DU SYSTÈME NERVEUX EJST GÉNÉRAL
§ 741. Le système nerveux 1 forme un tout continu
1 Th. Willis , Ccrcbri anatome nervorumque descriptio et usus; Genevœ, 1676. — R. Vieussens, Neurographia univer- SttUs; Lugd. , 1684. — G. Prochaska, de Structuré ncrvorum tract, anat; E/usd. Commentatio de fonction. System, nervi;
ou un ensemble rameux et réticulé , dont toutes les parties se tiennent.
§ 742. Ce système consiste en une masse centrale , en cordons nerveux et en ganglions.
La masse nerveuse centrale, qui n'a point reçu de nom propre, et que l'on désigne sous le nom de cerveau en général, et quelquefois sous celui d'axe nerveux , d'organe cérébro-spinal, consiste elle-même en plusieurs parties que l'on distingue, par leur situation, en moelle épinière ou cordon rachidien ('Fos^/tj^ p.v&is') et en encéphale ( 'Evx.ttpxXnï') • par leur forme et leur texture , en moelle nerveuse et en cerveau , cervelet, et tubercules quadrijumeaux ; les lobes olfactifs rudimentaires sont regardés comme des nerfs.
La moelle est un gros cordon impair et médian, divisé par un double sillon en deux moitiés latérales , et par l'insertion des ligamens dentelés en faisceaux antérieurs et postérieurs. Ce cordon , contenu en grande partie dans le canal vertébral, est prolongé dans le crâne, et porte là le nom de moelle allongée ou crâ-
in op. minor. — Vicq-d'Azyr , Rech. sur la struct. du cerveau du cervelet, de la moelle allongée, de la moelle épinière, et sur l'origine des nerfs, etc.; in Mém. de l'Acad. des Se. de Paris, 1781 et 1783. — A. Monro, Observ.on ihe nervous System ; Edinb. , 1783. — Ludwig, Scriptores nevrologici minores selecti, etc.; Lipsice , 1791 - g5 , 4°. — F. G. Gall et Spurzheim, Rech. sur le système nerv. en général , et sur celui de cerveau en particulier; Paris, 1809. — Rolando, Saggio sulla vera stmttura del cevrello dell' uomo e dcgli animale, e sopralc funzioni del sistema nervoso ; Sassari, !8o9. — Car u s, Ànat. u/id physiol. des nenen Systems; Leipzig, 181/1.
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nicnne. Dans cette dernière partie, outre les faisceaux antérieur et postérieur, il y a de chaque côté un faisceau latéral , ou moyen.
Les faisceaux moyens, renforcés par les éminences olivaires, se prolongent, pour la plus grande partie, dans les tubercules quadrijumeaux,, et s'y terminent. Les faisceaux postérieurs , après s'être renforcés dans le corps festonné ou rhomboïdal, s'épanouissent dans le cervelet et le forment; se prolongeant au delà , ils se réunissent d'une part sur la ligne médiane , sous la moelle allongée, où ils forment la protubérance annulaire ou le pont de varole , et d'un autre côté s'unissent avec les tubercules quadrijumeaux. Les faisceaux antérieurs, après s'être entrecroisés , réunis à une partie des latéraux, renforcés dans les couches optiques et les corps striés , s'épanouissent en rayonnant pour former les hémisphères du cerveau , et se rejoignent sur la ligne médiane dans le corps calleux.
Les cordons nerveux ou les nerfs , au nombre de quarante et quelques paires , tiennent à la moelle par une extrémité ; ils présentent un certain nombre de plexus où ils communiquent entre eux; des ganglions nombreux se rencontrent dans leur trajet; les cordons se terminent par une autre extrémité dans les deux tégumens, dans les organes des sens, dans les muscles, et clans les parois des vaisseaux, surtout dans l'épaisseur des artères.
§ 743. La forme du système nerveux est , en général , symétrique; la symétrie est surtout très-marquée dans i«?s parties centrales , plus encore dans la moelle que
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dans l'encéphale , où la surface des lobes du cerveau et du cervelet présente toujours des irrégularités. Les nerfs qui tiennent immédiatement à la moelle sont tous symétriques, excepté le pneumo-gastrique , qui se distribue à des organes asymétriques ; tous cependant cessent d'être , dans leurs dernières divisions , aussi rigoureusement symétriques que dans leurs troncs. Les ganglions et les nerfs qui appartiennent aux organes asymétriques des fonctions végétatives participent dès leurs parties centrales, mais surtout dans leurs divisions et à leurs extrémités périphériques, à l'irrégularité de ces organes.
§ 744' La situation du système nerveux est intérieure et centrale pour ses masses, profonde encore pour les cordons nerveux : les extrémités seules de ces cordons aboutissent aux surfaces du corps, aux deux tégumens.
§ 745 • Le système nerveux est formé de deux substances distinguées, par leur couleur et leur situation respective, en blanche ou médullaire, et en grise ou corticale.
§ 746. La substance nerveuse blanche, appelée aussi médullaire, medullaris , parce que, le plus souvent elle est enveloppée par l'autre, présente plusieurs nuances de blanc.
Sa consistance varie un peu dans les différentes parties. Elle est en général moins élastique que de la gélatine, mais un peu plus glutineuse , visqueuse ou tenace. La section est uniforme en couleur, et en apparence homogène : on y aperçoit seulement des points rouges ou des stries sanguines. En effet , cette subs-
tance est très-vasculaire ; quand on la déchire, les vaisseaux sanguins rompus font saillie à la surface inégale de la déchirure.
La substance nerveuse blanche , trempée pendant quelques minutes dans l'huile bouillante , ou plongée pendant quelques jours dans l'alcohol , clans les acides nitrique Ou muriatique affaiblis , dans l'alcohol acidulé, ou dans une solution de sublimé corrosif, augmente en consistance; et si on essaye alors de la distendre et de la rompre , dans un sens ou dans un autre , on voit qu'elle offre une apparence fibreuse. On peut en séparer des filamens blancs, fins comme des cheveux. Les fibrilles les plus fines qu'on puisse obtenir sont si délicates et si étroitement unies entre elles , qu'il est très-difficile de rien assurer touchant leur longueur et le diamètre des plus fines ou des fibrilles primitives. Ces fibrilles , parallèles ou concentriques , sont réunies en faisceaux qui ont , les uns à l'égard des autres , diverses directions. On ne sait pas exactement si cette disposition fibreuse existe dans tout le système nerveux ; seulement on l'a trouvée partout où on l'a cherchée, et toujours on l'a retrouvée la même dans les mêmes parties.
Cette structure fibreuse est visible dans quelques parties du système nerveux sans aucune préparation ; presque partout on trouve plus de difficulté à déchirer cette substance dans un sens que dans l'autre , et précisément dans le sens suivant lequel les préparations chimiques indiquées montrent la direction des fibres.
La substance nerveuse blanche desséchée acquiert une couleur jaunâtre et une apparence cornée; coupée i- 4o
•en tranches minces , elles devient demi - transparente î plongée dans l'eau , elle reprend sa couleur et son opacité.
§ 747. La substance grise cinerea, appelée aussi corticale, parce qu'elle enveloppe dans beaucoup d'endroits la précédente, présente comme elle, et même plus encore , des variétés de nuance : elle varie du gris de plomba la teinte brune noirâtre. Cette substance est toujours plus molle que la blanche. La surface de son incision est uniforme , et présente seulement des points et des stries rouges, plus nombreux encore que dans la substance médullaire. Cette substance, en effet, est, en quelques points au moins, beaucoup plus vasculaire que la blanche. Celle qui forme l'écorce du cerveau et du cervelet contient tant de vaisseaux, que, quand elle a été bien injectée , et macérée ensuite , elle paraît au microscope entièrement vasculaire. Albinus * cependant affirme, et avec raison, que dans ce cas même il reste évidemment une partie non injectable, ou extra vasculaire. La substance grise, soumise aux mêmes préparations chimiques que la substance blanche, ne présente pas dans sa déchirure une apparence fibreuse tout-à-fait semblable à la sienne. Soumise à l'action de l'eau , la substance nerveuse grise devient plus molle, se gonfle un peu , et perd une grande partie de sa couleur. Les acides, l'alcohol, et surtout le sublimé corrosif, la blanchissent aussi en la durcissant; desséchée ensuite, elle devient pulvérulente. La couleur,
1 Ludwig, de Cinerea cerebri substantiel. 1 Acad. annot., lib. I, cap. 11.
un peu variable suivant les races et les individus , paraît être un produit de la matière colorante du sang.
§ jfà. Les deux substances nerveuses sont diversement entremêlées l'une avec l'autre, dans les diverses parties du système nerveux : dans les lobes ou hémisphères du cerveau et du cervelet, Ma substance grise forme une enveloppe ou une écorce à la blanche; dans la moelle épinière , la substance grise forme deux cordons intérieurs, enveloppés par la substance blanche ; dans la moelle allongée et dans les pédoncules du cerveau et du cervelet , on trouve des amas ou noyaux de substance grise , enveloppés de substance blanche, des lames ou couches alternatives des deux substances, des cordons ou fibres de l'une et de l'autre , qui se croisent ou se traversent réciproquement^ dans les ganglions, une substance grise particulière, traversée par des fibres blanches; dans les nerfs, enfin, des fibres blanches seulement.
La substance blanche forme seule un tout continu. La substance grise au contraire ne se rencontre que par places; on la trouve partout où sont implantées les extrémités centrales des nerfs; on a supposé même qu'elle existait aussi à leur extrémité périphérique, et notamment dans le corps muqueux de la peau; on la trouve encore là où les fibres blanches prennent de l'accroissement et semblent s'épanouir, comme dans les pédoncules du cerveau et du cervelet; on la trouve enfin à la surface du cervelet, du cerveau; on a cru même, mais sans preuve, qu'elle existait dans les ganglions.
La texture fibreuse de la substance nerveuse avait déjà été aperçue dans la substance blanche par Mal-
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pighi, mais il regardait la substance grise comme glanduleuse.
Cette idée de Malpighi sur la substance grise, a été long-temps admise conjointement avec l'opinion hypothétique que les nerfs sont creux ou canaliculés. On a substitué ensuite à l'idée de Malpighi sur la substance grise, celles d'un point d'origine (Gall), et d'un centre d'action (Ludwig, etc.).
S 749- La substance nerveuse, soit blanche, soit grise, examinée au microscope', et grossie d'environ trois cents diamètres , paraît dans toutes ses parties composée de globules demi - diaphanes , réunis par une substance transparente et visqueuse. Ces globules ont paru à Dellatorre différens en volume dans le cerveau, le cervelet, la moelle et les nerfs, les plus gros étant dans le cerveau, et les plus fins dans les nerfs ; ces globules lui ont paru entassés sans ordre dans la masse nerveuse centrale, et en séries linéaires dans les nerfs; quant au liquide dans lequel ils sont contenus , il lui a paru peu visqueux dans l'encéphale , plus dans la moelle épinière, et plus encore dans les nerfs. Ces globules et le liquide dans lequel ils sont plongés, fournis et réparés continuellement par l'abord du sang artériel, se porteraient, suivant lui , du cerveau , comme d'un centre, à tout le corps, et réciproquement; leur flux
1 J. M. Dellatorre, Nuove osserv. micros.; in Napoli, 1776. — Prochasi.a , de Struct. nervor. — J. et Ch. Wenzell , de Penitiori struct. cerebri ; Tubing. ,1812. — A. Barba, Osserv. rnicrosc. sul cervelle» e sullc parti adjacenti ; Napoli , 1807. — Home et Bauer, Philos, trans.; ann. 1821.
du cerveau aux muscles déterminerait le mouvement , leur reflux des sens au cerveau produirait le sentiment. Cette explication inadmissible doit être séparée de l'observation anatomique assez exacte sur laquelle elle repose.
Prochaska ayant examiné au microscope une lame de substance nerveuse assez mince pour être transparente , a trouvé qu'elle ressemblait à une sorte de pulpe formée de globules ou particules rondes innombrables ; par l'action de l'eau cette pulpe se divise en petits flocons , et chaque flocule est encore composé d'un certain nombre de globules ; la macération, prolongée même pendant trois mois, est insuffisante pour séparer les globules les uns des autres. Il en conclut que le moyen d'union est un tissu cellulaire délicat, formé en partie par les vaisseaux san-*guins, et en partie par des prolongemens de l'enveloppe du système nerveux : les globules lui ont paru de volume différent dans une même partie du système ; il évalue le volume de ceux du cerveau et du cervelet à environ un huitième de celui des globules du sang ; quant à la structure des globules eux-mêmes , les plus puissans microscopes n'apprennent rien à ce sujet.
Barba a observé les globules , et n'a pas trouvé de différence dans la substance qui les réunit entre eux dans les différentes parties du système nerveux.
Les frères Wenzell ont ajouté quelques observations, à celles-là; ils ont trouvé la substance nerveuse partout formée de globules qu'ils regardent comme des vésicules remplies de substance médullaire ou cendrée, suivant les parties; les globules semblent se
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toucher ou adhérer, et on n'aperçoit rien entre eux. Cette apparence globulaire résiste à la dessiccation, à l'action de l'alcohol, soit pur, soit acidulé.
MM. Home et Baueront publié deux résultats différens d'observations microscopiques : suivant leurs premières recherches, le cerveau frais serait composé de fibres formées par la réunion de globules d'un diamètre à peu près semblable à ceux du pus. Suivant leurs nouvelles observations, la substance nerveuse serait composée de globules blancs, demi-transparens, les uns du volume de ceux qui forment le noyau des particules colorées du sang, les autrès plus petits; de substance gélatineuse, transparente et soluble dans l'eau, et d'un liquide semblable au sérum du sang : la proportion de ces trois parties , les globules, la gelée et le sérum , ainsi que le volume des globules, donneraient lieu aux principales différences que présente le système nerveux. La substance grise présente peu de fibres uniglobulaires distinctes , elle est formée surtout de très-petits globules, la substance gélatineuse et le liquide séreux y sont très-abondans. La substance médullaire des hémisphères du cerveau et du cervelet contient des fibres formées de séries linéaires de globules plus distinctes , plus abondantes ; la majeure partie des globules qui les composent sont d'un diamètre plus grand; la substance gélatineuse est plus tenace et en moindre proportion que dans la substance grise. Le corps calleux et le bulbe rachidien ont surtout des globules d'un diamètre moyen , la substance gélatineuse et le sérum sont plus ahondans que dans les hémisphères, et la première est moins tenace.
Dans les nerfs on trouve des globules de tous les diamètres réunis en fibres, et celles-ci en faisceaux. La matière gélatineuse dont il s'agit ici se retrouverait dans le sang, où elle servirait de moyen d'union aux particules de la matière colorante qui entoure les globules.
M. H. M. Edwards publie 1 dans ce moment des observations microscopiques d'après lesquelles la substance nerveuse de l'encéphale, delà moelle, des nerfs, dans les quatre classes de vertèbres, est composée de globules microscopiques de ^ de millimètre réunis en séries de manière à former des fibres primitives dont la longueur est assez considérable.
