SECTION XV
DES TRANSACTIONS PECUNIAIRES ENTRE LES NATIONS. — DES LETTRES DE CHANGE.
Les monnaies des divers pays sont différentes , c'est-à-dire qu'elles consistent en portions de méjlal de quantités différentes et qui portent des noms différens. La livre sterling , par exemple , est Ja monnaie de l'Angleterre ; le dollar celle de certains autres pays ; la livre sterling contient une pcMrtion déterminée de métal r 1^ dollar en contient une qi^antité moindre, et ainsi des autres monnaies.
Les achats qu'on fait d'un pays dans un autre se font , comme tous les autres achats , avec de la monnaie. Si un marchand hollandais , par exemple , itchète des marchandises en Angleterre , il les achète à ta^nt de livres sterling ; si un marchahd anglais achète des marchandises en Hollande , il les achète h tant de florins. Pour payer une livre sterling, le marchand hollandais doit envoyer en An-
glelerre cette monnaie ou son équivalent :
cet équivalent est une quantité de métal précieux égale à celle que contient la livre sterling à payer. Si le marchand hollandais n'a d'autre monnaie que des florins , il faut qu'il
envoie un nombre de florins contenant exac-
tement la même quantité de métal précieux que la livre sterling.
Lorsqu'on imagina le langage dont se servent aujourd'hui les marchands des diverses parties de l'Europe , on calcula quel était le nombre de pièces d'une certaine monnaie qui contenait la même quantité de métal qu^un nombre donné de pièces d'une autre monnaie :
c'est ce qu'on appella le pair du change. Le florin ne contenait pas tout-à-fait autant de métal que deux shillings d'Angleterre ; mais , pour plus de simplicité, supposons qu'il en contenait tout juste autant; le pair du cîiange était donc dix florins pour une livre sterling , ou dans le style abrégé des marchands lo.
Le change entre deux pays, se fait, au surplus , non en transportaiit la monnaie ou les métaux de l'un dans l'autre , mais le plus ordinairement par le moyen de billets. Le
igo DES ECUANGES.
langage que les marchands ont adopté dans le trafic des billets est très-bref et très-elliptique, et n^ëtant pas bien choisi à certains égards , devient une source d'obscurités et die malentendus.
La simple opération du change consiste en ceci : le marchand de Londres auquel un marchand d'Amsterdam doit une somme «de monnaie, écrit à celui-ci deux lignes pour lui ordonner de payer cette somme. L'action d'écrire ces deux lignes s'appelle tirer y l'écrit lui-même s'appelle une traite ^ et l'on dit de celui à qui on l'adresse qu'on tire sur lui. Si le marchand de Londres , en même temps qu'il a de l'argent à recevoir d'Amsterdam, en a à payer dans celte ville , il tire sur son débiteur à l'ordre de son créancier , ou , en d'autres termes , les deux lignes qu'il écrit à la personne qui lui doit une somme d'argent à Amsterdam , ordonnent à cette dernière d'en payer le montant à l'autre personne à laquelle il doit lui-même. Si la somme à recevoir égale celle à payer , la traite annulle la dette ; si elle est moins forte , elle paie pour toute sa valeur , et la différence forme une balance.
Il arrive » dans le cours des affaires > que les individus qui importent des marchandises de Hollande ^ par exemple , ne sont pas ceux qui e^tportent des . marchandises pour ce pays. Les mar(chands*qui importent du blë , du beurre ou du suif 4e Hollande, appartiennent à une classe, et ceux qui exportent des étoffes de coton et des quincailleries pour la Hollande , sont des marchands d'une autre classfe. L^s personnes qui ont de l'argent à recevoir de la Hollande n'ont donc rien à payer dans ce pays ; elles deman* dent leur a|;gent, et comptent qu'on les paiera. Il y a d'autres individus qui ont de l'argent à payer en Hollande , et qui , pour s'épargner la dépense d'envoyer cet argent , désirent obtenir de ceux qui ont de l'argent à recevoir de ce pays des ordres sur leurs débiteurs, c'està-dire, des billets tirés sur. ceux-ci pour la somme qu'ils doiveAt. Les exporteurs anglais qui ont de l'argent à. recevoir de la Hollande tirent alors sur leurs correspondans en Hollande, et, sans avoir luesoin d'attendre le retour de la Hollande , reçoivent en Angleterre leur argent des mains des importeurs anglais.
Il y a donc deux espèces d'individus en Angleterre : les uns qui ont de l'argent à recevoir
de la Hollande, et les autres qui ont de Targent à envoyer dans ce pays. Ceux qui ont de l'argent à envoyer désirent trouver ceux qui ont de l'argent à recevoir et des billets à tirer; d'un autre côté, ceux qui ont des billets à tirer et de l'argent à recevoir désirent trouver les individus qui en ont à payer, et qui voudraient le donner sur-le-champ ; ce qui dispenserait les premiers d^attendre le retour de la Hollande ; mais ces deux espèces dHndividbs ne savent pas toujours comment se trouver. Cette circonstance a donné naissance à une classe d'entremetteurs qui, sous le nom de courtiers de change^ s'occupent à les mettre en rapport, ou plutôt à servir d'intermédiaire entre eux.
Quand il arrive que le montant des billets tirés est le même que celui pour lequel on désire des traites , ou , en d'autres termes, quand les individus qui ont de l'argent à recevoir de l'étranger sont en nombre égal à ceux qui en ont à payer * , le montant des billets à acheter et à vendre est le même : pour chaque individu
^ Pour l'exactitude cle raisonnement il doit être sous-entendu que chaque individu a la même somme à recevoir ou à payer.
DES ECHANGES. igS
qui désire acheter une traite sur la Hollande, il y a un autre individu qui en veut vendre une. Il n'y a donc à payer ni prime d'un côté , ni escompte de l'autre , les billets se livrent pour leur valeur, ou , dans le langage des marchands, le change est au pcdr.
