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plus abondant dans les endroits qui sont le siège de grands mouvemens. En outre , comme il enveloppe tons les organes, qu'il forme partout des cloisons qui les séparent, il doit y en avoir davantage , toutes choses égales d'ailleurs, là où ces organes sont nombreux : c'est ce qu'on voit au cou, par exemple.
§ i38. La continuité du tissu cellulaire est surtout sensible dans les grands vides que les organes laissent entre eux. Au cou, la continuation de ce tissu est manifeste avec celui de la tête par en haut, et avec celui de l'intérieur de la poitrine, par en bas : les ouvertures de cette cavité qui communiquent avec les membres supérieurs, offrent également une continuité très-marquée entre le tissu cellulaire de la poitrine et celui des membres supérieurs. De même, dans l'abdomen, 1 echancrure ischiatique, l'anneau inguinal, l'arcade crurale, etc., présentent d'une manière évidente la continuité du tissu cellulaire de l'intérieur à l'extérieur du ventre, et de là aux membres inférieurs. Le Ions- du canal vertébral, les trous intervertébraux établissent une communication entre l'intérieur et l'extérieur du canal; les trous de la base du crâne font de même communiquer cette cavité avec l'extérieur de la tête. Au reste, la continuké du tissu cellulaire n'existe pas seulement dans les endroits que nous venons d'indiquer; divers phénomènes, sur lesquels nous reviendrons, l'indiquent, en général, pour tous les vides qui subsistent entre les organes; seulement elle est plus marquée là où ces vides sont eux-mêmes très-prononcés. On conçoit que la forme arrondie des organes doit pendre ces vides très-nombreux.
S 1 3p. L'autre division du tissu cellulaire fournit a chaque organe, en particulier, une enveloppe qui lui est propre, et pénètre, en outre, dans son épaisseur; cette disposition en a fait établir deux subdivisions. Le tissu cellulaire qui constitue l'enveloppe des organes {textus cellularis strictus), a été considéré par Bordeu comme une sorte d'atmosphère qui borne leur action et leurs phénomènes morbides , et les empêche de s'étendre des uns aux autres. Cette idée, adoptée par Bichat, me paraît peu fondée; la différence de leur organisation est la seule cause de cet isolement que les organes présentent dans leur action, ainsi que dans leurs maladies. Quoi qu'il en soit, la couche cellulaire qui entoure les organes varie en épaisseur : à part ceux qui ont des enveloppes d'une autre nature , c'est-à-dire de tissu ligamenteux, ou de tissu séreux, tous Ja présentent à un degré plus ou moins marqué. L'enveloppe que représente cette couche se continue, dune part, avec le tissu cellulaire commun , et d'autre part, avec celui qui occupe l'intérieur de l'organe. Suivant la forme de celui-ci , son enveloppe celluleuse est diversement disposée. La peau, les membranes muqueuses et séreuses, les vaisseaux sanguins et lymphatiques, et les conduits excréteurs, qui n'ont qu'une de leurs faces libre, ne sont en rapport avec le tissu cellulaire que d'un côté : au contraire, les organes pleins, comme les muscles, sont entourés de toutes parts par ce tissu. Sous la peau, le tissu cellulaire forme une couche généralement répandue, si ce n'est aux endroits où s'insèrent des muscles ou des aponévroses. Ce tissu souscutané est plus ou moins dense, suivant les régions :
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il est plus serré dans toute letendue de la ligne médiane, excepté au cou, où cette ligne est peu prononcée. Bordeu a exagéré cette disposition en disant qu'elle partageait tout le corps en deux moitiés : il est évident qu'a une certaine profondeur on n'en trouve plus de traces. Dans les endroits où les mouvemens sont très-marqués, le tissu cellulaire est plus lâche , comme on le voit aux paupières, au prépuce, au scrotum, aux lèvres de la vulve. Ce tissu est, au contraire, serré dans les régions où la peau n'offre point de glissemens, comme à la paume des mains et à la plante des pieds, au devant du sternum, au dos, etc. Les membranes muqueuses sont couvertes à leur face adhérente , par un tissu cellulaire très-dense, qu'on appelle communément membrane nerveuse. Celui qui couvre la face adhérente des membranes séreuses est, en général, floconneux. Celui qui existe autour des canaux leur forme dos gaines particulières, importantes surtout pour les artères, mais qu'on trouve également autour des veines, des troncs lymphatiques et des conduits excréteurs. Autour des muscles, ce tissu forme une couche qu'on appelle leur membrane commune.
§ i4o. La portion du tissu cellulaire qui pénètre dans les organes, qui en accompagne et en enveloppe toutes les parties {textus cellulaiis stipatus), se comporte différemment dans les divers organes. Dans les muscles, elle forme pour chaque faisceau une enveloppe, et en fournit de plus petites pour les faisceaux secondaires et pour les fibres qui composent ces derniers : le tissu cellulaire d'un muscle représente ainsi une suite de canaux emboîtés , se continuant les uns avec les
autres, de la même manière que les enveloppes propres aux différens organes se continuent avec l'enveloppe générale du corps. Les glandes sont de même entourées dans leurs lobes, leurs lobules et les grains qui composent ces derniers, par des enveloppes cellulaires successivement plus petites, et qui , isolées du reste de la glande, formeraient une sorte d éponge celluleuse. Les organes composés de plusieurs couches membraneuses, comme l'estomac, l'intestin , la vessie, contiennent du tissu cellulaire entre leurs différentes couches. Certains organes très-composés, comme les poumons , ont autour de chacune des parties qui entrent dans leur structure, plus ou moins de tissu cellulaire : la quantité de ce tissu est, en général, proportionnée au nombre des parties différentes que l'organe contient. A mesure que le tissu cellulaire se divise et se subdivise pour embrasser les parties les plus fines des organes, il devient lui-même plus fin, et son enveloppe plus mince : c'est ainsi que les artérioles ont autour d'elles un tissu cellulaire plus fin que celui qui entoure les grosses artères. Les enveloppes formées par le tissu cellulaire sont, en général, d'autant plus épaisses que les parties exécutent plus de inouvemens : voilà pourquoi ce tissu est plus abondant dans les muscles que dans les glandes. Certains organes, comme les ligamens , les tendons, les os, les cartilages," ne renferment point clans leur épaisseur de tissu cellulaire libre et bien distinct. En général, pour qu'il soit apparent, il faut que les organes présentent des intervalles appréciables entre leurs parties composai! les : ainsi, les ligamens qui ont des fibres appareille-
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présentent aussi du tissu cellulaire qui sépare ces fibres, et on n'en remarque pas dans les autres.
§ i4i. Non - seulement le tissu cellulaire entre dans la composition de tous les oragnes , mais encore il fait la base de tous (textus cellularis organicus, seu parenchymalis ) , et compose à lui seul plusieurs d'entre eux ; c'est lui , ou , si l'on veut, la fibre ou la substance qui le compose, qui constitue, seulement avec des degrés divers de consistance, les membranes séreuses, le derme, les vaisseaux, les tissus ligamenteux, presque toutes les parties, en un mot, à l'exception des nerfs et des muscles ; encore ceux-ci ne diffèrent-ils du tissu cellulaire que parles globules surajoutés à ce tissu. Les parties cornées et épidédermiques seules , n'ont rien de commun avec le tissu cellulaire. Haller et quelques autres anatomistes ont rangé dans le tissu cellulaire les tissus spongieux ou caverneux , et les vésicules aériennes des poumons ; mais ces parties ont une disposition propre qui ne permet pas de les confondre avec le tissu cellulaire. Les cavités de la membrane hyaloïde, comprises également par Haller dans le tissu qui nous occupe, doivent également en être distinguées.