J'ai vérifié ces observations , dont l'importance est. d'autant plus grande que l'on trouve des globules semblables, mais arrangés un peu différemment, dans tous les tissus des animaux.
Suivant M. Carus , les globules nerveux sont disposés en amas dans les masses centrales qui agissent par irradiation , et en lignes régulières dans les nerfs^ qui n'agissent que comme conducteurs.
§ j5o. Le tissu cellulaire qui réunit entre elles les fibrilles nerveuses est mou et peu apparent. Ce tissu est plus condensé à la surface, où, réuni aux vaisseaux, il forme une membrane plus ou moins dense, plus ou moins vasculaire : unique pour les nerfs (névrilème), double autour du centre nerveux ( pie - mère et méninge), avec un intervalle à parois contigués établi par une membrane séreuse (l'arachnoïde).
1 Mémoire sur la stucturc élémentaire des principaux tissus organiques des animaux: Thèse ; Paris , 3o juillet îSï'i.
§ 75 1. Les vaisseaux sanguins du système nerveux sont très -nombreux. Ils se ramifient d'abord beaucoup dans l'enveloppe immédiate de ce tissu ( névrilème et pie-mère ) ; ils pénètrent ensuite dans la substance grise, où ils sont extrêmement abondans; ils pénètrent enfin dans la substance blancbe, où ils sont beaucoup plus fins et moins nombreux. On ne connaît point de vaisseaux lymphatiques dans le système nerveux.
§ 702. La substance nerveuse a été examinée sous le rapport chimique par Thouret, Fourcroy et M. Vauquelin.
L'analyse du cerveau , faite par M. Vauquelin , a donné les résultats suivans : eau 80,00; matière grasse blanche 4553; matière grasse rougeâtre 0,70; albumine 7,00; osmazome 1,12; phosphore i,5o; acides, sels et soufre 5, 1 5.
D'après les expériences de cet habile chimiste, la moelle et les nerfs auroient la même composition que le cerveau.
M. John a reconnu que la substance grise ne contient point de phosphore.
M. Chevreul a trouvé dans le sang une matière ca-. ractéristique de la substance nerveuse : la cérébrine.
§ 753. Les propriétés vitales du système nerveux le distinguent essentiellement de tous les autres genres d'organes 5 outre la faculté commune à toutes les parties des corps vivans de se nourrir, il possède une autre propriété active tout-à-fait spéciale qu'on appelle force nerveuse, puissance nerveuse, influence nerveuse ; elle se manifeste par les fonctions de ce sys-
Dtl SYSTÈME NERVEUX. 633
tème, désignées sous le nom collectif d'innervation.
§ 754. L'innervation », beaucoup trop restreinte par ceux qui la bornent à la sensation et à la volition , tient sous sa dépendance, d'une manière plus ou moins directe, tous les phénomènes de la vie. Les physiologistes modernes, en constatant cette prééminence du système nerveux, ont mis à même, en s'appuyant sur les observations d'anatomie et de physiologie comparatives, sur les observations dè l'embryogénésie , et sur les observations et les expériences physiologiques et pathologiques d'établir quelques lois de l'innervation. En général le système nerveux a d'autant plus d'influence sur le reste de l'organisme, que l'animal plus élevé dans la série a ce système plus développé. Dans l'espèce humaine le système nerveux a d'autant plus d'influence sur les fonctions, que l'individu, plus éloigné de l'état d'embryon, a également ce système plus perfectionné. L'influence de l'innervation sur une autre fonction est d'autant plus marquée que cette fonction s'éloigne davantage du but des fonctions végétatives. L'influence du centre nerveux , sur le reste du système, est d'autant plus grande et plus nécessaire que le centre est plus développé , plus volumineux relativement au reste du système , et surtout que les parties diverses de la masse centrale sont plus exactement rassemblées vers
' Rolando , op. cit. , et Journal de physiologie , tome III. — Georget , de la Physiologie du système nerveux , etc. ; Paris , 1821. — Flourens, Recherches physiques sur les propriétés et les fonctions du système nerveux , etc.; in archives générales de médecine, vol. IL — Fodéré, Rechcr. expériment. sur le système nerveux ; in Journ. dephysiol. , tom. III.
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un point unique ; c'est sous ce dernier rapport surtoutque le système nerveux de l'homme diffère de celui des animaux.
§755. Les opérations mentales les plus élevées s'exercent sur des résultats, et se manifestent par l'intermédiaire de l'action nerveuse ; il est donc vrai de dire que l'homme est une intelligence servie par des organes.
Les actions de combinaison ^intermédiaires à la sensation et à la volition , qui constituent une apparence d'intelligence, ou l'instinct perfectionné des animaux, vertébrés, appartiennent aussi à l'innervation.
L'instinct le plus borné, qui, dans tous les animaux , même les plus imparfaits, lie nécessairement certains mouvemens à certaines sensations est encore une action nerveuse.
La sensation et la volition , quels que soient les phénomènes intermédiaires, sont encore des actions du même genre.
Les phénomènes d'irritation, c'est-à-dire l'impression non sentie et le mouvement involontaire, sont eux-mêmes plus ou moins dépendans de l'action nerveuse. Dans le canal intestinal, le cœur, etc., ordinairement l'impression n'est pas sentie, et la contraction musculaire n'est pas voulue , mais déjà pourtant le système nerveux intervient; car si dans l'ordre régulier l'impression ne va pas au delà des ganglions , et si la contraction musculaire en est le résultat nécessaire, caractère de l'irritabilité , dans certains cas d'impression extraordinaire la sensation en résulte ; et de même , quand la volonté est troublée par les passions , les mouvemens musculaires intérieurs s'en ressentent.
Dans les vaisseaux, et particulièrement clans les artérioles , l'action nerveuse est très-évidente. Dans le tissu cellulaire, l'impression et la contraction étroitement liées, et désignées parle nom unique de tonicité, paraissent peu dépendantes du système nerveux, mais n'y sont pourtant point étrangères.
L'influence nerveuse n'est point limitée aux seuls organes ou parties solides, le sang 1 en éprouve les effets.
§ yoô.Les fonctions déformation et d'entretien, c'està-dù?e, les fonctions nutritives et génitales, sont aussi toutes plus ou moins dépendantes de l'innervation.
La digestion 2 , non-seulement les sensations et les mouvemens qui ont lieu à l'entrée de ses organes , mais l'action même de l'estomac, est soumise à l'innervation ; on sait depuis assez long-temps déjà que la section des nerfs de l'estomac ôte à cet organe la faculté de digérer et de pousser les alimens dans les intestins.
La respiration n'est pas moins soumise à l'influence nerveuse; la section des nerfs du poumon détermine bientôt l'asphyxie et la mort.
La circulation, surtout l'action du cœur et des artères capillaires, est également sous la même influence.
La sécrétion est évidemment aussi sous l'influence de l'innervation. Des expériences directes montrent que la section des nerfs d'un organe y suspend la sécrétion. L'inhalation ou absorption est également
' G. A. Treviranus , Biologia , B. 4 , page 646. — Idem, T 'errnischtc Schriften , etc. B. I, page 99.
1 A. Brunn, Experirn, circa ligat. nervorum. — Vavasseur, De l'influence du système nerveux sur la digestion stomacale ; Thèse; Paris, \% août 1823.
modifiée par l'action nerveuse. La nutrition ou formation organique , sans être un résultat immédiat de la force nerveuse, est pourtant soumise à son influence. La chaleur animale en est plus évidemment encore dépendante. Les expériences physiologiques de MM. Brodie et Ghossat ont mis hors de doute cette influence : les expériences chimiques et physiologiques de MM. Dulong et Despretz ont démontré que cette chaleur ne pouvait pas dépendre tout entière de la respiration.
On voit de même dans La génération , les sensations et les mouvemens volontaires qui l'accompagnent; les mouvemens d'irritation; les phénomènes de sécrétion du sperme et de formation des ovules ; ceux de la nutrition et de l'accroissement de l'œuf fécondé, être tous, mais plus ou moins directement, soumis à l'action nerveuse.
§ 757. La sympathie ou la coexistence de deux phénomènes de formation , d'irritation , de sensation ou de volition , dans des parties différentes , et par l'action d'un seul agent , fait le plus extraordinaire de l'organisme , est encore un effet de l'action nerveuse.
§ 758. Quel rapport existe-t-il entre les diverses parties du système nerveux relativement à ses fonctions ? Y a-t-il un seul centre, soit la moelle, soit l'encéphale? ou bien y a-t-il deux centres, savoir : un cérébral et un ganglionnaire? ou bien enfin, y a-t-il autant de centres distincts qu'il y a d'organes principaux ou de grandes fonctions? Ces opinions, toutes fondées suides observations, sont toutes vraies dans de certaines limites.
DU SYSTÈME NERVEUX. 63j
Dans l'homme adulte, le système nerveux forme un système unique dont toutes les parties concourent à l'action de l'ensemble, à l'innervation, mais en outre chacune à sa fonction propre. Ainsi le cerveau et le cervelet, outre leurs fonctions particulières , augmentent l'énergie de la moelle, celle-ci augmente celle des nerfs, dans l'homme adulte, l'encéphale et plus précisément encore le mésocéphale, c'est-à-dire l'extrémité crânienne de la moelle, l'endroit d'où naissent les pédoncules du cervelet et du cerveau , est vraiment le centre d'action du système nerveux.
§ j5g. Quel rapport existe-t-il entre les deux substances du système nerveux, et quel est leur usage particulier ?
M. Gall regarde la substance grise comme la substance matrice des nerfs, comme une couche fertile dans laquelle les nerfs sont enracinés, et d'où dépend leur nutrition et leur accroissement; si M. Gall avait entendu par-là qu'il y eût une véritable production ou végétation , il aurait tort , car d'une part aucune partie n'est le produit de l'autre , toutes sont déposées par les vaisseaux chacune à leur place, et d'un autre côté la substance blanche apparaît avant la grise, soit dans le règne animal soit dans l'embryon. S'il n'a voulu parler que d'une implantation il a eu raison. On doit regarder avec Ludwig, M. Gall, M. Carus et M. Tiedemann, la substance grise, comme un centre d'activité , comme fortifiant l'action des parties blanches qui y sont implantées, en tant surtout qu'elle produit cet effet par la grande quantité de sang artériel qui la parcourt. Cette substance abonde dans la moelle,
°3o ANATOMIE GÉNÉRALE.
là où tiennent les plus gros nerfs; elle abonde également dans le corps rhomboïdal du cervelet, et dans les corps optiques et cannelés du cerveau , ainsi qu'à la surface de ces deux organes dans l'homme.
§ 760. Quelle est la fonction particulière de chacune des parties du système nerveux ?
Les nerfs (Sect. II) conduisent les impressions des surfaces vers le centre, et le principe des mouvemens du centre vers les muscles et les vaisseaux.
Les gangliops ( Sect. III) , à raison de la quantité de sang qui s'y distribue, et à raison de leur texture particulière , modifient l'action nerveuse.
La masse nerveuse centrale remplit les parties les plus importantes de la fonction d'innervation; elle est l'instrument de l'intelligence.
Les actions de combinaison, intermédiaires aux sensations et aux volitions , sont aussi des fonctions de l'encéphale.
L'instinct, également intermédiaire à ces deux ordres de phénomènes, s'il est attaché à une partie nerveuse spéciale, a probablement son siège dans la partie supérieure de la moelle.
On s'est souvent occupé de déterminer par l'observation et par l'expérimentation , le siège organique de la sensation et de la volition.
M. Rolando regarde les hémisphères du cerveau comme le siège de ces deux actions , et le cervelet , comme l'organe qui envoie aux muscles le principe moteur sous la direction du cerveau.
Suivant M. Flourens, la moelle,, à l'endroit où elle
DU SYSTÈME NEKVEUX. 63g
est surmontée des tubercules quadrijumeaux , serait le point commun d'arrivée des sensations , et de départ de l'influence nerveuse des mouvemens musculaires. Le cervelet, suivant ce physiologiste, serait le balancier ou le çoordonnateur des mouvemens ; suivant lui l'ablation du cervelet rend l'animal incapable d'agir <l'une manière régulière et coordonnée pour la station et pour la locomotion.
M. Magendie, se fondant sur les expériences de Lorry, de Legallois, et sur les siennes propres, pense que la sensibilité est inhérente à la moelle épinière. Cet habile physiologiste est d'avis que la volonté ou la faculté de déterminer les mouvemens musculaires réside dans la partie la plus élevée de la moelle crânienne, jusque dans les tubercules optiques et les pédoncules du cerveau 5 que les tubercules optiques sont nécessaires aux mouvemens latéraux ; que les hémisphères cérébaux sont nécessaires pour la production du mouvement en avant, et le cervelet pour le mouvement contraire. La soustration de l'un ou de l'autre de ces organes supprime son action , et détermine l'action irrésistible de l'autre; la soustraction d'une couche optique détermine un mouvement de tournoiement.
MM. Foville et Pinel Grandchamps ont été conduits par des observations d'anatomie morbide, auxquelles ils ont joint des expériences sur les animaux , à établir le siège de la sensibilité dans le cervelet, et celui du mouvement volontaire dans la substance médullaire des hémisphères; la partie antérieure et le corps strié pour le membre abdominal, la couche
optique et la partie postérieure del'hémisphère pour le membre supérieur.
M. Dugès », par un rapprochement ingénieux de faits physiologiques et pathologiques, place également le siège de la sensibilité dans le cervelet , et celui du mouvement volontaire dans les hémisphères du cerveau, en admettant que la sensation est transmise directement au côté du cervelet correspondant à l'impression ; au contraire, comme on le sait depuis longtemps, la volition est transmise d'un côté du cerveau au côté opposé du corps.
Ces diverses opinions qui se contredisent en quelques points , reposent les unes et les autres sur des faits plus ou moins bien observés; de nouveaux faits sont nécessaires pour dissiper les incertitudes qui restent encore sur ce sujet.
La transmission du sentiment a lieu par la partie postérieure de la moelle épinière, et celle du mouvement par sa partie antérieure, il y a , comme on le le verra plus loin , des nerfs spéciaux pour chacune de ces fonctions.
La moelle , qui dans ces fonctions ne remplit que le rôle de conducteur, est le siège ou l'origine du principe de l'irritabilité. Si l'on divise à sa partie moyenne la moelle épinière d'un animal vivant, la partie postérieure du corps devient insensible et immobile. Si l'on irrite la peau de cette partie du corps , l'irritation non sentie détermine des mouvemens involontaires dans les muscles de cette partie. Si la moelle est enlevée et
1 Mémoire inédit.
par là les connexions centrales des nerfs détruites , on ne pourra plus déterminer de mouvemens en irritant la peau.
