SECTION XL
BES mCONVÉNIÈNS AUXQUELS EST SDJIET L'uSAGE DU
PAPIER-MOMNAIE.
On peut considérer les inconvéniens auxquels est sujet Tusàge du papier -monnaie comme étant de trois sortes :
1* Le manque des personnes par qui le papier est émis à remplir leurs engagemens ;
a** Les faux;
3** L^ altération du cours*
En premier lieu, la faillite des personnes par qui le papier a été émis est un mal contre lequel , avec de bonnes institutions , Ton obtient promptement les plus fortes garanties.
Si on laissait le champ libre à la concurrence, et si on ne limitait aucunement le nombre des associés qui pourraient se réunir poBr créer
une banque, rémission des billets se trouverait naturellement placée sur un pied qui rendrait le papier-monnaie très-sûr.
Le nombre des banques, comme de raison, augmenterait, et aucune d^entre elles ne pourrait remplir de ses billets plus qu'un district d'une certaine étendue.
Comme, dans le cas où les associés seraient nombreux , chacun d'eux aurait peu de risques à courir, que les profits seraient bien assurés, et qu'on sentirait l'importance d^aToir un bon moyen de circulation, ce seraient autant de motifs pour engager les principaux habitans du district à prendre des actions dans la banque locale, circonstance qui ajouterait beaucoup à la sécurité du public.
Avex: une semblable concurrence , toute banque d'un crédit douteux chercherait en vain à introduire ses billets dians lai circulation. L'intérêt tiendrait l'attention suffisamment éveillée à cet égard ; et partout où l'instruction est assez répandue et la presse libre, il ne manque ]>as de moyens d'amener les plus igaorans à de âaines conclusionâ. Oa peut s'en fier au
peuple pour repousser les billets de banquiers suspects , lorsqu'il peut avoir ceux de personnes en qui il a confiance.
On obtient un autre avantage du grand nombre des banques , chacune fournissant , sous la sauvegarde de la liberté et de la. concurrence, à la circulation d^un district limité ; c'est que si l'une de ces banques vient à manquer, le mal est borné , et ne cause qu'un faible dommage à la communauté.
D'un autre côté, l'intérêt qu'ont dçs banques nombreuses à se supplanter les unes les autres met les directeurs de ces établissemens aux aguets pour découvrir tout symptôme d'embarras de la part de leurs rivaux , et les excite à le dévoiler, tandis que la certitude que chacun a d'être surveillé le rend soigneux d éviter toute faute qui pourrait tendre à lui faire perdre une portion de son crédit.
En Ecosse, où les banques soi^t à peu près
placées dans cette position désirable , et où le
papier-monnaie a tout d'un coup rempli les
* canaux de la circulation, long-t^mps avant la
suspension des paiemens en ni^mér^iré à la
iSa DES ÉCHANGES.
banque d'Angleterre , il y a eu peu de faillites parmi les nombreuses banques qui ont émis du papier, nonobstant toutes les fluctuations dans la valeur de la monnaie causées par la suspension dont nous venons de parler, et les coups qu'elles portèrent ai^ crédit.
Telles sont les garanties que Tintérêt et Tintelligence des particuliers peuvent donner sans l'intervention de la législature. Parmi les garanties qui peuvent provenir de la législature , les deux suivantes sont celles qui se présentent les premières.
On pourrait obliger chaque banque de transmettre à quelque agent du gouvernement deux états mensuels , Tun faisant connaître le montant de ses billets, et l'autre les sûretés qu'elle a prises pour faire face à toutes les demandes auxquelles elle est exposée ; et les autorités compétentes pourraient être investies du pouvoir de prendre les mesures nécessaires pour donner au public des garanties convenables lorsqu'elles paraîtraient manquer.
Comme l'émission des billets de banque donne de grands profits, dans des circon-
DES ÉCHANGES. * l53
Stances favorables , ii est désirable que le bénéfice qui en résulte, s'il n'est pas accompagné de quelque mal plus grand , revienne au public. On doit remarquer que le profit qui consiste dans l'intérêt des sommes portées sur les billets est tout-à-fait différent de l'autre bénéfice , ou , pour mieux dire , de l'avantage résultant de la conversion d'un moyen d*échange coûteux en instrumens de production.
L'émission des billets est du petit nombre des affaires qu'il convient à un gouvernemen de diriger; affaire qu'on peut réduire à une stricte routine , et qui dépend d'un petit nombre de règles claires et précises. Comme, dans ce cas , le public serait son propre banquier, et ne pourrait manquer à se payer luimême, les malbeurs provenant de la banqueroute de ceux qui émettent les billets ne pourraient arriver. Le peuple fournirait les fonds ppur remplir les engagemens, et le peuple retirerait ensuite ces fonds. L'économie politique ne prévoit pas le mauvais usage ou la dissipation des fonds fournis par le peuple. Les cas de banqueroute nationale €t de tion-remboursement d'un papier émis par le gouvernement , qui ont ruiné le peuple de divers pays,
l54' DI'-S ÉCHANGES.
ont tous été des cas où le grand nombre a été pillé au profit de quelques* uns. Lorsque le peuple en masse doit recevoir un paiement dont le peuple en masse fait les fonds , il serait absurde de parler de ses pertes par une ban- , queroute.
