‹ Élémens d'anatomie généraleChapitre 18 sur 72 · DES MEMBRANES TÉGUMENTA1RES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES MEMBRANES TÉGUMENTA1RES EN GÉNÉRAL

§ 241. Les tégumens, quelles que soient leur étendue et leur multiplicité apparente , forment une seule et même membrane , partout continue à ellemême , depuis la peau extérieure jusqu'au fond des dernières ramifications du conduit excréteur de là glande la plus profondément située : cette^membrane a par conséquent une largeur immense. Sa situation est partout extérieure ou superficielle , en ce sens qu'elle est partout située aux surfaces du corps dont elle forme la limite, et qu'elle est partout en contact avec des substances étrangères à l'organisation ; mais une partie seulement est apparente au dehors et enveloppe tout le corps tandis que l'autre partie, cachée, revêt à l'intérieur le canal alimentaire qui parcourt le tronc dans sa longueur, depuis la bouche jusqu'à l'anus. On peut dès lors concevoir la figure de la membrane tégumentaire comme celle d'une enveloppe et d'un canal qui la traverse , continus l'un à l'autre aux deux extrémités ; ou mieux , comme celle de deux canaux , l'un plus large et l'autre plus étroit , emboîtés l'un dans l'autre et continus aux deux bouts, et d;:ns l'intervalle desquels tout le reste du corps est logé. Si l'on voulait employer une comparaison triviale , celle qui conviendrait le mieux pour représenter cette disposition serai& celle d'un manchon ayant en effet deux surfaces séparées par une couche plus ou moins épaisse de substance intermédiaire.

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' § a4a. Outre la peau et la membrane muqueuse du canal alimentaire continues l'une à l'autre aux deux orifices de ce canal , partout continues à elles-mêmes , et qui constituent les deux parties principales de la membrane tégumentaire , cette membrane a un grand nombre de dépendances ou de prolongerons plus ou moins étendus et ramifiés dans l'épaisseur du corps : tels sont, i° les membranes génitale et urinaire , .qui se prolongent dans toutes les cavités des organes de la génération et de la dépuration urinaire ; 2° la membrane pulmonaire, qui tapisse toutes les divisions des bronches ; 3° les membranes qui tapissent les conduits excrétéurs des glandes, soit qu'ils aboutissent à la membrane muqueuse , ou que , comme ceux de la mamelle , ils aboutissent à la peau ; 4° celles des cavités nasales , dfc leurs sinus et des arrière-fosses nasales , des conduits auditifs , du tympan , du sinus mastoïdien et de la surface de l'œil.

Parmi ces prolongemens, tous muqueux , excepté celui du conduit auditif externe, qui est cutané, la plupart aboutissent à la membrane muqueuse et en sont des appendices ou des prolongemens; la peau extérieure au contraire est beaucoup moins compliquée par des appendices de ce genre.

§ 243\ La membrane tégumentaire présente dans sa vaste étendue des différences ou variétés d'apparence , de texture et de fonction , qui pourraient faire douter de son unité, et de sa continuité.

La peau et la membrane muqiuuse, comparées 1 une à l'autre , semblent très-différentes au premier coup d'œil ; mais dans la série animale la différence

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s efface par degrés dans tes animaux les plus simples ; elle est encore assez peu marquée en général' clans les animaux plus élevés qui habitent l'eau. Dans le foetus humain, la différence, quoique réelle, est d'abord peu tranchée. Dans l'adulte même on voit la peau se transformer aisément en membrane muqueuse et celle-ci en peau. Quand, par exemple, une partie delà surface du corps est long-temps soustraite à l'action de l'atmosphère, comme on l'a vu dans des cas de contractures où la jambe était fortement fléchie et appuyée sur la cuisse, et comme on le voit souvent dans-les plis de la peau chez les en fans très-gras , l'épiderme se ramollit et disparaît, la peau finit par sécréter du mucus. D'un autre côté, dans les prolapsus de l'utérus on voit la membrane muqueuse du vagin, et dans lés prolapsus de l'anus naturel ou accidentel, celle de l'intestin , "s'épaissir, se sécher et prendre les apparences de la peau. Dans l'état de san\é enfin , on voit, dans beaucoup de, parties , la peau ne se changer que graduellement et d'une manière insensible en membrane muqueuse : c'est ce qui a lieu aux lèvres de la vulve, au prépuce, à Tandis, au mamelon et aux narines ; ce n'est guère qu'aux paupières et aux lèvres que la ligne de démarcation paraît un peu tranchée. Il n'y a donc point d'interruption réelle, il y a donc au contraire une identité et une continuité véritables , entre les deux parties principales de la rifembrane tégumen taire.