Lorsqu'il arrive que les dettes et les créances ne sont pas égales ; que l'Angleterre , par exemple , a plus d'argent à payer qu elle n'en a à recevoir, ou, en d'autres termes, qu'elle a importé pour de plus grandes sommes qu'elle n'a exporté, il y. a plus d'individus qui désirent acheter des traites sur la Hollande qu'il ne s'en trouve qui veulent en vendre. Ceux qui .ne pourraient se procurer des billets pour payer leurs dettes devraient envoyer des métaux ; ce qui leur coûterait des frais considérables. Il s'établit alors une concurrence entre les marchands qui désirent des traites-^ et, pour les avoir , ils donnent un peu plus qu'elles ne valent. Une traite de. dix mille florins, par exemple, (en supposant le] pair du change à dix et les dix mille florins valoir mille livres sterling) s'achètera volontiers quelque chose de plus que mille livres sterling. Dans ce cas, Ton dit que le change est en faveur, de la Hol-
lande et contre TAngleterre. Il est contre TAn* gleterre, parce que, lorsqu^en Hollande on tire aar TAngleterre , il y a plti6 de gens qui ont des traites h Tendre qu^il ne s'en trouve qui aient besoin d'en acheter. 11 y a donc concurrence parmi ceux qui veulent vendre, et le prix tombe. Une traite de mille livres sterling sur r Angle terre , au lieu de se vendre dix Hii}Ie florins , se vend quelque chose de moins. Cette circonstance doit ëvidemfnent 4^ou^ rager le marchand hollandais 4fai Mporte des marchandisee poup l'Angleterre; elle produit nécessairement le même eff^t à l'égard dp mar* chand anglais qui imporie des marchandises dcL la Hollande, et qui, en oulre de» dix mille florins que st$ marchandises ifui ont tû^iéyàoit payer quelque chose de plus qut les mille livres sterUng, valeur au pair de la traite de dix mille florins dont il a besoin pour s'acquitter^ D'un autre cdté, il en résulte un encourag^niest pour lé marchand anglais qui exporte des marchandises pour la Hollande, puisqu'il reçmt, poup sa traite de dix mille ilorins ^ur I^ Hol-^ iandè , lin peu plus^ de mille livres steriiog, valeur df se^ marchandises : il est 4Qnc sûi^ mule , par ee ^rcroit de profit ^ à étf^dre son commerce. *
DES lÊOH ANGES. tgi>
Il est aise de voir ^lelle est la limite de cette variation dans le prix des biHet$, ou ce que les marchands nomment le change. Lé motiEde Tachât d'un billet /ë^t Tobligation dé payer une dette. Le m^rtîhaiid anglais qui a une detle à payer en Hollande, peut ù^anmoins la payer sans le secours d^un billet , en envoyant 4l^ espèces ; mais c<el envoi ocèa^sione certains frais; et si le marchand peut se procuiier un billet sans payer au delà de ce» frais, il achètera le billet Le montant des frai^ d^ transport de Fargent, est donc le maxir mum de la prinie qu'il paiera pour avoir un billet, et fixe par conséquent la limite de la hausse du prix de ces billets. Comme les frais de transport de Fargent qui renferme à^ grandes valeurs sous un petit Volume ne sont jamais considérables , le chaiige ne s'écartera jamais beaucoup du pair*
On sait très-faâen , dans le commer(!e , com**^ ment on solde la balance d'un pays à un autne par le moyen des lettres de change.
Si F Angleterre a une balance h solder à la Hollande , en même temps qu'elle en a une à recevoir de Hambourg, le porteur, à Amfir
\q6 bjës échanges.
terdam, d^une traite de ï,ooo livres sterling sur l'Angleterre , n'enverra probablement pas sa traite eu Angleterre , où elle ne lui procurerait que 1 ,000 livres sterling , mais à Hàm* bourg , où elle lui rapportera quelque chose de plus. Une dette de l'Angleterre envers la Hollande se paie donc au moyen d'une créance que là première avait sur Hambourg. Les marchands anglais qui ont importé des marchandises de la Hollande, les paient en payant aux marchands hollandais la valeur de celles que ces derniers ont exportées pour Haqrbourg.
Telles sont les transactions qui ont lieu de pays à pays par le moyen des lettres de change, et tel est le langage dont on se sert pour les exprimer. Ces opérations ont lieu dans deux états de choses : i^ quand la valeur de la monnaie des deux pays resté la même qu'au temps où le pair du change a été calculé , c'est-à-dire quand 10 florins de Hollande , par exemple , contiennent autant de métal qu'une livre sterling, et que le pair du change est 10; n^ quand la valeur relative des deux monnaies n'est pas demeurée la même , comme , par exemple , quand une livre sterling , au lieu de valoir
BËS ECHANGES. 197
10 florins , vient à en valoir 12', ou seulement 8.
Si nous supposons que la quantité de métal précieux contenue dans une livre sterling a été réduite au point qu^elle n^équivaut plus qu'à celle contenue dans 8 florins, le pair du change devient réellement 8 , au lieu de lo.
Uesmarchands, néanmoins, n'ont jamais cessé de s'exprimer comme au temps où le pair du change a été calculé. En supposant que le pair du change entre le florin et la livre sterling était primitivement lo, ils ont toujours continué à regarder lo comme le pair , quelque changement qui se soit opéré dans la valeur relative des deux monnaies , quoique la livre sterling n'ait plus valu , par. exemple , que 8 florins au lieu de lo. Toutefois , ils réglaient le montant d'un billet d'après la valeur réelle des monnaies ; un billet de tant de livres sterling n'était pas ^al à autant de fois lo florins , mais à autant de fois 8. Comme on appelait toujours lo le pair du change , quoiqu'il ne fût réellement que 8 , on imagina de dire que le thange était contre l'Angleterre dans 'la proportion de; lo à 8 , ou de 20 pour cent. Cette différe^tice de 20 pour cent était
Iffi HES ÉCHANGES.
au reste purement nominale ; car , lorsqiiHl y avait lieu à un escompte de ces 20 pour cent sur un billet anglais, le change ëtait réellement 9U pair. Cette manière de s'exf»'imer était donc impri>pre et faite pour induire en erreur ; .mais si , en pareil cas , Ton ne perd pas de vue que 20 pour cent contre TAngieterre signiSe la mèfne chose que le piair , il est aisé de voir que tout ce que nous avons diémontré, dans les pages précédentes , être vrai lorsque le cluMfige est a« piâr , est é^kment -vrai lors d'une diEférçnce de 20 pour cent. Tout ce qui élève le change au-dessus eu pair, correctement parlant, en met la' différence d^aviant au-dessous -de 20 pour cent, suivant la manière incorrecte de s'exprimj&r ; et tout ce^qui réduit le changç au-deS^ous du pair , conrec*^ tement partant, élève la * différence d'autant au-dessus de 20 poiar cent, suivant la manière incorrecte dq s'expriosier.^ T(ws les effets résultans de ce qii'çfi appelle la^ hausse ou la haisse, aurdessus. ou aq dessous du pair^ dans un cas, résultant dope des mêmes choses dé^ ignées par des noms difféi^eifis dans Faotre ca^. I^ous n^avpns par conséquent pa& besoin de npus étendre davantagie.suF ce snjjet.
DBS lÊOHAMQmSt fg^
Quand les inottnaies des4eux pays sont mé^ tani<)U€a , une aUératiôn dans leur Taleur re-^ lative ne petit arriver que par Teffet d'une itération dam la quantitë relative de métal qu'eUes contiennents parce que, ainsi que dooS i'avons vu pnëcédeniaHntt il y a des crfistacleé qui s'opposent à ce qu'il s'établisse une diffé« rendfe considérable entre la valeur nominale d'une monnaie métallique et celte 4a métal qu-'elle contient. Il y a toutefois on autre cas^ celui d'un paptêr-monnaie <non remboursable en numéraire. €e cas demande à élve examiné séparément.
