LE PRODUIT AT9NUEL SE CONSOMME ANNUELLEMENT
D\pEÈ9 ce que nous connaissons maintenant de la nature de la production et de la consommation , il est facile de voir que tout ce qu^on produit annuellement se consomme annuellement, ou que ce qui est produit dans une année est consommé dans le cours de Tannée suivante.
Tout ce qui se produit appartient à quelqu'un, et est destiné par le possesseur à quelque usage. Il y a toutefois deux sortes d^usage : celui qui a pour but une jouissance immédiate , et celui dont on se promet un profit ultérieur. User pour obtenir un profit ultérieur, c'est consommer productivement ; user pour une jouissance immédiate, c'est consommer improductivement.
Nous venons de voir que ce dont on use pour
BE LA consommation; !*47
un profit ultérieur est dépensé aussitôt que possible en salaires, en machines et en matières premières. Comme il y aurait dé la perte à amasser une plus grande provision qu'il n'est nécessaire , pour un usage immédiat, d'articles destinés à la consommation improductive , tous • les articles de cette espèce , excepté quelquesuns dont la qualité gagne en vieillissant , sont toujours promptement consommés où mis en consommation.
On prend d'ordinaire , en économie politique, une année pour la période d'une révolution de production et de consommation.
Aucune période ne convient exactement pour cela. Quelques articles sont produits et con- ( sommés en moins d'une année; pour d'autres, la révolution est plus grande qu'une année. Il est cependant nécessaire, pour la facilité du langage, qu'on choisisse une portion de temps qui soit censée comprendre une révolution entière de production et de consommation. L'année a paru la période la plus convenable. Elle répond à une grande classe de produits, ceux qui résultent de la culture de la terre. Quand on a obtenu des formules qui répondent exactement à cette classe de produits , il est aisé de les mo-
difîer dans la pratique , et de les adapter aux cas que présentent les marchandises dont la révolution de production et de consommation est plus ou moins prolongée que celle que nous avons prise pour terme de comparaison»
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SECTION III
lA. CONSOMMATION S ETEND A MESURE DE LA
Il suffit d'un petit nombre d'explications pour faire voir que cette proposition est un corollaire de celle établi^ dans la section pré-r cëdente.
Un homme ne produit que parce qu'il dësire avoir. Si l'objet qu'il produit est celui qu'il veut avoir , il cesse de travailler lorsqu'il en a produit autant qu'il veut en avoir, et sa provision est exactement proportionnée, à ses besoins.
Le sauvage qui fait son arc^ et ses flèches ne fait pas d'arcs et de flèches en plus grand nombre qu'il ne veut en avoir.
Lorsqu'un homme produit une plus grande quantité de certaine marchandise qu'il ne veut * en avoir , il ne peut y être porté que par un seul motif , le désir d'avoir quelque autre objet qu'il puisse obtenir en échange du surplus
25o DE Là CONSOMMATION.
de ce qu'il a produit. 11 ne semble guère nécessaire de citer quelque chose à Tappui d^une proposition si évidente. Il ne serait pas conforme aux lois connues de la nature humaine de supposer qu^un homme voulût prendre la peine de produire une chose sans désirer d'en posséder une autre. Si un homme désire une chose , et en produit une autre , ce ne peut être que par la/ raison qu'il ne peut obtenir la chose qu^il désire qu'au moyen de celle qu'il produit^ et qu'il l'obtient à meilleur marché que s'il s'était efforcé de la produire lui-même. Lorsque le travail a été considérablement divisé, et que chaque producteur se borne à produire une seule chose , ou certaine partie d'une chose , il n'y a qu'une petite portion de ce qu'il produit qui soit employée pour sa propre consommation ; il destine le reste à lui donner le moyen d'àehetçr toutes les*autres marchandises qu'il dé* sire ; et quand un homme se borne à la production d'une seule chose, et échange ce qu'il produit contre ce qui est produit par d'autres » on trouve que chacun obtient plus des diverses choses qu'il désire qu'il n'en eût obtenu &'il se fat efforcé de les produire lui-même.
Quand un homme consomme ce qu'il pro*
. DE LA. consommation: aSi
duît, il n'y a, à proprement parler^ ni offre ni demande. H est évident que là demande et Tof fre sont des termes qui se rapportent aux échanges^ et qui supposent un âcheleur Vt un vendeur ; mais dans le cas ou un homme produit pour lui-même, il n'y a pas d'échange. Il ne demande rien à acheter, et n'offre rien à vendre. 11 possède un objet; il Ta produit, et n'a pas l'intention de s'en défaire. Si nous appliquons , par une sorte de métaphore , les termes offre et demande à ce cas , il est bien entendu que la demande et l'offre sont exactement proportionnées l'une à l'autre. Quant à ce qui regarde Toffrç et la demanda d'objets à vendre , nous pouvons mettre tout à-fait hors de la question la portion du produit annuel que chaque producteur consomme sous la même forme qu'il produit ou qu'il la reçoit.
