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CHAPITRE IX

§ 64g. Le système musculaire sjstema musculare , comprend tous les organes formés de fibres longues, parallèles , rougeâtres dans les animaux à sang chaud, molles, irritables et contractiles, qu'on appelle musculaires ; organes qui produisent tous les grands mouvemens qui ont lieu clans le corps vivant.

Le nom de muscle , mus, pus, de ftûw, serrer, indique cette propriété; les muscles sont en effet les organes du mouvement.

§ 65o. Il peut paraître étonnant, mais il est pourtant vrai que les premiers anatomistes, Hippocrate et Aristote n'ont point connu les muscles , ni surtout leurs usages. Les anatomistes de l'école d'Alexandrie ont connu ces organes, et en ont nommé quelques-uns. Galien en a eu une connaissance générale assez exacte; il représente le muscle comme formé par le nerf et par le ligament divisé en fibrilles, formant un tissu qu'il

1 W. G. Muys , Investigatio fabricœ , quœ in partibus musculos componentibus extat. Diss. I : de Carnis musculosœ fibrarum carnearum structura, etc.; Lugd. Bat., 1741 , in-4°, clij et 4^2 pag. — Prochaska, de Carne musculari tractatus anat.-physiol ; Viennes , 1778, et in op. min., pars I ; Viennœ, 1820. — F. Ribes, Dicttonn. des Se. méd., articles muscle, musculaire et myologie.

appelle stœbe , rempli par la chair. Il suppose les muscles cloués d'une faculté tonique , ou force contractile, et dans un état de tension élastique, inhérente à leur tissu , et indépendante de la vie; le mouvement dépendrait alors du relâchement volontaire des muscles antagonistes. De son temps on admettait aussi une contraction volontaire plus prompte et plus étendue que cette contraction par l'élasticité. A l'époque du renouvellement des sciences , la myologie était au point , fort imparfait, où l'avait laissée Galien ; elle a dû à Jacques Duhois (Sylvius), des progrès considérables : il nomma la plupart des muscles , chose qui n'avait encore été faite qu'à l'égard d'un très-petit nombre. Vésale, et les autres anatomistes de l'école d'Italie, surtout Eustache, ont perfectionné la connaissance particulière des muscles, et en ont donné des figures. La texture intime des muscles, leur action contractile, l'influence nerveuse sur cette action , et les mouvemens qui en résultent, ont été beaucoup étudiés dans le courant des deux derniers siècles, et sont encore aujourd'hui le sujet de travaux importans

§ 65 1 . Dans les animaux les plus simples, la fibre musculaire n'existe pas distinctement : les mouvemens sont produits chez eux par le tissu cellulaire. Dans les premiers de la série où la fibre musculaire apparaît , elle meut seulement les membranes tégumentaires auxquelles elle est annexée , ou dont elle fait même

1 MM. Prévost et Dumas s'occupent d'observations sur la texture intime et sur l'action musculaire ; ils ont bien voulu m'en communiquer les premiers résultats , encore inédits.

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partie. Dans tous ceux qui ont un cœur, cette fibre en est le principal élément. Enfin, clans les vertébrés , un petit nombre de muscles seulement sont attachés à la membrane muqueuse , à la peau , et aux sens leurs dépendances; une grande masse, au contraire, est attachée au squelette pour le mouvoir.

§ 652. Il y a, dans l'homme, deux classes de muscles : les uns, intérieurs, membraniformes et creux, appartenant à la membrane muqueuse et au cœur, se contractant involontairement , et servant aux fonctions de la nutrition et de la génération, en un mot, aux fonctions végétatives; les autres, extérieurs, plus ou moins épais, et pleins, appartenant à la peau, aux sens , au squelette et au larynx, se contractant volontairement, et servant aux fonctions animales. Les uns et les autres présentent des caractères communs , qu'il faut d'abord considérer en général.

PREMIÈRE SECTION

§ 653. Le système musculaire forme à lui seul une grande partie du poids, et la plus grande partie du volume du corps.

§ 654. Quelle que soit la diversité de leur forme et de leur situation , les muscles, pour la plupart, se divisent en faisceaux , et tous sont formés de fibres primitives ou simples , rassemblées en fascicules.

