CHAPITRE IV
Bapport de T électricité ax^ec la médecine et this*
toîre naturéOe*^
JL £ S propriétés nombreuses et. extraordinaires qui caractérisentcetagent singulier, engagèrent, à une époque déjà éloignée, à faire des tentai tives pour l'appliquer à divers corps organisés, et les résultats qui furent obtenus ou supposés, donnèrent naissance à une foule d'opinions pluâ ou moins bizarres , qui ne sont \j^v& citées
qiie comme des monumens de crédulité et d'imposture.
Ou 8 accorde à dire que Tabbé Nollet fît , le premier 9 des expériences sur cet important sujet ; et il ne parait pas que, depuis^ on les ait ftiultiplîées ou répétées avec plus de soin. Les divers résultats obtenus par ce savant , permettent de conclure que, i^. on accélère TévaporatioQ des fluides qui en sont susceptibles , lorsqu'on les électrise; 3*. l'électricité augmente la rapidité de l'écoulement qui a lieu par un tube capillaire , accélération qui , toutes choses égales d'ailleurs, est d'autant plus grande que le tube est plus étroit ; 5<>. lorsqu'un fluide se meut à travers un tube d'un diamètre mo« déré , l'électricité n'a sur lui aucune action ; et elle n'influe pas davantage sur le mouvement do sang dont elle n'accélère ni ne retarde la circulation (*); 4**« la transpiration insensible
(^) Cest ce que confirment le& expériences de M. Cavallo, et plus récemmeat encore les essab nombreux que le docteur Van-Marum et M. Guthbertson ont faita avec la grande macUne de Harlem. Mais M. Partiugton , recomraandâble par sa grande expérience relativement aux applications irëdieales de Pëleclricîlé , a certifié à M. Cavallo que , dans l'état de maiadie, il avait souvent vu Temploi de l'élec- Incité déterminer une accélération du pouls. M. Carpue
des animaux augmente pendant qu'on les élec' trise , ce que Ton a également observé pour les végétaux.
Ces faits remarquables ( et ils le sont réellement) rendent très-probable cette idée qui, dans la production de plusieurs phénomènes de la nature, &it jouer au fluide électrique un rôle trèsactif, dans lequel, il ne laisse cependant apercevoir aucune trace de ses eûëts habituels : c*est sans doute aussi à l'évidence de ces résultats gu il faut attribuer les rapports que l'on a supposés exister entre l'électrické et la vie, soit végétale soit animale : tout porte même à croire que l'emploi de cet agent, comme moyen médical, ne reconnaît pas d'autre cause , si toutefois oa ne s'est déterminé à en faire usage que d'après des principes rationnels.
Peu de temps après les expériences de l'abbé
NoUet , on rapporta qu'à Venise et à Bologne on avait obtenu , de l'électricité appliquée à la médecine, des effets que Ton prétendait être miraculeux. On affirmait que, par son moyen , les odeurs et Faction médicfàmenteuse de différentes substances pouvaient être transmises â
avance qu'ayant ouvert une veine dont le sang ne coulait .point aisément, il ëlectrisa le malade, et aussitôt le sang jaillit très-librement (26).
travers des vases de verre ou des chaînes de fer, et que y pour produire les cures les plus étonuantes , il sufBsait de mettre quelques médi* camens simples entre les mains du malade ^ pendant qu'on Télectrisait ; ou bien de ren^fermer ces substances dans un cylindre ou dans une fiole pour que leur efficacité puisse ensuite être transmise , à une distance quelconque, conjointement avec le fluide électrique. Ces assertions furent avancées avec le ton décisif de Fexpériençe , et elles furent probablement étayée» par des autorités respectables : NoUet sen occupa avec le plus grand soin, et, pour acquérir à cet égard des notions positives, il fit un voyage en Italie. Plusieurs membres de la société royale, et le docteur Biancbini, de Venise, s'occupèrent aussi de cet objet. Le résultat de leurs recherches fut que ces prétendus miracles étaient de pures imaginations, incapables de soutenir lepreuve de Texpérience , et inventées pour tromper la crédulité et rendre la science ridicule.
