DE LA CONSOMMATION PRODUCTIVE ET DE LA CONSOMMATION IMPRODUCTIVE
Il y a deux espèces de consommation, quHl est d\]i^ grande importance de ne pas confondre , et qui ont des proprii^tés distinctes :
i"" La consommation productive, 2^ la consommation improductive.
Pour que ta production ait lieu , il faut une certaine dépense. J[l est nécessaire que l'ouvrier soit entretenu , et quHl soit pourvu de tous les outils qui conviennent "à son travail , ainsi que de la matière de Tobjet qu'il doit produire.
Ce qu'on dépense de la sorte dans le but de produire quelque cho^e est dit consommé'productivement.
La consommation productive comprend trois classes de dépenses : la première se compose de
l'entretien de l'ouvrier, terme sous lequel nous désignons tout ce que ses salaires le mettent à même de consommer, soit qu'ils le restreignent à ce qui est strictement nécessaire à la conservatiori de l'existence , soit qu'ils lui donnent le moyen de se procurer quelques jouissances. La seconde classe des choses consommées pour la production renferme les machines, y compris les outils de toutes sortes, ainsi que les bàtimens et même les animaux nécessaires pour les opérations productives. La troisième lie se compose que des matières* brutes 'dont l'objet à produire doit être formé, ou bien d'où on doit le tirer ; telle est la semence qui doit produire le blé , le lin ou la Uine dont la toile ou le drap doivent être formés , les drogues qui doivent servir à les teindre , et lé charbon qui doit être consommé dans quelques-unes des opérations nécessaires à la production de ces objets. ' ' #
De ces trois classes de choses , il n'y a que celles de la seconde qui ne soient pas consommées entièrement pendant le cours des opérations productives. Les machines et les bàtimens employés à la production peuvent durer plusieurs années; mais les choses qui servent à
24o os LA CONSOMMATION.
Tentretien de romrrier , et les matières premières , oo secondairts '^ de l^ob jet produit y sont toutes entièrementconsommées. L^usure même des maehiiies duraUes constitue une eotisommation partielle.
G^est ainsi que Ton consomme pour la production. On consomme aussi sains produire et sans dessein de produire. Les salaires qu^on donne à un laboureur sont donnes pour serrir à la production ; les gages d'un laquais ne sont pas donnés pour servir & la production. Le lin que le manufacturier achète et convertit en toile est consommé productiven^nt ; le vin quHl adiète , et quHl boit à table , est un objet qu'il consomme improductivement. Ces exemples suffisent pour faire voir ce que nous entendons par consommation improdoctive.Toutc consommation qui n'a pas lieu dans le but de produira au moyen d'une chose, une autre chose *qui puisse être équivalente, est une conâdmmation improductive^
^ F^r ce mot Tauteur désigne toutes les matières autres que cdie qui forme le corps du produit, et qui ne servent qu'à loi communiquer quelque qoaEté partiodière.
{Note du trmiuelmir.') ,
»E LA COKSOMMATION. ^4^
Il suit de ces définitions que la consommation productive est elle-même un, moyen ; c'est" un moyen de production. La consommation im« productive, au contraire, n'est pas un moyen; cette espèce de consommation est uiie fiù; Cette consommation, c'est-à-dire la jouissance qu'elle procure, est ce qui a servi de motif à toutes les opérations qui l'ont précédée.
Il suit encore des notions exposées plus haut que , par la consommation productive , rien n'est perdu; il n'en résulte aucune diminution de richesse, ni pour l'individu ni pour la communauté ; car si une chose est détruite , elle se trouve remplacée par celle qu'elle a seirvi à produire. Le cas est tout-à-fait différent avec la consommation improductive. Tout ce que l'on consomme iroproductivement est perdu. Ce que l'on consomme de cette manière cause une diminution de richesse et pour l'individu et pour la communauté, parce qu'en conséquence de cette consommation rien absolument n'est produit. L'objet se détruit par l'usage ; et tout ce qu'on en relire , c'est le bien-être , la jouissance et la satisfaction qu'il procure.
