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CHAPITRE PREMIER

àé de la foudre a^ec félectricàé.

A.USSI long-temps quon s*est arrêté à considérer la nature et les détails de Faction électricpie, on a dû être porté à ce genre de recherches , par la nouveauté et la singularité des aspects sous lesquels se manifeste ce fluide : néanmoins on peut se lasser de flxer continuellement son attention sur une série de faits n^ayant en apparence aucune relation avec les choses qui ont plus particulièrement droit de nous intéresser : mais il faut ne pas oublier que , dans toute science expérimentale , ces sortes de préliminaires sont indispensables^ et peuvent être comparés à la nécessité où l'on est de commencer d'abord à recueillir , puis a dégrossir les matériaux bruts , qui doivent eifôuite fournir aux arts des produits aussi utiles que précieux.

li'utilité de la science électrique devient plus

évidente» et son application aux phëBoraène» de la nature plus remarquable , lorsque nous comparons no6 idées actaelles aux conjectures et aux hypothèses vagues qui furent provisoirement établies^ pour se rendre compte de faits, qui, depuis, ont été/Convenablement expliqués.

La physique des anciens parait surtout avoir été en défaut , relativement aux applications qu'ils en ont faites aux phénomènes atmosphériques. Plusieurs des faits que l'on peut à juste titre regarder comme les plus importans, ne furent point observés; et les philosophes qui, à des époques di^érentes, étudièrent le niieux la nature , ont rangé les météores lumineux parmi les mystèi^s les plus propres à inspirer de la crainte ; et les poètes , usant de leur privilège , les mirent entre les mains des dieux , comme des instrumens de châtiment et de vengeance.

Dans les temps modernes , avant les découvertes faites en électricité, ces phénomènes furent attribués à l'inflammation d'efllu^es subtiles, à des exhalaisons sulfureuses élevées dans les hautes régions de l'atmosphère, et quelquefois aussi à la colKsion de nuages poussés les uns contre les autres : ici du moins on voit une cause réelle ; substituée à des rêves et des

{Mes p qai Eurent respectés pendaat det siècles : tant l'écrit humain ^ est porté à créer des canses imaginaires ^ lorsqu'il ne peut s'élever jusqu'à la source d'où émanent les Véritables.

A une époque où Téleetrlc^é était encore dans son enfance , un physicien ( qui donna les moyens d^angmenterrinlçnsitédes phénomènes électriques, en appliquant au perfectionnement da principal appareil les découvertes qu'il avait £iites sur les corps conducteurs et non conducteurs), M. Grey, en examinant les apparences qae présente le fluide électrique , lorsqu'il passe d^un corps à un av *xe , remarqua une légère ressemblance entre le bruit et la lumière de rétineelle , comparés aux phénomènes du ton-^ nerre et de l'éclair. Il ne parait point que cette observation ait fixé l'attention des physiciens jusqu'en 174s, époque ou TaLbé NoUet publia f dans' le quatrième volume de ses Leçons de physique , des conjectures plus développées; il s'explique de la manière sui-* vante : « Si quelqu'un , par exemple , entre- J9 prenait de prouver, par une comparaison » bien suivie des phénomènes, que le tonnerre » est entre les mains de la nature ce que l'élec* n tricité est entre les nôtres , que ces nier- H veilles dont nous dîsposo];is maintenant à

h notre gré , sont de petites imitations de ces » grands effets qui nous effrai^it , et que tout » dépend du même mécanisme ; si l'on faisait » voir qu une nuée préparée par l'action des >) vents , par la chaleur , par le mélange des }i exhalaisons , e^t vis-à-vis d'uaol^et terrestre, » ce qu'est le corps électrique en présence et » à une certaine proximité de celui qui ne » l'est pas; j'avoue que cette idée, si elle était » bien soutenue ^ me plairait beaucoup : et, }) ppur la soutenir, combien de raisons spé« » cieuses ne se présentent point à un homme » qui est au fiaiit de l'électricité? L'universalité » de la matière électrique , la promptitude de » son action, son inflammabilité , et son acti- » vite à enflammer d'autres matières, la pro- » priété qu elle a de frapper les corps extérieu- 3> rement et intérieurement jusque dans leurs » moindres parties , l'ex^emple singulier que » nous avons de cet effet dans lexpérience de » Leyde,. l'idée qu'on peut légitimement s'en » £aiire , en supposant un plus grand degré de }) vertu électrique, tous ces points d'analogie, )) que je médite depuis quelque temps , com- » mencent à me faire croire qu'on pourrait, en » prenant l'électricité pour modèle, se former, » touchant le tonnerre et les éclairs, des idées » plus saines et plus vraisemblables que tout