La circulation est sous l'influence de la moelle toute entière , et de tous les nerfs moteurs qui y tiennent; l'action particulière du cœur aussi, mais médiatement, et immédiatement sous l'influence du nerf sympathique. La respiration est sous la direction de la partie supérieure et latérale de la moelle ; la digestion sous l'influence combinée des nerfs vague et sympathique.
La sécrétion, l'absorption, la chaleur vitale et la nutrition, sous l'influence de toutes les parties du système nerveux.
§ 761. On ne sait rien sur la manière dont le système nerveux produit l'innervation. Ce fait échappant à l'observation, une foule d'hypothèses ont été proposées : ellés ont varié avec les doctrines dominantes à chaque époque.
On a essayé d'expliquer l'action nerveuse par des hypothèses mécaniques : soit en supposant que les fibres nerveuses pouvaient vibrer à la manière des cordes; soit en admettant seulement de pareilles vibrations dans leurs fibrilles élémentaires, ou dans des fibrilles spirales qu'on y supposait ; ou enfin par un ébranlement clans les globules élastiques dont on y avait deviné 1 existence.
On a fondé d'autres explications sur la supposition d'un fluide nerveux : soit grossier et visible, soit plus généralement un fluide incoercible 1 et dans cette dernière supposition, on l'a tantôt appelé éther,
tantôt phlogistique ou magnétique, lumineux, électrique; en dernier lieu galvanique, suivant les objets qui ont fixé à diverses époques l'attention des physiciens.
Reil a proposé à ce sujet une hypothèse qui consiste à faire dériver l'action nerveuse d'un procédé chimicovital. Il attribue en général l'action des parties organiques à leur forme et à leur composition. La forme et la composition des parties organiques étant changées, leur action l'est toujours ; et toutes les fois que l'action est changée, il y a des changemens observables dans les parties; de sorte qu'en règle générale, le changement d'action est la conséquence d'un changement de composition des parties : l'action nerveuse suppose donc un changement dans la substance nerveuse. Ce qui paraît surtout favorable à cette hypothèse de Reil, c'est l'abondance de sang artériel qui se distribue dans le système nerveux , et surtout dans la substance grise, dont le volume est toujours relatif à l'activité nerveuse ( § 759).
§ 762. On pourrait, indépendamment de toute hypothèse, considérer l'action nerveuse comme un fait général, et en observer les phénomènes et les conditions. Les phénomènes de l'innervation ne sont pas sensibles dans le nerf, comme ceux de la contraction musculaire dans le muscle : on n'y voit rien; cependant quelques faits semblent indiquer qu'il y a pour la sensation un mouvement quelconque dans la substance nerveuse en action. La sensation résultant de l'impression faite par la lumière sur l'œil n'est pas instantanée ; l'ébranlement ou la pression de l'œil dans
l'obscurité donne lieu à la sensation de lumière, etc. Beaucoup d'autres faits rassemblés par Darwin sembleraient indiquer qu'il y a dans la sensation un mouvement moléculaire de la substance nerveuse qui n'est pas instantané. D'un autre côté, beaucoup de faits semblent indiquer que le système nerveux est l'organe formateur et conducteur d'un agent impondérable analogue à l'agent électrique ou galvanique. Cet agent de l'innervation, dont l'existence a été prévue par Reil, reconnue par M. de Humboldt et par Aldini, admise et soutenue avec tant de talent par M. Cuvier , permet d'expliquer facilement tous les phénomènes de l'innervation , et notamment le rapport qui existe entre l'action nerveuse engourdissante des poissons électriques et les phénomènes galvaniques d'une part, et l'action nerveuse ordinaire de l'autre ; la possibilité de déterminer des phénomènes galvaniques avec des nerfs et des muscles seuls ; la possibilité de déterminer des contractions musculaires, l'action chimitiante de l'estomac, l'action respiratoire du poumon, etc., en remplaçant l'influence nerveuse par l'action galvanique; l'existence d'une atsmosphère nerveuse, agissant à distance autour des nerfs et des muscles, et à travers la solution de continuité des nerfs divisés; le plissement qui s'opère dans la fibre musculaire en contraction, et le rapport des dernières fibrilles nerveuses transverses avec ces plis, phénomène d'innervation qui se rapproche de certains phénomènes électro-magnétiques, etc.
Ces opinions ont paru si vraisemblables à M. Rolando, qu'il a cherché la source de l'agent nerveux de la
contraction dans le cervelet , qui, à raison de ses lames, lui a paru devoir agir à la manière d'une pile de Volta , et qu'il a admis dans la sensation un mouvement moléculaire de la pulpe.
Quoi qu'il en soit, la force nerveuse s'affaiblit et s'épuise par les opérations intellectuelles, par le travail des sens, des muscles et de l'encéphale, et plus encore par la douleur ; elle se répare par le repos, l'alimentation et le sommeil. Son énergie, en général et en particulier, est relative à la masse du système nerveux tout entier et de ses parties , et surtout à la masse de la substance grise, qui est la plus vasculaire; elle est relative aussi à l'étendue des surfaces Elle persiste quelque temps après la mort dans les nerfs et dans les muscles.
Cette force semble résulter de l'action d'un fluide subtil, formé par l'action organique de la substance nerveuse arrosée par le sang artériel. Il paraît que ce fluide est formé partout , mais surtout là où la substance nerveuse grise et vasculaire est amassée. Ce liquide subtil semble .parcourir l'intérieur et la surface des nerfs, leur former une athmosphère, et au delà de leurs extrémités pénétrer ou imprégner tous les organes et les humeurs elles-mêmes. Le sang particulièrement paraît être pénétré du même fluide, et lui devoir les propriétés essentielles qui le distinguent pendant la vie.
Cependant le sang artériel fournit au système nerveux la matière de son action ; aussi l'abord du sang artériel est une condition de cette action.
L'asphyxie, dont on a tant cherché la cause Qasas
l'interruption du passage du sang à travers le poumon ( Haller), dans l'arrivée du sang, resté veineux dans le ventricule gauche ( Godwin ) , dans la pénétration de ce sang dans la substance musculaire du cœur ( Bichat ) , résulte bien plutôt de la pénétration du sang brun dans la substance nerveuse ; de même la syncope dépend de l'interruption de l'innervation du cœur : la vie étant essentiellement liée à l'action réciproque du sang sur la substance nerveuse, et de la substance nerveuse sur le sang.
L'agent nerveux résulte-t-il directement et uniquement de l'action réciproque du sang et de la substance nerveuse? est-il puisé au dehors? peut-il passer d'un individu à un autre? résulte-t-il de l'opposition des substances blanche et grise ? de l'action de la fibre nerveuse sur la fibre musculaire ? L'action nerveuse serait alors comparable à une décharge électrique.
§ 763. L'action nerveuse est excitée ou mise en jeu par des stimulans externes ou internes.
§ 764. Les premiers momens de la formation et du développement 1 du système nerveux ne peuvent être saisis par l'observation. Ce système existe- t -il dès le commencement, et la génération ne résulte-t-elle que de la réunion du système cellulo-vasculaire fourni par la mère, et du système nerveux fourni par le mâle (Rolando)? le système nerveux commence-t-il par la formation du ganglion cardiaque , et se développe-t-il successivement par le nerf grand sympathique et le reste du système ( Ackermann)?
Ackermann , de Systematis ncn>ei prunordiis ; lleidelb., i8i3. — Tiedeman, op. cit.
Ce que l'observation a appris, c'est que les nerfs et les ganglions spinaux se forment avant la moelle, et celle-ci, avant l'encéphale, c'est-à-dire, avant le cervelet, les tubercules et le cerveau.
La moelle d'abord ouverte en arrière comme une gouttière, puis creuse comme un canal par le rapprochement de ses bords , devient à la fin solide. Elle occupe d'abord toute la longueur du canal vertébral. La substance blanche qui en forme l'extérieur se dépose la première; la substance grise, en se déposant ensuite à l'intérieur, en remplit. la cavité.
Le cervelet, les tubercules et le cerveau, qui ne constituent d'abord que des parties plus larges de la gouttière de la moelle, se renversent, se rencontrent, s'unissent sur la ligne médiane, en présentant dans les diverses phases de leur développement la plus exacte ressemblance avec les mêmes parties des poissons , des reptiles, des oiseaux et des mammifères, en remontant des rongeurs vers les quadrumanes ( § 739 ).
Dans le cerveau, comme dans le reste de l'encéphale et comme dans la moelle, l'accroissement en épaisseur se fait simultanément et à l'extérieur et à l'intérieur. C'est par-là qu'il faut expliquer, avec M. Desmoulins, l'existence d'une cavité que l'on trouve à l'âge fœtal dans l'épaisseur du centre ovale de "Vieussens, entre la couche intérieure et la couche extérieure de la voûte des ventricules latéraux.
Dans l'encéphale comme dans la moelle , la substance grise ne se forme qu'après la blanche, et même après seulement que les fibres de cette dernière se sont réunies par des commissures sur la ligne médiane.
Après la naissance, l'accroissement du système nerveux , si rapide jusque-là , se ralentit beaucoup : après l'oreille interne et l'œil, c'est la partie du corps qui croît alors le plus lentement.
Dans la vieillesse, le système nerveux éprouve une diminution sensible de volume, qui se manifeste dans l'encépbale par le rétrécissement du crâne 1 , et que l'on peut constater aussi en mesurant la moelle.
§ 763. Le système nerveux est sujet à beaucoup de vices de conformation 2. On connaît un cas d'aneurie ou privation totale du système nerveux : il a été observé dans un fœtus acéphale réduit à un petit tronçon informe. Il y a un assez grand nombre de cas d'absence de l'encéphale et de la tête. Il y a un grand nombre d'exemples de privation totale du centre nerveux , les nerfs et les ganglions spinaux existans. Il y a un bien plus grand nombre encore de cas d'absence de l'encéphale , la moelle existante, ainsi que tous les nerfs de la face et du col. La moelle peut être restée ouverte, creuse, ou étendue à tout le. canal. Dans certains cas le cervelet et les tubercules existent, ainsi que les pédoncules du cerveau et leurs renflemens optiques et striés,
1 Tenon , Recherches sur le crâne humain, Mem. de l'Inst . se. phys. et math, tome I.
a A. Béclard , Mémoire sur les fœtus acéphales ; Paris, i8i5. — Geoffroy Saint-Hilaire , Philos, anatom., vol. II. — Breschet, Dictionn. de Med.,art. Acéphale, et Anencéphale. — Ollivier, Essai sur l'Anatomie et les vices de conformation de la moelle épinière; Paris, i8a3 Laroche, Essai
d'Anat.-pathol. , sur les monstruosités de la face ; Paris, i8a3.
648 ANATOM112 GÉNÉRALE.
et les hémisphères manquent seuls. Dans quelques cas les hémisphères sont incomplets ; les lobes moyen ou postérieur sont dépourvus de sillons et de circonvolutions. Quelquefois le corps calleux manque seul Sj ou bien il reste une cavité dans l'épaisseur de l'hémisphère, ou dans la cloison, etc. Le cervelet peut présenter des défauts analogues , surtout dans le nombre de ses lames 2. Tous ces cas sont des imperfections ou des défauts de développement.
Il peut exister des défauts de symétrie , des défauts de proportion entre les diverses parties du système.
§ j66. La consistance du système nerveux est quelquefois changée. Le ramollissement 3 est une altération très - fréquente d'une partie de la masse nerveuse centrale. La substance nerveuse ramollie l'est quelquefois au point d'être presque liquide. Sa couleur est quelquefois d'un blanc de lait ; d'autres fois elle est jaunâtre, rosée, rouge, ou brune. Cette altération se rencontre dans les couches optiques, dans les corps striés, dans les hémisphères du cerveau, dans le cer-. velet, dans la moelle allongée, et même dans la moelle épinière. Elle donne lieu , suivant son siège , à divers dérangemens des sensations, des mouvemens volontaires et des autres fonctions du système nerveux. Elle est souvent le résultat d'une inflammation; dans quelques cas elle en paraît indépendante.
1 Reil , Archiv fur die physiologie , tora. XI. 1 Malacarne, Neuro encephalotomia ; Pavia, vj&Xé 3 Rostan, Recherches sur le ramollissement du cerveau ?.e édition; Paris, 1823.
L'endurcissement 1 du système nerveux a été observé par M. Esquirol et par M. S. Pinel , qui l'a fort bien décrit. Le tissu nerveux endurci présente une masse compacte, d'apparence inorganique ; il ressemble, par sa couleur, sa consistance et sa densité, à du blanc d'œuf fortement durci par la coction ; on n'y aperçoit pas de vaisseaux sanguins; il paraît resserré sur lui-même. L'endurcissement paraît affecter particulièrement la substance blanche. On l'a observé dans des corps d'idiots, dans le cerveau, dans le cervelet et dans la moelle , où il rend très - manifeste la disposition fibreuse de la substance nerveuse blanche.
§ 767. Le système nerveux est sujet à beaucoup d'affections 2, dont les principales sont, dans la masse centrale , la congestion sanguine avec ou sans épanchement ; l'inflammation et ses divers degrés ; les divers produits des affections chroniques, comme les abcès enkystés , les productions de tubercules, de squirrhes, de cancers, des tumeurs fibreuses, osseuses, des hydatides, des corps étrangers. Les membranes qui enveloppent la masse nerveuse centrale sont également le siège fréquent de congestions brusques avec exhalation sanguine ou séreuse , d'inflammation aiguë à différens degrés, d'inflammation chronique ; on y observe l'hydrocéphale aiguë , l'hydrocéphale, chronique. Les affections de la substance nerveuse et celles de ses membranes peuvent se compliquer.
« Pincl fils, Recherches sur l'endurcissement du système nerveux; Paris, 1822.
* Lallcmant, Recherches Anal.-palh, sur l'encéphale et ses dépendances.
65o ANATOMIE GENERALE.
Les affections de la moelle sont plus rares dans l'homme que celles de l'encéphale; le contraire a lieu dans les animaux.
Ces diverses altérations, suivant qu'elles sont aiguës ou chroniques , suivant qu'elles agissent en irritant , endétruisant, ou en comprimant, et suivant leur siège, déterminent divers dérangemens plus ou moins graves dans les fonctions du système nerveux.
§ 768. Le tissu nerveux ne se produit point accidentellement : le rapprochement établi entre ce tissu et la production encéphaloïde, par M. Maunoir, repose sur des analogies insuffisantes.
Le tissu nerveux blessé se cicatrise quand la blessure est de nature à laisser survivre l'individu.
