CHAPITRE VIII
§ 565. I^e système osseux 1 ou le squelette, SxeAEroV, résulte de la réunion des os , parties les. plus dures et les plus sèches du corps.
§ 566. C'est, de tous les appareils, celui qui se montre le dernier dans la série animale : il apparaît avec le centre nerveux (la moelle et le cerveau), auquel il sert d'enveloppe.
§ 567. On n'a pas toujours attaché le même sens aux mots os et squelette. On trouve dans les ouvrages d'Hippocrate et d'Aristote la source des deux idées principales attachées à ces mots; idées qui sont encore aujourd'hui un sujet de controverse entre les zootomistes.
1 Les meilleurs ouvrages à consulter sur l'ostéologie sont:
A. Monro, Anatomy of the bones and nerves ; Edimb., 1726, in-8°; traduit en français par Sue; Paris, 1759, gr. in-fol. — W. Cheselden, Osteographia, etc. j'London , 1733, in-fol. —
B. S. Albinus, de Ossïbus corp. hum.; Lugd. Bat. , 1726 , in-8°. — là., de Sceleto hum. ; ibid. , 1762, in-4°.— Id., Tab. sceieti etmuscul; ibid., 1747, fol. max. — Id., Tab. ossiurn ; ïbid. , 1753, fol. max. — ■ Boehmer, Institutiones osteologicœ ; Halœ-Magd. , 1751. — Tarin, Ostéograpbie ; Paris, 1753. — Bertin, Traité d'ostéologie; Paris, 1754. — Ed. Sandifort, Descriptio ossium hominis ; Lugd. Bat., 1785. — Loschge, die Knochen , etc. , in Abbddungen und kurzen Beschr. ; Erlang. , 1804 , in-fol. — Blumenbach, Geschichte und Beschreibung der Knochen; Gotting. , 1807.
DU SYSTÈME OSSEUX. 4j5
L'auteur du Traité de la nature des os leur attribue pour usages de déterminer la forme , la rectitude et la direction du corps : cette idée a prévalu, et l'on admet encore généralement aujourd'hui , que le système osseux a pour fonction principale de déterminer la forme du corps, et d'en faciliter les mouvemens. D'après cette définition, on a dû assimiler aux os des vertébrés les parties dures des autres animaux articulés, et surtout celles des insectes et des crustacés, car c'est chez eux que le mouvement volontaire et la conservation de la forme du corps sont portés au plus haut degré; aussi Willis disait-il, en parlant de lecrevisse, quo ad membra et partes motrices, non ossa teguntur carnibus , sed cames ossibus.
Aristotecependant, qui déjà regardait l'épine comme l'origine ou le centre d'où proviennent les os, avait mis sur la voie de la distinction faite dans ces derniers temps entre les os et les autres parties dures des animaux. Suivant cette idée, on voit en effet le squelette ou système osseux des vertébrés consister d'abord , et principalement, en une colonne longitudinale , laquelle fournit en haut ou en arrière une enveloppe à la moelle et au cerveau, et en avant ou en bas, une autre enveloppe aux organes de la nutrition , et notamment aux parties centrales du système vasculaire; d'autres appendices moins constantes servent aux mouvemens par leurs articulations • toutes les parties du système , d ailleurs, peuvent fournir des attaches aux muscles.
La question est donc de savoir s'il faut appeler os et squelette toutes les parties dures'et sèches du corps fies animaux, celles qui en déterminent la forme et
en facilitent les mouvemens; ou bien s'il faut réserver ce nom aux parties dures , propres aux vertébrés , qui forment une colonne centrale et médiane dans le corps, avec une cavité pour le tronc nerveux, et une autre cavité pour le cœur et l'aorte, et souvent des appendices latéraux pour le mouvement?
Suivant M. Geoffroi Saint-Hilaire , l'un des naturalistes qui s'est le plus occupé de ce point de zootomie, et qui l'a traité avec son talent original , cette question n'en serait point une , et toute la différence entre le squelette d'un articulé et d'un vertébré , entre le raclais d'un animal crustacé ou d'un insecte, et celui d'un animal osseux , tiendrait à l'absence d'une moelle épinière dans le premier, et à sa présence dans le second; différence qui exige un rachis à deux canaux dans celui-ci , et à un seul canal dans celui-là. Suivant cette idée, si je l'ai bien comprise, un insecte ou un crustacé serait justement comparable à un vertébré monstrueux privé d'encépbale et de moelle épinière.
§ 568. Quoi qu'il en soit, au reste, de cette^ discussion tout-à-fait étrangère à l'anatomie de l'homme, il y a trois choses à considérer dans le système osseux, les os eux-mêmes, leurs articulations, et le squelette qui résulte de leur réunion.
PREMIÈRE SECTION
§ 56g. Les os, ossa, ««■««, sont les parties les plus dures du corps humain, celles qui par leur réunion forment le squelette.
des os. 477 §570. Chacun des os, et beaucoup de parties des os ont reçu des noms propres; ces noms doivent être d'autant mieux déterminés et plus précis , que les noms de beaucoup d'autres parties du corps en sont formés.
Le nom de plusieurs os est un adjectif pris substantivement avec une désinence commune : tels sont le frontal, l'occipital, le pariétal, etc. M. Duméril ' a proposé, comme un moyen de mettre de la précision et de l'exactitude clans le langage anatomique, de donner à tous les noms d'os cette même désinence , et de la donner à eux seuls.
§ 571. Le nombre des os est très-grand, mais diversement déterminé , suivant qu'on prend le sujet à tel ou tel âge , ou divers sujets de différens âges ; et c'est ainsi qu'on a fait le plus souvent. Si , par exemple , on veut déterminer rigoureusement ce nombre , en prenant le sujet adulte , on trouve alors le sphénoïde soucié avec l'occipital, et souvent avec lethmoïde; mais on trouve le sternum divisé encore en trois parties; l'hyoïde, encore composé de trois os distincts au moins, etc.
Voici l'énumération des os que la plupart des anatomistes s'accordent à décrire comme distincts i
Vingt-quatre vertèbres mobiles ;
Cinq vertèbres pelviennes, soudées pour former le sacrum ou os pelvial;
Trois ou quatre vertèbres caudales, réunies pont former le coccyx ;
1 Projet d'une nomenclature anatomique, m Magasin encyclopédique, tom.II; Paris r 179,5.
^7^ A.NATOMIJB GÉNÉRALE.
Douze côtes de chaque côté; un sternum impair, formé de trois pièces distinctes dans l'adulte;
Un occipital , un sphénoïde , un ethmoïde , un frontal , deux pariétaux , deux temporaux, contenant chacun trois osselets du tympan; unvomer , deux os maxillaires supérieurs, deux os du palais, deux os zygomatiques , deux os nasaux , deux lacrymaux ou unguis , deux cornets inférieurs, un maxillaire inférieur;
Un hyoïde, composé, dans l'adulte même, de trois ou de cinq pièces distinctes.
Les os qui restent à énumérer sont tous pairs ou doubles, ce sont ceux des membres, savoir:
Lescapulum, la clavicule, l'humérus, le radius, le cubitus , les huit os du carpe , les cinq os du métacarpe , les deux phalanges du pouce , les trois phalanges de chacun des autres doigts, et cinq os sésamoïdes;
L'os coxal, le fémur, le tibia et la rotule, le péroné , les sept os du tarse , les cinq du métatarse , les deux du gros orteil, les trois de chacun des autres orteils, et trois os sésamoïdes.
§ 572. La situation des os est toujours intérieure ou profonde. Soit qu'ils forment des cavités pour les centres nerveux et vasculaires, soit qu'ils forment les membres, ils sont tous recouverts par les muscles et les tégumens : aucun n'est extérieur.
§ 5^3. La grandeur des os est très-différente ; quelques-uns ayant environ le quart, le cinquième ou le sixième de la longueur du corps ; d'autres ayant à peine quelques lignes de diamètre. On divise sous ce rapport les os en grands, moyens, petits et très-petits, ou osselets.
dés os. 4yg
S 574. La forme des os est symétrique; les uns sont impairs et médians , les autres latéraux et pairs : dans les premiers, chacune des moitiés latérales est semblable; dans les autres , chacun des os est semblable à celui du côté opposé du corps. Il n'y a à cet égard que de très-légères irrégularités.
Les os impairs, tous situés sur la ligne médiane, sont les vertèbres, tant celles qui sont mobiles, que celles du sacrum et du coccyx; le* sternum , l'occipital , le sphénoïde, l'ethmoïde, le frontal, le vomer, l'os maxillaire inférieur et l'hyoïde.
Tous les autres os sont pairs ou doubles , et situés sur les côtés de la ligne médiane, plus ou moins loin de cette ligne.
On divise les os d'après leur forme, et d'après le rapport qu'ont entre elles leurs trois dimensions géométriques , en longs , larges , courts et mixtes : dans les premiers, une des dimensions l'emporte de beaucoup sur les deux autres; dans les seconds, la longueur et la largeur dépassent de beaucoup l'épaisseur ; les trois dimensions sont sensiblement égales dans les troisièmes; les quatrièmes participent, dans des parties différentes de leur étendue , des caractères des os de deux genres.
S 5^5. Les os longs , os sa ïonga, seu cylindrica , sont situés dans les membres, où ils constituent des colonnes brisées, articulées. Le nombre de ces os, dans chaque fraction des membres, va en augmentant, et leur longeur en diminuant, en s'éloignant du tronc. Cha,que os long se divise en corps ou partie moyenne, et en deux extrémités. Le corps, ou diaphyse, est cylin-
48o ANATOMIE GÉNÉRALE.
drriîde dans quelques-uns; dans les autres il a La forme d'un prisme triangulaire; il est en général un peu courbé et tordu. Les extrémités sont renflées.
Les os larges, ossa ïata , seu plana , sont situés dans le tronc, où ils constituent des parois de cavités ouvertes et plus ou moins solides. Ces os, aplatis en deux sens opposés , sont courbés, quelques-uns sont tordus. Ils sont demi-circulaires , quadrilatères ou polygones; leurs bords sont, en général, un peu renflés.
Les os courts ou épais , ossa crassa, sont situés dans la colonne vertébrale , dans la main et dans le pied , où ils constituent , par leur assemblage et leur multiplicité , des parties solides et mobiles. Ils sont globuleux, tétraèdres, cunéiformes, cuboïdes ou polyèdres.
Les os mixtes , ossa rnioùta, sont ceux qui participent des caractères de plusieurs genres : il y en a beaucoup, l'occipital, le sphénoïde, le temporal, le coxal, le sternum. Les côtes, participent des os larges et des os courts. Les os longs eux-mêmes ressemblent aux os épais par leurs extrémités.
§ 576. On distingue dans la conformation extérieure des os, des parties ou régions de leur étendue.
Dans les os impairs il y a, en général, ou bien une partie impaire et médiane et des parties latérales, comme le corps et les apophyses du sphénoïde, le corps et les masses apophysaires des vertèbres, etc., ou bien des parties latérales seulement, réunies sur la ligne médiane, comme les deux moitiés du frontal, etc.
Beaucoup d'os se divisent en parties ou régions déterminées par leur mode de formation ou de développement : ainsi , l'os de la hanche est divisé on
DES OS. 48l
xlium , ischion et pubis ; le sphénoïde , l'ethmoïde, le temporal, etc., en plusieurs régions distinctes également par le mode de leur développement.
Dans d'autres os , la division en régions résulte uniquement, de la situation et des usages des parties; ainsi la surface externe de l'os frontal se partage en une région orbitaire et nasale, et une région frontale, etc.
On reconnaît aussi, dans les os, des régions ou parties géométriques de leur étendue; ainsi on distingue et on décrit, dans les os longs, un corps ou partie centrale , et des extrémités ; dans les os larges , des faces, des bords et des angles, etc.; mais on ne prend guère ces termes à la rigueur, car lés plans et les angles sont très-rares et imparfaits dans l'organisation.
§ 577. Les os présentent à leur surface des éminences et des enfoncemens très-variés.-
Les éminences des os se distinguent en épiphyses et en apophyses ^ les premières ont rapport au développement, et seront décrites à son occasion.
Les apophyses sont des éminences osseuses , continues à la substance des os ; elles sont extrêmement nombreuses et très-diversifiées : aussi peu d'objets en anatomie ont été plus diversement classés. Elles se distinguent en articulaires et non articulaires. Les premières seront décrites plus loin.
Les apophyses non articulaires sont un peu rugueuses; leur grandeur et leur forme très-variée permettent de les diviser en trois genres : les unes, longues et saillantes comme une branche ou un ra- 1. 3i
4^2 ANATOR1 IJE tiÉNKUAr.E.
m eau osseux, portent le nom de branches, de processus et d'apophyses proprement dites.
D'autres, plus courtes et plus épaisses, portent le nom de protubérances , tubérosités et de tubercules.
Les autres, allongées, étroites, et peu saillantes, portent le nom de crêtes et de lignes.
Là synonymie de ces diverses éminences est trèscompliquée et très-difficile; elles sont le plus souvent désignées. chacune par des noms tirés de comparaisons triviales et peu rigoureuses, et quelquefois aussi par des noms tirés de leur situation, de leur grandeur, de leur direction et de leurs usages.
Leur usage général est de servir à des insertions de ligamens et de tendons.
§ 578. Les cavités externes des os se distinguent, comme leurs éminences, en articulaires et en non articulaires. Il n'est question ici que des dernières.
Parmi ces cavités , les unes traversent, les autres ne traversent pas l'épaisseur des os. De ces dernières , les unes ont une entrée élargie, évasée dans tous les sens, ce sont des fosses, des fossettes, des impressions digitales; les autres ont le fond évasé et l'entrée étroite, et sont d'ailleurs tapissées parla membrane muqueuse, et remplies d'air : ce sont des sinus, et quand elles sont divisées en plusieurs loges, des cellules; d'autres sont allongées , étroites, plus ou moins profondes : ce sont des sillons, des gouttières, des méats , des rainures , des coulisses. Les cavités de ce cette dernière sorte, quand elles existent sur le bord des os, portent le nom d'incisures ou d échancrures.