» ce qu'on a imaginis jusqu'à présent (^). » Ce passage remarquable prouve beaucoup de sagacité et de pénétration de la part de M. Tabbé NoUet ; mais il ne peut être comparé à ridée ingénieuse , aux raisonnemens philosophiques et judicieux , et surtout aux e7q[>érlencessatis£aiisantes, qui ontmis le docteirr Franklin à même de démontrer Tidentité de lelectricité avec la cause du tonnerre. Cet habile physicien s'est beaucoup occupé des phénomènes électriques ; et il a consigné ses observations^ dans une série de lettres adressées à un membre de la société royale depuis 1747 jusqu'en 1753. On y trouve, au milieu d'une nombreuse variété de découvertes électriques , la première hypothèse détaillée propre à expli^quer les phénomènes des orages par les pro priétés connues de 1 électricité; et la vérité de cette supposition fut ensuite démontrée, au moyen de l'expérience la plus extraordinaire qu'on ait encore faite. Le docteur Franklin a observé , avec une égale attention , toutes le» particularités qui accompagnent ce météore, ainsi que la cause à laquelle on peut en attribuer la production : il indique les caractères suivans comme établissant les principaux traits

(*) Leçons de physique fxpcrimentiJe , tom. FV, p. 3 1 5.

de ressemblance entre la matière de la foudre et l'ëlectricitë.

10. La direction en zigzag que suit la foudre j répond exactement k Tappareoce sous laquelle se présente une puissante étincelle , qui traverse une lame d'air très-épaisse.

2^. Le tonnerre frappe plus fréquemment les corps élevés et proéminens, comme le sommet des montagnes^ les mâts des vaisseaux , les grands arbres p les tours , les clochers y etc. Le fluide électrique y lorsqu'il passe d'un corps à un autre y se porte de préférence sur les parties les plus saillantes.

3°. La foudre épargne les corps non conducteurs, et elle attaque plus volontiers ceux qui transmettent le mieux Télectricité ; tels sont les métaux , l'eau y les substances humides , etc. , etc.

4^ Le tonnerre enflamme les corps combustibles , ce que fait aussi l'électricité.

5^. Les métaux sont fondus par une forte décharge électrique : ce phénomène est aussi un des effets que produit le plus communément un coup de tonnerre.

6*« On peut en dire autant de la rupture des corps fragiles, et autres effets décfùranê communs aux deux causes.

']^. On sait que la foudre peut rendre aveugle ,

et le docteur Frankliq a montre qa*une ibrte décharge électrique peut produire le même effet sur les animaux que l'on y soumet.

8 . Le tonnerre tue les animaux, et Franklin fit périr des dindons , du poids d'environ dix livres , en leur faisant éprouver une violente décharge électrique.

9"". La foudre et Fëleetricité agissent de l^ même manière sur Taiguille aimantée^ et toutes les deux communiquent également au fer la vertu magnétique.

Tous ces phénomènes sont évidemment identiques , et ils ne différent que relativement au degré d'iulensité. Or, si un canon de fusil électrisé, qui peut donner une étincelle k deux pouces de distance, fait entendre une forte explosion; que ne doit-on pas attendre d^an nuage i%ndu électrique, et dont Tétendue est peut-être de dix mille acvrif La diversité des effets que ces conducteufliPeuvent pro^ duire , ne devra-t-elle point être égale à la différence de leur étendue?

Pour donner plus de consistance à ces idées, ayons recours à Texpérience; les pointes reçoivent et transmettent l'électricité avec facilité ; élevons donc dans l'atmosphère une barre de métal qui soit isolée et terminée en pointe. Si la fondre est produite par le fluide électrique

accumulé sur les nuages, cette barre sera électrisée chaque fois qu'une nuée orageuse passera au-dessus d'elle , et son électricité pourra être comparée avec celle que nous obtenons de nos appareils ordinaires.