§ 142. Les anatomistes sont peu d'accord sur la conformation intérieure du tissu cellulaire. Les uns le considèrent, avec Haller, comme ayant des cellules distinctes, d'une forme et d'un volume déterminés, formées par , l'entrecroisement de lamines et de filamens multipliés. Les autres, au contraire , tels que Bordeu, Wolff, M. Meckel , disent que ce tissu n'est qu'une substance visqueuse , tenace , continue, dépourvue de
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lames et de cellules, et regardent celles-ci, quand elles existent , comme le résultat des opérations faites poulies démontrer. Voici ce que l'inspection apprend à ce sujet.
Quand on examine à la loupe la tranche d'un muscle, on reconnaît que les fibres ne se touchent pas, mais sont séparées par une substance transparente; si l'on écarte ces fibres, cette substance forme des filamens qui se dessinent à mesure que l'on tire, et qui finissent par se rompre. Ceux qui regardent le tissu cellulaire comme une sorte de glu font remarquer qu'il en serait de même si ces fibres étaient séparées par de la colle. Autour du muscle tout entier on trouve une lame manifeste, qui prend de même, par la distention, la forme des filamens ; en soufflant de l'air sous cette lame, on la transforme en cellules irrégulières , séparées par des espèces de cloisons. Il semblerait donc qu'autour des parties les plus petites , le tissu cellulaire est réellement une sorte de gelée , tandis que ses lames sont apparentes autour des parties plus volumineuses. Si, au lieu d'air, on y pousse de l'eau et qu'on la fasse congeler, on obtient des glaçons irréguliers, remplissant les cellules; on arrive au même résultat quand on y injecte une matière coagulable. Mais ces cellules ne sont jamais régulièrement disposées, et n'ont point une forme géométrique, comme on l'a dit ; leur figure peut même varier lorsqu'on les reproduit à plusieurs reprises dans le même endroit.
Il reste, comme on le voit, une grande incertitude sur la question de savoir si les lames, les fibres et les cellules sont préexistantes dans le tissu cellulaire, ou
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si elles ne dépendent que de son écartement. Doué d'une organisation assez distincte là où son épaisseur est considérable, ce tissu semble inorganique dans les endroits où il est plus mince , et paraît même comme diffluent entre les fibres les plus petites des muscles. En admettant l'existence des cellules, doit-on les regarder comme fermées de toutes parts, et ne communiquant ensemble qu'après la rupture de leurs parois, ou bien comme des cellules percées de porosités, ouvertes dans les cellules voisines, ou enfin comme des aréoles , des vides ouverts de tous côtés , comme des espaces irréguliers qui subsistent entre Les fibres et les lames du tissu cellulaire ? Cette dernière opinion paraît la plus probable. Mais ces aréoles sont, dans l'état ordinaire, d'une petitesse extrême, microscopiques, à parois contiguës, et Tampliation qu'elles éprouvent par l'infiltration , l'insufflation , etc. , les altérant beaucoup, les déchirant, ne peut en donner une idée exacte.
§ i43. Au reste, le tissu cellulaire se comporte absolument comme s'il était spongieux; les liquides et les gaz le pénètrent avec la plus grande facilité. En effet, i° la sérosité, dans l'hydropisie de ce tissu, se répand toujours dans les parties les plus déclives, ou dans celles qui offrent le moins de résistance ; la situation du malade influe sur la place qu'elle occupe; les pressions extérieures la déplacent également; une seule incision suffit souvent pour lui donner issue; 2° l'eau que l'on pousse dans les injections artificielles se répand de la même manière, de proche en proche , à travers le ^issu cellulaire; 3° l'air infiltré dans l'em-
physème, celui qu'on introduit artificiellement, présentent le même phénomène; 4° le sang des ecchymoses s'infiltre de même au loin dans le tissu cellulaire, et se dissémine de plus en plus. Tout cela démontre une communication générale entre les aréoles: ceux qui n'admettent pas celles-ci expliquen t ces faits par le peu de consistance du tissu cellulaire. Soit que les aréoles, les fibres et les lames du tissu cellulaire soient inhérens à ce tissu, ou ne soient que les effets des divers agens de distension, toujours est -il qu'il présente sous ce rapport des variétés notables. Dans certains endroits il est principalement filamenteux ou fibrilleux; dans d'autres il est surtout lamineux ou lamelleux, comme aux paupières, au prépuce, au scrotum, aux lèvres de la vulve, et entre les muscles trèsmobiles; il forme des aréoles d'autant plus grandes, qu'il est lamelleux et lâche, et ces larges aréoles semblent être les premiers rudimens des cavités séreuses.
§ i44- Le tissu cellulaire est incolore lorsqu'il est en lames minces ; il paraît blanchâtre quand son épaisseur est plus grande, et surtout lorsqu'il est distendu ; il est demi-transparent. Sa force de cohésiou varie : c'est simplement celle d'un liquide légèrement visqueux dans quelques endroits, comme entre les fibrilles musculaires; dans d'autres, sa résistance est presqiu: égale à celle du tissu fibreux. Ce tissu est très-extensible et très -rétrac tile, comme on le voit lorsqu'on l'insuffle, et qu'on y pratique ensuite une incision : il revient alors fortement sur lui-même , et chasse l'air qui le distendait. Ses propriétés chimiques ont été étudiées avec soin par Bichat. Privé d'eau par la des-
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siccation, il perd une partie de ses qualités physiques, et en acquiert de nouvelles; dans cet état, il est hygrométrique et susceptible de reprendre son premier aspect quand on le met dans l'eau : cela lui est commun avec presque tous les tissus organiques. Exposé à la chaleur nue, il se dessèche rapidement r se crispe, et finit par brûler, comme tous les autres tissus, mais en laissant tres-peu de cendres. Il résiste beaucoup à la décoction, et ne se fond qu'après une ébullition longtemps prolongée. Sa putréfaction et très-lente : il faut une macération de plusieurs mois , même lorsqu'on a soin de ne pas renouveler l'eau, pour que la décomposition de ce tissu s'opère; il se convertit à la longue en une substance visqueuse ressemblant à du mucilage, et fournit divers produits qui viennent à la surface du liquide. Fourcroy l'a trouvé composé de gélatine; John y a rencontré, en outre, une petite quantité de fibrine, du phosphate et du carbonate de chaux.
§ i45. La nature intime du tissu cellulaire a donné lieu à un grand nombre d'hypothèses. Ruysch suppose ce tissu entièrement vasculaire; Mascagni, qui en parle à peine, dit qu'il est composé de vaisseaux blancs; Fontana, de cylindres tortueux : d'autres le regardent comme un épanouissement des nerfs. La seule base que l'on doive y admettre est la fibre ou substance cellulaire, § 68, 85. Il est parcouru par un grand nombre de vaisseaux, et surtout de vaisseaux séreux; mais on ne doit pas le regarder comme en étant entièrement formé, car c'est lui qui, en définitive, forme les parois des derniers vaisseaux. Le tissu cellulaire a des
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canaux ou des cavités qui lui sont propres : ce sonl les petits vides ou aréoles dont il est creusé, ou que tes liquides y creusent à mesure qu'ils y sont déposés, et qui par leur communication en forment un corps spongieux et perméable. Presque tous ceux qui se sont beaucoup occupés d'injections, comme Haller, Albinus, Procbaska, l'ont rangé parmi les parties solides ou non injectables; c'est-à-dire qu'il est bors du trajet circulatoire des vaisseaux. Le sang peut néanmoins passer dans ses canaux ou cavités propres, mais alors il y a inflammation. Les nerfs paraissent de même ne point s'arrêter, ou se terminer dans le tissu cellulaire. Ce tissu forme une véritable substance à part, traversée dans tous les sens par des vaisseaux sanguins et des nerfs , et dans laquelle seulement les premiers laissent un liquide.