Depuis cette époque , nous n avons eu que trop d'exemples de prétentions absurdes, fondées sur l'influence de certaines puissances imaginaires, auxquelles on a voulu attribuer la faculté de guérir les maladies : on a proposé , comme un véhicule de force et de vigueur, une
atmosphère chargée d'électricité; et le ^10UT^ ment d'an morceau de métal terminé en pointe a été indiqué comme une panacée. Insister davantage sur de telles folies , serait donner à ce genre de charlatanisme une attention qu'il ne mérite point; il faut Foublier et le mépriserr
L'application raisonnée de.Félectricité à la médecine ^ a réellement fait moins de progrès que l'on ne semblait être autorisé a Fespérer. D'après les nombreux essais faits jusqu'à présent, il partit qu'un sage emploi de ce moyen ne peut jamais être dangereux , et qu'iru contraire^ dans un grand nombre de maladies graves, on peut en retirer quelques avantages. Ce sont sans doute la de puissante/^ recommandations; et, si on ajoute que c'est un remède externe , qu'il n'est point douloureux, et quon peut I*&ppliquer immédiatement à la partie malade sans en intéresser aucune autre, on ne pourra s'empêcher de reconnaître qu'il peut être de quelque utilité.
Ma propre expérience , quelque limitée qu'elle soit d'ailleurs, vient aussi à l'appui de cette opinion; car, dans les cas mêmes que j'ai considérés comme n'ayant pas été suivis de succès, les malades ont d'abord obtenu quelques soulagemens -, et il est probable qu'avec une attention plus suivie que celle qui& j'ai
pu donner à ce genre de recherches, j'aurais obtenu des résultats plus satisiaîsans.
La machine dont on se sert pour appliquer r électricité , doit être assez puissante pour fournir un courant continu de fortes étincelles; car il est quelques circonstances dans lesquelles il est essentiel d'avoir recours à ce mode d'électrisation. Si Ton emploie une machine à plateau y la glace ne doit point avoir moins de dix-huit pouces ou deux pieds; si, au contraire , on Élit usage d'un cylindre , son diamètre doit être de huit a quatorze pouces.
Les appareils accessoires sont fort simples : i^. une. jarre à laquelle on a adapté un électromètre de Laoe (fig. 22), et dont on se sert pour donner à la commotion un degré de force convenable ; a*, une couple d'excitateurs, formes d'un manche 4e verre auquel est mastiqué un fil de métal de quelques pouces de }ong ; à son extrémité est adaptée une boule que l'on peut dévisser pour lui substituer une pointe en bois. Lorsqu'on se sert de ces conducteurs pour transmettre la commotion, ils doivent être appliqués aux extrémités opposées de la partie à travers laquelle on veut faire passer la décharge; l'un d'eux communique à un fil de métal qui se rend à l'extérieur, de la jarre : Tautre, au moyen d'un second fil, commu-
nique avec Félectromètre de Lane , dont h boule a été préalablement placée à une distance convenable f et sur laquelle se porte Tétincelle ; Tintérieurdelajarredoitétreencommunicationayec le conducteur de la machine , dont le cylindre sera mis en mouvement jusqua ce qu'on ait donné le nombre de commotions que Ton juge nécessaire.
L'excitateur isolé sert aussi à soutirer des étincelles^ des diverses parties que Ton vent électriser : à cet effet , on le tient par son manche de verre , après avoir eu toutefois la precaation de mettre^ au moyen d'un fîl flexible de métal, sa tige dt cuivre en communication avec le conducteur de la machine ; et, lorsque cette dernière est en mouvement, on approche la boule de l'excitateur à une petite distance de la partie malade , ou bien on la passe légèrement sur un mojQceau de drap ou de flanelle qui recouvre la portion du corps qu'on se propose d'électriser. Lorsqu'on veut agir sur l'œil ou sur quelque organe délicat , on retire la boule de l'excitateur ^ et on lui substitue une pointe de bois, que l'on présente à un demi-pouce environ de. l'organe affecté : le courant d'air électiûsé, qui semble alors s'échapper de la pointe, produit une sensation qui a quelque chose d'agréable.
Les meilleurs conducteurs flexibles que Ton puisse employer pour ces divers usages, sont formés d'Ua Gl de cuivre mince, tourné en spirale (semblable aux ressorts de bretelles), et cousu dans un ruban de soie épais«
5*. On se sert quelquefois d^n tabouret isolé ( c'est-à-dire un tabouret avec des pieds de verre); il doit être assez grand pour que Ton puisse mettre une chaise dessus, sans gêner les pieds'du malade, qui doivent aussi y être placés. La personne que Ton veut électriser, étant assise sur la chaise isolée, et mise en contact avec le conducteur de la machine, en &it, pour ainsi dire, partie; et si quelqu'un, en communication avec le sol , présente à une portion quelconque de son corps une boule de métal, il en retirera des étincelles; si la boule est Kxée à un manche de bois, la sensation est moins douloureuse que quand elle est tenue par le métal lui-même.