Les blessures de l'encéphale et de la moelle, quand elles ne sont pas mortelles, se réunissent comme celles des autres parties. Les .blessures de l'encéphale avec perte de substance de ses enveloppes se guérissent par la formation d'une cicatrice extérieure. Ce fait a été observé par M. Duméril sur des salamandres, et par beaucoup de chirurgiens dans l'espèce humaine. Les plaies avec perte de substance du cerveau, le crâne restant entier, se guérissent par la formation d'une substance nouvelle, molle , comme muqueuse, qui ne ressemble pas tout-à-fait à celle de l'organe, et par l'élargissement du ventricule cérébral correspondant. Les déchirures de l'encéphale produites par l'épanchement sanguin présentent, quand l'individu survit, des phénomènes remarquables. Le sang est bientôt entouré par une couche de lymphe organisable; cette couche devient vasculaire et s'unit à la substance ner-
DU SYSTÈME NEKVEUX. 65 1
veuse; le sang est successivement résorbé, soit d'abord les parties fibrineuse et cruorique , et alors il reste de la sérosité r; soit d'abord la sérosité, et il reste alors un coagulum fibrineux 2 auquel le kyste s'unit : à la longue, la totalité du sang étant résorbée, le kyste, resserré peu à peu. sur lui-même, contracte des adhérences, et devient une cicatrice jaunâtre qui disparaît peut-être à la longue.
Les cicatrices et les autres altérations des nerfs seront examinées plus loin.
§ 769. Le système nerveux , qui joue un si grand rôle dans l'exercice régulier des fonctions, en remplit un aussi important dans la production des maladies 3: c'est lui qui reçoit et qui propage l'impression des causes morbifiques , qui détermine les mouvemens irréguliers des muscles , du cœur, des artères, qui produit les symphathies morbides; et comme son action s'étend jusque sur le tissu cellulaire qui fait la base des organes, jusque sur le sang qui les pénètre et les arrose, on conçoit qu'il n'est étranger à aucune action morbide, et qu'il est le principal agent d'un grand nombre d'entre elles.
Les maladies dites générales, essentielles, ou dynamiques, n'ont pas de siège plus probable que les systèmes nerveux et vasculaires , centres des fonctions
' Riobé , Observations propres à résoudre cette question : l'apoplexie, etc., est-elle susceptible de guérison? Paris ; 1814.
1 Rochoux , Recherches sur l'apoplexie ; Paris , 1814. 3 Georget, Ouvrage cité. — Lobstein, Discours sur la prééminence du système nerveux; Strasbourg, 1821.
animales et végétatives, que le sang et l'agent nerveux ,qui les parcourent, et qui sont clans une dépendance mutuelle, intime et nécessaire.
C'est dans le rapport régulier de ces deux grands appareils et de leurs fonctions, que consistent la vie et la santé,- c'est du dérangement de leur harmonie , que résultent la maladie et la mort.
SECONDE SECTION
§ 770. Les nerfs r, nervi, sont des cordons blancs formés de filamens médullaires, tenant par une extrémité au centre nerveux, et par l'autre auxtégumens, aux sens , aux muscles et aux vaisseaux.
§ 771. Les anatomistes de l'école d'Italie ont. connu assez exactement toutes les paires de nerfs que l'on connaît aujourd'hui, mais ils ne les ont pas classées , dénombrées ou nommées comme on le fait maintenant.
Willis leur a donné des noms de nombre et des noms propres , sous lesquels ils ont été en général connus depuis lui ; savoir :
i° Les nerfs olfactifs;
20 Les nerfs optiques ou visuels;
3° Les nerfs moteurs des yeux;
4° Les nerfs pathétiques des yeux ;
5° La cinquième paire;
1 J. C. Reil , Exercitationes anatomicœ de structura ncrvorum ; Halœ , 1797, loi.
DES NERFS. OJJ
6° La sixième paire ;
70 La septième paire , composée d'une partie dure et d'une partie molle ou auditive ;
8° La huitième, ou la paire vague, avec son nerf spinal ou accessoire ;
q° La neuvième paire, ou les nerfs moteurs de la langue;
io°La dixième paire, ou le sous-occipital; Les nerfs de la moelle spinale ; Et le nerf intercostal ou sympathique.
M. Sœmmering a modifié la division de Willis. Il établit quarante-trois paires de nerfs , dont douze paires de nerfs du cerveau : en divisant la septième paire de Willis en septième ou faciale, et en huitième ou auditive; sa huitième, en neuvième ou glosso-pharyngienne, en dixième ou vague, et en onzième ou accessoire, la douzième est l'hypoglosse; et en rejetant le sous-occipital parmi les nerfs spinaux, qui sont alors au nombre de trente paires, le nerf grand sympathique forme la quarante-troisième paire. Ces modifications ont été généralement adoptées.
Bichat a distingué les nerfs encéphaliques ou crâniens, en ceux du cerveau, en ceux delà protubérance et en ceux de la moelle allongée. Cette division n'est pas fondée sur des observations exactes.
Les nerfs peuvent être exactement distingués, i° en • nerfs à double racine, l'une tenant à la colonne antérieure et l'autre à la colonne postérieure de la moelle : ce sont les nerfs spinaux , le sous-occipital et le trijumeau ou la cinquième paire des nerfs crâniens. Ces nerfs servent tout à la fois à la sensibilité et à la myo-
654 ANA.TOMIE GÉNÉRA. LE.
tilité. a° En nerfs à une seule racine : ce sont la premièi-e paire, la seconde,' la huitième, ouïes nerfs olfactifs, visuels, auditifs; et ïa troisième, la quatrième, la sixième, ou les nerfs moteurs de l'œil ; et la douzième, ou les nerfs moteurs delà langue. Ces nerfs servent exclusivement , les uns à la sensibilité et les autres à la myotilité. 3° En nerfs respiratoires , vocaux et expressifs ; ils tiennent au faisceau latéral de la partie supérieure : de la moelle : ce sont, suivant M. Ch. Bell 1 , à qui l'on en doit une connaissance exacte, le nerf vague, qui est le centre de ce système, le nerf facial, le glosso-pharyngien, le spinal ou accessoire, le diaphragmatique et le thoracique externe. 4° En nerfs circulatoires : ils tiennent à tous les nerfs spinaux; ce sont les nerfs grands sympathiques. Ces derniers et le nerf vague appartiennent en outre au tégument intérieur, aux glandes et aux muscles intérieurs en général. Le nerf sympathique sera décrit à part dans la section suivante.
§ 772. La forme des nerfs, est en général , cylindrique. Leurs rameaux sont, "comme dans les vaisseaux, plus gros dans leur ensemble que les troncs qui les fournissent : les nerfs vont par conséquent en grossissant depuis leur origine jusqu'à leur terminaison ; ils sont aussi légèrement renflés à l'origine. Leur surface présente des rides ou stries transversales, qui dépendent de l'allongement qu'ils éprouvent dans les divers mouvemens : ces rides se voient très-bien à la loupe, surtout dans les nerfs des membres.
1 Phil. trans. , ann. 182'Jt , part. 1 el ?..
Il y a trois choses à considérer dans les nerfs : i° leur origine; 2° leur trajet; 3° leur terminaison.
§ 773. Il ne faut pas entendre par origine des nerfs, un point d'où ils naîtraient et sur lequel ils végéteraient , pour ainsi dire : cette origine n'est que l'extrémité centrale du nerf, ou celle par laquelle il tient au centre nerveux. Elle se fait, pour tous les nerfs , à la moelle épinière et à la moelle allongée ; aucun ne naît des lobes du cerveau ni du cervelet. L'olfactif ne fait pas même exception à cette règle; ce nerf tient à un prolongement de la moelle, qui, dans les animaux, constitue le bulbe olfactif. On trouve quelquefois des fœtus privés de cerveau, et chez lesquels pourtant les olfactifs existent avec la moelle et les pédoncules du cerveau, comme j'ai eu occasion de l'observer tout récemment. Bichat, tout en disant que tous les nerfs viennent de la moelle, fait, pour l'optique et l'olfactif, une exception qui n'est point réelle.
L'origine des nerfs est souvent située plus profondément qu'elle ne le paraît au premier abord; de sorte que le point d'où ils se détachent n'est souvent pas leur véritable origine : la cinquième paire , par exemple , ne vient pas du pont de Varole , d'où elle semble se détacher , car ce pont n'existe pas chez les animaux ovipares, où l'origine de ce nerf a pourtant lieu au même endroit que dans les mammifères. Il ne faut pas cependant, chercher à poursuivre l'origine des nerfs au delà de la portée des sens , et les supposer partir du cerveau ou du cervelet, comme on l'a fait pour étayer des explications hypothétiques.
On s'est demandé si les nerfs s'entre-croisent à leur
^K)6 A NATO MIE GENERAI, F,.
origine ; et l'on n'a pas hésité à affirmer qu'il en est ainsi, pour expliquer des phénomènes pathologiques, dans lesquels la cause et l'effet, siégeant tous deux dans le système nerveux, présentaient une sorte d'entre - croisement. Voici ce que l'inspection apprend à ce sujet. Il n'y a pas d'entre-croisement sensible dans les nerfs de la moelle épinière. Il en est de même pour ceux qui viennent de cette moelle prolongée dans le crâne, si ce n'est peut-être les nerfs optiques, dans lesquels ils paraît exister au moins un entre- croisement partiel. Les auteurs ne sont, en effet, pas d'accord sur le mode d'union de ces nerfs. Leur entre-croisement, admis par les uns, nié par les autres, est évident dans les poissons; mais dans l'homme, quoique dans la plupart des cas l'atrophie de l'un de ces nerfs se continue du côté opposé , des observateurs dignes de foi assurent l'avoir vue se continuer du même côté. La dissection ne montre pas non plus que feutre-croisement ait lieu pour toutes les fibres; de sorte que l'opinion de ceux qui pensent qu'il n'est que partiel est la plus vraisemblable. Mais à part cette exception , l'entre-croisement des nerfs n'est rien moins que démontré. On peut en dire autant de celui des deux côtés du cerveau et du cervelet , que l'on a admis. Les pyramides antérieures seules présentent cette disposition , qui explique comment, dans leslésionsdu cerveau, les symptômes se manifestent du côté opposé de la moelle : aussi, quand celle-ci est divisée au-dessous de l'endroit où se fait l'entre-croisement, des pyramides, les symptômes, apparaissent-ils du même côté.
Une autre question qui a été agitée par les anato -
mistes, est de savoir si les nerfs se réunissent sur la li°ne médiane par des eommissures analogues à celles que l'on trouve entre les côtés correspondans du cerveau et du cervelet. Cette réunion n'est évidente que dans les nerfs pathétiques. Les nerfs auditifs sont aussi quelquefois réunis, à leur origine, par des stries blanches, qui tapissent le fond du quatrième ventricule; mais ces stries sont loin d'être constantes, et manquent généralement dans le jeune âge.
Les nerfs naissent presque tous profondément de la substance grise, et non de la blanche, qui recouvre celle-ci, et sous laquelle ils ne font que s'enfoncer. Dans la moelle, les nerfs arrachés laissent un enfoncement qui montre qu'ils ne s'arrêtaient pas à la surface ; et lorsque la moelle est endurcie, on peut suivre les racines des nerfs et les voir traverser les fibres lon°itudinales de cet organe , pour s'implanter sur la substance grise. Dans le crâne, cette disposition est également évidente pour la plupart des nerfs. Les auditifs seuls ont leur origine à la surface de la moelle allongée; mais il existe également de la Substance grise au lieu d'où ils naissent : seulement cette substance est superficiellement placée ; elle forme le ruban gris.
Les nerfs de la moelle de l'épine naissent par deux racines, une antérieure et une postérieure, comme il a déjà été dit. Le volume respectif de ces deux racines , sur lequel on a beaucoup varié , et que M. Gall a dit être à l'avantage de la racine postérieure , n'est réellement ainsi que pour les nerfs brachiaux; le contraire a heu pour les nerfs cruraux. Ces racines se réunissent dans le trou de conjugaison, où la postérieure présente
6"!) 8 A NATO M 1E GENlîllALE,
un renflement ou ganglion , auquel l'antérieure est simplement accolée. Celle-ci ne concourt point à former ce ganglion, comme on le trouve dans la plupart des traités d'ana tonne, quoique cette particularité ait été indiquée depuis long- temps par îlaase , Monro et Scarpa , auquel même on en a attribué la découverte : seulement M. Gall fait remarquer avec raison , qu'au col les racines antérieures des nerfs spinaux sont molles, pulpeuses et rougeâtres; ce qui a pu en imposer aux anatomistes qui ont examiné cette région. Dans le crâne, les nerfs ne présentent point de racines aussi distinctes. A l'endroit où les nerfs se détachent de la moelle allongée, le névrilème les abandonne, ou s'amollit et se confond avec la pie-mère, et la substance médullaire seule se continue avec celle de l'encéphale. Les filets intérieurs du nerf sont plutôt abandonnés par le névrilème que les filets extérieurs : il en résulte que, quand on arrache le nerf, il se déchire plus loin en dehors qu'en dedans, et il reste une saillie que l'on a comparée à tort à une apophyse sur laquelle le nerf serait implanté.
§ 774. Dans leur trajet, les nerfs se divisent en conservantà peu près le même volume dans l'intervalle de leurs divisions. Celles-ci ne consistent qu'en une séparation des filets qui les composent , et ne ressemblent point à celles des vaisseaux. Les divisions des nerfs sont en général accompagnées par celles des vaisseaux , quoique elles ne leur correspondent pas toujours exactement. Les nerfs communiquent entre eux de trois manières : i° par les anastomoses ; 2° par les plexus ; 3° par les ganglions.
DES NERFS. Ô'So,
% On entend par anastomose la réunion de deux nerfs entre eux. Cette réunion a été ainsi nommée par les anciens , parce qu'ils regardaient les nerfs comme des vaisseaux dans lesquels circulait le fluide nerveux, et qu'ils les comparaient , sous ce rapport , aux artères. Cette expression , que l'on a critiquée , est assez convenable; car il n'y a pas simplement application des filets nerveux dans les anastomoses , mais véritablement communication de ces filets, abouchement de leur canal, qui, à la vérité, contient une substance qui y séjourne, et non un fluide circulant, comme on le croyait autrefois. Les anastomoses ont lieu tantôt entre les branches du même nerf, tantôt entre des nerfs différens , rarement entre les nerfs d'un côté et ceux du côté opposé.
C'est surtout dans les anses nerveuses que l'abouchement des filets est le plus évident : la plus remarquable de ces anses est celle qui résulte de la réunion du nerf vague du côté droit et du plexus solaire, et que Wrisberg a décrite sous le nom d'ansa communicans rnemorabilis.
Les plexus ne sont autre chose que des anastomoses multipliées. Scarpa 1 en a donné une très-bonne description ; mais il les a à tort assimilés aux ganglions. La manière dont les quatre dernières paires cervicales s'unissent entre elles et avec la première dorsale, pour former le plexus brachial, en fournit un exemple remarquable. Les plexus cervical, lombaire, sciatique, etc., en sont encore des exemples. Ces plexus
A.nat. annot. de gangliis et plexubus.
GGo ANATOMIE GÉNÉRALE.
sont tellement disposés que les nerfs qui en sortent tirent à la fois leur origine de la plupart, ou au moins , d'un certain nombre des nerfs qui les constituent.