Les auteurs qui se sont occupés de ce point de fine

DU SYSTÈME MTJSC.DliA.IRE. 549

anatomie , l'ont exposé d'une manière en général peu intelligible : les uns disent simplement que la chair est composée défibres; d'autres, de stries charnues ; d'autres , de fibres et de fibrilles ; d'autres , de fibres composées elles-mêmes de villi. Muys s'est complu dans une division ternaire : il divise la chair musculaire en fibres, en fibrilles et en fils. Il subdivise les fibres en trois ordres : en grandes, moyennes et petites, les grandes étant composées des moyennes, et celles-ci des petites; de même pour les fibrilles, dont les plus petites composent les moyennes , et celles-ci les plus grosses, ces dernières composant les plus petites fibres ; et de même encore pour les fils dont les plus petites fibrilles seraient composées ; d'où il arriverait que les muscles résulteraient de neuf degrés successifs de composition. D'autres, rejetant cette analyse tout-à-fait imaginaire , admettent une divisibilité indéfinie. Mais il paraît bien, au contraire, que, dans les muscles comme dans toute substance organique, on arrive, par l'inspection microscopique, à un degré de division fini et très-bien déterminé.

§ 655. Les faisceaux musculaires, lacerti, ne sont pas également distincts, nombreux, et volumineux dans tous les muscles : il en est dont les faisceaux sont tellement distincts et gros, qu'on pourrait les considérer comme autant de muscles particuliers; tels sont les portions des biceps, triceps, les faisceaux du deltoïde, du masseter, du grand fessier, etc.; tels sont aussi les colonnes charnues des ventricules du cœur, les bandes longitudinales du colon, etc. Il est, au contraire, beaucoup de muscles qui égalent à peine une

^5° ANATOM1E GÉNÉRALE.

petite partie d'un faisceau des précédens, et qui ne sont pas formés de faisceaux distincts.

Les faisceaux musculaires sont eux-mêmes formés de faisceaux moins volumineux, et ceux-ci d'autres plus petits encore, que l'on peut distinguer dans presque tous les muscles.

§ 656. Tous les muscles, d'ailleurs, peuvent être divisés en fascicules ou fibres visibles à Yœi\,fascicuZœ seufibrœ secundariœ. Ces fascicules, dernier degré de division apercevable à l'œil nu, ont, dans tous les muscles , presque la même forme et la même épaisseur. On peut , comme les divisions précédentes , les apercevoir par une dissection longitudinale, mais mieux encore dans une section transverse, et surtout sur un muscle cuit, ou trempé dans l'alcohol : elles ont une forme prismatique, pentagone ou hexagone, et jamais cylindrique; leur diamètre- varie un peu; leur longueur, suivant Prochaska, égale l'intervalle tout entier de leurs deux attaches ; même dans le muscle couturier. Haller, au contraire , pensait, avec Albinus , que les fibres ou les fascicules n'avaient pas toute la longueur des muscles, et que des fascicules de fibres se terminaient en s'amincissant dans les intervalles d'autres parties semblables; il ne paraît pas qu'il en soit ainsi.

§ 65y. Les fibres musculaires musculares pri-

mariœ, seu fila carnea, visibles seulement avec le secours du microscope , sont le dernier terme de l'analyse anatomique des muscles. C'est à R. Hooke , à Leuwenhoeck , à Dehayde , à Muys , à Délia Torre , à Prochaska , aux frères Wenzell, à M. Autenrieth, à M. Sprengel, à

MM. Ev. Home et Bauer 1 , à MM. Prévost et Dumas 2 , que l'on doit les meilleures observations sur ce sujet. Cependant il faut remarquer que les premiers de ces observateurs ne s'étarit servis, dans leurs recherches, que de loupes grossissant environ cent cinquante fois, n'ont pu apercevoir les fibres primitives qui exigent, pour être vues , un grossissement d'environ trois cents fois ; leurs observations sont donc relatives à des fibres secondaires.

Hooke observa que les muscles des divers animaux sont composés d'une innombrable quantité de fils déliés, dont il évalue le volume au centième d'un cheveu , et dont il compare la figure à celle d'une série de perles ou de grains de corail. Leuwenhoeck, après avoir aperçu les fibres musculaires, qu'il appelle primitives , conjectura qu'elles étaient encore composées, se fondant, mal à propos, sur ce que les animalcules spermatiques, plus fins que les fibres, devaient être pourvus de nerfs et de muscles; il en donna d'ailleurs des figures grossières; celles de Dehayde, quoique grossières encore, sont plus exactes. Muys en a donné des descriptions aussi exactes que longues, il les représente le plus souvent cylindriques, et rarement noueuses. Délia Torre a dit qu'elles étaient rougeâtres , ce qui n'est pas généralement vrai. Les observations de Prochaska , beaucoup plus exactes , ont appris que ces fibres sont parallèles , mais non tou-

■ Croonian lecture, in philos. Trans,; ann. 1818.