En parlant ici d'offre et de demande , il est évident que nous parions en général. Quand nous disons d'une certaine nation, à une cer- ^taine époque, que son offre est égale à sa d^ ifnande , nous ne disons pas que cela soit par rapport à une ou deux marchandises ; nous voulons dire que sa demande de toutes les marchandises prises en masse est égale à tout ce
qu'elle peut offrir en marchandises de tout genre. Il peut très-bien arriver, nonobstant cette égalité de Toffre et de la demande prises en général , que Ton ait produit une ou plusieurs marchandises particulières en plus ou moins grande quantité que la demande de ces marchandises.
Deux choses sont nécessaires pour constituer
une demande : le désir d'avoir yne mar-
■ Il
chandise , et la possession d'u% objet équivalent à donner en échange. Une demande signifie le désir et le moyen d^acbeter. Si Tun ou Fautre manque , Tachât ne peut avoir Jieu. La possession d'un objet équivalent est la base nécessaire de toute demande. C'est en vain qu'un homme désire quelques objets, s'il n'a rien à donner pour les obtenir. L'objet équivalent qu'un homme apporte est l'instrument de la demande. L'étendue de sa demande est mesurée par la valeur de cet objet. La demande et l'objet équivalent sont des termes qu'on peut substituer Pun à l'autre.
Nous avons déjà vu que tout homme qui produit désire posséder d'autres objets que celui à la production duquel il a concouru , et
^ que rétendue de ce désir est, si Fon peut s'exprimer ainsi , mesurée par tout ce qu'il a produit , et qu'il ne veut pas garder pour sa propre consommation. Il est évident aussi que ce qu'un homme a produit, et qu'il ne veut pas consommer lui-même, il peut le donner en échange pour d'autres objets. Sa*volonté d'acheter et ses moyens de le faire sont donc éga^x , ou g en d'autres termes, sa demande est exactement égale à la valeur de ce qu'il a produit , et qu'il ne veut pas consommer.
Il est évident que chaque homme apporte , à la masse gâiérale des produits qui constituent l'offre, la totalité de ce qu'il a produit ^ et qu'il ne veut pas consommer. Sous quelque forme qu'une portion du produit annuel soit tombée entre les mains d'un homme ^ s'il se propose de n'en consommer rien lui-même , il veut se défaire du tout, et le tout vient, par conséquent, augmenter l'offre*; s'il en consomme une partie , il veut se défaire de tout le reste , et tout le reste entre dans l'offre.
Ainsi , puisque la demande de tout homme est égale à la portion du produit annuel, ou, autrement dit, à }a portion de richesse dont il
veut se défaire , et que Toffre de chaque homme est exactement la même chose, l'ofTre et la demande de tout individu sont nécessairement égales.
La demande et Toffre ont entre elles une relation particulière. 'Une denrée ou marchandise ofTerte est toujours en même temps i^objet d^une demande , et une denrée ou marchandise qui est Tobjet d^une demande fait toujours en même temps partie de la masse générale des produits qui constituent l'offre. Toute denrée ou marchandise est toujours à la fois un objet de demande et un objet d'offre. Quand deux hommes font un échange , Tun ne vient pas pour faire seulement une offre , et l'autre pour faire seulement une demande ; chacun d'eux a une offre et une demande à faire : l'objet de son offre doit lui procurer celui de sa demande , et par conséquent sa demande et son offre sont parfaitement égales.
Mais si la demande et l'offre de tout individu sont toujours égales l'une à l'autre, la demande et l'offre ^e tous les individus d'une nation pris en masse doivent être égales. Quel que soit donc le montant du produit annuel, il ne. peut
DE LA CONSOMMATION. :tSS
jamais exccder celui de la demande annuelle. La totalité du produit-annuel est divisée en un nombre de portions ^gal à celui des individus entre lesquels ce produit est distribue. La totalité de la demande est égale à la somme de ce que, sur toutes les parts, les possesseurs ne! gardent pas pour leur propre consommation 4 . mais la totalité des parts est égalé à tout le; produit annuel. Donc la démonstration est[ complète. i
Quelque complète qu€ puisse paraître la dé-^ monstration de ce que nous venons d'énoncer, savoir que la demande et Foffre d'une nation doivent toujours être égales, et qu'elle ne peut jamais manquer d'un débouché suffisant pour la totalité de son produit annuel, cette proposition est rarement bien comprise, et quelque-^ fois positivement contredite.
L'objection est fondée sur ce que des denrées ou marchandises se trouvent souvent en trop grande abondance par rapport à la demande.
Nous ne contesterons pas le point de fait.
On verra néanmoins qu'il n'affecte en rien la vérité de la proposition qu'on l'emploie à combattre.
a56 DE LA CONSOMMATION.