§ i46. Il est, en effet, continuellement baigné et bumecté d'une liqueur très-ténue qui l'imbibe, et dont la quantité est à peine sensible; aussi se sert-on du mot vapeur pour désigner ce fluide. Si l'on fait une incision dans le tissu cellulaire sur un animal vivant, ce liquide mouille les doigts introduits dans la plaie: par un temps froid, une vapeur s'élève des tissus divisés, condensée et rendue visible par l'air extérieur; elle provient tout à la fois du tissu cellulaire et des vaisseaux blancs. Dans Tanasarque, le liquide du tissu cellulaire, accumulé et peut-être altéré, ressemble beaucoup à la sérosité des hydropiques; il est coagulable comme cette dernière, et paraît contenir de même une certaine quantité d'albumine, de l'eau, et quelques sels.
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9 i/{y. Le tissu cellulaire est la première partie formée tlans l'embryon : on le rencontre aussi dans les animaux les plus inférieurs. D'abord liquide et très-abondant, ce tissu diminue de proportion à mesure que les organes se développent , et acquiert en même temps de la consistance. A la naissance, il est encore presque diffluent dans les intervalles des muscles, et très-mou au-dessous de la peau. Sa densité devient de plus en plus grande chez le vieillard : il est presque fibreux à un âge avancé, dans des parties ou il était très-mou chez l'enfant. Le tissu cellulaire est plus lâche et plus abondant ehezla femme que chez l'homme. Blumenbach donne pour caractère de l'organisation de l'homme, comparée à celle des autres animaux, de présenter un tissu cellulaire plus mou , et pour ainsi dire plus tendre ; ce qui rend , chez lui , les mouvemens plus faciles.
§ 148. La force de formation du tissu cellulaire est très-développée : il est la première partie formée; il s'accroît accidentellement , se forme de toutes pièces , se reproduit, quand il a été détruit, avec la plus grande promptitude, comme on le voit dans les plaies, les adhérences, les végétations, etc. Il jouit d'une force de contraction dépendante, en partie, de l'élasticité dont il est doué, et en partie de l'irritabilité. Cette dernière force reçoit ici le nom de contractilité fibrillaire, staminale , de tonicité : elle se manifeste par les mouvemens des liquides que ce tissu contient ordinairement ou accidentellement, par le resserrement général ou local qu'il éprouve dans divers cas; il n'est pas bien évident que la force nerveuse influe sur ses contrac-
tions, ou les détermine. Il n'est point sensible hors l'état d'inflammation.
§ 149. Les usages et les fonctions du tissu cellulaire, sont très-importans : c'est lui qui détermine la forme de toutes les parties. Il est l'unique lien servant à les unir entre elles; de sa cohésion dépend celle de tous les autres tissus. Par son élasticité il facilite les mouvemens , et rétablit les organes dans l'état où ils étaient avant le déplacement, quand ces mouvemens cessent d'avoir lieu; aussi ces derniers s'exercent-ils d'autant plus facilement, que le tissu cellulaire jouit mieux de ses propriétés.
Il est le siège d'une sécrétion prespiratoire très-abondante, à raison de son étendue. Le liquide que les artérioles y laissent échapper, y éprouve-t-il une sorte de circulation, ou du moins de mouvement de translation? On l'ignore tout-à-fait. Ce n'est que dans des cas d'accumulation morbide qu'on voit le liquide infiltré changer de place, en obéissant à la pesanteur, à la pression, etc. On a supposé, mais sans aucun fondement solide, que ce liquide y était dans une agitation continuelle , dont le diaphragme serait le principal moteur par son abaissement et son élévation alternatifs; qu'il y avait des courans dans diverses directions; et que, par exemple, il était la voie secrète par laquelle les boissons passent pour aller de l'estomac à la vessie, supposition démentie par toutes les observations exactes; qu'il était la voie des métastases, etc. Quoi qu'il en soit, le liquide est repris ensuite par les vaisseaux, de sorte que ce tissu est intermédiaire entre une perspiration et une résorption. La contraction tonique du tissu
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cellulaire est l'agent qui pousse la sérosité de ce tissu dans les vaisseaux.
Le tissu cellulaire est en effet l'organe essentiel de l'absorption ; c'est lui qui forme le corps muqueux de la peau , la substance spongieuse des villosités des membranes muqueuses, parties qui absorbent, et d'où les substances absorbées passent dans les vaisseaux. Avant d'être introduites dans les vaisseaux, les substances absorbées par ce tissu cellulaire, qu'on peut appeler extérieur ou superficiel, par opposition à tout le reste, éprouvent sans doute des cbangemens ou élaborations. De même que les matières étrangères, avant d'entrer dans les vaisseaux , doivent traverser le tissu cellulaire , organe de l'absorption , de même aussi celles qui sortent des vaisseaux traversent le tissu cellulaire, organe de sécrétion, avant d'être déposées sur les surfaces où elles sont versées.
Le tissu cellulaire qui enveloppe chaque organe en particulier, a été considéré comme lui formant une atmosphère isolante, qui circonscrirait ses actions, soit hygides, soit morbides : l'observation dément souvent cette assertion , et quand le fait est vrai , c'est dans la texture particulière de l'organe et dans la variété des agens qu'il faut én chercher l'explication, et non dans cette prétendue atmosphère.
Le tissu cellulaire qui pénètre dans l'épaisseur des organes en réunit toutes les parties.
Quant au tissu cellulaire organique ou parenchymal, il forme la base ou l'élément essentiel de chaque organe, et y présente des variétés notables. Dans l'hypothèse la plus raisonnable sur le siège delà nutrition ,
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on a admis que la matière nutritive est déposée hors des vaisseaux, dans la substance cellulaire, qui fait la base des organes, pour leur être assimilée ; et qu'il est ainsi l'organe essentiel de la nutrition. Quoi qu'il en soit, au reste, des usages bypotbétiques attribués au tissu cellulaire, il en a incontestablement de très-importans dans l'organisme.
§ ioo. Les phénomènes du tissu cellulaire, soit en santé, soit en maladie, sent liés à ceux des autres parties. Ainsi , les lésions organiques du cœur, et les dérangemens de la respiration et de la perspiration pulmonaire, y déterminent souvent une accumulation de sérosité. La même chose a lieu dans les altérations des diverses sécrétions, et surtout de la transpiration cutanée. Ses inflammations déterminent ordinairement la fièvre. L'inflammation suppurative que l'on y provoque par les sétons et les autres fonticuies, fait souvent cesser les inflammations des autres organes.
§ i5i. Le tissu cellulaire est sujet à diverses altéralions morbides. Lorsqu'il est entamé et mis à découvert, il s'enflamme, se couvre de bourgeons charnus, suppure, et enfin se recouvre d'une cicatrice ou nouvelle peau, qui sera décrite plus loin. ( Chap. III.)
Lorsqu'il est divisé et remis en contact avec luimême , il s'agglutine d'abord au moyen d'un liquide versé par les surfaces divisées quand le saignement et la douleur ont cessé. Plus tard, cette substance organisable devient un tissu très- vase ulaire : alors on ne peut, plus séparer les lèvres de la plaie sans produire cle la douleur et renouveler l'écoulement du sang. Ce nouveau tissu reste pendant long-temps plus compacte ,
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plus ferme et plus vasculaire que le tissu cellulaire qu'il réunit, et avec lequel il finit par se confondre.