Revenons'ii notre première supposition que la livre^tevling contient autant de métal que lo fldirins ; supposons, en ou^e , qu'ont a émis^n Angleterre ime telle quantité de papier-monnaie n€m i^emboursable en numéraire , que la valeur d'une livre sterlitig en pupier,. est tom*bée à 20 pour cent au-dessous de celle du métal contenu dans une livre stei^ling , il est aisé de voir que, dans ce cas, un billet de Boo livre» sterling est exactement de la même ^alem* qu'im biilet de même sonnoe ,• quand là mcmnaie setrovre dépréciée en* perdant 20 pour cent de métal préciemi. Bans les deux
200 DES KCHAMQES;
caS) un billet de loo livres sterling vaut non pas cent fois lo florins , mais cent fois 8 florins. La raison en est que le billet ne pourra acheter, en Angleterre, qu^autant de métal tout juste qu^il y en a dans cent fois 8 flarins. Il s'échangera donc seiijement contre uâ billet de 800 florins.
Ces faits peuvent être exprimés par une formule générale. Une lettre de change , tirée sur un pays quelconque , a , lorsqu'elle arrive dans ce pays , une valeur égale à celle de la portion de métaux précieux qu'on pourrait acheter avec la somme de monnaie pour laquelle on Va tirée. Un billet de 100 livres sterling , par exemple , vaut tout le métal qu'il pourrait acheter., que cette quantité soit plus grande ou plus petite que celle qu'on pourrait acheter avec 100 livres sterling en numéraire. Quelle que soit la différence en moins^ entre la quantité de métal qu'on pourrait acheter avec le billet , et celle qu'on achèterait avec 100 livres sterling en numéraire, ie papier se trouve valoir tout juste autant de moins que le numéraire , si ce dernier circulait à sa place. Le change contre un pays ne peut donc jamais excéder le montant de deux sommes : i"" la
I>£S ECHANGES. âO|
différence de la valeur entre la monnaie dé* préciée et non dépréciée , ou la différence entre la valeur nominale de la monnaie et la quantité de métaux précieux qu'elle peut acheter ; 2^ les frais de transport de ces métuux quand ils sont achetés.
Il paraît donc pronvé que Topinion des personnes (et quelques éconpmistes très^distingués sont de ce nombre) qui pensent que nonseulement le change nominal , mais méîne le change réel, peuvent varier au delà des frais de transport des métaux précieux, est tout-àfait dépourvue de fondement. Elles disent que lorsque, par quelque cause particulière, une grande disparition des métaux précieux a eu lieu , et a créé une rareté telle qu'il faut exporter des marchandises du pays où ces métaux sont rares , pour les importer des pays où ils abondent , tes billets tirés sur le premier peuvent avoir à supporter un escompte montant non-seulement aux frais de trani^ort des métaux précieux , mais encore à* ceux qu'occasionent l'envoi des marchandises qui servent à acheter ces métaux, et leur transport dans' le pays. Il y à deux choses à remarquer sur cet argument. En premier lieu ,
202 DES ECHAKaES»
il lie tient pas coslpte 'de cette cîreonstàiicè quun certain nombre de livres sterling en pa-^ pier peut toujours acheter le métal au prix courant. Quelle que soit la différence en^ moii» entre la quantité qu'il achète et celle que con^ tiendrait le même nombre de Urres sterling en espèces non altérées, le cours se trouve déprécié dans la même proportion. Il s^ensiiit que le change est altéré nonUnaiemeti ^ suivant une mauvaise mattière de s'exprimer, mais pas du tout réellement. LaqMtttitë de métaux précieu3^ que le billet pcdmtettra d^acfaefeer est égale à sa valeur comparée à eeUe d'ua billet exprimé en florins contenant une certaim quantité de métal ; tout ce qu^il peut coûter de phis ne saurait être que le montant des frftis de transport du métal. Les frais de tvans^ port du niétal sont donc la mesure d» chalig^ réel ; tout le reste est nominal et n^altère que
lie langage.
On oppose néamnoins à ^ette condMÎon une objection que noqs devons réfuter. Quelques pei^onnes soutiennent que te montant d'un changé défavorable peut aller beaucoup au delà des frais de transport du métal et dé la dépréciation du^ ^ou» , 1^ deux eir^on^
Des ÉCHANGES. , 2o3
ilan'cés qilê ttoos avons dit devoir toujours lui servir de Kniites.
L^argument en faveur de cette assertion est que, dans le cas de grands paiemens à faire à rétranger, soit pour le compte du gouvernement, soit pour solder des importations extraordinaire;», comme celle du blé, dans un temps de disette , on doit éprouver une grande difficulté à se procurer le métal nécessaire pour solder la balance ; qu^on peut être obligé de le faire venir d'un pays étranger, et par conséquent d'exporter des marchandises pour le payer ; que, dans ce cas, les persQftnes qui importent le niétal ont à supporter les frais d'envoi des marchandises , plus ceux de transport du m>éta], ; et que pour une lettre de çl^nge , ils doi^iiergnt u^ pjrim^ égak ^on-^ seule aient aux frais de transport de la somme en numjéraire , mais encore aux frais, plus considérables d'expéditiolij des marchandises qui auraient dû acheter l'or.
Il est facile de montrer Ferrcur renfermée dans cet argument.
S^tt exi^cim papier^mblltiaie non rembour-
2o4 ^^^ ECHANGES.
sable en numéraire , et si beaucoup d^or est sorti du paya, il s'ensuit que la demande d'or devenant plus considérable , il haussera de prix.
Quand Tor hausse de prix, cela veut dire que pour se le procurer, il en coûte une plus grande quantité de papier ; néanmoins on pourra toujours en acheter avec du papier, et la différence entre ce que le papier en achètera et la quantité contenue dans une somme égale de monnaie métallique constitue la dépréciation de ce papier.
On pourrait dire que c'est For qui a haussé , et non le papier qui est tombé.
C'est une autre question. Toujours serait-il vrai^jue le papier aurait moins.de valeur que le numéraire ; il serait donc déprécié par rapport au numéraire : c'est ce que nous entendons ici par dépréciation.
Quel est donc réellement l'état des choses?
Un marchand anglais qui a fait des importations doit une certaine somme de, monnaie , c'est-i-dire un certain poids d'or , à un marchand de la Hollande. Il peut envoyer de l'or
DES lÉCHANGES. 205
OU une lettre de change. S'il envoie de l'or, il faut qu'il rachète avec son papier ^et qu'il supporte les frais d'envoi. Toutefois il achètera une lettre de change, s'il peut l'acheter pour une moindre somme en papier-monnaie que 1« prix de l'or et les frais de transport de cet or en Hollande ; autrement il ne l'achètera pas. Mais l'or lui coûte autant jèn papier que k papier vaudrait s'il n'était pas déprécié , et d'autant plus que la dépréciation est plus forte. La lettre de change ne peut donc jamais coûte^v plus que la quantité de papier ci-dèssus , plus les frais de transport de l'or. En d'autres termes, la prime à donner pour la lettre de change ne peut jamais excéder le montant de la dépréciation du papier-monnaie, plus les frais de transport du numéraire.