Les chances de malheurs résultant du défaut de remboursement des obligations contractées par t^émission d'un papier-monnaie , peuvent donc être assez diminuées pour ne pas former une objection valable contre un système dont les avantages sont si grands et si incontestables. Il y a néanmoins des personnes qui disent que si, dans les temps où régnent le calme et le bon ordre , les avantages qu'on retire de la circulation d'un papier-monnaie surpassent infiniment les chances malheureuses ^ qu'elle présente , le cas est très-différent dans les temps de guerre civile ou d'invasion étrangère.
La guerre civile et l'invasion étrangère sont des mots qui font naître des idées vagues de danger t et les idées de ce genre ne sont que trop capables d'exercer une pernicieuse influence sur le jugement.
D£S écUAlSGES. l53
D'abord, dans Tétat avancé où se trouve aujourd'hui la civilisation, il y a dans tout pays ayant un bon gouvernement et une population considérable , si peu de chances de guerre civile ou d'invasioïv étrangère, qu'en recherchant les moyens propices à assurer la félicité nationale , on ne doit guère tenir compte de ces événemens. Adopter une manière d'agir désavantageuse dans tous les temps , excepté ceux de*guerre civile et d'invasion étrangère, tmiquemenl parce qu'elle serait bonne dans ces occasions, serait aussi absurde que de vouloir, en médecine , soumettre continuellemerrt les hommes au régime qui convient pendant une maladie violente. Si les avantages qui résultent de l'usage du papier-monnaie sont tels qu'un en puisse jouir , sans diminution considérable , dans tous les temps , excepté ceux de guerre civile et d'invasion étrangère , . l'utilité du papier -monnaie est sufifisamment démontrée .
Pour nous préserver de la délusion que les i4ées vagues de danger sont propres à faire naîtra /il e^ à propos de rechercher quels soot le^ maux précis qui peuvent pr^^vei^ir de Feidift^
l56 DES ÉCHANGES.
tence d'un papier -monnaie dans ces circonstances rares et extraordinaires.
Une guerre civile , de même qu'une invasion étrangère, est suivie d'un grand désordre dans la circulation lorsque le moyen d'échange se compose d'or et d'argent. A de semblables époques, il règne une disposition générale à thésauriser. Une portion considérable du moyen d'échange se trouve retirée de la circulation , et l'on ressent immédiatement tous les maux résultant de la rareté du numéraire ; le prix des denrées baisse , la valeur de l'argent hausse ; ceux qui ont -du numéraire à vendre , et ceux qui ont des dettes à payer, éprouvent des pertes , et la misère se répand de tous côtés.
La communauté serait en grande parties préservée des funestes conséquences de la thésaurisation par l'existence d'un papier-monnaie ; et beaucoup de motifs nous portent à conclure, que celles qui résultent d'une diminution de crédit seraient très-peu à craindre.
Si l'émission du papier avait été faîte par un gouvernement digne de la confiance du peuple , une invasion étrangère , qui concen-
trerait toutes les affections du peuple sur ce gouvernetnent , ne détruirait pas le crédit de ses billets.
Il ne serait pas de Tintérét des envahisseurs de détruire ce crédit, même dans la partie du pays occupée par eux, parce qu'il ne serait pas de leur intérêt de diminuer sa puissance productive.
Personne ne perdrait en définitive , parce que, dans le cas même où la 'circulation des billets du gouvernement serait arrêtée dans les districts occupés par l'ennemi , ils recouvreraient leur valeur au moment où l'ennemi serait expulsé.
Les effets ne seraient pas très-différens , si la circulation était alimentée par un système bien organisé de banques particulières. Il serait de l'intérêt de tous les partis, dans le cas de guerre civile, de maintenir le crédit du moyen de circulation ; il serait aussi de l'intérêt de l'ennemi , dans le cas d'une invasion , de le maintenir dans Les districts qu'il occuperait. Au pis aller, il ne pourrait arrêter la circulation que pour un temps ; car , après son ex-
l58 DES ÉCHANGES.
pulsion, les billets seraient rachetés par les personnes responsables qui les auraient émis , ou» si elles avaient perdu leur fortune par les dévastations de Tennemi , cette opération sç ferait avec les indemnités que le gouvernement leur accorderait.
11 n'est pas probable ,' même dans une guerre civile » qu'un papier-monnaie dont le cours serait bien établi éprouvât un discrédit considérable. Le pays se trouve alors divisé entre les df^x partis en portions approchant plus ou moins de l'égalité. Il est évident qu'il n'est pas de rintérêt du gouvernement , dans la partie du^ pays qu'il occupe , de discréditer le papier-monnaie , soit que lui-même l'ait émis, soit qu'il l'ait été par des banquiers. Il est aussi peu de l'intérêt du parti opposé de faire quelque chose qui puisse troubler la régularité des transactions * dans la partie do pays qu'il gouverne, et d'où il tire tous ses itioyens pour lutter contre ses adversaires. Si le moyen de circulation consiste en billets émis par des banquiers établis dans cette portion du pays , il est doublement de Tibtérêt du parti de les maintenir en crédit. Il est de son intérêt d'en agir de la sorte quand ce seraient
DES lèCHiVNGES. iSq
même des billets du gouvernement ;. car à qui porterait-il préjudice , si ce n'est aux porteurs de ces billets , c'est-à-dire aux babitans auxquels il -commande ? Quelles affaires arrêterait-il par le manque d'un moyen de circulation , si ce n'est celles de la portion du peuple dont les ressources et l'affection font toute sa force ? En protégeant le papier du gouvernement, il se l'approprie en réalité.
L'expérience est en faveur de toutes ces conclusions, puisqu'on a vu maintefois que la présence d'armées ennemies , et même des commotions intérieures , ont fait peu de tort à un papier-monnaie dont la valeur n'était ' que médiocrement garantie.