C'est par une production semblable que s'opèrent toutes les reunions de parties divisées^ avec des modifications relatives à chaque tissu, et qui seront examinées en leur lieu.
C'est encore de la même manière que s'établissent les. adhérences entre les surfaces conliguës des membranes séreuses et tégumentaires , adhérences qui seront décrites à l'occasion de ces membranes. (Chap. II , III.)
Le tissu cellulaire est susceptible d'un accroissement extraordinaire : il pousse quelquefois des espèces de végétations ou d'exubérances vasculaires, lorsqu'il est dénudé. La reproduction de ce tissu est aussi,. en général, d'autant plus facile, qu'il en reste une plus grande quantité dans la partie où il a été lésé; il semble quecelte reproduction dépende, en grande partie, de
I extension du tissu cellulaire préexistant.
L'inflammation du tissu cellulaire, ou le phlegmon, est caractérisée par divers changemens qu'éprouve ce tissu. Le premier de ces changemens est un accroissement de vascularité très -marqué Le tissu cellulaire enflammé devient, en outre, sensible et douloureux.
II perd entièrement sa perméabilité ; les liquides cessent de pouvoir le traverser; sa consistance augmente, et sa ténacité diminue : il se déchire, se rompt par la pression, au lieu de s'allonger, comme il faisait auparavant. Cette sorte de fragilité qu'acquiert le tissu cellulaire rend raison de certains phénomènes; elle explique pourquoi la ligature d'un vaisseau détermine souvent la section des tissus environnans ,
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pourquoi, à la suite des péritonites, il est quelquefois si facile de séparer l'intestin de la tunique que lui forme le péritoine. L'inflammation du tissu cellulaire peut se terminer d'une manière insensible, et alors ce tissu reprend peu à peu toutes ses propriétés : c'est ce qu'on voit dans la terminaison dite par résolution. Dans d'autres casv le tissu cellulaire sécrète un liquide particulier, qui porte le nom de pus, et qui sera décrit plus loin, ce qui constitue la terminaison par suppuration. Ce liquide se rassemble ordinairement dans un point déterminé, qui s'étend progressivement à la circonférence , tant que la sécrétion persiste. Celleci est du genre des sécrétions perspiratoires ; le pus est fourni directement par le sang, et offre même, dans sa composion, quelque analogie avec ce fluide. Pour peu que la maladie ait une marclie lente, les parois de l'abcès sont tapissées par une membrane. Cette membrane est doublée , à l'extérieur , par une coucbe plus ou moins épaisse de tissu cellulaire compacte. Cette couche est moins marquée, et la membrane est presque exactement isolée, quand la maladie dure depuis un certain temps , le tissu cellulaire ayant repris ses propriétés autour d'elle. Les abcès sont le siège d'une sécrétion et d'une résorption continuelles; l'absorption entière du pus qu'ils contiennent, et les effets que la présence de ce fluide produit quelquefois dans l'économie en sont la preuve. Le pus formé dans l'intérieur des abcès finit le plus souvent par arriver à l'extérieur. L'abcès se vide, les parois se resserrent , restent quelque temps endurcies, et finissent par reprendre les caractères du tissu cellulaire. Quand la sécrétion et
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l'écoulement du pus persistent, le canal qui fait communiquer l'abcès au dehors , et qui porte le nom de sinus ou fistule, se revêt d'une membrane distincte, offrant les caractères des membranes muqueuses, et dont l'histoire appartient à celle de ces membranes. Après certaines inflammations gangreneuses, le tissu cellulaire devient tellement serré par la perte de substance qu'il a éprouvée, que la peau, les muscles, les aponévroses, sont confondues : mais dans ce cas, si l'individu est jeune et robuste, le tissu cellulaire peut se reproduire et reprendre toutes ses propriétés. L'inflammation du tissu cellulaire persiste quelquefois indéfiniment, de sorte que. ce tissu reste dur et imperméable ; cela constitue l'induration. Cet état existe dans les callosités des ulcères et des fistules, qui sont évidemment le résultat d'une inflammation chronique du tissu cellulaire. La maladie des Barbades, l'une des variétés de l'éléphantiasis, offre de même, les caractères de l'induration.
Les enfans nouveau-nés sont sujets à un endurcissement du tissu cellulaire, dans lequel on ne trouve point le caractère inflammatoire: cet endurcissement s'observe au-dessous de la peau, et quelquefois dans les intervalles des muscles. Ce n'est du reste , comme les observations de M. Breschet l'ont appris, qu'un phénomène secondaire de la persistance du trou interauriculaire du cœur, et du défaut ou de l'imperfection de la respiration.
De l'air peut s'infiltrer dans le tissu cellulaire, ce qui constitue l'emphysème. Quand le malade ne succombe pas à cet accident, l'air épanché s'échappe par
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les incisions que l'on pratique ou par les plaies qui peuvent exister, ou bien cet air ce combine avec les fluides contenus dans le tissu cellulaire, et disparaît par absorption. La leucophlegmatie ou l'anasarque, consiste dans une accumulation de sérosité dans le tissu cellulaire. Dans les ecchymoses , le tissu cellulaire contient du sang disséminé dans ses aréoles. Tous les liquides organiques peuvent s'infiltrer accidentellement dans ce tissu, dans lequel ils produisent des inflammations plus ou moins vives , lorsqu'ils sont de nature excrémentitielle.
Les corps étrangers solides, introduits dans le tissu cellulaire, ne restent pas- en général long- temps à la même place, mais sont ordinairement, comme le pus, portés à la surface, et, s'ils sont pesans, obéissent aussi en partie aux lois de la pesanteur. Il est évident que ce n'est pas en traversant de prétendues cellules , que ces corps ■ cheminent ainsi à travers le tissu cellulaire. Celui-ci présente, autour d'eux, trois phénomènes distincts : il sécrète du pus à leur surface, se réunit et reprend sa mollesse et sa perméabilité derrière eux, et s'ulcère au devant. On trouve donc là réunis trois des genres d'inflammation admis par J. Hunter, savoir, l'inflammation adhésive, suppurative et ulcérative ; l'ensemble de ces phénomènes a reçu le nom d'inflammation éliminatoire. Il peut arriver que les corps étrangers séjournent dans le tissu cellulaire , çoit à cause de leur pesanteur spécifique peu considérable, soit par la densité du tissu environnant : une membrane se forme alors autour deux.
Le tissu cellulaire contient dans quelques cirenns-
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tances des corps étrangers animés ou des A/ers : Je cysticercus cellulosœ, ainsi nommé à cause de son siège dans le tissu cellulaire, \zfdaria medinensis ou dragonneau, dont l'existence ne saurait être révoquée en doute, y ont été rencontres; on y a trouvé, dans les animaux, des larves d'œstrus.
Le tissu cellulaire peut éprouver diverses transformations. Les transformations séreuse, fibreuse , osseuse, cartilagineuse , qui se développent dans le tissu cellulaire, seront décrites avec les tissus naturels auxquels elles appartiennent.
Les kystes, dont le tissu cellulaire est le siège, seront de même examinés à l'article des membranes séreuses et tégumentaires, avec lesquelles ils ont une grande
analogie.