Telles furent les idées de cet illustre physicien : il les fît connaître ; et bientôt elles excitèrent l'attention des savans de l'Europe. Le roi de France en ayant eu connaissance , l'approbation qu'il leur donna , engagea plusieurs académiciens (*) à Éaire l'expérience proposée par Franklin. On dressa à cet effet plusieurs barres de métal isolées et terminées en pointes : le lO mai 1762^ une d'elles , de quarante pieds de baut et placée dans un jardin à Marly-la-ViUe , fut électrisée y lorsqu'un nuage orageux vint à passer au-dessus : durant à peu près un quart d'heure , elle fournit des étincelles qui servirent à cltftt^r des bouteilles et à produire tous les autqJPSets électriques; lors du passage de la nuée on entendit un bruyant éclat de tonnerre^ en sorte que l'identité de la foudre et de l'électricité fut complètement prouvée* Quelque temps après ^ de semblables expériences furent répétées en France par MM. Delor, Buffon et le Monnier; et en Angleterre par

{^) MM. Dalibard , Delor, Mazëas, Buflfon et le Momiier.

MM. Canton ^ le docteur Watson , Wilson , et le docteur Bevis.

Le docteur Franklin , ignorant qu'on eût fait ces expériences^ attendait qu'un clocher ^ que Fou élevait à Philadelphie , fût terminé , afin d'avoir une occasion fiivorable pour placer , à une hauteur suffisante , la barre isolée qu'il se proposait d'employer ; il lui vint dans l'esprit qu'un cerf-volant ^ susceptible de dépasser les jédifices les plus élevés, se rapprocherait davantage des hautes régions où se développe la fondre. En conséquence , il attacha les quatre eoinâ d'un grand mouchoir de soie aux extrémité de deux minces attelles de sapin placrées en croix; ayant ainsi construit un cerfvolant, auquel il adapta une queue et une attache : à l'approche du premier orage , il se rendit dans un champ accompagné de son fils. Fraullin ajusta une pointe de métal à son cerf-volant, le lança, et attendit qu'il fût par- Tenu à une hauteur convenable. Attachant al<»rs une clef à l'extrémité de la ficelle , puis na cordon de soie^ il fixa ce dernier à un poteau 9 et réussit ainsi k isoler tout l'appareil : le premier signe électrique qu'il remarqua, fut la divergence des filamens de chanvre qui avaient échappé a la torsion :. un puage épais au-dessus du cerf- volant; il tomba un

peu de plmei la ficelle devini hmttide et ramassa rélectricité plus abondamment : préeentant alors le dos de la tasin k la clef, il en tira un courant d'étincelles brillantes et aiguës-, au moyen desquelles il ^nflahima de Fespritde-vin ^ chargea des bouteilles de Leyde , et fit toutes les expériences électriques ordinaires. C'est ainsi qu'une dédouyerte importante, que son auteur appelait modestement une bypd^ thèse » fut nkise au nombre des véritéi 6Cien->^ tifiques.

L'invention dun nouvel appareU permit bientôt à ce physicien de £ûre desobservtttions ^ poiu* ainsi dire^ continuelles; il assujéfit à là partie la plus élevée de sa maison > une barré isolée qu'il fit coœnmniquer avec deux tim^ bres et un pendule , disposés de maili^ a sonner dès que l'appareil settiit électridé^ Ce qui devait faire reconnaître l'approcbe d^un nuage chargé.

Ces expériences fiirent répétées dons presque tous les pays oivilisés et avec des sucoèn éiSé^ rens. En France , M» Romas obtint des f éstd^ tats vraiment effrdyand ; il avait coÀstmit nU cerf-volant de sept piede de haut sur trois de large , qui fat élevé k la hauteur de diNf cent cinquante piedâ^ au moyen d'une corde » dans toute la looj;ueut de kqueUe on avait

entrelacé un fil de métal , afin de la rendre trà«bon conducteur : le a6 août 1 7Ô6 , on lira de la corde de ce cerf-volant des étinceUes, ou plutôt il s'établît un courant de matière électrique dirigé yers la terre ^ ayant un pouce de dia-^ mètre et dix pieds de long; tous les autres ph^Domènes produits par cet appareil furent également imposans (^).

