‹ Élémens d'anatomie généraleChapitre 19 sur 72 · DES MEMBRANES TEGTJMENTA1KES · texte numérisé non relu

DES MEMBRANES TEGTJMENTA1KES

tion muqueuse est généralement en raison inverse de la sécrétion cutanée. L'observation a appris que le bon état de la peau coïncide avec un bon état de la membrane muqueuse , et que, par exemple , les personnes qui ont la peau très-blanche et d'une texture fine et délicate , sont très-exposées aux maladies de la peau et de la membrane muqueuse , et Surtout aux flux de ces deux membranes. Elle a appris aussi que* chaque partie de la peau sympathise avec toute la membrane muqueuse , et spécialement avec telle ou telle partie de cette membrane. Il existe également la relation la plus intime entre les tégumen&et la masse du corps, et réciproquement; relation que l'observation fait journellement apercevoir , que les causes morbifiques mettent continuellement en jeu , que la séméiotique observe , et dont le médecin praticien essaie de tirer parti.

§ 256. L'embryon , avons-nous déjà dit , se forme tout entier sur ces membranes : la membrane vitellaire ou intestinale est la première partie apparente dans l'œuf; c'est par son prolongement vers l'estomac et vers l'anus que se forme l'intestin. La seconde partie apparente est l'allantoïde ou la membrane vésicale ; c'est par son extension que se forment les voies urinaires et les organes génitaux. La peau extérieure se forme ensuite : d'abord largement ouverte en avant du tronc , elle vient se clore dans la ligne médiane de l'abdomen, et définitivement autour de l'ombilic. Dans les deux sexes il y a une différence de conformation assez grande dans la portion génito-urinaire des tégumens, et une différence de développement dans celle des conduits excréteurs de la mamelle. Il y a , en outre,

une différence d'épaisseur et de coloration dans la peau extérieure. Ces différences sont très-marquées dans les races de 1' espèce humaine , et assez tranchées encore dans divers individus.

§ 257. Les altérations morbides sont très-nombreuses dans les différentes parties de la membrane tégumentaire. Les productions accidentelles cutanées et muqueuses»sont assez fréquentes. Les reproductions de tégumens ou les cicatrices s'observent souvent aussi. Les vices de conformation , les altérations de texture et de fonctions , les productions accidentelles analogues ou non aux tissus sains , les transformations de tissu , etc., s'observent souvent aussi dans les tégumens; mais leur description sera mieux placée après chacune des deux membranes : il en sera de même de leurs altérations cadavériques.

§ 258. Les tégumens accidentels doivent , au contraire , être décrits ici , parce que d'une part, leur production présente beaucoup d'analogie dans l'un et dans l'autre tégumens ; d'un autre côté parce que , dans la production d'une cicatrice extérieure , le nouveau tissu ressemble, pendant une époque de sa formation, à la membrane muqueuse , et plus tard à la peau ; et parce qu'enfin dans quelques cas on trouve l'apparence et la texture de la peau dans une partie, et celle de la membrane muqueuse dans une autre partie de la même production ; telles sont , par exemple , les membranes des fistules.

Toutes les fois que, soit par une lésion mécanique, soit par l'effet d'une cautérisation , de la gangrène ou de l'ulcération , il y a eu destruction des tégumens et

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même des parties sous-jacentes , à une profondeur plus ou moins grande , il se produit un nouveau tégument semblable , ou au moins très-analogue à celui qui a été détruit, et toujours le même , dans toute son étendue, quelle que soit la diversité des parties mises à découvert i et qui doivent en être revêtues. Après des phénomènes primitifs , divers suivant la diversité des causes destructives , il s'en présente une série de secondaires toujours les mêmes : ce sont, i° la production d'une couche plastique comme celle des agglutinations ; 2° la formation de bourgeons ou granulations, et la sécrétion du pus j 3° enfin , la cessation de cette sécrétion et l'achèvement de la cicatrice. Les phénomènes de la cicatrisation commencent par la déposition d'une couche plastique semblable à celle qui constitue les fausses membranes. Cette couche, d'abord inorganique et bientôt organisée , se couvre de petites granulations coniques , rouges , et constitue alors la membrane des bourgeons charnus ; cette membrane est cellulaire , vasculaire, très-contractile , sensible , absorbante, sé, cretant du pus , très-prompte à se détruire'par l'ulcération, et très-prompte à se reproduire. Cette membrane se contracte, se rétrécit continuellement, la sécrétion du pus y diminue par degrés, y cesse tout-à-fait, et lors elle se recouvre, soit d'un épiderme distinct, soit ^ mUCUS' SU1Vant les Kefe, et elle constitue un té<m-