Parmi les cavités qui traversent les os de part en
DES os. 4^3 part , les unes suivent le trajet le plus court, à travers un os mince , et sont des trous, des fentes ou des 6ssures; les autres suivent un trajet plus long et diversement contourné : ce sont des canaux, des conduits, etc.
Quelquefois plusieurs os se réunissent pour former une cavité composée comme le crâne et le canal vertébral, comme le bassin , le thorax , les fosses nasales , les orbites , etc. ; ou même pour former un trou ou un conduit, comme les trous sphéno-palatin , déchiré postérieur, etc., les conduits orbitaires, palatins, etc.
Parmi ces cavités simples ou composées, les unes logent des organes, d'autres fournissent des insertions, d'autres servent à transmettre ou à livrer passage à certaines parties.
Dans certains endroits des os on trouve une multitude de petites éminences et de petits enfoncemens très-rapprochés : cela constitue des empreintes ou des inégalités, qui servent à des insertions.
. § 579. Les os ont des cavités internes et closes , qu'on appelle cavités médullaires, parce qu'elle renferment la moelle ou graisse des os (§ 169).
Les os longs ont une grande cavité médullaire cylindrique , qui en occupe le corps ou la partie moyenne , et qui , à ses extrémités , communique avec les aréoles de la substance spongieuse. Cette cavité loge le système médullaire, et rend l'os plus léger sous le même volume, et plus fort avec le même poids.
Les extrémités des os longs, les os courts, les os larges , et surtout leurs bords épais , sont creusés de cavités aréolaires, qui logent également de la moelle.
Il en est de même enfin de la substance compacte : elle est creusée de cavités médullaires microscopiques.
§ 58o. Les os ont aussi des canaux vasculaires pour les vaisseaux de la moelle , et pour ceux de leur propre substance.
Chaque os long a un canal de ce genre, au moins, qui parcourt obliquement les parois de la cavité médul laire , en y pénétrant de haut en bas dans les os humérus, tibia et péroné, et de bas en haut dans le fémur, le radius et le cubitus; ce canal donne passage aux vaisseaux et nerfs de la membrane médullaire.
Les extrémités des mêmes os, les os courts et épais, et les bords épais des os larges, sont pourvus d'un trèsgrand nombre de larges canaux , qui donnent également passage à des vaisseaux, et notamment à de grandes veines.
Tous les points enfin de la surface des os sont criblés dune. multitude de petits trous ou orifices de conduits, dans lesquels pénètrent de très-petits vaisseaux.
§ 58 1. La densité du tissu osseux est très-grande, mais elle n'est pas la même dans toutes les parties d'un même os. Sous ce rapport, on distingue la substance des os en compacte et en spongieuse, ou aréolaire : la première est corticale, ou située à l'extérieur des os; la seconde est intérieure.
La substance compacte est celle dont la densité est telle, qu'on n'y aperçoit pas. d'interstices à l'œil nu. Cependant elle est criblée de très-petits canaux médullaires et vasculaires, visibles au microscope. Dans les os longs, ces canaux sont longitudinaux; il ont de fréquentes communications latérales avec le grand
DES os. 485
canal médullaire et la surface externe de l'os; ils sont moins grands vers cette surface que vers l'autre ; leur diamètre moyen est d'un vingtième de ligne.
La substance aréolaire ou spongieuse , est celle qui forme des petites cavités très-visibles à l'oeil. Cette substance présente plusieurs variétés, dont les principales sont les suivantes : elle consiste en filamens plus ou moins fins , et en lamines d'une ténuité semblable, dans les extrémités des os longs, et dans l'épaisseur des os courts; en filamens et en lames réticulés à la surface interne du canal médullaire des os longs; et en lames fortes., formant des aréoles étroites dans les os larges et minces , et surtout dans ceux du crâne.
Les deux substances, ou variétés du tissu plus ou moins dense des os, sont arrangées d'une manière particulière dans chaque sorte d'os.
Dans les os longs , de corps est formé de substance compacte, et la surface interne du canal hérissée de quelques filamens et lames réticulés; vers les extrémités, la substance compacte diminue beaucoup d'épaisseur, la substance aréolaire ou spongieuse devient de plus en plus abondante et fine , le grand canal finit, en se continuant, avec la substance spongieuse, dont toute l'extrémité de l'os est remplie.
Dans les os larges , les deux surfaces sont formées de substance compacte; là où l'os est mince, ces deux lames se touchent; là, au contraire, où il est épais, elles sont séparées par une couche de substance spongieuse proportionnée à l'épaisseur de l'os. Dans les os du crâne, la table interne, plu$ dense encore , mais plus mince et plus fragile que la table externe ,
486 ÀNAT0M1E GENERALE.
porte le nom de lame vitrée, et la substance spongieuse, celui de diploé.
Les os courts sont forme's de substance spongieuse, entourée d'une couche de substance compacte.
Les os mixtes enfin, participent, par la disposition des deux substances , des genres d'os auxquels ils appartiennent.
Les deux variétés de tissu , ou les deux substances dûjït il vient d'être question, sont dans la réalité un seul et même tissu , une seule et même substance diversement disposée ; raréfiée dans une partie , condensée dans l'autre. Une parcelle de substance compacte est exactement la même chose qu'une lamine ou un filet de substance spongieuse. Une tranche quelconque , de la longeur d'un os long, contient sensiblement la même quantité de tissu osseux , qu'une autre tranche égale en longueur du même os : mais dans l'une la substance ou le tissu est condensé , et laisse un grand canal dans son centre , tandis que dans l'autre le tissu est raréfié , et le canal remplacé par une multitude d'aréoles spongieuses. Ces deux substances peuvent se transformer l'une en l'autre. La différence essentielle qu'elles présentent leur est pour ainsi dire étrangère; elle dépend de la présence et de la pénétration du tissu médullaire et de ses nombreux vaisseaux dans l'épaisseur même de l'os spongieux, et de son contact sur une des faces seulement de l'os compact.
§ 58a. La texture des os 1 est un des points de l'anatomie qui a donné lieu au plus grand nombre de tra-
i Malpighi , de Ossium structura , in op. posth. — D. Gagliardi, Anatome ossium novis invdhtis illustrata ; Romie,
vaux et d'écrits. Malpighi, le premier auteur qui mérite d'être cité, regarde le tissu des os comme résultant de lames, de fibres et de filets, avec un suc osseux intermédiaire; c'est, suivant lui, comme une éponge imbibée de cire. Gagliardi admet des lames ou bractées , et des chevilles osseuses de différentes formes , qui les rassemblent ; .Havers , à peu près comme Malpighi, des lamines formées de fibres, et réunies par le suc osseux. Lasône décrit des lames formées de fibres ossifiées, tenant entre elles par des filets obliques. Reichel , ayant examiné des portions d'os amollies dans un acide minéral, a vu qu'on pouvait les partager en lames , et celles-ci en fibres, formant un tout poreux et tu-
1689. — Cl. Havers , Osteologia no va , etc. ; Lond. , 1 69 1 . — Description exacte des os, comprise eu trois traités, par J. J. Courtial, J. L. Petit, et Lémery. — Delasône, Mém. sur l'organisation des os, in Mém. de l'Acad. royale des se. ; Paris, 1751. — J. F. Reichel, de Ossium ortu atque structura; Lips. , 1760. — B. S. Albinns , de Constructione ossium, in Annot. acad., lib. VII, cap. 17. — Perenotti , Mém. sur la construction et sur l'accroissement des os; Mém. de Turin , tome II, 1784. — A. Scarpa, de Peniliori ossium structura commentarius; Lips., i795, et Paris, 1804. — V. Malacarne , Auctuarium obs. et icon. ad osteol. et osteopath. Ludwigii et Scarpœ; Patay., 1801. — Howship, Microsc. observ. on the structure ofbone ; in Med.-chir. transact. , vol. VII; Lond. , 18 16. — M. Troja , Observalioni ed esperimenti sulle ossa ; Napoli, 181 4. — Medici , Esperienze intorno alla tessilura organica délie ossa, in opuscoli scientifici , tome II; Bologna, 1818. — Considerazioni intorno alla tess. org.dellc ossa, scritle da M. Medici, etc., in riposta aile oppos. fait, dal S. D. C. Speranza , e dal S. Cav. A. Scarpa ; Bologna ,
buleux , qui se continue avec la substance spongieuse. Scarpa conclut, de l'examen des os sains et malades, des os entiers et privés de substance terreuse, des os avant et après leur entier développement, que le tissu osseux, même la substance compacte, est un tissu celluleux et réticulé, tout-à-fait semblable à la substance spongieuse. Medici a observé , ce que savent depuis long -temps ceux qui font le commerce de gélatine extraite des os, que la substance compacte des os longs, privée des sels terreux par l'action d'un acide faible, se divise en plusieurs lames ou couches, adhérentes entre elles par des fibres.
§ 583. Pour examiner la texture du tissu osseux , ce tissu étant extrêmement dur, on est obigé d'avoir recours à des procédés chimiques qui, en décomposant l'os, doivent avoir une action quelconque sur la partie qui reste soumise à l'examen. Quoi qu'il en soit, si on plonge un os pendant quelques jours dans un acide végétal, ou dans un acide minéral étendu d'eau, la substance saline qui entre en grande proportion dans l'os, en est enlevée, et l'os, conservant sa forme, son volume, mais ayant perdu une partie de son poids, égale à celle de la terre soustraite, est devenu flexible et tenace comme le tissu fibreux cartilaginiforme. En cet état, il est réductible en colle ou en gélatine par la décoction. En cet état aussi, si on l'amollit par la macération dans l'eau , la substance compacte , qui n'offrait aucune texture apparente, se divise en lames , réunies par cîes fibres; les lames elles-mêmes, un peu plus tard , ou plus difficilement , se divisent en fibres , qui , par une macération plus prolongée , se gonflent,
et deviennent aréolaires et molles, comme le tissu cellulaire ou muqueux.
Un os long, examiné par ce procédé, se divise à sa partie moyenne, en plusieurs couches, dont la plus externe enveloppe tout l'os , et dont les suivantes se continuent en se raréfiant vers les extrémités avec la substance spongieuse qui les remplit. Les os larges sont formés de deux lames seulement ; et les os courts , d'une seule , qui les enveloppe 5 celle-ci, comme les autres, présentant, à sa face interne, des prolongemens filamenteux et lamineux qui constituent la substance spongieuse.
La fibre osseuse diffère donc surtout des autres fibres animales par la grande quantité de substance terreuse qu'elle contient.
En effet, si au lieu d'enlever cette substance terreuse et d'examiner le résidu organique dont il vient d'être question, on détruit au contraire celui-ci, en soumettant un os à l'action du feu nud, il reste une substance blanche , conservant le volume , la forme , et une grande partie de la pesanteur de l'os; cette- substance dure, mais très-fragile, est un sel terreux qui faisait partie du tissu osseux, Les autres tissus laissent, après la combustion , un résidu analogue ou des cendres, mais en beaucoup moins grande proportion, et ne conservant point, comme celles des os, la forme et une partie de la solidité du tout.
§ 584- La. fibre osseuse est donc une fibre très-analogue à la fibre cellulaire , mais en différant par la trèsgrande quantité de substance terreuse qui entre dans sa composition. On siest fait diverses idées sur la na-
ture intime de cette fibre. Celle qui est le plus généralement admise , consiste à considérer le tissu des os comme un tissu organique aréolaire comme les autres, mais contenant de la substance terreuse dans des cavités extrêmement étroites, à peu près comme l'eau est interposée dans le tissu d'une éponge humide. D'autres regardent l'os comme un mélange intime ou une combinaison de gélatine et de phosphate calcaire. Mascagni regarde ce tissu comme formé de vaisseaux absorbans remplis de phosphate de chaux. Ce sont autant d'hypothèses qui ne reposent sur aucun fait, ou plutôt qui sont contraires aux faits. On ignore toutefois dans quel rapport exact se trouve la substance terreuse avec la substance organique des os.
§ 585. Quelques tissus appartiennent essentiellement à l'organisation des os, ce sont le périoste, la moelle et les vaisseaux.
Le périoste est une membrane fibreuse très-vasculaire qui enveloppe les os, comme on l'a vu (§522).
La membrane médullaire est une membrane celluleuse très-vasculaire qui contient la moelle, et qui sert de périoste interne aux os (§ 169-178 ).
Les vaisseaux sanguins des os , assez nombreux , et de volume différent, se distinguent en ceux qui se ramifient d'abord dans le périoste externe , et qui pénètrent ensuite dans les petits trous nourriciers de la substance compacte, en ceux qui pénètrent , sans se ramifier, dans le canal médullaire, où ils se distribuent à la membrane de ce nom, et pénètrent ensuite, par la face interne, dans la substance compacte , où ils communiquent avec les précédens; et enfin en ceux qui
pénètrent par les trous grands et nombreux des os courts et des parties spongieuses des os longs et larges , pour se distribuer dans la substance spongieuse, et y communiquer, dans les os longs , avec les vaisseaux des deux premiers ordres. Quelques anatomistes ont appelé vaisseaux nourriciers du premier ordre , ceux du canal médullaire des os longs ; vaisseaux nourriciers du second ordre, ceux de la partie spongieuse; et du troisième ordre, ceux qui passent du périoste externe dans la substance compacte : en général , cbacun des conduits nourriciers contient une artère et une veine ; ceux du second ordre contiennent des veines très-grandes et à parois très-minces , qui ne paraissent consister que dans la membrane interne ; ces veines paraissent avoir de grandes communications avec les cavités médullaires de la substance spongieuse.
On voit des vaisseaux lymphatiques seulement à la surface des grands os.
On ne voit de nerfs dans les os , que ceux qui accompagnent les vaisseaux de ïa membrane médullaire.
§ 586. La dureté considérable des os dépend de leur composition chimique : ce sont en effet, comme on la vu, les parties organisées qui contiennent le plus de substance terreuse. On doit avoir su de tout temps que les os sont combustibles , et qu'ils laissent un résidu considérable. Il y a long-temps aussi qu'on sait que les os fournissent de la gélatine ou de la colle par la décoction. C'est Schéele qui a annoncé que la partie terreuse des os est du phosphate de chaux. Cent parties d'os frais se réduisent à soixante environ par la calcïnation.