Il serait surpreuant que de telles eJÉpériences eussent été constamment faites ayec sécurité^ pnisque souvent il arrive qu'on se servant des appareils électriques ordinaires, l'oubli de certaines précautions expose au danger d'être atteint par l'électricité. Ceux qui les {iremiers se livrèrent à ces recherches dangereuses, furent quelquefois frappés; et l'on doit t^egardet comme très-heureux que, malgré le grand nombre d'expériences faites depuis la première découverte , il n'y ait eu qu'une seule catastrophe ; encore eut-elle lieu à une époque tellement rapprochée des premiers essais en ce genre , qu'on n'avait point aloifs pris totites lés précautions convenables. Le professeur Richman , de Pétersbourg , fut la première victime de la science électrique ; il avait établi , sur sa / ' ■ ■ I I . . I II ■ I ■ ■ ■■—

{*) Mémoires dés sajam étraogers, tom. H, p. ig^) et tMD. IV, pag. 5 14 > etc. ,

maison, un appareil complètement isole, et avec lequel il se proposait de faire des observations sur rélectricité atmosphérique ; il n Savait d'ailleurs fait aucune disposition pour transmettre Félectricité de la barre , lorsqu'elle deviendrait trop abondante. Le 6 août ij^^ , accompagné d'un ami , il examinait Tétat de son appareil 9 et observait avec attention les résultats d'tme expérience, lorsqu'acciden tellement il approcha sa tête du conducteur isolé : aussitôt il en sortit un globe de feu qui s'élança sur le physicien , et le renversa privé de vie. On remarqua sur son front une tache rouge ; json soulier était déchiré , et une portion de son gilet roussie. Son compagnon fut aussi terrassé et perdit, pendant quelque temps , l'usage de ses sens. Le chambranle de la porte de la chambre fut fendu , et la porte sortit de ses gonds (*).

Cet accident fît sentir que , pour feire ces sortes d'expériences , il était nécessaire d'user des plus grandes précautions ; on peut les répéter aujourd'hui avec beaucoup de sécurité : on place, à une petite distance de la barre isolée ', une tringle de métal , qui communique

(*) Phil. Tram., vol XLVffl, p. 765/ ou Histoire de Pricstley, p. 358.

avec le sol ou avec l'eau la plus voisine. D après cette disposition, lorsque 1 électricité devient trop forte ^ elle éclate dans l'intervalle des deux tiges, et est *ainsi transmise au sol , sans qu'il puisse en résulter aucun inconvénient.

Ces expériences prouvent , k n'en point dou-> ter, que le fluide électrique joue un r61e important dans les phénomènes que présentent les orages. Le docteur Franklin , par anticipation, et en supposant que ses conjectures fussent vérifiées , avait pensé que l'on pourrait , pour se mettre à l'abri des dangers de la foudre, employer les propriétés connues de l'électricité. £n effet , si les désastres qui souvent accotppagnent ce météore , proviennent de l'accumulation du fluide électrique , on pourra les prévenir, en lui traçant la route qu'il doit suivre. Les métaux conduisent l'électricité mieux que ne le font toutes les autres substances connues, et, quand les maisons ou les vaisseaux sont frappés du tonnerre , le plus ordinairement , le dommage répond aux parties situées entre des morceaux de métal , parce que le fluide électrique , ^n franchissant ces intervalles , donne alors naissance aux effets inséparables de la faculté expansive, qui se développe , chaque fois que la

communication métallique est interrompue :

en conséquence , le docteur Franklin proposa d'élever des barres de métal d'une continuité parfaite, terminées en pointé aux deux bouts, et placées sur le côté des maisons; en telle sorte qu'une de leurs extrémités dépassât les parties les plus élevées de ledifîce, tandis que l'autre descendrait au-dessous des fondations y et communiquerait avec l'eau la plus voisine , ou autre matière conductrice. De cette manière , une conduite métallique non interrompue serait établie, et la déchaîne électrique pourrait la parcourir, avec plus de facilité qu elle n'entrouverait pour traverser la série interrompue de corps bons et mauvais conducteurs, dont l'assemblage compose nos maisons. L'expérience a suffisamment démontré les avantages qu'on peut retirer de cette méthode. LUe est généralement adpptée dans les circonstances où , à raison des localités , On doit redouter les ravages de la foudre. Plusieurs expériences servent habituellement à démontrer rutilité de ces sortes d'applications ; et voici celles qui me paraissent le plus natui'eUement devoir .ici trouver leur place.