Quand un organe vient à disparaître accidentellement, on le dit transformé en tissu cellulaire: cela n'est peut-être pas parfaitement exact; le tissu cellulaire , dans ce cas , ne fait que prendre la place de l'organe atrophié, qui auparavant le maintenait écarté.
Les dégénérations diverses peuvent être regardées comme appartenant spécialement au tissu cellulaire : c 'est ce tissu qui paraît en être la base, car ces dégénérations se ressemblent partout. Cependant, comme elles sont communes à tous les organes , je renvoie leur histoire après celle de tous les autres tissus. Au reste, le tissu cellulaire, là où il est libre dans les interstices des organes, est affecté de ces dégénérations, comme dans les endroits où il fait partie des organes eux-mêmes.
ANATOMIE GENEKALE.
SECONDE SECTION
§ x52. Le tissu adipeux, ainsi nommé à cause de la graisse (adeps) qu'il contient, résulte de la réunion de vésicules très -petites, microscopiques, entassées, grouppées en plus ou moins grand nombre, réunies entre elles par du tissu cellulaire lamineux, et servant de réservoir à la graisse. On en distingue deux sortes : l'une est le tissu adipeux commun, ou le tissu graisseux proprement dit; l'autre est le tissu adipeux ou médullaire des os.
ARTICLE PREMIER
S i53. Il a été désigné sous les noms de tissu cellulaire graisseux, de membrane graisseuse, toile, tunique, vésicules adipeuses, etc. ; on l'a encore nommé pannicule graisseux, parce qu'il forme une couche immédiatement située au-dessous de la peau.
§ i54- Ce tissu a été confondu pendant long-temps avec le tissu cellulaire , que l'on disait contenir tantôt de la sérosité, tantôt de la graisse, et former, dans ce dernier cas, le tissu graisseux. Malpighi a, l'un des premiers, élevé des doutes à ce sujet, et a vu la graisse former des espèces de grains appendus aux vaisseaux sanguins. Swammerdam a vu de même, que la graisse
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est une huile liquide renfermée dans des membranules. Morgagni a également reconnu que la graisse contient des grains qu'il compare à ceux des glandes; Bergen a distingué, l'un des premiers, deux espèces de tissu cellulaire, dont l'un, qu'il appelle lamineux , correspond au tissu graisseux. W. Hunter a donné les caractères distinctifs de ce tissu , caractères qui ont été ensuite reconnus et plus ou moins exactement déterminés par Jansen , Wolff, M. Chaussier, Prochaska, Gordon, Mascagni, moi, etc. Haller nie l'existence de ce tissu , et n'admet que les aréoles du tissu cellulaire , comme parties contenantes de la graisse ; son opinion a été adoptée par Bichat , par M. Meckel, etc. ; mais nous verrons plus bas que cette opinion est peu fondée. Le tissu graisseux a été décrit avec soin dans plusieurs ouvrages r, et figuré dans quelques-uns 2.
§ i55. Le tissu adipeux a des formes diverses, suivant les endroits où on l'examine. Sous la peau , il forme une couche plus ou moins épaisse, et généralement répandue.. Il représente des masses arrondies dans l'orbite, dans l'épaisseur des joues, dans l'intérieur du bassin, au devant du pubis, autour desreins, etc. Ces masses sont pyriformes, pédiculées, au bord libre de l'épiploon , dans les appendices épiploïques de l'intestin et au niveau des ouvertures que l'on trouve à l'extérieur du péritoine. Dans l'épiploon, la graisse est
1 M. Malpighi, De omento , pinguedine , etc., in ejusd. oper. omn. et posth. — Bergen, op. cit. — W. Hunter. op. cit. — Wolff. op. cit. — W. X. Jansen. Pinguedinis animalis consideratio physiologica et pathologica. Lugd. bat. 1784.
* Mascagni. Prodromn délia grande anotornia.
i'jS anatomie génékale.
disposée sons la forme de réseaux ou de rubans qui suivent le trajet des vaisseaux.
§ i56. Quoique la graisse ne soit pas aussi universellement répandue que le tissu cellulaire , on la trouve pourtant dans beaucoup d'endroits.
Le canal vertébral en renferme une petite quantité en dehors de la dure-mère. A la tête, il en existe beaucoup , surtout à la face, dans les échancrures parotidiennes, aux joues , etc. Le cou en présente davantage en arrière qu'en avant. A la poitrine, l'extérieur et 1 intérieur de cette cavité en offrent une quantité notable, tant aux environs du cœur qu'entre les muscles pectoraux et autour des mamelles. La graisse de l'abdomen est principalement située à l'extérieur des reins, dans le bassin, dans l'épaisseur du mésentère, de l'épiploon et des appendices épiploïques. Aux membres, la graisse est plus abondante au niveau des articulations, dans le sens de la flexion, ainsi que dans les endroits qui sont exposés à des pressions habituelles, comme la fesse, la plante du pied.
Le tissu graisseux se comporte différemment, relativement à chaque organe en particulier. Celui qui est au-dessous de la peau existe constamment , à moins d'une maigreur extrême, et se prolonge dans les aréoles du derme. On n'en trouve point au-dessous des membranes muqueuses. Les membranes séreuses et synoviales sont doublées , au contraire , par ce tissu , particulièrement dans l'épaisseur de leurs replis. Le tissu adipeux qui entoure les muscles, pénètre également dans l'épaisseur de ceux qui sont divisés en lais ceaux distincts, comme le grand fessier, etc. Dans les
glandes lobuIées,on en distingue dans l'intervalle des lobes. La gaine des vaisseaux en renferme en général foot peu. Les nerfs volumineux , comme le nerf ischiatique, en contiennent de petits amas entre leurs fibres. Les ligamens fascicules en offrent de semblables entre leurs faisceaux. Enfin , dans les os, la graisse est considérée à part.
§ i57- La graisse manque entièrement dans certaines parties , comme sous la peau du crâne, du nez, dé" l'oreille, du menton, où la ligne médiane en est entièrement privée; il en existe de même fort peu entre la peau et le peaucier. On n'en trouve presque point visà-vis l'insertion, du deltoïde , ce qui fait que cette partie reste toujours enfoncée, même chez les sujets les plus gras. Ce fluide manque également autour des tendons lon^s et grêles, et dans les intervalles des muscles qui exécutent degrands mouvemens, comme entre le triceps et le droit antérieur de la cuisse, le biceps et le brachial antérieur, les jumeaux elle soléaire. L'épaisseur des viscères est le plus souvent dépourvue de graisse : il n'y en a point dans les parois de l'estomac, de l'utérus, dans la rate, le foie. Les paupières, le pénis, les petites lèvres de la vulve, en sont également privés. Au reste, la quantité de graisse qui existe dans le corps, varie beaucoup ; mais il y a des parties qui n'en contiennent jamais, même dans l'embonpoint le plus considérable, et d'autres dans lesquelles le marasme le plus complet ne la fait jamais entièrement disparaître. Chez un homme adulte et d'un embonpoint ordinaire, la
graisse formeenviron la vingtième partie du poids du corps.
100 ANA.TOMIE GÉNÉRALE.
§ i58. Le tissu graisseux est, en général, d'une couleur blanc -jaunâtre, et d'une consistance molle, mais variable, suivant les régions du corps, suivant, l'âge, etc.