Si l'on dit que, lorsque par quelque circonf^tance particulière , on manque de métaux ^ précieux, et qu'il faut les importer au moyen de l'exportation de quelque marchandise anglaise , le prix de ces métaux se trouve augmenté des frais d'expédition des marchandises qui servent à les acheter, c'est une proposition qui , d'après ce qui a été *établi , ne mérite guère d'être réfutée.
20(i DES iCHAKGES.
La cause qui fait que les chos^ âont plu»
chères dans un lieli que dans un autre, a déjà été expliquée. Lorsqu^oo les transporte d^un lieu dans un autre , elles y sont plus chères du montant des frais de tran^ort. Lés marchandises qu'on euToie au pays des mines y sont plus chères que dans les. pays d^ou elles vien-^ nent , du montant des frais de transport , el ks métaux précieux qui arrivent en échange dans ces pays , y sont plus chers de tous les frais qu'on a faits pour les y transporter : c'est ainsi que nous ayons vu que les marchandises envoyées de Londres dans le pays de Galles y étaient plus obères qu'à Londres , et récipro* queniçnt
La manière dont la disparition du numé-^ raire amène l'importation des métaux précieux, est très-claire* Quand les métaux précieux deviennent rares dans un pays , leur valeur augmente, ou, en d'autres termes , 4 valeur des marchandises, comparée à celle des métau?^ précieux, bais^. Le prix en numéraire d^s marchandises haïssait en Angleterre , se trouve b^ntô^ suffisamment au ^ dessous de Çfcîlui qu'elles ont-dans ries autres pays , pour qu'il devienne profitable de 1^ exporter : les
DM ÉCHANGES. 207 ,
frais de transport ne sont pas supportes par Targent, mais par les marchandises. Il vau-r drait autant dire que , dans le pays qui fournit les miétattx précieux, les frais de^ transport de cas ipëtaox. dpivént être ajoutés au prix d'achat et aux. frais de transport du. blë , ou de toute autre marchajsdise reçue en échange.
On dit que les métaux précieux, lorsqu^on les reçoit de l'étranger, supportent les fraïs de transport des marehandiaes qui sont apportées en échange. Çrénéralisons- cette pisoposi^* tion* £st**il vrai que , quand un pqiys fait Fim^ portation d'une marchandise étrangère, il sup-^ porte lea frais de transport et des marchan* dises qu'il envcûe à l-étranger et.de celles qii'il ^ en. reçoit? La chose est impossible , paoree que * dans tous les cas ou deux nations trafiquent ensemble toutes deux impqftent ; toutes deux \ néanmoins tie peuvent supporter la* totalité 1 \ 4es frais de tcaoèpiMrt.
Si l'Âng^evre, danstun temps de disette^ envoie ^het^r du blé ee Pologne, l'Angleterre ibe. se trouva:a pas chargée de la dépens de transpcnrteE ce^ blé chez elle, et d? celle de transporter en Sologne le 4rap qu'elle donne
en échange, tandis que la Polo^e ne paiera pas sa part de ces frais , et aura son drap franc de port , c^est-à-dire à aussi bon marché qu'en Angleterre. Il est évident que roici ce qui aura lieu f: le blé sera plus cherjen Angleterre qu^en Pologne du montant des frais tle transport de ce blé, et le drap sera plus cher en Pologne qu'en Angleterre des frais de transport de ce drap.
Supposons que la monnaie de Pologne, que nous appellerons rko-dollar, est le quart d^une livre sterling , il sera facile de résoudre la question du change pour tous les cas possibles. Si la quantité de blé achetée en Pologne pour r Angleterre coûte un million de rixdoUars^ et * al le drap qu'on achète de même en Angleterre pour la Pologne coûte deux cent cinquante .mille livres sterling ^ les billets tirés sur la Pologne pour les susdits deux cent cinquante mille livres sterling paieront tout juste le million de riic-doltars ^ et le change sera au pair, sans é(re altéré en rien par les frais de transport du blé ni du drap. Si la valeur du drap importé en Pologne était de moins de deux cent cinquante mille livi^s sterling, TAngleterre aurait alors une balance à solder, et les billets sur la Po-
logtie rapporteraient une prime. Cette prime ne pourrait toutefois excëder les frais de transptordes métaux précieux, parce qu^en payant ces frais, le* marchand anglais paierait sa dette sans avoir. besoin d^un billet. Il paraît donc démontré que , dans ce qui constitue un change défavorable , les frais de transport de Fargent du pays qui doit la balance sont la seule chose à laquelle on puisse attribuer quelque effet.
La balance peut avoir augmenté, à une époque où l'or est devenu rare en Angleterre-, lorsqu'il n'est pas aisé de s'en procurer ; en d'autres termes , quand l'Angleterre a mie grande demande d'or provenant de l'étranger , et est obligée de vendre une quantité extraordinaire de ses marchandises pour se le procurer. Ceci n'affecte point le change. Quelle que soit la dépense en marchandises que l'Angleterre doit supporter pour se procurer les métaux dont elle a besoin, tant que le cours , dans ce pays , ne sera pas déprécié , c'est-à-dire tant que la livre sterling demeurera égale à quatre nir-do/Zarj, l'Angleterre paiera une balance de quatre Ha-dollars par livre sterling et en outre les frais de transport.
Si le cours est déprécié, et que la livre, sterling ne vaille plus quatre rix-doUars , c'està-dire qu'elle ne puisse acheter autant de métal qu'en contiennent quatre rix-doUars^ le change peut être défavorable jusqu'au montant de la dépréciation du cours et des frais de transport de l'argent. Dans ce cas^ toutefois ^ tout ce qui est produit par la dépréciation est purement nominal ; il n'y a que les frais de transport d» métal qui présentent quelque chose de réel, et ils forment évidemment tout ce qui peut rendre le change défavorable. Les frais de. transport des marchandises qu'on échange contre le métal n'ont aucune relation avec la manière de tirer et négocier les billets entré le» deux
pays.
V»M<»<»M<»»M»W^tWM^<M^<^MWMW^WWMW^MM^MMM<W»»»WM<W ^ %»»»l»%»WW»WI»^^
SECTION XVI
aSS PBIlfSS Et BES PROHiBinOllS.
Sous ce titre n#us comprenons toutes les espèces d'encouragemens et d'enlraves quelconques dont Tobjet est de faire prendre à la production et aux échanges certaines direc^ lions qu'ils n'eussent pas pris naturellement.
^ Les raisonnemens sur ce sujet seront, nous \ le pensons, clairs, concluans et n'exigeront pas ' beaucoup de mots.
