DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
lymphatiques de la moitié inférieure et du quart supérieur et gauche du corps se terminent par un tronc très-allongé, le canal thoracique, dans la veine sousclavière gauche ; les autres se terminent par un tronc très-court dans l'autre veine sous-claviére. Ces terminaisons sont elles-mêmes sujettes à diverses variétés. Y a-t-il d'autres terminaisons des vaisseaux lymphatiques dans les veines ? Une partie de cette question doit être examinée à l'occasion des ganglions lymphatiques, l'autre doit l'être ici.
Plusieurs anatomistes et physiologistes ont admis cette opinion que l'on peut fonder -sur ce que partout, et surtout dans le mésentère, les radicules connues des vaisseaux lymphatiques ont une capacité de beaucoup supérieure à celle des vaisseaux qui leur font suite; sur ce que, dans cette partie du corps aussi, on retrouve souvent dans les veines, comme dans les va^seaux ^atiques , les substances introduites par absorption, et même celles qui ont été injectées directement dans ces derniers vaisseaux; sur ce que, enfin , la bgature du canal thoracique, même unique, ne détermine pasla mort avant dix à quinze jours, et qu'on retrouve alors dans le sang les substances introduites dans - stm et abs<»bées par sa membrane interne. Mais on n a pomt vu la communication dont il s'agit; aussi d^Tri dément admise. C'est surtout
tZ gkndeS ^P^tiques qu'elle paraîtrait avoir beu rJO y rev drons un w
S 467. Le. surfaces des va.seaux lymphatiques, soin , ' V°yez Ludwis, loc. ch.
4l° ANATOMIE GÉNÉRALE.
comme celles de tous les vaisseaux, l'une celluleuse et adhérente, l'autre lisse et libre : cette dernière présente une multitude de valvules.
Ces valvules, de forme semi-lunaire ou parabolique, sont la plupart disposées par paires, et assez larges pour fermer complètement la lumière du vaisseau. Elles sont en général placées à des intervalles inégaux , si ce n'est dans les vaisseaux du testicule, où elles sont à peu près de ligne en ligne, ce qui leur donne plus qu'à aucune autre la forme d'un chapelet. Elles sont plus ou moins rapprochées suivant les parties, sans que cela soit plus particulier aux branches qu'aux rameaux; on trouve dans certains vaisseaux, des intervalles de plusieurs pouces sans valvules : le canal thoracique est surtout remarquable sous ce rapport. Dans quelques points l'insertion d'un petit vaisseau dans un plus gros n'est garnie que d'une valvule simple. Dans quelques endroits des troncs on trouve des valvules annulaires qui ne closent pas totalement le canal. L'insertion des troncs dans les veines sous-clavières est garnie d'une double valvule qui s'oppose efficacement aux reflux du sang dans leur cavité. Toutes ces valvules, comme celles des veines et des artères, sont formées par une duplicature de la membrane interne.
§ 468. Les vaisseaux lymphatiques sont formés de deux membranes, très-distincles dans leur tronc principal.
L'externe, cellulaire et inégale extérieurement, est unie au tissu cellulaire ambiant, qui lui forme une gaîne; plus profondément elle est distinctement fibnllaire ou filamenteuse : on prétend même y avoir vu
DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES. £l t
des fibres musculaires. La membrane interne est trèsmince.
On suit dans l'épaisseur de la membrane externe, des petits vaisseaux sanguins, artériels et veineux; quelques-uns disent y avoir vu aussi des vaisseaux lymphatiques. On n'a pu y apercevoir de nerfs.
§ 496. Les parois des vaisseaux lymphatiques, quoique très-minces et transparentes, sont denses et très-résistantes, bien plus que celles des veines, eu égard à l'épaisseur différente. Cependant, ces vaisseaux sont extensibles, et aussi très-rétractiles. L'élasticité y est manifeste : si on les remplit et les distend dans le cadavre, la matière qu'on y a introduite en est repoussée.
L'irritabilité ou contractilité vitale 1 n'y est pas moins évidente, quoiqu'elle ait été niée par Mascagni et plusieurs autres. Si on les expose à l'air sur le vivant, ils se contractent manifestement; si on pique le canal thoracique ou un autre vaisseau lymphatique après l'avoir lié, le liquide en sort par jets, comme le sang qui sort d'une veine, tandis qu'après la mort il s'échappe seulement en nappe: Il est vrai que les irritations mécaniques ou chimiques ne produisent pas des raouvemens semblables à ceux des muscles, mais l'irritabilité varie suivant les organes.
On ne sait rien sur leur sensibilité, et peu de chose sur leur force de formation.
§ 470. Les vaisseaux lymphatiques contiennent le chyle et la lymphe (§ 79); ils conduisent ces humeurs
' Schreger, dè lrrilabilitate vasOrum lymphaticorum; Lii>s. ï 789.