§ 244. Les diverses parties de ces deux portions principales du tégument présentent aussi des variétés assez grandes. Celles que l'on observe entre la peau du dos et celle des paupières, entre celles du crâne , et delà pulpe

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des doigts, par exemple, sont assez grandes; mais elles ne sont ni absolues ni tranchées : il en est à peu près de même dans la membrane muqueuse , et les interruptions que l'on a cru y trouver ne sont qu'apparentes , comme on le verra plus loin (Sect. II.) Les différences que l'on observe entre les diverses parties de la membrane muqueuse , quoique plus marquées que celles que l'on trouve à la peau, ne sont pourtant pas plus réelles. En général le changement d'apparence et de texture est graduel , comme on le voit dans les conduits excréteurs où la membrane va en s'amincissant progressivement et en se dégradant, pour ainsi dire, mais d'une manière insensible. Si l'on comparait la membrane des sinus frontaux et celle de l'estomac , on trouverait certainement de très -grandes différences entre elles , comme entre celles de la langue et de l'utérus ; mais ces différences sont , pour ainsi dire , liées par des gradations intermédiaires. On trouve seulement quelques différences assez brusquement tranchées dans des parties très-rapprochées , mais dont les fonctions sont très-différentes, comme entre l'œsophage et l'estomac , entre le vagin et l'utérus : mais encore là , comme partout ailleurs, ce ne sont que des variétés, qui se réduisent très-facilement en un type unique de texture organique.

§ 245. Les tégumens ont une surface libre et une surface adhérente. La première est tournée en dehors pour la peau , et en dedans pour la membrane muqueuse; c'est l'inverse pour 1$ seconde. La surface adhérente répond à la masse du corps et généralement au tissu cellulaire. Ce tyjsu (§139) forme Là une

couche plus ou moins dense , plus ou moins épaisse ; dans d'autres endroits c'est du tissu ligamenteux ou du tissu fibreux élastique qui double les tégumens ; dans une assez grande partie de leur étendue ils sont garnis ou doublés de fibres musculaires.

§ 246. La membrane tégumentaire , outre les grands appendices et les canaux excréteurs des glandes dont il a été question ( § 242 ), est pourvue d'une multitude innombrable d'autres enfoncemens plus simples et beaucoup plus petits qu'on a nommés follicules, locules, lacunes, cryptes, glandes simples, etc. Ces follicules 1 observés et décrits d'abord dans quelques* points des tégumens par divers anatomistes , et ensuite dans leur ensemble par Malpighi , Boerhaave , Kaau et beaucoup d'autres , existent en effet dans toutes ou presque toutes les parties de ces membranes. Les follicules sont ronds ou obronds , graniformes , d'un volume variable et en général très-petit; ils sont situés en partie dans l'épaisseur de la membrane et font sous sa face adhérente une saillie plus ou moins grande. Ils ont en général la forme d'une petite ampoule dont le goulot ou émissaire plus ou moins allongé • s'ouvre à la surface libre de la membrane. Ils sont formés par cette membrane repliée sur elle-même. et constituant un enfoncement " ou un petit cul-de-sac. C'est à leur présence que sont dues les porosités qu'on

« Voyez: M. Malpighi, Epistola de structura glandularum, etc., inop.postk. - Opusculum anatornicurn de fabricâelandularum , continent binas epistolas H. Boerhaave et F. Ruyschii, etc. , in op. omn. Ruyschii. -A. Kaau , Persptratio dicta Hippocrati, etc. , cap. xï ,-xîï et xni.

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aperçoit à la surface de la peau , au nez surtout, et que sont dues aussi les granulations qui garnissent et soulèvent dans beaucoup d'endroits la membrane muqueuse ; la cavité de ces follicules est extrêmement petite relativement à 1 épaisseur de leurs parois. Ils sont formés par toute la membrane , soit qu'elle conserve son épaisseur ou que celle-ci soit augmentée ou diminuée. Ils sont entourés par un très-grand nombre de ramuscUles vasculaires. La plupart de ces petites ampoules sont simples, discrètes et plus ou moins éloignées les unes des autres ; mais dans certaines parties de la peau, et surtout des membranes muqueuses, on trouve des follicules diversement rassemblés et composés. Outre les follicules dont il vient d'être question, les membranes tégumentaires, et surtout l'interne, présentent beaucoup d'enfoncemens dont l'orifice est aussi large que le fond , et qû'on appelle alvéolaires , et l'une et l'autre présentent aussi un grand nombre de petits enfoncés évasés ou infundibuliformes. Les follicules diffèrent en outre les uns des autres par la nature du liquide qu'ils sécrètent et qu'ils contiennent: ceux delà peau sont appelés follicules sébacés, et ceux du tégument interne follicules muqueux , à cause du liquide qu'ils fournissent ; ceux des membranes muqueuses au voisinage de la peau sont à peu près mixtes.

