‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 127 sur 170 · Decatome ( Decatoma Fabr · texte numérisé non relu

Decatome ( Decatoma Fabr

Pendant long -temps la Cantharide {Cantharis vesicatoria Geoff.) a été considérée comme possédant seule à un haut degré la propriété épispastique, et de nos jours c'est encore à peu près le seul insecte que l'on emploie en Europe pour déterminer une inflammation locale de la peau , capable de donner lieu à la formation d'ampoules plus ou moins volumineuses. Cependant cette propriété existe à un très haut degré dans un assez grand nombre d'autres insectes , qui , chose remarquable , appartiennent tous à la sous-tribu des Cantharidies ouVésicans. Le premier travail important qu'on ait eu sur ce sujet est celui que M. le docteur Bretonneau de Tours a présenté à l'Académie des sciences en l'année 1827. Il y fit voir que d'autres espèce» appartenant à des genres faisant partie du groupe des Cantharidies, et particulièrement des genres Cérocome, My labre et Méloé, jouissaient des mêmes propriétés que la Cantharide commune. Il appela surtout l'attention sur une espèce du genre Mylabre , le Mylabvis variabdis de M. Dejean, très commune sur les bords de la Loire, et de l'emploi de laquelle il retira les mêmes effets que de la cantharide des boutiques. . En 1829 M. Farines, pharmacien à Perpignan, a fait connaître à la Société de Pharmacie (séance du 16 mars) quelques insectes vésicans. Selon cet habile entomologiste, le Mylabris cyanescens d'IHiger, commun dans les Pyrénées, est, après la cantharide , l'insecte le plus éminemment vésicant. Sous ce point de vue il doit même être préféré au Mylabris variabills expérimenté par M. Bretonneau.

Enfin M. le docteur Leclerc a présenté le 23 mai 18 35 une dissertation inaugurale à la Faculté de médecine de Paris, dans laquelle il relate les travaux de M. le docteur Bretonneau sur ce sujet et le résultat des recherches auxquelles il s'est livré lui-même.

Sans entrer dans des détails que ne comporte pas la nature

LES OOLUOPTl'.RK.S.

dè ce livre , nous nous contenterons de présenter ici rénumération des espèces que l'expérience a prouvé être vésicantes. Ce sont les suivantes :

1" Cerocoma SchœJJerii (Olivier).

2° Diccs Bielbergii (Schœnher).

3° Dices A'gus (Dupont).

4° Decatoma lunala (Fabricius).

5° Mijlabris cichorii (Latr.).

6° ■ variab'ilis (Dejean).

7° cyanescens (lllig.).

8° octopunctata (Encyclop.).

9° Lydus flavipennis (Dejean).

10° algiricus (Fabr.).

11° JEnas segetum (Latr.).

12° Syriacus (Dupont).

13° Meloe proscarabœus (Latr.).

14° Gallica (Dejean).

15<> Majalis (Olivier).

16° Tetraonyx tigi idipennis (Dejean).

17° quadriiineata (Dejean).

18° — 25° Huit espèces du genre Cantharide, les seules qu'on ait essayées.

L'énumération précédente prouve que sur les treize genres dont se compose la sous-tribu des Cantharidies , neuf contiennent des espèces vésicantes. Trois au contraire ne possèdent pas cette propriété • ce sont les suivans : Zonitis, JYemognataet Sitaris. Des neuf genres qui contiennent des espèces vésicantes, il en est trois qui en contiennent également chez lesquelles cette propriété manque. Ainsi dans le genre Mylabre , les Mylabris flexuosa Olivier, M. bijasciata Bielberg , M. Maroccana Dejean, ne sont pas épispastiques. Il en est de même de Y&nas festivus Dupont et du Tetraontjx sexguttata Dejean. Toutes les espèces des six autres genres qui ont été essayées jusqu'à présent ont joui de la propriété vésicante. Depuis que la belle analyse que M. Robiquet a faite de la Cantharide a isolé le principe éminemment vésicant, qu'il a nommé Canihavi-

dine, il est à présumer que ce principe, dont la présence a aussi été constatée djns le Mijlabris varidbiiis Dejean , existe également dans tour les autres insectes vésicans.

Les recherches curieuses de M. le docteur Bretonneau et de M. Leclerc ont prouvé encore qu'en dehors de cette tribu des Cantharidies nul autre insecte ne possède la propriété vésicante , bien que l'on ait à tort accordé celte propriété à un grand nombre d'autres insectes. Ainsi le premier de ces médecins a expérimenté un grand nombre de Coléoptères appartenant à différents autres tribus , et dans aucun de ceux qu'il a soumis à ses essais il n'a pu découvrir la moindre trace de l'action épispastique. On peut donc considérer comme un fait à peu près certain que la propriété vésicante que l'on observe dans la majorité des genres de la sous-tribu des Cantharidies ne se rencontre dans aucun autre insecte en dehors de ce groupe.

Nous allons décrire ici les espèces d'insectes vésicans qu'on trouve en Europe, et en indiquer qnelques unes parmi les exotiques.

Ordre COLÉOPTÈRES -} 2e Tribu : HÉTÉROMÈRES ; 4e Famille : Tracliétitfes f

Sous-famille : Les Cantharidies ou Vésicans. Genre : Cérocome , Cerocoma Geoffr.

Antennes de neuf articles irréguliers, surtout dans les mâles, à peine delà longueur du corselet ; le dernier article formant une masse solide , recourbée ou oblique , ou rarement en une ame cornée ; lèvres courtes, entières ou bifides; mandibules ûembraneuses bilobées, crochues ; mâchoires linéaires velues , fcîaucoup plus longues que les mandibules ; palpes de trois aiicles.

Cérocome de Schoeffer, Cerocoma Schœfferii , Geoffr., t. 1 , p. 6 , fig. 9.

Ihst d'un vert doré , pubescent , long de quatre a six lignes,

LES COLÉOPTEUES.

large d'une ligne et demie à deux lignes j les antennes et les pattes sont jaunes; la tète est petite , noire , ainsi que le corselet ; les élytres sont flexibles, de la longueur de l'abdomen.