Bichat admet qu'il y a dans les plexus autre chose qu'un simple mélange intime des nerfs. Monro dit qu'ils contiennent de la substance grise , et peuvent être considérée comme une nouvelle origine des nerfs qui en sortent; mais cela n'est nullement démontré.
Les ganglions consistent en des renflemens qui contiennent, outre les filets nerveux, une substance qui leur est étrangère ; les filets nerveux , mélangés , y sont beaucoup plus subtils; ils présentent, par conséquent, une plus grande complication que les deux autres modes de communication. Ils seront examinés après les nerfs, dont ils diffèrent par plusieurs caractères.
§ 776. La terminaison des nerfs a lieu après qu'ils ont traversé des anastomoses, des plexus ou des ganglions, ou bien directement, et sans qu'ils aient été interrompus depuis leur origine. Le mode de terminaison des nerfs est assez obscur. On les voit seulement se dépouiller de névrilème vers leur dernière extrémité, et devenir, par-là, très-mous; de sorte qu'il est alors très-difficile de les suivre. Ils se renflent en général, à mesure qu'ils approchent de leur terminaison; ils s'aplatissent, puis on les perd, lorsqu'ils paraissent encore devoir se continuer au delà. Ii existe deux hypothèses sur la dernière terminaison des nerfs , l'une n'est peut être pas plus fondée que l'autre. Dans l'une de ces hypothèses , les nerfs se fondent pour ainsi dire dans les organes , s'identifient avec leur subs-
DES NERFS. 66l
tance, qui en est imbibée , si l'on peut s'exprimer ainsi. Dans l'autre, qui appartient à Reil, le nerf, ne pouvant être répandu dans tout l'organe à la fois, est entouré d'une atmosphère nerveuse dans laquelle il étend son action , à peu près comme cela se voit dans les phénomènes électriques. Ce qui a conduit à ces hypothèses , c'est cette remarque, que les nerfs se répandent dans des parties dont l'étendue est beaucoup plus grande que la leur , même après qu'ils se sont divisés aussi loin que l'œil armé du microscope peut les suivre, comme on le voit dans les muscles , la peau , les sens , et que pourtant chaque point de ces parties, si peu étendu qu'il soit, présente, quand on le pique, les mêmes phénomènes que si on piquait le nerf lui-même.
§ 777. Les différentes parties ne reçoivent pas un nombre égal de nerfs. Les organes des sens sont ceux qui en contiennent le plus : l'œil, l'oreille, présentent des épanouissemens membraneux entièrement formés de substance nerveuse. La peau, particulièrement aux mains, aux lèvres; les membranes muqueuses, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur; le gland, les différentes parties de la vulve, placés au point de jonction de ces membranes avec la peau, reçoivent le plus de nerfs après les quatres principaux organes des sens. Viennent ensuite les muscles extérieurs , puis les intérieurs , les vaisseaux sanguins , parmi lesquels les artères en reçoivent,pins, que les veines, et que les vaisseaux lymphatiques, où leur existence n'est pas bien certaine. L'existence des nerfs est douteuse dans les autres parties, ou dans celles qui ont pour base la fibre cellulaire, si on en excepte les vaisseaux , comme le tissu
2 ANATOMIF. GÉNÉRALE.
cellulaire, les membranes séreuses et synoviales, les cartilages, les os, etc. : ces parties, en effet, ne paraissent pas recevoir de nerfs. Enfin les parties cornées et épidémiques en sont certainement dépourvues. Il serait possible , au contraire , qu'il y en eût dans les tissus précédens, et que leur mollesse ou leur ténuité extrême les dérobassent aux yeux. Ce qui pourrait porter à y en admettre, c'est la sensibilité que ces tissus présentent dans les maladies. Il est vrai que l'hypothèse suivant laquelle les nerfs agiraient au moyen d'un fluide impondérable, susceptible d'étendre son influence au delà de leur terminaison apparente, peut expliquer, jusqu'à un certain point , ce phénomène. Suivant cette hypo thèse, 1 action nerveuse serait transmise au delà des nerfs et à travers la substance organique, comme la nutrition a lieu au delà des terminaisons artérielles, par une sorte d'imbibition.
-Il est digne de remarque que, dans quelques circonstances où il existe paralysie du sentiment et non du mouvement, les inflammations qui se développent ne sont point accompagnées de douleurs; ce qui porterait à penser que les mêmes cordons sont le siège du sentiment général et du sentiment douloureux , particulier à l'inflammation, et que ce ne sont pas seulement les nerfs des vaisseaux sanguins qui font éprouver ce dernier.
§ 778. Les parties dans lesquelles les extrémités périphériques des nerfs se terminent de la manière la plus évidente, sont donc les membranes tégumentaires et les sens qui en font partie, les muscles et les artères.
Les sens 1 sont des organes plus ou moins compliqués , au moyen desquels on aperçoit les corps extérieurs ; ils ont une structure calculée de manière à pouvoir recevoir une impression déterminée; ils sont liés au centre nerveux par des nerfs très-développés : «es organes sont ceux du tact ou du toucher, du goût , de l'odorat , de l'ouïe et de la vue-
Les muscles sont liés au centre nerveux par des nerfs nombreux et très-ramifiés § 662. Les artères reçoivent un très-grand nombre de nerfs ; mais ils ne se comportent pas tous de la même manière : i° les uns ne font que les accompagner et les entourer , comme le lierre entoure les arbres, sans pénétrer dans leur tissu , si ce n'est peut-être après les avoir accompagnés à une distance plus ou moins grande : tels sont ceux qui accompagnent les artères vertébrales, carotides internes et faciales ; 20 les autres, accolés à la membrane externe de l'artère, pénètrent, avec celle-ci dans les organes, devenus mous et pulpeux : après être beaucoup ramifiés ils disparaissent, et semblent se fondre dans la membrane externe ; 3° enfin , nonobstant la dénégation de Behrends , on voit des ramuscules nerveux traverser la membrane externe des artères , et se terminer dans leur membrane moyenne. Les nerfs des artères appartiennent , soit aux nerfs sympathiques , soit aux nerfs spinaux et trijumeaux.
§779. Les nerfs ont été examinés dans leur structure par divers anatomistes. Délia Torrey a trouvé les fibres
1 fojcs Blainvillc, Principes d'Analomie comparée, tom.I; Pam , 1822.
C64 ANATOMIK GliNERALK.
et les globules communs à tous le système nerveux ; Prohaska et Reil ont encore mieux fait connaître depuis leur disposition intérieure. D'après leurs recherches, les nerfs sont composés de cordons, et ceux-ci de filamens ou de filets très-fins, dont la ténuité est égale à celle des fils du ver à soie , et qui , dans le nerf optique seulement, sont du volume d'un gros cheveu, Ces filamens , qui sont de la même nature que les fibres ou filets médullaires du cerveau et de la moelle épinière, n'en diffèrent qu'en ce qu'ils sont plus distincts, plus séparés les uns des autres; parce qu'une enveloppe ou membrane propre les entoure : cette enveloppe est appelée névrilème, neurhymen, ce qui signifie membrane des nerfs; Galien s'est déjà servi de cette expression , dont Reil à fait le premier une application précise. Le névrilème forme une enveloppe générale aux nerfs, et fournit des enveloppes partielles aux cordons nerveux, ainsi qu'aux filamens qui les composent : il est très-résistant. Lorsqu'on le vide , il représente un assemblage de petits canaux. Ces canaux s'unissent entre eux, s'abouchent de distance en distance. Il n'est donc pas exact de dire que les nerfs sont composés de filets qui se distinguent dans toute leur longueur; les communications de ces filets entre eux font qu'ils ne sont plus les mêmes : examinés à la partie supérieure et à la partie inférieure du nerf, les cordons nerveux ne sont pas non plus simplement accolés, mais ils s'envoient des filamens réciproques. C'est la même disposition que dans les plexus , où il y a une communication intime entre tous les nerfs , au moyen des cordons et des filamens qu'ils s'envoient.
Ce que les plexus présentent en grand, on le voit en petit dans chaque nerf; et les cordons eux-mêmes ne sont que des plexus de filets nerveux. Vers l'origine ou l'extrémité centrale des nerfs , le névrilème se continue avec la pie-mère, mais seulement dans sa portion qui constitue l'enveloppe générale du nerf : les gaines intérieures des filets nerveux s'amollissent et se perdent insensiblement , de manière que ceux-ci sont à nu dans le centre du nerf. On voit également les nerfs se dépouiller de leur névrilème à leur terminaison, partout où on peut les suivre assez loin. Les canaux névrilématiques ne présentent pas à l'intérieur une surface lisse et polie , comme l'est la surface interne des vaisseaux; ils envoient une foule de prolongent ens qui traversent la moelle du nerf et la soutiennent : celle-ci n'est point libre et mobile dans le nerf; ce qu'elle doit en partie à sa consistance, mais ce qui est dû aussi en partie à cette disposition. Il existe du tissu cellulaire autour de la gaîne générale et entre les gaines partielles du nerf, comme on l'observe pour les faisceaux musculaires et pour les fibres qui les composent. Dans les névralgies , ce tissu est quelquefois le siège d'un œdème ou d'une infiltration qui le rend , dans certains cas, compact et serré; d'autres fois d'une congestion sanguine ou d'une rougeur trèsgrande, comme Cotugno et d'autres l'ont observé: ce qui porte à croire que ces affections douloureuses dépendent de son inflammation. De la graisse peut aussi s'accumuler dans ce tissu. Les fibres médullaires renfermées dans les canaux du névrilème sont de la même nature que celles du cerveau et de la moelle.
66"6 ANATOMIB GÉNÉRALE.
§ 780. Les vaisseaux sanguins des nerfs pénètrent entre les cordons qui les composent, et se divisent, pour la plupart, en deux rameaux , l'un direct, l'autre rétrograde. Leur nombre est considérable : tout le névrilème en est couvert, dans les injections heureuses ; on les voit , à la loupe, se répandre jusque sur le névrilème des filets nerveux. Celui-ci est formé de tissu cellulaire fibreux et de vaisseaux sanguins. On ne connaît pas les vaisseaux lymphatiques des nerfs.
§ 781. La structure des nerfs n'est pas exactement la même dans tous. Dans la plupart des recherches qui ont été faites à ce sujet, c'est le nerf optique que l'on a choisi de préférence, parce que les filets nerveux y sont plus gros, et qu'il est facile d'y rem plir les canaux névrilématiques. Or,rce nerf diffère des autres, en ce que ses canalicules sont séparés par des cloisons communes , qui se détachent de l'intérieur de la gaîne générale. La structure des nerfs a pourtant aussi été observée dans d'autres nerfs : c'est surtout dans ceux des muscles , où les filets sont plus distincts que dans les nerfs des sens et de la peau , que ces observations ont été faites.
§ 782. Reil, à qui l'on doit presque 1;out ce que l'on sait sur la structure des nerfs , a très-bien indiqué les moyens à l'aide desquels on peut observer cette structure. En lavant un nerf avec de l'eau et de l'acide nitrique, on finit, au bout d'un certain temps, par détruire entièrement le névrilème, et il reste les filets médullaires, qu'on peut voir s'cntre-croiser, s'adosser, à peu près comme le font les nerfs optiques dans leur commissure. D'un autre côté, en plongeant le nerf
DES NERFS. 66j
dans la lessive des savonniers , que l'on peut regarder comme une dissolution alcaline de sous-carbonate de* soude, on détruit la substance médullaire , et on obtient les gaines névrilématiques. Pour les empêcher de s'affaisser, on y souffle de l'air ; ce qui est très-facile en poussant ce fluide dans l'une d'entre elles, puisqu'elles communiquent toutes ensemble; le nerf est ensuite lié à ses deux bouts : desséché dans cet état, il présente, quand on le coupe , une foule de petits canaux abouchés les uns dans les autres , ce qui lui ' donne l'aspect intérieur d'un roseau. Ces observations, qui, depuis Reil, ont été répétées bien des fois, démontrent les deux différentes substances dont le nerf se compose.
Les observations de M. Home , sur le nerf optique, ont montré que les filamens médullaires dont il est composé vont en augmentant de nombre et en diminuant de volume de l'origine à la terminaison.
§ 783. Les nerfs n'ont que peu ou point d'élasticité; ils n'offrent aucun mouvement sensible , soit d'oscillation , soit de vibration, lorsqu'on les irrite sur l'animal vivant. L'irritation d'un nerf produit des douleurs atroces, et détermine des contractions convulsives dans les muscles.
§ 784. Les nerfs ont pour fonctions d'être conducteurs du sentiment et du mouvement. Ils transmettent avec une vitesse incalculable , du centre nerveux aux muscles, les volitions, et conduisent au centre les sensations produites par l'impression des agens extérieurs. Leur section, leur ligature, interrompent ces fonctions, et rendent insensibles et immobiles les parties
668 ANATOM1E GÉNÉRA. LE.
placées au-dessous. L'irritation faite au-dessus de l'interruption détermine des sensations de douleur semblables à celles qu'aurait produites l'irritation de l'extrémité du nerf,- l'irritation exercée au-dessous de l'interruption produit des contractions, comme celles qui résulteraient de l'irritation de l'origine du nerf.
§ 785. On a cherché, depuis Hérophile et Galien, s'il n'y avait pas des nerfs particuliers pour le sentiment et d'autres pour le mçuvement. On a bientôt reconnu qu'il y avait effectivement des nerfs sensoriaux, comme la première , la seconde paire , et l'auditif ; des nerfs moteurs, comme la troisième , la quatrième, la sixième, l'hypoglosse, etc. ; et des nerfs mixtes, comme tous les nerfs spinaux , qui en effet, se distribuent à la peau et aux muscles du tronc et des membres ; et comme les nerfs sous-occipital et trijumeaux. Mais les paralysies et les anesthésies, que l'on observe tantôt réunies , et tantôt séparées dans les parties du corps où se distribuent les nerfs à double racine, conduisaient à supposer que ces nerfs étaient composés de filets sensoriaux et de filets moteurs distincts. Les expériences de M. Ch. Bell , celles de M. Magendie , et les miennes propres, ont clairement démontré que la racine postérieure des nerfs spinaux est sensoriale, et la racine antérieure motrice.
§ 786. Les nerfs ne sont pas bornés tout-à-fait aux fonctions de conducteurs : ils ont une activité propre , qui se manifeste quand ils sont séparés du centre nerveux; mais cette activité est beaucoup augmentée par celle de la moelle, comme celle de la moelle par l'influence de l'encéphale; de sorte que le retranchement
de l'encéphale diminue beaucoup l'activité de la moelle, que celle de la moelle restreint beaucoup celle des nerfs, et que plus le nerf est retranché près d'un muscle, et plus l'influence nerveuse sur sa contraction en est diminuée.