M. Morgan doute que rélectrîcîté puisse produire quelques effets quand on l'applique ti*ès-légèrement ; il suppose qu'alors le fldide ne fait que ^passer à la surface de la peau , et non à travers le corps. Mais cette objection est purement hypothétique; car nous ne savons point de quelle manière des conducteurs tels
que le corps humain transmettent de petites
quantités de fluide électriqjie , et aous uaToos d'ailleurs encore aucune idée exacte du principe sur lequel repose )e pouvoir médical de l'élec- 'tricité. Mais Texpérieifice a décidément proonce que le moyen le plus doun, c'est-à-dire, le courant 4'ùr électrioé à l'aide d*ttne pointe, était aussi celui qui le plus fréqtiemtiient produisait les cures les plus remarquables.
L'ouvrage publié par M. Garpùe , sous le titre ai Introduction à rÊlectriùité et au Gàlvaniame, est la collection qui^ à ma connaissance f contient le plus grand nombre d^observations instructives sur l'emploi médical de l'électricité. Les circonstances dans lesquelles ce physicien a obtenu des succès, et celles où il a échoué, y sont également rapportées; et ce que je sais du savoir, de l'habileté et de l'impartialité de M. Carpue , me fait croire que For ne peut citer une autorité plus respectable*
U me parait convenable de placer ici une courte notice de quelques-unes de^ maladies dan3 lesquelles l'emploi de l'électricité a été utile.
i"". Contractions. Celles qui dépendent seulement de l'affection d'un nerf. Parmi elles, il en est beaucoup pour lesquelles l'électiîcité a été employée sans fr;iit; taudis qu'il en est
d antres déjà anciennes qui en ont obtenu un soulagement immédiat.
:!''. Rigidité (ou raideur des membres) très* fréquemment soulagée , mais exigeant habituellement, pour compléter la cure, quelque persévérance dans Tapplication du remède.
3^. Entorses, relâchemena j^/bulitres ,• etc. L'électricité , dans ces sortes de cas , peut étro utilement employée; mais on en doit différer l'application jusqu'à ce que l'inflammation soit passée.
4"* Tumeurs indolentes. De fortes étincelles, de légères commotions sont souvent utiles ; les cas les plus nombreux dans lesquels on a réussi , sout les squirrhes du testicule : il y a même quelques exemples d'une heureuse guérison de l'induration squirrheuse des mamelles; et, ei^ i&isant un fréquent usage de l'étincelle , on est parvenu à Êiire disparaître des ganglions du. poignet ou du pied.
5*. M. Carpue prétend également que l'électricité est un bon préservatif contre les engelures, et il cite deux exemples où elles ont été guéries par l'usage d'étincelles électriques.
&". Epilepsie. Parmi plusieurs exemples d'une application long-temps continuée ^ on ne trouve point un seul résultat satisfaisant.
7"". Surdité. Communément cm procure du
ai
soulagement, âa moyen d'étincelies dirigées sur Tapophyse mastoïde et autour du méit auditif externe ; quelquefois aussi on en retire des mêmes parties , mais du côté opposé à la maladie : assez génëralisrment sur cinq malades on en guérit un^
S"»! Opmciéé de la oomèe^ On a quelquefois guéri cette malkdie en âdsantun lotig usage de rélectricité , que Fon dirigfBait sur Foeil malade, à peu près pendant di$: minutes chi^e jour, au moyen d'une pointe de bois. Lorsque cette opacité provient de la petite vérole , on prétend qu'elle cède plus pmmptement. J*ai par-devers moi une observation , dans laquelle remploi de ce prooédé a procure une amélioration bien' sensible; mais on ne pot ensuite en suspendre Tusagé pendant plus d'une semaine sans que la maladie ne reylnt.
9^ Goutte sereine^ Le mode d'électrisalSoii, suivi dans le traitement de Topacité de la cornée, a été employé avec succès pour plusieurs cas de goutte sereine , mais les circonstances dans les*^ quelles on n'a pasréussi forent tràMiombreuses. lO*. jiménorrhée. Des étincelles et de légères commotions procurent engénéralquelque soulagement dans la suppression des mens^ trues; mais, dans le cas de rétention , oti aem- |doyé l'électricité sahs succès.
1 1*. Màladtee du genou. Dans les douleurs et tuméfactions du genou , îapplicàtion des étincelles a été efficace environ xmt fois sur dix.