Cet insecte vit sur les graminées, lesombellifères et les synan- Ihérées ; on le trouve aux environs de Paris.

11 existe plusieurs autres espèces de ce genre en France, en Espagne, en Grèce; mais elles n'ont point encore été essayées.

Genre : Hyclée, Hycleus Latr. ; Dices Dej.

• Antennes de neuf ou dix articles , dont les deux ou trois derniers se réunissent, au moins dans les femelles, pour former brusquement une masse épaisse et ovoïde , ou une sorte de bouton ne dépassant pas le corselet.

Hyclée de Bilberg, Hycleus Bilbergii Latr., Mylabris Bil-

bergii Schœnh.

Il est long d'environ quatre lignes. La tête et le corselet velus sont noirs , ainsi que les antennes ; les élytres de couleur jaune fauve sont marquées chacune de cinq petites taches noires, deux à la partie supérieure , deux à la partie moyenne , et une seule vers la base externe.

On trouve cet insecte sur les fleurs dans les régions méridionales de l'Europe , et particulièrement en Espagne.

Tu Hycleus argus Dup., un peu plus grand que le précédent, également velu, à élytres d'un gris foncé, avec huit taches jaunes entourées d'un petit cercle noir, est originaire du Sénégal. Ces deux espèces sont également vésicantes.

Genre : Mylabre, Mylabris Fabr. Latr.

Antennes de onze articles , renflées insensiblement en ma.u sue, plus longues que le corselet, le dernier article plus grard que les autres.

Mylabre variable, Mylabris variabilis Dejean.

Sa longueur totale est d'environ six à huit lignes. Il estvelu particulièrement sur la tète et le thorax qui sont noirs Les élytres sont également noires , mais avec deux larges bndeb

transversales et inégales de couleur jaune légèrement brunâtre, avec une tache presque ronde de même couleur immédiatement à leur base. Il résulte de cette disposition des couleurs que les élytres offrent trois bandes noires et inégales qui les traversent dans toute leur largeur, 1° une à environ une ligne au dessous de leur base , q^H remonte sur le bord interne de chaque élytre ; 2° une vers leur milieu , 3° et la dernière occupant leur extrémité libre ou leur pointe.

On trouve abondamment cette espèce dans les régions méridionales de la France , à Montpellier , etc. , et dans la vallée de la Loire. Elle vit sur les fleurs des plantes de la famille des Synanthérées.

Elle a beaucoup de ressemblance avec le MtflabiHs Cicborii de Bilberg, et beaucoup d'auteurs l'ont confondue à tort avec cette espèce. Mais le vrai Mylabre de la Chicorée est originaire de Chine, et jusqu'à présentée crois, il n'a pas été trouvé ailleurs. Voici du reste les caractères qui distinguent ces deux espèces. Le Mylabris Cickorii est plus grand dans toutes ses parties, et ses couleurs, qui sont les mômes que celles du M. variaèilis, ne sont pas disposées tout à fait de la même manière. Ainsi les bandes jaunes transversales sont comparativement plus larges. La tache jaune est placée un peu au dessous de la base des élytres et non à la base même, et ces deux taches se prolongent jusque sur le bord interne de chaque élytre, de manière qu'elles se confondent et ne sont pas séparées l'uue de l'autre comme dans le M. variabilis. Du reste, nous le répétons, ces deux espèces ont entre elles une grande ressemblance.

La plupait des auteurs disent que le Mylabre variable est la Cantharide des Grecs. Nous remarquerons d'abord rjuc Dioscorides connaissait plusieurs insectes auxquels il donnait le nom de Cantkaridcs. Ainsi il parle de Cantharides cjui vivaient sur le rosier blanc, d'autres sur le frêne, d'autres dans l'intérieur des galles du rosier sauvage. Ces divers Insectes n'appartiennent très probablement pas au genre Cantharide des modernes, surtout celui qui vivait dans les excroissances du rosier sauvage, qui probablement était un Hyménoptère du genre Cijnipu. Il est très probable que notre Cantharide commune

SH>0 I,ES OOLioPTKIlES.

était celle qu'on trouvait alors abondamment sur les frênes comme aujourd'hui. Il est vrai qu'il ajoute que celles qui étaient d'une seule couleur étaient presque inefficaces, ce qui ne serait pas applicable à notre Cantharide officinale. Il a également connu sous le nom de Cantharide une espèce qui selon lui était la plus vésicante et qui se distinguait des autres par les bandes jaunes et transversales de ses ailes. Ces caractères semblent bien s'appliquer à une espèce de Mylabre; mais est-ce au M. variabilis Dej. ou au M. Cichorii delà plupart des entomologistes, comme on l'a dit généralement jusqu'à ce jour? C'est ce qu'il n'est pas facile de décider. Car plusieurs espèces de ce genre j présentent le même caractère de bandes jaunes et transversales sur des élytres noires, et de plus dans les riches collée- ; lions que nous avons examinées et en particulier dans celle de ; M. Dupont , nous n'avons pas vu le Mylabris variabilis ni le vrai M. Cichorii parmi les espèces trouvées en Grèce. Nous avons au contraire rencontré une grande et belle espèce très rapprochée du Mylabris sidœ Fabr., originaire de la Chine, mais qui en diffère seulement parce que la tache jaune occupe immédiatement la base del'élytreet se prolonge jusqu'à son bord externe , tandis que dans le M. sidœ la tache jaune est placée un peu au dessus de la base de l'élytre qui est noire , et qu'il en j existe une seconde séparée de la première sur l'angle externe et inférieur de la même élytre. Il est très probable que c'est cette espèce, qu'on pourrait appeler Mylabris Dioscoridis. qui a été mentionnée par les anciens. On trouve également en Girècf le Mylabris sparlii Germ. , très voisin du M. variabilis; mais il offre une lâche jaune au milieu de la bande noire qui occupe le sommet de chaque élytre. Peut-être aussi a-t-il été connu des anciens.

Quoi qu'il en soit, c'est sur le My labre variable queM. le docteur Bretonneau de Tours a fait , comme nous l'avons déjà dit précédemment , ses intéressantes recherches.