' Examen du sang et de son action dans les divers phénomènes de la vie ; in Annales de chimie et de phys. , t. XXII.

jours droites , et que dans la chair cuite , elles sont presque toujours flexueuses ; que leur forme n'est pas cylindrique , mais aplatie ou prismatique ; que leur substance est diaphane , et paraît solide ; leur diamètre, peu variable, lui a paru être de sept à huit fois moins étendu que le plus grand diamètre d'un globule rouge du sang, observation qui ne semble pas exacte ; ces fibres lui paraissent le dernier terme de la division des muscles , sans que cependant il ose affirmer que ce soient là des fibres élémentaires. L'observation microscopique faite par les frères Wenzell sur une portion de muscle préalablement plongée pendant huit jours dans un mélange d'alcohol et d'acide muriatique , leur a montré chaque fibre composée de corpuscules ronds excessivemens fins. Selon M. Autenrieth, le diamètre de ces fibres serait le cinquième de celui des globules du sang. M. Sprengel , au contraire, évalue le diamètre de la fibre musculaire à sept fois celui des globules du sang (lequel est d'un trois centième de ligne ) , c'est-à-dire à environ un quaran-; tième deligne; il la décrit d'ailleurs comme angulaire striée et pleine. Les observations microscopiques de M. Bauer et de M. E. Home, publiées avec de trèsbelles figures , représentent la fibre musculaire comme identique aveç les particules du sang dépouillées de leur matière colorante , et dont les globules centraux se sont réunis en filamens. MM. Prévost et Dumas, ont obtenu constamment le même résultat , quel qu'ait été l'animal examiné, et. quels que soient la forme et le volume de ses globules ; mes propres observations s'accordent tout-à-fait avec les leurs. Pour que

l'observation ne laisse pas de doutes, elle doit être faite sur la chair musculaire crue et sans préparation ; en effet, la coction, et l'action de l'alcohol produisant des globules en coagulant l'albumine, on pourrait attribuer à ces causes leur présence dans la fibre musculaire, Ces globules sont réunis par un médium invisible à cause de sa transparence et de son incoloration ; c'est une sorte de gelée ou de mucus. Si on fait macérer de la chair musculaire dans l'eau fréquemment renouvelée , la putréfaction altérant plus promptement le moyen d'union des globules que peux-ci , et le renouvellement de l'eau entraînant le produit de la putréfaction , on obtient les globules isolés et semblables à ceux des particules colorées du sang. Les fibres de tous les muscles ont le même volume et la même forme.

§ 658. On aperçoit souvent sur les fascicules des muscles , surtout quand ils sont cuits , des rides ou des flexuosités. Cette apparence, aperçue par Hooke, Leuwenhoeck, Dehaydeet Haller, très-bien représentée par Muys , a beaucoup occupé Prochaska , qui l'a attribuée au resserrement du tissu cellulaire , des vaisseaux et des nerfs, et à leur crispation par la coction. Ces rides ou stries apparentes ont encore été attribuées à plusieurs autres causes imaginaires, et ont fait accorder aux fibres une disposition articulée, tortillée , ou spirale ; ces rides ne sont, ou ne paraissent être autre autre chose que des flexuosités ou des ondulations ; elles existent toujours dans les muscles contractés, soit clans l'état de vie, soit dans la raideur cadavérique, soit par l'action du calorique; cette

flexuosiïé se produit encore d'elle-même quand on favorise ou quand on opère la rétraction d'un muscle, en coupant ou en rapprochant ses attaches, ou en les refoulant l'une vers l'autre. Elles s'effacent au contraire quand , sur le cadavre , on étend les fascicules musculaires. Elles disparaissent tout-à-fait quand la raideur cadavérique se dissipe.