Exp. 89. Formez une pyramide composée de plusieurs morceaux de bois placés les uns sur les autres : donnez à celui qui est inférieur la forme d'une base carrée : la partie conique qui

lui est superposée, doit être soutenue par trois petites balles de cuivre : à lun des cotes de la base est pratiquée une entaille carrée, dans laquelle on place un morceau de bois qid peut y entrer ou en sortir, sans éprouver de résistance; sur cette pièce de bois est posée une des boules de cuivre , de façon que la pyramide ne poun*a conserver son équilibre , qu autant que la planchette restera dans sa position : des fils de métal sont tellement incrustés dans les différentes parties de l'appareil que , quand elles sont toutes convenablement réunies, les bouts de ces fils sont en contact, et for«ment une communication continue de la base au sommet; la portion du conducteur qm traverse la pièce de bois dont il a été question, peut, lorsqu'on change la position de cette dernière, cesser d'être en contiguité avec les autres , et interrompre ainsi le circuit métallique. Si donc une charge traverse le conducteur, pendant que cette interruption a lieu, la planchette sera chassée , et la pyramide renver-r sée; mais si, au contraire, la communication était disposée de manière à ce que la contiguité existât , la charge serait transmise satis produire aucun efTet appréciable.

On peut , de la même manière , faire sauter un modèle de moulin à poudre > ou simuler

rincendie d'un édifice. On place dans leur intérieur lui conducteur înteiTompu, et, daps l'intervalle que laissent entre elles les deux extrémités , on met de la poudre à canon ou autres matières combustibles : ces modèles sont habituellement pourvus d un conducteur mobile , qui y lorsqu'il est convenablement adapté , rend nul Teffet dune grande jarre ou d'une batterie; mais, lorsqu'au contraire ce conducteur est retiré, la charge, à l'instant où elle éclate dans l'intervalle libre qui en résulte , enflamme les matières combustibles, et des désordres plus ou moins groves en sont la suite nécessaire. Les appareils disposés pour ces sortes de démonstrations, se vendent chez tous les fabricans d'instrumens de physique.

Exp. 90. Afin de donner un exemple de Ja méthode qu'il convient d'employer pour garantir les vaisseaux , on dispose un petit modèle ayant , au lieu de mat , un tube de verre , auquel toute la manœuvre est attachée : deux fils de métal qui doivent rester distans l'un de l'autre d'environ un demi-pouce , sont introduits par les extrémités opposées du tube qui est ensuite rempli d'eau et fermé à ses deux bouts. Le fil inférieur communique à un autre fil de métal répondant à la poupe , et le supérieur est surmonté d'une petite

boule qui temime le mât : un conducteur mobile, formé d'un fil mince de cuivre , et placé parallèlement au tube , s'élève jusqu'au haut, et inférieurement communique au (il de métal attaché a la poupe. Les choses étant ainsi disposées, si une forte charge est dirigée sur la boulay il n'y aura aucun effet produit ; mais, si le conducteur a été préalablement retiré, la charge passe dans l'intérieur du mât, et le met en pièces à l'instant où elle éclate entre les extrémités des fils.

Si les conducteurs employés dans ces expé" riencessont terminés en pointes , on éprouvera de la difficulté pour faire passer la charge avec explosion , et en général elle sera alors transmise silencieusement, ou au moins elle perdra beaucoup de son énergie. C'est d'après cette considération , que le docteur Franklin recommande de tei*miner en pointe très-aiguë , les extrémités des conducteurs que l'on dresse pour garantir les édifices des ravages de la foudre. Une pointe diminue toujours l'inten-* site électrique de la surface , à laquelle on la présente , et agit sur elle à une grande distance : dès lors une barre ainsi disposée , tend à affaiblir l'électricité du nuage qui s'en approche , avant qu'il soit assez près pour que l'explosion ait lieu ; et même si ce nuage ne s'avance

que graduellement , la charge pourra être complètement dissipée sans explosion. On peut, au moyen d'expériences^ mettre ces &its hors de doute.

£xp. 91. Suspendez au conducteur d'une machine électrique^ quelques duvets , ou mieux encore , du coton , formant de légers flocons ; ce qui peut, jusqu'à un certain point, représenter un nuage; quand la machine est mise en mouvement , les filamens du coton s'écartent les uns des autres , et si on leur présente une grosse boule ou une surface plane, ils s'y portent aussitôt; mais^ si on substitue une pointe approchée à la même distance, les filamens cessent de se repousser, ils se pelotonnent même et s'éloignent de la pointe.