§247. Les tégumens ont une texture foliée; ils sont, dans une grande partie de leur étendue, évidemment formés de deux couches , le derme et l'épiderme ; dans beaucoup d'endroits on distingue encore une couche assez composée entre ces deux principales ; et , dans un grand nombre de parties, il y a en outré des

24° AXATOMIE GÉNÉHALE.

appendices ou productions saillantes à la surface libre de la membrane.

§ 248. Le derme , quelles que soient les différences qu'il présente dans les deux tégumens et dans leurs divisions, en est toujours la partie la plus profonde, la plus épaisse , celle qui en fait la base , et à la surface de laquelle sont placées, les autres. Il est formé d'une couche de tissu cellulaire fibreux , plus ou moins serré, comme feutré , laissant des interstices par où passent diverses autres parties.

§ 249. Des vaisseaux sanguins et lymphatiques , et des nerfs, plus ou moins nombreux, se distribuent et se ramifient dans l'épaisseur du derme , et surtout à sa face superficielle, où ils.forment des inégalités qu'on appelle papilles , villosités, bourgeons vasculaires , et qui seront plus exactement définis ou décrits à l'article de chacun des deux tégumens.

§ 2.5o. La surface du derme est couverte d'une couche plus ou moins distincte, suivant les parties des tégumens, et qu'on appelle corps muqueux ou réticulaire ; c'est du tissu cellulaire à l'état demi-liquide ou à peine organisé , dans lequel se terminent et d'où naissent les divisions les plus fines des vaisseaux blancs ; cette couche, d'ailleurs assez composée , est le siège de la coloration , et celui des incrustations cornées qui garn issent les tégum ens dans quelques parties. Cette couch e est moins distincte dans les membranes muqueuses que dans la peau.

§ 25 1. L'épiderme enfin est la dernière partie essentielle des membranes tégumentaires , celle qui en forme la surface libre ; c'est une couche album'mcuse excré-

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tée à la surface du corps muqueux. Dans beaucoup de parties des membranes muqueuses 1 épidémie n'est pas distinct, et semble être remplacé par du mucus. Au reste il y a beaucoup de ressemblance, quant à la nature chimique de la matière , entre 1 epiderme et le mucus.

§ 252. Plusieurs parties des membranes tégumentaires sont pourvues d'appendices saillans à leur surface libre: ce sont, pour la peau, les ongles et les poils; et les dents pour la membrane muqueuse.

§ 253. Les tégumens se résolvent presque tout-à-fait en gélatine par la décoction. La coloration très-diverse des tégumens dépend en partie de celle du sang , et en partie d'une matière colorante sécrétée du sang dans le corps muqueux. Leur densité très-variée est à peu près intermédiaire à celle des tissus cellulaire , ligamenteux et élastique. Leur élasticité est assez marquée. Ils jouissent, aussi d'une extensibilité et d'ûne rétractilité lentes , très-grandes. Leur force de formation est trèsdéveloppée. L'irritabilité dont ils jouissent, bien moins évidente que celle des muscles, l'est pourtant beaucoup. Ils sont l'organe essentiel de la sensibilité.

§ 254. L'action organique ou la fonction de la membrane tégumentaire est très-importante , très-complexe, et diverse dans les différentes portions de cette membrane. Comme tégument ou enveloppe, tant interne qu'externe de la masse du corps , elle constitue une barrière que doivent traverser de dehors en dedans toutes les substances étrangères qui entrent dans le corps pour en faire partie, et de dedans en dehors toutes celles qui , après en avoir fait partie , lui » 16 0

deviennent étrangères; ces substances et toutes les antres qui sont en contact avec le tégument, y déterminent des impressions : ainsi cette membrane est un organe de protection on de défense plus ou moins efficace contre l'action des corps extérieurs ; elle est l'organe des absorptions et de toutes les sécrétions extrinsèques, c'est-à-dire dont la matière est prise ou déposée au dehors ; elle est celui de toutes les sensations externes et des sentimens de besoin et d'appétit ; et enfin même, par ses appendices, elle est quelquefoisun organe offensif ou d'agression. Mais, suivant les variétés de sa texture, les fonctions de cette membrane varient dans les diverses régions ; ainsi la membrane muqueuse est beaucoup mieux disposée pour la sécrétion et l'absorption que la peau, et celle-ci est mieux accommodée aux sensations et à la défense du corps , que la première. Quelques parties sont spécialement disposées pour la sensation, et même pour telle ou telle sensation, d'autres pour l'absorption , d'autres encore pour l'excrétion , d'autres pour la génération , d'autres pour la respiration , etc.

§ a55. L'étendue immense de la membrane tégumentaire , le nombre et l'importance des fonctions dont elle est le siège et l'instrument, en rendent la considération très-importante, tant en santé qu'en maladie. Il existe entre les deux principales parties dont elle est composée la relation la plus intime , et qui , à certains égards , a été aperçue par les plus anciens observateurs x, qui savaient que l'abondance de la sécré-

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