§ 1 5g. Quelle que soit la forme extérieure du tissu adipeux, les masses qu'il représente se divisent en masses plus petites , du volume d'un pois à celui d'une noisette , plus petites à la tête, plus grosse autour des reins. Ces masses sont plongées dans le tissu cellulaire ; leur forme varie; en général obronde, elle est allongée, ovoïde sur la ligne médiane de l'abdomen, l'une des extrémités tenant à la peau, et l'autre à l'aponévrose. On peut les réduire par la dissection en lobules ou grains adipeux, qui, examinés au microscope, paraissent eux-mêmes composés d'une infinité de petites vésicules d'un buit centième à un six centième de pouce de diamètre. On peut donc regarder le tissu graisseux comme composé de vésicules agglomérées, réunies en grains , qui sont rassemblés à leur tour pour former des masses. Il résulte de ces dispositions que la structure de ce tissu n'est point aréolaire , mais qu'elle ressemble plutôt à celle des fruits de la famille des hespéridées, comme les oranges, les citrons, qui offrent de même, et d'une manière visible, des vésicules membraneuses, attachées à des cloisons qui les séparent. Les vésicules graisseuses , ainsi que les grains et les masses qu'elles forment, sont pourvues d'un petit pédicule qui leur est fourni par les vaisseaux logés dans leurs intervalles , et peuvent être comparées, sous ce rapport, à des grains de raisin supportés par leurs pédicelles. Au reste, ces vésicules sont
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tellement minces, qu'il est impossible de distinguer leurs parois : mais il existe des preuves bien certaines de leur existence. En effet, si la graisse était libre, elle ne formerait pas des masses régulières et distinctes. C'est à tort que Haller et plusieurs autres ont prétendu que cette forme était inhérente à la graisse, car celle-ci ne présente pas des gobules et n'a , par elle-même, aucune figure déterminée! Si l'on place sous le microscope quelques-unes de ces vésicules plongées dans l'eau tiède, on ne voit pas d'huile à leur surface; mais en les entamant, il s'en échappe aussitôt quelques gouttes qui surnagent sur le liquide. Ajoutez à ces considérations, que la graisse étant fluide sur le vivant, comme le prouve son écoulement lorsqu'on divise les tissus, elle devrait s'infiltrer comme la sérosité, sinon dans l'état de santé, au moins dans l'état de maladie; or, cela n'a point lieu , et tout ce qu'on a dit de l'infiltration de la graisse pour expliquer la conformation des mamelles pendantes de certaines peuplades, des fesses saillantes de certaines autres, des bosses dorsales de quelques animaux, de la queue volumineuse de quelques autres, etc. , ne présente qu'une réunion de faits contradictoires et de raisonnemens absurdes. Roose et Blumenbach ont allégué contre l'existence des vésicules, le développement de la graisse dans des parties où ces petits appareils n'existent pas; ils en concluent que ceux-ci ne sont pas nécessaires à la production de ce fluide : la graisse se produit en effet dans le tissu cellulaire, mais elle s'y forme des vésicules, au lieu d'être simplement contenue dans des aréoles ouvertes.
l()2 ÀNATOMIE GÉNÉRALE.
§ 160. Le tissu cellulaire qui existe entre les vésicules adipeuses est très-fin, comme il l'est en général entre les parties les plus ténues de nos organes : ces vésicules semblent à peine tenir les unes aux autres, on les écarte sans éprouver de résistance. Le tissu cellulaire devient plus distinct entre les grains, et très-apparent entre les masses adispeuses; celles-ci sont même séparées dans quelques endroits par des lames fibreuses très-résistantes, comme on le voit à la plante des pieds, et qui ont pour usage de donner une grande élasticité à la graisse. Dans d'autres endroits les masses adipeuses sont réunies, et soutenues par des lames cellulaires fermes, comme au crâne, au dos, etc.; dans d'autres, par un tissu lâcbe, comme à l'aisselle, à l'aine, etc. Du reste, pour bien voir le tissu cellulaire intermédiaire aux lobes graisseux , il faut l'examiner sur des cadavres affectés d'anasarque ou d'emphysème : on se convainc aussi par cet examen , que la graisse n'est point libre dans les aréoles du tissu cellulaire; car quelque étendues, quelque profondes que soient ces infiltrations , elles peuvent bien écarter, disséquer pour ainsi dire les grains adipeux, mais jamais la graisse n'est mêlée avec le fluide infiltré.
Les vaisseaux sanguins du tissu graisseux sont faciles à injecter. On les voit aussi parfaitement en examinant des parties où le sang resté fluide s'est porté naturellement après la mort. Ces vaisseaux sont plus apparens chez les sujets peu avancés en âge , les lobules graisseux étant, plus distincts. Leurs divisions et subdivisions finissent par arriver jusqu'aux vésicules microscopiques elles-mêmes. Malpighi avait cru ces
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vaisseaux surmontés d'un appareil sécrétoire et d'un canal qui s'abouchait dans le réservoir de la graisse; il a reconnu* lui-mênTe, plus tard, que cette disposition n'existe pas. Les vaisseaux absorbans des vésicules sont moins connus que les artères et les veines. Maseagni, il est vrai, les dit composées d'une couche intérieure de vaisseaux lymphatiques, et d'une couche extérieure de vaisseaux sanguins; mais il ne rapporte aucun fait à l'appui de cette opinion. On ne sait pas s'il y a des nerfs dans ces vésicules.
Quand la graisse n'existe pas, les vésicules manquent également; elles disparaissent quand ce fluide cesse d'exister dans une partie. Hunter dit pourtant qu'on peut les distinguer même vides ; mais je ne pense pas qu'il en soit ainsi : elles se confondent, quand elles disparaissent, avec l'élément cellulaire.
§ io'i. La graisse humaine, extraite du tissu graisseux qui la renferme, et purifiée par le lavage, la fusion et la filtration, a les propriétés générales des huiles fixes. Elle est inodore, d'une saveur douce et fade; sa couleur jaunâtre est due à un principe colorant , soluble dans l'eau, et enlevé par le lavage. Elle est moins pesante que l'eau; son degré de fusibilité varie suivant sa composition j en général elle est fluide à la température du corps, et même au-dessous, et quelquefois beaucoup au-dessous, comme à &. par exempleelle est msoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcolj 'roui; elle n'estpoint acide; l'acide que Crell y admettait est un résultat de la distillation, opération dans laquelle la graisse fournit en effet des «bides carbonique, acenque et sébacique, et plusieurs au.res pr(H]m(s
T^>4 A.NATOMIE GÉNÉRALE.
la rëaction de ses élémens. Elle se convertit par l'action (les bases alcalines énergiques, en principe doux, et en acides margarique et oléique. Par son exposition à l'air et à la lumière elle se rancit : il y a production d'un acide volatil, d'une odeur forte.
La composition élémentaire de quelques graisses a été examinée par MM. Bérard et Th. de Saussure; c'est une combinaison en proportions différentes, suivant les animaux, de carbone, d'hydrogène et d'oxygène: celle de la graisse humaine n'a pas été déterminée.
Avant les travaux de M. Chèvre ul 1 les graisses passaient pour des principes immédiats. Il a fait voir qu'elles sont essentiellement formées de deux matériaux organiques : la stéarine, fusible à 5o° environ, et l'élaïne, encore liquide à zéro : c'est de leur proportion que résulte le degré de fusibilité de chaque sorte de graisse. On sépare ces deux matériaux immédiats, l'un del autre, en traitant la graisse par l'alcohol bouillant; par le refroidissement, la plus grande partie de la stéarine se précipite avec un peu d'élaïne, celle-ci reste en solution dans l'alcohol avec un peu de stéarine. On peut encore les séparer par la congélation, qui fait d'abord figer la stéarine avec un peu d'élaïne. On peut aussi les isoler par l'absorption du papier non collé, qui enlève l'élaïne, et laisse à sa surface la stéarine.