Ëxp. 92. Chargée une très-grande jarre : d'une main vous toucherez son armure externe , et de l'autre vous tiendrez une aiguille ayant une pointe 4brt aiguë , que vous approcherez gra-^ duellement de la tige de métal dont on se sert pour charger l'intérieur de la jarre , qui alors sera complètement déchargée sans ex«. plosion. Si on répète cette expérience, et qu'on approche l'aiguille plus rapidement , on ressentira une faible commotion.

Si la pointe dont on se sert dans ces expériences n'a point une communication conti-

nue et pioiûte avec le sol on l'extérieur de la îarre, elle a opérera pas une décharge silencieuse f mais recevi;^ une explosion, ainsi quil arriverait à une boule ; ce qui fait sentir corn* bien il est nécessaire que les barres , destinées a conduire la matière de la foudre, soient continues et communiquent exactement avec des substances conductrices d'une grande étendue y telles que l'eau , ou une couche de terre humide.

A une certaine époque , il s'éleva entre les électriciens une discussion assea ridicule , relative à la propriété des conducteurs aigus i qudques-uns proposèrent de' les terminer par des boules d'un diamètre modéré , afin d'empêcher Faction qu'ils exercent comme pointes. Indépendamment de la £ûblesse des argumens qui furent emj^oyés pour montrer que , dans quelques circonstances , un conducteur , arrondi à sen extrmaitéy dcllt être pi'éfëré à ceux dont on fait faabituellemeDt usage , la dimension que l'on avait proposé de donner aux boules terminales , était telle , qu'opposées à un nuage orageux y ou même à une puissante machine électrique , elles auraient encore agi à la manière des pointes.

On cite deux exemples authentiques de . maisons , qui dans ce pays ont été frappées de

la ibudré, et en ont éprouvé quelque dommage^ bien qu'elles fussent d'ailleurs pourvues de paratonnerres, auxquels on n avait point, à la vérité, donné la disposition la plus avantageuse; mais, dans la supposition même où toutes les condi-

. tions eussent été rigoureusementremplies, deux manques de succès en un grand nombre d'années, ne peuvent fournir matière à des objections plausibles , surtout si l'on fait attention aux milliers de conducteurs qui ont été élevés depuis la découverte de Franklin.

11 n'y a point de probabilité qu'un tel appareil manque de remplir son but, si on a eu l'attention de ne point négliger les conditions suivantes : la barre , ou les barres du paratonnerre (car il faut en mettre plusieurs si rédi6ce est grand ) , doivent être faites de cuivre ou de fer, ayant | de pouce de diamètre : elles seront supérieurement terminées en pointe très-aiguë, et ^fi^plsseront de troi» à quatre pieds à peu près , les parties les plus élevées du bâtiment. Il faut joindre , autant exactement que possible, les diverses portions qui forment cette barre , ce à quoi on réussit fort bien, en

Jes vissant les unes avec les autres. Tous les métaux qui font partie de la toiture , doivent être mis en communication avec la conduite, qui descendra au^i directement que possible ,

et pénétrera de plusieurs pieds au«dessous des fondations y dont elle doit cependant un pen secarter. Afin d'éviter la détérioration de la portion des conduèteurs qui doit être enfouie^ il serait mieux de la &ire en cuivre ; et il faut^ autant que possible^ qu'elle communique avec la terre humide^ ou avec une grande masse d'eau > avantage que procure, presque toujours , renfoncement du conducteur à quelque profondeur au-dessous du niveau des fondations.

Un conducteur y placé à demeure et qui serait entièrement de cuivre, n'aurait pas besoin d'avoir une aussi grande épaisseur que s'il était en fer. Je suis très-porté à croire qu'une tige d'an demi-pouce d'écarrissage remplirait fort bien toutes les conditions exigées y et il n^y a pas le moindre doute y qu'une quantité de métal moins considérable encore, dont on formerait an cylindre creux y ce qui augmenterait sa sur&ce y produirait autant et même plus d'efifet.