ZZZ^T trèS-anal°^e et *«%-fois -ut-à-L semblable a 1 ancien. Cependant cette membrane, outre

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§ 259. Il se forme dans les abcès , et surtout dans les abcès chroniques, une membrane qui circonscrit le pus et qui a beaucoup de ressemblance avec la membrane muqueuse ; elle aquiert une ressemblance plus grande encore quand l'abcès est ouvert et qu'il reste la source d'un ulcère fistuleux ; il en est de même encore dans les ulcères de ce genre qui sont entretenus par une nécrose ou par la présence d'un corps étranger ; il en est de même enfin dans les véritables fistules ou canaux accidentels qui naissent d'une cavité muqueuse naturelle. Dans tous les cas, le trajet est revêtu dans toute son étendue par une membrane fongueuse, molle, muqueuse , en un mot , découverte par Hunter dans les fistules à l'anus. A son orifice à la peau , si c'est à cette surface qu'il aboutit , le canal muqueux de la fistule est pourvu, jusqu'à une certaine profondeur, d'un épiderme distinct qui se continue avec celui de la peau.

SECONDE SECTION

§ 260. La membrane tégumentaire in terne ou la membrane muqueuse a reçu ce dernier nom, d'abord dans les fosses nasales (fiv%at, narines) , à cause du mucus (^x, morve ,pituitej qu'elle fournit. Elle constitue un tégumenthumide qui revêt toutes les cavités communiquant au dehors , lesquelles toutes reçoivent ou rejettent des substances étrangères. Considérée d'abord dans chaque organe creux comme sa membrane interne particulière , et n'ayant pas d'autre nom ; appelée ensuite villeuse ou fongueuse , pulpeuse , poreuse , villoso-papillaire

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dans le canal alimentaire, pituitaireou muqueuse dans le nez et dans le gosier; les anatomistes ne tardèrent pas à y apercevoir à peu près partout des follicules, ce qui lui fit.donner le nom générique de glanduleuse, et à remarquer la ressemblance du mucus nasal et intestinal avec l'humeur onctueuse de la trachée et des bronches , et même l'analogie du mucus et de 1 epiderme; dès lors l'identité des diverses parties de cette membrane fut connue. Les pathologistes, et surtout M. Pinel, l'avaient déjà remarqué en faisant l'histoire des catarrhes. Cependant aucune description générale et satisfaisante de cette membrane n'avait été donnée avant Bichat *, Depuis lui, les anatomistes et les pathologistes se sont à peu près généralement accordés à adopter ses idées sur cet objet, excepté Gordon, qui a trouvé des différences trop essentielles entre les diverses membranes muqueuses pour les comprendre dans une description commune.

§ 261. La membrane muqueuse forme un tégument interne à toutes les cavités ouvertes au dehors ; sa partie la plus importante forme un revêtement à tout le canal alimentaire, depuis la bouche jusqu'à l'anus ; le reste de cette membrane constitue des prolongemens ou des appendices prolongés en cul-de-sac et plus ou moms profondément étendus et ramifiés dans la masse du corps, et aboutissant par leur embouchure, soit à la peaumerne, soit à la peau interne. Elle forme ainsi un immense tégument interne bien plus étendu que •a peau. 1

' ïraitédes membranes. Paris, an VIU.

§ 262. La membrane muqueuse présente, comme la peau , une surface adhérente et une surface libre ; la surface adhérente ou externe est en général revêtue d'une couche de tissu cellulaire fibreux particulier, auquel Ruysch et beaucoup d'autres anatomistes ont donné le nom de membrane nerveuse, que Albinuset Haller ont démontré être du tissu cellulaire , et que Bicliat a nommé tissu cellulaire sous - muqueux. Ce tissu est serré , fibreux, blanc ? ne contient jamais de graisse , et rarement de la sérosité infiltrée; il est parcouru par un grand nombre de divisions fines des vaisseaux et des nerfs. Plusieurs anatomistes l'ont assimilé au derme de la peau. Quoi qu'il en soit, c'est à lui que les organes creux doivent en grande partie leur solidité. La membrane muqueuse est de plus doublée dans toute l'étendue de son canal principal et dans plusieurs de ses divisions par un plan musculaire, espèce de muscle peaucier interne ; dans quelques endroits, c'est un tissu élastique qui double les membranes muqueuses , c'est ce qu'on voit dans le canal aérien et dans les conduits excréteurs; ailleurs, un véritable tissu ligamenteux, comme le périoste des fosses nasales, des sinus, du palais, des alvéoles, double cette membrane, et en forme une membrane fibro-muqueuse.