§ 787. Les nerfs ont-ils une force de formation ou de régénération telle , que , coupés en travers, leur réunion ait la texture et remplisse les fonctions nerveuses ? telle même que , divisés avec perte de substance , ils se reproduisent? Ces questions ont occupé beaucoup de physiologistes, et notamment Fontana , Monro, Michaelis, Arnemann, Cruikshank, Haighton , Meyer, etc. La plupart de ces expérimentateurs ont résolu affirmativement les questions relatives à la reproduction nerveuse. Arnemann seul, se fondant comme les autres sur une série d'expériences, a adopté une opinion contraire.
J'ai fait avec un de mes élèves 1 un grand nombre d'expériences pour résoudre ces questions. Il résulte de nos observations, i° que la division d'un nerf produite par une ligature est constamment suivie de la réunion exacte des deux bouts du nerf et du prompt rétatablissement de ses fonctions. ,
20 Que la section incomplète ou la piqûre , que l'on a accusé de donner lieu, chez l'homme , à des accidens si graves, ne produit pas ces accidens dans les animaux, et que la réunion et le rétablissement des fonctions ont lieu très-promptement.
' L. J. Descot, Dissertation iuaug. sur les affections locales des nerfs; Paris, 1822.
67O ANATOMIB GÉNÉRALE.
3° Que la section complète d'un nerf dans une partie peu mobile, comme par exemple le long de l'un des deux os de l'avant-bras du chien , au cou, dans le même animal, le long de l'un des os de l'avant-bras chez l'homme , etc. , est ordinairement suivie assez promptement d'une réunion exacte et du rétablissement complet des fonctions.
4° Que dans les parties très - mobiles , comme au voisinage d'une articulation, lorsqu'un nerf est divisé, il s'établit, outre l'écartement primitif qui est constant, un écartement accidentel et variable suivant les mouvemens de la partie. Dans ce cas, la réunion se l'ait beaucoup attendre; elle est imparfaite si même elle a lieu : le rétablissement des fonctions est imparfait aussi, ou même tout-à-fait nul. C'est à cela qu'il faut rapporter les résultats de quelques-unes des expériences de Meyer, et la paralysie permanente que l'on dit résulter de la section du nerf radial à la partie inférieure du bras.
5° Enfin , que quand il y a déperdition considérable de substance d'un nerf, soit par une excision, soit dans une plaie contuse avec destruction, il reste un grand écartement entre les deux bouts du nerf, et que jamais les fonctions ne se rétablissent, quel que soit le nerf affecté ; ce qui suffit pour prouver que les anastomoses n'y sont pour rien , quand le rétablissement des fonctions a lieu.
On peut donc conclure de tout ce qui précède , que les nerfs coupés entravers se réunissent; et que quand la réunion n'a pas lieu, cela dépend uniquement de l'écartement considérable des bouts , déterminé , soit
pur les mouvemens de la partie, soit par une perte de substance.
§ 788. Lorsqu'un nerf a été divisé, il s'établit dans les premiers jours, autour des bouts, à leur surface et dans leur intervalle, un suintement de matière organisable; le tissu cellulaire environnant est pénétré de la même matière et a perdu sa perméabilité. Dans cet état, les bouts du nerf sont simplement agglutinés entre eux et aux. parties voisines ; les fonctions sont encore suspendues comme elles l'étaient immédiatement après la section; les deux bouts du nerf, qui sont gonflés, et surtout le supérieur, le tissu cellulaire environnant, et la matière organisable, prennent plus de consistance , et deviennent très-vasculaires. Dans cet état, qui dure quelque temps, les deux bouts du nerf sont réunis par une substance organisée vasculaire; mais il n'y a pas encore de communication de l'action nerveuse entre les deux bouts. Avec le temps, le tissu cellulaire environnant cesse d'être compacte et vasculaire; la substance intermédiaire, plus ou moins longue, suivant le genre de blessure et les circonstances concomitantes, diminue peu à peu de volume, de consistance et de rougeur , prend l'apparence et la texture du nerf (texture constatée par l'application faite par Meyer de l'acide nitrique à la cicatrice nerveuse) , à partir des extrémités vers le milieu de leur intervalle, et finit par en remplir les fonctions, d'autant plus exactement et d'autant plus vite , que Técartement était nul entre les bouts , comme dans le cas de ligature, ou peu considérable , comme dans le cas de section simple , ou d'une très-courte excision dans une partie peu
u*72 ANAT0MIE GÉNÉRALE.
mobile. Au contraire , quand l'écartement est considérable , la réunion est nulle , ou bien elle n'a lieu que par du tissu cellulaire qui n'acquiert pas, à une certaine distance de l'extrémité , la structure et les propriétés nerveuses. Le temps nécessaire pour le rétablissement complet de la structure et des fonctions n'est pas exactement connu; il a été certainement exagéré par ceux qui ont avancé qu'il devait être de plusieurs années : on peut le porter à six semaines ou deux mois environ.
§ 789. La section des nerfs pneumo-gastrique et trisplanchnique réunis, comme ils le sont dans le chien, produit constamment la mort, quand elle est pratiquée des deux côtés à la fois. C'est sur ces nerfs que l'on peut surtout étudier simultanément la réparation du tissu et le rétablissement des fonctions, d'après les expériences de Cruikshank, d'Haighton , et celles qui nous sont propres.
Voici ce que nous avons vu arriver dans cette section, répétée à divers intervalles.
Ayant coupé le même jour les deux nerfs pneumogastriques à deux chiens différens, l'un est mort trente heures après l'opération ; l'autre , plus de soixante-six heures après cette double section. Un autre animal , après un intervalle de neuf jours entre les deux sections, es.t mort dans la nuit du quatrième au cinquième jour. Chez un quatrième, la seconde section ayant été faite au bout des vingt et un jours, la mort n'est survenue que le vingt-cinquième après cette seconde section. Enfin, sur un dernier animal, la seconde section a été pratiquée trente deux jours après
la première, et l'animal a survécu un mois entier. A cette époque, c'est-à-dire deux mois après la première section, nous avons trouvé le premier nerf divisé complètement réuni. Ce chien a succombé à un empyème qui s'est développé dans la cavité gauche de la poitrine. Enfin Haighton a coupé le second nerf pneumo-gastrique six semaines après le premier, et l'animal a survécu dix -neuf mois, après lequel temps il fut tué, On a prétendu que l'action nerveuse, de même que l'action galvanique, pouvait s'établir à travers une substance autre que le tissu nerveux , comme un liquide ou du tissu cellulaire humecté ; on a prétendu aussi que l'action nerveuse pourrait s'exercer à distance, et franchir l'intervalle qui existerait entre les bouts du nerf ; on a prétendu enfin que le rétablissement des fonctions pouvait avoir lieu par des branches anastomotiques. Si c'était par l'une ou l'autre des deux premières causes que l'action nerveuse fût continuée , cette action ne devrait pas être un seul instant suspendue, et les animaux ne mourraient dans aucune des expériences citées ci-dessus. Quant au rétablissement des fonctions nerveuses au moyen des anastomoses, il est contredit par un grand nombre de cas, dans lesquels lè nerf ayant été, sur certains sujets, coupé , et, sur d'autres, excisé ou détruit par la cautérisation , les fonctions se sont rétablies dans le premier cas, et point dans le second. Le rétablissement par les anastomoses est surtout démenti par une expérience qui consiste à recouper le même jour, dans l'endroit de la réunion , les nerfs pneumo-gastriques cicatrisés après la section *■ 43
pratiquée antérieurement sur ces deux nerfs, à un intervalle convenable. L'animal, qui avait survécu jusqu'à ce moment, meurt dans l'espace d'un à deux jours.
Ce n'est donc , ni par l'interposition d'une substance simplement humide entre les deux bouts du nerf divisé, ni par l'action à distance du système nerveux, ni enfin par les anastomoses, que s'opère le rétablissement des fonctions nerveuses, mais bien par une véritable cicatrice nerveuse. L'on voit, en effet, les fonctions , d'abord tout-à-fait détruites , se rétablir graduellement, et suivre, dans leur rétablissement, tous les progrès de la réunion organique. On ne peut nier cependant que l'action nerveuse ne se propage à un certain degré d'une partie à l'autre d'un nerf simplement divisé : cela est prouvé par des expériences de M. Wilson Philip, répétées en France
§ y go. Les nerfs sontsujets à d'autres altérations que celles qui résultent de leurs lésions physiques : telles sont l'inflammation ou neuritis, les tumeurs ou névrômes. Les unes consistent en un tubercule sous-cutané graniforme ou pisiforme, dur et très-douloureuxles autres en un tissu squirrheux plus ou moins volumineux. Les névralgies et les insensibilités locales, les paralysies et les convulsions partielles , sont les résultats ordinaires des affections locales des nerfs ; en outre , ces affections locales se propagent quelquefois au centre nerveux, et donnent ainsi lieu à des névroses générales.
' Vavasseur, de l'Influence du système nerveux sur lu digestîdn stomacale ; Paris , ioa3'.
TROISIÈME SECTION
§ 791. Les ganglions nerveux sont dés corps ronds 7 °br0nds' £omé* de ^ nerveux médullaires et dune substance propre , placés sur le trajet des nerfs et surtout des nerfs des fonctions végétatives
§ 79*. Le nom de ganglion, y«yy„ay, a été , . par H,ppocrate, pour désigner les tumeurs des gaines des tendons. Galien la le premier appliqu, aux Rosîtes des nerfs, par comparaison avec les ganglions -orbides. L Riolan fils et Vieussens se sontLvtl "°m ' f aUtres — P^yé celui de plexus gan! fut" ^ * ^néralement L
MM.Gall,Reil,Wa,ther,deElainville,elc ont étendu le sens du mot ganglion , et l'ont ^ £ substance grise oui pxizt» ^ v » ■ FP1J(ïue a la
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676 ANATOMIE GENEBALE.
§ 793. Les ganglions ont été particulièrement étudiés et décrits par Meckel / , Jonstone 2 , Haase 3 , Scarpa 4 , Bichat 5 , Weber 6 et surtout Wutzer 7. On peut rapporter à deux opinions principales , diversement modifiées , celles que les anatomistes et les physiologistes se sont faites sur la texture et la fonction des ganglions : les uns, les regardant simplement comme des plexus serrés , ne regardent les nerfs qui en partent que comme des divisions éloigné-ss des nerfs spinaux et crâniens; les autres, considérant les ganglions comme des centres nerveux spéciaux, considèrent les nerfs qui en émanent comme indépendans du système cérébral. On verra que ces deux opinions opposées doivent être combinées et se modifier mutuellement.
§ 794. Les animaux inférieurs , c'est-à-dire les rayonnés, les mollusques et les articulés, ont des renflemens nerveux qu'on a voulu assimiler aux ganglions des vertébrés. Mais dans les animaux invertébrés , les mêmes nerfs appartiennent à tous les genres d'organes et de fonctions tandis que dans les vertébrés les nerfs grands sympathiques ( et, jusqu'à certain degré, les nerfs pneumo-gastriques ) appartiennent spécialement
1 Histoire de l'Acad. de Berlin, ann. 1749 et 1753.
2 Essais on the use qf the Ganglions, etc. , 17.71. — Médical Essais, etc., I7y5. -
3 De Gangliis nervorum; Lipsiœ, 1762.
4 De nervorum Gangliis etplexubus; Mutinœ ,' 17 79-
5 Anatomie générale.
6 De Systemate nerveo organ.; Lipsiœ , 1817.
7 De corporis humani Gangliorum fabrica , atque usit ; Eerolini, 18x7.
aux organes des fonctions végétatives. M. Wéber à comparé les ganglions spinaux des vertébrés aux ganglions des animaux inférieurs.
Dans les animaux vertébrés , les seuls qui aient de vrais ganglions nerveux comparables à ceux de l'homme, on voit ces ganglions augmenter, surtout ceux du nerf sympathique , et le nerf pneumogastrique diminuer à mesure que l'encéphale se développe; de sorte que ce sont les poissons qui ont le plus petit nerf sympathique et le plus grand pneumo-gastrique , et vice versa pour les mammifères : comme si. les fonctions végétatives devaient être plus soustraites à l'influence de l'encéphale, à mesure que cet organe est moins soumis à l'instinct.
§ 795. Les ganglions ont été divisés en plusieurs sortes par ceux qui les ont décrits avec le plus d'exactitude. Scarpa les cliviee en simples ou spinaux, et en composés. M. Wéber les divise en ganglions de ren* forcement : ce sont ceux des nerfs spinaux et quelques uns de ceux des nerfs crâniens ; et en ganglions d'origine : ce sont ceux du nerf sympathique, auxquels il rattache l'orbitaire et le maxillaire. M. Ribes1 divise les ganglions en trois séries : il range dans la première les rachidiens ou spinaux; dans la seconde, ceux qui se trouvent dans le trajet du trisplanchnique ; et tous ceux qui sont situés plus en dedans, dans la troisième. M. Wutzer les classe èn ganglions du système cérébral , du système spinal et du système végétatif ou sympa-
1 Expose sommaire de quelques recherches anat. , phys. cl pathol., dans les Mém. delaSoc.méd. d'émulation. , vol.VTII.
thique. Je les divise en deux sortes : i° les ganglions des nerfs encéphalo - rachidiens , les uns, les plus nombreux et les plus réguliers, appartenant aux nerfs à double racine , quelques autres placés dans le trajet des nerfs à une seule racine; 2° les ganglions des deux nerfs sympathiques, les uns formant une double série longitudinale, et quelques autres rapprochés de la ligne médiane.
§ 796. Le nombre des ganglions est très - grand comme on le verra. Ils sont tous situés au tronc ; c'est sans raison que Lancisi en a indiqué dans les membres. Leur volume varie depuis celui d'une olive jusqu'à celui d'un grain de millet; leur forme est ronde, olivaire, lenticulaire, etc.
§ 797. Les ganglions sont composés de deux substances intérieures : la première médullaire, blanche; la seconde pulpeuse, d'un gris rougeàtre. La substance médullaire est rassemblée en cordons et en fils , comme dans les nerfs sensitifs et moteurs. Ces filamens médullaires intérieurs sont visiblement la continuation des nerfs tenant au ganglion. Le ganglion cœliaque est le seul où cette continuation soit peu manifeste. Ces filamens se reconnaissent encore à leur couleur et à leur forme. L'action des alcalis et des acides sur eux, les fait reconnaître , au milieu même des ganglions , pour des filamens médullaires nerveux.
Ces filets, en pénétrant dans les ganglions, se dépouillent de leur névrilème, qui s'unit intimement à la membrane extérieure du ganglion. Ces filets ont leur surface moins exactement déterminée que dans les nerfs; leur surface paraît plus lâche,, comme fondue
ou intimement unie avec lu substance adjacente. Ces filets médullaires ont d'ailleurs une assez grande ténacité.