AN.VTOMIE GENERALE.
D'après l'analyse de M. Berzélius , les os humains , privés d'eau et de graisse, sont composés ainsi qu'il suit: matière animale, réductible en gélatine par la décoction, 32,17; substance animale insoluble, i,i3; phosphate de chaux, 5i,4; carbonate de chaux, 11, 3o; fluate de chaux, 2,0 ; phosphate de magnésie, 1,16; soude et muriale de soude, 1,20.
Fourcroy et M. Vauquelin , dans leurs premiers essais, n'avaient point trouvé de phosphate de magnésie dans les os humains. Suivant M. Hildebrandt, il n'y en aurait point. Suivant M. Hatchett, il y aurait du sulfate de chaux qui, d'après M. Berzélius, est un produit de la calcination. Enfin, Fourcroy et M. Vauquelin admettent encore dans les os, du fer, du manganèse, de la silice, de l'alumine et du phosphate d'ammoniaque, mais point de fluate.
Outre les différences de composition relatives à l'âge, aux individus, et aux affections morbides, circonstances qui font varier la proportion de la substance animale et de la substance terreuse; tous les os n'ont point exactement la même composition dans le même individu , ainsi les os du crâne contiennent généralement un peu plus de substance terreuse que les autres ; le rocher est de toutes les parties celle qui en contient le plus
§ 587. Les os sont d'une couleur blanc-jaunâtre , et opaques, mais c'est surtout par leur dureté , leur peu de flexibilité et leur résistance à la rupture, qu'ils
i John Davy, in Monro, Outlines of the anatomy 0/ human body; Édimb., 181 3.
sont remarquables; c'est par ces propriétés qu'ils servent dans l'organisme. Quelque peu flexibles et compressibles qu'ils soient, ils sont élastiques.
Ils jouissent aussi d'une extensibilité et d'une force de resserrement lentes, mais réelles : ainsi le sinus maxillaire, les fosses nasales, l'orbite, etc., s'agrandissent peu à peu par le développement de tumeurs dans leur intérieur ; ces mêmes cavités reviennent sur elles-mêmes quand elles sont débarrassées de ces causes d'extension; les alvéoles se resserrent ets'effacent après la chûte des dents, etc.
Toute autre contraction y est nulle. La sensibilité n'y existe qu'à l'état morbide. La force de formation y est remarquable sous ce double rapport , que tous les phénomènes qui s'y rapportent , comme la formation première, la réparation, les altérations de texture, etc., y sont d'une très-grande lenteur; tandis que les facultés de reproduction et de production accidentelle, y sont plus grandes que dans aucun autre tissu.
§ 588. La formation des os, l'ossification , ou l'ostéogénésie 1 , est un phénomène qui a beaucoup occupé
1 H. Eysson, de Ossibus infantis ; cui tractatui annexus est Y. Coiter, Ossiurn infantis historia, 120; Gronig., 1659.
— Th. Kerkring, Osteogenia fœtus, Lugd. Bat., 1717. — R.Nesbitt, the Huinan osteo geny ; Lond., 17 36. — J. Baster, de Osteogenia, Lugd. Bat., 1781. — A. Vater et Ulraann , Osteogenia; Viteb. , 1733. — Albinus, Annot. acad. , lib.VI, VII.
— Id. Icônes ossiurn fœtus humani accedit ostegeniœ brevis AwtoWa.Liigd.Bat. 1737.— Duhamel, Mém. de l'Acad. roy. des se., ann. 1739-41-43-/(6. — Haller , Expérimenta de ossiurn
ANA.TOMIB GENERALE.
l'attention des observateurs, et qui en est en effet bien digne.
Les os éprouvent dans leur développement des transformations d'autant plus remarquables , que les divers états par lesquels ils passent répondent à des états analogues, mais permanens , qu'on observe dans les animaux.
Après avoir été liquides comme toutes les autres parties, ils deviennent , i° mous, muqueuxou gélatiniformes ; 2° cartilagineux , et quelques-uns fibreux et cartilagineux ; 3° osseux.
Les os sont muqueux , transparens et incolores , à une époque très-rapprochée de la conception ; ils croissent alors par végétation , et forment un tout continu qui se divise plus tard.
Les os cartilagineux, ou les cartilages temporaires, ne paraissent guère qu'après deux mois, à partir du moment de la conception. On ne peut apercevoir cet état que dans les os ou les parties d'os qui s'endurcissent un peu tard, car pour ceux dont l'ossification est très-précoce, il est douteux qu'ils passent par l'état de cartilages ; état qui paraît plutôt destiné à remplir
formatione in op. min. II. — Hérissant, Mém. de l'Acad. roy. des se, 1768. — C. F. Senff, Nonnulla de incremento ossium embryonum in primis graviditatis mensibus ; Halae, 1801. — J.Fr.Meckel , Deulsches archiv fur die physiolog. ; B. I, H. 4- — J. Howship, Exper. and observ. , etc., on the formation of bone, in Med-chir. trans. , vol. VI ; Lond., i8i5. — A. Béclard , Mém. sur l'osléose, in nouveau Journal de méd. , vol. IV, 1819. — Serres, des Lois de l'ostéogénie, Analysé des trav. de l'Ac. roy. des se. , ann. 1819.
provisoirement les fonctions d'os , qu'à être une période de l'ossification.
L'état osseux commence successivement , dans les divers os, depuis environ un mois après la conception , pour les plus précoces , jusqu'à dix ans ou douze ans environ après la naissance, dans les plus tardifs; et même certains points osseux accessoires ne commencent guère à se former que vers quinze à dix-huit ans.
§ 589. L'ordre dans lequel les os commencent à paraître et à s'endurcir, a semblé pouvoir être réduit en règles :
Ainsi la clavicule et les mâchoires étant très-précoces dans leur développement, le sternum, le bassin et les membres étant plus tardifs ; on a dit que la précocité était en rapport avec l'importance dans le règne animal , ou plutôt dans la classe des vertébrés , où l'on voit en effet, dès la classe des poissons, les clavicules et les mâchoires très-développées , tandis que le sternum , le bassin et les membres le sont très-peu.
On a établi aussi en proposition générale, que les os les premiers formés sont ceux qui avoisinent les centres sanguins et nerveux; les côtes. et les vertèbres étant en effet très-précoces dans leur formation.
On a dit encore que les os longs paraissent les premiers, puis les larges, et enfin les courts ; la clavicule, le fémur, le tibia paraissant dès le commencement, et les os du tarse et du carpe très-tard au contraire.
On a cru enfin que les os plus grands s'ossifiaient les premiers, et les autres successivement.
Il y a beaucoup d'exceptions à ces règles.
ÀNATOMIE GENERALE.
§ 590. L'ossification commence à la fin du premier mois dans la clavicule , et successivement dans l'os maxillaire inférieur , dans le fémur , dans le tibia , dans l'humérus , dans le maxillaire supérieur, et dans les os de l'avant-bras, où elle est commencée vers trentecinq jours. Elle commence vers quarante jours dans le péroné, dans le scapulum , dans les os palatins , et les jours suivans dans la portion prorale de l'occipital, dans le frontal, dans les arcs des premières vertèbres , dans les côtes, dans la grande aile du sphénoïde, dans l'apophyse zygomatique, dans les phalanges des doigts , dansles corps des vertèbres moyennes, dans les os nasaux et zygomatiques, dans l'ilium , dans les os métacarpiens, dans les phalangettes des doigts et des orteils, dans les condyles de l'occipital, et puis dans sa portion basilaire, dans la portion écailleuse du temporal, dans le pariétal et dans le vomer, tous os où elle est commencée dès le milieu de la septième semaine. Dans le courant de la même semaine elle commence encore dans l'aile orbitaire du sphénoïde , et à la fin , dans les os métatarsiens , dans les phalanges des orteils et dans les phalangines des doigts. Dansles dix jours suivans elle commence dans le corps du sphénoïde , dans celui des premières vertèbres sacrées, et dans le cercle du tympan. Vers deux mois et demi elle se manifeste dans l'appendice costiforme de la septième vertèbre; avant la fin du troisième mois, dans le labyrinthe, et vers sa fin, dansHschium et dans l'apophyse ptérygoïde interne; vers le milieu du quatrième mois , dans les osselets du tympan ; à mi-terme, dans le pubis , dans le calcaneum , dans les phalan-
gines des orteils, dans les masses latérales de l'ethmoïde et dans les cornets du nez; un peu plus tard dans les premières pièces du sternum ; vers six mois dans le corps et dans l'apophyse odontoïde de la seconde vertèbre , et dans les masses latérales et antérieures de la première vertèbre pelvienhe ou sacrée ; un peu plus tard encore, dans l'astragale; vers sept mois, dans le cornet sphénoïdal ; plus tard , dans la crête médiane de l'ethmoïde ; dans le cuboïde , la première vertèbre du coccyx et l'arc antérieur de -l'atlas, vers la naissance ; un an plus tard dans l'os coracoïde , le grand os et l'os crochu du carpe, et dans le premier cunéiforme ; dans la rotule et l'os pyramidal vers trois ans ; vers quatre ans dans le troisième et le deuxième cunéiformes; vers cinq ans dans le scaphoïde du tarse, le trapèze et le lunaire; vers huit ans dans le scaphoïde du carpe, un an après dans le trapézoïde, et enfin dans le pisiforme, vers douze ans.
§591. L'ossification ne résulte pas partout de la transformation du cartilage en os. La diaphyse des os longs et le centre des os larges très-précoces, passent immédiatement de l'état muqueux k l'état osseux. Les autres parties du système sont d'abord cartilagineuses, et c'est en elles qu'on peut le mieux observer les phénomènes successifs de l'ossification. '
Le cartilage qui depuis plus ou moins long-teftps tient la place , et remplit les fonctions de l'os , dont il a la forme et dont il acquiert, successivement le volume, se creuse d'abord de cavités irré^ulières , puis de canaux tapissés de membranes vasculaires
ANATOM1E GENERALE.
remplis d'un liquide mucilagineux ou visqueux ; il devient opaque, ses canaux deviennent rouges, et l'ossification commence vers son centre.
Le premier point d'ossification, punclum ossification is , paraît toujours dans l'épaisseur du cartilage, et jamais à sa surface. Il est entouré de cartilage rouge à l'endroit qui est en contact avec lui, opaque et creusé de canaux un peu plus loin , et plus loin encore homogène et sans vaisseaux, mais percé seulement de quelques canaux vasculaires qui tendent vers le centre osseux. Le point osseux augmente continuellement par accroissement à sa surface, et aussi par addition intersticielle dans son épaisseur. Le cartilage , successivement creusé de cavités et de canaux , tapissés par des gaines vasculaires, diminue successivement à mesure que l'os augmente, et finit par disparaître. Les canaux du cartilage eux-mêmes, très-larges au commencement de l'ossification, deviennent de plus en plus petits , et disparaissent enfin quand elle est opérée. A la place'd'un cartilage plus ou moins épais, mais d'abord plein ou solide, sans cavités et sans vaisseaux distincts, plus tard creusé Ae canaux tapissés de membranes vasculaires et sécrétantes, on trouve un os très-vasculaire, creusé de cavités aréolaires ou spongieuses, revêtues de membranes et remplies de moelle graisseuse. L'os devient ensuite moins vasculaire avec le temps.
§ 592. La cause de l'ossification est inconnue, comme celle de la formation organique en général. Depuis Hippocrate et Aristote, jusqu'à Scarpa , Bicbat et Mascagni , une foule d'hypothèses plus ou
moins ingénieuses ont été proposées sur ce sujet obscur '.
On a dit que les dernières divisions des artères s'ossifiaient ou s'emplissaient de matière osseuse. Qu'après s'être remplies de matière osseuse, elles se crevaient et la laissaient échapper autour d'elles. On dit aussi , et avec plus de vraisemblance , qu'elles forment et laissent échapper la matière ossifiante, soit par des extrémités exhalantes , soit par des porosités latérales. Mais quelle est cette matière osseuse ? est-ce de la substance terreuse ? mais où les artères versent-elles cette matière ? est-ce dans les aréoles intersticielles d'un cartilage, comme on le dit communément depuis Hérissant? ou bien dans des vaisseaux absorbans qui s'en remplissent, comme le dit Mascagni ? ce sont autant de pures hypothèses. Ce que l'on sait, c'est que la vascularité augmente beaucoup avant l'ossification, et qu'elle la précède toujours; c'est que le cartilage diminue et disparaît à mesure que l'os se forme et qu'il augmente; c'est que l'os , très-vasculaire au moment de sa formation, le devient ensuite de moins en' moins. Quant à l'état sous lequel la substance osseuse est déposée, c est sous forme liquide , et son endurcissement successif dépend ou de l'addition continuelle d'une plus grande proportion de substance terreuse, ou plutôt' de la résorption du véhicule qui lui donnait sa fluidité. L'ossification ne dépend pas de la déposition de s la substance terreuse dans un tissu organique, mais
1 Voyez Sœmmering, de Corp. hum.fabricd, tom. I , de ossibus.
de la formation simultanée d'un tissu contenant tout à la fois et la substance animale et la substance terreuse.
Les pbénomènes de l'ossification sont différens dans les différeutes sortes d'os.
§ 593. L'ossification est très - précoce dans les os longs; elle y commence de un à deux mois après la conception , suivant les o*. Avant le commencement de l'ossification , on n'y trouve point de cartilages. Il en est de même encore au commencement de l'ossification , on ne trouve alors entre les cylindres osseux qu'une substance mucilagineuse. Ces cylindres osseux sont d'abord gros et courts, d'où résulte qu'ils peuvent s'allonger beaucoup avant de grossir. Ils répondent au point où plus tard se trouve l'artère médullaire principale. Au c6mmencement du troisième mois on aperçoit , au bout de ces cylindres osseux allongés , des extrémités cartilagineuses : sortent-elles par végétation de l'intérieur du canal osseux? ces extrémités cartilagineuses ont la même conformation qu'auront plus tard les extrémités; elles s'ossifient, comme cela vient d'être dit de l'ossification en général. La plupart ne s'ossifient que par le centre , et forment alors des épipbyses plus ou moins long-temps distinctes aux bouts des os. Dans quelques-uns l'ossification procède, dès le commencement, par l'extension du corps de l'os , dans le centre de leur masse cartilagineuse.