,« S'il parait évident que la production et les > échanges prennent les directions les plus pro* ^ fitàbles , quand on les laisse libres , il s'ensuivra nécessairement que toutes les fois qu'on les en détournera, par une intervention étrangère quelconque , l'industrie du pays sera employée d'une manière moins avantageuse. '■
On peut, au moyen d'uike très-courte dé-
212 Des échanges.
monstration , prouver que lorsque Findustrie et les échanges sont laissés libres , ils prennent les directions les plus avantageuses.
Les causes qui donnent lieu a la production et aux échanges demandent à être examinées séparément; car, au 'sujet de la production, il n'y a guère de différence d'opinions. Si un pays n'avait aucune relaticn commerciale avec ses voisins , et employait toute sa puissance productive à fournir à sa propre consommation y rien ne serait plus absurde que de donner des primes pour la production d'une sorte de marchandises, et de mettre des entraves à la production d'une autre espèce de marchandises. Nous n'envisageons ici les choses que sous le point de vue relatif à l'économie politique , et par rapport à la production ; car si un pays met des entraves à la production de certains objets , comme les liqueurs spiritueuses dont l'usage est pernicieux, ceci tient à la morale , et a pour but de régler , non la production , mais la consommation. Partout où l'on ne cherche pas à borner la consommation, il semble admis, même dans la pratique , que la demande règle toujours la production de la manière qui convient le mieux aux intérêts de la société. Les gouvernemens les
plus stupides n^ont pas songé à donner des piîmes pour la fabrication des souliers y au à mettre une taxe sur les bas, paur en restreindre la fabrication , afin d'enrichir le pays eii faisant une plus grande quantité de souliers et une moindre quantité de bas. Quand il s'agit du commerce intérieur, il semble admis que Ton fait tout juste autant de bas et de souliers qu'on en demande. Si Ton agissait différemment ; si une prime était accordée à la fabrication des souliers , et une taxe imposée sur la fabrication des bas, le seul effet qui en résulterait serait que le peuple paierait les souliers moins chers et les i)as plus chers que si ces mesures n'existaient pas; que le peuple serait mieux fourni de souliers et moins bien Jie bas que si Fon avait laissé les choses suivre leur cours naturel, c'est-à-dire si Ton eût laissé le peuple consulter son goût et sa convenance , ou , en d'iautres termes, si on eût laissé les producteurs tirer le plus grand profit' de leurs efforts.
Ainsi, tous ces réglemens sur l'industrie dont le btit est d'augmenter la production d'une sorte de marchandises , en diminuant celle d'une autre sorte d'objets ; réglemens qui ont été regardés comme le fruit de la haute sagesse
ai4 DES ÉCHANGES.
des gouvernemens , n^ont été adoptes que pour diriger le commerce avec les pays étranger3 , et pour augmenter ou diminuer , mais plus conuQunëment diminuer la quantité de certaines, marchandises qu^on reçoit de ces pays.
Maintenant il est reconnu, ainsi que nous Pavons amplement démontré, qu^aucun objet qui peut être produit dans le pays ne sera jamais importé d^un pays étranger , à moins qu^oq ne puisse obtenir cet objet en échange d^une moindre quantité de travail, c^est-à-dirë de frais que n'aurait exigé sa production dans le pays même. Il semble non -seulement certain y ipais même avoué , qu'il est désirable de produire les objets à aussi peu de frais que possible. Tel est l'objet de toutes les améliorations auxquelles on vise dans la production au moyen de la division du travail , en cultivant la terre suivant une meilleure méthode , et en inventant des machines plus puissantes^ et plus ingénieuses. Il semble , en effet, qu'on doit regarder comme une proposition de la plus grande évidence que , quelle, que soft la quantité dç moyeps de production que pos^ sède un peuple , plus il pourra les rendre productifs , et mieux cela vaudra ; car ce n'est ni
DES iCHANGES. 2l5
plus ni moins que de dire quHl est avantageux pour les hommes d^avoir tous les objets qu'ils désirent , et de se les procurer avec peu de peine.
Non*seulement il est certain que partout où règne la liberté d^industrie on nHmportera ja*mais une marchandise qù^on peut fabriquer dans le pays, à moins qu^on ne puisse réimporter à moins de frais quHl n'en coûterait pour la fabriquer ; mais , quel que soit le pays où Ton peut se procurer cette marchandise à moins de frais , c^est k, ce pays qu^on aura recours pour Favoir; et, quelle que soit la marchandise dont l'exportation pourra procurer la première à moins de frais, c^est celle qu'on exportera en échange. Ceci résulte assez évidemment des principesMu commerce , pour ne pas exiger d'explication. Ce n'est autre chose que de dire que , lorsqu'on laissera faire les marchands, ils achèteront* toujours au meilleur marché possible , et vendront toujours le plus cher qu'ils pourront.
Il paraît donc pleinement démontré que, si on laisse la production et l'échange prendre eux-mêmes leurs directions, ils choisiront cer*
' 2l6 DES ÉCHANGES.
tainement les plus avantageuses à la communauté. -Il est certain que la production et rechange choisiront les directions suivant lesquelles on peut obtenir à moins de frais les objets que la communauté désire. Obtenir ces marchandises , et les obtenir au meilleur marché possible, est la somme d^avantages que la production et rechange , considérés sous le point de vue le plus simple , peuvent prpeurér. Par conséquent, à quelque degré que Ton force la production et rechange de s'écarter des directions quHls eussent prises naturellement, on perd au même degré les avantages qui résultent de la production et de l'échange , ou tout au moins on les sacrifie à quelque autre chose. Y a^ t-il des cas où Ton doive les sacrifier à quelque autre chose? Cest une question de politique pure, et non d'économie politique.
II n'y a pas de sujet sur lequel la bonté du système riestrictif et prohibitif ait été soutenue avec une plus grande opiniâtreté, et- avec autant de sophismes, que le commerce des grains. On ne peut mettre en doute cependant que le Lléne sera jamais importé à moins qu'on ne puisse l'obtenir de l'étranger à moins de frais qu'il n'en coûterait pour le produire dans le
Des échanges. 217
pays *. Tout Tavantagé qu'on obtient de rimportation d'une marchandise qu'il serait possible de fabriquer dans le pays , on pourrait donc l'obtenir de Timportation du blé. Pourquoi priveraitron la cotnmynauté d'un avantage qui, dans ce cas, doit, à cause^des variétés de sol et de population dans les divers pays, être beaucoup plus grand' que celui qu'on obtient de l'importation de toute autre marchandise ?
Les raisons sur lesquelles s'appuient les partisans de la restriction du commercé des grains sont au nombre de deux; mais ni l'une ni l'autre n'ont le moindre poids.
La première est qu'à moins qu'une nation ne tire le blé de son sol , elle peut , par un effet de l'inimitié de ses voisins , être privée des approvisionnemens qu'elle tire de l'étranger, et se trouver par-là réduite à la plus grande détresse. Ce raisonnement suppose une grande ignorance de l'histoire et des principes commerciaux : de l'histoire , parce qu'elle nous montre que les nations qui se sont trouvées le^plus dans la dépendance des nations étran-^
* Pages 1 14 et suivantes.