H est vésicant à peu près au même degré que la Cauth.iride des boutiques, et comme il est fort commun dans pluj sieurs provinces de la France , on peut sans inconvénient le substituer à cette dernière. L'action énergiquement vés.cante

LES COLÉOPTÈRES. 3ûl

,1e cette espèce avait fait soupçonner à M. Bretonneau qu'elle devait contenir de la cantharidine. L'analyse de M. Robiquet a confirmé ce soupçon. En effet, cet habile chimiste a également trouvé la cantharidine dans le mf labre variable.

Myljlbre bleuâtre , Milabris cjanescens Illig. A peu près de la même grandeur et de la môme forme que le Mylabre variable , ayant aussi la téte et le corselet noirs et velus ; ses élytres sont d'un jaune légèrement brunâtre , avec six taches punctifoimes disposées deux par deux et écartées les unes des autres. Cette espèce est commune en Espagne et dans le midi de la France , surtout aux environs de Perpignan. Il ne faut pas la confondre avec le Mylabris genùnata Fabr. qui lui ressemble beaucoup , mais qui est de moitié plus petit et chez lequel les taches rangées également par paires sont souvent confluenles.

M. Farines , pharmacien et entomologiste distingué à Perpignan , a constaté par l'expérience que cette espèce éâut encore plus puissamment vésicante que le Mylabre variable , expérimenté par M. Bretonneau (Soc. de Pharm. de Paris, séance du 16 mars 1829).

Ces deux espèces ne sont pas les seules qui jouissent de propriétés irritantes. Cette action existe aussi dans plusieurs autres espèces exotiques et particulièrement : 1° dans le Mijlabris Cichorii Fabr. , originaire de Chine , que l'on a à tort cru vivre aussi en" France et même aux environs de Paris, parce qu'on a pris pour lui le M. variabilis de M. Dejean qui en est différent. Nous avons précédemment indiqué les analogies et les différences qui existent entre ces deux espèces.

2° Le Mijlabris sidœ Fabr. ou M. pustulata 01. col. 1 , 1 f. et 11, 10, 6, belle espèce originaire de la Chine, qu'il ne faut pas confondre avec le M. pustulata de Bilberg qui vient des Indes orientales. Le Mylabris sidœ est l'espèce dont on se sert en Chine et qu'on transporte dans d'autres pays par la voie du commerce.

Ce genre Mylabre est remarquable parce qu'il contient aussi des espèces dans lesquelles le principe vésicant n'existe pas: tels sont suivant M. Leclerc le M. pustulata de Bilberg et le M. fkxuosa d'Olivier, petite espèce qu'on trouve dans le midi

«î0:2 LES COLÉOPTÈRES.

de la France. Le genre Mylabre , qui est très nombreux en espèces, mérite donc de fixer l'attention des entomologistes et des médecins. Car i! serait utile d'expérimenter le plus grand nombre possible des espèces de c* genre, afin de connaître toutes celles qui peuvent servir comme épispastiques.

Genre : Ehks , JEnas Latr.

Antennes courtes, coudées, terminées par une tige fusiforme ou cylindrique , composée des neuf derniers articles. Mandibules arquées, offrant à leur partie interne un petit appendice membraneux ; mâchoires coriaces et bifides; division extérieure plus grande, arrondie et comprimée; quatre palpes filiformes; tarses simples , terminés par quatre crochets.

Ce genre, établi par Latreille aux dépens des Lytta de Fabricius^fait en quelque sorte le passage entre les My labres lesMéloés et les Cantharides. Ce sont des insectes timides qui vivent sur les fleurs. Leurs palpes maxillaires ont le dernier article alongé et cylindracé ; ce qui les distingue des Cantharides et des Mylabres, qui ont cet article ovoïde.

iENÀS de Syrie, JEnas Syriacus Latr. , Lytta Syriaca Fabr.

Ressemble beaucoup pour la forme et la grandeur à notre Cantharide commune. Sa longueur est d'environ huit*à neuf lignes; la tête est noire et velue; le thorax court et d'un jaune orangé, également velu; les élytres sont d'une teinte bleuâtre et cuivreuse. On trouve cet insecte dans le midi de l'Europe et spécialement en Autriche.

U JEnas segetum Oliv. , qui vit dans le nord de l'Afrique , est plus petit que la Cantharide commune , mais d'un vert doré comme elle. Il possède comme X JEnas Sijriacus la propriété épispastique.

Genre : Méloé, Meloe Latreille.

Antennes moniliformes, droites et sans coude remarquable à leur base , au moins de la longueur de la tète et du thorax réunis, quelquefois offrant vers le milieu plusieurs articles ren-

fiés dans les mâles (I); élytres plus courtes que l'abdomen, se recouvrant un peu parleur côté interne ; pas d'ailes membraneuses.

Ce genre est un des mieux caractérisés dans l'ordre des Coléoptères. Il renferme des insectes lourds;>se traînant à terre ou au milieu des herbes , et laissant échapper , dès qu'on les touche, un liquide brun et irritant. Presque toutes les espèces sont remarquables par leur abdomen très volumineux et très renflé, et par leur couleur d'un noir bleuâtre.

Il parait, d'après Latreille , que ces insectes sont les Buprestes desanciens, insectes que l'on considérait comme très malfaisans, surtout pour les bœufs qu'on les accusait de faire périr, quand ils étaient mélangés avec l'herbe dont ils se nourrissaient.

Le nombre des espèces de ce genre qui vivent en Europe et même en France est très considérable. Nous citerons surtout les suivantes , en adoptant la classification qui a été donnée par le docteur Leach dans le onzième volume des Transactions Linnéennes de Londres.

I. Antennes filiformes , courtes et assez épaisses dans les deux

sexes.

A. Extrémité des antennes entière.

Méloé varié {M. variegatus Leach., t. 6, Cg. 1-2). Long d'environ un pouce, d'un noir bronzé, surtout à la partie supérieure de l'abdomen ; la tête , le corselet et les élytres ponctués et rugueux ; les pattes également bronzées et violacées. On le trouve aux environs de Paris.