En second lieu , les faux auxquels les billets se trouvent exposés sont un mal du même genre que la contrefaçon à l'égard de la monnaie.
Bien que ce soit un très-grand mal , sous un système aussi imparfait que celui qui repose sur l'existence d'un grand établissement ayant le monopole , comme par exemple la banque d'Angleterre , sous le système que nous venons d'examiner il serait peu considérable. Lors qu'une grande banque alimente la circulation
î6o DES ÉCHANGES.
dans la majeure partie du pays, il y a lieu à la circulation d'une certaine quantité de billets faux, et il existe un motif pour les contrefaire à grands frais et en courant de grands risques ; mais si chaque banque n'alimentait qu'un district peu ëtendu , il n'y aurait qu'un petit nombre de billets faux qui pourraient entrer en circulation. D'un autre côté , les directeurs des banques établies d'après le principe utile de la concurrence auraient peur de discréditer leurs billets, et de faire que le peuple n'osât plus en prendre , s'ils refusaient le paiement de ceux qui sont faux ; ils préfèrent les payer sans rien dire , et s'appliquer de tous leurs moyens à découvrir les auteurs de ces faux , et à empêcher que les billets contrefaits ne se multiplient. De cette manière le peuple est exempt de perte ; et si les banquiers en supportent volontairement une, ce n'est que parce qu'ils trouvent moyen de s'indemniseï.
Le dernier des trois inconvéniens auxquels est sujet l'usage du papier-monnaie est une altération du cours.
Cette altération est toujours un acte du gou*vernement, et n'est pas particulière au papier*monnaie.
DES ÉCHANGES. l6l
Nous avons déjà vu. que la valeur d'un moyen d'échange métallique est déftrminée par celle du métal qu'il contient ; par conséquent celle d'un papier-monnaie, échangeable à volonté pour du métal monnayé ou en lingots, est également déterminée par celle du métal qu'on peut obtenir en échange. La raison en est évidente ; si le papier se trouvait, à une époque quelconque , réduit au-dessous de la valeur du métal , toute personne qui aurait en sa possession un billet de banque , ou la chose ayant le moins de valeur , demanderait en échange celle qui en a davantage, c'est-à-dire le métal. Si les billets emportaient promesse , comme en Angleterre , de payer une once d'or pour i liv. 17 s. 10 d. et demi sterling en papier , du moment que 3 liv. 17 s. 10 d. et demi auraient moins de valeur qu'une once d'^or, ou, pour parler le langage o|!-dinaire, du moment que i'or s'élèverait au-desr sus de la valeur nominale des espèces .monnayées , il serait de l'intérêt des porteurs de billets de demander de l'or en échange.
Mais, daas ce cas y il serait de l'intérêt de ceux qui ont émis les billets d'en faire hausser la valeur , en en réduisant la quantité. S'ils
cherchaient à en maintenir une grande quantité en (ircutatîon , ils seraient condamnés à émettre et k retirer perpétuellement, parce que tout homme qui ileTÎcndrait possesseur de quelques^nins de leurs billets^ aurait in^ térét À les leur rappoi^ter ftmt être échangés contre de l'or; et, dans chacun de ces cas , ils éprouveraient une perte : ils émet-« traient les billets au tsiux de 3 liv. 17 s. 10 d» et demi, c-est-à-dire qu'ils recevraient ànè valeur de 3 liv. 17 s. 10 d. et demi en les émettant; maiâ quand ils les recevraient et seraient obligés de les rembourser en or, ils devraient donner une valeur plus grande que 3 liv. 17 s. 10 d. et demi^ Supposons que la ^ valeur de Tonce d'or se soit élevée à 4 liv^. , ils auraient à recevoir, em émettant leurs. biU lets, une valeur de 3 1. 17 s. ro d. et demi, et quand on les levr -rapporterait , ils auraient à payer une. valeur de* 4 Iî^m ^^ feraient par conséquent une perte égale à la différence eiitre ces deux sommesy
Il est donc de l'intérêt des banquiers et des porteurs de billets de ne pas l^ûsser tomber les billets au-dessoti» de la valeur des métaux ; et il est évident que leâ premiers .n'ont pa$
DBS ÉCHAIIGES. ]63r
d'intépét à diminuer la quantité de* i^urs billets au ddà de ce qai est nécessaire pour leur conserver une valeur égale à celle des mé^ tauXf parce que plus ils en émettent, et plus ils gagnent. S'il n^jr avait pas de monnaie mé^* talliqoe en circulation ^ bien que les baipqoiersr réduisissent la quantité de leurs bijlets, et parvinssent de la sorte à en élever la valeuf ^ ib ne tireraient aucun profit de cette opéra*tion. Si avec 2 liv. 10 s. de leurs billets lors de rémission , ils pouvaient acheter une once dW, ib ne poucvaient pas ensuite revendre cet Qppour me. plus forte simime en papier.
