des exemples. Les vices de conformation acquis sont également propres à un petit nombre de ces membranes, et appartiennent à l'anatomie spéciale. Les hernies sont un de ces vices.

1 99. Les kystes peuvent être décrits à l'occasion'des membranes séreuses ; c'est en eflét avec ce genre d'organes qu'ils ont le plus de ressemblance. Ils représentent en général, comme les parties que comprend le système séreux, une poche ou cavité membraneuse, fermée de toutes parts , adhérente d'un côté'^ libre dé l'auti-e , et en contact avec un liquide qui la remplit ; ils ont généralement la forme globpleuse; leur volume varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui de l'abdomen distendu; ils sont tantôt isolés et tantôt groupés plusieurs ensemble , et communiquant entre eux ; leur surface externe est floconneuse, cellulaire, quelquefois garnie de lames ou même d'une couche fibreuse ; quelquefois cette surface est doublée d'une membrane naturelle qu'ils ont envahie en faisant saillie à une surface ; leur surface interne est lisse et polie ; l'épaisseur varie et est en général moins grande dans les kystes des organes que dans ceux du tissu cellulaire libre ; elle est aussi plus ou moins grande dans les parties d'un même kystci; la consistance varie depuis celle d'un liquide à peine concret jusqu'à celle du tissu séreux , et même du tissu fibreux ; il en est de même de leur adliérence , qui tantôt est intime et tantôt ne semble consister qu'en une simple agglutination : il n'y a point de vaisseaux apparens à leur surface libre.

Le liquide qu'ils contiennent n'offre pas rnoins de variétés. On y trouve tantôt une sérosité limpide, ou plus ou moins épaisse et comme albumineuse, et diversement colorée; tantôt de la graisse à l'état fluide, ou en paillettes et formant de la cholestérine ; dans quelques cas, du mucus ou une substance visqueuse, qui, au heu lie se coaguler, s'évapore presque en entier par la chaleur, et laisse très-peu de résidu : d'autres fois un mélange de mucus et d'albumine, ou bien une matière noirâtre ressemblant à du chocolat; quelquefois même du sang pur ; quelquefois des vers hydatiques ; quelquefois des substances salines cristallisées : on y a vu aussi une matière concrète analogue au caoutchouc.

Les kystes sont dans un état de réplétion qu'on peut comparer à l'hydropisie des membranes séreuses : cependant ils sont le siège d'une sécrétion et d'une absorption continuelles ; ils disparaissent dans certains cas, persistent dans quelques-uns, et grossissent continuellement dans d'autres cas.

Différentes hypothèses ont été proposées pour expliquer la formation des kystes. Les uns les regardent comme des membranes de nouvelle formation qui se déveloi^pent autour d'une substance primitivement existante ; les autres pensent, au contraire, qu'ils préexistent aux matières qu'ils renferment, soit qu'ils soient formes par le tissu cellulaire distendu , soit qu'ils doivent leur naissance à des vaisseaux lymphatiques dilatés. Il est difficile de. trancher la question

DES MEMBRAKES SEREUSES EN GENERAL. 97.

d'une manière absolue : il y a des cas favorables à l'une et à l'autre do CCS opinions. Cerlaiiis lissus que l'on range parmi les kystes sont éviclemnrcnt précxislans. On peut ranger dans celte classe les loupes sous-cutanées , qui ne sont autre cbose que des follicules sébacés considérablci^nent accrus et non des poches accidentelles, les' kystes de l'ovaire qui paraissent dépendre du développement extraordinaire des vésicules de' cet organe, les kystes du cordon testiculaire de l'homme, ou de la lèvre dé la vulve dans la femme, qui sont des détritus de la tunique vaginale, etc. Un autre genre de kystes se forme , au contraire , consécutivement : tels sont ceux qui succèdent aux épanclicmens de sang qui se font dans le cerveau, ceux qui se développent autour d'un corps étranger, etc. Dans d'autres c'irconstances, il est très-difficile de déterminer le mode et l'époque d'origine des kystes. 11 est très-vraisemblable pourtant que tous les vrais kystes sont des membranes de nouvelle formation, déterminée ou non , par une inflammation évidente. Les kystes sont, du reste, susceptibles de toutes les affections des membranes séreuses : ils sont sujets à toutes les variétés de l'inflammation , aux productions accidentelles , soit analogues, soit morbides. On les a observés partout, si ce n'est peut-être dans les os et dans les cartilages.

On confond ordinairement avec les kystes , les membranes cellulaires nouvelles qui servent d'enveloppes aux productions accidentelles analogues ou morbides et aux corps étrangers. Ces enveloppe-^ ne sont point, comme les kystes et les membranes séreuses, de§ surfaces inhalantes et exhalantes 5 elles doublent souvent les kystes. Leur consistance varie : elles sont toujours aussi des parties de formation nouvelle. ^

Il existe entre les kystes ou vésicules séreuses tenant au tissu cellulaire par leur surface externe, et les vers hydatiques, des transitions insensibles entre lesquelles il est très-cHflficile d'établir . une démai'cation tranchée. Ainsi les petites vésicvdes séreuses que l'on trouve si souvent dans les plexus choroïdes, celles que l'on voit quelquefois à l'extrémité frangée de la trompe utéi'ine; celles que j'ai vues plusieurs fois dans des végétations des membranes muqueuses nasale et utérine, paraissent évidemment appartenir aux kystes. La môle hydatique ou en grappes me semble encore appartenir au même genre, et cependant un médecin naturaUste très-habile ' la rapporte au genre acéphalocyste. Les trois espèces d'acéphalocystes. simples, elles-mêmes, dont l'animalité est encore douteuse, se rapprochent aussi jusqu'à un certain point des kystes. J'ai retiré une fois de dessous la peau du cou , et plusieurs fois de dessous la peau de la mamelle, des acéphalocystes de ces espèces, uniques, non enkystées , non adhérentes , à la vérité , mais comme accolées ou agglutinées au tissu cellulaire. Le plus souvent, il est vrai, on trouve l'une ou l'autre des trois espèces d'acéphalocystes simples , rassemblées en grand nombre et libres dans un kyste distinct.