§ 094. Les os larges du crâne commencent à s'ossifier de soixante à soixante-dix jours : le péricrâne et la dure-mère sont alors très-vasculaires. Il existe entre ces deux membranes une substance muqueuse très-
DES OS. 5oi
vasculaire elle-même. Les premiers points osseux paraissent clans les endroits les plus sanguins sous forme de grains isolés, puis disséminés et réunis en réseaux, ils forment ensuite une lame mince au milieu, et garnie de fibres osseuses rayonnées au pourtour; les surfaces de l'os sont couvertes, et les intervalles des fibres radiées sont remplis d'une substance mucilagineuse rougeâtre et très-vasculaire , le péricrâne et la duremère le sont encore beaucoup à cette époque.
§095. Les os courts ou épais s'ossifient comme les extrémités des os longs. Ils sont précédés , dans leur formation, de cartilages qui ont la forme, et à la- fin, le volume des os qui doivent les remplacer. Ces cartilages, d'abord bomogènes et pleins, présentent ensuite les changemens successifs déjà indiqués; des cavités, des canaux membraneux vasculaires, remplis de liquide visqueux , et des points osseux qui s'étenden t du centre à la circonférence.
La rotule et les os sésamoïdes se forment dans un tissu d'abord fibreux, puis cartilagineux, et de la même manière que les os courts.
Les os mixtes participent, parleur formation comme parleur figure extérieure et leur conformation interne, aux caractères des os de deux classes différentes.
§ 596. Beaucoup d'os se forment par plusieurs points distincts d'ossification.
Plusieurs os médians, soit larges, soit épais, se forment par deux moitiés latérales réunies plus lard sur là ligne médiane; tels sont- les arceaux des vertèbres, le frontal, le corps du sphénoïde, la portion écailleuse de l'occipital , l'os maxillaire inférieur, et
'i°'2 ANATOMIE GÉNÉRALE.
les pièces moyennes du sternum. Mais dans plusieurs des os médians aussi, l'ossification commence au milieu , et s étend sur les côtés ; comme dans le corps des vertèbres, dans la portion basilaire de l'occipital, dans la crête de l'ethmoïde, dans le corps de l'hyoïde, dans le premier et dans le dernier os sterna ,• soit que dans une période antérieure, à l'époque de la cartilaginisation , par exemple , l'os se soit formé de deux moitiés latérales , ou bien qu'il en soit autrement, et qu'il soit primitivement impair.
Beaucoup d'os , tant larges que courts , sont formés de plusieurs points principaux ou primitifs d'ossification qui se réunissent plus ou moins promptement. Souvent ces points répondent à des os distincts dans d autres genres ou classes d'animaux. Tels sont les points d'ossification des vertèbres, de l'occipital, du sphénoïde, du temporal, du maxillaire, du sternum, des os coxaux, du sacrum, etc. On trouve même dans les animaux ruminans un exemple de la réunion collatérale de deux os longs pour former le canon.
§ 597. Un grand nombre d'os enfin, surtout des os longs, et quelques os larges et courts, ont des points accessoires où secondaires d'ossification , qu'on appelle épiphyses 1 à cause de leur implantation et de leur réunion sur le corps de l'os, au moyen d'un cartilage qui dure plus ou moins long-temps. Les grands os longs de la cuisse, du bras, de la jambe et de l'a-
'Platner, de Ossiurn epiphysibus , 1736. — Ungebauer , Epistola de ossium trunci c.orp. hum. epiphysibus sero osscis earumdemque gcnesi; Lips. , 1 739. — Béclard , Mém. cit.
DKS os. 5o3 vant-bras, ont au moins une épiphyse à chaque extrémité.
La clavicule , les os métacarpiens , métatarsiens et phalangiens, n'en ont qua une seule extrémité.
Parmi les os larges, les os coxaux et les omoplates ont des épiphyses marginales analogues à ces épiphyses terminales des os longs. Les côtes en ont à leur extrémité dorsale et à leur tubercule.
Parmi les os courts, les vertèbres, presque seules, ont des épiphyses : elles en ont aux deux faces de leur corps et au sommet de toutes leurs apophyses non articulaires. Parmi les autres os courts , le calcanéum seul a une épiphyse; elle est située à son extrémité postérieure.
Les épiphyses commencent à se former à des époques très-différentes, depuis quinze jours environ avant la naissance, jusqu'à quinze ou dix-huit ans après, et durent plus ou moins long-temps distinctes avant de se réunir au corps des os ; les époques de leur réunion sont comprises entre quinze et vingt-cinq ans environ. De toutes les épiphyses, celle qui s'ossifie la première, est celle de l'extrémité inférieuse du fémur : l'ossification y commence avant la naissance, et c'est une de celles qui se réunissent le plus tard au corps de l'os ; celle- de l'extrémité supérieure du radius, qui est une des dernières à s'ossifier, esl peutêtre, au contraire, celle qui se réunit la première.
§ 598. L'accroissement des os a lieu d'une manièreévidente par l'addition successive de nouvelle substance osseuse autour de celle qui a été la première formée.
So4 ANATOMIE GENERALE.
L'accroissement en longueur a lieu par l'allongement du corps des os longs à leurs extrémités. Pour cela les bouts du cylindre osseux sont hérissés de filamens ou de villosités osseuses plongées dans l'extrémité non ossifiée, creuses et vasculaires , qui s'allongent continuellement en devenant de plus en plus fines à mesure que les vaisseaux se ramifient davantage, et que l'ossification se ralentit • en même temps les extrémités cartilagineuses se transforment peu à peu, en commençant par le centre, en os qui constituent des épiphyses.
L'accroissement a lieu en largeur, dans les os plats, de la même manière, soit par l'addition successive de substance osseuse au bord même de l'os , comme dans les os du crâne , soit par la formation osseuse , sous une épiphyse marginale qui en couvre le bord, comme au scapulum et au coxal.
L'accroissement en épaisseur a lieu dans tous les os par un même procédé ; le périoste , très-vasculaire jusqu'à cette époque , sécrète et dépose entre ses fibres , à la surface de l'os , de la substance osseuse , muqueuse d'abord, puis dure, qui, s'ajoutant ainsi successivement à la surface , augmente l'épaisseur de l'os.
§ 599. L'accroissement des éminences se fait pour quelques-unes comme celui des os longs garnis d' épiphyses , c'est-à-dire entre le corps de l'os et la base de l'éminence; tels sont les trochanters, etc. Dans les autres , c'est à la surface même que se fait l'accroissement, tout comme l'épaississement des os. : la plupart sont dans ce dernier cas. Quant au creusement des
DES os. 5o5 cavités externes non articulaires, il est, en beaucoup d'endroits, déterminé par des pressions qui, sans déprimer réellement l'os, déterminent néanmoins sa dépression , en y rendant la nutrition moins active que dans les parties environnantes.
Les éminences 'ètles cavités articulaires se modèlent mutuellement. Il en est de même des cavités destinées à loger des parties molles- ou fluides, et des cavités médullaires des os; leur existence et leur forme sont très-dépendantes des parties qu'elles renferment. Ainsi la conformation du crâne et celle du canal vertébral dépendent beaucoup de celle du centre nerveux qu'ils logent. La partie inférieure du canal vertébral, vide de moelle, est triangulaire, tout comme le devient la cavité cotyloïde abandonnée depuis long-temps par la tête du fémur; l'une et l'autre de ces parties étant, formées de trois points osseux.
§ 600. Quoi qu'il en soit, la terminaison de l'accroissement évident, en longueur et en largeur, dépend de la soudure des os longs avec leurs épiphyses terminales, et des os larges avec leurs épiphyses marginales ou entre eux. La terminaison de l'accroissement en épaisseur dépend de la cessation de la formation osseuse à la surface des os. Ce dernier genre d'accroissement dure un peu plus long- temps que le premier.
L'accroissement néanmoins continue de se faire, mais localement , et d'une manière insensible, quelquefois cependant d'une manière assez sensible encore.
L'accroissement sensible dépend d'une sorte de juxtaposition aux extrémités, aux bords et aux surfaces
5o6 A NATO. MIE GENERALE.
des os ; l'accroissement insensible , au contraire , est intersticiel , et dépend d'une véritable intus-susception.^On voit dans quelques cas morbides surtout, des exemples frappans de ce dernier ; dans l'empyème , dans le spinaventosa, etc.
§ 60 1. L'accroissement étant terminé , les os restent le siège d'un entretien ou d'une nutrition habituelle. La déposition et la résorption y sont très-lentes et insensibles dans l'état de santé , et surtout dans la vieillesse. Mais dans certains cas de maladie, il survient dans les propriétés des os des cbangemens trèsmarqués, qui montrent clairement qu'il s'est opéré des cbangemens non moins grands dans leur composition.
§ 602. Les faits relatifs à l'accroissement et à la nutrition habituelle des os , sont surtout prouvés par les effets de la garance sur eux.
Mizauld1 d'abord, et Belchier 2 long-temps après, ont les premiers observé que quand la garance ( rubia tmctorum ) est donnée aux animaux, mêlée avec les ahmens,leurs os deviennent rouges. Duhamel, Boehmer3, Detlef4, J. Hunter5et plusieurs autres, ont fait des
i Ant. Misaldus, Centur. memorabilium seu arcanorum omnis gen eris ; 1 5 7 2 .
» Philos. transact.,™\. XXXIX, ann.'i736.
3 Radicis rubiœ tinctor. affectas in corp. anim.; Lips , i75i. Ejusdem prolusio , qud callum ossium è rubiœ Unclorum radicis pastu infectorum describit ; ibid., 17 5a.
4 Ossium calli generatio et natura perfracta in animalibus, rubiœ radice pastis, ossa demonstrata; Goett., t^5.
5 Exper. andobs. on the gro.th of bones , from the papers
DES os. 507
expériences curieuses sur le même objet. Rutherford ' a expliqué l'effet de la garance sur les os seuls, et à l'exclusion de toutes les autres parties du corps , par une affinité chimique de la matière colorante de la garance pour la substance terreuse des os.
Duhamel a vu dans ses expériences, queues os des jeunes animaux se coloraient beaucoup plus tôt que ceux des vieux; que les progrès de la teinture et l'ossification étaient d'autant plus prompts, que l'accroissement est plus rapide; que, quand on supprime la garance, les os redeviennent blancs, et que le rétablissement de la couleur se fait par la superposition de couches blanches sur les rouges. Ce dernier fait résulte pleinement aussi des expériences de Hunter. Cependant Duhamel a cru , malgré ces expériences décisives, que c'est par extension que les os grossissent.
Quant à l'accroissement en long, les expériences de Duhamel l'ont aussi conduit à penser que cet accroissement, qu'il compare à la végétation, a lieu par l'extension de leurs parties. Il en est probablement ainsi dans l'accroissement lent et insensible , mais l'allongement rapide qui a lieu avant la soudure des épiphyses , dépend évidemment d'une addition de substance osseuse au bout du corps de l'os , comme le prouve l'expérience suivante faite par Hunter : on met le tibia à découvert sur un jeune cochon , on le
of the laie M. Hunter, by Ev. Home, in Transact. of a society for improvement , etc., vol. II; London, 1800.
V. Disp. med. inaug. de dentium formatione et structurâ, etc. , auct. R. Blacke; Edimb., 1798.
5<>8 ANATOMlÉ GÉNÉRALE.
perfore aux deux extrémités du corps ossifié , et on mesure exactement l'intervalle des deux trous; quelques mois après, quand l'accroissement a fait des progrès , on trouve la même distance entre les deux trous ; tout l'allongement s'est fait au delà , aux extrémités de la diaphyse.
Ces expériences, qui laissent peu de choses à désirer, relativement à l'accroissement des os , ne fournissent pas, à beaucoup près, des résultats aussi positifs sur la question de la nutrition habituelle des os. Il suffit de donner quelques gros de garance à un jeune animal pendant l'espace de quelques jours, pour rougir ses os, tandis que la même substance donnée en plus grande quantité et pendant des semaines ou des mois , à un animal adulte , les colore à peine ou point.
§ 6o3. Après la fin de l'accroissement en dimension les os éprouvent encore des changemens ultérieurs : le plus remarquable est un décaissement Le canal médullaire des os longs , à partir du moment de leur formation, -va toujours en augmentant de diamètre. Tant que l'accroissement en épaisseur continue, les parois du canal augmentant à l'extérieur, conservent leur épaisseur, et même augmentent dans ce sens.
Duhamel a fait à ce sujet une expérience très-curieuse, mais dont il a tiré de fausses conséquences. Ayant mis à découvert, et entouré d'un fil métallique un os long d'un jeune animal, qu'il tua quelque temps après, il trouva alors le fil métallique recou-
1 Albinus , Ànnot. acaà. — F. Chaussard , Recherches sur l'organ. de3 vieillards; Paris, 1822.
des os. bog
vert à l'extérieur par l'os qui avait grossi ; et le canal ayant acquis le diamètre de l'anneau métallique, il en conclut que l'os avait grossi par l'expansion, par l'élargissement du canal. Non , l'os avait grossi à l'extérieur par addition , et avait diminué à l'intérieur par soustraction , d'où l'agrandissement du canal.
En effet, lorsque l'accroissement de l'os en épaisseur est achevé, le canal Continuant de s'agrandir par résorption intérieure , ses parois s'amincissent singulièrement , au point . qu'après avoir eu dans l'enfant une épaisseur supérieure, et dans l'adulte une épaisseur à peu près égale au diamètre du canal, elles n'ont plus dans les vieillards, qu'une trèspetite fraction de ce diamètre. Les cavités spongieuses des os courts, des os larges "et des extrémités des os longs s'agrandissent en général de même, de telle sorte que par cet amoindrissement des os, le squelette des vieillards et beaucoup mois pesant que celui des adultes.