Méloé Tuccia (M. Tuccia Rossi). C'est une des plus grandes et des plus grosses du genre. Sa longueur est d'un pouce à un pouce et demi. Elle est entièrement noire ; ses antennes sont courtes. La tête, le corselet et les élytres sont profondément ponctués ; le corselet est échancré dans son bord inférieur. Cette espèce est commune dans tout le midi de la France et en

(1) Ce caractère est à peu près général; cependant les élytres sont de la longueur de l'abdomen dans le Meloe corsicus de M. Dejean et le Meloe tectus de Sturm.

Italie. J'en ai vu des individus provenant de Montpellier et de Perpignan.

B. Extrémité des antennes bilobéc.

Mélok de mai (M. maialis L. Lcach, t. 6, fig. 3-4). Il est entièrement noir et sans reflet métallique, d'un pouce à un pouce et demi de longueur • les anneaux de l'abdomen sont unis entre eux par une membrane rougeâtre, ce qui fait que quand l'abdomen est distendu et alongé il offre des lignes transversales rougeâtres ; la tête , le corselet , et surtout les élytres, sont à peine rugueux : le corselet est à peu près carré. Cette espèce est très commune dans presque toutes les provinces de la France, mais surtout dans le midi; on la trouve aussi aux environs de Paris.

II. Antennes longues, plus renflées dans leur partie moyenne.

Méloé proscarabé {M.proscarabœus L. Leach, t. 7, fig. 6-7). Sa longueur est de dix à douze lignes ; il est d'un noir bleuâtre. Son corselet est ovoïde , alongé , tronqué à sa base ; ses antennes , beaucoup plus longues que la tête et le corselet réunis , sont composées d'articles qui vont en grossissant vers la partie moyenne de l'antenne et s'amincissent de nouveau à son extrémité. Le dernier article est ovoïde , alongé , pointu et entier. La tête, le corselet et lesélytres sont assez courts. Cette espèce vit assez communément en France.

Le Meloe gallica D^jean ne nous paraît qu'une simple variété du précédent , dont la couleur est plus franchement noire. Il babite l^s mêmes localités.

Les Méloés jouissent comme les autres espèces précédemment décrites de la propriété épispastique. Dans quelques régions méridionales de l'Europe, et particulièrement en Espagne où ils sont très communs , on les mélange aux cantharides. Indépendamment de leur propriété vésicante on leur a aussi attribué 11 une action puissante contre l'hydrophobie , mais cette action est loin d'être parfaitement constatée par l'expérience.

Genre : Tétraonyce , Tciraomjx Latreille.

Les antennes composées de onze articles qui vont un peu en grossissant de la base vers le sommet ; le corselet est plus large que haut , ce qui leur donne en général une forme plus ramassée ; leurs tarses ont le pénultième article échancré, ou même quelquefois presque bilobé 5 leurs mâchoires, analogues à celles des Cantharides, ne sont ni prolongées, ni terminées par un filet soyeux.

Les espèces assez nombreuses de ce genre sont toutes originaires de l'Amérique méridionale, etparliculièrement duBrésil. Deux de ces espèces possèdent la propriété vésicante , ce sont lest0 Tetraonyx tigridipennis Dejean; longue d'environ six à huit lignes , sur quatre de large ; la tête et lesélytres d'un noir velouté , le corselet jaune avec une tache noire et grande au centre. Elle est du Brésil.

2° Tetraonyx quadrilineala Dejean , ou JEnas variabilis Kliigt , également du Brésil. Elle est longue de quatre à cinq lignes sur deux lignes ou deux lignes et demie de largeur ; d'un jaune fauve avec deux bandes noires et longitudinales sur chaque élytre.

Le Tetraonyx sexgu/tata Lalr. ou Lytta sexgutlatà Klùg , l'une des plus grandes et des plus belles espèces du genre , qui se reconnaît aux trois lâches rondes et orangées qu'elle porte sur chacune de ses élylres d'un noir velouté, n'est pas du tout vésicant. On le trouve au Brésil.

Genre : Canthàride, Cantharis Lalr., Meloe L\ , Lytta Fa-

bricius.

Antennes filiformes, plus courtes que le corps , avec le troisième article plus long que le précédent • palpes maxillaires renflés à leur extrémité; crochets des tarses profondément bifides, sans dentelures au dessous ; élytres flexibles , de la longueur de l'abdomen , recouvrant des ailes membraneuses.

3ofi

LES COLEOPTÈHBS.

Cantiiaridr vésicante, Cajitkaris vesicatoria Geof. Latreille,

Melne vesicatorius L. , Lytta vesicatoria Fabric.

(Nom vul{{. : Mouche d'Espagne. Part, u.sit. : l'insecte tout entier.)

La cantharide est d'un beau vert doré. Elle est longue de huit à dix lignes : le maie est beaucoup plus petit que la femelle. La tête est grosse et cordiforme, un peu plus large à sa base que le corselet qui est assez court et comme quadrilatère : les antennes sont noires et comme moniliformes ; les élytres sont étroites et de la longueur de l'abdomen. Les articles des tarses sont entiers.

Ces insectes sont communs en France , particulièrement dans les départemens méridionaux. On les trouve aussi en Italie et en Espagne, et il paraît que leur action est d'autant plus énergique qu'ils ont été recueillis dans des pays plus chauds. En France, et particulièrement aux environs de Paris, c'est vers le solstice d'été qu'on les voit apparaître. C'est plus particulièrement sur les frênes, les lilas et les troènes, qui tous trois appartiennent à la famille des Jasminées , qu'ils se fixent pour en dévorer les feuilles avec une grande voracité. Cependant je les ai également trouvés en abondance sur le chèvrefeuille et le chamœcerasus , arbrisseaux de la famille des Caprifoliacées , et d'autres observateurs les ont vus, quoique plus rarement, sur Forme, les rosiers, les pommiers, etc. L'odeur des cantharides vivantes, surtout lorsqu'elles sont réunies en grand nombre, est désagréable, forte et pénétrante. Elle se répand au loin, et sufGt seule , dans beaucoup de cas , pour faire reconnaître la présence de ces animaux sur les arbres où ils vivent en grand nombre. Cette odeur se conserve également dans les canlharides desséchées , et surtout dans leur poudre.