§ 263. La surface libre de la membrane muqueuse présente des valvules , des plis et des rides formés par toute l'épaisseur de la membrane redoublée sur elle-même. Les valvules sont formées par la membrane muqueuse repliée, par le tissu sous-muqueux et par des fibres musculaires contenues dans le repli : c'est ce qui a lieu au

pylore, à l'embouchure de l'intestin grêle dans le gros intestin , au voile du palais, à l'orifice du larynx, etc. Les plis ne contiennent dans leurépaisseur que dutissu sousmuqueux, mais ils sont constans comme les valvules et ne s'effacent jamais ; tels sont les nombreux replis de l'intestin grêle, qu'on appelle valvules conniventes ; les rides, au contraire, sont des replis accidentels ou momentanés, dans lesquels la membrane muqueuse est en réserve pour des dilatations futures des organes, ou bien qui dépendent de ce que l'organe ayant été dilaté et étant revenu sur lui-même, la membrane muqueuse s'est trouvée en excès sur la membrane musculaire,- telles sont les rides longitudinales de l'œsophage et de la trachée, les rides irrégulières de, l'estomac quand il est contracté , les rides régulières du vagin et du col de l'utérus, etc.

S 264. La surface libre de la membrane muqueuse présente aussi des enfoncemens ou des dépressions de divers genres et des saillies papillaires et villeuses. Mais ces divers objets, quoique très-généralement répandus dans la membrane, n'existent pourtant pas, ou du moins ne sont pas, à beaucoup près, également apparens, dans tous les points de son étendue. On trouve à la surface de la membrane des enfoncemens infondibuliformes, cellulaires ou alvéolaires; ils existent au maximum de leur développement dans le bonnet, second estomac des ruminans, que, pour cette raison, on appelle le réseau; ils existent aussi, mais beaucoup plus petits et microscopiques , dans une grande partie des voies alimentaires, et surtout dans l'œso- Pnage, l'estomac et le gros intestin de l'homme, où ils

ont été aperçus et indiqués par Fordyce , Hewson décrits et figurés par M. Ev. Home.

§ 265. Les follicules ou les cryptes 1 ne diffèrent de ces enfonceraens alvéolaires, que parce qu'ils ont un orifice très-étroit, un goulot ou émissaire plus ou moins prolongé et un fond renflé en ampoule , et logé dans le tissu sous-muqueux , où ils font saillie. Ils sont formés par la membrane renversée sur ellemême, et renforcée à l'extérieur par du tissu cellulaire dense et pourvue de beaucoup de petits vaisseaux. Ils sont très -généralement (répandus, cependant leur nombre .varie suivant les parties ; ils sont très-petits , en général, mais leur volume varie aussi beaucoup. Les uns sont simples et discrets; d'autres aboutissent dans un canal commun dont ils sont comme des rameaux ; d'autres aboutissent dans un orifice commun et dilaté appelé lacune : tel est le trou de la base de la langue, telles sont les lacunes de l'urètre, du rectum, etc.; d'autres sont agrégés ou agminés, comme -la caroncule lacrymale, la glande arythénoïde, les glandes agminées de l'iléum, etc; d'autres enfin sont composés et pourvus de lacunes multiples ou de conduits ramifiés, et ressemblent beaucoup aux glandes, tels sont les tonsilles, les glandes molaires, la prostate , les glandes de Cowper, etc.

§ 266. Les petites éminences appelées papilles et villosités que l'on aperçoit à la surface libre de la membrane muqueuseq>araissent avoir pour but, comme les

1 Peyer, de Glandulis intestinalium. Amstel. 1681. — J. C. Brunner, de Glandulis duodeni. Franco/. 1715.

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enfoncemens dont il vient d'être question , et avec lesquels ils sont en rapport inverse de nombre, de multiplier la surface ; mais aussi , dans l'une comme dans l'autre de ces dispositions, la texture et les fonctions de la membrane sont notablement modifiées. Ces éminences, appelées villosités par suite de la comparaison faite par Fallope , de la membrane interne des intestins avec le velours, et papilles à cause de la ressemblance qu'on a cru leur trouver avec un bouton ou mamelon , ne diffèrent pas essentiellement entre elles ; les unes et les autres sont des saillies de la membrane plus ou moins fines , et la plupart à peine visibles à l'œil nu.