Dans le cas oà il existe une monnaie mé-* talliqiie ^ le gouvernement *e peut en réduire la valeur qu'en dinûauaal la quantité de sué- ' taux préci^UL qui entre dans la composition des espèces ; atutrement ,. dès que cette ya)^ uf se trouverait assez réduite pour qu'il y eût de l'avantage à fondre les espèces , elles disparaîtraient aussitôt leur émis$ian. Dans le cas d'un papîeir-nionnaie, il suffit au gouvernement de suspendre l'obligjeition de rembour^ser les billets en espèces mélaili<|ttes,> lorsque Idmiasse du papier s'est trop accrue , potir en réduire la valeur dans vs6é propovtiim qu^kpnque*
l64 DES ÉCHANGfiSw
Le papieNmcmnaie peut être émis sans obligation de le rembourser , de deux manières :
ou le gouvernement fait rémission et donne un cours légal h son papier sans obligation de le rembourser en valeurs métalliques , ou rémission du papier - monnaie est faite et réglée par un grand établissement comme la banque d'Angleterre, et le gouvernement suspend Tobligation ou était cette banque de rembourser ses Inllets.
Les effets de Taccroissement en quantité , .
et par conséquent de la diminution en valeur du moyen de circulation dans un pays quelconque , sont au nombre de deux : i® une hausse dans les prix de toutes les denrées ou marchandises ; ^^ une perte pour toutes les personnes qui avaient droit de recevoir une certaine somme de monnaie dans sa valeur ancienne et non réduite.
Par le mot prùv nous entendons toujours la quantité de monnaie donnée en échange dis quelque autre article ; il est évident qu^une altération dans la valeur 4e la monnaie n'altère en rien la valeur relative des autres objets d'échange. Tous ces ol^ets, le pain , le
D£S ECHANCrES. l65
drap , les souliers, etc. , gagnent en valeur, comparativement à la monnaie ; mais aucun d^eux ne gagne en valeur par rapport aux autres.
Cette différence dans les prix n'est, en ellemême , d'aucune conséquence pour personne.
L'homme qui a des marchandises à vendre reçoit , à la vérité , plus de monnaie en échange ; mais cette monnaie lui procure tout juste la même quantité de denrées qu'il pouvait acheter pour le prix ancien de ^ ces marchandises. L'homme qui a des marchandises à acheter donne plus djargent pour les avoir ; mais il est à même de le faire , parce qu'il en reçoit plus , dans la même proportion , pour les objets qu'il vend.
Quant au second effet produit par la diminution dans la valeur de la monnaie , il faut observer qu'il existe en tout temps dans les .pays civilisés, une certaine quantité d'obligations de payer certaines sommes de monnaie à des individus , soit tout d'un coup , comme les dettes , soit successivement , comme les rentes. Il est très - clair que l'homme qui a traité avec un autre pour recevoir loo livres
l66 «OttS lÉCH ANGES.
siei4kiç , épronye une;, perte quand P-argent a tjbaissé en. valeur^ et qu^il ne reçok pas f^us :de ICO lîvjes. Il est tgalement dair tptt celui qui paie cette somme fait un profit égal à la ^erte du premier ; le contraire a lieu quahd laraleur de Fargènt a augmenté. Dans ce cas, rhomme qui paie éprouve' la p^fle , et celai à qui Ton paie obtient le profit. Ces pertes sont de très^grands malheurs en ce qui touche aux sentifnens et au bonheur des hommes ; et elles supposent une énorme violation des règles eonservatrices de ce J[)otiheur, qui sont comprises vsous tia dénomination de justice. Il n'y a toutefois pas* destruction,, m 'par conséquent perte d'aucune portion des^chesses nationales.
M. Hume pense que certains autres effets sont le résultat xi'une avgmtentation de la quan- ^tité de monnaie. Quand cette augmentatian commence, dit-il, des individus en plus ou ipoins grand no^mbre vont au ^marébé avec de plus fortes sommes, par conséquent ils offrent des prix plus élevés; la hausse^ des prix en- ^courage les producteurs à déployer plus d'activité et d'industrie , et un accroissement àe production en ç^t la comé^fieaiee.
Cette doctrine suppose un manque d^idëes claires touchant la production. Les agens de la production sont les produits eux-mêmes , et nqn leur prix. Ce sont les subsistances des ouvriers , les outils et les machines qui aident leur trataîl et les matières brutes qu^ils fa^ çonnent. La quantité de ces objets n^augmente pas avec celle de la monnaie , conunent donc y aurait-il un accroissement de production ? Ceci démontre que M. Hun^e est arrivé à une coiiclusion erronée. II peut être uti|e défaire connaître Terreur de son raisonnement.
L'homme qui le premier va au marché avec plus de moiinaie qu'ai:ypiaravant , fait hausser le prix des denrées et marchandises quUl achète, ou n ne le fait pas.
SHl ne le fait pas , il ne donne ^ueun nouvsel encouragement à la production. Il faut Ao^c supposer qu'il fait hausser les prix ; mais à mesure que les prix haus^e&t, la yaleur à^ la monnaie baisse ; il ne donne donc aucun nouvel encouragement à la production.
On insistera peut-être, et Ton dira que rhomme qui le. premier va au : marché avec
l68 DES £GHJLKG£S.
une pliis grande quantité de mdhjaaie ^ fait hausser le prix des marchandises qu^*il achète; que les producteurs de ces marchandises sont encourages a déployer plus d'activité , parce que le pnx des autres objets , et particulièrement de tous ceux qu^ils ont besoin d^acheter , n^a pas haussé ; mais on n^est pas autorise à dire cela. Uhomme qui est venu le premier avec une plus grande quantité de monnaie au ntôrcbé, pour acheter les marchandise âB certains producteurs^ a fait hausser le prix de ces marchandises. £t pourquoi? parce qu^il est venu avec une plus grande quantité de monnaie. Ces producteurs vont à leur tour au marché pour acheter uqe autre espèce de mar- . * chandises, et ils y vont avec une plus grande quantité de monnaie ; ils font par conséquent hausser le prix de ces marchandises. La hausse dans les prix s'opère ainsi successivenient.