Pour les recueillir , on étend de grands draps au pied des arbres sur lesquels on les a remarquées , et le matin de bonne heure, tandis que les cantharides sont encore engourdies par la fraîcheur de la nuit, on secoue fortement ces arbres. On les fait ensuite périr en les exposant sur des toiles à la vapeur du vinaigre bouillant; on les fait sécher et on les conserve pour l'usage.

Les cantharides desséchées sont très sujettes à être dévorées

par les larves d'un petit Coléoptéredu genre Dermeste,qui s'introduit dans l'intérieur de leur corps et finit par les réduire en une poudre grossière. Quelques auteurs avaient avancé que cette altération ne nuisait pas à leur action vésicante , parce que ces larves ne mangeaient que les parties qui ne contenaient pas le principe actif. Mais cette opinion est erronée. En effet il résulte des expériences de M. le docteur Bretonneau, etsurtoutde M. Farines de Perpignan , que le principe actif ne réside pas comme on l'avait cru dans les élytres ou les. autres parties cornées du corps de l'insecte , mais se trouve exclusivement dans les parties intérieures de l'abdomen et du thorax. Or ce sont justement les parties intérieures que ces larves détruisent.

Plusieurs auteurs se sont occupés à des époques différentes de l'analyse chimique des cantharides. Mais le travail le plus important sur ce sujet est sans contredit celui que M. Robiquet a publié en 1810. Voici les résultats principaux de l'analyse de cet habile chimiste :

1° Une huile verte, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool , non vésicante ; etc.

2° Une matière noire, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool , non vésicante ;

3° Une matière jaune, soluble dans l'eau et l'alcool, non vésicante j

4° Un principe huileux-, volatil et vésicant j

5° La cantharidine , substance blanche, en lames cristallines, soluble dans l'eau , quand elle est mêlée à la matière jaune , insoluble quand elle est pure , soluble dans l'alcool bouillant, dont elle se précipite par le refroidissement. Pour l'obtenir, on traite l'exlrait aqueux de cantharides par l'alcool bouillant , qui se charge de la cantharidine et de la matière jaune ; on évapore et on traite par l'alcool froid, qui s'empare de la matière jaune , et laisse à nu la cantharidine.

Celte substance est évidemment le principe vésicant des cantharides , ainsi qu'il a été constaté par l'expérience.

Propriétés médicales et usage des Cantharides. Les cantharides se prescrivent à l'extérieur et à l'intérieur , mais beaucoup plus fréquemment de la première manière. Leur poudre ,

3o8 l.ts COLipÇTKttBg.

appliquée sur la peau , ne tarde pas à en déterminer l'inflammation et la formation d'unpouies plus ou moins volumineuses, remplies d'un liquide séreux ou légèrement citrin. C'est d'après celle action énergique des cantharides qu'on les emploie pour établir des vésicatoires. A cet effet , ou se sert de plusieurs préparations dont les canlharides font partie, telles que l'emplâtre, la pommade et le taffetas épispastiques. Les deux premières sont étendues sur de la peau , ou sur un linge taillé de la grandeur du vésicatoire qu'on veut établir. Le taffetas , que l'on prépare en appliquant plusieurs couches de teinture de cantharides sur un taffetas gommé , est beaucoup moins actif, et il ne convient guère que pour les enfans ou les femmes dont la peau est très fine. On peut encore former un vésicatoire cxtemporané , en appliquant de la poudre de cantharides sur un cataplasme mince , fait avec de la levure ou une bouillie épaisse.

Les cantharides , même simplement appliquées sur la peau , exercent très fréquemment une action irritante sur les organes génitaux et urinaires , qui doit en faire suspendre ou même abandonner l'emploi chez les personnes dont la vessie , les reins ou les organes génitaux sont plus ou moins irrités ou i rritables.

A l'intérieur, les cantharides doivent être considérées comme un remède fort dangereux , et même à des doses assez faibles , comme un véritable poison. L'action spéciale qu'elles exercent sur les organes génitaux , les a fait considérer de tout temps comme un des plus puissans aphrodisiaques. Elles entrent dans plusieurs préparations , et entre autres dans les diabolini de Naples, avec lesquels les libertins épuisés par la débauche cherchent en vain à ranimer leurs forces éteintes. Mais très souvent les personnes qui en ont fait imprudemment usage , ont été réellement empoisonnées par l'action de ces préparations.

Un grand nombre de praticiens ont recommandé l'usage de la teinture de cantharides dans l'hydrophobie , mais aucun fait authentique n'a constaté ses heureux effets dans celle terrible maladie.

D'autres les ont employées avec plus d'avantage contre les hy dropisies passives , les bléno r r bées anciennes. Dans tous les cas

LES COLÉOPTÈRES. 3o()

on ne saurait trop recommander de les donner à de très faibles doses, et surtout de surveiller avec soin l'état des organes génito-urinaires, afin de prévenir à temps leur action irritante sur ces organes.

Nous avons dit précédemment que toutes les espèces du genre cantharide essayées jusqu'à présent étaient vésicantes. Dans les provinces méridionales de la France nous avons encor e une autre espèce , c'est la Cantharis verticalis lllig. ou L. dubia Oliv. Elle est à peu près delà même taille que la cantharide commune, mais sa couleur est noire; sa téte est fauve avec une raie noire et longitudinale qui la partage en deux parties. On l'a aussi trouvée en Grèce.

Parmi les autres espèces européennes nous citerons encore.-

1° La Cantharis collaris ou Lytta collaris Fabr., grande et belle espèce originaire de Grèce. Elle est longue d'un pouce ; la tète, le corselet et les pattes jaunes; l'abdomen et les ély très d'un bleu cuivreux ; deux petites taches noires sur le corselet, et deux autres sur la tête en dedans des yeux.