A bord des vaisseaux , les paratonnerres sont ûiits avec des chaînes (très-peu propres à cet usage) et des fils de cuivre que l'on peut aisément placer, mais qui , par la même raison, se déplacent avec la même facilité. Aussi ai-je appris de plusieurs capitaines, que des vaisseaux munis de tels conducteurs, ont achevé de longs et périlleux voyages , sans qu'on ait

seulemeat pensé à disposer Fappareil , tofijoun resté à fond de cale ; c'est pourquoi il serait p>sut-etre mieux de faire usage de conducteurs inamovibles 9 qu'on pourrait, je pense , fixer au mât; et dans les endroits où le niouve^ ment est inévitable y le conducteur inflexible serait remplacé par une longue spirale de cuivre y qui , à Tavantage d'établir une continuité parfaite^ joindrait assez de flexibilité pour se prêtera tous les mouvemens indispensablement nécessaires.

Quoique les diflerens métaux > lorsqu'ils donnent passage à une même quantité d'électricité, en soient différemment affectés; tons peuvent cependant servir pour former la conduite des paratonnerres , mais il faut qu'ils aient une épaisseur suffisante pour résister au plus violent coup de foudre. Aussi peuton employer à cet usage les gouttières, les faitages, les tuyaux et autres métaux non recouverts qui servent habituellement à la construction des maisons; ce serait une dépense ridicule, que d'appliquer un conducteur de trente à quarante pieds de long , sur un tuyau de plomb épais et de même étendue : cependant, dans ces sortes de dispositions, on ne doit point perdre de vue , que le conducteur destiné. 9 transmettre lelectricité au sol, doit.

autant que possible , se rendre directement du haut au bas de la maison.

Communément les paratonneiTes employa pour les magasins à poudre ^ sont placés à une petite distance du bâtiment; lorsqu'il en est ainsi , la tige doit s élever de huit à dix pieds au-dessus des parties les plus hautes du maga* sin , et pénétrer autant au<- dessons de ses fon* dations.

<f M. Morgan a proposé , pour se mettre com* » plètement à l'abri de toute espèce de dangers ij possibles , d'attacher aux parties les plus )> basses des murs mitoyens , une bande de » plomb communiquant avec d'autres bandes , ^ entourant toutes les fondations de la maison. » A chaque angle de l'édifice^ une lame perj) pendiculaire s'élevant de cette espèce de » ceinture métallique^ communiquerait avec » les tuyaux qui servent à conduire les eaux, X et serait ainsi continuée jusqu'au toit> pour » lequel on emploierait les moyens déjà mis » en usage pour la fondation, La bande de >i métal qui entoure la partie supérieure de » l'édifice, doit s'étendre sur les angles sail* w ]a|^ et autres proéminences , puis être con- » tînuée jusqu'à la partie supérieure de chaque >J assemblage de cheminée, w

(*) Uorgan's^ Lectures , vol, II, p. 297.

La précaution qui vient d'être recommandée pour les cheminées y est d^autant plus importante, que la ibudre se dirige de préférence sur elles. On a prétendu que c'était une conséquence de la faculté conductrice de l'air chaud; mais cela ne peut être, car une cheminée dans laquelle on ne fait pas de feu, ne donne point issue à de l'air chaud , et cependant elle est aussi fréquemment atteinte que les autres. La vraie cause de cet effet parait être f la plus grande faculté conductrice du charbon ou de la suie , qui nécessairement sali( les cheminées dont on a, long-temps fait usagé : aussi , une décharge électrique opérée sur une telle surface, franchirait un espace considérable.

On peut objecter que la méthode proposée par M. Morgan doit être très-dispendieuse, car la bande de plomb doit avoir deux pouces de large et un quart de pouce d'épais ; mais il a judicieusement fait observer que, si Ton emploie convenablement les tuyaux et faîtages de niomb dont sont pourvues la plupart des maisons, un plombier ou un serrurier ordinaire pourra être employé pour placer ces bandes conductrices, qui n'exigent d'ailleurs d'autres soins que d'être bien assurées et bien en communication les unes avec les autres ; ce qui fera

éviter une grande partie de la dépense : aussi , tout bien considéré , cette méthode parait être à labri de toute objection , sauf certaines particularités relatives à la situation de la maison. Les tiges de métal qui servent de conduite aux paratonnerres « peuvent être scellées dans la muraille , au moyen de crampotis en fer ou en cuivre , laissant un intervalle suffisant pour que la barre métallique qui les traverse^ puisse être recouverte de deux ou trois épaisseurs de drap trempé dans de la poix fondue , ce qui sert à l'isoler plus complètement de l'édifice.