§ 162. La graisse du tissu adipeux n'est pas la seule matière grasse que l'on rencontre dans l'organisation animale, et dans celle de l'homme en particulier. On trouve
' Annales de Chimie, tom. XCIV. — A 1111. de Cliini. et de pliys., tom. II et VII.
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dans le sang une matière grasse cristallisable. Malpigbi, Haller, et d'autres, avaient déjà cru que de la graisse libre circulait avec le sang : c'est une erreur, du moins je ne l'ai jamais vu; mais M. Chevreul a récemment trouvé dans le sang une matière grasse qui y est en solution, par l'intermède des autres matériaux de cette humeur. Le beurre est encore une matière gi-asse, colorée et odorante, en solution dans le lait. Il y a également dans la substance nerveuse une matière grasse cristallisable , analogue à celle du sang. Enfin, dans des cas maladifs, et dans des altérations cadavériques, on trouve encore d'autres matières grasses dans le corps humain.
§ i63 . Le tissu adipeux présente quelques différence^ dans les animaux ; il existe chez le plus grand nombre : on le trouve dans les articulés, les mollusques et les vertébrés. Dans ces derniers, la graisse présente divers degrés de consistance, de coloration, etc., elle est très- fluide dans les poissons et les cétacés : la tête du phjseter macrocephalus contient une huile liquide • dans laquelle on trouve une matière grasse concrète ; c'est le blanc de baleine ou la cétine. Elle est molle dans le porc , où elle forme le saindoux, ferme dans les ruminans, où elle est appelée suif, etc. Le volume des vésicules adipeuses n'est pas le même chez tous les animaux : suivant les observations de Wolff, elles augmentent successivement de grosseur dans la poule, 1 oie, l'homme , le bœuf et le porc. La graisse s'accumule aussi dans des régions différentes, dans divers animaux, comme sur le dos des cbameaux, dans la queue de quelques moulons, etc. Dans l'espèce humaine
l6*6 ANATOMIE GÉNÉRALE.
même, la tribu des Bosjesmans est remarquable par la saillie graisseuse des fesses chez les femmes : on en a vu un exemple récent dans la Venus Hottentote.
§ i64 Les différens degrés de l'embonpoint établissent des différences très-grandes dans la quantité de la graisse. Elle forme, dans l'obésité, depuis la moitié jusqu'aux quatre cinquièmes du poids total du corps. Au contraire, dans la maigreur extrême, la graisse n'existe que dans quelques endroits. Les femmes possèdent en général plus de graisse que les hommes. Suivant l'âge, il existe sous ce rapport des particularités assez remarquables. Le fœtus est entièrement dépourvu de graisse jusqu'à mi-terme. Depuis cette époque jusqu'à la naissance, la graisse s'accumule successivement dans les diverses parties. Elle n'existe d'abord que sous la peau, et s'y produit par grains isolés, qui en rendent l'étude très-facile à cet âge. A la naissance, on en trouve déjà une grande quantité sous les tégumens, dans l'épaisseur des joues; l'épiploon en offre quelques grains isolés. La quantité de la graisse augmente à mesure que l'accroissement a lieu ; elle finit par occuper les interstices musculaires, mais ce n'est que fort tard qu'elle se produit autour des viscères. L'âge mûr, ou l'époque à laquelle l'accroissement est terminé, est aussi celle de l'obésité : on observe quelquefois celle-ci chez les enfans, mais cela est beaucoup plus rare. Dans la vieillesse , la quantité de la graisse diminue, principalement au-dessous de la peau : ce fluide existe alors spécialement à l'intérieur, comme •autour du cœur, dans les cavités médullaires des os, etc. § i65. Les propriétés el les fonctions du tissu grais-
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seux n'ont rapport qu'à la sécrétion de la graisse. Cette sécrétion ne s'opère point dans des glandes ni dans des conduits particuliers : Heister et Fanton ont des premiers élevé des doutes sur l'existence de ces glandes, dont beaucoup d'auteurs ont parlé depuis l'erreur de Malpighi à ce sujet. La sécrétion de la graisse est une sécrétion perspiratoire, et c'est à tort que Riegel 1 a voulu faire revivre la supposition des conduits graisseux, en même temps qu'une hypothèse sur l'usage des capsules surrénales : suivant cet auteur, en effet, la graisse qui entoure les reins et leur bassinet, se lormerait dans ces capsules, d'où elle serait transportée par des conduits particuliers, qu'à la vérité il dit n'avoir pu injecter. La graisse résulte - 1 » elle immédiatement de l'action organique des vaisseaux qui la déposent dans les vésicules adipeuses? ou bien est -elle déjà formée dans le sang en circulation ? ou bien enfin a-t-elle encore une origine plus éloignée? Mr. Ev. Home 2 en fixe l'origine dans l'intestin ; il pense qu'elle e,st comme le chyle un produit de la digestion, et qu'elle est absorbée par le gros intestin. Cette opinion repose, entre autres faits, sur l'existence de la graisse ou du jaune de l'œuf dans l'intestin des vertébrés ovipares, à l'état de fœtus ou de larve, et sur quelques faits morbides qui ne sont pas très-concluans.
§ 166. La graisse est reprise continuellement par les vaisseaux absorbans; l'action de ces vaisseaux est démontrée par sa diminution de quantité dans plusieurs cir-
Dc usu gîandularum superrenalium in anirn. ncc hôn de briginè adipis disq. anat. philos. Hafnia:, 1790. 7 Philosnpliical transacliong, Ami. , i8i3.
' ^ A.NÀTOMEE GÉNÉRALE,
constances. Cette action est en équilibre avec la sécrétion , lorsque la quantité de la graisse reste la même. L'exhalation et l'absorption de la graisse sont quelquefois Lrès-rapides, comme le montrent plusieurs faits. Les enfans qui ont maigri à la suite des maladies, reprennent souvent en peu de jours tout leur embonpoint. Les animaux que l'on affame, comme les porcs, engraissent ensuite très-promptement. Certains oiseaux s'engraissent, dit-on , par un temps humide, en moins de vingt-quatre heures. L'amaigrissement ne s'opère pas moins promptement dans beaucoup de cas. Les circonstances les plus favorables à la sécrétion de la graisse, sont le repos absolu des organes animaux et intellectuels, et la castration. On réunit souvent ces diverses causes lorsqu'on veut engraisser les animaux • elles produisent le même effet quand elles existent chez. 1 homme. Les saignées habituelles, les alimens doux et amylacés,. sont encore regardés comme favorisant la production de la graisse. 11 y a en outre des circonstances inconnues qui paraissent agir de la même manière, car on observe des cas d'embonpoint extraordinaire, dont il est assez difficile de se rendre compte. Les causes qui accélèrent la résorption de la graisse sont en^ général les circonstances opposées à celles dont nous venons de parier, et de plus, les sécrétions abondantes, les maladies organiques, et en particulier celles des organes des fonctions nutritives. . § 167. On a attribué à la graisse beaucoup d'usages hypothétiques. Ceux dont elle jouit réellement sont locaux et généraux. En effet la graisse a, d'une part, des usages purement mécaniques ou de position, comme
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de modérer la pression , à la plante des pieds clans la station , aux fesses dans l'attitude assise , de remplir les vides conjointement avec le tissu cellulaire, et de rendre par là les formes arrondies : aussi ces formes sont-elles plus marquées chez les femmes et chez les enfans, qui ont en général plus de graisse. On a dit que la graisse servait à garantir du froid , parce que ce fluide est mauvais conducteur du calorique et que les animaux qui habitent dans les climats froids, en ont une couche épaisse sous les tégumens : en admettant qu'il en soit ainsi, ce n'est du moins pas la surface de la peau dont la graisse pourrait conserver la chaleur. On a prétendu sans fondement qu'elle diminuait l'action nerveuse et l'action des muscles, c'est-à-dire la sensibilité et l'énergie musculaire : on a dans ce cas pris la cause pour l'effet. On a pensé que la graisse servait à assouplir les fibres. Fourcroy , considérant que ce fluide contient un excès d'hydrogène , le croyait destiné à rendre la substance nutritive plus azotée, en la privant d'une partie de son hydrogène. Plusieurs auteurs, et Bichat lui-même n'est pas fort éloigné de cette opinion , ont pensé que la graisse pouvait servir à huiler la peau par une sorte de transsudation à travers ses pores : les follicules sébacés sont aujourd'hui trop bien connus pour que l'on puisse adopter cette idée. Les usages généraux de la graisse sont relatifs à la nutrition. La matière nutritive, avant d'être assimilée, passe successivement par divers états : la graisse est une des formes qu'elle revêt. De plus, ce flurde peut être considéré comme un aliment en réserve. C'est ce dont on voit divers exemples chez les
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animaux. Les insectes, par exemple , se nourrissent tle leur graisse avant detre insectes parfaits , et présentent le même phénomène peu de temps avant leur mort. Cela est encore plus marqué dans les animaux hybernans, qui dorment pendant l'hiver et ne vivent que de leur graisse jusqu'à leur réveil, époque à laquelle ils sont très-maigres. Les foetus des ovipares se nourrissent de la graisse qui forme en grande proportion le jaune de l'œuf.