Les os larges du crâne éprouvent assez souvent, dans la vieillesse, un amincissement d'un autre genre: il résulte de la résorption du diploé , et du rapprochement de la table externe vers la table interne, de manière à produire tout à la fois et un grand amincissement etune dépression extérieure. C'est par les bosses pariétales, qui en sont fréquemment affectées, que cette atrophie commence ordinairement.
Assez souvent aussi, dans la vieillesse, les surfaces articulaires des os des membres inférieurs et les faces des vertèbres sont élargies et applaties, comme si, à la longue, elles avaient cédé à la pression.
§ 604. La forme des os neprouve pas seule de* changemens par les progrès de l'âge. Leur consistance en présente de remarquables : les os des enfans sont plus flexibles et moins cassans que ceux, des adultes, ils peuvent être ployés ou tordus dans le vivant sans se rompre. Ceux des vieillards, au contraire , sont plus denses, plus durs et plus fragiles que ceux des adultes, ce qui, joint à leur amincissement, rend les fractures très-communes dans la
vieillesse. Il y a aussi une différence sensible dans la proportion de la substance terreuse, plus grande dans le vieillard que dans l'adulte.
Ainsi , après la fin de l'accroissement en dimensions, l'augmentation de densité continue dans les os comme dans toutes les autres parties du corps.
§6o5. L'ossification accidentelle 1 est très-fréquente, très-commune et très-anciennement connue. Cette ossification est rarement. parfaite. On peut, sous ce rapport, en distinguer plusieurs variétés.
L'ossification accidentelle la moins parfaite est appelée terreuse; elle produit une substance blancbe, opaque, crétacée, molle, friable, et même quelquefois semiliquide. Composée de matière animale, en petite proportion , et de substance terreuse , on la rencontre le plus souvent dans des kystes. Les phlébolitbes sont quelquefois de celte sorte. On la rencontre aussi en fragmens isolés et informes ; dans des abcès , dans le poumon , dans les corps fibreux de l'utérus , dans le
1 J. Van Heckeren , de Osleogcnesi prœternatuiali ; Lugd. Bal. , 1797- — P- Rayer, Mém. sur l'Ossification morbide , in archives génér. de méd. , tom. I; Paris, i8î3.
DES os. y I 1
tissu cellulaire et dans les ligamens des goutteux , dans le cerveau, etc. On la trouve, enfin, fréquemment infiltre'e dans les glandes, bronchiques, dans les poumons, le foie, le rein, le cœur, etc.
L'ossification accidentelle pierreuse est très -fréquente, elle est très-dure, opaque, et contient une proportion de substance terreuse plus grande que les os ordinaires. On la trouve souvent sous forme d'incrustation plus ou moins épaisse sous les membranes séreuses, dans la membrane propre de la moelle épinière, et surtout dans les parois des artères. On la trouve aussi sous forme de kyste. On la rencontre sous forme de masses isolées dans les corps fibreux de l'utérus ossifiés , et dans la glande pinéale, où elle constitue X acervulus. On la rencontre aussi quelquefois sous forme d'infiltration du pancréas. Ce que l'on a décrit sous le nom de pétrification de certains organes ou de fœtus, n'est autre chose qu'une infiltration d'os pierreux très-serrée, de manière à faire disparaître presque tout-à-fait la matière animale de l'organe.
La production accidentelle diffère quelquefois davantage encore des os; elle ressemble, pour la dureté et le poli, à l'émail des dents; cet émail accidentel remplace quelquefois certains cartilages diarthrodiaux.
L'ossification accidentelle ressemble quelquefois beaucoup ou tout-à-fait à l'os naturel, par un périoste, par des cavités spongieuses médullaires, par sa texture, par sa demi-transparence, et par sa composition chimique; mais cette production parfaite est
rare : on l'a rencontrée sous la forme de corps isolé dans la dure-mère; je l'ai vue aussi, mais presque tout-à-fait compacte, sous forme de lames placées dans le ligament vertébral antérieur. Les plaques osseuses qui couvrent les cartilages costaux sont dans le même cas. On trouve aussi quelquefois une ossification parfaite , mais compacte, sous forme de kyste hydatifère.
L'ossification accidentelle qui présente ainsi plusieurs variétés, est souvent un effet de l'âge; cependant beaucoup de vieillards n'en sont pas affectés. L'irritation et l'inflammation chronique ou latente en sont le plus souvent la cause. Elle est plus fréquente dans le nord que dans les pays chauds. Elle commence par une production plastique, et passe quelquefois par les états demi-cartilagineux ou fibreux, d'autres fois non. En général elle ne gêne que par son volume ou par ses effets mécaniques.
La transformation des cartilages permanens eh os peut être regardée comme intermédiaire aux ossifications naturelle et accidentelle.
§606. L'exostose 1 est'encore une production osseuse accidentelle, quelquefois parfaite, et souvent pierreuse ou éburnée. Le périoste étant irrité ou enflammé , il se fait , à sa surface interne , dans son épaisseur et dans une partie plus ou moins étendue de sa largeur, une déposition de matière organisable, molle; cela constitue la périostose, dont la terminaison est
1 On exostosis , by M. A. Cooper , in Surgical essajs. part, ij Loncl., 1818.
DES os. 5i3 variée; souvent elle s'ossifie, cela constitue d'abord une sorte dëpiphyse ou d'os distinct et séparable de l'os naturel, auquel l'exostose se soude ordinairement à la longue. Tantôt elle consiste en un nodus trèscirconscrit, et dont le développement a été rapide. D'autres fois elle se forme lentement, et consiste en une masse volumineuse et foliée. D'autres fois même, tout un membre ou une plus grande partie encore du squelette en est affecté.
Le spinaventosa, au lieu de consister toujours en une production morbide, est quelquefois formé de substance organisable qui , après avoir distendu et dilaté l'os naturel , finit par s'ossifier plus ou moins complètement dans son intérieur.
§ 607. Quand un os est dénudé 1 du périoste , si le sujet est jeune, si l'os n'est pas altéré lui-même, s'il n'est pas resté long-temps à découvert, les parties molles vulnérées , réappliquées dessus , peuvent s'y unir par adhésion primitive.
Dans les circonstances opposées , et dans celles où le périoste enflammé se sépare de l'os par la suppuration , dans celles où il se gangrène , et lorsqu'une p<aL riostose suppure ou se mortifie, etc., l'os, privé de son appareil nutritif, se nécrose à sa surface, et plus ou moins profondément. La partie restée vivante , placée aux confins de la partie morte , s'enflamme, , s'amollit, se détache enfin de la partie nécrosée, et suppure; la nécrose, devenue libre, tombe. Les granulations
' Tenon , trois Mémoires sur Pexfoliation des os , in Mém. et obs. sur l'anat., la pathol. et la chir., etc.; Paris, 1816. *• 33
t>14 ANATOMIK GÉNÉRALK.
sous-jacentes produisent avec le temps une cicatrice qui recouvre l'os, lui adhère et lui forme un nouveau périoste.
§ 608. Après l'amputation les choses se passent de l'une ou de l'autre des deux manières qui viennent d'être exposées.
Quand l'os et son appareil nutritif n'ont pas été lésés au-dessus de l'endroit amputé, et quand surtout la réunion de la plaie est immédiate , le bout de l'os s'unit ordinairement par adhésion primitive aux parties molles.
Quand, au contraire, la plaie reste béante et qu'elle suppure , quand le périoste a été déchiré ou détaché au-dessus de la section , quand la membrane médullaire irritée s'enflamme , le bout de l'os se nécrose , et il s'en détache une virole comprenant toute son épaisseur et anticipant en général obliquement sur sa surface externe, parce que ordinairement le périoste est plus lésé ou est lésé plus haut que la membrane médullaire.
^ Dans l'un et l'autre cas d'ailleurs , le bout de l'os prouve à la longue d'autres changemens. En général il diminue notablement de volume et de pesanteur. Le canal, d'abord rempli par la raréfaction spongieuse de la substance compacte , se rétablit , mais se ferme
1 Van Home, Dissertatio de iis , quce in partibus metnbri , prœsertim osseis , amputatione vulneratis , notanda jwrt*;Lugd.Bat.', i8o3.— J.L.Brachet, Mém. dephys. pathol., sur ce que devient le fragment de l'os après une amputalion , in Bullct. de la Soc. niéd. d'Émul. de Paris, 1822.
à l'extrémité par une production osseuse surajoutée comme un opercule.
§ 609. La nécrose 1 profonde des os longs présente tout à la fois des phénomènes intéressans de séparation et de production osseuse.
Quand on détruit sur un animal vivant la membrane médullaire d'un os long , en introduisant dans son canal un corps étranger qui la déchire ou qui la cautérise, le membre tout entier auquel appartient l'os se gonfle, devient douloureux et chaud; plus tard il s'y forme des abcès qui s'ouvrent et restent fistuleux ; on voit , ou l'on sent , à travers les ouvertures, un os mobile au milieu du pus, et renfermé dans un autre os qui est creux ; avec le temps l'os intérieur, devenu de plus en plus mobile, parvient quelquefois à s'engager ; par une de ses extrémités, dans une des ouvertures de l'os extérieur, et finit même par être expulsé au dehors. On voit alors qu'il a la longueur de la diaphyse de l'os primitif, et une épaisseur variable , mais qui égale quelquefois tout-à-fait
1 Chopart et Robert, de Necrosi ossium thèses anat.-chir.; Parisiis , 1766. — Troja, de Novorum ossium, etc. ; Paris, 1775. — Blumenbach , in Richter, chir. biblioth., B. VI. — • David , Observât, sur une maladie connue sous le nom de nécrose. — Koeler , Expérimenta circa re gêner ationem ossium ; Gotting., 1786. — J. P. Weidmann, de Necrosi ossium ; Franc, ad moen. , 1793 , fol. — Russel , Practical essay on a certain disease ofthe bones called necrosis; Edinb., 1794.
— A. H. Macdonald, de necrosi ac callo ; Edinb., 1799.
Macartney, in Crowther pract. obs. on the diseases ofthe joints; Lond., 1808. — Cliarmeil, de la régénération des os; Metz, 189.1.
5lO* A.NATOMIE GÉNÉRALE.
celle de l'os primitif. Cependant l'os nouveau , débarrassé du corps étranger, et tenant dès le commencement aux extrémités de l'os ancien devenues les siennes , se resserre peu à peu sur lui-même ; la suppuration diminue graduellement, et cesse tout-à-fait, quand les parois , revenues sur elles-mêmes au point de se toucher, sont mutuellement agglutinées 5 elles se confondent enfin tout-à-fait.
L'os nouveau, d'abord très - mou et flexible, au point qu'il se ploie quelquefois par l'action musculaire , quand l'os .ancien , engagé par une extrémité dans une des ouvertures iistuleuses , ne lui forme plus une attelle solide; l'os nouveau acquiert avec le temps, et conserve une densité et une dureté supérieures à celles des os primitifs.
Les cavités médullaires se forment clans le nouvel os, à mesure que son tissu, d'abord uniformément rare , acquiert de la densité à l'extérieur.
Tous ces mêmes changemens ont lieu comme spontanément dans l'espèce humaine, dans des circonstances et sous l'influence de causes qui paraissent agir sur le périoste pour en produire l'inflammation, et probablement aussi sur la membrane médullaire, c'està-dire sur l'appareil nutritif intérieur, de manière à en altérer la texture et les fonctions.
Les os longs, où la nécrose est la plus fréquente, sont, dans l'ordre, à peu près, de cette fréquence : le tibia, le fémur, l'humérus, l'os mandibulaire , les os de l'avant-bras, la clavicule, le péroné, et les os du métatarse et du métacarpe.
Il a été proposé sur ce sujet deux théories, dont
les auteurs n'ont eu que le tort detre exclusifs ; car les choses se passent tantôt d'une et tantôt d'une autre manière.
Troja, David, Bichat et beaucoup d'autres, ont admis que le séquestre est formé par le corps tout entier de l'os primitif plus ou moins aminci par la résorption et par l'action dissolvante du pus, et que le nouvel os résulte d'une formation nouvelle , dont l'appareil nutritif externe, c'est-à-dire le périoste et ses vaisseaux, a fourni les matériaux, lesquels, déposés dans son épaisseur et à sa surface interne surtout, ont passé par tous les états de fluidité et d'endurcissement successif que présentent les os ordinaires , excepté que l'endurcissement osseux commence dans beaucoup de points à la fois.
Les expériences sur les animaux vivans apprennent à ce sujet, que quand le périoste est. arraché > il se reproduit avec l'os; mais l'endurcissement de celui-ci est retardé de tout le temps nécessaire àlareproducr tion de son enveloppe vasculaire.
Quand les choses se sont passées ainsi , c'est-à-dire quand c'est un os nouveau qui est formé, le séquestre a le même volume et la même apparence que l'os primitif; on y retrouve jusqu'aux apophyses, aux empreintes., aux lignes et aux inégalités originelles.
D'autres pathologistes , et notamment MM.LeveilIé et Richerand, et tout récemment le docteur Knox r, soutiennent que, dans tous les cas , la nécrose dont il
" The Edinburg mcd. and surg. Journal; ann. 1822 et
5 I 8 ANATOMI1Î GÉNÉ1VALE.
s'agit est bornée à une partie intérieure de l'épaisseur des parois du canal médullaire, et que le nouvel os résulte simplement de la partie externe de l'os primitif que la nécrose n'a pas affectée, et qui a éprouvé seulement des changemens de volume et de consistance.
Il en est certainement ainsi dans beaucoup de cas, et alors le séquestre a un diamètre sensiblement moindre que l'os primitif, et sa surface est rugueuse et inégale.
Les extrémités des os longs se nécrosent et se reproduisent bien moins souvent que leur corps; cependant il n'est pas rare d'observer ces phénomènes à l'extrémité supérieure de l'humérus ; on a vu la même chose à l'extrémité inférieure des os de l'avant-bras. J'ai extrait de l'intérieur d'un nouvel os l'extrémité inférieure du tibia , nécrosée après une fracture arrivée, deux ou trois ans avant. Il ne manquait à cette extrémité que le cartilage articulaire.
