CHAPITRE PREMIER
La distinction entre ce qui est produit par le travail et ce qpii Test par la nature ^ est trèssouvent peu claire. Nous croyons donc nécessaire de dire quelques mots pour fixer le sens des termes.
Le travail ne produit les effets désirés que de concert avec les lois de la nature. Il n'y a pas d'objet destiné à la consommation que le travail produise autrement qu'en coopérant avec les lois de la nature.
Il est reconnu que l'action de l'homme peut être ramenée à de très^simples élémens. Il ne peut , en effet , rien faire de plus que de produire du n^ouvement ; il peut mouvoir les choses pour les approcher ou les éloigner les unes des autres ; les propriétés de la matière foot tout le reste. Il meut un fer rouge vers une portion de poudre* à canon , et une explo-
siou a lieu ; il met la semence dans la terre , et la végétation commence ; il sépare la plante de la terre , et la végétation cesse ; mai^ il ignore pourquoi et comment ces effets ont lieu. Il a seulement appris par expérience que s^il fait tels ou tels mouvemens , tels ou tels effets s'en suivront. Rigoureusement parlant , c'est la matière elle-même qui produit les effets. Tout ce que les hommes peuvent faire , c'est de placer les objets créés par la nature dans une certaine position. Le tailleur quand il fait un habit , le fermier lorsqu'il fait pousser du. blé, font exactement les mêmes choses ; chacun d'eux fait des mouvemens , et les propriétés de la matière font le reste. Il serait absurde de demander auquel de deux effets quelconques les propriétés de là matière contribuent le plus; car elles contribuent à tout , lorsque certaines portions de matière sont placées dans une certaine position.
La plupart des objets que l'homme désire sont le résultat, non pas d'une seule opération, mais d'une série d'opérations exigeant un cer-i tain laps de temps. Une certaine quantité de nourriture , et de tontes autres choses qui , durant ce tehips , sont employées par les hommes qui travaillent , est nécessaire à l'existence du
travail. Ainsi , non-seulement le travail , mais encore les articles nécessaires pour Fentretien du travail , sont indispensables à la production.
Il arrive souvent que le travail est appliqué a certaines matières qui coûtent plus ou moins à se procurer. Le fabricant d'étoffes de laine doit avoir de la laine y le charpentier doit avoir du bois , le forgeron du fer , et les autres producteurs , chacun les matières brutes de Vobjet particulier qu'il produit.
Le travail peut aussi, dans bien des cas, être très-puissamment secondé par l'emploi de certaines machines. L'honune qui grattait la terre avec ses ongles ou avec un bâton ^ a été considérablement aidé quand il a obtenu le secours d'une bêche , et l'homme qui labourait avec une bêche l'a été de même quand il a obtenu le secours d'une charrue. L'usage des instrumens a été porté beaucoup plus loin dans les opérations manufacturières que dans les opérations agricoles. La distance est immense entre le fuseau et la quenouille , et les machines compliquées et actives qui remplissent une manufacture moderne.
lO DE LA PRODUCTION.
La nourrilure et les autres articles consommés par les ouvriers , les matières brutes sur lesquelles ils opèrent, et les instrumeus de toutes sortes qu'ils emploient pour faciliter leur travail , ont reçu la dénomination de capitaJ, n y a donc deux choses absolument nécessaires à la production, le trwail et un captial.
Il arrive très - fréquemment que les personnes qui veulent prêter leur travail sont pauvres , et ne possèdent même pas assez de vivres pour se nourrir pendant la série d'opérations nécessaires pour finir l'objet qui les occupe. Plus rarement encore , elles possèdent quelques-unes de ces machines coûteuses qui contribuent, sur une grande échelle, à produire les richesses que les hommes désirent consommer.
Il en résulte une division des personnes qui concourent à la production , en deux classes , celle des ouvriers et celle des capitalistes. La première est la classe qui fournit le travail , l'autre celle qui fournit la nourriture , les matières brutes et les instrumens de toute sorte , animés ou inanimés , simples ou com-
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pliqués qu'on emploie à produire Teffet désire.
Dans remploi du travail et des machines , on trouve souvent que les effets peuvent être augmentes par une distribution habile , c'està-dire en séparant toutes les opérations qui ont une tendance à se contrarier , et en réunissant toutes celles qui peuvent , de quelque manière que ce soit , se faciliter les unes les autres.
Comme en général les hommes ne peuvent exécuter beaucoup d'opérations différentes avec la même vitesse et la même dextérité qu'ils parviennent j par l'habitude , à en exécuter un petit nombre , il est toujours avantageux de limiter autant que possible le nombre d'opérations confiées à chaque individu.
Pour diviser le travail et distribuer les forces des hommes et des machines de la manière la plus avantageuse, il est nécessaire, dans une foule de cas , d'opérer sur une grande échelle f ou en d'autres termes de produire les richesses par grandes masses. C'est cet avantage qui donne naissance aux grandes manufactures ^
Un petit nombre de ces manufactures placées dans les positions les plus convenables , approvisionnent quelquefois non pas un seul , mais plusieurs pays, de la quantité qu^on y désire de Vob^t qu^elles produisent.