2° La Cantharis erythrocephala ou Lytta erythrocepha/a de Fabricius, qui vit dans les provinces méridionales de la Russie. Elle est longue de cinq à huit lignes. Sa tête est rougeàtre, avec une petite ligne longitudinale noire à sa base ; le reste du corps noir ; les ély très et le corselet bordas d'une ligne jaune sale, avec une bande longitudinale de même couleur sur leur milieu.

Les espèces exotiques de ce genre sont fort nombreuses cl répandues en abondance dans tous les pays chauds. Ainsi on trouve entre autres au Brésil les Cantharis dimidiata Dej. (1), C. affinis Dej., C. fucata Dej. (2), et un grand nombre d'au-

(1) Cantharis dimidiata Dej. Longue d'environ quinze à seize lignes ■ la tête, le corselet et le tiers supérieur des élytres d'un jaune fauve ; une tache noire et arquée vers l'angle supérieur externe des élytres; le reste

* des élytres est d'un noir mat. La tête est alongée, étroite; le corselet également très alongé et fort aminci dans sa partie supérieure; les han- I ches fauves , le reste des pattes noir.

(2) Cantharis fucata Dej. Longue de huit à dix lignes ; d'un gris foncé I et légèrement pulvérulent dans toutes les parties de son corps.

La Cantharis afficinis De}, ressemble beaucoup à cette espèce. Elle est

très. Cependant les Brésiliens , négligeant en ce point comme en beaucoup d'autres les ressources précieuses de leur matière médicale indigène , font venir à grands frais de pays étrangers d'autres espèces de cantharides , tandis qu'ils en possèdent de non moins efficaces.

Dans l'Amérique du nord on trouve la Cantharis vittalaLd\r. qui vit de préférence sur la pomme de terre, et qui a le corps bariolé de lignes longitudinales alternativement jaunes et noires, chaque élytre offrant deux lignes noires et trois jaunes. La C. lemniscata du même pays offre trois lignes longitudinales noires sur choque élytre.

Le Sénégal est très riche en espèces variées de Cantharides ; telles sont: les Cantharis amethystina Dej., C. rugipennis Buquet, C. sulcata Dej., C. ianlhina Dej., C. Dussaultii Duf., qui ressemble assez à la nôtre ; C. hirtipes Dup. , C. flavicornis Dej., C. vestila. Duf., C. Leprieurii Buq., etc., elc. Les quatre premières espèces sont bleuâtres ou violacées ; la C. Dussaultii est d'un vert doré légèrement bleuâtre ; les quatre dernières sont d'un gris plus ou moins terne.

SIXIÈME ORDRE

Ont les organes de la mastication conformés comme ceux des Coléoptères , c'est-à-dire composés de deux mâchoires et de deux mandibules distinctes, avec une lèvre et un labre. Leurs élytres sont membraneuses en partie ou en totalité, souvent même transparentes et marquées de nervures • leurs ailes membraneuses, au lieu d'être, pendant le repos, repliées transversalement sur elles-mêmes , comme dans les Coléoptères , sont plissées suivant leur longueur. Ces insectes ne subissent que des demi-métamorphoses : ainsi à l'état de larves et de nymphes ils ont la même forme qu'à l'état parfait , et leurs changemens

de même grandeur et de même forme; mais sa couleur générale est presque noire, avec une ligne grise et longitudinale au milieu «le c haque élytre et du corselet, ces deux parties étant également bordées ci une ligue de même couleur. Ces deux espèces sont fort communes au Brésil.

LES ORTHOPTÈRES. 3ll

consistent uniquement dans le développement de leurs ailes , qui manquent en totalité dans la larve et sont petites et rudimentaires dans la nymphe. Les Orthoptères ont en général le corps mollasse , et presque jamais dur et corné comme celui des Coléoptères. Les ailes membraneuses manquent quelquefois en totalité dans quelques femelles, et souvent les mâles n'ont que des élytres courtes et rudimentaires. A l'extrémité de leur abdomen, qui se compose de huit à neuf segmens, les femelles portent des appendices de formes très variées, des lames ou tarières à l'aide desquelles elles enfoncent et cachent leurs œufs sous la terre.

Les pattes sont quelquefois à peu près toutes égales entre elles ; d'autres fois les deux postérieures sont beaucoup plus grandes, et alors ces espèces sautent avec une grande facilité.

Les antennes sont souvent très longues et filiformes, composées généralement de plus de onze articles.

Plusieurs de ces insectes font entendre un bruit particulier , une sorte de stridulation très forte et très monotone , qui provient du frottement de quelques unes de leurs parties les unes sur les autres.

Les Orthoptères ont été divisés en deux grandes tribus, suivant la proportion générale de leurs membres.

lrC Tribu : Orthoptères coureurs.

Les six pieds sont tous à peu près égaux , et par conséquent bien disposés pour la marche.

Les genres principaux de cette tribu sont : 1° Les Forficules ou Perce-Oreille {Forficula Fab.) , dont les élytres sont extrêmement courtes , les ailes membraneuses plissées longitudinalement et repliées sur elles-mêmes. 2° Les Blattes [BlattaLatr.), qui volent peu, mais courent avec une grande rapidité , vivent dans les bois et jusque dans nos maisons, où elles sont excessivement incommodes. Telles sont la Blatte des cuisines {B. orientalis L.), et la Blatte d'Amérique [B. americana), connue sous le nom vulgaire de Kankerlac. 3° Les Mantes uu Spectres {Mantis L.) , remarquables par leur corps très alongé , par une tête nue et sans corne frontale, et par leurs deux jambes antérieures

ôlU MiS OJl'J 'HOl'TJiKES.

beaucoup plus longues que les autres; les antennes sont simples et séparées; les élylres et les ailes sont couchées horizontalenient sur le corps. Ce sont des Insectes des pays chauds. La Mante religieuse (M. religiosaL.) est commune dans le midi de la France , où on la connaît sous le nom de Prega-Diou ou Prie-Dieu. Elle est d'un beau vert.

2e Tribu : Orthoptères sauteurs.