Les plus volumineuses parmi ces éminences sont appelées papilles ; telles sont celles qui remplissent la cavité des dents, et qu'on nomme communément leur pulpe; telles sont cellès, plus petites, qui bérissent la surface de la langue dans ses deux tiers antérieurs, celles plus petites encore que l'on aperçoit au gland du pénis et du clitoris , etc. Ces éminences appartiennent au corium de la membrane muqueuse, pourvue dans ces endroits- d'une très-grande quantité de filets nerveux, et de ramuscules de vaisseaux sanguins, parmi lesquels les veinules offrent une disposition érectile. Dans les parties pourvues de papilles , la membrane muqueuse est garnie d'un épiderme distinct que l'on appelle épitbélium , par la raison même qu'il recouvre les papilles.

§ 267. Les villosités dont l'existence est très-générale, mais qui ne sont nulle part plus nombreuses', plus grandes, plus apparentes que dans la moitié pylorique de 1 estomac, dans l'intestin grêle, et surtout encore

dans le commencement de cet intestin , sont des éminences plus fines encore que les papilles.

Ces villosités, que l'on peut à juste titre appeler les radicules des animaux, sont des petits prolongemens foliacés de la membrane interne des voies digestives, dont la forme et la longueur varient dans les différentes parties de ce canal , et que l'on peut en général comparer aux plis transverses ou valvules conniventes des intestins, à la différence près du volume. Les villosités 1 aperçues par Falloppe, par Azelli , etc. , décrites et représentées par Helvétius, Lieberkùhn*, Hedwig, Rudolphi Meckel , Buerger, et plusieurs autres anatomistes, existent surtout dans l'intestin grêle; on les trouve moins longues et moins nombreuses dans l'estomac et dans le gros intestin. Pour les bien apercevoir il faut prendre une partie de l'intestin non encore altérée par la putréfaction, l'ouvrir avec précaution > l'humecter de quelques gouttelettes d'eau jusqu'à ce que la surface en soit entièrement couverte, et l'examiner avec une lentille qui en augmente d'environ quarante fois le diamètre.

§ 268. Je me suis aussi servi avec beaucoup d'avantage, pour faire cette observation et d'autres analogues ,

« Voyez , entre autres, Helvétius , Mém. de l'Acad. des Se. Paris, 1721. — J. N. Liebernkiïhn. de Fabr. et act. Villos. Intest. hom. Lugd. bat. 17 44- 4°- - R- A. Hedwig.^"^ Lieberkùhuii, physico-micros. Lips. 1797- 4°-— c- A Rudolphi. in Reils Archiv. der physiol. IV. et Anat-phystol. auhandl. Berol. 1802. — • J. F. Meckelm Deutsches Archiv fur die physiol. 111. - et H. Buerger, Examen microsc. Vdlos. intestin, cum iconibus , Halœ , 1819, 8 .

d'un petit appareil composé d'une sphère en verre de glace, d'un petit diamètre, ouverte dans un quart de sa surface, et d'un opercule un peu plus grand que l'ouverture, et couvert d'une couche mince de cire. On fixe la partie que l'on veut observer sur la cire avec de petites épingles, on la plonge dans de l'eau, ainsi que la sphère ouverte, que l'on remplit de ce liquide, et qu'on appuie ensuite sur l'opercule. On retire l'appareil, et l'on a alors la pièce que l'on veut examiner recouverte d'une petite masse d'eau lenticulaire qui en augmente le diamètre.

§ 269. Examinées par l'un ou l'autre de ces deux procédés, les villosités ne paraissent ni coniques, ni cylindriques , ni canaliformes , ni renflées au sommet , comme plusieurs auteurs les ont décrites; mais bien plutôt sous la forme de folioles, de laminules, dont le nombre est tel, qu'elles offrent l'image d'un gazon abondant et touffu. Ces folioles , diversement ployees, et vues par conséquent sous des aspects divers, paraissent de forme variable. Leur forme d'ail leurs, n'est pas partout la même; celles de la moitié pylonque de l'estomac et du duodénum, plus lar.es' que longues, constituent des petites lames- celles du jéjunum longues et étroites, méritent mieux le nom de villosités, et vers la fin • 1,

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mais seulement dans leur subtance gélatiniforme on aperçoit des globules microscopiques disposés en séries linéaires, et à leur base des ramuscules de vaisseaux sanguins et lymphatiques , d'une excessive ténuité.

§ 270. La texture et la composition anatomique de la membrane muqueuse présentent beaucoup de variétés ou de différences , suivant les endroits. La disposition foliée ne peut être démontrée dans toutes les parties de la membrane, et existe, au contraire, manifestement dans quelques points.