§ 798. La seconde substance des ganglions établit nonseulement la différence entre les nerfs et les ganglions , mais encore entre les ganglions et les plexus. Cette substance a été beaucoup négligée par les anatomistes , qui , considérant les ganglions comme des plexus plus serrés, ne l'ont regardée que comme destinée à séparer ou à réunir les filets nerveux (Scarpa), ou à remplir les fonctions de tissu cellulaire (Haase). La matière qui entoure les filets médullaires des ganglions est un tissu cellulaire particulier, dont les interstices sont remplis d'une pulpe mucilagineuse ou gélatineuse , d'une couleur rougeâtre cendrée, jaunâtre dans quelques ganglions. Cette couleur , comme celle des autres organes, ne dépend pas uniquement de la quantité de sang qu'ils reçoivent.
Cette substance secondaire n'est pas également abondante , et n'est pas tout-à-fait unie à la substance médullaire de la même manière dans tous les ganglions.
§ 799- Scarpa dit que cette matière pulpeuse est de la graisse dans les cadavres très^gras. M. Meckel paraît être du même avis. Bicbat pense, au contraire, que les ganglions ne se transforment jamais en graisse. Les observations de M. Wutzer, et les miennes propres, sont tout-à-fait d'accord avec celles de Bichat. Dans les sujets très-gras, il s'accumule , sous la membrane des ganglions, de la graisse qui, quand elle est en grande quantité, entoure non-seulement le ganglion,,
68o ANATOM1E GÉNÉRAIS.
mais le comprime et en diminue le volume ; cependant il n'est jamais lui-même changé en graisse.
§ 800. Les ganglions sont enveloppés d'une membrane cellulaire ou fibreuse , différente dans les divers genres de ganglions.
§ 801. Les vaisseaux sanguins des ganglions sont très - nombreux. Les artères proviennent des troncs voisins : elles se ramifient d'abord dans la membrane, où elles forment un réseau ; des rameaux déliés pénètrent dans le tissu filamenteux et pulpeux du ganglion ; quelquefois des rameaux artériels pénètrent dans le ganglion avec des filamens nerveux , et les accompagnent. Les veines offrent une distribution semblable. On ne sait rien touchant les vaisseaux lymphatiques de ces organes.
§ 802. Les filets médullaires ne présentent point d'interruption dans les ganglions ; ils établissent une continuité ou une liaison non interrompue entre les cordons nerveux, dans le trajet desquels les ganglions sont placés. Ces filets médullaires contractent des connexions dans l'intérieur du ganglion , et les parcourent en diverses directions, de manière à réunir entre eux tous les cordons qui en dépendent. De là résulte la figure irréffulière et la complication intérieure des ganglions sympathiques latéraux et médians, qui sont placés au milieu de beaucoup de cordons nerveux, et la forme ovoïde régulière, ainsi que la direction simplement longitudinale des filets des ganglions spinaux.
§ 8o3. Bichat avait déjà tenté sur les ganglions quelques essais chimiques, qui lui avaient appris. qu il n y
â rien de commun entre leur substance et celle du cerveau. Quelques anatomlstes cependant, ayant continué de confondre avec les ganglions, les renllemens de la masse nerveuse centrale , composés de substance blanche et de substance grise, M. Wutzer a entrepris une série d'expériences chimiques comparatives sur les ganglions et sur des mélanges de substance blanche et grise du cerveau et du cervelet. Il résulte de ces expériences qu'il y a une différence réelle entre ces deux objets; que les ganglions diffèrent des nerfs par une plus grande proportion de gélatine, et plus encore de l'encéphale par l'excès de gélatine, par une plus grande quantité d'albumine, et par une moindre proportion de graisse. M. Lassaigne1 a fait l'analyse chimique des ganglions gutturaux du cheval, et les a trouvés composés, i° de fihrine, pour la plus grande partie; 20 d'albumine concrète en petite quantité; 3° d'albumine soluble; 4° de traces de matière grasse ; 5° de phosphate et de carbonate de chaux. M. Lobstein a observé que, quoiqu'ils résistent plus que les nerfs à la putréfaction , ils se convertissent promptement en gras , par l'immersion clans l'eau.
§ 804. Les ganglions de la première sorte sont ceux que l'on trouve sur le trajet et à peu de distance de l'origine des nerfs de la moelle épinière. Il y en a, de chaque côté , trente , que l'on nomme spinaux, un sur le nerf trijumeau, qu'on appelle ganglion de Gasser, un ou deux sur le nerf'vague, et un sur le glosso-pharyngien. Les ganglions spinaux, aperçus d'abord par
' Lassaigne , dans le Journal de physiologie , vol. ï.
°°2 ANATOM1E GÉNÉRALE.
Voleher-Coïter , au nombre de trente de chaque côté, ont la forme ovoïde ou olivaire. Ils appartiennent à la racine postérieure seulement des nerfs spinaux ; l'antérieure n'est unie au ganglion que par du tissu cellulaire lâche. Haase a le premier fait cette observation, confirmée depuis par Prochaskaet Scarpa.Les anatomistes qui les ont précédés croyaient que les deux racines du nerf concouraient à la formation du ganglion.
La membrane des ganglions spinaux, fournie par la dure-mère, paraît plus ferme, plus dense et plus solide que celle des autres ganglions. Le ganglion lui-même en est si étroitement enveloppé, qu'il paraît très-dur. La substance pulpeuse enveloppe les filets médullaires plus lâchement que dans les autres, et en est plus distincte et plus aisément séparable.
Les fascicules médullaires entrés par l'extrémité postérieure ou interne du ganglion, se divisent en trois, quatre ou cinq filamens blancs. Ils s'écartent d'abord les uns des autres, puis se rapprochent vers l'autre extrémité. Ces filets se. réunissent entre eux en se mêlant ; de sorte que chaque cordon sortant est formé de filets qui proviennent probablement de plusieurs cordons entrans. Cependant le nombre , la ténuité et la confusion des filets ne sont pas très-grands. Les ganglions spinaux ont une texture simple comparativement aux autres.
Les fascicules nerveux rassemblés à leur sortie du ganglion se réunissent intimement, après un trajet dà peine deux lignes, avec ceux de la racine antérieure, pour former le tronc commun des nerfs spinaux; tronc qui n'a lui-même qu'une longueur d'une ou deux lignes
avant de se diviser en rameau antérieur et en rameau postérieur. ',
Le tronc commun de chaque nerf spinal, à peu de distance du ganglion, fournit un rameau simple, souventdouble, rarement triple , qui se porte vers le ganglion voisin du tronc nerveux sympathique, et s'y joint de manière à établir la liaison la plus intime entre les nerfs de la moelle, la moelle elle-même, et le nerf grand sympathique. Les anatomistes, et surtout les physiologistes; ont beaucoup discuté sur la question de savoir si le rameau de communication vient de l'une ou de l'autre racine. J'ai vu, comme Sçarpa et comme M. Wutzer, que le rameau simple ou double vient du tronc commun inextricable, et que, quand on peut le poursuivre, on trouve qu'il vient de l'une et de l'autre racine. Ce rameau communiquant, semblable, à son origine, aux nerfs spinaux, arrivé à environ une ligne des ganglions du nerf sympathique, rougit et prend successivement les caractères de ce nerf.
Le ganglion de la cinquième paire de nerfs , ou le ganglion de Gasser, appartient évidemment à la série des ganglions spinaux, dont il ne diffère que par la forme. Les fascicules nerveux blancs qui passent audessous , sans en faire partie, que Paletta proposait déconsidérer comme des nerfs particuliers, ressemblent tout-à-fait à la racine antérieure des nerfs spinaux.
Les ganglions du nerf vague et du nerf glosso-pharyngien ressemblent encore, pour la forme et pour la ' texture, aux ganglions spinaux.
Le tronc même du nerf vague a une texture tout-àfait particulière et différente des autres nerfs, sans
f>84 ANATOMIE GENERALE.
résulter cependant d'une série linéaire de ganglions, comme le disait Reil. Il ressemble beaucoup au tronc du nerf sympathique.
§ 684. La seconde sorte de ganglions comprend la série des trois ganglions cervicaux, des douze thoraciques, des cinq lombaires et des quatre sacrés, appartenant de chaque côté au tronc du nerf sympathique. Les ganglions ophthalmique, sphéno-palatin , et maxillaire, sont encore de la même sorte. Il faut y joindre le ganglion cardiaque, souvent remplacé par un plexus, les ganglions sémilunairé*s ou cœliaques, et beaucoup d'autres, placés dans le plexus solaire et dans ses divisions 5 le petit ganglion coccygien, qui se trouve quelquefois à la réunion des deux nerfs sympathiques, visà-vis le sommet du sacrum ; et le petit ganglion palatin, qui existe quelquefois dans le conduitpalatin antérieur ; enfin l'on y joint aussi quelques ganglions variables, que l'on trouve quelquefois sur les parois des artères, où ils remplacent des plexus, comme le ganglion de l'artère communiquante antérieure, celui du sinus cavernenx, celui de l'artère temporale profonde, etc.
Tous ces ganglions ont en général une figure irrégulière et variable; ils ont en général des connexions avec plusieurs troncs ou plusieurs rameaux nerveux. La direction des filets médullaires qui les traversent est très-compliquée, et rarement ces filets les traversent simplement d'un côté à l'autre. La substance pulpeuse de ces ganglions est si fortement unie aux filets médullaires, qu'il est très-difficile de les en séparer. Cette substance d'ailleurs paraît différer de celle des autres ganglions : elle est plus dure, plus serrée, plus
tenace. Cela est surtout remarquable dans les ganglions cœliaques et dans ceux de leurs plexus. La membrane des o-an liions de cette série est cellulaire et ferme, mais n'a point la solidité fibreuse de celle des ganglions spinaux.
§ 806. Les cordons et les rameaux nerveux , les nerfs, en un mot, qui réunissent ces ganglions, diffèrent notablement de ceux qui tiennent immédiatement à la moelle. Au lieu de diminuer, comme ceux-ci, à mesure qu'en s'éloigant de leur origine ou de leur extrémité centrale ils fournissent des divisions successives, on les voir, indifféremment diminuer ou augmenter, ou ne pas changer de volume en s'éloignant des ganglions. Les nerfs ganglionnaires ont une moindre force de cohésion ou plus de fragilité que les autres. L'enveloppe extérieure des ganglions se continue sur les nerfs jusqu'à une certaine distance; au-delà du point où cette continuation cesse d'être apparente , le névrilème paraît plus mince et plus intimement uni à la substance médullaire que dans- les autres nerfs. Leur substance interne résulte, comme celle des ganglions, defilamens médullaires et de substance pulpeuse, grise, rougeâtre, qu'on peut à peine en séparer ; les filets, ou les rameaux réunis pour former un cordon , sont eux-mêmes à peine séparables; les nerfs ganglionnaires, enfin, semblent formés par les mêmes substances que les ganglions , ceux-ci étant seulement allongés en cordons. Cependant les nerfs des ganglions ne sont pas tous absolument semblables : ceux qui unissent les ganglions spinaux à ceux du nerf sympathique, et les nerfs splanchniques, qui vont des ganglions thoraciques du sympathique aux
ganglions cœliaques, semblent intermédiaires, par leur couleur blanche, leur forme cylindrique, leur composition fibrillaire, leur fermeté et leur ténacité, entre les nerfs de la moelle et les nerfs gris rougeâtres, aplatis, irréguliers, pulpeux, mous et fragiles du nerf sympathique. Scarpa prétend que les nerfs sympathiques peuvent être analysés par l'anatomie, et réduits en filets comme les autres. Je crois que cela est impossible, surtout dans les nerfs qui forment les plexus mésentériques ou intestinaux.
§ 807. Le nerf sympathique *j intercostal ou trisplanchnique, est un cordon nerveux et ganglionnaire, étendu depuis la tête jusqu'au bassin , tenant, par des rameaux anastomotiques ou des racines , à tous les nerfs spinaux et au trijumeau, et fournissant de nombreux rameaux aux organes des cavités splanchniques du tronc.
L'extrémité céphalique de ce nerf pénètre dans le crâne par le canal carotidien et le sinus caverneux, où il forme un plexus et souvent un ganglion sur l'artère carotide; il envoie de là des filets anastomotiques au nerf de la sixième paire, et comnmnique avec le filet inférieur du vidien; il envoie des plexus secondaires sur les branches de l'artère carotide interne, et peut
1 Walter, Tabulée nervorum thoracis et abdominis ; Berol. 1 783. — H. A. Wrisberg , de Nervis arterias venasque comitantibus. — De Nervis pharyngeis. — De Ganglio plexuque semilunari. — De Nervis viscerum abdominalium, etc., in Comment.; Gotting. — Chaussier, Table synoptique du nerf trisplanchnique. — Lobstein, De Nervi sympathetici humain fabrica, usu et morbis ; Paris 1823. 4°, citm tabulis.
DES i GANGLIONS ET DU NERF SYMPATHIQUE. 687
être poursuivi jusqu'à un petit ganglion impair placé sur l'artère communiquante antérieure du cerveau.
Il consiste ensuite en trois, ganglions cervicaux, douze thoraciques, cinq lombaires et quatre sacrés, et en leurs cordons>de communication placés de chaque côté de la face antérieure de la colonne vertébrale.
Dans toute la longueur dunerf, chaque ganglion présente des filets anastomotiques externes, ou des racines et des filets internes ou des rameaux.
Sous ce rapport, on peut comparer le nerf sympathique à une tige souterraine ou à un rhizome articulé, qui, à chaque nœud, présente d'un côté des racines, et de l'autre des rameaux, lesquels, les uns comme les autres, s'en écartent à angle droit ou au moins trèsgrand.
Les rameaux du grand sympathique se rendent aux organes situés à la face, au col, dans la poitrine, dans l'abdomen proprement dit, et dans le bassin.
L'extrémité pelvienne du nerf sympathique consiste en un petit ganglion ou en une anse, dans lesquels les deux nerfs se réunissent, et qui fournissent quelques filamens déliés aux environs de l'anus.
Les rameaux internes des nerfs sympathiques se portent, les uns directement sur des artères et leur formentdes plexus, les autres, en bien plus grand nombre,, gagnent la ligne médiane, et forment là , en se réunissent à ceux du côté opposé, des ganglions ou des plexus médians (le cardiaque et le cœliaque), qui communiquent avec des rameaux du nerf pneumo - gastrique , qui fournissent desplexus et des ganglions secondaires, et se terminent au cœur, à l'aorte, au canal digestif,
b'88 ANATOMIE GÉNÉRALE.
aux organes urinaires et génitaux, mais surtout aux artères de ces organes.
§ 808. Des interruptions rares, et peut-être mal observées, dans le tronc du nerf sympathique, ont porté quelques anatomistes à regarder l'existence de ce tronc comme une circonstance de peu d'importance. Il y a de l'exagération dans cette opinion. Cependant ses racines sont bien sûrement dans les nerfs spinaux, et non dans le nerf vidien et dans la sixième paire.
Les rameaux du nerf sympathique ne diffèrent pas seulement de ceux des autres nerfs, mais ils diffèrent encore beaucoup les uns des autres : chaque ganglion et surtout chaque plexus de rameaux ont leur caractère propre ou spécial.