Les deux membres postérieurs sont beaucoup plus longs, ce qui donne à ces insectes la facilité de sauter avec une grande force. A cette tribu appartiennent les Sauterelles ( Lpçusta Geoffr. ) , qui ont les élytres et les ailes en toit , et les taises composés de quatre articles , les femelles portant à l'extrémité de leur abdomen une tarière comprimée en forme de sabre. Telle est la grande Sauterelle (L. viridissimq Fabr.), d'un beau vert pomme ; les Criquets (Jcrydium Geoff.), dont les femelles n'ont pas de tarière, qui volent mieux que les Sauterelles, et n'ont que trois articles aux tarses; les mâles font entendre une sorte de stridulation en frottant les cuisses contre les élytres ou les ailes. On a formé plusieurs genres aux dépens des Acryclium de Geoffroy ; les Courtillières ( Grillo-Talpa Latr. ), que l'on reconnaît à leurs deux membres antérieurs élargis . plats et dentés , ce qui leur donne la facilité de fouir; elles causent de grands dégâts dans nos jardins , en coupant les racines des plantes et des arbres pour creuser leurs demeures souterraines.

Les Orthoptères sont des insectes voraces et destructeurs qui vivent exclusivement de matières végétales et causent de grands ravages dans nos champs et nos jardins.

Placés entre les Coléoptères et. les Hémiptères , ils se distinguent des premiers par leurs ailes plissées longitudinalement et leurs métamorphoses incomplètes ; des seconds, par leurs organes de la manducation, qui sont ceux des insectes broyeurs, tandis que les Hémiptères sont des insectes suceurs.

Aucun Orthoplère n'est utile en médecine.

LES HEMIPTERES.

SEPTIÈME ORDflE.

Les Hémiptères constituent un ordre très facile à distinguer des deux précédens. Comme eux il a des élytres , qui le plus 1 souvent sont membraneuses et réticulées ; mais ses organes de la manducation ont une conformation tout à fait différente de a celle des Coléoptères et des Orthoptères. Ils se composent d'une i sorte dégaine, ou étui , cylindrique ou conique, repliée angui lairement en dessous, fendue supérieurement dans toute sa lon- > gueur. contenant quatre soies assf z raides et pointues, deux sui périeures distinctes l'une de l'autre , deux inférieures soudées I ensemble a leur base. Ces soies en se rapprochant forment une I sortedesuçoir rétractile, à l'aide duquel l'insecte perce les tissus i des plantes ou des animaux , et en pompe ou extrait les parties liquides dont il fait sa nourriture. A la base de la gaîne ou bec, . est une pièce triangulaire , que l'on peut considérer comme le <; labre. Quoique cette organisation s'éloigne beaucoup de celle » que nous avons remarquée dans la bouche des deux ordres pré- 6 cédens , on peut néanmoins y reconnaître les mêmes parties , t. seulement très modifiées. Ainsi la pièce en forme de gouttière I repliée est la lèvre inférieure ; les deux soies supérieures contenues dans la gaine sont les mandibules, et les deux inférieures | soudées les mâchoires.

De même que les Orthoptères , les Hémiptères ne subissent I que des demi- métamorphoses, qui consistent seulement dans I leur accroissement de volume et le développement successif de 1 leurs ailes.

Les ailes dans cet ordre présentent des différences assez noi tables. Ainsi, tantôt les supérieures ou élytres sont dures ' et crustacées à leur base , membraneuses et minces dans le i reste de leur étendue , c'est ce qu'on observe par exemple dans i les punaises des bois ou des jardins ; tantôt au contraire les ailes | supérieures et inférieures sont semblables, également minces et t membraneuses. dans toute leur étendue, comme on le remar- « que dans les Cigales . etc. Enfin il peut arriver que les ailes

3l4 LES HÉMIPTÈRES.

manquent en totalité , comme dans la Punaise des lits, les Cochenilles femelles, quelques Pucerons , etc. Mais . quelles que soient ces différences, l'organisation de la bouche restant toujours la même , forme le caractère spécial de cet ordre. On a partagé cet ordre en deux tribus.

lrc Tribu. Hémiptères Hétéroptères.

Les élytres sont opaques à leur base', membraneuses dans leur contour. Cette tribu renferme :

1° Les Punaises des bois , qui ont été partagées en un assez grand nombre de genres distincts.

2° La Punaise des lits ( Cimex lectularius L. ) entièrement dépourvue d'ailes, n'ayant que des élytres à peine visibles, et qui pullule avec une si effrayante rapidité dans les lits et les maisons tenus avec peu de propreté. Elle a été connue des anciens , car Dioscoride en parle déjà. C'est vers le mois de mai qu'elle commence sa ponte, et c'est pendant les chaleurs de Pété qu'elle prend tout son développement et qu'elle est le plus incommode.

3° Les Réduves [Reduvius Fabr.) , qui vivent aussi dans l'intérieur de nos habitations et font la guerre aux autres Insectes. Dans l'état de larve , le Réduve masqué ( R. personatus Latr. ) ressemble à une Araignée couverte de poussière et d'ordures.

4° Les Notonectes (Notonecta Geoffr.), qui sont si communes dans nos étangs, et nagent sur le dos pour se saisir plus facilement de leur proie. L'espèce la plus fréquente est la Notonecte glauque (N. glauca L.) , qu'on appelle vulgairement Araignée d'eau.

2e Tribu. Hémiptères Homoptères.

Ont les quatre ailes membraneuses et semblables.

1° Les Cigales (Cicada Oliv.) , si communes dans les régions méridionales de la France, où elles font entendre pendant les chaleurs de la canicule une stridulation si perçante et si monotone. C'est le mâle qui fait entendre ce bruit. La cavité dans laquelle il se produit est placée de chaque côté à la base de l'abdomen ; elle est divisée en deux par une lame triangu-

LXS HÉMIPTÈRES.

laire et écailleuse ; chaque loge contient une membrane blanche et plissée, et plus bas une autre lame mince , transparente , lisse, appelée le miroir par Réaumur; et de chaque côté une autre membrane plissée que fait mouvoir un muscle puissant dont les contractions alternatives déterminent le m des Cigales. Ces Insectes se tiennent sur les arbres.