Les os larges se nécrosent, mais leur reproduction est rare ou imparfaite; cependant on a vu le scapulum nécrosé être remplacé par deux autres os.
La nécrose des os courts est beaucoup plus commune qu'on ne le croit ; elle existe ordinairement sous forme d'un séquestre renfermé au centre de l'os. Cela constitue beaucoup de prétendues caries des os du tarse , du carpe , etc.
§ 610. On appelle cal 1 la substance osseuse de
« Duhamel, Mcra. de l'Acad. roy. des se; Paris, 1741- — Boehmer,rfe OssiumcaUo ;Lips., 1748. — P. Camper, Obser-
DES OS. 5xQ
nouvelle formation qui réunit les solutions de continuité des os.
Quand un os long est fracturé , outre la rupture du tissu osseux, il y a rupture de la membrane médullaire, et ordinairement aussi du périoste, ainsi que des vaisseaux de ces membranes et de l'os. Il résulte de ces divisions vasculaires et autres, une effusion plus ou moins considérable de sang autour et dans l'intervalle des fragmens. Si ceux-ci sont maintenus dans un contact exact, il s'opère bientôt entre eux et entre les autres parties divisées, une agglutination. Il survient aussi une tuméfaction et un Engorgement des parties molles divisées et de celles qui les entourent , lesquelles deviennent compactes comme le tissu cellulaire enflammé 5 la mrfelle, à l'endroit de la fracture, participe notamment à cet état. Toutes ces parties, et surtout la substance agglutinante et organisais qui les engorge, s'ossifient successivement , et forment, à l'extérieur, une virole osseuse plus ou moins étendue, dont l'épaisseur va en diminuant du centre ou du siège de la fracture y ers les deux extrémités, et à l'intérieur, une cheville osseuse fusiforme. L'os cependant, dont les deux fragmens sont ainsi assemblés , semble étranger Jusqu'alors aux changemens qui l'entourent. Ce n'est qu'à partir de ce moment, et à mesure que ces ossifications
extérieure et intérieure temporaires diminuent et disparaissent par résorption, que l'agglutination des fragmens se change en une réunion osseuse permanente.
Plusieurs pathologistes , èt notamment Bonn, Callisen et J. Bell, se sont contentés d'observer les faits sans en chercher l'explication. Gependant un grand nombre d'hypothèses ont été proposées pour donner la théorie de ces phénomènes remarquables. Boerhaave, Haller, et Detlef, son disciple, ont admis que les fragmens sont réunis par une matière glutineuse ou coagulable.
J. Hunter, Macdonald, Howship, ont pensé que c'était le sang qui fournissait cette matière organisable et agglutinante.
On sait que Duhamel et Fougeroux ont admis que le périoste fournissait une virole osseuse qui assemblait les fragmens. M. Blumenbach a donné la figure d'un os humain entouré par une virole de ce genre. M. Pelletan enseignait la même chose dans ses leçons cliniques. Camper avait observé qu'il y a un cal extérieur et un intérieur. Bichat, M. Dupuytren , M. Cruveilher et autres , ont admis que ces ossifications extérieure et intérieure sont provisoires.
Beaucoup de pathologistes, et notamment Bordenave , Bichat , M. Richerand , M. Scarpa , etc. , ont soutenu que la réunion des os divisés s'opérait par des granulations ou bourgeons celluleux et vasculaires , comme celle des parties molles , ce qui est vrai des uns et des autres dans le cas seulement où la division est extérieure et suppurante , et non quand elle a lieu,
ainsi que la réunion , sans plaie extérieure et sans suppuration.
J'ai déjà fait remarquer ailleurs 1 , qu'il ne manque à ces hypothèses, pour être des théories ou des expressions exactes des faits , que d'être combinées, ou de ne point être exclusives. C'était l'opinion deTroja, c'est aussi celle de M. Boyer,.de M. Delpech, etc.
En effet, il y a successivement, dans la réunion d'une fracture simple , agglutination des fragmens par un liquide organisable, dont le sang fournit les matériaux ; ossification d'une substance semblable , infiltrée tout au tour de la fracture , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur; enfin, réunion vasculaire et osseuse entre les fragmens eux-mêmes.
Le périoste, qui paraît jouer, quand il existe, un si grand rôle dans la production du cal , n'est pas plus indispensable ici que dans la reproduction après la nécrose. On l'a enlevé, sur les bouts d'os d'oiseau fracturés, et il a été reproduit en même temps que que le cal a été formé.
La fracture cbmminutive des os longs, et surtout celle qui est produite par les armes à feu, est accompagnée , dans sa réunion , d'une production osseuse considérable et permanente. C'est dans cette production surtout, de même que dans l'exostose, de même aussi que dans la reproduction après la nécrose, qu'on peut voir en grande masse la matière osseuse nouvelle : après avoir été liquide elle devient sohde,
' A. Bcclard, Propositions sur quelques points de la médecine; Paris, 18 13.
ANATOM1E GJENlhlALE.
molle, flexible et élastique, au point qu'on pourrait la confondre avec un cartilage ; mais cette substance est parsemée de points osseux , et si l'observation est faite sur un animal qui a pris de la garance , on la trouve rose ou même rouge, cbose qui n'arrive jamais aux cartilages. Elle devient ensuite dure comme un os ordinaire, et même plus. Cette tumeur osseuse permanente porte le nom de calus.
§ 611. Les plaies des os diffèrent de leurs fractures par l'état même de la solution de continuité et par son mode de réparation , différent de celui qui vient d'être exposé. Le tissu osseux étant très-dur- et peu flexible, un instrument tranchant qui l'entame obliquement produit véritablement une multitude de petites fractures dans le fragment qu'il soulève, absolument comme il arrive à un copeau de bois sec soulevé par un coup de hache. Quant à la réunion d'une telle entamure, ainsi que celle d'une fracture avec plaie, / elle n'a lieu ordinairement qu'après une exfoliation, et par la formation de granulations suppurantes.
§ 6*12. La perte de substance des os longs dans les sujets jeunes et bien portans , est suivie d'une réparation ou production plus ou moins étendue , et quelquefois complète. On peut même, dans les oiseaux enlever le périoste avec une partie considérable d'un des os de l'avant-bras, et il se fait, avec le temps, et par une sorte de végétation des deux bouts, une reproduction de l'os et du périoste. Dans l'espèce humaine, quand la perte de substance du cylindre osseux est un
' Charmeil , Ouvrage cité.
dus os. 5a3 peu considérable , et que la disposition des parties ne permet pas le rapprochement des fragmens , il se fait, par l'affaissement et l'allongement des bouts, une production fibreuse cartilaginiforme , qui n'acquiert pas jusqu'au milieu la dureté des os.
Ces résultats plus ou moins heureux de la reproduction d'une partie d'os enlevée ont engagé , dans certains cas , à pratiquer la résection 1 de parties d os malades dans leur continuité.
§ 6i3. Quand le cal déjà commencé est soumis à des mouvemens répétés de flexion, de torsion, de distension, etc., il reste, comme dans le cas précédent, flexible, ou bien même il ne s'établit pas de réunion, et les bouts d'os restent contigus. Il eh est encore de même quand les bouts d'os sont séparés par une couche un peu épaisse de tissu musculaire.
§ 6i4- Les os larges ont une force de réparation et de reproduction moindre que celle des os longs. Après la trépanation des os du crâne il se fait une production qui est rarement osseuse jusqu'au centre. Après la même opération , si on réapplique l'opercule osseux séparé , il se réunit quelquefois 2. Les phénomènes de la reproduction sont peu connus dans les os courts.
§ 6i5. La séparation des épiphyses 3 a lieu, dans les jeunes sujets, par des causesmécaniques, comme les frac-
1 Roux, De^a résection , etc. ; Paris, 1812. — 'Champion, De la résection des os dans leur continuité ; Paris , i8i5.
J Merrem , Animadversiones quœclam , etc. ; Gicss., 1810.
3 Reichel , de Epiphysium ab ossium diaphysi diductione ; Lips., 1769.
tures, et se réunit par un cal semblable. L'inflammation ' chronique des articulations des oslongs détermine quelquefois aussi, chez les enfans ou les adolescens, la séparation de leurs épiphyses non encore réunies. L'une et l'autre de ces deux sortes de séparations sont rares. On a publié récemment un cas de fausse articulation à la suite de la fracture du col du fémur, comme un exemple de séparation de l'épipkyse dans un adulte.
§ 616. Quand une tumeur anévrysmale rencontre dans son développement un os , celui-ci est détruit successivement clans l'endroit qui touche à la tumeur, sans qu'on aperçoive aucun résidu de sa substance : cette destruction porte le nom d'usure.
§617. L'anatomie morbide des os 1 a donné lieu déjà à beaucoup d'ouvrages et de figures , cependant elle présente encore, sur quelques points, bien des obscurités à dissiper, qui tiennent peut-être plus qu'on ne croit à des comparaisons vagues que l'on a faites entre les altérations des os et celles des parties molles en général, sans spécifier aucun tissu en particulier. C'est un point d'anatomie et de pathologie bien digne de fixer l'attention.
§ 618. Les vices primitifs de conformation a sont rares dans les os longs , moins dans les os courts, fré-
» A. Bonn , Descriplio thcsauri ossiurn morbosorum Eoviani; Amstel., i783. — Ed. Sandifort, Muséum anat. açademiœ Lugduno-Batavœ ;Lugd. Bat., 1793. — C. F.Clossius, Uber die Rrankhekén der hnochen ; Tubingen , I798- ~ J. Howship , in Med.-chir. transact. , vol. vin et x.
> Van Doeveren , Obser». osteolog. varias naturœ lusus m ossibus hum. corp. exhibent; in Obs.acad.speeim ;Lugd. Bat.,
quens dans les os larges; rares dans les os des membres, plus fréquens dans les os du tronc , surtout dans le sternum et les côtes, plus encore dans les os de la tête, et principalement dans ceux du crâne, et plus dans ceux de la voûte que dans ceux de la base.
Les variétés les plus communes s'observent dans les réunions des os, puis dans leur figure, puis dans la forme de leurs trous; enfin, dans leurs apopbyses.
La plupart de ces vices de conformation, comme ceux de toutes les parties, d'ailleurs, paraissent dépendre d'un défaut de formation; quelques-uns cependant semblent être dus à un çxcès de formation. Us sont rares dans les os et dans les parties d'os les premières ossifiées , et plus communs dans les parties au contraire qui se forment les dernières.
§ 619. Les os sont quelquefois altérés consécutivement en plus ou en moins. Outre le spina-ventosa et l'ostéostéatome , déjà mentionnés, et qui ne sont guère qu'une dilatation des os , les exostoses , soit externe, soit interne, qui ne sont que la périostose et le spina-ventosa ossifiés ; les os sont encore quelquefois le siège d'une hyperlhropbie : l'os est alors tuméfié, et il y a une déposition intersticielle qui en maintient ou qui en augmente la densité première ; dans tous les cas il y a aùgmentation de poids. D'autres fois la tumeur résulte simplement de la raréfaction de la subs'tance compacte ; l'os , moins dense et plus
1765. — Sandifort, de Ossibus diverso modo à solda con- Jormalione abludentibus ; in Observ. anat. pathoL, lib. III et IV; Lugd. Bat., 1777-81. — Rosenmuller , de Ossium varietatibus; Lips., 1804.
52*> ANATOMIIÏ GÉNÉRALE.
volumineux,, n'a pas alors sensiblement augmenté de poids. Je possède un très-bel exemple de ce genre d altération , occupant symétriquement les deux bosses pariétales dans une tête de jeune sujet: l'os, trèsraréfié , est extrêmement vasculaire. Ces deux genres de tuméfaction , quand ils affectent les os longs , déterminent quelquefois le rétrécissement ou la disparition du canal médullaire; ce cas a été décrit sous le nom d'enostose T. J'ai donné à la Faculté de médecine , un squelette dont presque tous les os longs présentent cette altération.
§ 620. L'atrophie des os y détermine prématurément des changemens semblables à la diminution sénile.
Il existe, dans le muséum de la Faculté, des os longs de jeune homme , dont les parois du canal médullaire ont une ténuité papyracée. Ce canal s'est aggrandi par absorption intérieure , tandis qu'aucune formation n'a eu lieu à l'extérieur. La phthisie , très-lente, produit quelquefois cette altération dans les os ; l'inaction prolongée la produit aussi.
§ 621. L'inflammation des os est très-peu connue.
Le nom de carie est un des mots les plus vagues de la pathologie. On a augmenté l'obscurité de la chose, en comparant la carie à l'ulcère. Ce qu'on s'accorde le plus généralement à appeler carie, est un ramollissement aigu de la substance spongieuse des os , tel qu'on peut la couper avec un bistouri sans altérer son tranchant. Ce ramollissement paraît être l'effet d'une
1 Lobslein , Rapport sur les travaux exécuU's à l'ampb. d'anat. de Strasbourg; i8o5.
inflammation qui, le plus souvent, se termine par suppuration , et quelquefois aussi par nécrose.
Le rachiris est un autre genre de ramollissement qui paraît tenir à la diminution de la substance terreuse pendant la période d'accroissement, d'où résulte la courbure des os sous le poids du corps et sous l'action musculaire. En effet, si on examine les os des rachitiques ' à l'époque où ils sont mous , on voit que les os longs sont devenus spongieux dans toute leur épaisseur, et que leur tissu, ramolli et rouge, peut être aisément entamé avec le scalpel. Quand, au contraire, la maladie est terminée, et que les os ont repris leur dureté et leur inflexibilité, on trouve la substance compacte beaucoup plus épaisse du côté concave deJa courbure que du côté opposé ; et quand l'os est ployé à angle, l'endroit de la flexion est tout-àfait compacte, et le canal médullaire y est interrompu.