4ll ANATOftUE GENERALE.
de leurs ratines vers leurs troncs, ce qui est assez bien prouvé parla disposition de leurs valvules, qui permet le trajet dans ce sens et s'y oppose dans, Vautre; parles effets de la ligature, au-dessous de laquelle ils se gonflent tandis qu'ils se vident au-dessus; et, par les valvules qui garnissent leur insertion dans les veines.. Les Liquides les parcourent lentement et uniformément, c'està-dire sans présenter de pulsations.
Darwin, Thilow et autres, pour expliquer la rapidité de certaines sécrétions, ont admis un mouvement rétrograde des humeurs dans les vaisseaux lymphatiques ; tel, par exemple, que des liquides absorbés parles parois de l'estomac pourraient aller directement par les. vaisseaux lymphatiques, et au moyen de leurs communications, aux reins et à la vessie : c'est admettre que les valvules n'opposent pas un grand obstacle au retouF des liquides. Mais il est certain, au contraire, que les valvules opposent un obstacle insurmontable au cours rétrograde des liquides; et de plus des observations et des expériences directes font découvrir dans les voies urinairesdessubstancesintroduites dans l'estomac, sans que les vaisseaux lymphatiques intermédiaires en présentent la moindre trace.
ARTICLE II
DES GANGLIONS LYMPHATIQUES
§ 471. Les glandes conglobées ou ovoïdes, qui interrompent la continuité des vaisseaux lymphatiques, sont dans le même rapport avec ces vaisseaux que les ganglions nerveux avec les nerfs.
DES GANGLIONS LYMPHATIQUES
Oes ganglions sont très-anciennement connus. C'est en partie d'eux que Hippocrate parle sous le nom de glandes. Fr. Sylvius leur a donné J'épithète de conglobées, et Lossi-us celle de lymphatiques. D'après la comparaison ci-dessus faite par Sœurmerring, et pour éviter-une confusion , M. Chaussier les a désignées sous le nom de ganglions lymphatiques.
§4j2- Us sont situés sur le trajet de tous les vaisseaux lymphatiques , à commencer du coude-pied et du pli du cou(*e pour les membres , du canal carotidien et de la base extérieur* du Crânepour la tête. Il en existe beaucoup au cou, dans l'aisselle , dans faine , plusieurs da-ns les parois antérieures de la poitrine et de l'abdomen, et un très-grand nombre dans ces cavités. Ils existent surtout très-abondamment autour des racines des poumons et dans le mésentère , près des parties par -conséquent qui donnent accès à beaucoup de matières venant du dehors. On n'en .connaît point dans le crâne ni dans le rachis.
Leur vohune varie, dans l'état de santé, depuis ^ celui d une lentille jusqu'à celui d'une amande. En généra les plus petits sont placés vers les origines, et ies ^us gros vers les troncs des vaisseaux. Les plus volumineux .et les 0* rapprochés se trouvent vers la racine du mésentère, les pms ^ dans %^ eeux de la tête et du bras sont petits '
ni ht °U 13 ilsL
^eneral h forme d une amande
en
L« ganglions lymphatiques' son, .en généra» dAra
leur varie suivant les régions qu'ils occupent : ainsi, ceux qui sont sous -cutanés sont d'une couleur plus foncée; ceux des environs du foie sont jaunâtres, ceux de la rate bruns, ceux des poumons noirâtres, ceux du mésentère très-blancs , etc.
Leur consistance est plus grande que celle d'aucune partie molle.
§ 473. Les ganglions lymphatiques sont enveloppés d'une membrane mince, fibrillaire5 très-vasculaire, unie au tissu cellulaire environnant, et qui envoie des prolongemens fins et mous dans l'intérieur.
Les vaisseauxlymphatiquesdontlaglande interrompt le trajet se distinguent en ceux qui y arrivent, vasa inferentia, et en ceux qui en sortent, vasa efferentia: ils se distinguent les uns des autres par la direction de leurs valvules. Le nombre des vaisseaux inférens est très-variable; on en trouve depuis un jusqu'à vingt ou trente; celui des vaisseaux efférens est variable aussi, rarement correspondant, et ordinairement moindre. Les premiers entrent par l'extrémité de la glande la plus rapprochée des origines du système, les autres sortent par l'extrémité opposée, qui répond aux troncs. * Les vaisseaux inférens, en approchant de la glande, se divisent en rameaux qui s'écartent en rayonnant autour d'elle, se divisent et se subdivisent à sa surface, de manière à l'entourer d'un réseau. Les vaisseaux efférens produisent à peu près le même effet à l'autre extrémité de la glande, par la réunion successive de leurs radicules et de leurs racines en troncs plus ou moins nombreux et volumineux. La capacité totale des vaisseaux efférens paraît en général moindre
DES GANGL'lONS LYMPHATIQUES. 4l5
que celle des inférens ; cela est surtout frappant dans
le mésentère.