Ce que Ton consomme productivcment est.
toujours capital. Ceci est vue propriété de ïa consommation productive <jui mérite d'être particulièrement remarquée. La vérité de cette proposition est manifeste, Un homme établit une manufacture de drapa avec, uu certain ca^ pital; il emploie une portion de ce capital à payer des salaires^ une autre à se procurer de» machines et métiers, et avec ce qui lui reste il achète la matière première de son drap et les autres objets nécessaires pour le mettre en état d'être vendu. Il est clair que de cette manière la masse de tout le capital est livrée à la consommation productive. 11 est également évident que tout ce qui est consommé productivement devient capital ; car si le fabricant de drap dont nous avons vu que le capital est consommé productivement, poyvait économiser une portion de ses profits, et les employer aux différentes sortes de consommation productive qu^exige son industrie , cette portion de profits rem«plirait exactement les mêmes fonctions que son capital, et formerait en réalité une addition à ce capital.
La totalité de ce que les facultés productives du pays créent dans le cours d'une année * se
^ Cette expression poarra être critiquée , car la nature
DE LA CONSOMMATION. Z^i .
nomme le produit annuel brut» La plus grande partie de ce produit est destinée à remplacer le capital consommé, à rembourser au capitaliste ce quHl a dépensé pour les salaires de ses ouvriers»et Tachât de ses matières premières, et à Tindemniser pour Vusure de ses machines. Ce qui reste du produit brtit , après que le capital a été remplacé , se nomme le produit net, et il se distribue toujours comme profit de capital j ou comme loyers.
Ce produit net flUe fonds duquel provient communément toute Jttdition au capital national. Si tout le produit nlè^ est consommé impro-^ ductivement, Iç capital national reste le même« il n^est diminué ni augmenté. Si Ton consomme improductivement plus que le produit net , le surplus est pris sur le capitâU et le capital na-? tional se trouve diminué d^autant. Si Ton con-f somme improductivement moins que le produit net, ce qui en reste est destine à la consomma-*
seule crée les objets , et ce qu^en économie politique Ton appelle la production ne fait que les modifier de manière à en rendre Tusage plus avantageux sous les rapports de Futilité ou de Tagrémeni y (^est-à-dire de manière à leur donner de la yaleur.
( Note du traducteur. )
lion productive , et le capital national se trouve augmenté d^autant.)
* Quoiqu^on puisse se former ainsi une idée très-exacte des deux espèces de conso«imation et des deux espèces de travail qui de même prennent le nom de travail productif et de travail improductif, il n'^st pas facile de tracer d'une manière précise la ligne de démarcation qui les sépare. Presque toutes nos classifications sont sujettes à c^inconvénient. Entre deux ordres de choses qùi^ diffèrent le plus, il y a presque toujours un ordre intermédiaire qui les approche par degrés insensibles. Nous en voyons des exemples fréquens en histoire naturelle, où, bien que les genres soient parfaitement distincts, on trouve cependant des"^ espèces intermédiaires qu'il est très-difficile de ranger dans l'un ou l'autre de deux genres consécutifs. C'est ainsi qu'il y a des consommateurs et des travailleurs qui sembleraient avec quelque raison pouvoir être rangés , soit dans la classe productive, soit dans la classe improductive. Nonobstant celle difficulté, il est absolument nécessaire, pour la commodité du langage, que la classification soit faite cl la ligne de démarcation tracée d'une manière quelconque. Ceci
peut se faire avec une exactitude suffisante pour la théorie et pour la pratique. Il est principalement nécessaire que les propriétés les plus importantes des objets classés soient distinctement marquées dans la définition des classes. Il n'est pas difficile, après cela, d'accorder, dans la pratique , quelque chose pour les objets qui se trouvent , pour ainsi dire , sur les confins des deux classes , et qui participent on quelque sorte aux propriétés de Tune et de l'autre.
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SECTION IL