Quoiqu'on ne puisse nier que la demande ne soit ëgale à l'offre de }d part de tout individu qui vient au marché pour faire un échange, il peut néanmoins arriver quUl n'y trouve pas l'espèce d'acheteur dont il a besoin; il peut fort bien n'être venu personne qui désire l'objet qu'il veut échanger. Il n'en est pas moins rigoureusement Vrai que sa démande était égale à son offre ; car il désirait avoir quelque chose en échange de ce qu'il avait apporté. La chose n'est pas différente si l'on dit qu 'il désirait de l'argent ; car l'argent est lui-même une marchandise: et, d'ailleurs, personne ne désire de. l'argent si ce n'est pour le dépenser en objets de consommation, soit productive, soit improductive. '
La demande et l'offre de la part de tout individu étant égales entre elles, s'il se trouve au marché une denrée ou marchandise dont la quantité soit au-dessus de la demande, il doit s'en trouver quelque autf e qui soit au-dessous.
Si les offres et les demandes individuelles sont égales, la demande et l'offre générales doivent toujours être égales. Supposons que , de ces deux quantités égales^ l'une est divisée
DE lA CONSOMMATION. oSy
en un certain nombre de parties , et l'autre en autant de parties toutes ëgaleô entre elles et à leur partie correspondante ; qu'autant il y a de parties de demande pour du blé, autant il y ait de parties d'offre de cette denrée; autant de parties de demande pour du drap , autant departies d'offre de cette marchandise, etc. ; il est évident que , dans ce cas , il n'y aura de surabondance d'aucune chose , quel que soit le montant du produit annuel.. Supposons ensuite que cette correspondance ;exacte d'une partie de la demande à une partie de l'offre soit troublée ; supposons, par exemple, que la demande du blé restant la même, l'offre du drap soit considérablement augmentée ; il y aura conséquemment surabondance de drap , parce que la demande de cette marchandise n'a pas augmenté : mais il doit y avoir nécessairement un déficit proportionnel d'autres choses ; calr la ijuantité additionnelle de drap qu'on a faîte n'a pu l'être que par un seul moyen, qu'en enlevant un capital à la production de quelques autres choses, et en diminuant de la sorte la quantité produite. Mais si la quantité de quelque article se trouve diminuée lorsque la demande pour une plus grande quantité subsiste , il y a un déficit de cet article. Il est donc impossible
258 DE Lk CONSOMMATION.
qu^il y ait jamais dans un pays nn ou plusieurs articles en quantité siq>érieure à la demande sans qu'il y ait une ou plusieurs autres marchandise en quantité moindre que la demande.
Les effets qui résultent, dans la pratique , du défaut de correspondance entre les parties de la demande et de Toffre nous sont faihiliers. L'article dont il y a surabondance baisse de prix, celui dont il y a déficit hausse. C'est une fluctuation que tout le monde comprend suffisamment. La baisse dans le prix dé l'article surabondant détourne bientôt , par la diminution des profits , unç portion de capital de ce genre de production ; la hausse dans le prix de l'article devenu rare attire une portion de capital vers cette branche de production : ce mouvement a lieu jusqu'à ce que les profits soient égalisés , c'est-à^^lire jusqu'à ce que la demande et l'offre correspondent l'une à l'autre.
Ce qu'on pourrait alléguer de plus fort en faveur de là supposition que le produit annuel peut augonenter plus rapidement que la consommation ^ serait le cas où , chacun ne con-
DE LA CONSOMMATION. ïSg
Sommant que diçs objets < tout ]e reste du produit épaulé ; mais c'est un
qu'il est incompatible a' h
nature humaine. On peu i
cher les conséquences, t
servent à e'claircir les !
desquels nous avons démontré l'égalité qni e^ste entre le produit et la demande.
Dans un cas semblable , ce qui est échu à chaque individu pour sa part du produit annuel , en outre de ce qu'il peut consommer enobjets de première nécessité , serait employé à là production ; tout le capital national s'emploierait à produire des matières brutes et une petite quantité de matcbandises cojnmunes , parce que ce seraient les seuls articles demandés. Comme ce que chaque individu a obtenu pour sa part du produit annuel , en outre de ce qu'il pouvait consommer , serait employé à la production , il serait dépensé en objets servant à la production de matières brutes et de quelques marchandises communes ; mais ces objets sont précisément des matières brutes et des marchandises communes eux-mêmes : la demande de chaque individu consisterait donc »7-
26o DE LA CONSOMMATION.
tout entière dans ces articles ; mais la totalité de Toffre consisterait aussi dans les mêmes articles ; et il a été prouvé que la demande tîAtale et Toffre totale ^ont nécessairement égales, parce que Texcédant du produit annuel sur la consommation des copartageaus est devenu objet de demande , et que la totalité de ce produit, avec la même déduction, est devenue objet d'offre.
Il paraît donc démontré, par une accumulation de preuves, que la production ne peut jamais augmenter trop rapidement par rapport h la demande. La production est la cause et la cause unique de la demandje. Elle ne crée pas une offre sans créer une demande , toutes deux en même temps et toutes deux égales.
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SECTION IV