CHAPITRE X
§ 7^5. Le système nerveux, systema nerveum, comprend des cordons (nerfs), des renflemens ( ganglions), et une masse centrale (cerveau en général), formés d'une substance blanche et grisâtre, qui, dans l'état de vie, entretiennent l'irritabilité, sont les conducteurs et l'aboutissant des sensations , le point de départ et les conducteurs des volitions; en un mot les organes de l'innervation.
Le centre nerveux est en outre X organe , c'est-àdire l'instrument matériel de Y intelligence.
§ ^36. Les Asclépiades n'ont point connu les nerfs ni les ganglions; on peut aisément se convaincre, en lisant les ouvrages d'Hippocrate et d'Aristote, qu'ils ont confondu sous le même nom , Ntûpa», les ligamens, les tendons , les nerfs , et même les vaisseaux. Praxagoras paraît avoir eu la première idée juste d'une différence entre les organes blancs; mais ayant placé l'origine des nerfs à la terminaison des artères, il a donné naissance à une opinion sur la structure canaliculée des nerfs , qui s'est propagée jusqu'à nos jours. Hérophile et Erasistrate ont connu la connexion des nerfs avec le cerveau, mais ils ont continué de donner le même nom aux tendons et aux ligamens. Galien débrouilla la confusion qui régnait encore de son temps sur ce
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sujet, en donnant des noms aux ligamens et aux tendons; en reconnaissant que les nerfs sont médullaires, à l'intérieur, et membraneux à l'extérieur, il établit positivement leur connexion avec la moelle épinière et avec l'encéphale ; il fit remarquer, contre une opinion antérieure à lui, que la moelle est subordonnée à l'encéphale, qui dès lors devient, le centre nerveux; il essaya d'établir une distinction entre les nerfs du sentiment et ceux du mouvement ; il découvrit et nomma les ganglions nerveux : il a eu aussi de grandes connaissances dans la névrologie spéciale. Les anatomistes de l'école d'Italie ayant trouvé la névrologie à peu près au point où l'avait conduite Galien , l'ont beaucoup perfectionnée ; G. Bartholin a reproduit l'opinion énoncée dans l'antiquité par Praxagoras et quelques autres , que c'est la moelle épinière qui est le centre du système nerveux, et que l'encéphale n'en est que la continuation. Depuis cette époque , l'anatomie du système nerveux , soit dans les animaux , soit dans l'homme, n'a cessé de s'enrichir de nouveaux faits.
§ 737. Les animaux les plus simples n'ont pas de système nerveux distinct. (§ 28.)
Les premiers où l'on commence à l'apercevoir, sont les animaux rayonnes , et en particulier les astéries ou étoiles de mer, où ils consistent en filets mous et en petits renflemens disposés autour de la bouche, les uns et les autres blancs, et dépourvus de substance grise.
Dans tous les autres animaux invertébrés , le système nerveux consiste en deux cordons plus ou moins
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rapprochés, rassemblés dans un plus ou moins grand nombre de nœuds ou de ganglions, appelés improprement moelle dans les articulés , toujours réunis autour de l'œsophage ou au-dessus de la bouche par un anneau nerveux au moins , et souvent par un renflement ou ganglion dont le volume est proportionné à la composition plus ou moins grande de la tête, et qu'on appelle cerveau dans les mollusques.
Dans tous ces animaux, les deux tégumens et leurs muscles , les organes des fonctions végétatives et ceux des fonctions animales reçoivent des nerfs semblables.
Cependant on trouve déjà dans le renflement nerveux des céphalopodes ( § 5o ) l'indice évident d'un centre nerveux propre aux organes des sens et du mouvement.
§ 738. Dans les animaux vertébrés *, le système nerveux consiste en une masse centrale propre à eux , et composée d'un cordon longitudinal, la moelle , où la figure gangliforme n'est plus apparente, et dont l'extrémité supérieure ou crânienne , divisée en trois paires de cordôns, présente des renflemens et des développemens dont la réunion forme l'encéphale; ce sont, successivement d'arrière en avant, le cervelet, les tûber-
* Voyez l'excellent ouvrage de M. Tiedemann : Anatomie und Bildungsgeschichle des gehirns , etc.; Niïrnberg , 1816, traduit en français par M. Jourdan ; — Anatomf.e du cerveau, contenant l'histoire de son développement dans le fœtus, avec une exposition comparative de sa structure dans les animaux ; Paris, i8a3 ; — Desmoulins : Exposition succincte du développement et des fondions du système cérébrospinal.
eules quadrijum.eaux, le cerveau proprement, dit et les lobes olfactifs. La moelle spinale donne attache à un nombre de paires de nerfs proportionné à celui des vertèbres. Chacun de ces nerfs estpourvud'un ganglion près de son extrémité centrale ; la portion crânienne de la moelle ( moelle allongée ) en fournit aux sens et aux autres organes de la face, à ceux de la digestion et de la respiration. En outre, il existe de chaque côte, au-devant de la colonne vertébrale, un cordon noueux ( nerf grand sympathique ) et des ganglions et des. cordons nerveux pour le cœur et le canal alimentaire, système nerveux particulier , qui seul ou join t au nerf pneumo-gastrique, rappelle par sa forme et par sa distribution les premières apparences de ce système dans le règne animal.