Dans l'âge adulte, le ramollissement dépendant de la même cause, peut être porté aussi loin, et plus loin encore ; les os peuvent devenir mous et ployans (osteomalacia, seu mUiacosteon); ils peuvent même acquérir toute la mollesse et la flexibilité de la chair (osteosarcosis). A ce degré extrême de mollesse , dont la femme Supiot a offert un exemple si connu, et où les os se ploient comme de la cire molle , la dessiccation diminue leur poids et change leur forme 5 la décoction les dissout; leur composition chimique 2 est
'Ed. Stanley, in Mcd.chir. trans., vol vu; London, 1816. J Bostock , in Med. chir. trans., vol. iv ; London , i8i3. — J. Davy , in Monro, Oullines of anatomy.
changée au point qu'ils ne contiennent plus que quelques centièmes de substance terreuse.
Enfin, il peut arriver, avec ou sans les changemens précédens , que la substance animale des os perde sa force de ténacité naturelle 5 et que ces organes, devenus fragiles, se rompent sous le moindre effort.
S 622. Les productions accidentelles morbides se rencontrent aussi quelquefois dans le tissu osseux; les tubercules, le squirre et la production encéphaloïde n'y sont pas rares.
SECONDE SECTION
§623. L'articulation, articulas, èîpSpov, est la jointure ou jonction des os ; elle comprend la manière dont ils se rencontrent et s'adaptent mutuellement, et celle dont ils sont réunis ou attachés entre eux.
Les os longs se rencontrent et se joignent par leurs extrémités ; les os larges , ordinairement par leurs bords ; et les os courts , par divers points de leur surface. Les parties articulaires des os sont, le plus souvent, des éminences et des enfoncemens de différentes formes , et qui sont adaptés les uns aux autres.
Les moyens d'union sont des cartilages, des ligamens cartilaginiformes et des ligamens fibreux; ils sont placés, soit entre des surfaces qu'ils réunissent, et rendent ainsi continues, soit autour de surfaces qui restent contiguës.
Les articulations ont pour usage commun de réunir les os et d'en faire un ensemble , le squelette.
Parmi les articulations , les unes sont mobiles et les autres ne le sont pas sensiblement; aucune cependant n'est, rigoureusement parlant, immobile.
D après la forme des parties articulaires , d'après le mode de réunion de ces parties, et d'après leur solidité et leur mobilité diversement associées, on divise les articulations en trois genres, et en plusieurs espèces et variétés, que l'on a multipliées sans utilité : la synarthrose, ou l'articulation continue et immobile, la diarthrose , ou l'articulation contiguë et mobile , et l'amphiarthrose, ou articulation mixte, qui est continue comme la première, et mobile comme la seconde.
Chaque articulation a un nom propre, composé des noms des os qui s'y trouvent réunis.
§ 624. La synarthrose 1 , ou l'articulation immobile, résulte de la réunion de tous les os du crâne et de la face, excepté la mâchoire inférieure, par des bords plus ou moins épais et garnis d'inégalités qui s'adaptent les unes aux autres, souvent enclavés et toujours revêtus d'un cartilage synarthrodial intimement uni aux deux parties articulées; le périoste, en passant de l'un à l'autre os par-dessus le cartilage intermédiaire, réunit encore entre elles ces trois parties, auxquelles il adhère étroitement. Ce genre d'articula-
' Duverney, Lettre contenant plusieurs nouvelles observ. sur l'osléologie; Paris, 1689. — F. G. Hunauld, Rech. anat" sur les os du crâne de l'homme; Acad des se, ann. i73o. — E. G. Bose, Program. de suturar. cranii humani f abrical, et usa ; Lips. , i763. — Gibson, On the use of sutures m the shulls of animais ; in Mem. of the soc. of Manchester , ad séries , vol. I, IOo5.
tion , très-solide, n'a pas de mouvemens sensibles; il favorise l'accroissement des os larges par leurs bords; il s'efface souvent dans la vieillesse; sa désunion exige des efforts du même genre et de la même violence que ceux qui fracturent les os.
Ce genre d'articulation , qui a reçu le nom générique de suture , présente plusieurs variétés.
§ 625. La suture vraie est celle dans laquelle les bords des os articulés présentent des éminences et des enfoncemens étendus et nombreux , qui se reçoivent réciproquement. Telles sont les articulations inter-pariétale , occipito-pariétale, et fronto-pariétale. Cette suture présente même quelques différences ; ainsi , dans la première , ce sont de longs prolongemens dentés ; dans la seconde , ils ont la forme de queues d'arondes , dans la troisième, ils ressemblent à des dents de scie. On a donné à ces trois variétés, les noms de suture dentée, suturç dentata , en forme de scie , "serrata } et bordée, limbosa.
L'articulation barmonique , ou Tengrenure , est celle dans laquelle les bords plus ou moins épais des os présentent des rugosités qui s'adaptent les unes aux autres ; telle est celle des os du nez entre eux , etc.
L'articulation écailleuse est celle dans laquelle les bords des os, taillés en biseau , s'adaptent les uns aux autres comme ceux des coquilles bivalves. Cette disposition , très-marquée dans la réunion du pariétal avec le temporal , se retrouve jointe à la suture ou à l'engrenure dans beaucoup d'autres articulations du crâne et de la face. Elle est, dans plusieurs articulations,
double et réciproque; de sorte que, dans un point, un os anticipe sur un autre, qui, dans un autre point, anticipe à son tour sur le premier; telles sont les sutures sphéno-frontale , fronto-pariétale , etc. Cet enclavement est un des plus puissans moyens de solidité des articulations synarthrodiales.
La schindylèse est une synarthrose qui résulte de la réception de là crête d'un os dans la rainure d'un autre ; telles sont les articulations du sphénoïde et de l'ethmoïde avec le vomer, de l'os lacrymal avec l'apophyse nasale du maxillaire, etc.
La gomphose enfin est l'espèce d'articulation synarthrodiale, tout-à-fait différente de la suture, qui résulte de la réception des racines des dents dans les alvéoles.
§ 626. L'ampkiarthrose 1 , ou articulation mixte, participe de la synarthrose par la réunion des surfaces articulaires au moyen d'une substance intermédiaire , et de la diarthrose par une mobilité asséz sensible. Ce genre d'articulation est borné au corps des vertèbres , au pubis, et à la partie supérieure du sternum.
Les parties articulaires des os sont ici des surfaces planes et larges; les moyens d'union sont des ligamens cartilaginif'ormes intermédiaires , adhérant trèssolidement aux deux surfaces , et des ligamens accessoires placés à l'extérieur de l'articulation. Ce genre d'articulation, que l'on appelle souvent symphyse, jouit d'une grande solidité , due à la ténacité du ligament ; sa mobilité est due à la flexibilité et à l'élasti-
" A. Béclard, Dictionnaire de médecine, vol. ït.
cité de la même substance. Le mouvement consiste dans la flexion ou dans la torsion du ligament. Cette articulation, très-làche et très-mobile dans l'enfance, devient de plus en plus serrée dans la vieillesse ; elle s'ossifie quelquefois à cette époque; quelquefois l'ossification lui est extérieure, et ne fait que l'entourer plus ou moins complètement , et c'est ce qu'on voit surtout au-devant du corps des vertèbres. Elle peut être accidentellement trop lâche ou trop serrée. Elle n'est pas susceptible d'une véritable luxation, mais bien d'un déplacement, d'une diduction, qui supposent toujours la décbirure ou la destruction du ligament chondroïde intermédiaire.
Après quelques fractures non consolidées , il se produit quelquefois des articulations de ce genre , c'est-àdire que les fragmens sont réunis par l'intermède d'une substance flexible et tenace, qui leur permet de se mouvoir l'un sur l'autre. On trouve souvent ce mode d'articulation accidentelle après les fractures de la rotule , du col du fémur, de l'olécrâne, et quelquefois aussi après celles du corps des os longs. Il se forme aussi quelquefois des amphiartbroses à la place de quelques diarthroses dont la membrane synoviale a contracté des adhérences flexibles.
§ 627. La diarthrose est un genre d'articulation dans lequel les surfaces articulaires des os sont contiguës, et mobiles les unes sur les autres.
Ce genre d'articulation existe entre tous les os des membres, soit entre eux, soit avec le tronc, entre la mâchoire inférieure et le crâne, entre le crâne et la colonne vertébrale, entre les apopbyses articulaires
des vertèbres, entre les côtes et les vertèbres, et entre les cartilages costaux et le sternum.
§ 628. Les parties articulaires des os, dans ce genre d'articulation, sont des surfaces larges, dont la configuration est réciproque. Ces surfaces sont , en général, les unes convexes, les autres concaves; Les surfaces convexes , ou les éminences articulaires , sont quelquefois arrondies comme un grand segment de sphère : on les appelle alors têtes ; d'autres sont arrondies, mais allongées dans un sens, et rétrécies dans l'autre : on les nomme condyles. Les têtes et les condyles sont quelquefois supportés par une partie mince, qu'on appelle col. Les enfoncemens articulaires, ou les surfaces concaves , portent le nom de cavités cotyloïdes , quand ils ont la forme d'une calotte de splière et qu'ils sont profonds , et celui de cavités glénoïdes, quand ils sont plus superficiels. Quelquefois deux condyles sont rapprochés par le côté, et laissent, dans leur intervalle une gorge articulaire comme eux; on donne à cet ensemble le nom de poulie, trochlea. Enfin, beaucoup de surfaces articulaires , peu convexes , peu concaves , presque planes, n'ont pas reçu de nom spécial , et sont désignées, suivant leur étendue, sous les noms génériques de surfaces ou de facettes articulaires.
Toutes ces surfaces sont revêtues de cartilages diarthrodiaux ( § 554 ) ; ceux-ci sont eux-mêmes recouverts de membranes synoviales (§ 210), et humectés dcsynovie (§ 216). Il y a, de plus , entre quelques-unes de ces surfaces, des ménisques ou des ligamcns chondroïdes inter-articulaires (§ 53 1 ).
§ 629. Les moyens d'union sont des ligamens fibreux (§5i2). Les muscles qui entourent les articulations , quoique n'entrant pas essentiellement dans leur composition, contribuent puissamment à leur solidité.
§ 63o. La solidité et la mobilité sont diversement associées dans les articulations diarthrodiales.
Ces articulations jouissent de mouvemens très-variés : comme le glissement, la rotation, l'opposition angulaire et la circumduction. Le glissement existe dans toutes les articulations diarthrodiales. Les autres mouvemens, au contraire, ne se rencontrent que dans un certain nombre d'entre elles. La rotation est propre à quelques articulations : tantôt elle s'exerce sur un seul pivot, comme autour de l'apophyse odontoïde de la seconde vertèbre ; tantôt il y en a deux , comme dans la double articulation des os de l'avant-bras entre eux; quelquefois c'est autour d'un axe fictif qu'un os tourne, comme le fémur en offre un exemple. Le mouvement d'opposition, ou mouvement angulaire , est celui dans lequel les 'os forment l'un avec l'autre des angles plus ou moins ouverts, suivant les mouvemens : il se distingue en opposition bornée à deux mouvemens de flexion et d'extension, comme au coude, au genou, etc., et en opposition vague, qui peut avoir lieu dans quatre sens principaux et dans tous les sens intermédiaires, comme le bras, la cuisse, le pouce , etc. , en offrent des exemples. La circumduction qui existe dans toutes les articulations qui jouissent de l'opposition vague, est un mouvement par lequel l'os qui se meut décrit un cône dont le
sommet répond à1 l'extrémité centrale de l'os, et la base à son extrémité opposée.
La solidité de ces articulations est, comme celle des autres, en raison inverse de leur mobilité.
§ 63 1. On distingue, d'après la configuration des surlaces, les moyens d'union, et les mouvemens de ces articulations, plusieurs sortes de diartbroses.
La diartbrose planiforme et serrée, articulus adstrictus, amphiarthrose de quelques-uns, motus obscurus de Colombus, est celle dans laquelle les surfaces sont superficielles , les ligamens forts et serrés , les mouvemens obscuus et bornés au glissement, mais possibles en plusieurs sens; telles sont les articulations des apophyses articulaires des vertèbres, celles des os du carpe et du tarse, soit entre eux, soit avec le métatarse et le métacarpe.
L'arthrodie diffère de l'articulation précédente, en ce que les surfaces sont moins planes , les ligamens moins serrés, et les mouvemens plus étendus et plus nombreux; telle est l'articulation temporo-maxillaire.
Lenarthrose consiste dans la réception d'une tête dans une cavité. Dans cette espèce, le ligament est capsulaire, et les mouvemens très-variés; telle est l'articulation du fémur avec l'os coxal.
Ces trois premières sortes de diarthrose sont orbiculaires ou vagues : leurs mouvemens, plus ou moins variés et étendus, peuvent avoir lieu dans tous/ ou dans beaucoup de sens. Les deux espèces suivantes, au contraire, sont dites alternatives, parce que les mouvemens n'y ont lieu qu'en deux sens opposés. La diarthrose rotatoi're , commissura irochoïdes de
Fallope , est celle qui permet seulement des mouvemens de rotation ; telle est l'articulation de l'atlas avec la seconde vertèbre, celle du radius avec le cubitus; on l'appelle aussi ginglyme latéral.
Le ginglyme 1 proprement dit, ou la charnière, appelé aussi ginglyme angulaire, est l'articulation où il n'y a que deux mouvemens opposés ; telle est celle du coude : dans cette espèce de diarthrose, l'un des os présente ordinairement une poulie , et l'autre une surface correspondante ; il y a communément deux ligamens latéraux. Si le mouvement d'extension ne doit pas dépasser la ligne de direction des os , ces ligamens , pour limiter le mouvement , sont plus rapprochés du plan de flexion que du plan opposé.
§ 63?. Les articulations diarthrodiales accidentelles se produisent dans deux circonstances différentes : après les fractures dont les fragmens ne se sont pas réunis , et après les luxations qui n'ont point été réduites. Les unes et les autres sont des productions trèscomposées. On peut appeler les premières articulations surnuméraires ; et les secondés , supplémentaires.