§ 659. Des physiologistes, trompés par des observations inexactes , ou conduits par des vues hypothétiques , ont admis des opinions fausses ou tout-à-fait arbitraires , sur la texture intime de la fibre musculaire 1 : ainsi, un très-grand nombre de physiologistes et de mécaniciens ont admis que la fibre musculaire est creuse, et consiste en une série de vésicules ovoïdes, ou de cavités rhomboïdales, et allongées dans l'état de relâchement , élargies et globuleuses dans l'état de raccourcissement des muscles. Plusieurs ont regardé la fibre musculaire comme creuse, et continue aux nerfs. Beaucoup d'autres l'ont considérée comme creuse , vasculaire et injectable , soit comme formée uniquement d'artérioles , soit comme consistant en vaisseaux très-fins , intermédiaires aux artérioles et aux veinules. D'autres ont décrit ces cavités intérieures , soit les vésicules, soit les canaux, comme spongieuses ou celluleuses. Quelques-uns ont admis des fibres transversales nerveuses ou autres , soit pour retenir le sang dans la fibre , soit pour resserrer son canal dilaté , et le raccourcir par ce mécanisme. D'autres encore ont imaginé la fibre comme un canal spiral

' Haller, Eleincnta pliy.ùol., Lib. XI, scct. 1 et III, tom.IV.

autour d'un fil inextensible; d'autres l'ont supposée tordue à la manière des fils de lin ou de chanvre , etc.

On peut objecter à toutes ces assertions , que la fibre musculaire, examinée avec de bons instrumens d'optique, paraît bien résulter d'une série linéaire de globules plus opaques , réunis par un milieu plus clair, mais que rien du tout n'indique que ces globules soient des vésicules ; que lors de la contraction musculaire on voit des rides se former, et ces flexuosités s'effacer lors du relâchement, mais point du tout de changement dans la figure des globules ; que dans les insectes, où il n'y a point de vaisseaux, il y a néanmoins des fibres musculaires qui, dès-lors, ne peuvent en être la continuation ; que l'injection peut bien gonfler les muscles en s'infiltrant entre les fibres, mais qu'elle ne les pénètre point; que les prétendues fibres transversales , les torsions , les spirales, etc. , n'ont jamais été vues, mais seulement supposées au profit de certaines hypothèses sur Vaction musculaire; qu'enfin la fibre musculaire, différant notablement par ses caractères organiques et par ses phénomènes vitaux, du tissu cellulaire, du tissu nerveux et de celui des vaisseaux, ne' peut pas être assimilée à ces tissus; Mascagni a renouvelé et modifié une de ces opinions , en regardant les cylindres primitifs des muscles comme formés de vaisseaux absorbans remplis de substance glutineuse contractile dans l'état de vie, et se renouvelant sans cesse par la circulation. Puen ne démontre qu'il en soit ainsi, et que les fibres soient creuses ; il est bien plus probable qu'elles sont solides.

§ 660. Les muscles sont enveloppés par le tissu cellulaire qui leur forme des membranes ou des gaines ; il en est de même à l'égard de leurs faisceaux et tles divisions de ces faisceaux; seulement à mesure que les parties enveloppées sont moins volumineuses, le tissu cellulaire forme des enveloppes plus minces et plus molles. Les fascicules sont enveloppés et réunis entre eux par des couches presque imperceptibles de ce tissu; les -fibres primitives, enfin, sont réunies entre elles, dans chaque fascicule, par des prolongemens de son enveloppe , qui , par leur ténuité et leur mollesse, échappent tout-à-fait à l'observation. On aperçoit les enveloppes cellulaires, soit en écartant les faisceaux et les fascicules les uns des autres, soit sur la coupe transversale des muscles.

On trouve également du tissu adipeux autour des muscles, dans les intervalles de leurs faisceaux, et même quelquefois entre les fascicules.

§661. Les vaisseaux sanguins des muscles, trèsbien décrits par Albinus et Haller, et représentés par Prochaska et Mascagni, sont très-abondans , moins cependant que dans la membrane muqueuse. Leur abondance est proportionnée au volume des muscles ; ce-, pendant les muscles intérieurs sont plus vasculairesque les autres, et parmi les premiers, quelques-uns surtout le sont beaucoup. Les veines, comme dans la plupart des parties, ont une capacité supérieure, à celle des artères. Les unes et les autres communiquent avec les vaisseaux des membranes tégumentaires, là où les muscles en sont voisins ; les unes et les autres, après s'être divisées d'abord dans la mem-

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brane celluleuse et y avoir présenté beaucoup d'anastomoses, pénètrent, sous des angles variés , entre les divers faisceaux, et s'y divisent encore, pour pénétrer entre les fascicules et jusque dans les intervalles des fibres , en suivant toujours les enveloppes celluleuses, et en présentant continuellement de nouvelles divisions et de nouvelles anastomoses. Dans tout leur trajet, ces vaisseaux accompagnent les divisions des muscles par des rameaux parallèles à eux , et en croisent la direction par d'autres rameaux transverses qui les entourent. Arrivées à leur dernier terme de division , les artères se continuent avec les veines , sans qu'on puisse savoir comment elles concourent à la texture et à la nutrition des fibres charnues.