§ 739. La moelle , creuse dans les animaux ovipares , devient pleine dans les mammifères. Dans les premiers elle occupe toute la longueur du canal vertébral; dans les mammifères elle s'étend jusque dans le sacrum. Son volume est d'autant plus grand , relativement à l'encéphale, ou celui-ci est d'autant plus petit, comparativementà la moelle, qu'on s'éloigne plus de l'homme adulte pour arriver aux poissons. Elle est cylindrique, un peu renflée aux points où tiennent les nerfs des membres. Sa portion crânienne est également renflée en proportion des nerfs qui s'y insèrent.
Le cervelet, formé par les cordons postérieurs, ou resùt ormes de la moelle, épanouis, réfléchis et réunis audessus duquatrième ventricule, est très-simple dans les poissons osseux, beaucoup des cartilagineux,, et la plupart des reptiles. Dans les autres, et surtout dans les
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oiseaux , il a une composition plus grande ; on y aperçoit déjà des lames et un commencement d'hémisphères latéraux, mais dans aucun ovipare on ne' trouve encore les prolongemens destinés à former la protubérance annulaire, ni cette protubérance. Dans tous les mammifères, on trouve la structure lamellée du cervelet , des hémisphères latéraux , un corps ciliaire dans les pédoncules et une protubérance ; ces parties sont d'autant plus développées, qu'on s'élève davantage dans la classe des mammifères et qu'on s'approche de l'homme. Les prolongemens du cervelet aux tubercules quadrijumeaux existent aussi dans tous les mammifères. Le ventricule du cervelet est commun aux quatre classes de vertébrés.
Dans quelques poissons on trouve des lobes encéphaliques postérieurs au cervelet ; tels sont ceux qui répondent à l'origine des nerfs de l'appareil électrique de la torpille.
Les tubercules quadrijumeaux, formés par le développement des cordons latéraux ou olivaires de la moelle, paraissent exister dans tous, les vertébrés , quoiqu'on ait beaucoup varié sur leur détermination. Dans tous ils sont le point principal d'origine des nerfs optiques. Dans tous ils forment, par leur réunion sur la ligne moyenne, la paroi supérieure d'une cavité située entre le ventricule du cervelet et le troisième ventricule. Ils sont, d'autant plus volumineux , relativement à l'encéphale en général , que celui-ci est plus simple ; ils sont bijumeaux seulement dans les ovipares, et ne sont quadrijumeaux que dans les mammifères. La paire antérieure est plus volumineuse que la postérieure
dans les ruminans , les solipèdes et les rongeurs ; l'inverse a lieu dans les carnassiers; les deux paires sont à peu près égales dans les quadrumanes et dans l'homme. • Le cerveau, proprement dit, qui résulte de l'épanouissement des cordons antérieurs ou pyramidaux de la moelle, entrecroisés dans tous les mammifères et dans les oiseaux de proie seulement , et point dans les autres animaux , renflés par les couches optiques et par les corps striés , présente heaucoup de différences dans son volume et sa complication , proportionnées en général au volume de ces couches et de ces corps. Les poissons cartilagineux n'ont point de cerveau (Desmoulins) ; dans les poissons osseux il est formé par la couche optique seule, qui • est solide (Desmoulins); dans les reptiles et dans, les oiseaux , par cette même couche, qui est creuse et qui ressemble un peu aux hémisphères des mammifères ; mais ces hémisphères né recouvrent pas les tubercules quadrijumeaux ; ils n'ont encore ni lobes , ni circonvolutions , ni corps calleux. Le cerveau des mammifères , formé par une membrane médullaire recourbée, dont les fibres viennent dés pyramides , des couches optiques et des corps cannelés , se rapproche peu à peu de celui de l'homme , en présentant plusieurs degrés d'organisation. Les rongeurs et les chéiroptères occupent le dernier rang sous ce rapport ; leurs hémisphères ne couvrent pas totalement les tubercules; il y a seulement une scissure de Sylvius superficielle , à peine quelques légers sillons, et point de circonvolutions. Dans les carnassiers, les ruminans, le cochon et le cheval, les hémisphères , beaucoup plus volumineux et plus boni-
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bé.s, couvrent une partie du cervelet ; H y a des circonvolutions et des anfraetuosités , mais il n'y a pount encore de lobes postérieurs. Dans les quadrumanes , les hémisphères couvrent le cervelet, mais le Lobe postérieur est encore dépourvu de circonvolutions.
Le corps calleux , formé par le retour vers la ligne médiane des fibres des pédoncules épanouies dans les hémisphères, n'existe point dans- les ovipares. Dans les mammifères son étendue est relative à celle des hémisphères , aussi est-il très-petit dans les rongeurs.
Les ventricules latéraux, formés par le reploiement de la membrane nerveuse des hémisphères, sont proportionnés à l'étendue de ceux-ci.
