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CHAPITRE V

§ 478. Le nom de glande1, glandula, *^v, vient, suivant Nuck , de la comparaison, faite par les anciens, entre les ganglions ou glandes lymphatiques et les fruits du chêne.

Des objets sidifférens ont été compris sous le nom de glande, qu'il en est résulté beaucoup de difficulté d'en donner la définition.

Hippocrate avait dit que les glandes étaient formées d'une chair particulière, grenue, spongieuse, point dense, de couleur de graisse, de consistance de laine, s'écrasant sous la pression , pourvue de beaucoup de veines, et rendant, quand on la coupe, du sang blanchâtre et séreux. Il comprenait un grand nombre de parties sous ce nom , et notamment le cerveau.

On a eu lon»g-temps une idée aussi vague des glandes,

1 Wharton, Adenographia ;~Lonà. i656 — .M. Malpighi,rfe Viscerum structura, in op. omn. et de Slruct. glandul. conglob. etc., in op. posth. — Lossius et Pielow, Disq. de glandulis in génère; Viteb. i683.' — A.T$uck,Adenograp/iia curiosa;1L.'B. I69i. — G. Mylius , de Glandulis; L. B. 1698. — L. Terraneus, de Gland, universim, etc.; L. B. 1729. — Boerhaave et Ruysch , de Fabricâ glandular/ etc. , in Ruyschii op. omn. — A. L. de Hugo, Comment de glandulis in génère, etc.; Gotting. 1746. — Th. de Bordeu, Recherches anatom. sur les glandes, etc.; Paris, 1751. — G. A. Haase , de Glandularum definitione, Lips. 1804. — Leonhardi, op. cit.

DES GLANDES. 4l9

l'on y a joint ensuite celle dune forme arrondie; on a compris alors avec les glandes et les ganglions vasculaires, le conarium et l'hypophyse du cerveau, les paquets adipeux synoviaux, et même la langue.

Une autre définition, fondée sur la texture, et clans laquelle on faisait entrer l'idée d'un amas de follicules ou d'un ensemble de vaisseaux avec une enveloppe membraneuse particulière, comprenait encore beaucoup de parties différentes, et supposait la connaissance exacte de la texture intime.

On a aussi essayé de définir les glandes par leur fonction , en disant qu'elles sont des organes sécrétoires ; mais confondant ensuite la nutrition et la sécrétion , on y a compris la plupart des organes ; ou bien distinguant ces fonctions, mais ne séparant pas les sécrétions intrinsèques des sécrétions excrétoires, on a confondu les membranes séreuses et synoviales avec les glandes.

Il faut, pour distinguer les glandes de toute autre partie analogue par la forme, par la texture apparente, et même jusqu'à un certain point par les fonctions, avoir particulièrement égard à leurs connexions ; Bichat et M. Chaussier ont pris cette considération pour base d'une définition des glandes; Haase l'a adoptée aussi, mais il a supposé des conduits excréteurs aux ganglions vasculaires. Les glandes sont des organes de forme obronde , lobuleux, entourés de membranes, ayant beaucoup de vaisseaux et des nerfs, et pourvus de conduits excréteurs ramifies qui aboutissent aux membranes tégumentaires et y versent un liquide sécrété. En un mot, ce sont des organes de sécrétion extrinsèque, pourvus de conduits excréteurs.

42° ANÀTOMIE GÉNÉRALE.

S 479- Considérées ainsi, les glandes sont des dépendances ou des prolongemens des membranes tégumentaires. Dans les animaux pourvus de vaisseaux et de cœur, les seuls qui aient des glandes massives, elles résultent d une réunion intime de ces deux genres d'organes : c'est pour cela que leur description est placée ici. Elles tiennent cependant encore plus au système tégnmentaire qu'au système vasculaire, cardans les animaux dépourvus de vaisseaux, les glandes existent, mais à un état rudimentaire; le foie, la plus constante de toutes les glandes, si ce n'est cependant le rein, existe en effet dans les insectes sous forme d'un canal excréteur ramifié, aboutissant au canal intestinal, mais libre et flottant dans l'abdomen.

§ 480.ll est encore assez difficile et peut-être impossible, d'établir une ligne de démarcation bien tranchée entre les follicules ou cryptes et les glandes.