Dans la plus grande partie de son étendue, la membrane consiste uniquement en un tissu spongieux, plus ou moins mou, et dont l'épaisseur varie beaucoup. Il faut remarquer, à cet égard , que dans le fœtus trèsjeune, et dans les animaux inférieurs dans la série, la peau externe elle-même présente ce caractère de simplicité. Quant à l'épaisseur, elle offre une diminution successive depuis les gencives , le palais , les fosses nasales, l'estomac, les intestins grêles et gros, la vessie biliaire et la vessie urinaire jusqu'aux sinus et aux divisions des conduits excréteurs, où sa ténuité devient extrême. C'est dans cette partie essentielle de la membrane et à sa surface que se ramifient les dernières divisions des vaisseaux , c'est de sa surface libre que s'élèvent les villosités.

§ 27.1. On y trouve peu de traces d'une couche distincte de corps muqueux, à moins qu'on ne regarde comme telle la couche de liquide coagulable qui sépare les papilles de la langue de 1'épiderme , qu'on ne considère comme y appartenant la surface gélatiniforme des villosités, qu'on n'admette comme des preuves de

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son existence les éphélides ou taches diversement colorées qu'on trouve quelquefois dans les tégumens du gland et de la vulve, ainsi que les productions cornées accidentelles imparfaites qu'on observe plus souvent encore dans les mêmes parties sous forme de végétations , et qu'on nomme poireaux.

L'existence de 1 epiderme est beaucoup plus manifeste , sans pourtant être générale.

§ 272. L'épiderme ou l'épithélium est très-apparent aux orifices des cavités muqueuses ; il l'est moins dans les parties profondes de ces cavités , et finit par n'y être plus apparent. Y existe-t-il cependant? Haller et autres ont pensé qu'il en était ainsi, et que les excrétions accidentelles membraniformes en sont une preuve. Tous les pathologistes savent aujourd'hui que de pareilles excrétions sont ordinairement des résultats de l'inflammation couenneuse ou plastique ; et quelquefois des escharres. On a voulu tirer la même conclusion du fait des anus contre nature avec renversement de l'intestin , dans lesquels l'épiderme devient très-apparent : mais cela prouve seidement que la surface libre de la membrane muqueuse est couverte d'une substance quia beaucoup d'analogie avec l'épiderme , et qui est trèsdisposée à subir cette transformation.En s'en rapportant à ce que l'observation apprend , et en faisant usage de la dissection , de la décoction et de la putréfaction, pour séparer l'épithélium , on le trouve très-distinct jusque dans l'œsophage, et finissant brusquement à la réunion de ce canal et de l'estomac, et de même trèsdistinct dans le vagin, et cessant tout à coup sur les lèvres de l'orifice de l'utérus; interruptions aperçues

depuis long-temps, et données mal à propos, par quelques modernes , comme des preuves de l'interruption de la membrane muqueuse elle-même. Dans d'autres parties , comme les fosses nasales et l'extrémité inférieure du canal alimentaire, la diminution d'apparence de l'épithéliam est graduelle, insensible, et il est impossible d'en assigner exactement les limites. Dans les endroits où il est distinct, il s'enfonce en s'amincissant dans les follicules et y disparaît. Dans les endroits dépourvus d'un épitbélium distinct , la surface libre de la membrane estrenduite d'un vernis muqueux, que dès le temps de Vésale, et même de Rhazès , on comparait à la couverte ou à l'étamage des vases, et dont Glisson a fait remarquer, du moins quant aux fonctions, l'analogie avec l'épiderme.

§ 273. Le tissu cellulaire qui forme le corium de la membrane muqueuse n'a point, comme le tissu du derme cutané, une disposition régulièrement aréolaire; il est plutôt spongieux ou fongueux. Les vaisseaux sanguins et lymphatiques y sont abondans. Ses nerfs proviennent, en général, du nerf grand sympathique et du pneumo-gastrique. A toutes les ouvertures naturelles, la membrane muqueuse a des nerfs provenant de la moelle.

§ 2^4- La couleur de la membrane muqueuse varie depuis le blanc jusqu'au rouge , et, outre les nuances intermédiaires, elle présente encore quelques autres variétés de coloration. Cette couleur est, pour la plus grande partie au moins, due au sang qui circule dans son épaisseur, car l'asphyxie et la syncope colorent en brun ou décolorent à l'instant les parties de cette mem-

brane qui sont visibles par leur situation. Sa consistance est, en général, mollasse et comme fongueuse. Son épaisseur varie beaucoup , sa ténacité est médiocre. La membrane muqueuse s'altère promptement par la putréfaction , et le tissu sous-muqueux plus vite encore, car elle se détache alors très-facilement. On ne sait pas si elle est susceptible de former du cuir par l'action du tannin.