1 2"". Rhumatisme chronique. On a un trèsgrand nombre d'observations dans lesquelles on a obtenu du succès en appliquant l'électricité par étincelles^ pendant dix où quinze minutes chaque jour. Si la maladie est récehté , i) suffit quelquefois d'un petit nombre d'applications; maris , lorsquVUe est aintienne , oh a souvent besbin d^uné longhe persévérance.
i5*. Rhumatisme aigu. Sur six cas dans lesquels l'électricité a été employée, ûAe seule guérison a eu lieu dans llntervalle d a peu près un mois : on dirigeait, sur là partie malade , au fnoyen d'une pointe , un courant d'air électrisé.
i4** Paralysie. Des chocs modérés, et quelquefois des étincelles, ont été utiles a peu près dans le rapport d'un sur quatorze malades.
i5*. Danse deSaintrGuy. L'électricité a quelquefois soulagé les peKonnés attaquées de cette maladie.
n y a certainement peu d'aflections dans lesquelles oh ne cite quelques heureux ré-r sultats obtenus par l'application de Télec^ tricité ; mais les divers essais qui ont été ^ts à cet égard , ont encore besoia d'être soumis à vn sévère examen (ay).
Le fluide électrique parait agir trèfi-puissam-> ment sur les nev&, et^ quand une commotion traverse une partie quelconque du corps , en suivant leur trajet, elle donne généralement lieu à de graves accidens. Lorsque la décharge d'une batterie passe a travers la tète d'un oiseau , les nerfs optiques sont toujours lésés ou détruits , et , en répétant cette expérience sur un plus gros animal , on prétend qu'il en résulte une prostration générale de forces, accompagnée de tremblement. Une fois^ par accident , j'ai reçu , au travers de la tête , la chaîne d'une forte batterie : la sensation que j'éprouvai fut une commotion violente et universelle , suivie d'une perte momentanée de mémoire et de trouble dans la vue ; mais ces accidens ne furent que passagers.
Suivant M. Morgan, si le diaphragme est placé sur la route que doit suivre le fluide fortement accumulé sur une sur&ce armée de deux pieds carrés; les poumons font un violent effort, suivi d'un cri perçant ; mais , lorsque la charge est petite , elle ne manque jamais de produire une grande envie de rire. Les person* nés même dont le flegme et la gravité ne sont point altérés par les circonstances les plus plaisantes , peuvent rarement résister au pouvoir comique de rélectricité. Une forte dé«
charge produit sur le diaphragme un effet qui est fréquemment suivi de soupirs^ de larmes involontaires ^ et quelquefois même d'un évanouissement.
Si la commotion traverse la colonne vertébrale y elle détermine une grande faiblesse des membres inférieurs ; tellement que , si une personne est alors debout ^ elle tombe qpielquefois sur les genoux , et souvent même est renversée.
La commotion électrique pouvant donner lieu à des accidens plus ou moins graves , surtout si on en fait un usage inconsidéré y il faut mettre beaucoup de précaution dans ces sortes d'expériences, lors même que c'est, par amusement qu'on se propose de les répéter. Il parait néanmoins qu'aucun résultat fâcheux n'est à redouter quand c'est à travers les bras que le choc est dirigé.
On a fait quelques expériences pour constater jusqu'à quel point peut être fondée Tinfluence que Ton a supposé être exercée par le fluide électrique , relativement au développement de la vie végétale et animale; mais plusieurs de ceux qui se sont occupés de ces recherches, ont annoncé des résultats qui sont réellement contradictoires. 11 parait donc qu'à cet égard on n'a point encore obtenu de succès :
aussi est-ce un vaste champ que pomraieBt cultiver avec avantage ceux qui s'occupent d'électricité.
Une découverte bien intéressante pour l'histoire naturelle , fut sans doute cçUe du pouvoir électrique de certains poissons, connus depuis long-temps pour posséder la facuké de communiquer à volonté un tremMement ou une sensation engourdissante. Deux de ces ^tnimaux, la torpille et la gymnote, sont asse^ bien connus; un troisième, le silurus eleo tricus , ne Test qu'îi^parfaitement ; il a été décrit par Broussonqet sous le nom de trem^ hleur(yi\sX. de }'Ac;i4t roy. des Sciences^ année
Lf 8 écrits des anciens naturalistes prouvent que la torpille ne leur fut point inconnue. Vers 1^ fin du dix -septième siècle, on remarqua les propriétés analogues de la gym^ note ; mais ce Ait. en 1772 seulement que M. Walsh , pour la première fois, prouva ridentité dti fluide électrique avec la caustf, d'où dépend le pouvoir singulier qui rend ces animaux si remarquables (*). Les commotions qu'ils font éprouver se trQn3mettent
{*) Voyez le soixante-troisième voluijAe des Transactions pbil. , pag. 461 et suivantes.
aisément à tcdyers Us corps bons conducteurs de rélectriclté , et sont au contraire arrêtées par ceux qui ne jouissent point de cette pro-priété : on peutnïéme obtenir une étiaceile, en forçant le choc qne peut donner une très<grosse gymnote 9 à franchir une petite interruption ménagée dans un ciixuit métallique.