On a déjà vu que parmi les follicules, il y en avait de simples et solitaires; que d'autres sont groupés, agminés ouaggrégés; que d'autres sont composés, soit par leur réunion dans un orifice commun ouunelacune, soit en même temps par l'agglomération de plusieurs follicules, soit enfin par un canal excréteur commun et ramifié; c'est ici que la difficulté existe, car il n'y a pas de raison valable pour ne pas ranger les amygdales qui ont des lacunes composées, les glandes molaires, la prostate et les glandes de Cowper, qui ont des conduits ramifiés, parmi les glandes, aussi bien que les glandes sublinguales, lacrymales, etc.

Les glandes les plus parfaites et les moins équivoques sont: les lacrymales, les salivaîres, au nombre de trois

de chaque côté, savoir la parotide, la maxillaire et la sublinguale; le pancréas, le foie, les reins, les testicules et les mamelles. Les ovaires doivent être, comme les testicules, rangés dans ce genre d'organes.

§ 48 f . La forme des glandes est irrégulièrement arrondie , et présente beaucoup de variétés. Les unes impaires, comme le foie et le pancréas, sont asymétriques ; les autres sont paires et assez exactement semblables des deux côtés.

§482. Elles sont toutes situées au tronc, et toutes, quelle que soit la diversité apparente de leur situation , aboutissent par leurs canaux à la membrane muqueuse ou à la peau.

§ 483. Leur volume diffère beaucoup: le foie est un des organes les plus volumineux du corps ; les glandes lacrymales, sublinguales et les ovaires ont à peine, au contraire, le volume de la moitié du pouce.

§ 484- A l'intérieur, les unes sont lobées et lobulées, comme les lacrymales, les salivaires et le pancréas; les mamelles le sont moins distinctement; les testicules le sont d'une autre manière ; les reins le sont seulement dans le fœtus; le foie n'est lobé qu'à l'extérieur.

Dans les premières, les lobules paraissent formés de particules très-petites, mais semblables et blanchâtres; dans le foie et dans les reins, on trouve deux substances de couleur différente , disposées par couches dans les reins, et mêlées à la manière du eranit dans, le foie.

§485. Les glandes sont enveloppées d'une membrane, cellulaire dans la plupart ' d'entre elles, et fibreuse dans les autres, entourée dans quelques-unes

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par une membrane séreuse, et dans les autres par beaucoup de tissu cellulaire et adipeux. La face interne de cette membrane se continue avec le tissu cellulaire plus ou moins lâche, qui existe abondamment dans les glandes.

Ces organes ont beaucoup de vaisseaux sanguins et lymphatiques, et peu de nerfs; plus cependant que la membrane muqueuse en général, mais moins que la peau. La plupart ne reçoivent que du sang artériel • le foie seul dans l'homme et les mammifères, le foie et les reins dans les ovipares , reçoivent en outre du sang veineux, ce qui explique la nature des liquides, si différens du sang et tout à fait excrétoires que fournissent ces glandes. Le nombre et le volume, ou la capacité totale des artères sont très-divers dans les glandes, mais nulle part plus grands que dans les reins. La longueur, le trajet, le mode de distribution des vaisseaux, sont également très-variés. La différence de capacité entre les artères et les veines est très-peu marquée dans les glandes; et, en effet, une grande partie du sang y est transformée en humeur sécrétée, et emportée par les conduits excréteurs.

§ 486. Ces conduits commencent par des radicules très-fines, invisibles, et probablement closes, qui se réunissent entre elles à la manière des veines, pour former plusieurs troncs, comme dans les glandes lacrymales, sublinguales et mammaires, ou un seul, comme dans toutes les autres. Ces conduits, multiples ou uniques pour chaque glande, parcourent un trajet en général droit, tortueux dans les testicules seulement, et aboutissent aux membranes tégumentaires. Celui de l'ovaire

est seul interrompu ; ceux des mamelles présentent , avant leur terminaison, des renflemens olivaires; ceux du rein présentent d'abord un évasement ou bassinet, et puis viennent aboutir à une vessie unique pour eux deux ; celui du foie et celui de chaque testicule ont aussi un réservoir, mais situé latéralement et exigeant un cours réti-ograde du liquide sécrété pour y arriver. Les conduits des autres glandes ne présentent ni interruption , ni renflemens , ni réservoirs. -

La composition des conduits excréteurs résulte toujours essentiellement d'une membrane muqueuse dont l'épaisseur va en diminuant, à mesure qu'elle forme des divisions plus fines dans la glande. Cette membrane est doublée à l'extérieur par du tissu cellulaire, par du tissu élastique; dans quelques conduits par du tissu érectile, comme dans l'urètre, dans le mamelon, et peut-être dans quelques autres; dans quelques parties des voies excrétoires , la membrane muqueuse est armée ou doublée de fibres musculaires.

