DU TISSU ÉRECTILE
Les papilles, celles de la langue particulièrement , consistent en filamens nerveux renflés, mous, dépouillés de nevrilemme , entremêlés d'une innombrable quantité de vaisseaux capillaires sanguins, serpentans, recourbés en arcade, anastomosés entre eux, et le tout enveloppé et rassemblé par un tissu cellulaire , mou et mucpieux. Dans l'état de repos ces papilles sont petites, molles, pâles, peu distinctes; dans l'état d'érection, au contraire, elles sont aggrandies , redressées rouges, gonflées par le sang, et très-sensibles.
Le mamelon, ou la papille de la mamelle, ne paraît différer des autres que par de plus grandes dimensions. La peau et la membrane muqueuse présentent à des degrés variés la disposition papillaire et érectile dans toute leur étendue. Le volume des nerfs et l'abondance des vaisseaux sanguins y sont partout proportionnés au degré de la sensibilité. La peau de la pulpe des doigts, très-vasculaire et très-nerveuse, éprouve un degré de gonflement et de rougeur manifeste pendant le toucher, et proportionné à sa perfection.
§ 4oo. Le tissu érectile des organes de la copulation ne diffère guère de celui des papilles, que par ses dimensions beaucoup plus grandes. Celui du corps caverneux du pénis présente la disposition suivante : il est enveloppé d'une gaîne de tissu fibreux élastique qui envoie des prolongemens dans son intérieur. Les deux artères dorsales du pénis sont accompagnées d'une veine impaire formant un plexus , et de nerfs très-volumineux. Les artères envoient dans l'intérieur beaucoup de ramuscules accompagnés de nerfs , et les veines reçoivent à travers la gaîne beaucoup de radi-
cules. L'intérieur est composé de ramifications artérielles provenant des artères dorsales et des artères cen-r traies et de larges veines très-abondantes, entremêlées dans tous les sens et anastomosées une multitude de fois entre elles. Ces branches de veine offrent des dilatations, et de larges communications. Quand on injecte une des artères du pénis, l'injection , si elle est bien pénétrante, après avoir rempli les ramifications artérielles et le plexus veineux intérieur, qui constitue le corps caverneux, et avoir produit l'érection, revient par la veine dorsale : on remplit encore bien plus aisément le corps caverneux en injectant par la veine. Ainsi les prétendues cellules du corps caverneux ne sont que des racines de veines très -larges formant un plexus compliqué, et anastomosées comme les vaisseaux, capillaires.
Le tissu érectile de l'urèthre et du gland ont la même disposition; il en est de même de celui du clitoris et de celui des nymphes.
L'érection dans les organes de la copulation provient, comme dans les papilles, de la réplétion des vaisseaux érectiles. Cette réplétion peut dépendre de l'afflux du sang artériel, qui est accompagné de l'exaltation de la sensibilité; de la rétention du sang veineux; ou de la réunion de ces deux causes.
§ 401 - Il est encore une partie dont la texture et les phénomènes se rapprochent beaucoup de ceux des organes érectiles : c'est la rate, qui, par-là , paraît être un diverticule du sang. Si on met la rate à découvert sur un animal vivant, et qu'on arrête, par la compression, le cours, du sang dans la veine splénique, cet
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organe se gonfle et augmente beaucoup de volume ; il revient promptement sur lui-même aussitôt qu'on rétablit la circulation. Les accès d'e fièvre intermittente sont accompagnés, dans la période de froid, d'un gonflement manifeste de cet organe , qui se dissipe plus ou moins complètement à la fin de l'accès. Il parait que la même chose a lieu pendant la digestion.
§402. Le tissu érectile se développe quelquefois accidentellement dans l'organisme. Cette production a été décrite sous les noms de tumeur variqueuse, d'anévrysme par anastomose , d'anévrysme des plus petites artères, de télangiectasie , etc.
Ses caractères anatomiques sont tout-à-fait les mêmes que ceux du tissu érectile naturel : c'est une masse plus ou moins volumineuse, plus ou moins bien circonscrite, entourée quelquefois d'une enveloppe fibreuse mince; offrant à l'intérieur une apparence de cellules ou de cavités spongieuses; consistant, dans la réalité , en un lacis inextricable d'artères et de veines qui communiquent par d'innombrables anastomoses , comme les vaisseaux capillaires, mais beaucoup plus larges, les veines surtout; facilement injectable par les veine.1) voisines, qui sont quelquefois variqueuses, mais difficilement par les artères.
Cette altération existe le plus souvent dans l'épaisseur de la peau, et dans une étendue plus ou moins grande. Elle ressemble alors quelquefois à la crête et aux autres parties analogues des gallinacées. La peau de la face, celle des lèvres surtout, en est fréquemment le siège. On l'observe dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou plus ou moins profond; on l'a vue occuper
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tout un membre; on dit même l'avoir observée dans des viscères.
Cette production est le siège d'une vibration, d'un bruissement, d'une pidsation plus oU moins manifestes, et qui augmentent par toutes les causes qui excitent l'activité de la circulation générale ; mais les tumeurs qu'elle forme, même à la peau, ne sont guère susceptibles d'une sorte d'érection isolée. Elle tire le plus souvent son origine de la naissance , d'autres fois elle paraît dépendre d une cause accidentelle; elle persiste quelquefois sans changement; d'autres fois, et c'est le plus ordinaire, elle augmente continuellement de volume par la dilation de ses cavités intérieures et finit par se rompre, ce qui donne lieu à des hémorihagies difficiles à réprimer.
Au pourtour de l'anus on trouve des tumeurs hémorrhoïdales splénoïdes qui constituent une variété de ce tissu érectile accidentel.