Ce n'est pas aux vaisseaux sanguins des muscles qu'est due la couleur rougeâtre de ces organes, car les muscles intérieurs très-vasculaires sont blanchâtres.

Des vaisseaux lymphatiques se voient distinctement dans lés intervalles de la plupart des muscles, et dans l'épaisseur de quelques-uns; quant à la manière dont ils en naissent, elle est inconnue : peut-être sont-ils la continuation du tissu cellulaire intermédiaire aux fibres.

§662. Les nerfs des muscles sont très - volumineux ; après la peau et les sens, aucune partie n'en est aussi abondamment pourvue. En général," ils sont proportionnés en nombre et en volume au volume des muscles; cependant les muscles intérieurs en ont en général moins que les autres, et, parmi ceux-ci, ceux du squelette moins que ceux du larynx et des sens. Us accompagnent en général les vaisseaux san-

gums , et surtout les artères, et leur sont unis lâchement par le tissu cellulaire. Pour les bien voir, il finit faire macérer les muscles jusqu'à un commencement de putréfaction, laquelle en effet détruit les muscles plus promptement que les nerfs; ils pénètrent par divers points dans les muscles, et s'y divisent à la manière des vaisseaux; mais bientôt ils échappent à la vue, sans que l'on puisse les apercevoir par aucun moyen artificiel ; de sorte qu'on ne peut rien affirmer sur leur terminaison. On conjecture, avec quelque vraisemblance, que leurs divisions s'étendent jusqu'aux fibres primitives. Il paraît qu'avant de disparaître ils s'amollissent successivement, en se dépouillant de leur enveloppe propre, de sorte que leur substance médullaire serait en contact immédiat avec la fibre musculaire. Monro et Smith ont cru voir que les nerfs des muscles sont leurs fibres tortillées en spirales.

Suivant MM. Prévost et Dumas 1 , on aperçoit encore mieux les nerfs des muscles par les moyens suivans que par tout autre : on examine un morceau de muscle de bœuf, qui a été macéré dans l'eau pure , dans un endroit obscur; en recevant sur le muscle seul, un faisceau de lumière vive, on distingue la couleur du nerf qui tranche sur celle du muscle, et l'on peut le suivre très-loin , au moyen d'une bonne loupe et d'un scaspel très-délié; on voit alors les ramifications se terminer en s'insérant entre les fibres musculaires dont elles coupent la direction à angle droit. Pour observer cet arrangement dans toute la masse

« Mémoire inédit.

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d'un muscle assez mince pour être transparent, on place le sterno-pubien de la grenouille , sur une lame de verre, et on l'examine en l'éclairant par transmission , au moyen d'une faible loupe et de la lumière d'une bougie ; on aperçoit alors le nerf et ses rameaux, que l'on distingue des fibres musculaires à leur- direction. En effet, le tronc du nerf marche, dans l'épaisseur du muscle , parallèlement à sa longueur, et les branches s'en séparent toutes à angle droit, pour s'engager entre les fascicules et les fibres musculaires ; et comme elles se trouvent toutes sur le même plan , à cause de la faible épaisseur du muscle , elles représentent une sorte de peigne. Si'le muscle est contracté, on voit que les dernières fibrilles transverses visibles du nerf répondent exactement au sommet des angles ou des flexuosités du muscle.

Les nerfs, quoique nombreux et volumineux dans les muscles, échappent à la vue long-temps avant que leurs divisions soient à beaucoup près assez multipliées pour pouvoir se distribuer à toutes les fibres musculaires. On a imaginé deux hypothèses pour expliquer leur action sur toutes ces fibres : Isenflamm et M. Carlisle supposent que les nerfs , à leur terminaison, se fondent dans le tissu cellulaire des muscles, et que ce tissu participe par-là à la propriété conductrice des nerfs; Reil admet que les nerfs ont une sphère d'activité étendue au delà de leur terminaison, et qu'il appelle atmosphère nerveuse. Ce sont des suppositions qui seront examinées plus loin.