§ 273. Elle a une force de formation très-développée ; quand elle a été détruite, elle se reproduit promp tement et avec tous les caractères du tissu naturel. Elle est un peu irritable, et jouit de la contractilité tonique à un degré plus marqué que le tissu cellulaire. Sa sensibilité est obscure et vague dans la plus grande partie de son étendue. Enflammée même elle ne donne pas lieu, en général, à des douleurs vives. Elle est très-sensible aux orifices naturels ; et à l'entrée des voies alimentaires et respiratoires , elle.est le siège d'une sensibilité spéciale.

§ 276. Ses actions organiques ou fonctions sont :

i° L'absorption, qui est très-active, générale, et dont les villosités sont les agens les plus actifs, mais non les seuls ;

20 La. sécrétion, qui est perspiratoire et folliculaire, et dont les produits , assez divers suivant les parties , sont pourtant, en général,, connus sous le nom de mucosités ;

3° Dès mouvemens de contractiontonique, renforcés dans beaucoup d'endroits par l'action du tissu élastique, et même par l'action des fibres musculaires dont cette membrane est doublée dans beaucoup de points -

5t58 ANA.TOMIE GENERALE.

4° Des sensations , plus ou moins distinctes ou obscures, générales ou spéciales, et des sentimens de besoin ou des appétits.

§ 277. Les mucosités ou les humeurs muqueuses que l'on trouve à la surface du tégument interne sont, pour la plus grande et la principale partie, composées de mucus. Le mucus animal très-analogue au mucilage végétal , mais contenant de plus que lui de l'azote , est un des principes immédiats des animaux : il se trouve, soit à l'intérieur, dans le produit de la sécrétion muqueuse, soit à l'extérieur, dans 1 epiderme, les poils et les parties cornées, dont il constitue une partie considérable. A l'état liquide et pur, il est blanc, visqueux, transparent, inodore, insipide; il contient neuf dixièmes de son poids d'eau ; il est insoluble dans l'aleohol, soluble dans les acides, non coagulable comme l'albumine , et non congélable comme la gélatine; il est précipité par l'acétate de plomb; à l'état sec, il est demi-transparent, fragile, insoluble dans l'eau, difficilement soluble dans les acides.

M. Berzélius a trouvé la mucosité identique dans les narines et dans la trachée , et composée comme il suit : eau 3 933,9; matière muqueuse, 53,3 ; hydrochlorate de potasse et de soude, 5$; lactate de soude et matière animale, 3,o; soude, 0,9; [phosphate de soude, albumine et matière animale, 3,3.

Dans les analyses des autres mucosités données par ce savant, et dans celles de MM. Fourcroy et Vau-

i Voyez Fourcroy et Vauquelin, Annales du Mus. d'hist. nat. vol. XII. — Bostock, Medico-^.hir. transact. vol. IV. — Berzélius, ibid. vol. IIÏ,

DE LA MEMBRANE MUQUEUSE. 25ç

quelin, on trouve d'assez grandes différences, qui tien nent les unes à la variété des parties où la mucosité a été recueillie, et où elle avait éprouvé divers mé langes; les autres à la variété des individus affectés de dxverses maladies. En effet, bien que le mucus soit identique, la mucosité n'est ni toujours, ni partout la même ; en général elle coagule le lait.

§ 378. Les fonctions delà membrane muqueuse sont dans une l;aison très-intime avec celles des autres parles. Dansl état de santé, l'action nerveuse, la circula-

2 S de la ^ etC"infl-nt manifeste-

ment sur les fonction, de la membrane muqueuSe et réciproquement. Dans l'état de maladie, la membrane muqueuse produit des effets sympathiques «tréTe ment emarquables? ^ en ^ "

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2ÔO ANATOMIE GENERALE.

elles sont aussi nombreuses , quoique plus courtes , clans le gros intestin que dans le grêle. Celles du gros intestin deviennent ensuite de moins en moins nombreuses jusqu'à la naissance. Il est à remarquer que dans les reptiles les villosités sont remplacées par des petits plis longitudinaux.

§ 280. Les différences de la membrane muqueuse, suivantles sexes, les races et les individus, ne se prêtent point à une description générale; si l'on excepte toutefois la différence de conformation des parties génitales et urinaires dans les deux sexes. La membrane muqueuse du canal digestif est plus épaisse dans l'espèce humaine que dans les mammifères carnivores, mais plus mince que dans les herbivores ; au contraire, la . tunique péritonéale de l'intestin est plus mince dans les herbivores, et plus épaisse dans* les carnivores que dans l'homme.