2l8 DES ECHANGES.
gères pour leurs approvisionnemens en blé ont joui par-dessus toutes tes autres de Favantage d^utt prix fixe et inyariable de cette denrée ; des principes commerciaux, parce que, si ce qu*on appelle une bonne année dans ui| pays est une mauvai^^ année dans d^autres pays, il s^ensuit inévitablement qu'il n'y a qu'en tirant ses approvisionnemens en blé de divers pay.*^, qu^une nation peut se préserver de ces grandes et fâi:heuses fluctuations dans le prix du blé que la variété des récoltes est faite pour produire. La politique n^est pas plus intéressée au maintien du système que nous combattons que ne Test l'économie politique. Oh sacrifie un bien réel pour éviter la chance d'un mal chimérique ; mal qu'on" doit d'autant moins appréhender que le pays d^où un autre tire ses approvisionnemens en blé est rarement moins dépendant de celui-ci pour la vente de sa ré-^ coite , que le premier ne l'est de lui pour ses approvisionnemens. On ne soutiendra pas qu'une accumulation extraordinaire de blé dans un pays y faute de débouchés , accompagnée de la baisse des prix qui ruine à la fois les fermiers et les propriétaires fonciers , soit un petit m^
• La seconde raison sur laquelle s'appuient les
DES l&CHANGES. 21^
partisans du monopole «st que v comme Its marchands et les manufacturiers ont ^ dans certains cas, le monopole de leur industrie , les fermiers et les propriétaires éprouvent une injustice si on ne leur accorde pas un semblable mono* pôle. En premier lieu, nous ferons observer que si cet argument est valable pour les pro^ ducteurs de grain \ ^\ Test également pour toute autre espèce ^ producteurs. Si , parce qu^une taxe est imposée sur Timportation des laiiles, on devait en imposer ime sur celle du ' bîf, on devrait également mettre une taxe sur rimp94Gition de tous ]es objets que le p4ys peut produire ; le pays , en un mot , devrait n'avoîrplus de conmièrce extérieur, excepté pour les seuls articles qu^il n^a pas le moyen de produire. Cette réduclîon à Tabsurde doit paraître concluante. L^argumépt que nous combattoqs suppose , en outre , que les manufacturiers obtiennent un profit considérable en conséquence de la protection supposée qu'on leur accorde ; et que les producteurs de grains éprouveraient une perte proportionnée si o^ ne les protégeait pas par une taxe semblable T L'ignorance des principes commerciaux est palpable dans ces suppositions dont ni Tune ni l'autre n^offrent une ombre de vérité.
L^homme qui place - $on capital dans une manufacture de laine ou toute autre dont les ^ produits sont privilégiés ( en ce qu'on ne permet pas aux produits des manufactures étrangères d'entrer en concurrence avec eux), ne tire pas, à cause de cela, un plus grand profit de son capital ; son profit n'est pas plus considérable que celui de rhGpfnme dont le capital est employé à quelque gjenre de production ouvert à la concurrence de toutes les nations
^ du monde. Tout ce qui résulte du privilège en question , c'est qu'un plus grand nombre de
! capitalistes trouvent h placer leur capftal dans la branche d'industrie favorisée ; en un mot, qu'une partie des capitalistes du pays s'appliquent à produire une espèce particulière de marchandises, tandisqu'autrement ils se fussent appliqués à produire quelque autre chose , proi bablement quelque chose pour l'étranger, c'està-dire une marchandise avec laquelle on eût pu acheter celle en question., s'il eût été permis de l'importer d'un pays étranger.
Puisque l'homme qui a son capital employé dans la branche d'industrie qu'on appelle protégée ne tire aucun surcroît de profit de cette protection , le producteur de blé n'éprouve
D^S JÉGHANGES. 221
ni la plus petite perte ni le moindre inconvénient. On ne peut donc rien concevoir de plus mal fondé que sa demande d^une îndem-^ nité à raison de cela. La djeiiiande de blé n^est pas diminuée parce qu^on a mis une taxe sur rîmportation des laines ;: et cette demande n^augmenterait pas si Ton supprimait la taxe dont nous parlons. Ses affaires* ne sont donc nullement affectées par cette taxe.
Il ne saurait entrer dans le pland^un ouvrage limité à Texposition des principes généraux de mettre au jour toutes les enrreurs que renferment les argumens en fav^:* de la restriction^u commerce des grains. Nous ne pouvons néanitl||ins laisser passer tout-rà-fait inaper* çues une pu deux sources de ces erreurs.
Le propriétaire foncier s'efforce à présenter son cas et celui du manufacturier comme parfaitement semblables, quoique,, dans les circonstances même sur lesquelles il base ses argumens , ils soient non-seulement différens , mais même contraires. Le propriétaire s'efforce encore à unir son cas à celui du fermier ; et du succès de cet efCort dépend presque toute la plausibilité d^ ses prétentions. Une courte série
322 DES iCHAUGES.
de raiftonnemens suffit pour prouver qu^il n^y a pas de prétentions plus mal fondées. Le ferinîer, en qualité de producteur, a droit au meKne avantage que tous les autres producteurs, savoir, que tous ses déboursés lui rentrent avec un profit raisonnable sur le capital qu41 emploie. Ce que la terre produit en plus de cette rentrée et de ce profit^ est ce qu'il doit rendre à son pik)prîétaire ; et son intérêt n^est nullement affecté par la quantité de ce surplus , quHl soit fort ou faible. Il n^en est paâ de même des salaires , parce que plus les salaires sont faibles , et plus, ses profits' , comme tous les autres profits , sont considérables ; les salaires ne peuvent être faibles si le blé est cher. L'intérêt permanent de la classe des fermiers est donc que le blé soit à bon marché. Tel ou tel individu , dans cette classe , peut , pendant la durée d'un bail, avoir intérêt à ce que le blé soit cher; mais la raison de cette exception montre la vérité de la règle générale. L'individu qui, pendant la durée d'un bail, a intérêt à ce que le blé soit cher , est , par ce bail , métamorphosé jusqu'à un certain point en propriétaire, c'est-à-dire qu'il participe aux avantages dé ce dertier. Pendant la durée de ^on bail , si le priï du blé augmente ^ il obtient non*
seulement ses profit$ comoie fermier , mai^ encore quelque chose de ptus qui, sans ^on bail, ferait partie du loyer, et reTiendrait ai| pro* priëtairei
Ceci forme donc la grande démarcation. Tous ceux qui reçoivent des portions de loyers gagnent à la cherté du blé ; les producteurs de blë , considérés uniquement comme tels , ne gagnent pas à cette cherté ; au contraire. Le cas du fermier répond à celui du manufacturier, et non à celui du propriétaire foncier. Le fermier est producteur et capitaliste ; le manufacturier est également Tun et Tautre , et ils ont reçu tout ce qui leur revient, lorsque leur capital leur a été remboursé avec ses profits. Le propriétaire foncier n'est ni producteur ni capitaliste. Il est propriétaire de certaines facultés productives inhérentes au sol, et tout ce qi^e le sol produit liii ^partient, après avoir remboursé avec profits le capital nécessaire pour qfiettre ces facultés productives en action. On voit ,■ d'après cela , que le cas du propriétaire est particulier ; que la cherté du blé lui est profitable , parce que plus le blé est cher , plus est petite la portion du produit qui peut rembourser avec profits le capital du fermier ^
et plus celle qui lui reste , après ce remboursement , ^st considérable. Pour les fermiers ^ et 4[>our le reste de la communauté , la cherté du blé est un mal , parce qu'elle tend à diminuer les profits des producteurs et à augmenter les dépenses des consommateurs.