5 663. La plupart des muscles, enfin, ont les extrémités de leurs fibres attachées à du tissu ligamenteux ,

par l'intermède duquel leur action est transmise plus ou moins loin. Mais ces parties ligamenteuses sont beaucoup plus répandues dans les muscles extérieurs que dans les autres.

§ 664- La couleur des muscles varie beaucoup : ceux des animaux invertébrés et ceux des vertébrés à sang froid sont blancs; ceux des oiseaux, des mammifères et de l'homme sont, les uns rougeâtres, de cette teinte généralement connue sous le nom de couleur de chair ; les autres sont d'un blanc grisâtre ; la nuance varie beaucoup dans les uns et dans les autres ; elle varie aussi, suivant différentes circonstances antérieures ou postérieures à la mort; la couleur s'enlève aisément par le lavage et la macération ; elle paraît d'ailleurs d'autant plus faible, que le muscle, ou le faisceau, ou le fascicule est plus petit, et d'autant plus foncée, au contraire , que la masse est plus grande. En tranches minces, la chair musculaire est demi-transparente.

La consistance des muscles varie beaucoup, même dans le cadavre, et par des causes qui ont agi avant ou depuis la mort, et qui vont être examinées en parlant de leur irritabilité. En général , la fibre musculaire est molle, humide, peu élastique , facile à déchirer dans le cadavre.

§ 665. La chair musculaire, exposée en tranches minces à faction d'un courant d'air sec, ou àl'étuve, perd plus de la moitié de son poids, devient brune, plus transparente et très-dure. Plongée, au contraire, dans l'eau froide souvent renouvelée, la chair perd entièrement sa couleur , et prend une teinte jaunepaille. La macération d'ailleurs l'amollit et la gonfle.

L'alcohol , les acides étendus , la solution de sublimé corrosif, celles d'alun, de sel commun , de nitrate de potasse , augmentent la consistance du muscle , le contractent légèrement , favorisent sa séparation en fibres , et altèrent sa couleur de diverses manières. L'alcohol le pâlit ; l'alun le brunit et le durcit beaucoup ; le nitrate de potasse et le sel commun le rougissent un peu, et après l'avoir durci d'abord, l'amollissent ensuite , surtout le premier, tout en retardant cependant sa décomposition. Suivant les observations inédites de M. Bretonneau , et celles de M. Labarraque , la solution de chlorure de calcium , à un degré convenable de concentration , conserve à la chair musculaire et aux autres parties molles leur consistance, leur flexibilité et leurs autres qualités naturelles.

§ 666. La chair musculaire , traitée par l'eau froide , lui abandonne de la matière colorante, un peu différente de celle du sang , de l'albumine , de la gélatine , et une matière extractive aperçue par Thouvenel.

Soumise à l'action de l'eau bouillante , la chair fournit une plus grande quantité des mêmes substances, et, de plus, de la graisse. Le muscle ainsi traité , et épuisé par l'action prolongée de l'eau ; il reste des fibres décolorées , insolubles dans l'eau , aisées à séparer, qui par la dessiccation deviennent cassantes , et qui ont toutes les propriétés de la fibrine. La chair musculaire calcinée laisse environ un vinstième de son poids de matières salines.

Il suit de ces faits, observés par Thouvenel , Fourcroy, M. Thénard et autres, que les muscles sontprin- «• 36

cipalement composés de fibrine, et qu'ils contiennent aussi de l'albumine, de, la gélatine, de l'extractif, osmazome de M. Thénard, des phospbates de soude, d'ammoniaque et de chaux , et du carbonate de chaux.

Ces observations ont été faites particulièrement sur la chair de bœuf; mais comme les propriétés chimiques des muscles présentent des différences, même entre des animaux de genre peu différens elles ne sont peut-être pas exactement applicables à 1 homme.

S 667. Dans l'état de vie , les muscles jouissent cl une force ou propriété active, désignée communément sous les noms d'irritabilité musculaire , de force musculaire, ou de myotilité.

5 668. L'action -nuscutoe , a été le sujet de beau-

. royez F, CUson, Anal.

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in Nov. comm. Gotting., tom. IV.

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