§ 281. Les dents, comme on l'a déjà dit, sont des dépendances de la membrane muqueuse de la bouche, prolongée dans les alvéoles jusqu'à la papille ou pulpe dentaire, dépendances que l'on peut rapprocher des appendices pileux et cornés de la peau externe.

§ 282. La membrane muqueuse est sujette à des altérations morbides extrêmement nombreuses ^t trèsvariées : elle participe aux vices de conformation primitifs et acquis des organes dont elle fait partie, ainsi qu'à leurs déplacemens. Elle éprouve aussi elle seule, surtout dans l'œsophage, l'intestin et la vessie, des déplacemens plus ou moins étendus, à travers le tissu sous-muqueux éraillé ; cela constitue de faux diverticules. La membrane muqueuse présente encore d'autres prolongemens dépendans et de son allongement et de

la laxité da tissu sous-muqueux; tels sont certains prolongemèns des plis ou valvules conniventes, de la luette, les chutes de l'anus, du vagin, etc. Certains polypes ne paraissent aussi être qu'une végétation ou hypertrophie de la membrane et du tissu sous-muqueux ; mais le plus ordinairement il y a production d'un tissu accidentel. On doit regarder comme une hypertrophie de cette membrane et de ses follicules des tumeurs des paupières, de l'amygdale et delà luette vésicale.

§ 283. La membrane muqueuse est très-sujette à un flux séreux et muqueux , qui constitue les phlegmorhagies et les blennorhées sans inflammation. Le tissu sous-muqueux lui-même est sujet,, quoique cela soit rare, à un œdème, ou infiltration séreuse. Cette membrane est fréquemment le siège d'hémorrhagies ou de flux sanguins; le tissu sous-muqueux est aussi quelquefois ecchymose. Il- n'est pas douteux qu'elle soit aussi le siège de flux gazeux.

§ 284- L'inflammation s'y montre très-fréquemment et sous toutes ses formes. Ses caractères anatomiques sont une augmentation delà rougeur, qui va quelquefois jusqu'au brun; un degré d epaississement en général assez faible, mais variable, et proportionné à la durée de la maladie; un ramollissement plus ou moins marqué ; et quelquefois une augmentation énorme des villosités. Le résultat le plus commun de cette inflammation est une augmentation de quantité et un changement des qualités du mucus. Souvent cette inflammation çatarrhale dégénère en phlegmorhée ou en blennoihée. L'inflammation supurative y a assez fréquemment lieu aussi; la membrane , sans être ulcérée, sécrète du mucus et du pus, ou bien même du pus

tout pur. On trouve aussi quelquefois des abcès dans le tissu cellulaire sous-muqueux. L'inflammation couenneuse ou plastique y est moins fréquente. Cependant on l'observe fréquemment dans les voies aériennes où elle constitue le croup , et assez souvent dans les voies alimentaires , dans les intestins , la vessie , l'urèthre, et même quelquefois aux yeux. Ordinairement la matière organisable est excrétée en lambeaux ou en membranes assez grandes et assez consistantes pour avoir été quelquefois prises pour la membrane interne de l'estomac] ou de la vessie, etc.; ou bien le malade meurt avant l'oi'ganisation; d'autres fois, au contraire, la membrane nouvelle s'organise et s'unit à la surface de l'ancienne; ou bien encore elle contracte des adhérences avec elle-même, et forme ainsi des brides muqueuses qui traversent en plus ou moins grand nombre et rétrécissent plus du moins la cavité qu'elles occupent.

§ a85. L'inflammation de la membrane muqueuse n'est pas toujours érythémateuse et uniformément étendue à sa surface; elle a quelquefois la forme de plaques rouges isolées, et plus souvent celle d'un exantbême boutonné, soit que les petites élévations soient discrètes , soit qu'elles soient agminées ou confluentes. On sait que cela s'observe quelquefois, mais non toujours , sur la membrane muqueuse des voies digestives et respiratoires des individus morts pendant la petite vérole , et que cela même a été regardé comme une variole interne 1 . Cet exanthème interne boutonné, qui paraît consister en une inflammation bornée aux

1 Voyez Wrisberg, in sylloge Comment, p. 52. — G. Blane, in transact for the improvement of mcd. and chir. knowl. vol. III, p. 423-428.

follicules , a été particulièment observé par M. Bretonneau dans une épidémie d'entérite, dont il est à regretter qu'il n'ait pas encore publié la description.