§ 487. La texture intime des glandes est peu connue. Malpighi avait avancé que chacun des grains glanduleux, acini, devait être considéré comme un follicule, et chaque glande comme une conglomération de follicules aboutissans à un canal excréteur commun. Cette opinion fut reçue et admise sans contradiction jusqu'à Ruysch, et de son temps défendue contre luimême par Boërhaave. Suivant Ruysch , au contraire, ce qu'on a appelé grains glanduleux consisterait uniquement dans des entrelacemens de vaisseaux fins , dans lesquels les artères se continueraient en canaux excréteurs.

424 ANATOMIJi GÉNÉRAI, K.

Il y a dans chacune de ces deux opinions quelque chose de vrai qu'il faut admettre, et quelque chose à rejeter comme inexact. Il est vrai, comme le dit Maipighi, qu'une glande consiste, comme un follicule simple ou composé, en un canal fermé à l'extrémité; il est vrai aussi, comme le dit Ruysch, que chaque grain glanduleux, et que la glande entière, consiste dans le mélange et l'entrelacement des vaisseaux fins avec les origines du conduit excréteur; mais il est inexact de dire, comme il l'a dit, que les conduits excréteurs sont la continuation des artères; comme il serait inexact de dire avec Maipighi, que les racines des conduits excréteurs commencent par des renflemens ou follicules. Peut-être l'hypothèse de Maipighi auraitelle plus de probabilités, appliquée aux glandes granulées, comme les salivaires, le pancréas et les lacrymales, qui ressemblent tant en effet «à des follicules composés; et celle de Ruysch, plus de vraisemblance en l'appliquant seulement au foie, aux reins et aux testicules , dont la texture est si évidemment vasculaire et canaliculée ; sans que cependant on puisse affirmer quil y a clans les premières de véritables follicules évasés, et dans les autres des continuations directes entre les artères et les conduits excréteurs.

On pourrait encore apporter à l'appui de cette conjecture la facilité avec laquelle, dans ces dernières glandes, les injections passent des vaisseaux dans les conduits excréteurs, et réciproquement, et la difficulté avec laquelle on obtient les mêmes résultats dans les glandes lobulées et granulées.

Quoi qu'il en soit de cette opinion, la texture des

glandes paraît bien certainement résulter de la réunion intime îles conduits excréteurs ramifiés, et clos à leur origine , avec des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des nerfs situés dans leurs intervalles, divisés et terminés clans leur épaisseur ; le tout réuni par du tissu cellulaire et enveloppé de membranes.

§ 488. Les glandes ont pour fonction un mode de sécrétion que l'on appelle glandulaire. Toute sécrétion en général consiste dans la formation d'une humeur particulière, dont le sang fournit les matériaux. La sécrétion glandulaire ne diffère des autres (sécrétions folliculaire et perspiratoire), que parla complication plus grande de son organe.

A une exception près , le même sang, le sang artériel seul, est apporté dans toutes les glandes; le nombre , le volume, la direction , le mode de distribution des vaisseaux, et le degré de ténuité auquel ils arrivent palleurs divisions successives, ne peuvent guère influer que sur la quantité de sang qui arrive à la glande, et sur la rapidité de son cours; cependant une partie du sang étant remportée par les veines , et un autre liquide par les vaisseaux lymphatiques, les glandes versent par leurs conduits excréteurs des humeurs aussi différentes entre elles, que la salive, les larmes, la bile, l'urine, le sperme et le lait.