Le nerf sympathique a été considéré, par Sœmmering surtout, comme le nerf des artères : à la vérité les artères en reçoivent beaucoup de rameaux; mais le tissu musculaire du cœur , celui du canal disestif , la membrane muqueuse de ce canal et des voies urinaires et génitales, les ligamens, les os même de la colonne vertébrale, en reçoivent des filets. Il est remarquable que les veines, les vaisseaux et les glandes lymphatiques en soient dépourvus, ainsi que les membranes séreuses. On en trouve au contraire dans les muscles longs du col, dans les intercostaux, dans le diaphragme.
§ 809. Les ganglions spinaux sont, avec leurs nerfs, les premières parties visibles du système nerveux.
Les ganglions et le tronc nerveux du trisplanchnique sont apparens dans le fœtus dès le troisième mois. Les ganglions cœliaques et les nerfs splanchniques qui
en sont comme les racines, se développent un peu» moins promptement que les ganglions cervicaux et les nerfs cardiaques. Dans la vieillesse, les ganglions et leurs nerfs sont plus pâles et plus secs que dans lage adulte.
On trouve les ganglions et les cordons des nerfs sympathiques dans les fœtus privés de cerveau, et dans ceux qui sont privés de cerveau et de moelle.
§810. Les animaux1 vertébrés sont les seuls qui aient un système nerveux particulier pour les organes des fonctions végétatives.
Dans les poissons, le nerf sympathique consiste en un filet très-fin, avec peu ou point de ganglions.
Dans les reptiles, il est plus distinct : il réunit entre eux les nerfs in ter-vertébraux , et pénètre dans le crâne, uni au nerf vague.
Dans les oiseaux, il pénètre dans le crâne avec le nerf vague et le glosso- pharyngien ; il communique avec la cinquième et la sixième paire ; il présente au col une interruption apparente, tenant à ce qu'il est là contenu dans le canal vertébral : il est très-distinct et ganglionnaire dans la poitrine , et se prolonge jusqu'aux vertèbres caudales.
Dans les mammifères, le nerf sympathique ne diffère pas beaucoup de celui de l'homme.
§811. MM. Meckel et Wéber ont fait remarquer que le nerf sympathique est d'autant plu s petit, relativemen t au corps, que l'animal est plus éloigné de l'homme. Une seconde observation générale , est que le nerf
1 Wéber, Anatomia compar. nervi sympath. ; Lips. , 181 7.
6gO ANATOMIE GENERALE.
sympathique et le nerf vague sont en rapport inverse de développement; de sorte qu'ils sesuppléent mutuellement dans la vie végétative , à laquelle ils appartiennent L'un et l'autre. Il faut aussi remarquer *que le nerf sympathique est développé dans tous les animaux en proportion de leur appareil circulatoire, auquel il appartient en grande partie.
§ 812. Le système nerveux ganglionnaire, qui existe dans tous les animaux, qui, dans les vertébrés, forme encore un système à part en connexion avec le centre nerveux dont il précède le développement; qui conserve d'une part l'état de dissémination que présente le système nerveux des invertébrés , et qui forme aussi quelques centres principaux, comme le plexus cardiaque, et surtout les ganglions, et le plexus cœliaque ou solaire, qu'on a appelé cerveau abdominal ou épigastrique , doit avoir une grande importance dans l'organisme. Mais , avant d'exposer les fonctions du nerf sympathique , il faut examiner celles des ganglions.
§ 8x3. Willis a eu sur les ganglions et sur le nerf sympathique une idée assez conforme à celle que l'on en a aujourd'hui : il considérai! les ganglions comme des diverticules des esprits, et le nerf sympathique comme placé entre les conceptions cérébrales et les affections précordiales , entre les actions et les passions, de manière à établir un consensus entre les parties.
Vieussens considère aussi le nerf intercostal comme un intermédiaire sympathique entre le cerveau et les viscères des deux autres cavités; il place dans les gan-
DES GANGLIONS ET DU NERF SYMPATHIQUE. 6g I
glions, qu'il appelle plexus, un centre d'action musculaire et fermentatif. Lancisi regardait aussi les ganglions comme des centres d'impulsion qu'il comparait au cœur.
Winslow, qui aie premier employé le nom de nerf sympathique, regardait les ganglions comme des centres d'origine, de véritables petits cerveaux.
Meckel attribua pour usage aux ganglions , i° de diviser le9 rameaux nerveux en ramuscules, et ceux-ci en filamens ; 2° de faire parvenir des rameaux par diverses directions à des lieux éloignés; 3° de réunir plusieurs rameaux en un seul cordon.
Zinn soutint la même opinion , en ajoutant que les rameaux réunis de différens points dans un ganglion , sont plus intimement mêlés que dans les plexus.
Johnstone regarda les ganglions comme des cerveaux capables de développer et de communiquer la force nerveuse, comme l'origine des nerfs involontaires, et comme propres à rompre l'influence de la volonté sur les organes à mouvemens involontaires , tels que le cœur.
Haase, qui a rapproché les ganglions des plexus, a combattu l'opinion de Johnstone par ces deux argumens : que des muscles volontaires reçoivent des nerfs des glanglions spinaux , et que des organes involontaires , comme l'estomac, en reçoivent du nerf vague.
Scarpa adopte une opinion semblable à celle dé Meckel et de Zinn : suivant lui, les ganglions ont pour usage de séparer, de mêler et de réunir de nouveau les filets nerveux; suivant lui, les nerfs des viscères émaneraient directement des nerfs spinaux et des
t'O ANATOMIE GÉNÉRALE.
cinquième et sixième paires, et seraient seulement rassemblés dans les ganglions.
Toutes ces opinions, comme on le voit, peuvent être rapportées à deux. Les uns, comme Meckel, Zinn, Haase, Scarpa , et, plus récemment, Legallois, n'ont vu dans les ganglions qu'un arrangement particulier, une disposition anatomique des filets nerveux : les autres, comme Winslow , Johnstone , Lecat, Petit, Metzger , etc. , ont regardé les ganglions comme des points d'origine, et surtout comme des centres d'action nerveuse. Personne n'a défendu cette dernière idée avec plus de chaleur et de talent que Bichat. Reil, M. Autenrieth , M. Wutzer, M. Broussais, et beaucoup d'autres , ont ajouté de nouveaux argumens à ceux de notre célèbre compatriote, dont ils ont à peu près embrassé l'opinion.
§ 8i4. Bichat regarde le système nerveux organique comme résultant essentiellement de centres nombreux ou de ganglions réunis entre eux par des filets, et le tronc nerveux sympathique lui-même comme une série de ganglions et de filets anastomotiques. Bichat a peut-être accordé aux ganglions une importance exagérée; mais certainement il n'a pas accordé à leur ensemble, à leur réunion, toute l'importance qu'elle mérite.
Suivant Reil , le nerf sympathique constitue un système propre, qu'il appelle système ganglionnaire; il l appelle aussi système nerveux végétatif. Dans les animaux vertébrés, il est uni au système cérébral ou animal, mais il n'en émane pas. Ce système, au lieu d'avoir un centre unique où les racines soient im-
plantées, a plusieurs foyers d'action : i° il consiste en des plexus ou réseaux placés autour des artères ; on en compte environ douze : parmi eux, un principal, Tépigastrique, muni de ganglions, et formant des plexus secondaires, est une sorte de centre ou de 'cerveau. 20 Ces plexus sont liés au système cérébro-spinal par des rameaux et des plexus conducteurs : les deux troncs réunis en bas, devant le coccix, et en haut par les cinquième et sixième paires et par le cerveau, constituent une périphérie elliptique qui embrasse tout le système des ganglions et des plexus, et dans laquelle pénètrent plusieurs nerfs cérébraux, notamment la huitième paire. 3° Les rameaux ou plexus conducteurs transmettraient des sensations et des volitions, s'ils étaient des conducteurs parfaits ; mais on peut les considérer comme des semi-conducteurs, et les ganglions comme dés corps isolans.
11 résulte de là deux systèmes nerveux et deux sphères d'activité nerveuse: i° la sphère animale, où les impressions sont senties, où les volitions déterminent les mouvemens ; 20 là sphère végétative, où l'activité nerveuse est départie lentement , continuellement, obscurément. Dans ce système les impressions, sans être propagées au centre animal, déterminent des mouvemens.Dans l'état malade, cependant, les cordons et les plexus communiquans deviennent conducteurs, les ganglions cessent d'être isolans, les impressions sont senties, et les mouvemens sont influencés par le centre animal.
Suivant Reil encore, dans le sommeil magnétique, la séparation des deux systèmes nerveux disparaîtrait,
et le centre nerveux épigastrique, centre de la sphère végétative, deviendrait un sens distinct.
M. Autenrieth considère le nerf sympathique comme naissant du cerveau et de la moelle, mais en devenant de plus en plus indépendant à mesure qu'il en est séparé par des plexus et des ganglions, la substance rougeâtre, grisâtre, des nerfs sympathiques, conduisant plus difficilement que la blanche les impressions et les irritations.
M. Wéber a rassemblé beaucoup d'argumens anatomiques et physiologiques, pour démontrer que le nerf sympathique constitue un système particulier, qui, indépendant du cerveau, a son centre en luimême.
M. Wutzer a observé, comme Bichat et d'autres encore, que l'irritation mécanique du nerf sympathique ne produit aucun effet appréciable ; tandis qu'un irritant plus fort, comme l'agent galvanique, détermine des douleurs et des convulsions.
M. Broussais considère aussi le nerf inter-costal comme un système propre, un centre sensitif particulier, qui transmet des impressions au sensorium animal , et , par suite, des déterminations sur les muscles volontaires. Dans le fœtus, il agit seul, il dirige les organes sécréteurs et nutritifs, il excite l'énergie du cœur, il étend son action jusque sur le centre animal, et détermine les mouvemens automatiques. Dans les fœtus anencéphales et amyèles, il excite les mouvemens musculaires par son action sur les nerfs spinaux. Après la naissance, il agit sur le centre nerveux, en y transmettant les sensations internes, et établit ainsi,
DES GANGLIONS ET DU NERF SYMPATHIQUE. 6y5
entre le cerveau et l'es viscères des deux, autres cavités, une liaison féconde en phénomènes. Dans tous les temps , il régit l'action des vaisseaux capillaires, et dirige la nutrition par l'intermède de la force normative ou plastique, que cet ingénieux écrivain appelle chimie vivante.
§ 8i5. Presque toutes ces opinions, qui consistent à considérer le système des ganglions comme un système indépendant, pèchent en cé qu'elles sont trop absolues, tout comme celles qui ne considèrent dans les ganglions qu'un pur arrangement anatomique. Le système des ganglions doit être considéré 'tout à la fois comme un système séparé ou réuni, indépendant ou dépendant, suivant diverses circonstances déjà indiquées pour la plupart.
Les fonctions des ganglions paraissent être de diminuer ou d'arrêter l'influence du centre nerveux sur les nerfs ganglionnaires, de diminuer ou d'empêcher la transmission des impressions au centre; de sorte que, par l'action des ganglions, le système nerveux végétatif est séparé du systèmé animal.
Les ganglions paraissent en outre destinés a rassembler , à coercer la force nerveuse qu'ils puisent dans la moelle, à en développer par eux mêmes, pour la communiquer convenablement aux nerfs et aux organes où ils se terminent.
Les ganglions exercent des fonctions différentes, suivant la diversité de leur texture.
Ces différences consistent dans, i° le mélange plus ou moins intimé des filets médullaires ; 20 la diversité de la substance secondaire; 3° les différences dans la membrane extérieure, plus ou moins dense, plus ou
ANÀTOMIE GENERALE.
moins tendue : or, c'est dans les ganglions du nerf sympathique que l'on observe l'intrication et la fusion la plus grande des filets médullaires , la ténacité et l'union la plus intime de la substance secondaire , et une membraneou capsule assez ferme, et très-adhérente à la substance intérieure. Dans les ganglions spinaux , au contraire , les filets médullaires sont droits, point mêlés, et la substance secondaire est grossière, lâche et très-distincte des filets : aussi ces ganglions sont -ils regardés comme moins parfaits que les autres; aussi Pfeffinger pensaitil qu'on devait les exclure de ce genre d'organes. La fonction de ces derniers ganglions reste d'ailleurs trèsdouteuse. Il ne paraît pas, en effet, qu'ils diminuent la communication nerveuse; il ne peuvent pas être considérés non plus comme les origines des nerfs moteurs et sensitifs communs , car la racine antérieure des nerfs soinaux leur est étrangère.
§ 8 1 6. Les usages des cordons nerveux ganglionnaires sont de conduire l'influence nerveuse ; mais ils sont des conducteurs un peu différens des autres nerfs, dont ils diffèrent en se rapprochant beaucoup dès ganglions : ils sont des conducteurs imparfaits. Les irritations mécaniques ou chimiques ne les traversent pas ; mais l'irritation galvanique est conduite par eux, et détermine, soit des sensations, soit des contractions. Il en est de même des irritations morbides , comme les irritations intestinales, urétériques, etc. , qui sont ressenties.
Les fonctions du nerf sympathique sont de diriger la nutrition , les sécrétions , de distribuer l'agent nerveux au cœur, au canal digestif et aux organes urinaires et génitaux ; d'établir une liaison sympathique entre tous les principaux organes. Il remplit ces diverses fonctions
sans l'influence de la volonté et sans conscience des impressions, les ganglions faisant tout à la fois l'office de ligatures qui modèrent la transmission de l'influence nerveuse , et de centres particuliers d'activité , qui en augmentent et en modifient la distribution.
Ce nerf forme ainsi un système particulier dans le système général ; il a une sphère d'action propre renfermée dans la sphère générale. L'un et l'autre système nerveux ont des connexions intimes ; ils s'influencent réciproquement, surtout dans l'état de maladie.
§ 817. M. Lobstein a recueilli plusieurs faits très-curieux relatifs aux altérations morbides des ganglions et des nerfs sympathiques; il a observé l'inflammation des ganglions semi-lunaires ou cœliaques, dans des cas de névropathies abdominales chroniques , de coqueluche et de tétanos; il a observé également dans divers cas l'inflammation des nerfs cardiaques et pulmonaires. M. Autenrieth a aussi observé dans la coqueluche l'inflammation des nerfs vagues, sympathiques et cardiaques. M. Duncan a vu dans un cas de diabetès la portion abdominale du nerf sympathique triplée ou quadruplée en volume. Les nerfs sympathiques sont, comme les autres, augmentés en volume dans les hypertrophies , diminués au contraire dans les atrophies simples , ainsi que dans celles qui résultent d'une production accidentelle infiltrée dans le tissu d'un organe.
Beaucoup de maladies abdominales et thoraciques semblent en outre dépendre d'une action irrégulière du nerf sympathique; et d'autres , très-nombreuses aussi , de l'action anormale de ce nerf sur le centre nerveux cérébral.
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