Indépendamment des précautions recommandées pour le mât d'un vaisseau^ il serait convenable d'entourer le tillac avec une bande de métal que Ion ferait communiquer avec la doublure en cuivre; mais dans le cas où le vaisseau ne serait pas ainsi doublé , la bande devra avoir des prolongemens, qui s'étendront jusqu'à la quille , où ils viendront se réynir. Les conducteurs des mats doivent communiquer avec ces bandes métalliques, et il parait aloi^ impossible qu'aucun accident puisse arriver à un vaisseafi ainsi protégé.

Les voitures sont ordinairement ornées de filets de métal ; si on les fait tous communiquer les uns avec les autres , une voiture couverte offre alors un abri assez sûr.

PendaDt un orage , il y a quelques précautions qui peuvent contribuer à notre sûreté pei^sounelle. Si l'on est en plein air y il ne £iut point chercher à se mettre à couvert , immédiat tement sous un arbre ou sous un édifice ; car, s'il arrivait qu'ils fussent frappés de la fondre^ cejtte position serait particulièrement dangereuse ; c'est donc à la distance de vingt ou trente pieds qu'il est plus convenable de se placer; puisque , si alors la décharge avait lieu, les corps proéminens seraient probablement ceux que la foudre atteindrait de préférence j tandis que d'autres moins élevés , et placés dans leur voisinage, seraient garantis.

Il est pour le moins aussi important , dans les mêmes circonstances , d'éviter les grands amas d'eau ^ et même les courans qui résultent d'une ondée récente : ce sont en effet d'excellens conducteurs I et la hauteur d'up homme qui communiquerait avec eux , présenterait l'ensemble des conditions les plus propres à déterminer la route que doit suivre la décharge électrique.

Lorsque la foudre frappe une maison y elle attaque ordinairement , de préférence , les conducteurs partiels qui communiquent avec les murailles ou cloisons : aussi la position la moins dangereuse est-elle le milieu d'une chambre^ et là, pour plus de sécurité , on pour^

rait monter sur un tabouret ayant des pieds de verre y ou se placer sur un matelas de crin^ ou encore sur une épaisse couverture de laine, li'étage également éloigné du haut et du bas d'une maison , en est probablement la partie la moins exposée ; car la foudre n'est pas toujours dirigée des nuages vers la terre ; elle se porte quelquefois de la terre vers les nuages : aussi est-îl absurde de se réfugier dans une cave ou à rétage le plus bas^ et on cite plusieurs exemples authentiques qui prouvent que , dans quelques circonstances y les parties basses d'un bâtiment ont seules été maltraitées, la charge électrique se divisant et s'afiaiblissant à meaure qu'elle s'élevait. Quelle que soit la situation qu'on ait d'ailleurs choisie , on doit toujours éviter le voisinage du foyer ; car ( ainsi que nous l'avons dit) il y a beaucoup de probabilité que la foudre suivra plus volontiers les cheminées; on doit user de la même précaution, relativement aux communications des sonnettes , aux meubles dorés , et en général a toutes les surfaces métalliques quelconques d'une certaine étendue. Lorsqu'on est dans une voiture , il est avantageux de ne point s'appuyer, et d'avoir la précaution de laisser un intervalle de quelques pouces entre son corps et les parois de la voiture.

Je nie suis peut-être trop appesanti sur ces sortes de particularités; mais le désir de dimi*nuer Fétat d'angoise dans lequel se trouvent quelques personnes , à l'aspect de ces phéno«mèhes magnifiques et imposans, m'a fait entrer dans tous les détails que comporte Fétat actuei de nos connaissances en électricité. Les actions qui proviennent de causes incoimues, exercent toujours une grande influence sur Fesprit bu* main : elles inspirent une multitude de craintes peu fondées , et propres à suspendre toute espèce d'énergie ; mais lorsqu'au contraire nous savons quelque chose de certain sur la nature et les propriétés des puissances qui nous environnent, nous sommes disposés à voir leurs effets^ avec un esprit également éloigné d'une vaine confiance et d'une crainte inutile , et nous pouvons alors avec succès et sans trouble éviter les dangers dont elles nous menacent.

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