Toutes les marchandises pour lesquelles on n'a pas encore été à même d'offrir une, plus grande quantité de monnaie conser\'ent leur prix ; mais dès qu'on se. présente pour les acheter avec une plus forte somme, leur prix hausse proportionnellement
. L'ensçmble des opérations commerciales
DES EGHATïGES. 169
d'un *pBys peut être considère comme divisé entre un grand nombre de petits marchés situés^ Tun dans un. lieu , et l'autre dans un autre lieu*, et chacun d'entre eux destiné au commerce d'un^ sorte de produits , et la monnaie pat conséquent , répartie pit>portionneilement entre eux. Dans l'état ordinaire des choses , il arrive à chacun de ces marchés , d'un côté une certaine' quantité de marchandises , et de Tautrc une certaine quantité de monnaie, pour * être échangées l'une contre l'autre. Partout . où une augmentation a lieu dans, la quantité de marchandises, sahs qu'il y ait aucune aug- . mentation dans la quantité de monnaie , lés prix baissent nécessairement dans la proportion exacte de l'augmentation qui a eu lieu. Si ceci n'est pas déjà assez clsâr pour tous les esprits y on peut le rendre encore plus évident au moyen d'un exemple. Supposons que le marché soit très ^^ peu fréquenté ,. et qu'on n'y apporte que du pain d'un côté, et de l'argent de l'autre ; supposons , en outre , que la situation ordinaire du marché présente cent pains d'un côté, et cent shillings de l'autre : le prix du. pain sera en conséquence d'un shilling par pain. Supposons que tout d'un coup la quantité de pains double et arrive )us-
170 DES éCHANdfiS.
qa^à deux cents , tandis que la xpiantîtë de monnaie reste la même ^ il est évident que le prix du pain doit baisser 4le moitié , c^est«àdire qu*il descend à six pence le pain. On ne serait pas fondé à dire que le pain ne se vendrait pas et qu'oh le emporterait. Si on' le remporte sans le vendre , c'est la même chose que si on ne Favait pas apporté au marché.
Personne ne conteste ces conclusions relativement à une augmentation dans la quantité des marchandises. N'est-il pas évident alors , que les mêmes conclusions sont vraies par rapport à un accroissement dans la quantité de la marchandise qui s'échange contre les autres , c'est-à-dire la monnaie ?
Toutes les conséquences qui résultent de l'altération de la valeur de la monnaie , soit qu'on la fasse hausser, ou qu'on la fasse «baisser , sont donc pernicieuséis. il n'y a toutefois aucune garantie contre cette altération , puisque c'est un acte du gouvememeift , excepté ce qui forme la seule garantie contre les méfaits d'un gouvernement , sa dépendance du peuple. L'obligation de rembourser les billets en espèces est une garantie, quand les billets sont émis à volonté par dès banquiers privés.
DES lÈCH^NGES. I7I
S'ils étaient émis par un gouvernement strictement responsable envei's le peuple , cette obligation ne serait pas 'indispensable ; car , i^ans ce cas , Ta^antage de maintenir For au prix de la monnaie , ou , en d'autres termes , de Conserver au moyen de circulation la même valeur que s'il était métallique , serait si clairement compris , qu'il n*y aurait pas à craindre ( parce que ce ne serait pas leur intérêt ) que les personnes investies des pouvoirs du gouvernement laissassent varier cette valeur.
Nous avons déjà vu , en traitant "des propriétés qui durent faire choisir les métaux précieux pour intermédiaire des échanges , qu'ils étaient moins qu'aucune autre marchandise sujets à des fluctuations de valeur. Ils ne sont toutefois pas exempts de changen^ens, les uns temporaires , et les autres permanens. Les changemens permanens ont lieu , conformément aux principes que nous avons déjà expliqués, par l'effet d'un changement dans le montant des frais nécessaires pour se procurer les métaux précieux. Le plus grand changement de cette nature dont l'histoire fs^s^e mention , est celui qui eut lieu lors d# la découverte des mines de l'Amérique, mines d'où,
lya DES ECHANGES.
avec la même quantité de trayail , on tire une * plus grande quantité de métaux précieux. Les changemens temporaires ont lieu , comme les cbangemens permanens , dans la valeur des autres marchandises , par une altération dans ^ la balance de la demande et de Toffre. JPour payer des troupes employées eu |iays étranger » ou des subsides à divers gouvernemens / ainsi que pour d^autres opérations , on achète souvent une grande quantité d^or ou d'argent qu^on envoie hors du pays. Le prix de l'argent hausse alors jusqu^à ce que la balance soit rétablie par rimportation. Le profit qui peut en résulter fournit sur-le-champ un motif pour rétablir la balance. Dans Tintervalle ; on peut tirer un autre avantage d^un papier-monnaie non remboursable immédiatement en espèjces métalliques. S'il est remboursable , on demandera de Tor en échange , la quantité de papier diminuera, et la valeur augmentera de droit ; si le papier n'est pas remboursable , il peut être maintenu à la même valeur qu'auparavant. Il est vrai qqe ceci peut rarement se faire , et qu'on ne saurait appliquer le remède en toute sûreté , à moins que le moyen^de circulation ne soit composé en entier de papier-monnaie , et que le gouverne-
ment n'en ait fcmissionr Dans ce cas , ainsi
qii^on pourrait s'en convaincre , la stabilité dans la quantité «du papier, serait lih indice suffisant^ et une assez bonne garantie. Si le prix de For s'élevait subitement au-dessus du prix de la monnaie , ou , en d'autres termes , au-dessus de la valeur nominale des billets de banque , sans aucune altération dans la quantité de papier , la stabilité dans la quantité de papier serait un indice suffisant que la hausse en question est due à une absorption subite de l'or , qui au bout d'up certain temps ren* trerait dans la circulation. Si^ datns de telles circonstances, l'obligation de maintenir la valeur dû papier égale à celle de l'or était suspendue pour un temps , on trouverait une garantie suffisante contre toute altéi*ation considérable de la valeur du moyen de circulation , dans l'obligation de maintenir la quan^ tité telle qu'elle est ; parce que, durant un court espace de temps , il ne peut y avoir une diminution ou une augmentation assez grande de la quantité d'opérations à faire avec le moyen de circulation, pour amener une altération un peu considérable dans sa valeur.