2° Les Fulgores ou Porte-lanterne [Fulgora L.) , qui répandent en volant dans l'obscurité une lumière assez vive.

3° Les Pucerons (Jphis L. ), qui vivent en société sur les arbres et les arbrisseaux. On connaît leur singulier mode de reproduction , qui nous a été dévoilé par les recherches de Bonnet et de M. Duvau. L'influence d'une seule fécondation s'élend sur plusieurs générations successives dont les femelles peuvent donner naissance à des petits sans avoir besoin d'être fécondées elles-mêmes.

4° Les Cochenilles (Coccus L.) , qui constituent une famille à part nommée les Gallinsectes , dont les femelles sont dépourvues d'ailes. Nous allons décrire ici les espèces les plus intéressantes de ce genre , dont les arts et la médecine tirent parti.

LES COCHENILLES.

On connaît plusieurs espèces de Cochenilles. Toutes sont de petits insectes vivant en société sur des plantes et des arbrisseaux. Les mâles dépourvus de bec ont deux grandes ailes membraneuses j les femelles sont aptères.

1° Cochenille du nopal, Coccus cactiL.

Part, usitées : l'insecte tout entier.

Le mâle seul est pourvu d'ailes , qui se recouvrent horizontalement sur le corps ; il porte deux soies à l'extrémité de son abdomen, entre lesquelles sont placés les organes de la génération. Les femelles sont aptères , et ont un bec , qui manque dans les mâles. Leurs antennes sont filiformes, et composées généralement de onze articles. Le mâle est beaucoup plus petit que la femelle , d'une couleur rouge foncée , les ailes grandes et blanches, les pattes longues. La femelle, au moins du double plus grosse , est brunâtre , couverte d'une poussière glauque.

f>KS HÉMIPTÈRES.

Les anneaux donl elle se compose sont assez distincts. Son corps est plane en dessous , et très convexe en dessus.

On a pendant long-temps employé la cochenille dans les arts, sans en connaître la nature , puisqu'on la croyait un petit fruit pulpeux. C'est Plumier, à qui l'on doit une histoire des plantes d'Amérique, qui paraît être le premier naturaliste qui ait reconnu dans la Cochenille un véritable insecte. On doit à Thierry de Ménonville un excellent ouvrage sur la culture du nopal et de la Cochenille, dans lequel on peut trouver tous les détails nécessaires sur cet important sujet.

C'est dans les diverses provinces du Mexique qu'on recueille la Cochenille. Cet insecte vit sur plusieurs espèces de cactus ■ et entre autres sur le cactus coccinilifer de Linné , qui parait différer, selon M. de Humboldt , du cactus opuntia, depuis long-temps naturalisé dans les contrées méridionales de l'Europe. Mais, pour se procurer plus abondamment ce précieux animal , on le soumet à une sorte de culture. On place des femelles , lorsqu'elles ont été fécondées , ce que l'on reconnaît a leur plus gros volume, à leur forme arrondie et à leur corps presque lisse , dans des espèces de petits cocons faits en Glasse ou en coton , et qu'on suspend aux bouquets d'épines des nopals ou cacliers. Ces femelles ne tardent point à pondre leurs œufs , qui sont excessivement nombreux , éclosent et forment des myriades de cochenilles qui se répandent sur tontes les parties du nopal , pour y chercher leur nourriture. C'est alors qu'on les recueille, en passant la lame émoussée d'un couteau sur les larges expansions charnues qui forment les rameaux des cactiers. Cette opération se répète plusieurs fois de suite pendant la belle saison. On fait périr les Cochenilles, soit en les plongeant dans l'eau bouillante, soit en les exposant à la chaleur d'une forte étuve.

La Cochenille , telle qu'elle se trouve dans le commerce , est sous la forme de petits grains irréguliers . constituant trois sortes ou variétés. L'une, désignée sous le nom de Cochenille jaspée ou mesteque , est mélangée de grains rougeatres glauques , et quelquefois bruns. C'est la plus estimée, et celle qu'on a fait séchera l'étuvc. L'autre, ou Cochenille noire , se corn-

LES Jl/'IMlPTliRIiS. 3 I 7

pose de grains plus noirs et plus gros; elle a été passée à l'eau bouillante. Elle est moins estimée que la précédente.

Enfin , on désigne sous le nom de Cochenille sylvestre celle que l'on a recueillie sans culture préalable. Elle est beaucoup plus mélangée et moins recherchée.

On a tenté à plusieurs reprises de naturaliser en Europe la culture du nopal et de la cochenille. C'est ainsi qu'on avait pensé que la Corse pourrait s'enrichir de cette nouvelle branche d'industrie. Mais les essais qu'on a tentés jusqu'à présent ont peu réussi, probablement faute de soins, et surtout de persévérance. Cependant il paraît qu'on a été plus heureux en Espagne, et que, depuis un certain nombre d'années, on est parvenu à acclimater ce précieux animal dans les environs de Malaga , où la récolte annuelle présente déjà des résultats fort importans.

Parmi les analyses que les chimistes ont faites de la cochenille du Mexique, nous citerons ici en particulier celle de MM. Pelletier et Caventou. Voici les principes qu'ils ont obtenus iJourn. pharm. . tom. IV, p. 193) :

i Matière animale particulière , Principe gras composé de stéarine et d'élaïne , Matière odorante acide , Phosphates de chaux et de potasse , Hydrochlorate do potasse , Carbonate de chaux , Carminé.

Cette dernière matière parait élre le principe colorant de la cochenille à son état de pureté. Elle est solide , d'un rouge pourpre, solublc dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans l'éiher, inaltérable à l'air, pouvant se fondre aune chaleur de 50 degrés cent.

La cochenille n'est employée que pour son principe colorant. On s'en sert en pharmacie pour communiquer une couleur rouge à certains élixirs, à des poudres, etc. Mais son emploi principal , c'est dans l'art de la teinture. C'est avec la cochenille qu'on prépare le carmin , qui n'est qu'une combi-

Page 1