§ 168. Le tissu adipeux et la graisse, outre les variétés dont il a été question, présentent quelques altérations morbides.
Quand le tissu graisseux est divisé, des gouttelettes d'huile s'en échappent, et si les lèvres de la plaie sont maintenues rapprochées , la réunion a lieu promptement; mais la graisse ne reparaît dans l'endroit de la réunion, que quand le tissu cellulaire nouveau a cessé d'être compacte. Le tissu graisseux dénudé s'enflamme, la graisse est résorbée ; puis il se recouvre d'une couche de matière organisable , qui devient la base de la cicatrice, ou nouvelle peau, qui se forme au-dessus de la graisse.
Ce tissu, et la graisse qu'il renferme, s'amassent quelquefois en très -grande quantité, comme on le voit dans l'obésité ou polysarcie. On a vu des individus , dans cet état, peser de cinq à six cents, et même jusqu'à huit cents livres. Quand l'obésité est locale ou bornée à un seul point du corps, elle prend le nom de lipome '.
» Poyez Th. Ch. Bigots Dissert, sur les tumeurs graisseuses extérieures au péritoine , etc. Taris, 1821.
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Cette affection peut avoir presque partout son siège : cependant on l'observe le plus souvent au-dessous des tégumens et en dehors des membranes séreuses. Les tumeurs de ce genre situées au-dessous de la peau ont été mal à propos confondues avec les tumeurs enkystées. Leur forme est obronde; lorsqu'elles sont très-volumineuses elles soulèvent et entraînent la peau, et sont alors pédiculées ou pyriformes : on en a vu peser de quarante à cinquante livres. A l'extérieur des membranes séreuses, leur figure est ordinairement ovoïde : une de leurs extrémités tient à la membrane, l'autre se rapproche de la peau; à l'extérieur du péritonie, cette tumeur constitue la hernie graisseuse, ou le liparocèle. Le lipome a une structure analogue à celle de la graisse : suivant Monro, les vésicules y ont le même volume que dans cette dernière, et sont seulement plus nombreuses. Une enveloppe celluleuse , semblable à celle qui entoure les muscles , quelquefois d'une densité qui la rapproche des membranes fibreuses et des kystes, existe le plus communément autour de la tumeur. Cette membrane contient des vaisseaux assez apparens. Les lipomes extérieurs au péritoine offrent quelquefois l'aspect de l'épiploon quand on les déploie : en général pourtant ces tumeurs renferment beaucoup moins de vaisseaux que d'autres tumeurs du même volume.
Les auteurs ont parlé de transformations graisseuses des muscles. Voici ce qu'un certain nombre d'observations m'a appris à ce sujet. Les muscles deviennent souvent tout- à -fait blancs dans les paralysies; leurs fibres diminuent en même temps de volume, et comme
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cette altération s'observe surtout chez les vieillards . dans lesquels la graisse est plus abondante à l'intérieur, et que le repos de la partie augmente encore la quantité de ce fluide, il en résulte un aspect graisseux des muscles, qui en a imposé pour une vraie transformation graisseuse. Mais on trouve dans ces muscles la fibrine qui leur est propre, lorsqu'on les soumet à l'action de l'alcobol, à l'action d'un papier absorbant, lorsqu'on les fait cuire dans l'eau, ou lorsqu'on les expose à un feu nu. Il y a donc seulement décoloration, et non transformation graisseuse des muscles. M. Vauquelin et M. Chévreul ont obtenu les mêmes résultats dans les analyses qu'ils ont faites de ces muscles. La transformation graisseuse n'existe pas davantage dans les os : seulement la moelle, qui en occupe l'intérieur, peut devenir très- abondante. Le foie est quelquefois le siège d'une transformation graisseuse, qui n'a pas été suffisamment examinée.
Les inflammations qui surviennent dans des régions où le tissu adipeux est très -abondant ont une tendance particulière à se terminer par gangrène. Cette observation, que l'on a faite depuis long-temps sur les animaux très-gras, tels que les cochons, les m'ôutoris, quand ils éprouvent des piqûres , est aussi exacte chez l'homme, dans lequel les blessures et les intiltrations , surtout urinaires ou stercorales, dans le tissu graisseux sont suivies de gangrènes très-étendues. La très-petite proportion des parties vivantes que renferme le tissu adipeux peut rendre raison de ces phénomènes. On voit quelque chose d'analogue dans les hernies épiploïques : quand on laisse à l'extérieur des masses consi-
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dérables depiploon, il arrive alors que cet organe se pourrit à sa surface ; il en découle une huile abondante, et lorsqu'une fois son volume est par là considérablement diminué, il ne reste plus qu'un, champignon rouge et très-vasculaire, formé par le tissu cellulaire intermédiaire à la graisse, et par le développement des vaisseaux.
Dans un cas d'hépatite, le docteur Traill, de Liverpool, a trouvé dans le sérum du sang extrait par la saignée une quantité notable d'huile, environ deux parties et demie sur cent de sérum. Les kystes de l'ovaire contiennent assez souvent de la graisse avec des poils et quelquefois des dents, mais l'altération est alors trèscomposée : ce n'est pas ici le lieu de la décrire. Les calculs biliaires sont quelquefois formés d'une matière grasse nommée cholestérine. Les matières stercorales contiennent également quelquefois des substances grasses, soit mêlées avec leurs principes, soit en masses isolées. L'ambre gris est une matière grasse, qui paraît provenir de l'intestin du phjseter macrocephalus . Certains kystes des organes génitaux, et quelques hydrocèles, renferment quelquefois des paillettes brillantes, qui ne sont autre chose que de la cholestérine. On trouve aussi cette matière, mais moins souvent, dans des tissus morbides situés dans d'autres régions. Les tumeurs appelées mélicéris, stéatome et athérome, et que l'on regarde comme des kystes sous-cutanés (Ghap. III) contiennent une certaine proportion de matière grasse.
ARTICLE II