JLorsqu'oa j^ssèqye ces poissons , on aperçoit un or|[anep^ticulier composé dune nonvbreuse série de tubes irréguliers, divisés par des cloisons horizontales , formant une multttude de cotl^ks dont la suriace est trèsjétendue , et h Vjlntérieur desquelles se trouve no fluide qni^ $uivant toutes les apparences , sert à établir un contact subit entre deux corp$ dissemblables, d'où résulte très-probablement le pouvoir électrique qui caractérise ces animaux.
La to]:pille appartient au genre des raies; elle habite la Aléditerranée et les mers dn JVord ; son poids , lorsqu'elle a pris son accroif^ semait, excède rarement dix-huit ou vingt livres. Les commotions que £iit éprouver ce poi^n se succèdent avec une rapidité extrême 9 puisqu'on en a con^)té jusqu'à cinquante en une minute et demie : elles paraissent d'ailleurs soumises à sa volonté , sont constamment accompaguées d'une dépression
de ses yeux, et acquièrent une intensité à peu près quatre fois plus forte , lorsque ranimai est isolé et environné d'air«
Si nous en croyons Spallaneani , lorsque la torpille est mourante , *elle donne des conimotions qui sont plus fréquentes ^ mais moins énergiques que de coutume; et, suirant le même auteur , une jeune torpille , immédiatement après sa naissance ^ jotifl de iafkculté électrique.
Le gymnotus electricuê j ou anguille dé Surinam j se trouve en abondance dans les rivières de Surinam et du Sénégal : il ressemble à une forte anguille , mais est plus gros eu égard à sa longueur. li'aspect de ce poisson est désagréable. Il a communément trois pieds de long , et ; au rapport des voyageurs^ il parvient quelquefois jusqua dix ou vingt pieds ; il est alors assez fortement électrique pour tuer un homme. L'appareil qui lui sert pour donner la commotion , est en quelque sorte plus simple que celui de la torpille ^ mais il a une étendue très-considérable (^).
Les ner& qui se distribuent aux organes électriques de ces animaux sont beaucoup * ■ ■ I 11 I ■ ■
{*) Voyez la Description de la Gymnote par Hunter, Transact. pbilos. , vol. LXY, et de la TorpHle, vol. LXHI.
pins gros que ceux qui se rendent aux autres parties de leur corps (a8).
Les physiciens se sont donné beaucoup de peine pour ntiettre en évidence Torigine élec^ trique de la puissance dont jouissent ces poissrafi. M« Caveitdish , dans un beau mémoire inséré dans le 64^. volume des Transac* tioos .philosophiques f a établi les relations qui existekit entre ces» phénomènes et ceux de l'électricité ordinaire : aussi connaissons-nous à présent un grand nombre de £iits qui sont parfaitement ai^ogues. Qn peut ^ en déposant une quantité donnée d'électricité^ sur des con-* docteurs differens y modifier à l'infini sa ten« dance à l'équilibre , ainsi que les apparences sous lesquelles elle se manifeste. Une lame de talc de Moscow paraîtra à peine électrisée , lors même qu'elle aura reçu une charge considérable ; et , dans une batterie , le nom* bre des jarres peut être assez multiplié pour que l'étincelle qu'on en retire, peu forte en apparence y puisse cependant fondre une longueur considérable de fil métallique. La tor*piUe et la gymnote sont pourvues d'une électricité si peu intense qu'elle ne saurait franchir un intervalle appréciable d'air ; mais l'organe électrique de ces poissons a une telle étendue , que la quantité de fluide qui s'y accumule
devient potir bux une arme dont ils se servent pour détruire leur proie.