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SECTION XVII
OBS CÙUrniE».
Pajumi les expédiens dont on a fait nsage pour iorter une plus grande quantité de moyens de production à prendre des directions particulières , le système colonial offre un sujet assez important pour exiger un examen parti-
Le seul point de la politique coloniale qu'il est nécessaire d'examiner ici est celui du commerce avec les colonies ; et la question est de savoir si Ton peut tirer quelque avantage particulier de ce commerce.
On admettra sans doute comme vraie pour les colooiest de même quMle Test pour les pays étrangers , cette proposition , que tout l'avantage qu'on retire du commerce qui se fait avec elles résulte de ce qu'on en reçoit , et non de ) ce qu'on y envoie , psrce que si ce commerce
ne procurait pas un retour, ce serait toute perte.
Le retour des colonies se fait en argent ou en marchandises. Le lecteur sait déjà parfaitement qu^un pays n^a pas plus d^avantage à recevoir de Targent qu'à recevoir toute autre espèce de marchandise. Il est également évident que, quand la colonie n'a pas de mines des métaux précieux , elle ne peut , à cause du monopole de la mère patrie , avoir ni aident ni autre chose à exporter que ses productions.
II n'est pas besoin d'examiner le cas du commerce libre avec une colonie, parce qu'il rentre dans celui du commerce avec un pays étranger quelconque.
Le monopole du commerce avec ses colonies, que la métropole peut se réserver, est de deux sortes.
Premièrement , elle peut commercer avec ses colonies par le moyen d'une compagnie exclusivement privilégiée. Dans ce cas , la colonie n'a pas d'autres acheteurs que cette compagnie privilégiée à qui elle puisse vendre
quelque chose , ni d^autp^és vendeurs de qui elle puisse acheter ce dont elle a besoin. La Compagnie peut donc lui faire acheter aussi cher qu'il lui plaît les marchandises qu'envoie la métro{>ole , et lui faire vendre à aussi bon marché qu'elle veut les marchandises que la- colonie envoie à la mère patrie; En d'autres termes , la colonie peut , dans ces circon- ^ances , être obligée de donner ^ pour le produit d'une certaine quantité de travail de la métropole , une plus grande quantité de marchandises que celle-ci n'^n pourrait ol^enir au lïiéme prix d'un antre pays, ou de la colonie
elle-même, dans le cas d'un conmierce libre.
Le commerce, dans les circonstances que flous venons de supposer ^ présente deux cas : le premier est le cas où la Colonie reçoit de la métropole des objets de luxe et d'agrément ; le second, celui où elle reçoit des objets de première nécessité, potir la yie ou pour l'industrie , tels que le blé , le fer , etc.
Dans le cas où la colonie reçoit seulement des objets de luxe et d'agrément de la métropole, il y a une limite aux prdits qu'elle peut faire sur le travail de la colonie. Les^ cc4onsv
228 OS6 KCaAMGES;
peovcat refbaer d'adieter ces objeU de luxe oa d'agrément 9 s'ils sont obligés > pour se les procurer ^ de sacrifier une trop grande portion do produit de leur travail , et ib peuvent juger plus à propos d'employer ce travail à se procurer les objets de luxe et d'agrément que leur pap est dans le cas de produire*
la colonie dépend de la métropole pour des objets dt première nécessité , la chose est différente t et la compagnie privilégiée exerce sur la cidonie un pouvoir absolument despotique* Elle peut la forcer à lui donner tout le produit de son travail pour la quai^ité des objets de première nécessité en question tout j»te n^easaire pour permettre aux habilans de la colonie de vivre. Si ce sont des d>jets de première nécessité pour la vie^ la chose est évidente. Si ce sont des <^jets tels que du fer et des outils sans lesquels le travail des colons nt pent être employé d'une manière productive , le résultat est précisément le même. On peut: leur faire donner , pour ces articles , une si grande portion du produit de leur travail , qu'il ae leur reste phis rien que ce qui est strie ^ ttment nécessaire pour les faire subsister; car il.;eét de l'intérât de la métrc^ole de ne pas
diminuer la population de la colonie, parce qu^elIe diminuerait en même temps le produit du travail , c'est-à-dire la quantité de marchan** dises qu'elle jfedt recevoir de la colon^.
Au lieu de commercer avec ses colonies par le moyen d^une compagnie privilégiée , la mé^ tropole peut ouvrir ce commerce à tous ses marchands, défendant seulçipent à la colonie de trafiquer avec les marchands des autres pays; Dans ce cas , la concurrence des marchands de la métropole réduit le prix de tous lés articles que reçoit la colonie h un prix aussi bas qu'il est possible de les fournir , c'est-à-dire à aussi bas prix qu'on les vend dans la métropole ellemême , plus les frais de transport. Si l*on dit que les colonies offrent un débouché à la mé* teopole , je répondni que le capital qui fourni des marchandises aux colonies produirait toujours des marchandises quand les colonies n^existeraient plus , et tt$ marchandises trouveraient des consommateurs. Le travail et le . capital 4^un pays ne peuvent produire plus que j yle pays ne veut consommer. Tout individu a le [ déiirde consommer, soitprodoctivement, soh imprpductivettieAt, tout ce qu'il reçoit Oiaque pays offre dodc en lm*méme des débduchés
23o DES ÉCHAMGES.
pour tout ce qu'il peut produire. Ceci sera rendu encore plus évident lorsque nous en viendrons à examiner le sujet de la consomoyaUon y ainsi que la cause et Fétendue des débouchés. Il n'y a donc absolument aucun avantage à retirer, lorsqu'une libre concurrence existe, de cette partie du commerce avec, les colonies qui consiste à leur fournir des marchandises, puisqu'on n'y gs^e pas plus que les profits ordinaires du capital, c'est-à-dire qu'on aurait pu obtenir, si ce commerce n'eût pas existé.