^M<»»»»WWW»W»W»»»»»»»M»M<»M<»<l^%WiW»^WWM>^<W<W^W^»MWMWM<t^
SECTION XU.
Là VALEUR DES MtTAt^ MiCIXinc HftÉtlIftlftllE St US
i^AY» Borr BXMtffsa ou imoarMn
La> moDnetîe métallique , ou , plus gén^rale-^ meut parlant , les métarux précieui^ , ne sont rien autre chose, à la rigueur et de leur nature j que la marchandise qui est le plus gënérafement achetée et tendue pat les particuliers et par les nations.
Dans le langage ordin^fire , il e^ imnfëdiatenient recomn^ que Ton ne peut emporter que les msffchandises qui sont Moins chères dans le pays d'où elles proviennent que dans le pays oè. elles vont ; et qu^on ne peut importer que telles qui sont plus chères dans le pays où elles arrivent que dans le pays d^dù on les a expédîëes.
D'après cette proposition , si l'or est moins cher dans un pays , en Angletejrre , par
OËS ECHANGES. lyS '
exempre, que dans ]es autres, on exportera àe Tor de FApgleterre ; tandis que si Tor est plus cher en Angleterre que dans les autres pays , /)n importera de For en Angleterre. . ■ Mais , par la seule foice des mots , il est clair que dans ^n pays où For est à bon marché i les autres marchandises sont chères» L^or est à bon mai'ché quand il en faut une plus grande quantité. pour acheter des marchandises; et les marçhandises^ont chères , par 1^ même raisofi, . qijiand il faut une ^plus girai^de quantité d'or 'pour les acheter. Aînsit, quand la valeuir d^
For sera faible. en Angleterre» For sera exporté d'Afigleter/e , conformément au principe qui veut que toutes les marchandises, lorsqu'elles peuvent librement chercher un marché , aillent à Fendroit où elles sont chères. Mai$ coiT^me le fs^it du bas prix de For sup^' pose nécessairement le fait opposé, savoir^ la cherté des marchandises , il s'ensuit que , quand on exporte de For, on doit exporter une moindre quantité d'autres marchandises; qu'aucune espèce de marchandise ne peut être exportée, si la valeur de For est assez basse pour élever leur prix à toutes au-dessds de celui^des autres pays; et qu'on ne peut en exporter qu'une moindre quantité, si la .
valeur de For est réduite assez pour élever le prix de quelques-unes d^entre elles au* dessus de leur prix dans les autres pays.
Il est donc évident qti'un pays n^exportera dés marchandises autres que des métaux précieux que lorsque la valeur de ces métaux sera élevée ; il est également évident qu^il nMmportera que lorsque la valeur des méta.ux précieux sera basse. .Ainsi, Faugmentation de la quantité des métaux précieux qui en diminue la valeur , diminue graduellement, et tend à* anéantir la faculté dVxporter d^autres marchandises : la diminution dg la quantité des métaux précieux qui en augmente la valeur, augmente , par la même raison , les motifii qui engagent à exporter d^ autres marchandises, et , par conséquent , dans un état de liberté , la quantité qu^on en exporte.
»»»»mm m »m m»mmm»»mmmm»mm»»mmmm»»M»»k»»»»»m»»m»m»»m \1 V » 1 1 \ n V^WMWI/WWft/WWimr
SECTION XIIL
LA VALEUR DES METAUX PRÉCIEUX ( OU DU MOY£N D^ECHANGE ) ^U* DÉTERMINE L'EXPORTATION , n'eST PhS LA MÊME DANS TOUS LES PAYS.
Quand nous parlons de la valeur des métaux précieux , nous entendons la quantité d'autrçs choseè qu'on donne en échange.
Mais on sait tràs-bien que la monnaie a plus de valeur, c'est-à-dire opère l'achat d'une plus grande quantité de marchandises , non-seule- 'ment dans un pays que dans l'autre, mais même dans une partie que dans une autre du même pays.
Dans quelques-uns des cantons les plus reculés du pays de Galles, par exemple, la monnaie a beaucoup plus de valeur qu'à Londres.
Dans le langage ordinaire, on dît que la vie est moins chère dans ces endroits , c'est-à-dire qu'on peut y acheter les denrées avec une moindre quantité de monnaie ; cet état de
I7& UttS^ictaUNGKS.
choses est habituel, parce que l'argent n^a pas de tendance à aller de Londres , où s^ valeur est basse , augmenter la -quantité de celui qui se trouve dans le pays de Galles , où «a valeur est haute. Ce phénomène demande une explication.