Les glandes lymphatiques ont aussi des vaisseaux sanguins remarquables. Les artères sont assez volumineuses et nombreuses pour que leur injection colore tout-à-fait les glandes. Les veines, plus volumineuses encore que les artères, sont dépourvues de valvules. On peut voir des filets nerveux arriver à ces organes et les traverser; mais il est très-difficile de savoir si quelques filamens s'y terminent, ou si tous ne font que les traverser. Deux grands anatomistes sont opposés sur ce sujet; Wrisberg les admet, et Walter les nie.
§ 4j4- Les anatomistes ne sont pas plus d'accord sur la conformation interne et la texture des glandes lymphatiques. Albinus, Ludwig, Hewson, Wrisberg, Monro, Meckel, regardent leur tissu comme entièrement vasculaire; Malpighi,; Nuck, Mylius, Hunter,; Grùikshahk, y admettent des cellules ; Sœmmerring admet ces deux sortes de textures, et une troisième résultant de leur combinaison. L'examen que j'ai fait de ce tissu dans l'homme, dans plusieurs animaux, et surtout dans les glandes inguinales de vaches mortes pendant la lactation, m'a montré qu'il résulte uniquement de vaisseaux, mais qui offrent une disposition érectile plus ou moins évidente. En effet, parmi les vaisseaux inférens qui pénètrent dans l'épaisseur de la glande, les uns acquièrent et conservent une grande ténuité, les autres se dilatent en cellules, comme les veines du pénis , les les uns et les autres ayant de nombreuses communications anastomotiques. Les racines des vaisseaux efférens
présentent de leur côté la même disposition , c'est-àdire que les unes sont des radicules déliées, et les autres des racines renflées ou dilatées en •cellules. La plupart des glandes lymphatiques présentent à l'intérieur ce mélange de ramifications ténues et de parties renflées. Quelques-unes ne présentent presque que des rameaux dilatés eu cellules ; quelques autres ne semblent consister qu'en un réseau de ramifications déliées. C'est par ces variétés qu'on peut expliquer la diversité d'opinion qui a existé sur ce point d'anatomie.
Les glandes lymphatiques contiennent dans leur intérieur une substance crémeuse ou lactiforme qui paraît être contenue dans les vaisseaux fins- ou larges qui les composent, et non dans le tissu cellulaire.
§ 475. Ces ganglions sont plus volumineux, plus mous , plus rougeâtres, et contiennent plus de liquide .dans les enfans et les jeunes sujets que dans les adultes ; ils diminuent beaucoup, mais ne disparaissent pas dans la vieillesse. 11 n'y a pas de différence tranchée sous ce rapport entre les deux sexes : Hewsou dit qu'ils sont plus gros chez l'homme; Bichat dit tout le contraire. On les a trouvés noirs sous la peau des nègres.
S 476. La fonction qu'on attribue aux glandes lympha tiques est de servir au mélange des liquides arrivant par divers vaisseaux inférens, et à l'élaboration de la lymphe etdu chyle. Les liquides sont ensuite emportés par les vaisseaux lymphatiques èfférens, et peut-être en partie par les veines. Ce dernier point a été nié par beaucoup d'anatomistes et de physiologistes d'un grand nom, comme Haller, Cruikshank , Hewson, Mascagni, Sœmmerring, etc., mais il est à craindre que l'autorité
DES GANGLIONS LYMPHATIQUES. 41
de ces hommes célèbres n'ait fait rejeter sans examen une vérité.
Outre les faits déjà rapportés ci-dessus en faveur de l'opinion dont il s'agit, on peut dire que beaucoup d'observateurs ont aperçu des stries de chyle dans la veine-porte; on peut ajouter qu'un très-grand nombre d'anatomistes ont vu, et j'ai vu moi-même nombre de fois, le mercure introduit dans les vaisseaux lymphatiques du mésentère, passer, au delà d'une glande, tout à la fois dans les vaisseaux efférens et dans les veines de la glande; or ce passage est trop facile et trop constant pour dépendre d'une double rupture et non d'une communication naturelle des vaisseaux lymphatiques et des veines.
§ 477« Outre les maladies des glandes et des vaisseaux lymphatiques 1 , comme l'inflammation des uns et des autres , les blessures et les ruptures des vaisseaux , leur dilatation variqueuse, leur rétrécissement et leur oblitération , les tubercules et les autres productions morbides dans les glandes, etc., on a fait jouer au système lymphatique, en le considérant comme appareil de l'absorption, un rôle très-grand et très-exagéré dans la plupart des maladies.
1 S. Th. Sœmmerring , de Morbis vasorum absorbcntium eorp. hum. in-8°; Traj.ad Mœn . 1795.