Quels sont donc la nature et la cause du changement du sang en humeur sécrétée? On a cru que le changement et sa cause étaient purement mécaniques, et dépendaient de la grandeur et de la figure des ouvertures par où les humeurs sortent des vaisseaux; on a supposé, avec beaucoup plus de vraisemblance, que

4^6 ANATOMIK GÉNÉRALE.

c'était un changement chimique, c'est-à-dire une autre composition élémentaire; mais ce changement n'a lieu que dans les corps organisés, et que dans certains de leurs organes; cette différence tient donc à des modifications de leur suhstance, tout comme on voit divers végétaux plantés dans le même sol, plongés dans la même atmosphère , produire les uns, de la gomme, les autres^ un acide, les autres de la résine, etc. La sécrétion glandulaire, comme les autres, est donc une fonction delà suhstance organisée et vivante: les vaisseaux en apportent les matériaux contenus dans le sang , la production est prohablement même disposée ou préparée parla disposition des vaisseaux et le mode de circulation qui en résulte, mais c'est dans le tissu qui forme les racines des conduits excréteurs qu'il faut en chercher l'instrument essentiel et immédiat. La sécrétion en général, et la sécrétion glandulaire en particulier, sont évidemment soumises à l'influence nerveuse; les effets des passions sur les sécrétions en général, ceux des maladies, de l'hystérie, de l'hypochondrie, etc., sont assez connus. Des expériences de M. Brodie sont venues confirmer ce que l'observation directe avait appris.

La ligature des veines d'une glande augmente beaucoup le produit de sa sécrétion.

§ 489. Les glandes commencent à se former par leur canal excréteur. Dans l'embryon, ce canal est libre et flottant, comme dans les insectes. Les glandes sont ensuite lobées, par exemple les reins, comme elles le sont dans les arachnides et les crustacés. Elles sont en général très-volumineuses dans le foetus et l'enfant.

DES GLA.NDES. 4*7

Elles diminuent proportionnellement à mesure que les organes des fonctions animales se développent. Quelques-unes changent de place vers lepoque de la naissance : ce sont les testicules et les ovaires. Ces glandes et les mamelles se développent beaucoup à l'époque de la puberté, et se flétrissent clans la vieillesse.

§ 490. Les glandes présentent beaucoup de variétés individuelles et de vices de conformation. Quelquesunes manquent quelquefois entièrement; ce sont celles delà génération qui sont le plus sujettes à manquer. Une des glandes paires peu manquer ou être moins volumineuse que l'autre. Quelques-unes restent quelquefois lobées, ou très-volumineuses comme dans le fœtus. D'autres sont quelquefois réunies, comme les deux reins en un. D'autres peuvent conserver leur situation primitive, comme les testicules et les ovaires; ces derniers sont quelquefois, au contraire, entraînés au dehors de l'abdomen. Les reins peuvent aussi être situés beaucoup trop bas, ou dans le bassin.

§ 491 • On observe quelquefois l'atrophie des glandes, soit par une pression extérieure, soit par une production accidentelle développée dans leur épaisseur; elle a aussi lieu par le défaut d'action, ou même sans cause appréciable. L'hypertrophie a lieu quelquefois par suite de la cessation d'action d'autres organes, et surtout d'une glande paire. Assez souvent elle est accompagnée de quelque altération de tissu.

§ 492. L'inflammation des glandes est fréquente, et souvent se développe en se propageant le long du conduit excréteur, depuis son orifice jusqu'à ses racines dans la glande. L'inflammation y est souvent suppura-

42& ANATOM1E OENEIUM.

toire, et quelquefois plastique, d'où résulte l'oblitération des conduits et l'induration du tissu.

§ 493. Les productions accidentelles, soit saines, soit morbides, sont très-communes dans les glandes. Les ovaires y sont le plus sujets, mais surtout aux productions analogues - les testicules, le foie et les mamelles sont très-sujets aux productions morbides; les glandes lacrymales, salivaires, et le pancréas, sont au contraire très-peu sujets, soit aux unes, soit aux autres productions accidentelles.

§ 494- Le tissu glanduleux ne se produit point accidentellement. Quand il est entamé, les racines ou le tronc du conduit excréteur étant divisés, la matière sécrétée est versée dans la plaie , qui a beaucoup de tendance à devenir et à rester fistuleuse.

§ 49^. Ici se termine la description de tous les systèmes ou genres d'organes qui appartiennent spécialement aux fonctions végétatives; ceux qui restent à décrire appartiennent au contraire plus particulièrement aux fonctions animales. Cette distinction serait mieux tranchée si l'une des membranes tégumentaires , la membrane muqueuse, n'appartenait principalement aux fonctions de la nutrition et de la génération; tandis que l'autre, la peau , sert principalement aux sensations : c'est le système tégumentaire qui lie les deux classes de fonctions et d'organes. |

DU TISSU LIGAMENTEUX.

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