§ 633. Les articulations surnuméraires 2 sont connues depuis long-temps. Elles succèdent aux fractures dont les fragmens n'ont pas été affrontés, à celles dont les fragmens ont été mus souvent l'un sur l'autre ;
1 I. F. Isenflamm et Schmidt, de Gingtymo ; Erlangae , i785.
' J. Salzmann , De arlicul. analogis, quœ fracturis ossium superveniunt; Argentor., 1718. — Langenbech, Uber die Bildung wider-naturlicher Gelenke nach knochenbruchen , in der neuen Bibl.Jur die chimrg. ; Gotting, i8i5.
quelquefois aussi le défaut de réunion tient à une affection constitutionnelle. Les bouts de l'os, diversement configurés, .devenus compacts et clos comme après l'amputation , sont couverts d'une couche mince de cartilage imparfait ou fibreux; ils sont couverts et enveloppés d'une membrane synoviale , entourés d'une capsule fibreuse , ordinairement incomplète , et de cordons ligamenteux irréguliers. Cette sorte d'articulation a été observée , avec un grand nombre de variétés , dans presque tous les os longs des membres , et plusieurs fois à la mâchoire inférieure et aux côtes.
§ 634- Les articulations supplémentaires ont aussi été souvent observées. Elles succèdent aux luxations non réduites , et surtout à celles du fémur et de l'humérus. MM. Foville et Pinel-Grandchamps , m'ont remis une pièce d'anatomie, qui présente une articulation semblable , formée après une luxation non réduite des os de l'avant-bras , en arrière de l'humérus.
Dans les articulations dont il s'agit , on trouve un enfoncement dans le point contre lequel la tête de l'os luxé a été placée. Le pourtour de ce point est relevé par une ossification accidentelle : quelquefois même on y trouve aussi un bourrelet fibro-cartilaginèux circulaire. Cette cavité de nouvelle formation est couverte d'un cartilage imparfait ou fibreux. La tête de l'os luxé est ordinairement applatie. l'intérieur de l'articulation est tapissé par une membrane synoviale et humecté de synovie très-distinctes. Il y a une capsule fibreuse formée par des débris de l'an-
ANATOMIE GÉMÎRALE.
cienne, adhérens à l'os luxé, par le tissu cellulaire environnant, et par une production nouvelle. L'ancienne cavité se rétrécit, et devient superficielle, le cartilage y diminue ou même y disparaît tout-à-fait. Si c'est à la hanche, la cavité cotyloïde , en se rapetissant, devient, triangulaire, d'hémisphérique qu'elle était. Fait à ajouter à ceux qui montrent que la forme des organes dépend , en partie du moins , de leur action réciproque. Il paraît que ces changemeris étaient déjà en partie connus du temps d'Hippocrate. i § 635. M. Chaussier 1 a déterminé, sur des chiens, la formation d'articulations accidentelles intermédiaires entre les deux sortes qui viennent d'être décrites. Ayant fait sortir par une incision la tête du iémur de la cavité cotyloïde, et l'ayant sciée au dessous du trochanter , il a rapproché les chairs , et abandonné ces animaux aux soins de la nature. En examinant les parties à des époques plus ou moins éloignées , il a reconnu que les muscles avaient rapproché l'extrémité du fémur sur un point de l'ischium ; que l'extrémité osseuse tronquée était arrondie, revêtue d'une substance cartilaginiforme; que le point de l'ischium contre lequel elle appuyait, avait pris aussi l'apparence cartilagineuse, et présentait quelquefois une fossette articulaire plus ou moins profonde ; enfin, que le tissu cellulaire formait autour de cette articulation nouvelle, une sorte de capsule membraneuse, dans laquelle ;était contenu un fluide séreux plus ou moins abondant.
1 Bulletin des sciences , par !a soc. pliilom. ; Paris, an vin.
DES ARTICULATIONS. 53c>
§ 636. Les articulations diarthrodiales peuvent être altérées clans leur solidité et dans leur mobilité; elles peuvent être trop lâches ou trop serrées ; elles peuvent aussi être luxées ou soudées.
§ 637. La luxation est la cessation plus ou moins complète du rapport naturel entre les surfaces contigùes des os. Quand elle a lieu, les ligamens sont violemment distendus, tiraillés, ou même rompus. Les autres parties articulaires et environnantes participent plus ou moins à ces lésions. Le mouvement est alors trèsdifficile. Les articulations les plus mobiles en sont le plus susceptibles; ainsi les arthrodies et les énarthroses sont celles qui en présentent le plus d'exemples , et les diarthroses serrées, celles qui en présentent le moins. Parmi les articulations de la même espèce , celles qui ■sont le moins serrées, celles dont les surfaces articulaires sont le moins étendues, et celles qui ont lieu entre les os les plus longs, sont celles qui sont le plus souvent luxées. Aussi l'articulation scapulo-bumérale fournit-elle à elle seule plus d'exemples de luxations que toutes les autres ensemble.
§ 638. L'ankylose 1 , ou la soudure des articulations diarthrodiales, consiste, quand elle est complète, en une réunion intime, une véritable continuité entre des os auparavant contigus : la substance spongieuse communique de l'un dans l'autre os; les lames, compactes, les cartilages diarthrodiaux , la membrane sy-
' J. Th. Van de Wynpersse, de Ancjlosi , etc. ; Lugd. Bal. , 1783. — Idem , de Ancyloseos pathol. et curai. ; Lugd. Bal., ' 7 83. — J. Cloquet, in Diction, de méd., vol H.
54° ANATOM1E GÉNÉRALE.
noviale et la synovie qui séparaient la partie spongieuse des deux os , ont disparu. L'immobilité longtemps prolongée , mais surtout un certain degré d'inflammation , soit primitivement dans la membrane synoviale, soit d'abord clans les ligamens et les autres parties circon voisines, amènent ces changemens. Tantôt ils commencent par une agglutination de la membrane synoviale, et la formation entre ses surfaces, de tissu cellulaire ou de brides fibreuses qui peuvent s'ossifier plus tard; tantôt l'articulation étant ouverte par une blessure ou par l'effet d'un abcès, c'est par des granulations suppurantes que s'établit l'agglutination; dans l'un comme dans l'autre cas, les cartilages diarthrodiaux sont successivement résorbés, avant que la soudure osseuse ait lieu. Toutes les diartbroses en sont susceptibles, mais les ginglymes plus que les autres. L'ankylose affecte quelquefois plusieurs articulations. On a vu même toutes les diartbroses et les amphiarthroses en être successivement affectées , et le squelette devenir une seule masse osseuse inflexible. M. Percy a déposé, dans le muséum de la Faculté, un squelette qui offre cette soudure générale de toutes les articulations.
§ 639. D'autres fois , les causes de l'altération dont il s'agit, déterminent la nécrose superficielle ou l'usure des surfaces articulaires; c'est dans des cas semblables que l'on a pratiqué la résection 1 des extrémités articu-
' H. Park, Account of a hew method oftreating diseases of the hiee and elbotx> ; Lond. , 1 783. — Moreau , De la résection des os , etc. ; Paris , 1816. — J- Jeffray, Cases 0/ the excision of carions Joints, by H. Park and P. F. Moreau,
DU SQUELETTE. o/\ I
laires des os. D'autres fois, l'adhérence de l'articulation reste celluleuse ou fibreuse , avec un peu de mobilité. Quelquefois le cartilage détruit se répare. D'autrefois il est remplacé par l'éburnification ou la transformation émaillée de la lame osseuse compacte sous-jacente. C'est encore dans des cas d'altérations analogues, que les os se luxent spontanément.
J'ai vu quelquefois un singulier déplacement de l'articulation coxo-fémorale, dépendant sans doute d'une inflammation chronique : dans ce cas la partie supérieure de la cavité articulaire semble avoir cédé à la pression de la tête du fémur, après avoir été ramollie; toujours est-il que la cavité, devenue ovale , est trèsallongée et creuse en haut, où elle loge la tête du fémur, tandis que la partie inférieure de la même cavité qui la logeait auparavant, est rétrécie et superficielle. J'ai observé ce changement tantôt d'un seul côté, tantôt symétriquement opéré des deux côtés à la fois.
§ 64o. Toutes les maladies des articulations diarthrodiales appartiennent a chacune ou à plusieurs des parties qui les forment : ainsi , à leurs membranes séreuses, à leurs cartilages, à leurs ligamens, et aux parties articulaires des os.
vith observations; Glasgow, 1806. — Wachter , Diss. de articul. exlirp.; Groningue, 1810.— Roux, De la résection, etc.; Paris, 181 2.
TROISIÈME SECTION
§ 64 1. Le squelette est l'ensemble de tous les os réunis entre eux par les articulations. On l'appelle naturel, quand les os sont assemblés par leurs propres ligamens ; et artiBciel, quanti les os sont réunis par des liens étrangers à l'organisation.
Il constitue un tout symétrique qui a la forme et les dimensions du corps entier, dimensions et forme qu'il détermine en grande partie.
Il se divise en tronc et en membres. Le tronc, partie centrale et principale, formé sur la ligne médiane par la colonne vertébrale , présente deux grandes cavités : l'une , supérieure et postérieure ( crâne et canal vertébral), loge le centre nerveux; l'autre, antérieure et inférieure (thorax), loge les organes centraux des fonctions nutritives ; d'autres cavités ( celles de la face) , reçoivent les organes des sens, etc. Les appendices, ou membres pourvus d'articulations nombreuses et trèsmobiles, servent surtout aux mouvemens.
Ç 642. Les usages du squelette sont de former l'axe solide et flexible du corps , de fournir des enveloppes protectrices aux centres nerveux et vasculaires, et aux organes des sens, d'offrir des points d'attache aux muscles, et de déterminer, par ses articulations, l'étendue et la direction des mouvemens.
1 Losclige , de Scelcto hum. symmetrico, etc. , Erlang. , 1 795-
C'est par la dureté et la rigidité des os , et par la solidité des articulations, que le squelette remplit une partie de ses fonctions; il remplit les autres par la mobilité des articulations.
§ 643. Dans leurs mouvemens , les os articulés par diarthrose , agissent à la manière des leviers.
La plupart sont des leviers du troisième genre, ou inter-puissans : le centre des mouvemens ou point d'appui est dans l'extrémité articulaire de l'os, la résistance à l'autre extrémité , et la puissance musculaire est appliquée dans un point intermédiaire , ordinairement très- rapproché du point d'appui. Quelques-uns sont des leviers du second genre, ou inter-résistans ; quelques-uns aussi sont des léviers inter-mobiles, ou du premier genre.
§ 644- L°s os ne se formant pas tous en même temps , et ne s'accroissant pas tous dans la même proportion, la forme et les proportions du squelette , et non ses dimensions seulement, changent beaucoup avec l'âge r.
La proportion de la tête au reste du tronc et aux membres est d'autant plus grande, que le sujet, au dessous de vingt ans, est plus jeune. Àu second mois de la conception, elle fait la moitié de la hauteur du corps , presque le quart à la naissance , le cinquième à trois ans, et le huitième seulement, quand l'accrois-
1 Boehmer, op. cit. — Clieselden , op. cit. — Eyson , op. cit. — Sue, Sur les proportions du squelette de l'homme, examiné depuis l'âge le plus tendre, jusqu'à celui de vingt-cinq,
soixante ans et au delà; ï/flMém. prés. , vol. II. F. G. Danz,
Grundriss de?- Zcrglcidcrungskuride des ùngëbornen kindcs ; Francof. , j 79a. — Senff , op. cil.
544 A3ATOMIE GÉNÉRALE.
sèment est achevé. La face est également d'autant plus petite, relativement au crâne: le bassin, relativement au thorax; les membres,, proportionnellement au tronc , etc. , que le sujet est plus jeune. Beaucoup d'autres différences du même genre seront indiquées dans l'anatomie spéciale des os.
§ 645. Le squelette présente des différences assez tranchées entre les deux sexes x. En général, le squelette de la femme est plus petit et plus délicat que celui de l'homme ; le thorax est plus court , et en somme plus petit; il est aussi plus mobile; le bassin plus large; la région lombaire plus allongée, etc. Les articulations diarthrodiales sont plus mobiles, les amphiarthroses sont plus flexibles, etc. Toutes les régions du corps , et presque tous les os , présentent quelques différences spéciales.
§ 646. Les races humaines présentent aussi , dans leurs squelettes , des différences dont les principales sont relatives aux dimensions et à la forme du crâne l, à sa proportion avec la face. Il y a aussi quelques différences dans la proportion des membres : dans la race nègre, les membres supérieurs sont plus longs, relativement au tronc; Tavant-bras et la jambe sont plus grands proportionnellement au bras et à la cuisse.
§ 647. On observe enfin des variétés individuelles
1 Voyez J. F. Ackermann , de Discrimine sexûs prœter genilalia; Mogunt. , 1788. — Comparez aussi : Albinus, Tabula scelcû hominis , et Sœramering, Tabula sceled fœminei ; Francof. ad raœn., 1796.
a Bluraenbach , Décades craniorurn, I - VI. — Sœmmerring , de Ossibus.
dans le squelette-, tant sous le rapport des dimensions , que sous celui des proportions , de la configuration, clu défaut de symétrie, etc.
La stature du corps , déterminée par les dimensions du squelette, est d'environ cinq pieds quatre pouces, pour l'homme adulte , et de cinq pieds environ pour la femme; mais cette longueur, un peu variable dans les races, et même dans des variétés plus restreintes encore de l'espèce humaine , présente des différences assez grandes, dans les individus d'une même nation. Ces différences cependant sont , comme celles des autres espèces animales , renfermées dans de certaines limites. Ainsi , les nains ont rarement moins de la moitié de la stature moyenne, et les géans ont trèsrarement plus que cette moitié au-dessus de la stature ordinaire. Ce que l'on a dit de géans de dix-sept, ou de vingt-cinq pieds , doit être rapporté à des os d'animaux pris mal à*propos pour des os humains.
Les proportions des membres au tronc et des diverses parties du tronc, ou des membres entre eux, présentent également beaucoup de variétés individuelles , déterminées par celles des os. Il en est de même encore de la configuration et de la symétrie du corps : leurs variétés sont presque toutes déterminées par celles du squelette.
§ 648. Le système osseux termine ceux qui ont pour base la substance muqueuse ou le tissu cellulaire diversement modifié; les tissus qui restent à décrire sont, au contraire, essentiellement formés de globules réunis par la même substance.
ANATOMIE GÉNÉRALr..