Un médecin moderne ^ a attribué a la formation , au développement et aux transformations des hydalides ou des kystes hydatiformes dont il vient d'être question , l'origine des tubercules , de toutes

« fyjez II. eioquet. Faune des médecins, tome I. Paris, 1822.

^ r-^nyaz J. lîiiron. /in Tnqidvr, etc. on Cuberctdous diseascs. London, 1817.

9^ -ANATOMIE GÉnKHALE.

les tumeurs, et même des corps étrangers suspendus ou libres dans les cavités séreuses et synoviales.

Après avoir exposé l'histoire générale du système séreux, il faut décrire successivement les différentes espèces qu'il comprend.

SECONDE SECTION

ARTICLE PREMIER

DES BOURSES SYNOVIALES SOUS- CUTANEES.

§ 200. Les bourses synoviales ou mucilagineuses sous-cutanées , bursœ mucosœ subcutaneœ, n'avaient point été décrites par les anatomistes. Quelques pathologistes , et notamment Gooch , Camper, et récemment M. Asselin, ont parlé de leur hydropisie. Camper, à cette occasion , avait dit un mot de leur état sain. Je les ai observées et décrites depuis long-temps dans mes leçons ; j'en ai parlé aussi dans les additions à l'Anatomie gén'érale de Bichat , et dans le Dictionnaire de médecine.

§201. Les bourses synoviales , dont on trouve en quelque sorte le rudiment dans le tissu cellulaire lâche et très-extensible qui existe entre toutes les parties très-mobiles , se renconlrent sous la peau , partout où cette membrane recouvre des parties qui exercent de grands et de fréquens mouvemens ; comme entre la peau et la rotule , entre l'olécrâne et la peau , sur le trochanter, sur l'acromion , devant le cartilage thyroïde ; quelquefois derrière l'angle de la mâchoire ; toujours entre la peau et le côté saillant des articulations '^métacarpo et métatarso-phalangiennes, et de celles des premières phalanges avec les secondes. Toutes ces dernières sont ordinairement confondues avec celles des tendons voisins.

Pour bien apercevoir ces membranes , il faut les remplir d'air. On vqit alors qu'elles forment tme cavité obronde, multiloculaire ,. c'est-à-dire divisée par des cloisons incomplètes, mais close; l'air qu'on y souffle y restant enfermé, et ne s'infîltrant point dans le tissu cellulaire environnant, les parois de la cavité qu'elles forment sont trèsminces et peu résistantes.

Leur texture est fort simple , comme celle des membranes séreuses en général , et ne semble différer de celle du tissu cellulaire que par une condensation un peu plus grande. Il existe très-peu de vaisseaux dans l'épaisseur de ces membranes ; leur surface libre et contiguë est humectée par un liquide onctueux ou mucilagineux trop peu abondant pour qu'on puisse le bien examiner.

Ces membranes et le liquide onctueux qu'elles contiennent, ont évidemment pour usage loclil de favoriser le mouvement des os sous la peau.

Ces bourses se développent de très-bonne heure ; elles existent a l'époque delà naissance, et sont alors très-aisées à apercevoir, à cause du hquide assez abondant qui les humecte.

Leur développement augmente en proportion de l'exercice des parties qu'elles recouvrent : celle de l'acromion , par exemple , devient plus apparente chez les individus -fjui portent des fardeaux sur

DKS MEMBRANES SYNOVIALES DES TE:(DO«S. QC)

l'épaule ; celle du genou est plus développée chez les personnes qui se met lent habituellement à genoux.

§ 202. Elles se forment accidentellement, dans des cas où la peau exerce des frottemens accidentels. M. Brodie parle d'une gibbosité sur laquelle il s'en était développé une à la suite du glissement continuel dont la peau était le siège en cet endroit; on obsei ve la même chose dans les pieds bots , i\ l'endroit où la peau frotte contre le côté saillant du tarse ; on voit encore la même chose après l'amputation de la cuisse , entre le bout de l'os et la cicatrice.

L'hydropisie des bourses synoviales sous-cutanées constitue l'hygroma , alïection anciennement connue, qu'on observe particulièrement au genou, devant la rotule des personnes qui reposent souvent sur cette partie , comme les prêtres, les religieuses , les blanchisseuses de certains pays et les servantes qui se mettent à genoux pour laver, les ramoneurs, etc., et qu'on observe aussi quelquefois , mais moins souvent , dans les autres membranes de la même espèce. L'hygroma peut acquérir un volume considérable. Il disparaît quelquefois trèspromptement sans cause connue, ou après des applications médicamenteuses. J'en ai fait quelquefois la ponction , et j'en ai i^etiré de la sérosité visqueuse. Une injection stimulante, faite après la ponction, détermine souvent l'adhésion mutuelle des parois et l'oblitération de la cavité.

Les bourses synoviales sous-cutanées sont susceptibles de s'enflammer, de suppurer et de former des abcès volumineux, soit après des pressions réitérées, soit après qu'on y a fait une injection.

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