La voûte n'existe point dans les poissons ; on trouve les premières traces de ses piliers dans les reptiles, et plus manifestement encore dans les oiseaux. Dans tous les mammifères les piliers sont réunis pour former la voûte ; on trouve de plus la cloison transparente et son ventricule : ces parties sont proportionnées à l'étendue des hémisphères.
La corne d'Ammon n'existe que dans le cerveau des mammifères. L'éminence unoiforme n'existe dans aucun animal , si ce n'est peut-être dans les quadrumanes.
La glande pituitaire existe chez tous les animaux; elle est très-volumineuse, relativement à l'encéphale , dans les classes inférieures. La glande pinéale paraît manquer dans la classe des poissons.
Les lobes olfactifs terminent antérieurement l'encéphale. Suivant M. Desmoulins, ce sont ceux qu'on
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appelle cerveau dans les poissons cartilagineux. Ils égalent le cerveau dans beaucoup de poissons osseux et de reptiles, ils sont très-petits dans les oiseaux , très- développés et creux dans beaucoup de mammifères ; et rudimentaires clans l'espèce bumaine.
Les différences principales que le centre nerveux présente dans l'homme sont donc le volume du cervelet et du cerveau, relativement à la moelle, aux tubercules et aux lobes olfactifs; le volume des lobes latéraux du cervelet, relativement au lobe moyen ; le volume des hémisphères cérébraux, leur prolongement en arrière ; l'existence du lobe postérieur et de ses dépendances; l'épaisseur de la membrane nerveuse qui forme les hémisphères, le volume de sa masse médullaire centrale, le nombre et la profondeur de ses sillons, le nombre et l'épaisseur de ses circonvolutions, d'où résulte Une grande étendue de surfaces ; et enfin, l'étendue du corps calleux.
§ y4°- Les anciens , à partir de Galien , et beaucoup de modernes , ont regardé le système nerveux comme ayant un centre unique dans l'encéphale, et des prolongement (la moelle et les nerfs ). On a déjà vu que G. Bartholin avait déplacé le centre nerveux en le fixant dans la moelle épinière ; et cela en considérant que les poissons ont une moelle très -volumineuse, et un encéphale très-petit, et que ces animaux ont pourtant une grande force de mouvement. Bichat , développant quelques idées vaguement émises avant lui, sur l'action des ganglions, établit deux systèmes nerveux distincts , l'un (cérébral, ou encéphali que et spinal) servant aux sensations avec conscience , à l'in-
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telligence ei aux mouvemens volontaires ; l'autre , ganglionnaire , servant aux fonctions qui s'exécutent sans conscience et sans volonté : il y plaça toutefois le siège des passions. M. Cuvier regarde plutôt le système nerveux comme un vaste réseau embrassant tout l'animal , ayant des centres multiples et des cordons de communication. M. Gall divise le système nerveux de la vie animale en ceux de la moelle épinière, des sens, et en ceux du cerveau et, du cervelet. M. de Blainville considère le système nerveux comme divisé en autant de parties qu'il y. a de grandes fonctions, et le définit des amas ou ganglions et des filets , les uns sortans , et allant dans l'organe qu'ils doivent animer, ce qui forme la vie particulière ; les. autres rentrans , se terminant tous à une masse centrale, établissent la vie générale , les sympathies et les rapports. La partie centrale, suivant cet ingénieux physiologiste , est la moelle épinière ; une autre partie comprend les ganglions des sens et des organes du mouvement ; une troisième , ceux des viscères, savoir les ganglions cardiaque et semi-lunaire ou cœliaque ; une quatrième et dernière comprend le grand sympathique, qui forme un centre aux ganglions viscéraux , et qui , par l'intermède des ganglions sensitifs et moteurs , les rattache à la masse centrale.
Toutes ces divisions, qui peuvent être justifiées par diverses considérations , ne sont pourtant point aussi tranchées, aussi absolues que leurs auteurs le prétendent. Dans l'homme , l'encéphale ou quelqu'une de ses parties, la moelle allongée, là où elle est embrassée par le pont de varole , est certainement un centr<
les fonctions de toutes les autres parties du système nerveux sont plus on moins soumises. A la vérité, dans quelques-unes de ses fonctions, la moelle spinale peut aussi être considérée comme un centre peu dépendant; il en est de même des ganglions; il en est de même, enfin, des nerfs; car aucune partie du système n'est réduite au rôle tout-à-fait passif de conducteur. Cette indépendance des nerfs, l'indépendance plus grande encore des ganglions, plus grande encore de la moelle, sont d'ailleurs d'autant plus marquées qu'il s'agit de telle ou de telle fonction , qu'on les observe dans tel ou tel animal, et que dans l'homme même on les observe à des époques plus ou moins avancées du développement. On trouvera plus loin le développement de ces propositions , qu'on peut regarder comme des lois de l'innervation.
Il suffit pour le moment de faire remarquer qu'il n'y a point de séparation absolue entre les parties du système nerveux. Nous allons le considérer successivement dans son ensemble et dans ses principales parties, renvoyant les détails à la névrologie spéciale.
PREMIÈRE SECTION