/ Si ce commerce présente quelque avantage , 1 il doit donc résulter du bon marché des marchandises que la colonie fournit à la métropole. Il est évident que , si la quantité des marchandises, de sucre , par exemple, que la colonie envoie à la métropole est assez grande pour fournir à sa demande , au-delà de ce qui a lieu dans les autres pays , et de manière à le rea4rc plus commun et par conséquent moins cher que dans les autres pays ,. la métropole gagne à forcer la colonie à apporter tous ses produits chez elle, puisqu'elle serait obligée de les payer i aussi cher que les . autres pays , si les colons «étaient libres de vendre là où ils pourraient obtenir les meilleurs prix.
Si la métropole obtenait l'avantage dont nous parlons , elle ne l'obtiendrait qu'aux dépens de la colonie. Dans le cas d'un commerce libre,
toutes deux gagnent ; sous l'empire des restric-
tions , tout ce que l'une, gagae l'autre le perd. La métropole, en forçant la colonie à lui vendre ses produits moins cher qu'elle ne les vendrait à d'autres pays, lui impose tout simplement un tribut, indirect il est vrai, mais non moins réel, parce qu'il est déguisé.
Si l'on peut gagner quelque chose à restreindre le commerce' avec les colonies de toute autre manière que par l'établissement d'une compagnie privilégiée , ce ne saurait être qu'en forçant les colonies à ne vendre ''qu'à la métropole, et non pas en les forçant à n'acheter que d'elle. Ce serait donc une grande amélioration au système colonial , que d'ouvrir à tout le monde les ports des colonies, et de leur permettre d'acheter les marchandises dont elles auraient besoin , de la nation qui peut les leur donner à meilleur marché , se bornant seulement à les restreindre dans la vente de leurs productions ; c'est-à-dire de les laisser acheter de qui il leur plairait , mais de ne leur permettre de vendre qu'à la métropole.
2^2 DES BCHAMGSS.
On doit en même temps, observer que , si les marchands de la métropole ont la liberté d exporter les marchandises provenant des c6* ) ' lonies , le prix de ces marchandises s^ëlève bientôt chez eux au niveau de celui des autres pays. La concurrence doit aussi élever propor<tionnellement le prix des marchandises dans les colonies , et de la sorte les bénéfices de la métropole se trouvent perdus.
On conclut quelquefois des traités de commiërce dont Tobjet est d'en restreindre la liberté. Un pays ne peut être restreint par un autre que de deux manières, ou dans sea achats, ou dans ses ventes. Supposons que la Grande* Bretagme oblige un autre pays à n'acheter que d^elle certaines marchandises. La Grande-Bretagne ne peut tirer aucun profit d'un semblable traité : la concurrence qui s'établira entre les marchands leur fera vendre ces marchandises à ceux du pays en question à aussi bon marché qu'à leurs compatriotes, et leur capital ne se trouve pas employé d'une manière plus profitable que si le traité n'existait pas. Il est des c|is où un pays peut gagner i contraindre un autre p.ays k ne . vendre qu'à lui. Quand un pays est obligé de vendre toutes
ses mardiandises à uli aatre pays exclusive ment, le cas est exacteinentt le même que celui d^uae coloiiie obligée à ne Tendre qu^à là métropole. Toutefois^ comme probablement aucun pays libre ne se laisse imposer un tel joug , nous ne devons point envisager ce cas comme réel ou possible.
Un pays peut s^engager à vendre à un autre pays exclusivement , non tpus les articles qu'il peut exporter I mais seulement quelques-uns d'entre eux.
Ces articles peuvent être du nombre de ceux qui , même dans -le cas d'un Commerce libre , ne rendent rien au-dessus des profits ordinaires du capital i comme les draps > la poterie, les chapeaux, etc.; ou des articles qui procurent un bénéfice plus considérable , comme le blé , le vin, les minéraux, etc., c'est-à-dire des articles qui rendent un revenu aux propriétaires des fonds de terre ou des mines.
Un. pays ne peut avqir aucun avantage à obliger un autre pays à lui vendre , exclusivement k tout autre , les articles de la première espèce. Si le prix que le pays favorisé paie pour les marchandises n'est jpas suffisant pour rem*
bourser le capital avec les profits ordinaires , on ne les produira pas. Si ce prix , au contraire, suffit pour procurer les profits en question, il aurait pu avoir les marchandises san^ faire de traite'.
Le cas est différent quand ce sont des articles qui rendent linéique chose , comme des loyers, ou les profits d'un monopole , en sus des profits du capital. Dans ce cas, il est de Tintérét de ceux qui reçoivent un loyer ou quelque autre revenu de ce genre d'encourager la vente au pays favorisé , tant qu'ils reçoivent quelque chose en plus gar l'effet de cette vente. La quantité de marchandises , objets de la restriction, qu'on envoie de la sorte dans le pays favorisé, tend à faire descendre leur prix audessous de celui des pays voisins , et au-dessous de ce que, sans la restriction, le pays restreint pourrait les vendre dans ces pays. C'est jusque* là, et jusque là seulement, qu'un pays peut gagner à restreindre le commerce d'un autre.
Il y a une manière de présenter ce sujet qui est propre à embarrasser un esprit peu au fait des difficultés de la science de l'économie politique.
Supposons deux pays, que nous désignerons par A et B, Tun desquels, A, est obligé, par traité ou autrement, de recevoir de B tous ses souliers, et de vendre à B tous ses sucres. Supposons aussi que ,^si A était libre , il pourrait obtenir les souliers d'un autre pays à 5o p. loo meilleur marché ; dans ce cas, il peut paraîti:e au premier coup d'œil que B obtient les sucres qu'il achète d'A avec une quantité de travail moindre de 5o p. lOo, que si A avait la liberté d'acheter ses souliers de qui il lui plairait.
Si B payait les sucres avec des souliers , il les paierait certainement 5o p. loo plus cher , dans le cas d'un commerce libre.
Mais s'il produisait quelque autre article avec lequel il pût acheter les sucres, et qu'il pût fournir à aussi bon marché qu'aucun autre pays, il ne perdrait rien , dans le cas d'un commerce libre ; il achèterait la même quantité de sucre qu'auparavant avec Ici produit de la même portion de travail ; seulement ce produit ne serait pas des souliers, mais quelque autre article.
Il y aurait des articles que B pourrait livrer à aussi bon marché qu'aucun autre pays : la
236 DES ÉCHAHGKS.
chose est certaiiie , parce qu^aotrement il ne pourrait avoir de commerce extérieur.
On peut ol^cter cependant que bien que B eût des articles qu^il pourrait vendre à aussi bon marché que les autres pays , ces articles pourraient bien n^étre pas demandés dans le pays qui produit le sucre. Mais si c^ était uniquement des souliers que demandât ce pays, avec les autres articles dont nous venons de parler on pourrait acheter des souliers là ou ils sont le moins chers, et obtenir de la sorte la même quantité de sucre , dans le cas d^un commerce Ubre I que dans celui d'un commerce restreint.