Les raisons qu'on avait d^jà pour OMsaéerer le fluide électrique comme un agent «iîve¥sel, devinrent plus probables encore^ après, que «es découvertes eurent prouvé qu^il. exerce âne influence active sur le système nmaud. Cki avança beaucoup d'bypetbèBea^ i^n Ibasuda de nombreuses conjectures; mais dles Curent long-temps avant de provoquer' une attention spéciale. En 1790^ L«£raltani^ professeur da« n^tomie à Bologne y découvrit par basaipd que le passage d'une petite quantité d'électricité , à travers les nerfs dune grenouille i^emment tuée , / avait la propriété d exciter des eontrac* tions musculaires bien distinctes : il obtint le même résultat en se servant de l'électricité atmosphérique , et ensuite par le simple contact de deux métaux hétérogènes ; il publia ses recherches en 1791 ^ et soupçonna que ces phénomènes étaient électriques. H dit : «c Si » vous mettez à nu le nerf sciatique d'une gre- » nouille ^ dont vous aurea enlevé les tégoraens, » et qu'ensuite vous placiez ce nerf sur un » mÔFCéau de zinc et le muscle sur une plaque » d'or, à Finstant où au moyen dLiinh substance » conductrice vous mettrez ces métaux en » communiçatiop , il y aura des contractions ;
» xnai^i si le contact était établi a^ec des corps » noji confluctears ^ )es monyeinefis n'auraieut 9 pas lieu, n Les 4écou]rertes de Galvapi fixe* fent l'at^oUo^ génécale; et parmi les pbysi-r ciens qui ^pcçnfèmmi de ce aoii?eau pbëno^ inènp I oo doit 4i^^iPgul^ 1b professeur Vol ta ^ le 4optaur Valli >^M]\{. Huoilioldt , Fouler , Mooro et {lobisoii. Us mirent autant de perse* véraace qui; d'faai>Uetë, soit fiwpéter on à mo« difîer les expériences déjà connues , soit à ea faire de ^ouv^ljes. Un grand nombre de faits ciirieaxiurentl^ fruit dis leurs trayauxy beaucoup trop étendus^ pour que qqus puissions en donnei^ ici les détails. On se procurera à cet égard touK les renseigaeinens convenables daus le suppléa mept de l'EncypIppédie britannique, article
On peut, au moyen de quelques expériences très-Êiciles à faire, rendre évidens les principaux résultats qu^obtinreat ces savans physiciens; n^ous les énoncerons de la manière suivante :
I \ Le passage d'une petite quantité d'électri-
(*) Voyez également les Essais de Fowler sur rÉIectridté animale } les expëriences de Valli sur rÉIectricité animale; et le Traité complet ^Électricité, par Cayallo^ yol. m, qaatriime édition.
cité à travers le nerf ou les ner& d'an animal , détermine l'oscillation ou la contraction des muscles auxquels ils se distribuent , et quelquefois aussi Textension des membres. Ces effets se remarquent également sur les animaux vivans ou récemment tués , et même sur des membres séparés de leurs corps. Ils ont lien lorsque l'électricité transmise , est encore trop faible pour agir sur l'électromètre le plus sensible : on peut les observer chez tous les animaux quelque temps après leur mort , et leur susceptibilité^ d'abord très - grande ^ diminue ensuite graduellement à mesure que les mem* 'l>res se roidissent. Les animaux à sang froid, comme les grenouilles et les poissons ^ conservent après leur mort cette faculté plus longtemps que les autres^ et quelquefois aussi ik la gardent plusieurs heures^ et même plusieurs jours.
2^. Quand les muscles et les nerfs d'un animal sont mis en contact avec des métaux diffé^ rens , il en résulte des effets semblables ht ceux que produit le passage de f électricité ; maïs dans le cas où^ pour établir la communication, on ne se servirait que d'une seule substance métallique , communément on n'obtiendrait pas de contractions ; ou , s'il arrivait qu'on en remarquât j elles seraient très-Êdbles. En employant,
an contraire , deux métaux mis en coûtact Tun avec Taatre , on déterminera constamment des convulsions ^ effets qui sont d autant plus considérables^ que les métaux difierent plus essentiellement : ainsi le zinc et Tor^ ou le zinc et l'argent , fournissent une combinaison qui est très-énergique.
3o. Les mêmes moyens qui jusqu'ici ont été employés pour provoquer le moQvement muscidaire , affectent aussi certains sens d'une manière bien remarquable ; et on peut^ pour s'en convaincre , soumettre à l'expérience des animaux vîvans.
n est d'&utant plus facile d'obtenir ces résul» tats , que l'on peut employer avec avantage le mouvement musculaire provoqué chez de petits animaux : les poissons , et plus particulièrement encore les grenouilles, sont très-convenables pour cet objet. Si Ton met une petite feuille d'étain sur le dos d'un de ces animaux , que l'on placera ensuite sur une lame de zinc^ des mouvemens spasmodiques auront lieu chaque fois qu'avec un fil de métal , on établira une communication entre le zinc et la feuille d'étsân. Cette expérience réussit également à l'aie libre et sous l'eau.
De petites limandes/ lorsqu'on peut se les procurer vivantes , conviennent aussi pour céL.
sortes d'expëriénces : le poisson doit être mis dans un plat, sur une lame de zinc. On lui pose -sur le dos une pièce d'argent ^ et diaque fois Tjue le zinc et l'argent sont mis en communication au moyen d'un fil métallit{ùe , il se manife^e de violentes convulsibns.