Le fait est que 1^ . total d'une différence , comme celle en question , qui demeure habituelle 9 et n'a pas de tendance à produire un transit de métaux précieux, se réduit à des frais de transports. Le blé, la yiande de boucherie, et d'autres, objets que produit le pays de Galles , y sont moins chers qu'à Londres , parce que Londres tire ses. approvisionnemens de lieux situés à une certaine distance , et que les prix d'achats sont augmentés des frais de transports. Mais de même qu» certaines marchandises sont à.meilleur marché dans le pays de Galles qu'à Londres , il en est d'autres qui sont moins chères à Londres que dans le pays de Galles ; les objets manufacturés à Londres , ou importés de l'étranger, par exemple, sont dans ce dernier cas. De même qw le blé et les autres denrées qui viennent du pays de Galles à Londres, sont renchéris du montant dés frais de transport , d'autres objets envoyés dé Londres dans le pays de Galles y sont plus
chers de tout ce qu'il en a coûté pour les y transporter. Il est donc de fait que dans le pays de Galles certaines marchandises sont plus chères et d'autres moins chères qu'à Londres , mais que ces dernières sont des objets de première nécessité , et dont la consommation forme la principale partie des dépenses de tout individu ; de plus y ce sont des articles dont le prix règle celui du travail , et tout ce qu'un homme a fait pour lui-même , il l'a fait à meilleur marché qu'il n'eût pu le faire à Londres. Enfin, les produits grossiers du pays de Galles coûtent plus de frais de transport à proportion de leur valeur que les belles marchandises qu'on y reçoit de Londres ; par conséquent, le prix des premiers se trouve beaucoup plus augmenté à Londres que celui des autres dans le pays de Galles. La vie est donc plus chère à Londres que dans le pays de Galles, seulement parce que les habitans de Londres ont plus de frais de transport à payer. Si la valeur des métaux précieux dans le pays de Galles s'élevait tant soit peu au-dessus de la différence de ces frais , la possibilité de faire un profit égal à cette hausse fournirait immédiatement un motif pour envoyer les métaux dans le pays de Galles.
l8o DES ECHANGES.
De deux parties du même pays, transportons notre examen à deux pays différens. La vie est plus chère, ou, en d^autres termes, la valeur des métaux est plus basse en Angleterre qu^en Pologne. La différence, ici, se réduit également à des frais de transport Supposons que l'Angleterre reçoive une portion considérable de son approvisionnement en blé de la Pologne , et envoie dans ce pays la totalité ou la plus grande partie de ses beaux produits manufacturés , il est évident que le blé sera plus cher en Angleterre, mais que les beaux produits des manufactures anglaises seront plus chers en Pologne. Par la même raison qui ( ainsi que nous venons de le dire ) fait que l'argent a plus de valeur dans le pays de Galles qu'à Londres , il est aisé, de voir que , dans le cas actuel-, il en aura plus en Pologne qu'en Angleterre, c'est-à-dire que la valeur de l'or en Pologne sera plus forte qu'en Angleterre, tout juste de ce qu'il faudrait pour compenser les frais de transport que l'Angleterre supporte en plus. Du moment où l'or s'élèverait en Pologne à une valeur plus grande que celle-ci , il y aurait du profit à le faire passer en Angleterre.
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SECTION XIV
db la mai9ière dont les métaux servant de moyen d'Échange se distribuent parmi les diverses vu^tions du globe.
Dans le pays des mines, d'où Ter se répand dans tout le reste du monde, Ter existe en abondance relative. Comme une nouvelle quantité d'or est constamment ajoutée à la masse du métal qu'on possède déjà , la valeur relative de l'or , dans ce pays, a une tendance constante à baisser, ou, en d'autres termes, le prix des autres marchandises a une tendance constante à hausser. Aussitôt .que certaines marchandises ont suffisamment haussé de prix pour mettre à même de les importer , elles arrivent du pays, quel qu'il soit, d'où, dépenses de production et frais de transpprt réunis , elles peuvent venir au meilleur marché , et l'or s'en va en échange.
Par l'effet de l'importation de l'or, dans le
dernier pays, ce métal y acquiert une abon-
l82 DES ÉCHANGES.
dance relative, et le prix de tous les produits hausse. Quelques marchandises finissent par devenir si chères, c|u^on peut trouver du profit à )es importer d^un autre pays. Il en résulte, comme dans le cas précédent, <pie les marchandises arrivent et que Tor s'en va: Il n'est pas nécessaire de suivre l'opération plus loin : l'or se répand de cette manière de pays en pays en parcourant toute la chaîne du monde commercial.
Dans une section antérieure *, nous avons vu qu'il est de l'intérêt de deux nations d'échanger deux sortes de produitstoutès les fois que les dépenses relatives de leur produfction sont différentes dans les deux pays. Si, par exemple, quatre quarters de blé et vingt yards de drap coûtent la même quantité de travail en Angleterre, mais non en Pologne, il est de Tintérêt des deux pays que l'un s'applique à produire du blé et l'autre du drap , pour échanger ces produits l'un contre l'autre.
Supposons que quatre quarters de blé et vingt yartfc de drap coûtent la même quantité
* Page* li3 et suivaDtefi.