§ 286. La gangrène a lieu quelquefois, et l'ulcération fréquemment , dans la membrane muqueuse, surtout après l'exanthème dont il vient d'être question. Après l'une et l'autre de ces causes de destruction , si l'individu survit, il se forme promptement, et avec tous les caractères de l'ancienne membrane, une membrane nouvelle dans les endroits détruits. On a déjà dit que la membrane des abcès, spécialement celle des abcès chroniques, et surtout celle des clapiers des environs de l'anus, est, ainsi celle que des bourgeons charnus, une membrane muqueuse, comme celle des fistules. Les membranes séreuses et synoviales qui supurent revêtent le même caractère. Quand, au contraire, une cavité muqueuse est obturée et devient le. siège d'un hydropisie, la membrane prend l'aspect des membranes séreuses : c'est ce qu'on voit arriver à la trompe utérine, aux sinus maxillaires, et moins complètement à la vésicule biliaire et au conduit de la glande sousmaxillaire. Certains kystes appartiennent aussi, par leur texture et par leur humeur, à la membrane muqueuse; tels sont surtout les athéromes; mais , comme on le verra un peu plus loin , souvent les athéromes sont des follicules de la peau, et ce n'est alors qu'une légère transformation.

§ 287. La membrane muqueuse est sujette aux diverses sortes de productions accidentelles , soit saines , soit morbides. Quelquefois la membrane muqueuse naturelle du vagin renversée, celle du prépuce dans le cas

2"4 AISL1TOM1K GÉNÉRALE.

de phymosis, souvent celle des fistules, et surtout dans le poumon, devient plus ou moins parfaitement cartilagineuse, et quelquefois. même osseuse, soit par transformation , soit par production nouvelle. On a observé quelquefois des kystes séreux, soit dans son épaisseur, soit au-dessous d'elle. On trouve des poils accidentels à la surface de cette même membrane. On y trouve également des productions cornées imparfaites ou des poireaux. Les tumeurs graisseuses, quoique rares dans le tissu sous-muqueux, y ont été quelquefois observées. On observe des productions érectiles dans ce même tissu sous-muqueux, souvent autour de l'anus, et quel-, quefois dans d'autres parties du canal intestinal. Enfin les productions morbides s'y observent fréquemment.

§ 288. Les altérations cadavériques de la membrane muqueuse ont déjà été en partie indiquées § 274- Cette membrane se colore quelque temps après la mort par la pénétration des humeurs qui la recouvrent. Ainsi elle est jaunâtre dans l'intestin vis-à-vis les fèces; elle offre des lividités qui correspondent aux plus grosses veines sous-muqueuses, elle devient verdâtre dans la vésicule biliaire, etc.

Dans certains genres de mort, elle est dans quelques parties internes le siège de congestions sanguines ou séro - sanguinolentes. Dans' la mort par apoplexie, par hydro thorax, et surtout par strangulation, dans les cas , en un mot, où la respiration est gênée avant la mort, il arrive fréquemment que la congestion, après avoir été d'abord bornée aux veines sous-muqueuses et puis aux vaisseaux de la membrane elle-même, aille enfin jusqu'à l'hémorrhagie dans l'estomac et l'intestin,

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comme Boerhaave et Morgagni l'avaient déjà annoncé, comme M. Yelloly 1 l'a observé, et comme je l'ai vu moi-même plusieurs fois après ce dernier genre de mort, soit sur l'homme, soit sur des animaux. On distingue aisément cette congestion de l'inflammation , par l'absence de tout produit morbide, muqueux, purulent ou couenneux à la surface de la membrane, par les autres phénomènes cadavériques dépendans de la stase du sang dans le côté droit du cœur, et spécialement par l'état de la peau, qui offre aussi, comme la membrane muqueuse , des lividités et quelquefois des ecchymoses.

TROISIÈME SECTION

§ 289. La peau , pellis, cutis, corium, foppct, constitue le tégument externe; c'est une membrane composée, garnie de divers appendices, qui enveloppe et protège le corps, et qui remplit plusieurs autres fonctions importantes.

§ 290. Galien a donné quelques observations sur la structure, et surtout sur les fonctions de la peau. L'auteur anonyme de l'Introduction anatomique, et ensuite Avicenne , ont les premiers parlé du pannicule charnu. Vésale et Columbus croyaient encore que la peau est percée aux ouvertures naturelles; mais Casserius, comme on l'a déjà vu, avait observé, qu'elle se continue dans les narines et dans la bouche; on lui doit aussi une figure de l'épiderme séparé du derme. J. Fa-

' Medio-chirurg. Transact. vol. iv, p. 371.

brice a décrit avec beaucoup de détails et d'exactitude les appendices ou les diverses dépendances de la peau des animaux. Depuis lors, les observations des anatomistes sur cet organe se sont beaucoup multipliées *.

ARTICLE PREMIER

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