On fera contracter les muscles d'une grenouille récemment tuëe^ en dirigeant à travers son corps ^ Télectricité d'une bouteille de Leyde si Ênblement chargée , qu'elle ni pourrait fournir d'étincelles.
La manière la plus cbnvenable de p^éparer une grenouille^ est de séparer, dii reste du corps , la tête et les extrémités antérieures : on retire la peau et tout ce qui est contenu dan^ l'abdomen , ce qui laisse distinctement apercevoir les ner& lombaires ; on coupe ensuite la colonne vertébrale au-dessous de leur inser- %ioti ; alors les ner6 sont les seuls moyens de communication qu'il y ait entre les ctiisses et l'épine ; toutes les portions superflues de cette dernière doivent être retranchées , après quoi on entourera d'une petite feuille d'étain les parties qui resteront attachées aux nerfs* La gr^ nouille étant ainsi préparée , peut servir pour un grand nombre d'expériences, parmi ïe^ quelles les suivantes sont les plus détnonsfnitiyes*
Pkees f k peu de distance Ynn de lautre , deux petits verres remplis d'eau ; mettez dans l'un les cuisses de la grenouille et dans l'autre l'épiae eutowee d'une fe«iUe d'étain. Au moyen d'un & d'afgent ^ etaMisse» une communication entre Veau des, deux vases; les îaml>esde la f^eiiouille se mouvront , et quelquefois avec t^nt de foroe qu'elles sortiront du vetfe*
Tenez ta grenouille lânsi préparée par une de ses jambes^ l'autre jambe sera pendante et en contact av*^ la partie ai^mée de l'épine; pincez une pièce d'argent quelconque , de ma^ nirà*e q^e l'une de ses faces touche les ner6 armés 9 et l'autre la cuisse pendante : cette dernière entrera aussitôt en mouvement, et oscillera avec vUesse.
On a répété ces sortes d'expériences sur presque tous lea animaux , depuis la sauterelle jusqu'au boe;ûf , et dans tous on a remarqué des conU*actions et des mouvemens , même cbes ceux que l'on a regardés comme étant dépouif* TUS de nbvk. Places^ uûe pièce d'argent sur un large disque de zinc ; mettex une sangsue sur le precnier de ces métaux : aussi long- temps qu^elle s^ra en contact avec l'aient seule* ment, elle n éprouvera aucune inquiétude; Biais, si en se .mouvant elle vient à toucber le
zioc^ elle reculera vivement comme si elle éprouvait une angoisse subite (29).
Si une personne met une pièce d*ai^ent snr sa langue , et une pièce de zinc au-dessous , aussi long -temps que ces métaux resteront séparés , elle n'éprouvera aucui^s sensation ; mais à l'instant où ils seront mis en contact^ une légère commotion se fera ressentir » ^ en même temps le goût sera affecté d'une mmière particulière. Quelquefois aussi , lorsqu'on emploie des métaux ayant une grande sur&ce, un éclair brillant semble passer devant les yeux. Ce dernier efiet peut être également obtenu , en plaçant une des pièces de métal entre la gencive et I4 lèvre supérieure , l'autre pièce étant posée sur la langue; après quoi on les met en contact. On éprouverait encore la même sensation y si l'on couvrait le globe de l'œil avec une feuille d'étain que l'on ferait ensuite communiquer avec une cuillère d'argent, que préalablement on aurait placée dans sa bouche.
Les résultats auxquels donne lieu le contact des métaux dissemblables, prouvent que ce procédé exerce une certaine influence ; ce qui , par conséquent , détruit l'hypothèse imaginée par Galvani pour expliquer les contractions musculaires qu'il avait obtenues.
Ce physicien supposait qu'à raison de certaines causes naturelles , les différentes parties d'un animal sont habituellement dans des états Imposés d'électricité , et que c'était en établissant une communication métallique entre elles, que l'on déterminait les contractions. Le professeur Volta combattit cette idée , et fit voir que Feffet produit résulte du contact de corps dissemblables , et non point de la communication établie entre les diverses parties de lanimal; il démontra que les contractions peuvent avoir ^eu dans chaque partie isolément , en leur appliquant d^une manière convenable des métaux différens> ou autres substances très-dissemblables; et il expliqua ce phénomène en admettant un principe électromoteur ( ou pouvoir de déterminer une circulation d'électricité) propre à tout circuit formé de trois substances de faculté conductrice différente. Ainsi le zinc, l'argent et l'humidité de l'animal , conduisent diversement le fluide électrique, et produisent dans ces expériences le même effet que déterminerait l'électricité artificielle. Volta découvrit aussi , qu'un seul métal et deux fluides hétérogènes agissent de la même manière qu'un seul fluide et deux métaux divers : il parvint ainsi à expliquer les effets obtenus par un seul métal, mis en communication avec des parties oj^séesd'un animal.