DES ECHANGES. i83
de travail en Angleterre , tandis qu^en Pologne vingt yards de drap coûtent deux fois autant de travail que quatre queaters de blé. Dans cet état de choses , le drap compâi^é %\x blé serait deux fois jilus cher en Pdiogne qu'en Angleterre , ou , en d'autres teiroes , quatre i/uûrfgrs de blé, qui en Angleterre vaudraient autant que vingt yards de drap , n'en vaudraient pas plus de dix en Pologne. Par conséquent , si la Po^ logne faisait passer son blé en Angleterre; avec la quantité de> travail qui produh'ait quatre qiêorters de Me ou dix yards de drap en Pologne, on en achèterait vingt yard!$ en Angleterre. PareiUèments si l'Angleterre envoyait son drap en Pologne; avec la quantité de travail qui produirait vingt yo^^ de drap, on n'obtiendrait pas seulement quatre quarter^de blé (tout ce que cette quantité de travail eût pu produire en. Angleterre), mais le double, c'es t-àr dire huit ^i/a/ten;.
Tel serait l'intiérét qui porterait 4eux pay^ à faire un échange de leurs produits, en manière de troc et sans l'intermédiaire de l'argent. Nous avons supposé que, les circonstances étaient telles en Pologne , que si elle s'appliquait à produire le blé et 4e drap pour sa con-
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sommation, quatre quarters de blé auraient la même valeur que dix ycards de drap ; cons^ quemment , si elle faisait usage de* monnaie , le prix de quatre quarters de blé et de dix yards de drap serait le même. En «Angleterre, d'après la même supposition , les prix de quatre quarters de blé et de celui de vingt yards de drap seraient égaux. On peut supposer deux cas : le prix de Tune des marchandises , du blé , par exemple, est égsd dans les deux pays, ou il ne Test pas. L'explication d'un de ces cas suffira pour tous deux. Supposons donc que, dans les deux pays , le prix du blé est le même ; il s'ensuit que le prix d'une yari/ de drap doit être deux fois aussi grand en Pologne qu'en Angleterre. Dans cet état de choses , ce qui doit arriver est évident : le drap, qui est à bon marché en Angleterre, ira en Pologne, où il est cher, et là il se vendra pour de l'or,, parce qu'il ne peut y avoir lieu à une contreimportation de blé, qui, par supposition, n'est pas plus cher en Angleterre qu'en Pologne..
Par le moyen de l'importation du drap an^ glais en Pologne, l'or quitte ce pays, et s'en va en Angle terfe. La conséquence, qui en résulte est que l'or devient plus abondant eu
DES ÉCHANGES. ' l85
Angleterre et moins en Pologne, De cette première conséquence il en résulte une seconde ; savoir, que les prix haussent graduellement en Angleterre, et baissent de même en Pologne , c'est-à-dire que le prix du blé , par exemple, et par suite celui du drap, hausse en Angleterre et baisse en, Pologne. Si, à l'époque où nous supposons que le trafic commence y le prix du blé, dans chacun des deux pays, est de quatre livres sterling*, le prix du drap étant, par conséquent, de huit shillings par yard en Pologne et de quatre shillings en Angleterre , l'échange supposé du nlrap contre de l'or élèvera graduellement en Angleterre le prix du blé au-dessus de quatre livres sterling par quarier , et l'abaissera en Pologne au-dessous de cette somme ; il élèvera pareillement le prix du drap en Angleterre au-dessus de quatre shillings par yard^ et l'abaissera au-des-
'*' 11 y a dans l'original i fivre sterling , niait» nous avons €ru devoir y substituer 4 livres, pour approcher davantage de la réalité. £n effet , 3 livre^ sterling est un prix si bas pour un quarier de blé , qu^il a été proposé dernièrement dans le parlement britannique de &ire un fonds au moyen duquel le gouvernement puisse venir au secours des agriculteurs , chaque fois que le blé descendra à ce prix.
' {Note du Traducteur» )
l86 ' DES ÉCHANGES.
SOUS de huit millings en Pologne. De cette manière , les prix du blé , dans les deux pays , s^écartent graduellement de Fëgalité, et ceux du drap en approchent graduellement. A un certain terme de cette progression, le blé derient si cher en Angleterre et à si bon marché en Pologne , que la différence de prix peut payer les frais de transport. Dès ce moment, il y a lieu à l'importation du blé en Angleterre , et les prix se règlent de manière que le blé est plus cher en Angleterre qu'en Pologne du montant des frais de transport, et que le drap est plus cher en Pologne qu'en Angleterre du montant des frais de transport du dr^ d'un pays dans l'autre, A ce point, la valeur du drap importé dans l'un des deux pays , et celle du blé importé dans l'autre, se balanœnt ; l'échange est alors au pair , et l'or'cessè de passer d'un pays dans l'autre.
L'examen approfondi des iméme^ ^ circon stances, fait voir en outre qu'auèune altération ne peut avoir Heu àank l'échange dès niârchandises entre les deux pays, saiis qu'il en résulte une nouvelle distribution des inétaux précieux y c'est ; à - dire un changement dans la quantjlté relative qu'iU en possédaient auparavant.
Supposons qu^on fabrique en Angleterre un nouveau produit que la Pologne dçsire obtenir. On importe une certaine quantité de ce produit en Pologne , et elle ne peut-être payëe qu'en or , parce que nous avons supposé qu'à cette époque le bip et le drap réciproquement importés se payaient Fun Fautre.
Dans ce cas , comme dans celui que nous avons précédemment expliqué, le prix des marchandises commence bientôt à hausser en Angleterre et à baisser en Pologne. A «aesure que cet effet a lieu ^ il en résulte un motif pour importe!" une piàs'^grande quan-, tité de marchandises polonaises eh Angleterre, et une' moindre quantité de niarchandises anglaise en "^Pologne ; et à la fin la balance se rétablit de nouveau; -
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