VolU s'est assuré que les suifares alcalins (foie de soufre) et l'argent produisent autant d'effet que le zinc et l'argent. Il a.diémontié que l'une ou l'autre de ces combiflaisoDS d<Ht former un circuit avec les organes de l'animal, avant de pouvoir agir sur mx. On peut aisément prouver ce fait. Placcfc «ne capsde d'aïcent pleiue d'eau sur un disque de «idC posé sur une table; toocHez l'eau avec le hùtAàe la langue, vous n'éprouverez aucune aensrtton particulière, car votre coips ne forme point alors un circuit avec, le métal : mouilkz ^f mains et portez-les sur le plan de zinc , la langue étant toujours en contact «rec ïem , aussitôt vous ressentirez «ne saveur saUoe; le corps étant , dans ce dernier cas , en communication avec la surface des métaux cfurabinés; ce qui , d'après les expériences de ce pliysicien, est une condition indispensable.
L'action spéciale qu'cKéroent ces swtede combinaisons, parait être la source^ qraekpies effets souvent observés, mais qui sont restés inexplicables jusqu'à répoque dont nom venons
de parler.
Ceux qui boivent du porter , ont souveat remarqué que cette boisson «vait «ne saweur essentiellement différente , suivant qu'«a la buvait dans un vase d'étM» , de veare «« ^ faïence; dans ce cas l'humidité des lèvres et le
porter» sont deux flpide^difier^DS entre lesquels J'étaw du Y^ise .éta^^l^t mie co^pvxxunicatlon métallique, ce que l'on a rçg^dé connue un véritable circuit voltaïque. l^e professeur Rol>ison a même fiy^ncé que Fodeur du ts^ac .€$t modifiée 9 Jor^i^'on le gpr^e dans ui^e boite ide fer dont une portion de rétainfige a été £^té* .|?ée^pac un long.u9£^e«
On pfi peut avec sûreté eipployer de? clous de kv fiow £uLer le doi^blage des vai^^aux; jcar il .(«t .ordinairement en cuivre, Qt forme avec 4ie;^.q}ous et Teau de la n^er une cpniibi* .jEiaiaw v^t{i'iq\iQ ;.^HS^ art-qip reiparqi^ que ces «étaux^oat lAus Avt4;pngés dansjle Ueu où ils se joig^f^nt : c'ej^pourq^^i les ciou^ de cuivre 80x^1 aajQurd b^i géi^érai^xt^ent empjo/és.
Le^ v^^^qyii ^i^t soudé» ;se ti^rçissept plus li^mpltepoeot danf ^os partie^ qui correspondent aux jointurçs ^^ .dafis ce cas ^ les deux OBé^w;; forment, fiyçcilesiu de Tatmosphère , uo çirçv^ voltalquq.
On e;^>lique encore , d'après le même principe s pq^rqqpi les. inscriptions étrusques , grar véessur le plomb pi|r, se sont conservées jusr qua,90S)pmrs; tandis quedesraédailles^ formées de métftfx fitliés, sont davantage corrodées, quoiqu'elles soient d ailleurs d'une date plus xéct^ite. Il y a plusieurs autres phénpmènes
analogues dont ou pourra aisément se rendre compte , en les considérant attentivement, et en les comparant avec les divers exemples que nous venons de citer.
Volta suppose que là propriété de former des combinaisons eôlcaces tient a la ÏÏifieîeDce de la faculté conductrice des corps associés; et d'après leurs propriétés, considérées relativement à la production de ces efi'ets , il les partage en diverses classais. U y a «n deux principales : i"". les conducteurs parfaite et secs , ^comme les métaux et le charbon; 2\ les impar^ts couducteurs comme les fluîdeift', et les substances solides fibreuses c[ui daiveM lecù* faculté conductrice aux fluides qu elles contiennent.
Une combinaison voltaïque convenable , est formée de trois corps pris dans ces deux classes , et leur' énergie est d'autant plus grande qu'ils difierent davantage l'un de ]!autre. .
Quand deux conducteurs parfaits sont combinés avec un conducteur impar&ît {cmnine argent et zinc avec l'eau ) , la combinaison est dite être du premier ordre. Quand deux conducteurs imparfaits sont associés avec un parfait conducteur ( comme argent avec sulfure alcalin et eau ou acide), la combinaison est dite du second ordre.
Le chevalier Humphrey Davy a donné le
tableau suivant, dans lequel il indique ces sortes de combinaisons les plus simples.